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Ugo Fedeli

Naissance de l’USI : 1912-1922

Par Noyaux libertaires d’usines et d’entreprises de Milan

CC by-nc-sa

Lorsque Ugo Fedeli avait tracé la Brève Histoire de l’Union Syndicale Italienne il l’avait fait en partant de quelques considérations et de données de fait présentes au sein du mouvement syndical de l’après-guerre qui avaient quelques rapports fondamentaux (et dans une certaine mesure l’histoire se répétait avec les mêmes problèmes à résoudre) avec la réalité qui avait d’abord déterminé la naissance de la CGL (1906), puis de l’USI (1912). Dépasser les conditions qui étaient et ont été créées dans le monde ouvrier en en rediscutant les formulations, les méthodes, les orientations avancées à l’intérieur des syndicats qui ont mené au désastre (Ugo Fedeli, Brève Histoire de l’USI ; hier comme aujourd’hui le problème de l’unité syndicale était à l’ordre du jour.

En 1906, à Milan, se tient le congrès de la Résistance au cours duquel est créée la CGL : il apparaît au congrès un point controversé sur la façon dont s’établiront les rapports entre les Chambres du Travail, les Fédérations de Métier et le nouvel organisme. Parce que la CGL est en substance centralisatrice se plaçant comme l’organe central, on en vient à créer une fraction minoritaire à l’intérieur du nouvel orga­nisme : une telle minorité rédige un numéro unique dans lequel il est confirmé ses positions face à la majorité, les divergences, les orientations et les raisons de sa position. Cette minorité prendra le nom de « Comité d’Action Directe » dans l’intention de sauver et de protéger l’autonomie du syndi­cat (Assemblée syndicale de Parme, 3-11-1907). De la Cham­bre du Travail de Parme part l’initiative d’éclairer en congrès toutes les forces dissidentes de la CGL ; à ce propos, la cir­culaire suivante fut rédigée :

Le Congrès Provincial des Organisations Ouvrières de la région de Parme — où sont présentes 458 ligues représentant 3 000 adhérents et les représentants des Chambres du Travail de Ferrare de 40 000 adhérents et de Piacenza de 12 000 adhérents — décidait dans sa session du 20 courant de suspendre toute adhésion à la Confederazione Generale del Lavoro suite à l’attitude de celle-ci, chargeait dans le même temps la Com­mission désignée de convoquer rapidement une Assemblée des Organisations qui n’acceptent pas l’orientation actuelle de la confédération pour décider ensemble ce qui doit être fait. Tout en sachant que vous partagez nos idées, nous vous communiquons que la CE de cette Chambre du Travail a décidé de fixer l’Assemblée sus-mentionnée pour le 3 novembre, vous y invitant à y participer avec au moins un représentant. Nous n’avons pas besoin de vous dire combien et comment il est nécessaire de nous entendre sur la question vitale qui forme l’objet de l’Assemblée. Elle intéresse le prolétariat italien dans son entier et elle est devenue désormais d’actualité urgente, après la réunion de Florence — dans laquelle on niait toute autonomie aux organisations — et après la trahison accomplie par la Confederazione aux dépens des cheminots.

Nous croyons superflu toute incitation : si vous ne voulez pas perpétuer un état de choses inconvenant et nuisible pour tous, vous devez adhérer à l’Assemblée que nous convoquons et faire un sacrifice pour y participer. Nous attendons de toute façon une réponse immédiate. Saluts fraternels.

L’Assemblée a lieu dans la Chambre du Travail de Parme où sont réunis les représentants de 201 168 membres (16 Cham­bres du Travail 2 Syndicats et Fédérations — cheminots et travailleurs des peaux — 19 Ligues et Sections de métiers, 16 autres organisations). Les « Rapports avec la Confédération du Travail » est le problème central : en partant de la trahison de la CGL contre les cheminots (qui avaient adhéré à la grève générale proclamée après la tuerie de Milan) qui les avait abandonnés aux représailles gouvernementales, on arrive au problème plus profond de divergence et d’opposition entre CGL et Chambres du Travail dissidentes, à une réunion tenue à Florence entre la CGL et les représentants du Parti Socia­liste. A cette occasion, ne tenant pas compte des organisations locales ne leur reconnaissant aucune autonomie dans leurs mouvements et s’en attribuant l’initiative et la direction, la CGL les subordonnait aux intérêts électoraux du Parti Socia­liste. Ainsi s’exprimait Alcestre de Ambris dans son rapport au congrès de Parme :

[...] que serait-il arrivé si la Confederazione avait dû prendre l’initiative ou ne pas s’opposer à de telles agitations ? (note : on se réfère aux agitations — 34 grèves en 1907 — lancées par la Chambre du Travail de Parme, agitations réalisées autonomement et « toutes victorieuses sauf une »). On aurait pu aussi faire référence au cas identique des cheminots. On doit commencer par affirmer la complète autonomie des organisations syn­dicales de tout parti politique et qu’il soit réservé aux organi­sations locales la plus ample liberté d’action et ne devant jamais permettre que quelques hommes se fassent patrons en légifé­rant et en disposant à leur gré de la volonté du prolétariat. Pour cela, étant donné l’actuelle situation de la Confederazione del Lavoro, on doit voir s’il EST PLUS UTILE D’ENTRER EN MASSE DANS LA CONFEDERATION POUR LA TRANSFORMER, OU SI L’ON DOIT CRÉER UN NOUVEL ORGANISME INDÉPENDANT DE LA CONFÉDÉRATION ACTUELLE.

