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Georges Cochon et le mouvement des locataires

Par E. Axenberg

CC by-nc-sa

La lutte des Locataires contre les propriétaires et la spéculation immobilière est une nécessité. Il y eut au début du siècle un mouvement de défense des locataires. Nous l’évoquons dans cette brochure à titre d’exemple.

En 1900 on ne manquait pas de logements comme aujourd’hui : il s’agissait d’une crise des loyers. En effet, ceux-ci étaient beaucoup trop élevés, jetant de nombreuses familles à la rue. C’est là qu’intervint Georges Cochon. C’était un militant anarchiste déjà envoyé pour trois ans aux Bat’d’af à cause de son objection de conscience. Cet ouvrier tapissier habitait avec sa famille au 52 de la rue de Dantzig. Son expulsion devint impérative pour les propriétaires, car il était le fondateur de l’Union syndicale des locataires. Cochon refusa de partir et tint en 1911 un siège de cinq jours contre la police. Il cloua des madriers en travers de la porte, allumant un lampion à sa fenêtre pour chaque jour de siège. Plus tard, il décida de donner plus d’envergure à son action. La situation était grave.

En quatre ans, de 1907 à 1911, 2 750 logements accessibles aux ouvriers ont été construits pour une population qui croissait de 25 000 individus par an. Pour la seule année 1911, on a détruit plus d’habitations populaires qu’on en a construit. Il y a cette année-là 18 500 logements de moins qu’en 1901. Enfin, 40% des familles nombreuses sont, de l’aveu des statistiques officielles, mal logées - terme pudique. (Libération du 5 août 1983).

Contre cette situation, la Fédération nationale des locataires est créée. Son but : défendre les locataires par une action efficace. Les meubles étant parfois saisis lorsqu’une famille ne pouvait plus payer son loyer, des déménagements « à la cloche de bois » sont organisés. Très populaires, ils étaient monnaie courante avant, même Cochon. Le Père Peinard raconte en 1890 : On arrive au carré de la piaule du copain, tout était prêt : chacun empoigne soit un paquet, un meuble ou un autre fourbi et on dévale en chœur : une procession déménageante quoi ! Quel entrain et que c’était chouette ! Les autres locatos jubilaient et applaudissaient (...). Enfin en un quart d’heure, tout était fini et la porte se refermait sur le déménagement. Avant de se tirer on a pris soin d’avertir les locatos qui étaient aux fenêtres ou dans la rue qu’on était toujours prêt à les déménager dans des conditions pareilles, vu que les anarchos sont jamais en retard pour guerroyer contre les proprios.

La Fédération des locataires systématisera ce genre d’actions. En 1913, un tract affirme que Par notre activité le mobilier de nos adhérents e toujours été protégé contre la rapacité des propriétaires. Ceux dos nôtres qui furent jetés à la rue parce qu’ils avaient trop d’enfants furent abrités par nos soins et tous ont trouvé auprès de nous les conseils juridiques.

A l’annonce d’une expulsion, une fanfare « le raffut de la sainte polycarpe », plus bruyante que musicale, organisait du potin pour former un cortège devant lequel concierges et huissiers devaient s’incliner. La Fédération ne se limitait pas aux déménagements. Elle organisait des journées d’action contre les concierges qui tentaient d’empêcher les déménagements en introduisant par le trou des serrures punaises et cafards. Cochon avait même écrit un traité 39 manières de faire râler son concierge ! Il recruta aussi quelques compagnons ouvriers qui confectionnèrent une maison préfabriquée et s’entraînèrent à la monter le plus vite possible. Ils squattèrent avec cette maisonnette plusieurs lieux comme le jardin des Tuileries, la cour de la Chambre des députés, l’Hôtel-de-Ville, la caserne du Château-d’eau, l’église de la madeleine et. même la préfecture de police. Des familles sans abri furent ainsi logées. Ces actions étaient très bien accueillies parmi la population ouvrière. Cochon fut aussi encensé par des artistes comme Monthéus, Charles d’Avray, et le dessinateur Steilen qui réalisa des affiches. La Première Guerre mondiale mit fin à cette action. Elle fut souvent efficace en son temps, montrant l’intérêt d’une lutte des locataires.