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Grève des cheminots de 1910

Louis Lecoin - Un militant exemplaire [02]

Par Sylvain Garel

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Lecoin hésite : servir le militarisme ou s’insoumettre et devoir s’exiler ? La dernière éventualité l’empêche de poursuivre la propagande. Il arrive donc avec deux mois de retard à la caserne de Cosne, décidé à refuser d’accomplir des tâches contraires à ses idées.

A peine incorporé Lecoin fait muter un capitaine pour sadisme puis récolte huit jours de prison pour refus d’obtempérer aux ordres d’un caporal alcoolique. Son service militaire se serait passé sans histoire si à quelques mois de sa libération n’avait éclaté une grève de cheminots. Le 17 octobre 1910 la compagnie de Lecoin doit intervenir contre les grévistes. Il demande une audience au capitaine et posément lui signifie qu’il refuse d’être un briseur de grève. Il est immédiatement enfermé dans les locaux militaires. Trois semaines plus tard il est écroué à Bourges en attendant le Conseil de Guerre !

Lecoin tient tête à l’aréopage galonné, son avocat, Maître Dupré, rappelant l’acquittement d’officiers cléricaux, demande la relaxe. Le Tribunal en décide autrement et Lecoin est condamné à six mois de prison. Son geste et son procès font la une de tous les journaux. De l’écho de Paris au Libertaire où Eugène Peronnet, secrétaire du Comité de Défense Sociale conclut un long article par ces mots : Si dans sa prison Louis Lecoin pense que son geste admirable peut être fécond, qu’il peut éveiller la conscience du soldat, ah ! comme sa captivité doit lui être douce, et comme il doit se sentir prêt à refaire le même geste.

Parce qu’il est un homme, par ce qu’il a fait ce que lui dictait sa conscience, on l’emprisonne, mais qu’importe la prison devant l’immense joie d’avoir fait son devoir, tout son devoir ? Comme il doit le trouver splendide, son cachot, le soldat Lecoin !  [1].

Quant à Gustave Hervé dans la Guerre Sociale il écrit un superbe article où il imagine le dialogue entre le soldat Lecoin et l’esprit de Tolstoï. Le milieu anarchiste entend ainsi parler pour la première fois de Louis Lecoin.

Sa peine achevée, il est versé en avril 1911 au 10e d’infanterie à Auxonne, on ne lui demande pas cette fois d’intervenir contre les vignerons champenois ou les mineurs de Montceau en grève. Il échappe de peu à un nouvel emprisonnement ; il a, avec quelques camarades, recouvert la caserne de papillons antimilitaristes. On le soupçonne mais sans preuve, il est affecté au 13e d’infanterie à Décize où il termine tranquillement son régiment.

De retour à la vie civile des compagnons le font embaucher dans le bâtiment. Définitivement acquis aux théories libertaires, il décide de militer activement au sein du mouvement anarchiste.





[1Le Libertaire, 27 novembre 1910.