Les rapports font apparaître deux points de vue :

  • 1° entrisme en masse dans la CGIL pour la conquérir ;
  • 2° création d’un nouvel organisme.

N’existant pas un accord général ni sur le premier ni sur le second point on arrive à un compromis (accepté) : à savoir la création d’un « Comité de Résistance » pour coordonner l’action des syndicalistes. Voici la motion présentée par Badiali - De Ambris et accepté par les congressistes :

Les représentants de plus de 200 000 travailleurs organisés de chaque région d’Italie, réunis à Parme, constatent que l’orientation prise par la Confederazione Generale del Lavoro ne correspond en aucune façon à l’intérêt et au sentiment du prolétariat italien. Puisque ses dirigeants, en violation ouverte des statuts, en ont lié l’avenir à celui d’un parti politique et prétendent en faire un organisme centralisateur avec des intentions de conservation contraignant la libre-initiative des organisations adhérentes et leur empêchant constamment toute affirmation d’une virile volonté collective, dans la présomption qu’ils doivent imposer leur loi à la masse au lieu d’être les représentants et les coordinateurs de la pensée et de l’action de celle-ci — et pour cela — alors qu’ils nient résolument à la CGIL, de par sa composition, le droit de se dire l’interprète légitime et le représentant du prolétariat qui a démontré plusieurs fois qu’il suivait des concepts bien différents de ceux auxquels s’inspire la Confederazione, réaffirment :

1° que l’organisation ouvrière doit accueillir en son sein tous ceux qui entendent mener la lutte pour la disparition du salariat et du patronat, en dehors de toute école ou parti politique ;

2° que la plus grande autonomie et la plus complète liberté d’initiative doit être laissé aux organisations locales ou de catégorie pour les mouvements de résistance qui les concernent ;

3° que les dirigeants de l’organisation syndicale peuvent se considérer seulement comme Comité exécutif de la collectivité ouvrière et non comme les législateurs et les patrons de celle-ci ;

4° qu’il doit être de la responsabilité particulière des dirigeants de coordonner les forces et les tentatives pour sanctionner par l’intermédiaire de l’action directe — culminante à de suprêmes moments dans la grève générale — la volonté prolétaire, que ce soit dans la défense, la protestation ou la conquête ;

Décident :

de constituer un Comité National de la Résistance avec la charge précise de regrouper toutes les organisations nationales qui — suivant, la ligne exprimée dans le présent ordre du jour — entendent développer en accord une action commune de lutte incessante contre l’ordre capitaliste actuel avec tous les moyens sans exclusion, que la pratique syndicale a indiqué comme efficaces pour affaiblir, éliminer la classe et l’état bourgeois.

Le Comité National de la Résistance — dont la composition sera déterminée par la présente assemblée — a la responsabilité de mettre en pratique les décisions de l’assemblée, fonctionnant comme un organe exécutif et consultatif pour toutes les organisations qu’il représente.

La conception et la tactique syndicale sont désormais différentes entre la CGIL et l’USI, de même que la conception du syndicat. Pour les syndicalistes (USI) le syndicat est un nouveau principe de civilisation qui se situe au-delà et contre la civilisation bourgeoise, luttant pour son élimination ; le syndicalisme s’enrichit dans la pratique qu’il choisit à travers l’auto-gouvernement (opposée à toute autorité de tutelle et supérieure) qu’il a choisi lui-même au travers de sa pratique politique. Pour comprendre les points de différence entre les devoirs et les fonctions du « Comité National de la Résistance » et les devoirs et les fonctions du CC de la CGIL Il faut rappeler le statut du « Comité de la Résistance » :

1° Le Comité National de la Résistance se compose d’une Commission exécutive de 3 membres choisis parmi les organisateurs de la Chambre du Travail de Bologne et d’un Conseil composé d’un représentant de chacune des Chambres de Piacenza, Parme, Ferrare et Ancône, et un représentant du Syndicat des Cheminots, quand et où celui-ci adhérera officiellement.

2° Il est de son mandat de réaliser ce qui fut décidé par l’Assemblée de Parme du 3 novembre 1907 ; les organisations adhérentes interpellées par référendum retiendront au moment le plus opportun un Congrès National de la Résistance rassemblant toutes les organisations d’Italie. Le Congrès — s’il en présente la nécessité — pourra être convoqué d’urgence sur l’initiative du Comité.

3° Pour son fonctionnement les organisations adhérentes contribuent avec une cotisation fixe d’un centime par adhérent et par semestre. La première cotisation devra être versée dans le courant du mois de novembre et sera retenue solde de l’année 1907.

4° Le siège du Comité National de la Résistance se trouve à Bologne.

Décembre 1910 : second congrès syndical à Bologne. En réalité, se déroulent à Bologne deux congrès : un théorique et l’autre pratique. Dans le premier intervinrent E. Leone et A. Labriola qui discutent de théorie et de polémique idéologique. Peu après se réunissent les activistes, les militants du mouvement des travailleurs qui discuteront des problèmes tactiques et pratiques de la lutte syndicale ; à ce moment, transformant le « Comité National de l’Action Directe » en « Comité de la Résistance », ils ébauchent la constitution d’un véritable organisme syndical à caractère national qui aura pour but de coordonner les forces syndicalistes révolutionnaires adhérentes à la CGIL, les coordonnant avec les forces maintenant autonomes. Deux années de luttes intenses passeront encore avant que surgisse un organisme syndicaliste à caractère national. Parmi les luttes, outre celles directement syndicales, le Comité de la Résistance organise les manifestations contre les entreprises coloniales et la guerre de Libye ; c’est à l’occasion de la guerre de Libye que survient une première rupture dans le mouvement syndicaliste entre les « théoriciens » du mouvement et les masses. Les théoriciens (Labriola, Orano...), reniant les prémisses antimilitaristes, soutiendront l’entreprise de la guerre en Libye.

