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Dessin d’Aristide Delannoy

Maximilien Luce (1848-1941) [01]

Par Victor Méric - Flax

Domaine public

Mon dieu, oui ! Maximilien Luce. Il nous plaît aujourd’hui de laisser à leurs pitreries les cabotins de la politique, dont nous avons, par malheur, trop souvent l’occasion de nous occuper. Il nous a paru que ce serait assez réconfortant d’aller prendre, dans son atelier, un artiste probe et modeste et de le présenter aux lecteurs. Aussi bien, les Hommes du Jour ne sont-ils pas faits pour chanter uniquement la gloire des renégats et des larbins dont la politique et la littérature nous offrent de multiples et si parfaits échantillons.

Il est certain que si nous nous étions préoccupés avant tout des besoins de l’actualité, même en exhibant un peintre, nous eussions pu choisir une renommée plus flambante que Luce. Qui peut se flatter, en effet, en dehors des artistes véritables et des lecteurs des hebdomadaires révolutionnaires, de connaître ce peintre des ateliers et du populaire ? Luce n’est pas de ceux à qui la réclame bruyante, le bluff savant ouvrent les portes des lieux officiels. C’est un travailleur désintéressé, aimant son art, ne courant pas au-devant des flatteries et, confiant dans sa force, attendant tranquillement qu’on lui fasse justice. De plus, sa formule d’art, pour avoir triomphé auprès d’une élite, ne s’est pas encore imposée au public de rhinocéros qu’on rencontre d’ordinaire aux vernissages et que distingue une extraordinaire faculté d’incompréhension. Car Luce est, ou plutôt était, ou plutôt encore apparaît un de ceux qu’on a appelés les néo-impressionnistes, avec les Signac, les Cross, les Seurat. Ce qu’on entend par néo-impressionnisme, il ne faudrait pas le demander au public précité, qui range délibérément dans cette catégorie tous les petits jeunes gens maladroits, à peine échappés de l’Ecole et désireux avant tout de se singulariser par d’outrecuidantes productions.

Nous pourrions, certes, tenter de commenter ici le néo-impressionnisme. Oh ! qu’on se rassure Nous n’allons pas nous lancer dans des considérations artistiques et étaler des connaissances qui ne sont pas les nôtres, en définissant doctoralement les rapports ou en étudiant minutieusement les techniques diverses et, malgré tout, apparentées des Seurat, des Luce, des Signac. Nous aurions trop peur de bafouiller à la façon dont bafouillent généralement les critiques d’art.