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Procès des trente, août 1894.

Jean Grave (1854-1939) [07]

Par Victor Méric - Flax

Domaine public

L’acte d’accusation lu par le greffier Wilmes indiquait l’existence d’une secte ayant pour but la destruction de toute société au moyen de vols, pillages, incendies, assassinats. Dans cette secte, chacun concourait au but suivant son tempérament et ses facultés, l’un commettant le crime, les autres l’amenant à le commettre par l’excitation et l’assistance.

Les inculpés, au nombre de trente, étaient les suivants :

Jean Grave, homme de lettres, directeur de la Révolte, accusé d’avoir exalté l’attentat dirigé contre la Société de Carmaux ; d’avoir fait l’éloge de Schouppe, Pini et Duval ; enfin, d’avoir publié la Société mourante et l’Anarchie, livre dans lequel il avait fait appel aux pires violences.

Sébastien Faure, conférencier, pour avoir, dans un almanach anarchiste, publié en 1892, fait l’éloge de Pini ; pour être en relations avec Paul Reclus, Duprat, Paul Bernard et, en général, avec tous les hommes d’action du parti.

Constant Martin, qui, avec Duprat, servait de trait d’union aux anarchistes d’action.

Duprat, ouvrier tailleur, rédacteur de l’Indicateur Anarchiste.

Ledot, rédacteur de la Révolte ; Chatel, fondateur de la Revue Anarchiste ; Pouget, directeur du Père Peinard ; Brunet, ouvrier menuisier et conférencier ; Paul Bernard, de retour de Barcelone, où il séjournait au moment de l’explosion du théâtre de cette ville ; Ortiz, accusé de provocation au pillage, de vols différents, commis avec Schouppe, Emile Henry, etc. ; Matha, fondateur du Falot Cherbourgeois, plus tard gérant de l’En Dehors, déjà condamné pour délit de presse, soupçonné de complicité avec Emile Henry ; Fénéon, commis principal au ministère de la guerre, ami particulier d’Emile Henry, de Cohen, d’Ortiz, de Matha, accusé d’avoir détenu des matières explosives, semblables à celles dont s’était servi Emile Henry.

Les autres accusés étaient Aguelli, élève des Beaux-Arts ; Bastard ; Billon, typographe ; Soubrier, Daressy Triamcourt, Chambon, Molmeret, Chericotti, Bertani, Liégois ; la femme Milanaccio, la fille Cazal, la femme Chericotti, la femme Belotti ; Belotti.

Cinq des accusés étaient en fuite : Emile Pouget, Constant Martin, François Duprat, Paul Reclus, ingénieur, neveu d’Élysée Reclus, et Alexandre Cohen.

Les débats s’ouvrirent le lundi 6 août 1894 devant la Cour d’assises de la Seine, au milieu d’une animation extraordinaire. Jean Grave fut le premier interrogé et se défendit en quelques mots. Voici ce que disait, le lendemain, l’Intransigeant  :

Grave s’est défendu avec une bonhomie tantôt souriante, tantôt éloquente. Sa phrase ferme, forte, martelée, son ton simple d’ouvrier lettré, devenu un véritable érudit et un philosophe de haute valeur, ont déconcerté ce malheureux président perdu dans ses notes.

Dans le défilé des témoins, il faut citer M. Thomas (Georges d’Esparbès), qui avait écrit dans le Journal un article sur Sébastien Faure, fabriqué sur des rapports policiers. Le poète Stéphane Mallarmé déposa en faveur de Fénéon. Charles Henry, maître de conférences à la Sorbonne, Frantz Jourdain, furent également des témoins à décharge.

Après le réquisitoire de Bulot, dans lequel ce magistrat montra son peu de souci de la vérité judiciaire et qu’il termina par cette phrase ahurissante : Vous êtes tous des misérables ! ; après la superbe plaidoirie de Me de Saint-Auban en faveur de Jean Grave, Sébastien Faure se leva et, au milieu de l’émotion générale, prononça un discours merveilleux de logique et de clarté, d’une éloquence élevée et soutenue. L’accusation s’effondra lamentablement.

Dès lors, l’affaire était jugée. Seuls, Ortiz et ses complices, dont les vols semblaient être prouvés, pouvaient être condamnés et seuls ils le furent. Ortiz fut condamné à quinze ans de bagne, Chericotti à huit ans. Enfin, Bertani se vit administrer six ans de prison pour port d’arme prohibée (on avait trouvé sur lui un pistolet qu’il apportait chez un armurier). Tous les autres accusés furent acquittés.

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