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Max Stirner

Augustin Souchy 1 - Attention : anarchiste ! [04]

Par Augustin Souchy

CC by-nc-sa

Je ne tins pas longtemps dans notre petite ville : la soif de savoir et la faim d’aventures vécues m’en firent bientôt partir. Un voyage de nuit en quatrième classe me mena, pour 9,50 marks, à Berlin. Ici commença une intense vie militante avec réunions et distributions de tracts, discussions et conversations instructives. En tant que « fils d’un vieux camarade de parti » et socialiste de la deuxième génération, je fis connaissance avec, outre Adolf Hoffmann que je connaissais déjà, Eduard Bernstein, Karl Liebknecht, Julian Borchardt, Klara Zetkin, et autres coryphées de la social-démocratie. Au cours d’une conversation avec Fidus, lors d’une fête de solstice à Friedrichshagen, la discussion se porta sur l’essai de Gustav Landauer : Durch Absonderung Gemeinschaft  De l’isolement à la communauté »). A la lecture de ce livre, une nouvelle étoile se leva à l’horizon de mon esprit. Dès lors je lus les œuvres de Max Stirner, Eugen Dühring et Pierre Kropotkine, et à travers elles, je fis connaissance avec de nouvelles variantes du socialisme. Ce qui me posait le plus problème était la répartition des responsabilités – dans la réalisation du socialisme – entre le centre et la périphérie, les sphères légiférantes et le peuple travailleur lui-même. Il m’apparut clairement que la liberté de tous ne peut être atteinte que si elle repose sur la conscience de soi de chaque individu. Lorsque des représentants élus assument les responsabilités pendant une série d’années, comme c’est le cas dans les démocraties représentatives, l’autodétermination du peuple devient alors bien souvent une fiction. Le socialisme, tel que je le comprenais et désirais dès lors, devait résoudre la question du pain quotidien, mais aussi devenir une philosophie sociale pratique, englobant tous les problèmes de la vie en société. Je commençai à douter de la validité générale des conceptions de l’histoire économique matérialiste, et d’une fin objective et déterminée de l’histoire.

Ayant déjà perdu la foi dans les dogmes chrétiens, je sortis de l’Église dès que j’eus 18 ans. Je me reconnus un certain temps dans le monisme, cette conception du monde acceptée à l’époque par tous les milieux progressistes. Mais, plus tard, et surtout après lecture de l’œuvre du philosophe français J. H. Boex-Borel (Rosny), sur le pluralisme (Le pluralisme, essai sur la discontinuité et l’hétérogénéité des phénomènes, 1909), je m’éloignai aussi du monisme. Ainsi, je m’étais détourné du principe de l’unicité, tant philosophique que politique – Un dieu, Un principe directeur cosmique, Un peuple (élu), Un « führer » – bien avant que le fascisme n’en tire sa doctrine sociale totalitaire. Je n’avais pas pu résoudre l’énigme de l’univers, mais les philosophes, théologiens ou athées n’y réussissaient pas mieux.