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Maximilien Luce (1848-1941) [08]

Par Flax

Domaine public

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Tel est l’artiste. Mais on ne saurait dire justement son art et ses œuvres. Il faut être placé devant ses toiles pour le sentir et l’aimer.

On lui a reproché l’exagération de ses couleurs et l’abus du violet dans ses ombres. C’est que Luce a sa vision bien personnelle et ses yeux savent découvrir dans la nature des tonalités que les yeux moins experts des autres n’y sauraient trouver. D’ailleurs, il a prouvé maintes fois qu’il pouvait à son gré représenter la gaieté du printemps et du soleil ; on a de lui des baigneurs exquis dans (les cadres de verdure, sous des ciels légers « joyeusement respirables », dirait Mirbeau, — qui nous éloignent des gammes sauvages et violacées des paysages de Charleroi. Notons aussi ses essais décoratifs, ses scènes de Buffalo, avec ses Indiens mouvementés et resplendissants.

Comment un tel peintre n’est-il pas plus connu ? Comment son nom n’est-il pas répété par toutes les lèvres ? C’est que, nous l’avons dit, Luce est un modeste et un probe. Il ignore la réclame et ne désire que la paix, le calme du travail. Il n’y a qu’à contempler son rude visage de plébéien, où l’on démêle à la fois du Zola et du Vallès, et peut-être aussi un peu du Verlaine par un certain côté de rêve et de douceur, pour comprendre à quel robuste ouvrier on a affaire, un de ces ouvriers, tel qu’il les a montrés dans ses dessins et dans ses toiles, avec les mêmes aspirations, les mêmes haines, les mêmes révoltes. Que voulez-vous qu’un tel homme aille faire dans les salons et les milieux officiels, où l’on dispense une gloire bruyante et éphémère.

Goûté par une élite, Luce comptera avant peu parmi les meilleurs peintres de notre époque. Ce sera l’orgueil des Hommes du jour d’avoir pu, avant la consécration définitive, dire timidement son admiration et son amour pour le consciencieux et puissant artiste.

 

Les Hommes du jour, 13 mars 1909 - n°60