Partage Noir

Accueil > Portraits > Maximilien Luce (1848-1941) > Maximilien Luce (1848-1941) [02]


Caricature de Cham parue dans Le Charivari

Maximilien Luce (1848-1941) [02]

Par Victor Méric - Flax

Domaine public

*

Il y a déjà pas mal d’années que les premiers impressionnistes, les Renoir, les Manet, les Pissaro, les Sisley, les Guillaumin, s’inspirant des Turner et des Jongkind, bouleversaient les traditions en honneur dans les académies, substituant à la peinture bitumeuse de l’époque, cette fameuse note claire dont parle abondamment Zola. A leur suite, Edouard Manet, jusqu’alors épris de tâche, d’oppositions de couleurs, nettoyait sa palette, éclairait ses toiles et se jetait dans la bataille. Ce fut une lutte épique qui dura plus de vingt ans. Au début, le public récalcitrant bafouait les novateurs, l’administration leur refusait ses salons. Nul n’osait pénétrer dans leurs expositions particulières, où les gens semblaient redouter de voir resplendir sur les murs la fatidique inscription : Manet, Thécel, Pharès. Peu à peu, cependant, ces artistes audacieux que seul un pur hasard rangea sous la même appellation d’« impressionnistes », finirent par imposer leurs œuvres et leurs noms.

Alors ce fut le tour des suiveurs. Tous les malins qui avaient commencé par sourire et hausser les épaules, voyant que le succès était décidément de leur côté, se mirent à les pasticher. Tous les indicibles crétins qui sortent chaque année, de l’Ecole, et dont la caractéristique est de ne posséder aucun tempérament, aucune originalité, se mirent à les copier maladroitement et exagérément. Les habiles trouvèrent le moyen de marier l’Ecole et l’impressionnisme. Derrière eux, le bon public, payé en Monets de singe, s’empressa. C’est d’ailleurs généralement ainsi que les choses se passent. Les novateurs sont toujours conspués et ce sont les suiveurs qui récoltent les bénéfices de leurs efforts.

Mais, à côté des flibustiers de l’Ecole, naissait un petit groupe de jeunes artistes qui, consciencieusement, étudiaient les maîtres, reprenaient leurs théories et les développaient, apportant leur technique et leur vision particulières. Ceux-là, les Signac, les Seurat, poussèrent encore plus loin que leurs aînés, et par des procédés scientifiques, la décomposition des teintes, la notation scrupuleuse des valeurs, la réalisation des plus subtiles nuances. Ce furent les néo-impressionnistes qui s’acharnaient à travailler pendant que les autres triomphaient. Le peintre dont nous avons à parler aujourd’hui fut l’un de ces ouvriers de beauté et de vérité.