Partage Noir

Accueil > Portraits > Georges Yvetot (1868-1942) > Georges Yvetot (1868-1942) [08]



Georges Yvetot (1868-1942) [08]

Par Flax

Domaine public

Mais il ne fallait pas cependant tomber dans un autre travers. En attendant cette fameuse Révolution sociale dont on parle depuis bientôt un siècle, et qui tarde tant à venir, il y avait des progrès à accomplir, des améliorations à conquérir. La Révolution ne devait pas être comme une sorte de Messie toujours espéré, pour laquelle on dut oublier la situation actuelle.

Il fallait, immédiatement, se mettre à l’œuvre. Plus la classe sociale gagne en prospérité matérielle, plus elle a le temps de réfléchir sur sa condition, plus elle échappe à l’alcoolisme, au dégoût et à l’abandon.

Le premier moyen était la grève, grâce à laquelle on pouvait obliger le patron à capituler. Mais de l’idée de grève partielle à l’idée de grève générale, il n’y avait qu’un pas. Ce qu’on obtenait partiellement, il était possible par une entente plus large et plus réelle de l’obtenir d’une façon plus générale et d’arriver ainsi au but qui est la suppression de la propriété individuelle et du capitalisme.

Seulement, en face des ouvriers en grève, se dressaient d’autres ouvriers en uniforme. Les baïonnettes se liguaient contre les bras croisés et quelques mois de privations, de misères, stoïquement consenties aboutissaient presque toujours à un échec. L’ennemi direct, véritable, était le soldat. Il fallait donc attaquer l’Armée. De là, la nécessité de l’antimilitarisme et, derrière lui, de l’antipatriotisme.

D’autres moyens s’offraient à la classe ouvrière : l’action directe d’abord. Les bourgeois n’ont jamais bien compris la signification de ce mot. Par action directe, on entend le mouvement de la rue, l’agitation populaire, la pression sur les pouvoirs publics pour les obliger à consentir une réforme, à voter une loi nécessaire. C’est par l’action directe qu’on a pu obtenir la suppression des bureaux de placement.

Enfin le sabotage. Ici, les bourgeois poussent des cris d’horreur. Le sabotage n’est pourtant autre chose qu’une des formes de la grève, mais c’est une grève agissante. En place de la simple cessation du travail, on a conçu une autre tactique : on fait du mauvais travail. Un patron ne veut pas accepter une augmentation de salaire justifiée, les ouvriers se mettront d’accord pour saboter le travail, c’est-à-dire pour l’exécuter dans de mauvaises conditions et pour empêcher le patron d’empocher ses bénéfices. Inutile de dire que le sabotage ne s’exerce que partiellement, sur les patrons, et non sur les consommateurs, et qu’il ne prend pas le moins du monde ce caractère de danger public que lui ont accordé les conservateurs apeurés.

*