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Les Hommes du jour, 1908 - n°27

Émile Pouget (1860-1931) [09]

Par Aristide Delannoy, Flax

Domaine public

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Achevons notre portrait. Nous avons raconté les premières années de Pouget. Nous l’avons montré anarchiste, rédigeant le Père Peinard, condamné à la réclusion et à la prison et s’obstinant durant toute sa carrière de militant, à pousser les révolutionnaires vers les syndicats.

On lui reproche aujourd’hui de s’être sensiblement assagi, de se montrer trop politique, trop habile tacticien. En réalité, Pouget a toujours été le même. Son rôle a toujours consisté à diriger, à éclairer de ses conseils d’autres militants plus orateurs ou plus bruyants que lui. Car Pouget n’est pas orateur. Il n’a rien à faire dans une réunion publique. Il est, au contraire, l’homme qui demeure dans son bureau. Il est l’employé.

Il n’y a, d’ailleurs, qu’à le voir pour comprendre le caractère véritable de ce travailleur pondéré, méticuleux, ordonné. En outre, c’est un silencieux. Il ne se prononce jamais avant d’avoir écouté, réfléchi, pesé toutes les raisons. Et au sein de la CGT, où tant de tempéraments se heurtent, où les violents font face aux débonnaires, où les emballés coudoient les raisonneurs, il n’y a pas lieu de s’étonner si l’on constate quelques divergences et même quelques inimitiés fatales. Mais rendons à Pouget ce qui appartient à Pouget : il a mené de belles luttes pour l’émancipation des travailleurs et il a rendu aux révolutionnaires le service immense de les pousser, de les grouper sur un terrain de bataille, d’où ils peuvent attendre, avec certitude, la victoire. C’est un titre de gloire bien suffisant pour un homme seul.

 

Les Hommes du jour, 25 juillet 1908 - n°27