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Paul Robin (1837-1912) [01]

Par Victor Méric - Flax

Domaine public

Le « néo-malthusianisme » est de plus en plus à l’ordre du jour. Après l’intervention du vertueux Gauthier de Clagny et les promesses vengeresses du non moins vertueux Aristide, on annonce de nouvelles poursuites contre les propagateurs de cette infâme théorie. Le tour des malthusiens est, en effet, venu. Il y a quelques années qu’on les guette. Ils peuvent se préparer à trinquer largement.

Paul Robin — dont nous nous occupons cette semaine — compte précisément parmi les précurseurs et les théoriciens les plus ardents de la doctrine blâmée au Palais-Bourbon par de courageux moralistes. Cet homme sur lequel on a déjà jeté l’anathème, à propos de Cempuis et de son système de co-éducation des sexes, complique encore son cas par l’appui qu’il apporte, en toute occasion, à la plus immorale et à la plus dangereuse des doctrines sociales. Révolutionnaire, éducateur subversif et partisan de la procréation limitée, c’est beaucoup pour un seul homme. Il sera difficile de le laver de toutes ces tares dont chacune suffit pour le rendre odieux. Mais il sera surtout difficile de faire admettre au public qu’un individu capable de prêcher la limitation consciente et raisonnée des naissances n’est pas une abominable fripouille.

Songez donc. Ce Paul Robin a édité des journaux et des brochures dans lesquels il conseille carrément aux femmes de prolétaires d’éviter la grossesse et il leur indique même les moyens les plus propres à Obtenir ce résultat. Ce Paul Robin dit aux travailleurs : Ne faites plus de gosses au petit bonheur. Réfléchissez. Calculez votre coup. Songez à l’avenir. Les familles trop nombreuses sont pour les pauvres gens les principales causes de leur misère et de leur servage. On n’a pas le droit de faire des enfants quand on n’a pas les moyens de les rendre heureux. L’amour doit être libéré de toutes les contraintes. La femme doit pouvoir refuser la maternité. Ce Paul Robin dit bien d’autres choses encore, du même genre. Quel épouvantable gredin ! Plus nous réfléchissons à son cas, et plus nous apercevons les difficultés qui l’entourent. Ce rôle d’avocat que nous avons accepté ne sera pas précisément gai. Nous allons essayer, malgré tout, de le tenir en toute conscience.