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Considérations sur l’expérience de l’USI

Par Noyaux libertaires d’usines et d’entreprises de Milan

CC by-nc-sa

Les imposantes luttes agraires de 1906 à 1908 représentent le mouvement qui détermine le passage du syndicalisme révolutionnaire interne à l’organisation de la CGL comme minorité révolutionnaire (comprenant des syndicalistes et des militants politiquement insérés dans un mouvement qui va de la gauche du Parti Socialiste jusqu’aux Anarchistes) à l’organisation alternative (d’abord Comité d’Action Directe puis USI).

Après la rupture et le départ des syndicalistes du PSI, les noyaux révolutionnaires basent leur stratégie sur les Chambres du Travail conçues comme les lieux d’organisation et de lutte. Le problème central devient rapidement l’unité et la fusion entre le prolétariat industriel et agricole. Le problème apparaît durant les premières années du syndicalisme révolutionnaire ou celui-ci s’implante le mieux au sein du prolétariat agricole qui devient l’épine dorsale du mouvement, et la classe paysanne a un poids dans la population active de l’époque (contrairement à ce qui arrive dans d’autres pays). Les luttes de 1913 ne deviennent pas un moment de croissance et de conquête de nouveaux objectifs mais restent la défense des acquis : en substance si elles ne sont pas interprétées en tant que mouvement de stagnation c’est pour être ressenties comme un point de recul du mouvement. La cause est à rechercher, selon une analyse des syndicalistes eux-mêmes, probablement dans le passage manqué à une agriculture capitaliste, en conséquence la croissance manquée du mouvement orientait l’œuvre des syndicalistes révolutionnaires sur le plan industriel. Un tel changement de direction apparaît au second congrès de l’USI (1913) ou même si le prolétariat agricole représente 38,5 % de la force du mouvement, les métallurgistes, eux, représentent 14,2 %, les ouvriers du bâtiment 26,9 %, les employés des trans-ports 8,8 %.

Le lien entre le prolétariat agricole et le prolétariat industriel est représenté par cette couche des travailleurs aux tâches les moins qualifiées à l’intérieur du secteur de la construction et le rapport initial de l’USI avec le prolétariat industriel est réalisé a Milan et Turin, deux gros centres industriels.

Le type d’organisation des Chambres du Travail est en effet un modèle organisationnel de pouvoir décentralisé qui tend à rompre les divisions de catégorie et de secteurs opérés par les fédérations de métier sur lesquelles pointe la ligne réformiste de la CGL, ceci de façon à recomposer une unité de base révolutionnaire et de classe. Le modèle organisationnel de la Confédération est décalqué dans ses grandes lignes sur la structure du capital, ses articulations en canaux productifs, les formes-mêmes et les méthodes de lutte acceptent les schémas d’encadrement proposés par les secteurs d’avant-garde du capital lui-même.

Au contraire, les Chambres du Travail révolutionnaires ras-semblèrent de vastes secteurs déqualifiés tendant à rassembler aussi l’autre secteur sous-prolétaire des « non-garantis » ou des « désorganisés », lesquels forment un élément de tension qui ne se reconnaît pas dans le syndicalisme de la CGL, voire même le dépasse ; comptant sur ces secteurs, les syndicalistes révolutionnaires réussissent à produire des actions continuelles d’insubordination spontanée.

La Chambre représente donc un centre organisateur de lutte tendant à promouvoir la grève politique générale qui montre l’opposition directe entre État et prolétaires.

Avec l’entrée de l’Italie en guerre apparaît une situation nouvelle de type industriel bien que l’on peut parler de contrôle de l’économie par l’État ; une série de mesures et de restructurations est engagée, amorçant un large processus de croissance des structures de l’industrie. C’est justement dans le secteur sidérurgique, pendant la guerre, que se forme la couche la plus importante de classe de l’Union Syndicale Italienne (par exemple, en Ligurie au moins 20 000 ouvriers sur 60 000 sont organisés dans le syndicalisme révolutionnaire) qui subit à, ce moment une baisse du nombre d’adhérents à cause de la guerre, du dépeuplement des campagnes et de la baisse de l’emploi dans les industries non-militarisées ; en outre, la croissance significative de l’USI dans le secteur directement employé dans l’effort de guerre tend à démontrer un refus diffus de la guerre dans la classe ouvrière qui pratique le sabotage et le boycottage de la production dans la conviction que la guerre est une guerre anti-prolétaire.

La position de l’USI face à la guerre et au militarisme en général est connue. L’entrée même de l’Italie en guerre laisse apparaître à l’intérieur du mouvement syndicaliste un secteur favorable à l’intervention dans la même mesure qu’au cours de la guerre tripolitaine en 1914 quelques théoriciens avaient été favorables à l’intervention militaire.

La position majoritaire contre la guerre provoque la scission des éléments nationalistes (ou mieux : d’une résolution nationaliste de la crise) lesquels se retrouveront avec le Comité de Mobilisation de l’Industrie dont faisaient partie les industriels, l’armée et la CGL, enclin à la collaboration de classe.

Enfin l’USI représente l’unique tentative en Italie de fondre l’économique et le politique en un tout qui, par l’intermédiaire de l’homogénéité économique de classe, la grève générale et l’insurrection, va directement s’affronter avec l’État.