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Jules Vallès

Séverine (1855-1929) [06]

Par Victor Méric - Flax

CC by-nc-sa

Blessée seulement, Séverine guérit rapidement. Ses parents n’osèrent plus s’opposer à sa liberté. Alors commença pour elle ce qu’elle a appelé le plus beau temps de sa vie. Son rôle, cependant, était secondaire. Elle se vouait aux plus humbles besognes. Elle recopiait les articles, corrigeait les épreuves. Cela dura jusqu’en 1883. Vallès était alors très malade. Il souffrait d’un diabète compliqué de phtisie. Il se montrait quelque peu bourru, d’aspect sévère, dur. Au fond, c’était l’être le plus exquis, le plus naïvement sentimental qui se puisse trouver. Il cachait sa bonté sous des dehors de rudesse. Tous ceux qui l’ont approché lui ont rendu cette justice.

La place nous fait défaut pour insister sur Jules Vallès. Disons cependant que l’opinion de Séverine, sur celui qui fut son seul maître et qui eut sur sa destinée une influence considérable, est corroborée par bien d’autres. Dans la préface des Enfants du Peuple, Julien Lemer, qui fut l’éditeur de ce volume de Vallès, écrit : Sous les allures rustiques qu’il jugeait devoir être appropriées au rôle de tribun qu’il ambitionnait, on sentait l’homme bien élevé, de même, que sous ses prétentions d’iconoclaste littéraire, on devinait le lettré érudit et familier avec la forme classique qu’il répudiait, de même aussi, sous ses implacabilités de révolutionnaire politique, on sentait souvent percer l’homme bienveillant, accessible à tous les sentiments doux et tendres. Et c’est bien ça. Vallès, au fond, était un doux. Chez lui la violence n’était que pose. Sa jeunesse malheureuse l’avait un peu aigri sans lui enlever sa timidité et sa tendresse. Son caractère n’était pas très égal, mais il savait, par une boutade, par une parole de bonté, racheter des propos quelquefois très acerbes. Très autoritaire avec ça, et un grand sens pratique, il était l’homme de bons conseils, celui qu’on consultait avant tout autre.

Séverine vécut à cette école. Elle y apprit l’amour du peuple. Dans la conversation extraordinairement attachante de son maître, elle puisa ses meilleurs enseignements. Elle y a gagné surtout l’habitude d’improviser, de travailler par à-coups formidables, de faire ses articles au dernier moment.