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Défendre la révolution : Annexes

Par Partage Noir

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Interview d’« El Cubano »


Un train de munitions. Trois kilomètres à ramper dans les lignes ennemies. J’ai fait retirer les camarades, je mets le contact et le train est tombé dans un ravin.

-  Êtes-vous nombreux, les dynamiteros ?

-  Deux grands groupes. Je suis à la tête de l’un d’eux.

-  Appartenez-vous tous à la C.N.T.?

-  Oui, tous (...) Regardez, il y a parmi nous des cordonniers, nous fabriquons nous-mêmes nos chaussures, les cartouches aussi. Nous n’avons jamais de blessés. Quand un camarade ne revient pas, c’est pour toujours. Nous dépendons de la Guerre, mais nous sommes totalement contrôlés par notre organisation. Certains jours, il nous faut sortir deux fois. Notre travail est indépendant de celui des dynamiteros des tranchées. Quand on fait appel à nous nous ignorons notre destination.

-  Il faut beaucoup de cran pour faire ce que vous faîtes ?

-  Certes, parfois il en faut un peu... Ainsi, aujourd’hui, après avoir fait sauté un train et repassé les lignes ennemies, j’ai noté une telle tension nerveuse chez mes camarades qu’un désir qu’ils n’osaient exprimer se lisait dans leurs yeux. Alors, moi qui n’ai pas besoin de cognac, j’ai fait semblant d’en avoir envie pour leur permettre d’en boire un peu et de reprendre des forces.


Extrait de Catalogne libertaire 1936/1937, p. 31, par A. et D. Prudhommeaux.

 

« Les fautes du général Cluseret »

Ce texte est extrait du livre d’E. Lepelletier : Histoire de la Commune de 1871 (Paris, 1911, tome 3). Il a été réédité dans le recueil sur La Commune et la question militaire (Paris, U.G.F 10/18, 1971). Si nous ne pouvons le citer en entier, car les erreurs du principal général communard justifient que l’auteur se soit étendu là-dessus, nous vous présentons le passage concernant la conscription, qui nous semble intéressant.

Si Versailles contraignait des hommes favorables à la Commune à marcher contre elle, celle-ci ne devait pas pour cela l’imiter, et contraindre des hommes qui lui étaient hostiles à combattre pour elle. Telle doit être la logique de la guerre civile, telle est la justice idéale et utopique.

Le décret était, dans la pratique, mauvais. On ne pouvait compter sur des combattants ni bien fidèles ni solides, en forçant à porter les armes contre leurs idées et leurs désirs des citoyens accoutumés à plus d’indépendance et de libre choix que des militaires professionnels soumis à l’obéissance passive, et entraînés à s’y conformer. Si le décret eût été strictement appliqué, et il ne pouvait pas l’être, il ne le fut pas, on eût introduit dans les bataillons fédérés des éléments de désordre, de discorde, peut-être de rébellion et de trahison.

Un décret de cette importance, que son auteur reconnaît discutable dans son principe et inapplicable dans son intégrité, dont il avoue de plus avoir favorisé l’inexécution, est jugé, et ne saurait être considéré comme une mesure raisonnable et nécessaire. Ce fut une des nombreuses et terribles bévues échappées à Cluseret durant son trop long séjour à la délégation à la Guerre. Il avoua lui-même, en reproduisant l’opinion de Benoît Malon, que l’obligation de servir ne donna pas plus de 1 000 hommes à la Commune. Ce n’était pas la peine de violer le bon sens et la justice, de faire du militarisme hors de propos, et de permettre des actes qui parurent arbitraires, tels que perquisitions, arrestations. Ces violences indisposèrent une partie de la population inutilement, et fournirent des arguments ironiques ou malveillants à la réaction. Les journaux de l’époque, même à Paris, raillèrent la chasse aux réfractaires, et des feuilles illustrées publièrent des dessins fantaisistes amusant le public avec des épisodes d’évasions comiques (...)

Une autre critique doit être faite du décret de Cluseret et de la division en deux catégories, suivant l’âge. Qu’on prenne le millésime de l’anniversaire de la naissance pour date de la séparation absolue du service militaire actif d’avec la réserve et celui de la territoriale, dans les armées permanentes régulières, c’est logique, et il n’y a guère moyen de procéder à une autre démarcation. Mais pour des insurgés la délimitation ne doit pas être la même. Il est difficile de faire admettre, par une femme, que son mari devra marcher, défendre la barricade, parce qu’il a trente-neuf ans et huit mois, et que le mari de la voisine restera tranquillement au foyer, touchant la solde et attendant les événements, parce qu’il aura atteint quarante ans, peut-être depuis un ou deux mois. Ces questions de calendrier sont inacceptables pour l’entendement populaire. Enfin, en se privant du concours des hommes au-dessus de quarante ans, Cluseret écartait des vieux républicains, ceux qui avaient lutté pendant les dix dernières années de l’Empire, et étaient peut-être les plus solides combattants que la Commune pouvait appeler. (...) Un grand nombre de ces braves que le décret laissait chez eux comme hors d’âge, prirent rang, comme volontaires dans les compagnies de marche, s’y montrèrent les meilleurs soldats, et le malencontreux décret ne fut pas sérieusement appliqué. Il ne fallait donc pas le prendre.