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Prison Saint-Lazare

[03] Charles Malato (1857-1938)

Par Flax

Domaine public

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Le premier éducateur du jeune Malato fut son grand-père, un vieux savant, universitaire révoqué, Armand Hennequin, qui ne rêvait rien moins que de faire de son élève un savant comme lui et manqua le faire mourir d’une méningite. Heureusement qu’il mourut lui-même d’une attaque d’apoplexie. Malato avait alors quatre ans. Il put respirer quelque temps.

Ayant ainsi échappé à la rage éducatrice de son grand-père, Malato, absolument réfractaire aux mathématiques, manifesta un goût ardent pour la littérature, l’histoire, l’art, en un mot, pour tout ce qui relève de l’imagination. Il se destinait à la médecine, vocation à peu près héréditaire dans sa famille maternelle. Mais le hasard en disposa autrement. Les événements viennent l’enlever à la morticulture.

Sa première tentative révolutionnaire se produisit de bonne heure. Il avait à peine dix-sept ans lorsqu’il goûta les joies du dépôt. On venait, à ce moment, d’arrêter son père, suspect à cause de son rôle révolutionnaire très actif à Naples, Livourne, Rome (1848-1849), et de sa participation au mouvement de résistance au Deux-Décembre. Il s’était même mélangé quelque peu aux Communards, mais pas assez pour qu’on pût le poursuivre. On imagina alors un procédé nouveau qui consistait à le poursuivre, non comme communard, mais comme négociant en fuite. On lui ferma trois maisons de commerce prospères et on le ruina. Tous les moyens étaient bons, à ce moment, pour calomnier les révolutionnaires qu’on traitait, d’ailleurs, comme des criminels de droit commun. Très heureusement et, les chinoiseries du Code purent réparer (très faiblement) le désastre. La justice militaire réclama le condamné et le réhabilita, annulant la procédure civile, et l’envoyant, comme détenu politique, à la Nouvelle.

De son côté, la mère de Malato avait été incarcérée à Saint-Lazare, où elle demeura dix mois, parmi de malheureuses prostituées.

Ce fut alors que Malato eut l’idée d’user d’un procédé révolutionnaire qui, bien que romantique, avait peut-être des chances de réussir. Rappelons qu’à cette époque les bonapartistes avaient le vent en poupe et que Mac-Mahon, chef du pouvoir exécutif, paraissait disposé à leur céder le terrain. Malato essaya de soulever le peuple. Il rédigea, seul, une vingtaine de proclamations exécutées à la main (il n’avait pas d’imprimerie clandestine), dans lesquelles il annonçait aux Parisiens que le coup d’État impérialiste était chose faite et où il invitait les bons citoyens à se rallier autour du nouveau régime. Il escomptait une insurrection. Mais au moment où il posait son affiche, rue d’Alsace, il fut arrêté. Alors, il joua la folie. Il déclara aux policiers qu’il s’appelait Napoléon IV et qu’il venait de débarquer en Normandie avec le docteur Corneau, médecin de la famille Bonaparte. On le conduisit au dépôt où il eut soin, peu à peu, de recouvrer sa raison. Il en sortit au bout de dix jours avec l’horreur des poux et des punaises qui l’avaient dévoré sur les paillasses de la salle commune.