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Cyrano de Bergerac



Stratégie de l’athéisme : II - Les « Esprits forts » (XVIIe siècle)

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CC by-nc-sa

Malgré ces persécutions, la progression de l’incroyance est continue. Au XVIIe siècle l’athéisme s’étend parmi les nobles et les bourgeois. Un jésuite estime le nombre des athées, en 1623, à 50 000 ! Un autre parle de 2 000 rien qu’à Paris. Les persécutions existent toujours : on brûle plusieurs athées à Paris. Le poète Théophile de Viau faillit subir le même sort en 1623. Aussi une certaine clandestinité sert de moyen de défense. Le philosophe Gassendi, qui enseignait la théologie en temps normal, formait hors de son travail des disciples à l’incrédulité : Gabriel Naudé, les frères Dupuy, Cyrano de Bergerac. Dans les réunions on vit aussi Molière qui se souvint du message dans ses pièces contre les dévots (Tartuffe, Dom Juan) ! Par esprit de tolérance, on admettait même des croyants aux discussions. Il faut comprendre les allusions dans leurs écrits, il y a des passages en latin et autres camouflages. Ils critiquent les dieux païens pour échapper aux poursuites. Chez ces athées, on trouve un début de raisonnement scientifique. Ils rejettent le surnaturel, les miracles, mais l’athéisme est surtout une morale à cette époque. C’est une façon de vivre sans entraves et de profiter de la vie terrestre puisqu’il n’y a pas d’au-delà. Dans n’importe quel combat, le langage a énormément d’importance. Les athées s’étaient désignés du terme d’« esprits forts » par opposition à la faiblesse des croyants. Mais l’Eglise réussit à imposer le nom de « libertins ». Cette insulte vient du latin libertinus, qui signifie arrogant comme un fils d’esclave affranchi. En bien d’autres occasions, l’Eglise réussit à imposer son vocabulaire, plaçant ainsi ses adversaires sur la défensive (que l’on songe à l’accusation d’intolérance lancée aux libres-penseurs aujourd’hui). Le courant athée n’allait pas tarder à être réprimé dès le milieu du XVIIe siècle. Certains athées étaient modérés en pratique, semblant substituer le service de l’État à celui de l’Eglise. Le juriste La Mothe Le Vayer aida le premier ministre Richelieu à combattre les dissensions catholiques. Gabriel Naudé, bibliothécaire du ministre Mazarin, justifiait la raison d’État. Pour être juste, disons que la majorité des athées ont plutôt condamné le pouvoir arbitraire de l’État. La plupart participeront à la révolte de la Fronde en 1647. Mais celle-ci fut sans issue et l’Eglise gagna au bout du compte. L’État absolutiste construit par Louis XIV était nécessairement intolérant car unitaire. Il traqua les déviants et les contestataires. L’athéisme traversa la fin du XVIIe siècle dans une clandestinité totale.