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[08] Fernand Pelloutier (1867-1901) - La Fédération des Bourses

Par Georges Yvetot

CC by-nc-sa

Cet homme constamment souffrant possédait un vrai tempérament de combat ; ce qu’il croyait utile au mouvement, il le disait, il le faisait, sans craindre les criailleries et les calomnies.

Chose curieuse, les hommes qui l’ont le plus attaqué ont généralement fait une drôle de fin.

Absalon Lagailse

Les premiers secrétaires de la Confédération, Lagailse et Copigneaux, furent les plus acharnés de ses adversaires. Au comité d’action de la Verrerie ouvrière, il batailla âprement contre les bateleurs et les profiteurs du coopératisme. Mais il n’est pas de polémique qui l’ait plus affecté que celle qui s’engagea vers la fin de sa vie autour de son acceptation d’une place d’enquêteur à l’Office du Travail.

Retraçons à grands traits ces diverses polémiques.

Je pourrais citer textuellement les discussions passionnées, méchantes, du congrès de Rennes. Ce serait peut-être trop long. Abréger à ma fantaisie, paraîtrait suspect. Empruntons, voulez-vous, au livre d’un bourgeois le résumé des discussions entre Pelloutier et Lagailse. Voici ce que déclare Léon de Seilhac [1] :

Le congrès confédéral de Rennes, qui succéda immédiatement au congrès des Bourses, débuta par un rapport violent et rempli d’acrimonie du secrétaire général de la Confédération, M. Lagailse, contre le secrétaire général de la Fédération des Bourses, M. Pelloutier, et les autres membres du comité de cette Fédération.

Ceux-là étaient nettement traités d’anarchistes ; M. Lagailse leur reprochait — non sans raison — leur mépris de l’action politique.

Plus d’un organisateur de syndicat, écrivait-il dans son rapport, en arrive à nier l’action politique, ne pensant pas que, si son avis prédominait, le prolétariat resterait désarmé devant le capitalisme maître du pouvoir, SUR LE CHAMP DE BATAILLE OU IL IMPORTE LE PLUS DE VAINCRE, car c’est là qu’il conquerra son émancipation.

Paul Delesalle

C’était la lutte ouverte entre les socialistes de la Confédération et les anarchistes de la Fédération. Cette lutte ne devait prendre fin que par l’entrée victorieuse des anarchistes des Bourses au Comité confédéral. Cela ne devait pas tarder. Déjà, M. Delesalle, collaborateur aux Temps Nouveaux de Jean Grave, avait réussi à se faire nommer secrétaire général adjoint de la Confédération.

Pelloutier, au dire de M. Lagailse, aurait redouté l’accaparement de toutes les organisations cotisantes par la Confédération et vu dans ce fait un grave danger polir son traitement. Si toutes ces organisations étaient acceptées isolément par la Confédération et y passaient avec armes et bagages, la Fédération des Bourses n’avait plus de raison d’exister et les gros émoluments du secrétaire (100 francs par mois) ne pourraient être payés.

Les séances de la Confédération ne réunissaient que trois ou quatre membres. Voyez cette GUEUSERIE, dit M. Lagailse. Voyant qu’on n’avait pu se faire MAITRE dans la place, les délégués de la Fédération des Bourses ne viennent plus aux séances du Comité confédéral.

Et, à la suite, M. Lagailse adresse à Pelloutier les aménités les plus choisies. Citoyen Pelloutier, vous avez menti !... Depuis le jour où toutes vos saletés ont été mises à découvert, vous auriez dû vous terrer !...

Les saletés dont il s’agit dans la bouche d’un Lagailse, on se doute ce qu’elles purent être de la part de Pelloutier. En tout cas, Pelloutier ne se terra jamais. On sait ce qu’il fut ; on sait ce qu’il devint.

On n’en pourrait pas dire autant de ce fameux Lagailse, employé de chemin de fer aux bons appointements, qui se trouvait toujours en délégation pour le syndicat, qui se trouvait dans tous les congrès avec des permissions régulières jamais contestées, qui fut ouvertement secrétaire de la CGT fœtus. Mais ce Lagailse disparut subitement et complètement en 1898, au lendemain de l’essai de grève générale des chemins de fer, soupçonné unanimement d’avoir été l’homme qui informa le Ministre de l’Intérieur du lancement de l’ordre de grève et de la clef des adresses. Pourtant, personne ne put absolument prouver que Lagailse fut le traître qui vendit ses frères. Guérard, lui-même, alors réputé révolutionnaire, ne prononça jamais son nom ; pourtant...

Enfin, l’histoire du syndicalisme de la fin du siècle dernier et du commencement de celui-ci nous dira peut-être la vérité là-dessus.

Maurice Copigneaux

Copigneaux succéda à Lagailse, dont il était l’adjoint, comme secrétaire de la Confédération.

De celui-là, employé de la Ville, on n’entend plus parler. Mais on sait quels gages de modération, de sagesse, il donna à ses patrons et quelles saletés il déversa sur les révolutionnaires de la Bourse du Travail. Il fut comme la préface de l’œuvre de Lajarrige. Mais Pelloutier était mort au moment où ce personnage commença à prendre l’importance néfaste qui lui valut de monter en grade dans la hiérarchie des employés de M. de Selves. N’en parlons plus.





[1Les Congrès ouvriers, par Léon de Seilhac, pp. 86 et 87.