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Chat noir
mardi 29 septembre 2026, par , (CC by-nc-sa)
Le symbole du chat est lié aux mouvements syndicalistes américains, notamment au plus connu d’entre eux, les « Industrial Workers of the World » (IWW).
Dans la seconde moitié du XIXe siècle, les conditions de travail en usine, dans les mines et autres fabriques étaient déplorables.
Aucune loi n’existait alors dans le domaine du travail pour protéger les travailleurs (hommes, femmes et enfants dès leur plus jeune âge).
Certains travailleurs tentèrent d’organiser les ouvriers afin de revendiquer de meilleures conditions de vie.
Ne se réunirent tout d’abord que certains ouvriers qualifiés, et, dès 1869, se créèrent les « Knights of Labor » – première union de tous les travailleurs sans distinction de race, sexe, ou compétence. Cette union prit rapidement de l’importance (jusqu’à 750 000 membres à son apogée) puis déclina tout aussi rapidement pour pratiquement disparaître aux alentours de 1900.
Une des luttes les plus importantes des années 1880 fut la revendication des journées de travail de huit heures, étant donné qu’il n’était pas rare de travailler de douze à quatorze heures par jour. Ces manifestations étaient considérées comme des menaces majeures par les industriels avides de profit et les actions des ouvriers et syndicalistes se transformaient souvent en violents conflits.
En 1886 eut lieu la tragédie qui suivit le tristement célèbre meeting de Haymarket à Chicago où les travailleurs revendiquaient les huit heures de travail. Traditionnellement ces manifestations avaient lieu le 1er mai et les jours suivants. Les accrochages entre policiers et manifestants furent nombreux et une bombe fut lancée sur des représentants de l’ordre par un inconnu, occasionnant 8 morts.
Huit anarcho-syndicalistes bien connus furent alors inculpés abusivement de ces meurtres et sept d’entre eux furent condamnés à mort.
Malgré les nombreux mouvements de protestation mondiaux, quatre d’entre eux furent pendus le 11 novembre 1887, devenant alors des martyrs de la cause des travailleurs. Cet épisode changea dès les années suivantes la signification du 1er mai qui devint alors symbole de la lutte des prolétaires. Cette origine est en partie occultée par son appellation actuelle de « fête du travail ».
C’est dans cette atmosphère de lutte que se créèrent les « Industrial Workers of the World » le 27 juin 1905 lorsque des anarchistes, des socialistes et des syndicalistes se réunirent autour d’intérêts communs. Le IWW fut très vite reconnu comme suivant un idéal anarcho-syndicaliste et lutta très activement sur la scène publique.
La première occurrence constatée du symbole du chat provient d’un poème de Ralph Chaplin intitulé « The Harvest Song », publié en 1913 dans le périodique anarcho-syndicaliste de l’IWW Solidarity, où il est utilisé comme image pour représenter l’action directe, la grève et le sabotage, qui sont les principaux moyens d’action des travailleurs sur le lieu de travail (avec le boycott et l’occupation).
Le mot sabotage est en fait un terme argotique, imagé et expressif, faisant référence au travail exécuté « comme à coups de sabots », grossièrement bâclé. Il fait allusion à l’aphorisme : « A mauvaise paie, mauvais travail ! »
En 1897 à Toulouse, la Confédération Générale du Travail (CGT) l’introduit officiellement lors d’un congrès comme procédé méthodique de lutte ouvrière.
Les procédés de sabotage sont variables à l’infini mais ne doivent pas avoir de répercussions directes et fâcheuses sur le client, le consommateur. C’est un moyen de lutte exclusivement dirigé contre l’exploitation patronale.
Le dernier vers du poème de Ralph Chaplin, qui exprime l’injustice de la position du travailleur et fait l’apologie du sabotage, propose de relâcher le « sab cat » si les travailleurs ne reçoivent pas ce qui leur est dû :
Sorne day we’ll take the good things of the earth
That the parasites hoard and sell ;
We’ll keep our products for ourselves ;
And bosses can go to hell.
The earth is on the button that we Wobblies [*] wear ;
We’ll turn the sab cat loose or get our share !
Les chants et poèmes riches en symbolique étaient à l’époque un moyen très fréquemment utilisé. Dans le cas des mouvements ouvriers, leur but était de conscientiser les foules et la propagande orale permettait de toucher un large public. Ce que l’on a nommé les « Free Speech Fights » est un bon exemple de la lutte menée par les syndicalistes à cette époque.
Ces déclarations (discours et chants) furent interdites aux syndicalistes sur la voie publique alors qu’elles étaient toujours autorisées à diverses factions religieuses. Les Wobblies ont alors continué malgré l’interdiction à monter sur des caisses pour faire leur allocution. Des gendarmes venaient inculper l’orateur et le menaient en prison, mais un autre était prêt à prendre sa place, jusqu’au moment où il se faisait lui aussi appréhender, et ainsi de suite jusqu’à la saturation des possibilités d’accueil des prisons.
L’image du chat a alors été utilisée comme synonyme de sabotage dans cette ambiance de conflit ouvert avec l’idée d’instiller la peur aux employeurs avec la simple présence de ce symbole. L’idée du sabotage est comparable au fait d’amener un chat noir à son patron pour lui porter la poisse.
On peut également voir dans l’image du chat son indépendance, le fait qu’il rôde la nuit, comme par exemple sur les images où l’on voit un chat sur une barrière derrière laquelle les bourgeois dorment sous la pleine lune.
Le chat a été utilisé dans diverses illustrations des Wobblies (où il a même été travesti en sphinx) et apparaît tout d’abord sous les traits d’un chat tigré. Il prend rapidement une forme plus stylisée de chat noir dessinée par Ralph Chaplin en 1915. Puis il subira plus récemment un remodelage par Alexis Buss lui donnant un air plus sauvage.
II a été par la suite largement utilisé lors des luttes syndicales, surtout aux États-Unis, gagnant parlais encore en agressivité.
A noter que le célèbre cabaret « Le Chat Noir » situé à partir de 1881 au pied de la butte de Montmartre ne doit pas son nom à l’imagerie anarchiste mais, selon la légende, au chat noir qu’aurait croisé son créateur Rodolphe Salis lors de sa construction.
Par contre, le peintre-dessinateur de son affiche la plus connue (pour la tournée de 1896) est Théophile Alexandre Steinlen, un anarchiste né à Lausanne qui a illustré de nombreux textes et chants engagés, notamment en collaboration avec Georges Cochon.
| Drapeau Noir |
[*] Nom donné aux partisans de l’IWW
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