On arrive donc en 1912 quand, à Modène, sont réunies en congrès toutes les organisations adhérentes au « Comité de la Résistance ». Même à Modène (23, 24, 25 novembre 1912) les 154 congressistes discuteront du problème d’entrer ou non en masse dans la confédération pour la conquérir de l’intérieur ou bien provoquer une scission et créer un second syndicat qui rassemble toutes les organisations de tendance syndicaliste révolutionnaire.

Les raisons de ceux qui sont contraires à la formation de deux syndicats se résument dans le fait que non seulement cela provoquerait des dissensions internes dans le prolétariat, mais que la constitution d’un second syndicat aurait été le point de départ de la création d’autres syndicats spécifiques (républicains, anarchistes...) aux dépens de tous les travailleurs, aux dépens de la masse. Pour ne pas créer une telle situation on confirme que le « Comité de la Résistance » doit travailler an sein de la Confederazione y coordonnant la minorité révolutionnaire, favorisant l’entrisme dans la CGIL pour ceux qui en étaient maintenant sortis et démontrer, avec la pratique et l’attitude des révolutionnaires, la suprématie du syndicat (instrument de la lutte de classe), par rapport au syndicat réformiste.

Du côté de ceux qui étaient favorables à la création d’un second organisme hors de la CGIL, on soutient qu’il est impossible de faire un travail efficace sur le terrain révolutionnaire, en restant et en entrant dans la confédération, en outre la Confédération était née d’une duperie et les révolutionnaires s’y sont laissés prendre : remédier à l’erreur signifie choisir la scission.

La conclusion survient avec la motion suivante :

Le Congrès National de l’Action Directe réaffirme avant tout le principe de l’Unité ouvrière nécessaire au prolétariat pour compléter ses conquêtes et pour suivre son avenir. Relève que la Confédération Générale du Travail, comme elle, n’a su jusqu’ici réaliser l’Unité, se démontre évidemment incapable de la réaliser dans le futur par sa tendance toujours plus affirmée à devenir un véritable parti parlementaire, fermé et exclusif jusqu’à nier les organisations qui ne veulent pas accepter sans discussion les dogmes politiques et syndicaux imposés par cette minorité qui fortuitement et non sans trace de fraude s’est emparée d’elle.

Retient superflu et inutilement dilatoire à la suite de l’expérience de ces dernières années d’insister encore sur la résolution adoptée à la réunion syndicale tenue à Bologne le 12-12-1910 au cours de laquelle il est décidé une tentative unitaire de l’entrée dans la confédération des forces syndicalistes (tentative que les réformistes empêcheront, refusant l’admission à la Confédération Générale du Travail de la Chambre du Travail de Parme, ainsi que d’autres), résolution rendue inutile par la conduite de la Confédération Générale du Travail qui refuse, avec un abus sectaire mal cadré par des prétextes de procédure, l’adhésion des forces syndicalistes les plus connues et les mieux organisées ; reconnaît qu’un véritable organisme d’unité ouvrière ne peut exister en Italie s’il ne s’inspire pas des principes de l’indifférence face à toutes les confessions religieuses, de la neutralité face à tous les partis politiques et de l’autonomie syndicale ;

Décide en conséquence :

en hommage à ces critères de donner vie à un nouvel organisme dans lequel, en accord avec toutes les forces ouvrières organisées — étrangères à la Confédération Générale du Travail — il soit possible de mettre en pratique sérieusement la réalisation de l’Unité Prolétaire Italienne, sur les bases indiquées de l’a-confessionnalisme, de l’apolitisme de parti et de l’autonomie syndicale.

C’est pourquoi le congrès invite les organisations qui acceptent ces principes d’adhérer ainsi au nouvel Instituto Unitario, les laissant libres de tenir envers les organismes nationaux existants l’attitude qu’ils croiront la plus convenable dans le but de préserver l’unité locale.

On soumet au vote les deux motions : celle de Bitelli (favorable à l’entrisme) et celle de De Ambris (favorable à la scission et pour la création d’un second syndicat).

Le résultat :

De Ambris 42 114 votes
Bitelli 28 856
Abstentions 6 253

 

L’UNION SYNDICALE ITALIENNE NAÎT AINSI, SON SIÉGÉ SE TROUVE A PARME ET ELLE A POUR ORGANE OFFICIEL LERIODIQUE « L’INTERNAZIONALE » (qui était déjà la publication du « Comité de la Résistance »).

Le comité central de l’USI est formé par des syndicalistes de chaque Chambre du Travail adhérente sur la totalité du territoire national. L’assemblée accepte une autre motion (de Corridoni) contre les dangers de la guerre :

L’assemblée des organisations ouvrières révolutionnaires italiennes, en vue de l’obscure situation internationale que présente la possibilité menaçante d’une conflagration européenne ;

Appelle le prolétariat à son devoir de s’opposer à tout prix et avec tous les moyens à l’abattoir fratricide dans lequel on voudrait l’envoyer en hommage aux intérêts qui concernent seulement la classe ennemie ;

Invite les syndicats adhérents à promouvoir des manifestations publiques et à prêter leur secours à tous les mouvements nationaux et internationaux qui se constitueraient en y accentuant le caractère dans un sens résolument révolutionnaire ;

Donne mandat au Comité Central de prendre les initiatives et les mesures que les circonstances conseilleront dans le cas où la menace d’une conflagration européenne se ferait plus concrète et imminente.

