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Hjalmar Branting

Augustin Souchy 1 - Attention : anarchiste ! [17]

Par Augustin Souchy

CC by-nc-sa

Au Danemark

La première semaine, ça n’allait guère fort pour moi. Un compagnon suédois, qui travaillait comme plongeur dans un hôtel, nous fournissait en sandwichs – Marius Svensson, de Stockholm, qui vivait maintenant au Danemark, lui aussi, était chômeur. Pour pouvoir travailler, il fallait des papiers en règle, car dans la civilisation moderne, on ne peut exister légalement que si l’on est enregistré par l’administration. Comme, en tant qu’Allemand, je n’aurais pas obtenu d’autorisation de séjour, je me procurai des papiers suédois avec l’aide de mon ami Ernst Johan Lundkvist, rédacteur en chef de l’illustré de Stockholm, Folket i Bild. Lundkvist m’envoya son acte de naissance, avec lequel je me présentai au consulat suédois à Copenhague, sous son nom. On n’eut pas le moindre soupçon : Lundkvist et moi étions du même âge et je parlais le suédois avec l’accent nordique. J’obtins un passeport sans difficulté. Maintenant, je pouvais vivre légalement au Danemark. L’école Berlitz, où je donnais des heures de cours, m’arrangea un poste de précepteur chez le propriétaire foncier Munch, sur l’Île de Lolland. Né en ville, je ne connaissais rien à l’agriculture. C’est dans les vastes champs de betteraves sucrières, cultivés par des saisonniers polonais, et dans les coopératives laitières, dans lesquelles de gros propriétaires amenaient aussi leur lait, que mon intérêt fut pour la première fois attiré par les problèmes paysans, que j’ai étudiés plus tard, pendant la guerre civile espagnole, puis en Amérique latine et aussi en Israël, et que j’ai décrits dans plusieurs livres.

Pendant que je m’occupais de ces problèmes agricoles et des coopératives danoises, l’Empire allemand s’effondrait. Cet événement eut un grand retentissement dans toute la Scandinavie, surtout en Suède. Le 20 novembre 1918, un congrès de toutes les tendances de la gauche socialiste, réunies à Stockholm, réclama l’abolition de la monarchie et de l’armée, un gouvernement basé sur des conseils d’ouvriers et de soldats, le monocamérisme, la légalisation de la journée de huit heures, la distribution des terres cultivables à tous les paysans sans terre et bien d’autres choses encore. Pour le vieux parti social-démocrate, qui avait la majorité des travailleurs avec lui, ces revendications allaient trop loin. Le leader socialiste Hjalmar Branting, futur ministre, et le président de la confédération syndicale se distancièrent publiquement des postulats radicaux de la gauche socialiste, qui ne représentait qu’une minorité du mouvement ouvrier. La seule chose qui fut adoptée fut la loi sur la journée de huit heures, ainsi qu’un code électoral amélioré. Le monocamérisme ne devait devenir réalité qu’un demi-siècle plus tard. Tout le reste resta sur le papier.