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1921 - Funérailles de Pierre Kropotkine

[06] Augustin Souchy - 1920 : Russie soviétique, la Révolution dégénérée

Par Augustin Souchy

CC by-nc-sa

Durant l’été 1920 se tint à Moscou le second congrès de l’Internationale communiste, auquel prirent part des représentants d’organisations syndicales de France, d’Italie, d’Espagne et d’autres pays encore, ainsi que l’auteur de ces lignes en tant que délégué allemand. A vrai dire, nous n’étions pas du tout à notre place, car le Komintern était d’après ses statuts une internationale de partis politiques (communistes), alors que les syndicalistes rejetaient les partis politiques, leur forme d’organisation étant le syndicat. Nous étions solidaires avec les communistes pour la défense de la Révolution russe qui, croyions-nous, avait balayé le capitalisme et était en train de mettre en place une société socialiste libre. Mais dans les pays occidentaux, nous voulions, après la victoire de la révolution, dont nous étions convaincus, prendre notre propre chemin vers le socialisme.

Les Russes proposèrent la création d’une Internationale syndicale rouge [1], qui, outre la confédération syndicale russe et des organisations syndicales, devait aussi comprendre des groupes d’opposition communiste à l’intérieur des centrales réformistes. Peu favorables par principe à ce projet, les syndicalistes demandaient leur autonomie de stratégie relativement à l’organisation internationale. Lénine et son parti voulaient, eux, une organisation idéologiquement et administrativement assujettie au Kremlin, subordonnée à l’Internationale communiste et contrôlée dans chaque pays par les communistes. Ces deux positions étaient inconciliables. Les représentants des syndicats français, allemands, espagnols et américains ne furent pas les seuls à se prononcer contre la mainmise communiste sur le mouvement ouvrier international. Il y eut aussi les représentants des comités d’entreprises anglais (shop stewards) et plus tard les organisations syndicales italiennes, hollandaises, suédoises et argentines. Même Otto Rühle, le délégué des communistes oppositionnels allemands (KAPD : Kommunistische Arbeiter Partei Deutschland, Parti des travailleurs communistes d’Allemagne), qui séjournait à l’époque à Moscou, trouva que les prétentions de leadership de l’internationale communiste allaient trop loin. Il ne put tomber d’accord avec Lénine, ne prit pas part aux sessions du congrès et quitta peu après la Russie. Je restai jusqu’à fin septembre 1920 dans le pays.

Au cours des années suivantes, le fossé s’agrandit encore entre syndicalistes et communistes dans la Russie bolchevique. Les révolutionnaires qui, avaient l’audace de critiquer la politique du parti communiste dominant, ou qui agissaient dans des groupes d’opposition syndicale, socialistes révolutionnaires ou sociaux-démocrates étaient emprisonnés. A la mort de Kropotkine, le 8 février 1921, il fallut bien des démarches énergiques pour obtenir que les prisonniers anarchistes puissent assister à l’enterrement de leur maître vénéré.

 

 





[1L’Internationale syndicale rouge, appelée aussi Profintern, fut crée en juillet 1921.