Le rapport De Ambris énonce quelques points du programme du nouvel organisme. Il y est affirmé :

Ce n’est pas seulement une question de méthode qui nous sépare des réformistes. La méthode différente est déterminée par le fait qu’ils recherchent un but différent. Nous voulons le développement intégral, complet, autonome, du syndicat ouvrier jusqu’à en faire l’élément constitutif principal et l’organe directif de la nouvelle société des producteurs libres et égaux pour laquelle nous combattons. Ils entendent que le syndicat ne soit qu’un instrument pour les améliorations partielles et illusoires, que la classe ouvrière peut obtenir de la bienveillance de la classe patronale et de l’intervention étatique, qui de sa propre force, se tourne vers une audacieuse conquête.

Ils entendent que la transformation sociale soit accomplie dans l’État et par l’État, avec une série de mesures législatives et une extension toujours croissante des pouvoirs de l’État qui devrait arriver à se substituer au capitalisme privé, se réservant la direction de toute la production et de l’échange, ainsi que la distribution de la richesse.

Quel point de convergence y a-t-il entre cette conception adoratrice de l’État et autoritaire du devenir social et la conception syndicaliste anti-étatique et libertaire ?

Aucun.

Nous allons donc, sur une voie opposée, vers un but opposé à celui des réformistes. Nous voulons annuler le pouvoir oppressif de l’État ; eux veulent le multiplier jusqu’à en faire le régulateur suprême de toute la vie sociale.

Nous visons à la conquête de l’autonomie et de la liberté intégrale des groupes producteurs et de l’individu au sein de ces groupes, eux veulent instaurer la plus terrible tyrannie que le monde n’ait jamais connue.

Principes confirmés dans le programme du statut accepté, qui dit par exemple :

Il n’est pas superflu de rappeler que depuis que l’organisation ouvrière a pris une importance prépondérante dans le mouvement social — il s’est tout de suite manifesté deux façons essentiellement différentes de concevoir l’action syndicale. Cela a produit comme conséquence logique la création de deux formes différentes d’organisation et l’apparition, en pratique, de deux syndicalismes : le syndicalisme réformiste et le syndicalisme révolutionnaire...

Voici les principales caractéristiques de l’un et de l’autre :

Le syndicalisme réformiste-politicien, centralisateur, bureaucratique, pacifiste, adorateur des apports financiers extérieurs produit naturellement une organisation sans initiative, sans dynamisme, égoïste, corporative, divisée et méfiante dans ses forces, ayant l’illusion d’obtenir du jeu des partis ce qu’il ne sait pas arracher par sa propre énergie.

Ceci dans la pratique du présent. Mais il est permis de prévoir un autre inconvénient pour l’avenir, puisque si avec une organisation semblable on arrivait à transformer la société, nous n’aurions pas cette société d’individus libres et égaux qui est notre rêve radieux ; mais une société encore composée d’esclaves. Avec la seule différence qu’au lieu des patrons d’aujourd’hui, le prolétariat devrait supporter une oligarchie de fonctionnaires syndicaux et de politiciens avec l’étiquette syndicaliste.

Le syndicalisme révolutionnaire,

qui veut habiliter le prolétariat à avoir foi seulement dans ses propres forces, et de n’attendre aucun bénéfice en dehors de son action directement expliquée, ôte ainsi implicitement au travailleur le fétichisme législatif et met le syndicat en condition de neutralité face aux partis politiques, qui lui sont tous étrangers, non exclus ceux qui se disent socialistes. Le prolétariat doit savoir qu’il n’aura que ce qu’il saura conquérir et qu’il ne peut et ne doit demander rien à qui que ce soit, sinon à sa propre volonté et à son union

[...]

le syndicalisme révolutionnaire anti-politicien, décentralisateur, autonome, libertaire, non bureaucratique, combatif, non idolâtre des moyens financiers, constitue dans le présent une organisation riche en initiative, vigilante, audacieuse, avec un fort sentiment de classe, confiante en sa force, sans illusions parlementaires : et prépare pour le futur l’avènement d’une société dans laquelle il n’y aura pas de nouveaux patrons en remplacement de ceux d’aujourd’hui mais une égalité, une liberté qui ne soit pas seulement des paroles vides de significations ; mais des réalités concrètes.

Pour mieux comprendre les principes de la nouvelle organisation, il est intéressant de connaître le contenu d’une affiche nationale de l’USI de 1913 :

C’est une vieille bannière remplie de gloire, celle que mous soulevons à nouveau. Elle couvre l’œuvre patiente de la préparation et elle s’explique dans les saintes audaces de la révolte, son tissu est teint du sang des martyrs et ne se décolorera pas dans les faibles couleurs de la paix sociale. Bannière d’espérance et de bataille. Sous son ombre se recueillent seulement les forts pour qui le sacrifice ne fait pas peur ; les combattants qui savent affronter la lutte avec joie.

C’est la bannière de la 1re Internationale, celle que nous soulevons de nouveau, compagnons !

Combien sentent la honte de l’événement présent, combien nourrissent encore foi dans le destin du prolétariat, qu’ils viennent avec nous, dans cette armée de libres qui veut se diriger vers des rouges aurores de la Révolution Sociale.

Vive l’organisation ouvrière !

Vive l’Union Syndicale Italienne !

