Partage Noir

Accueil > France > Sébastien Faure (1858-1942) > Sébastien Faure (1858-1942) [1]



Les Hommes du jour n°18

Sébastien Faure (1858-1942) [1]

Par Flax

Domaine public

Je voudrais sans emphase, dire ici toute mon admiration pour l’homme que j’entreprends de biographier. J’ai connu Sébastien Faure, il y a déjà plusieurs années. Mais avant l’homme, j’avais connu l’orateur. Un soir, en province, à l’âge où l’on gémit sous la férule du pion, Sébastien Faure m’est apparu, dans la fumée d’une réunion publique, comme l’archange de la révolte et de la liberté. Cela peut paraître ridicule. Mais ce soir-là (je n’avais pas quinze ans), l’orateur anarchiste, l’apôtre du bonheur universel qui, dans un geste large, dissipait les nuages et jetait de la lumière, symbolisait pour l’élève de quatrième tout ce qu’il y a de beau, de noble, de vrai dans la vie, résumait toutes les aspirations et aussi tous les dégoûts, toutes les rancunes qui s’amassent dans un cœur de jeune homme asservi par les cuistres et les pédants que suscite l’Université.

Je me souviens d’une époque où j’étais anarchiste, passionnément anarchiste. Aujourd’hui le scepticisme malsain, mais nécessaire m’a envahi. La fréquentation des hommes et l’analyse minutieuse des idées m’a gâté ou guéri. Mais jamais il ne m’échappera un mot de blâme, une raillerie, une récrimination lorsque j’aurai à parler des anarchistes. L’anarchie, c’est un peu comme la première maîtresse à laquelle on garde un culte passionné après qu’on a connu les femmes. L’anarchie, c’est la fée qui de son doigt rose dissipe les brumes, montre les chemins radieux, désigne la beauté et la bonté. Plaignons sincèrement les malheureux qui, dans leur jeunesse, n’ont pas été anarchistes, ne se sont pas senti un cœur d’anarchiste, ne fût-ce qu’une heure...

La première fois que j’ai entendu Sébastien Faure, j’ai compris, j’ai su... Je garde à Sébastien Faure toute la gratitude que l’on doit à l’homme qui vous a initié. Plus tard, ah ! plus tard ! au sortir de la geôle militaire, j’ai revu l’apôtre en pleine affaire Dreyfus, comme l’expression vivante de la haine amassée sous l’uniforme. Une fois encore, il a symbolisé mes colères et mes soifs de justice. Ainsi à deux moments décisifs de l’existence, le chantre de la liberté, le défenseur des faibles et des opprimés, l’incomparable poète qui nous prophétise l’harmonie et la douceur de vivre, m’a semblé incarner merveilleusement tous les rêves qui hantent de jeunes cerveaux non encore façonnés par la vie.

*