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Les Hommes du jour n°18

Sébastien Faure (1858-1942) [2]

Par Flax

Domaine public

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Quand j’ai connu l’homme – entrevu à la tribune – faut-il dire que je n’ai éprouvé, en aucune façon, la déception qu’on rencontre souvent à approcher l’écrivain dont on déguste les pages ou l’orateur dont on boit les paroles ? Tel que je l’avais deviné, tel j’ai pu l’étudier par la suite. D’une loyauté scrupuleuse, très affable, ami sûr et dévoué, toujours prêt à rendre service, voilà comment j’ai constamment vu Sébastien Faure. Aussi suis-je particulièrement embarrassé pour en dire du mal, ainsi que j’ai accoutumé de le faire, chaque fois que je parle de mon prochain.

Cependant, je lui garde rancune. Il nous a trompés sans le vouloir, et sans le savoir. Cet apôtre, qui nous a présenté a société comme une bergerie, et qui a réussi à nous faire admettre, comme possibles, l’entente et la paix entre humains, nous a conduits dans de mauvais chemins, vers un idéal inaccessible. Son excuse est qu’il a cru fermement tout ce qu’il nous a si magnifiquement raconté. Aujourd’hui, après des déceptions sans nombre, il y croit encore, avec un peu d’amertume et de doute pourtant. Je dis avec un peu d’amertume, et un peu de doute, car je vois, depuis des années, qu’il fuit les hommes, qu’il conserve son attachement à la cause de l’anarchie, mais qu’il se garde des anarchistes. Sébastien Faure, après une vie d’orages, après des batailles ardentes, des années de lutte et de prison, abandonne ou presque la propagande, à laquelle il a voué la moitié de sa vie, et s’occupe à éduquer, à instruire, à façonner de petits enfants, mettant tout son enthousiasme d’apôtre et tous ses espoirs sur les têtes fragiles de bambins qui, selon lui, feront la société de l’avenir.

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