L’importance que prend immédiatement l’Union Syndicale Italienne est prouvée par les luttes colossales menées surtout dans quelques centres agricoles et les grèves générales dans toute l’Italie. En 1913 sont soutenues les grèves agricoles dans le Ferrarais et les Biulles, les grèves générales des métallurgistes et des gaziers de Milan, les travailleurs du marbre de Carrare. Pendant ce temps se créent de nouvelles sections : Sestri Porrente, Bari, Sarignola, Rovigo, Mantova, Crémona.

Le second congrès de l’USI a lieu à Milan (4-5-6-7 décembre 1913) avec la présence de 191 congressistes représentant 1 003 ligues et 98 037 organisés, réunit des militants comme Guiseppe di Vittorio, A. Meschi, De Ambris, Filippo Corridoni. On discute de l’arme de la grève générale : Armando Borghi, rapporteur de ce point, affirme l’efficacité de la grève générale comme méthode de défense et de conquête pour les travailleurs visant à la victoire définitive de la classe travailleuse par l’expropriation de la classe capitaliste. Un autre problème important de chaque congrès de l’USI, c’est l’antimilitarisme : l’attitude de toute organisation, sur ce point, est de nouveau confirmé, non seulement lutte syndicale mais aussi lutte antimilitariste, anti-patriotique : un terrain nécessaire d’agitation anti-étatique du prolétariat.

De Ambris, Masotti, Zocchi, Meschi, Giuseppe Di Vittorio e Corridoni (1912).

On décide de transférer l’USI à Milan où est apparue une Union combative qui sera en 1914, durant la « Semaine Rouge » historique, au tout premier plan de l’organisation, des luttes arrivant jusqu’à faire bouger la CGL. En 1914, l’année de la conflagration européenne, il y a à l’intérieur de l’USI ceux qui prennent position en faveur de l’intervention de l’Italie au côté de la France et de l’Angleterre, trahissant de cette manière les principes antimilitaristes que l’organisation a toujours fait siens. La position Interventionniste des frères De Ambris, Blanchi, Masotti, Corridoni, etc., n’est pas partagée par la masse ; et pour clarifier la position de l’organisation prolétaire il est convoqué une assemblée du conseil général dans lequel, surtout de la part de l’anarchiste A. Borghi, il est relevé que ce serait les patrons et la monarchie qui en auraient retiré tous les avantages et non les travailleurs.

Il est singulier que de la part de ceux qui ont toujours dénoncé les fraudes de la diplomatie, en ce moment il est donné confiance aux promesses des mêmes diplomaties et des mêmes États ; la réunion a un ton très animé et à la fin il est accepté une motion de A. Meschi qui confirme et réaffirme les principes anti-militaristes et anti-étatiques :

Le Conseil Général de l’USI exprime sa confiance au prolétariat de tous les pays belligérants et neutres pour qu’il sache retrouver en lui-même l’esprit de solidarité de classe et les énergies révolutionnaires pour profiter de l’inévitable affaiblissement des forces étatiques et de la crise générale engendrée par la guerre elle-même par une action commune en vue de renverser les États bourgeois et monarchistes qui furent pour un demi-siècle les conscients et cyniques préparateurs de cette guerre. Décide que les organes directifs et le journal se conforment d de tels concepts.

Mis en minorité, Alcestre De Ambris et Tullio Masotti (ex-secrétaire) démissionnent et l’anarchiste Armando Borghi fut nommé secrétaire de l’USI ; le siège passe à Bologne et le journal L’Internazionale n’est plus l’organe officiel ; à sa place (le 17 avril 1915) il est publié le nouvel organe Guerra di classe. Aussitôt après la guerre de 15-18 l’USI reprend intensément l’activité avec la fondation de sections dans chaque localité et ses militants participent, jusqu’à en être les animateurs, à toutes les agitations de l’époque. C’est seulement en décembre 1919 à Parme que l’USI se retrouve en congrès, le troisième depuis sa fondation et le premier depuis la guerre.

Les 20-21-22-23 décembre 1919 Parme accueille les délégués de 300 000 organisés. Le problème le plus important est celui qui traite des « Conseils d’usine » suite aux informations qui arrivent de Russie (les Soviets), Allemagne et Hongrie, des informations qui ont une vaste résonance parmi les masses prolétaires italiennes (spécialement de Turin). Le rapporteur sur les « Conseils d’usine » est un ouvrier turinois qui tourne autour de l’Ordine Nuovo de Gramsci et la résolution de l’USI sur ce thème est la suivante :

Le congrès déclare toute sa sympathie et son encouragement à ces initiatives prolétaires, comme les Conseils d’usine, qui tendent à transférer dans la masse ouvrière toute la faculté d’initiative révolutionnaire et de reconstruction de la vie sociale. Il met pourtant en garde les travailleurs de toute déviation possible par l’escamotage réformiste contre la nature révolutionnaire de telles initiatives, contrairement même aux intentions avant-gardistes de la meilleure partie du prolétariat. Invite particulièrement cette partie du prolétariat à considérer la nécessité de préparer des forces révolutionnaires, sans quoi il ne sera jamais possible par l’attaque de classe d’arriver à la gestion sociale par le prolétariat.

En fonction des événements de la révolution russe et de la création des soviets comme auto-organisation du prolétariat russe il est rédigé une déclaration résumant :

Le Congrès de l’USI salue chaque pas en avant du prolétariat et des forces politiques vers la conception du socialisme niant toute capacité positive et reconstructive à l’institution historique typique de la démocratie bourgeoise qui est le parlement, le cœur de l’État.

