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Tibor Szamuely

La Révolte et Temps Nouveaux, 1929

In memoriam Tibor Szamuely (1892-1919) [01]

Par Achille Dauphin-Meunier

autre

Il y a déjà dix ans qu’il est mort ; et la haine de ses adversaires n’a pas désarmé comme, hélas ! n’est pas encore disparue l’incompréhension de ceux qu’il considérait cependant comme ses amis ou ses alliés naturels. Que les frères Tharaud, ces stipendiés du fascisme hongrois, qu’un Bézony, apologiste de la Terreur Blanche magyare, calomnient la mémoire de notre héroïque camarade et déclarent qu’il était un jeune homme tout-à-fait anormal, sanguinaire et sans aucun doute affligé de dispositions morbides, passe ; mais que le renient ceux qui, comme Bela Kun ou l’économiste Varga, ont collaboré avec lui, approuvé ses initiatives, bénéficié de ses victoires, ou que l’insultent ceux qui, comme notre éminent ami P. Ramus, leader de l’Union anarchiste autrichienne, professent les mêmes doctrines et luttent pour la même cause que lui, voilà ce qui nous parait inadmissible. Dans mon ouvrage sur La Commune hongroise et plus récemment dans Le Populaire et l’Univers Israélite, j’ai montré la fausseté des accusations portées contre Szamuely. J’ai rappelé que les premières mesures de ce « tortionnaire » furent l’interdiction de la vente des alcools, la création de colonies enfantines de vacances, la démocratisation des méthodes d’enseignement ; que ce fut lui encore qui inspira le décret du 6 mai 1919 supprimant les formations terroristes qui outrepassaient les ordres des Conseils, qui fit gracier les contre-révolutionnaires arrêtés à Budapest, obtint qu’on ne fusilla pas les otages, lors des premiers revers des milices communistes. Je n’y reviendrai pas ici, qu’on me permette seulement d’évoquer quelques détails peu connus de la vie politique de Szamuely.

On sait qu’aîné d’une famille juive de cinq enfants (qui se vouèrent tous à l’idéal anarcho-communiste et périrent pour lui), après ses études universitaires, il s’adonna de bonne heure au journalisme. Mobilisé pendant la guerre, on l’envoya sur le front russe. Le soir de sa montée aux tranchées, il déserta. Puis ce furent la Révolution Russe à laquelle il participa, la cessation des hostilités, l’écroulement de la Double Monarchie. En novembre 1918, il revint en Hongrie, fomenta des émeutes pour chasser le gouvernement de coalition bourgeoise, se mit en relations avec les Conseils d’usines de Csepel et fut le véritable instigateur de la révolution communiste du 21 mars 1919.

Il en fut l’âme, le ressort. Elle ne succomba qu’avec lui. La victoire est à ceux qui savent ne jamais désespérer, écrivit un jour Jean Grave. Szamuely ne désespérait jamais.