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Assassinat de Sadi Carnot

Jean Grave (1854-1939) [06]

Par Victor Méric - Flax

Domaine public

L’immense coup de filet ne donna pas les résultats qu’on espérait. Emprisonner des milliers d’individus, c’était joli, mais encore fallait-il sauver les apparences et faire mine de légalité.

Et l’on imagina le procès des Trente.

Le juge d’instruction Meyer fut chargé d’instruire ce gigantesque procès. Le juge Meyer était persuadé que les anarchistes formaient un groupement discipliné et d’autant plus dangereux. Il avait le cerveau bourré de récits fantastiques auxquels a donné lieu l’organisation des carbonari, des nihilistes et des terroristes de toutes les époques. Aussi, avec lui, les choses allaient-elles bon train. En cinq sec, il fabriqua tout un roman.

Pendant ce temps, en dépit des mesures votées, des perquisitions et des arrestations, les bombes continuaient à exploser dans tous les coins de Paris, rue Saint-Jacques, faubourg Saint-Martin, rue de Provence, etc. Le 15 mars 1894, Pauwels trouve la mort avec l’engin qu’il voulait déposer dans l’église de la Madeleine. Le 4 avril, au restaurant Foyot, c’est Laurent Tailhade qui est atteint.

Les arrestations se multiplient encore. Quelques-unes sont sensationnelles. De ce nombre, celle d’Ortiz, de Matha, de Fénéon. Enfin, la mort du président Carnot, tué par Caserio, à Lyon, achève de bouleverser l’opinion. L’épouvante, l’indignation, la fureur publiques dépassent tout ce qu’on peut imaginer.

Le Parlement discute une nouvelle législation tendant à rendre impossible la propagande anarchiste. De cette discussion sortit un arsenal de loi si épouvantables, que tous ceux que n’aveuglait pas la peur les qualifièrent d’une épithète qui leur est restée : les lois scélérates.

Et le procès qu’on avait un instant songé à abandonner, fut dès lors définitivement résolu.

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