Considère la conception soviétique de la reconstruction sociale comme anti-éthique de l’État et déclare que toute superposition de l’autonomie et de la libre fonction des soviets et toute la classe productrice, est considérée par le prolétariat comme un attentat au développement de la révolution et à la mise en œuvre de l’égalité dans la liberté.

Comme il a été dit, la Révolution Russe connaît un vaste écho dans le prolétariat italien ; elle est la première grande révolution à caractère socialiste et de masse qui enthousiasme le prolétariat mondial. Au niveau syndical se constituent les « Conseils » sur l’exemple des « Soviets » russes : le « Soviet » est vu comme un organe d’auto-organisation prolétaire dans lequel les travailleurs des usines et des champs se reconnaissent parce qu’il n’est pas fondé sur des bases autoritaires ou lié à une quelconque volonté de parti, mais il est bien un organe autonome relié avec les autres Soviets, les décisions y sont prises en assemblée et directement par les travailleurs eux-mêmes. Seulement dans un deuxième temps, les Soviets seront vidés de leur signification libertaire au moment où les bolchéviks ayant pris le pouvoir s’en empareront et les lieront au parti annulant tout droit auto-décisionnel aux masses organisées d’une façon autonome.

L’enthousiasme que provoquent les Soviets dans les masses révolutionnaires italiennes et dans l’USI en particulier est compréhensible. Un enthousiasme qui peu à peu s’éteindra lorsque commenceront à arriver de Russie les informations de la répression contre les révolutionnaires, les anarchistes et les Soviets qui ne pliaient pas au nouveau pouvoir (Kronstadt, Ukraine...).

Dans le même temps le congrès de Parme reconfirme A. Borghi comme secrétaire et le siège est transféré à Milan où il restera jusqu’à ce qu’il fût détruit par les fascistes.

Les années 1919-1920 (connues aussi sous le nom des « deux années rouges » par l’attaque révolutionnaire que les masses exprimèrent contre l’État, laissant supposer que la révolution fut imminente) expriment toute une série d’initiatives syndicales avec des grèves tendant à des augmentations salariales et à de meilleures conditions de vie. Les formes de lutte conçues dans le sens traditionnel ne sont plus efficaces et il existe maintenant une nouvelle façon de combattre les patrons, une façon différente, plus efficace, qui est adoptée à un niveau de masse : obstructionnisme et occupation des usines. Les premières occupations d’usine se font en Ligurie (Sestri Ponente et Cornigliano sur l’initiative des métallurgistes). L’occupation des métallurgistes adhérents à l’USI ne dure que peu de jours mais provoque un énorme effet moral au sein du prolétariat. L’exemple a été donné et les occupations d’usines s’élargissent de la Ligurie à Turin jusqu’à Naples ; et au moment où les métallurgistes de toute l’Italie évitent une défaite de leurs agitations pour les conventions collectives, ils recourent aux occupations de toutes les usines (août 1920).

L’exemple des occupations est un fait très important dans l’histoire de l’émancipation prolétaire, un fait désormais légendaire sur lequel il faut s’arrêter. L’agitation des métallurgistes italiens a lieu depuis un certain temps lorsque, le 21 août 1920, la FIOM et le syndicat national des métallurgistes adhérents à l’USI, déclarent le début de la lutte obstructionniste. Après quelques semaines passées avec peu de résultats, l’USI lance un appel aux travailleurs :

Il ne nous a pas semblé que cette forme de lutte soit adaptée à la gravité du moment et à la formidable résistance patronale ; cette forme de lutte peut se prolonger à l’infini, fatiguer les masses, affaiblir leur esprit de combativité, épuiser leurs énergies sans pour cela frapper la classe industrielle de façon décisive. L’obstructionnisme peut aussi pousser les industriels à une répression rapide avec le lock-out général ou partiel qui rend plus difficile la prise de possession des ateliers par les travailleurs quand il leur sera empêché l’accès à l’aide de la force publique concentrée aux endroits voulus par le patronat [...]

Nous pourrons attendre encore quelques jours le résultat de l’expérience de l’obstructionnisme ; rien de plus. La lutte doit être, selon nous, de brève durée et doit frapper sérieusement et gravement la classe patronale dans ses intérêts…

La prise de possession des usines par les travailleurs doit se faire simultanément et avec promptitude, avant d’être encore frappés par le lock-out et de la défendre avec tous les moyens et toutes les forces dont dispose le prolétariat organisé.

[...] Nous sommes décidés à faire entrer aussi en lice les travailleurs des autres industries et de l’agriculture. Aux autres organisations, donc, le devoir de prendre position, de se tenir prêtes à l’attaque sur le pied de guerre.

Le 29 juillet à Sestri la motion suivante est approuvée :

Considérant que la grève n’est pas réalisable dans les conditions actuelles et devant l’attitude des industriels qui ont intérêt à dissuader les énergies prolétaires ; que l’obstructionnisme rencontre de grandes difficultés pratiques ;

Considérant que pour faire front énergiquement et avec rapidité à la résistance patronale on doit recourir à tout moyen et SURTOUT A L’INVASION SIMULTANÉE ET GÉNÉRALE DES USINES PAR LES OUVRIERS.

