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Ricardo Mella, un anarchiste galicien

mercredi 8 avril 2026, par Claudio Rodríguez Fer (CC by-nc-sa)

Ricardo Mella Cea (Vigo, 23 avril 1861-7 août 1925), humaniste, grand intellectuel et militant libertaire, est considéré comme l’un des plus importants théoriciens de l’anarchisme en Espagne.

Fils d’un républicain fédéral adepte de l’idéologie de Pi i Margall, il acquiert une solide formation en français, anglais et italien. Très jeune, il adhère au Parti républicain démocratique fédéral, dont il devient, plus tard, secrétaire. Il débute comme journaliste critique au journal La Verdad. Mais il est rapidement dénoncé pour ses articles, jugé et exilé à Madrid. En 1881, il crée à Vigo le journal La Propaganda, fédéraliste et ouvriériste.

Plus tard, il connaît l’éditeur anarchiste de La Revista Social, Juan Serrano Oteiza. Il se marie à Madrid avec la fille de l’éditeur, Esperanza Serrano Rivera, avec laquelle il a douze enfants. Dès lors, il collabore à la rédaction de La Revista social ainsi qu’à de nombreuses publications anarchistes en Espagne. Il traduit en espagnol Dieu et l’État et Étatisme et anarchie de Bakounine, L’anarchie de Malatesta et La science moderne et l’anarchisme de Kropotkine.

Il étudie la topographie qu’il exerce ensuite en Andalousie. Là, il crée des journaux tels que La Solidaridad en 1888. Il s’engage dans la lutte paysanne contre le latifundio, rejetant toute forme de violence.

En 1895, il revient à Vigo où il donne refuge à Josep Prat qui fuit la répression de Barcelone après le procès de Montjuic. En 1897, il s’installe à Pontevedra où il participe à l’installation du chemin de fer. Là, il condamne les exécutions des anarchistes de Montjuic à travers ses articles. Il dénonce aussi la situation des paysans galiciens.

Après une période dans les Asturies, il revient à Vigo en 1909. Il abandonne son militantisme et devient directeur d’une entreprise de construction des tramways électriques de la ville. Pourtant, en 1911, il représente les Asturies au premier congrès de la Confédération nationale du travail, dont les principes fondamentaux reflètent ses propres thèses.

Le jour de son enterrement, tous les tramways de Vigo s’arrêtent pour lui rendre hommage. Il est enterré au cimetière de Pereiró, dans un mausolée du sculpteur galicien Asorey et construit grâce à une souscription populaire. Une grande avenue de Vigo a porté son nom jusqu’à l’arrivée du franquisme. Une nouvelle rue et un lycée public portent son nom depuis le retour de la démocratie.

Urania Mella

Sa fille Urania est arrêtée et emprisonnée lors du soulèvement fasciste de 1936. Son gendre, Humberto Solleiro, dirigeant dans le secteur des tramways, est fusillé. Son fils Ricardo, a été un important militant socialiste dans la zone républicaine durant la guerre civile et a dû s’exiler en Amérique.

Ricardo Mella est l’auteur de nombreux ouvrages et articles pour lesquels il reçut divers prix en Espagne et aussi dans le monde. Il écrivit pour des journaux aux États-Unis et en Argentine. Ses écrits ont été traduits en italien, néerlandais, portugais, anglais et français.

La plupart de ses articles ont été regroupés dans des publications. Ils sont le reflet de sa pensée sociale, de ses principes sur l’éducation libertaire et de ses tactiques de lutte révolutionnaire. Mella a laissé aussi des textes sur l’amour, la philosophie, la morale et la littérature. Il rendit hommage à Pi i Margall et à Anselmo Lorenzo à travers ses textes. Il a également écrit une réponse au livre de Lombroso dans son ouvrage Lombroso et les anarchistes (1896).

Pour Gaston Leval : « Ouvrier chapelier, il devint ingénieur par ses propres efforts. En possession d’une vaste culture, il a été le théoricien le plus marquant de l’anarchisme en Espagne. Esprit rigoureusement logique et scientifique, de conception ample et d’originalité vigoureuse, il peut, si nous excluons Proudhon, être placé à côté des meilleurs théoriciens anarchistes français. Il joint à cela un style souvent magnifique qui n’est jamais que la conséquence de la force de sa pensée. Ses écrits sont toujours brefs et décisifs. Sa réplique au livre de Lombroso, Les anarchistes, est d’une valeur polémiste incomparable ». L’Idée anarchiste, nº 1, 18 mars 1924.

Claudio Rodríguez Fer, traduit du galicien par María Lopo