Le 31 août 1920 c’est le lock-out à l’Alfa Roméo et les ateliers sont occupés par la force publique. C’est l’épisode qui fait jaillir l’étincelle de la fameuse occupation des usines de septembre. Deux ans après, au congrès national qui se tiendra ta Rome, l’USI précisera son point de vue sur les occupations d’usines :

La participation active, fébrile, de l’USI dans l’épique bataille de la métallurgie, comme corps d’avant-garde révolutionnaire, est connu par le prolétariat d’Italie et même de l’étranger. Les premières attitudes irréductiblement de classe et intransigeantes sont aussi connues durant les discussions préliminaires qu’au cours de la première phase de lutte.

En fonction de la fameuse question préalable sur les conditions de l’industrie, l’USI fut claire et explicite : elle considère que le système économique en vigueur, basé non sur les intérêts de la collectivité humaine et productrice, mais sur les intérêts individuels à l’exception des vrais producteurs — les ouvriers — est la cause première des perturbations continues de la vie industrielle, économique et politique de la société. Les travailleurs n’ont donc aucune responsabilité dans les conséquences heureuses ou funestes de cet ordre social. Ils ne peuvent tenir compte en aucune façon des conditions de l’industrie monopolisée et gérée par ceux qui considèrent les ouvriers comme de la marchandise, au lieu d’hommes qui ont le droit de vivre et de jouir du fruit de leur travail.

En fonction de ces prémisses, l’USI se refuse à intervenir dans la discussion oisive et dilatoire sur les conditions de l’industrie, réelles ou artificiellement créées avec de fausses données et les élucubrations des dirigeants des industries les plus spéculatives et véreuses d’Italie, comme cela se constata à travers les scandales de l’Ilva, de l’Ansaldo et de la Banque d’Escompte.

Mais le devoir le plus important et le plus grave que l’USI s’imposa dans ce mouvement grandiose fut celui de le précéder et de le canaliser, lui imprimant un caractère que la situation exceptionnelle exigeait face à la position d’attaque délibérée et déclarée dit capitalisme ; le caractère d’une vraie guerre effective sans restrictions dans les coups portés et menée à ses ultimes conséquences.

Le quatrième congrès de Rome (10-11-12 mars 1922) est le dernier avant la destruction des organisations ouvrières par le fascisme. On n’y discute pas seulement de ce qui s’est fait bien que l’on cherche à préciser quelques positions idéologiques et tactiques ; on observe les rapports internationaux, on se demande si l’on doit adhérer à l’Internationale Syndicale Rouge (créée à Moscou) ou créer une nouvelle Internationale. Enfin, on envisage une réorganisation du mouvement basée sur la création du Syndicat d’usine.

Sur le premier point (adhérer ou non à l’Internationale de Moscou) il est présenté deux motions qui formeront deux tendances à l’intérieur de l’Union Syndicale Italienne : la première motion, favorable à l’adhésion à Moscou, est représentée par Di Vittorio ; la seconde motion, présentée par Armando Borghi, est contraire à l’adhésion tandis qu’elle est favorable à une nouvelle Internationale Syndicale, l’AIT (Association Internationale des Travailleurs) créée depuis peu à Berlin. Il y a deux résolutions présentées : la première (Vecchi-Di Vittorio) :

Le quatrième congrès de l’USI appelé à discuter et à délibérer sur la question des rapports entre l’USI, et les organisations internationales, considéreront que les décisions du Congrès Constitutif de l’Internationale Syndicale Rouge tenu à Moscou en juillet de l’année passée, avec qui s’établissent les rapports de collaboration qui doivent exister entre l’Internationale Syndicale et l’Internationale politique ne montrent en aucune façon l’autonomie et l’indépendance des syndicats ; qu’aucune délibération du congrès n’empêche que des accords momentanés puissent être pris avec d’autres partis, décide de donner son adhésion à l’Internationale des Syndicats Rouges.

La seconde (Giovanetti-Borghia) qui recueillera la majorité est contraire à une telle adhésion :

Le quatrième congrès de l’USI, insistant sur le fait que l’USI a depuis plusieurs années déployé avec foi et enthousiasme une activité fébrile pour la réorganisation des forces prolétaires internationales sur le terrain de l’action directe révolutionnaire s’inspirant de la Ire Internationale des travailleurs ; compte tenu que l’on a pu suivre le bloc international de ces forces à cause de son caractère exclusivement de parti, sachant déjà que la IIIe Internationale des Syndicats Rouges est étroitement liée au Parti Communiste et subordonnée à celui-ci dans toute son activité syndicale et politique ; se réclamant des principes et des méthodes du syndicalisme révolutionnaire anti-politicien, anti-autoritaire, anti-centralisateur et pour l’absolue autonomie des syndicats par rapport aux groupements politiques ; décide de subordonner l’adhésion à l’Internationale Syndicale sous les conditions suivantes :

1. Action directe et révolutionnaire de classe pour l’abolition du patronat et du salariat ;

2. Tout lien avec l’Internationale communiste et avec tout autre parti ou regroupement politique est exclu, complète autonomie et indépendance syndicale par rapport à ces organismes ;

3. Sont exclus de l’Internationale Syndicale les syndicats ou les regroupements syndicaux majoritaires qui adhèrent à l’organisation jaune d’Amsterdam même si c’est par l’intermédiaire des fédérations professionnelles ;

4. L’initiation de l’activité et de la direction de l’Internationale syndicale aux problèmes et à l’action de caractère inter-national ;

5. D’éventuelles ententes momentanées avec d’autres organisations syndicales et politiques prolétaires pourront être établies circonstanciellement pour des actions internationales déterminées d’intérêt pour la classe travailleuse ;

Donne mandat au Comité Exécutif de prendre des accords avec les organisations syndicalistes du monde entier pour organiser solidement une internationale syndicaliste en prévision du refus de l’ISR d’accepter les conditions exposées ci-dessus, étant des conditions irrévocables.

Un autre point de discussion concerna l’unité prolétaire ; il y a ceux qui reproposent la dissolution de l’Union Syndicale Italienne pour adhérer à la CGL, une telle thèse est soutenue par deux néo-députés (Di Vittorio et Faggi). Il est présenté par Gaetane Gerusi une résolution qui admet seulement la possibilité d’accords d’unité momentanés et sur des bases de classe et révolutionnaires :

Le congrès de l’USI, retenant que l’Unité des forces syndicales, prolétaires d’Italie ne peut être que le résultat d’un accord sincère et spontané des masses travailleuses organisées sur le terrain de la lutte de classe et de l’action directe avec des objectifs révolutionnaires excluant toute immixtion des partis et des groupes politiques et toute forme de collaboration avec la classe bourgeoise ;

Considérant que toutes les tentatives d’unité prolétaire furent un échec par l’opposition systématique de la fraction social-réformiste, laquelle tend à son hégémonie sur le prolétariat par une politique de collaboration syndicale, parlementaire et gouvernementale, avec la classe dominante, considérant en outre que dans les conditions actuelles du mouvement ouvrier l’Union Syndicale Italienne est l’unique grande organisation qui a maintenu sans altération ses orientations de classe et révolutionnaires ;

Décide :

1° que les éventuels rapports avec la Confédération Générale du Travail et avec les autres organismes syndicaux se fassent sur la base d’entente pour des questions précises et pour la défense de la liberté et des conquêtes prolétaires ;

2° que toute initiative de fusion des différents organismes syndicaux généraux pourra être acceptée en satisfaisant les critères exposés ci-dessus ;

3° que les organisations locales ou nationales (Chambres du travail, syndicats professionnels ou d’industrie, etc.) actuellement autonomes ou faisant déjà partie de l’USI peuvent adhérer à celle-ci sans autre condition que l’observation de ses statuts et des décisions de ses congrès.

La dernière décision importante concerne l’adhésion d’une nouvelle structure organisée basée sur les syndicats d’usine, un point sur lequel l’USI se bat depuis longtemps. Voici la motion présentée par Giovannetti :

Déclare tout d’abord que les travailleurs des industries sont contraints, dans la grande majorité, à être réunis par nécessité salariale dans l’usine ou l’entreprise, quel que soit leur métier ou profession, leur catégorie ou condition, tous coopérant à obtenir un même genre de production, retenu que la structure de l’organisation syndicale du prolétariat doit être basée sur l’usine ou l’entreprise et sur l’industrie afin qu’elle puisse répondre aux buts immédiats de défense et de conquêtes prolétaires et dans le but de l’émancipation complète de la classe travailleuse de la domination économique et politique du capital.

Considérant qu’une telle forme d’organisation ouvrière basée sur l’usine et sur l’industrie répond aux exigences de la vie moderne du travail et crée de fait le noyau ouvrier producteur et gestionnaire de l’usine qui devra accomplir le processus historique du passage de la forme capitaliste de production à celle sociale des syndicats de travailleurs par l’expropriation, et la prise de possession des usines par les syndicalistes ;

Constatant que dans les organisations adhérentes à l’USI il a déjà été engagé depuis longtemps un travail tendant à la transformation des ligues professionnelles en syndicats locaux et nationaux d’industrie ;

Relevant néanmoins qu’une telle tâche, pour des raisons différentes et complexes n’a pas été encore complètement réalisée,

CIDE d’engager formellement les Chambres du Travail et les Unions locales à réorganiser les ligues et les syndicats où elles ne l’ont pas encore fait, sur les bases suivantes :

  • A) Constitution du syndicat parmi les ouvriers de chaque usine ou entreprise.
  • B) Regroupement local des différents syndicats ouvriers d’usine pour chaque industrie.
  • C) Constitution d’un syndicat unique d’industrie pour les centres dans lesquels le nombre des ouvriers de chaque atelier ou entreprise est faible.
  • D) Adhésion de fait et de droit dans les syndicats locaux à l’organisation nationale d’industrie laissant l’autonomie aux syndicats eux-mêmes pour chaque et n’importe quelle activité et pour le mouvement qui n’intéressent pas plusieurs industries ou plusieurs centres industriels (ou qui revêtent un caractère général de classe).

DEMANDE aux organes exécutifs de l’USI la responsabilité de faire fonctionner les Syndicats Nationaux d’Industrie qui pour des raisons différentes ont dû suspendre leur activité et créer les autres syndicats qui regroupent les forces prolétaires de chaque industrie non encore organisées nationalement ;

APPROUVE le schéma d’organisation des syndicats laissant la pleine faculté aux organisations locales de l’adopter, avec les tempéraments qui peuvent être considérées par elles comme nécessaires.

En octobre 1922 c’est la prise de pouvoir de la part des fascistes ; l’activité syndicale est de plus en plus difficile, impossibilité de se réunir simplement. Les Chambres du Travail, les locaux de l’Union Syndicale Italienne sont détruits, les militants emprisonnés ou contraints à l’exil.

Toute activité cesse. Le secrétariat se reforme en France parmi les exilés où il maintiendra vivant parmi les travailleurs réfugiés politiques le sens de la liberté.

Le syndicalisme libertaire et révolutionnaire (anarcho—syndicalisme) héritier de l’esprit de la Ire Internationale se concrétise donc en Italie dans l’Union Syndicale Italienne arrivant à compter 500 000 adhérents au début des années 20.