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Ervin Szabó

Revue Anarchiste n°33 avril 1925

II. Le mouvement anarchiste en Hongrie

Par Achille Dauphin-Meunier

autre

II

 

Le véritable promoteur du mouvement anarchiste hongrois fut le Comte Batthyany. D’ancienne famille aristocratique il possédait d’immenses terres en Pannonie, qu’à l’instar de Tolstoï dont il adopta les mœurs, il distribua entre ses paysans. Il partagea quelque temps leur vie, semant, fauchant et rentrant le blé. Il traduisit les œuvres de Kropotkine, Tolstoï et Stirner et publia de multiples brochures destinées surtout aux populations des campagnes.

Il fonda en 1895, à Budapest, un journal hebdomadaire Sans État (Allam Nel Kül), dont le principal rédacteur fut Karl Krausz. Cet organe parut sous divers noms jusqu’en 1914 ; il disparut alors, entraîné par les événements.

Bojtor, fut entraîné par l’exemple de Balthyany, mais ne fit de la propagande que dans les milieux ouvriers de Budapest. Arrêté pour avoir participé à un attentat contre François-Joseph, il put s’enfuir en Italie, d’où on l’expulsa. Chassé de partout, il s’arrêta finalement en France. Il revint en Hongrie à la fin des hostilités, se vit quelque temps inquiété par les bolchevistes durant la Commune, revint en France où on l’interna à Charenton comme aliéné. Il s’évada de l’asile ; mais un jour qu’il se présenta à la Préfecture de Police pour obtenir ses papiers, il fut reconnu et ramené parmi les déments.

La plupart des libertaires hongrois au lieu de former des fédérations autonomes, adhérèrent au cercle Galiléen. Le cercle Galiléen, composé exclusivement d’intellectuels d’idéologies diverses fut avant et pendant la guerre un centre d’antimilitarisme, d’athéisme et de révolte antigouvernementale.

Ervin Szabó (1877-1918)

Ervin Szabó, le conservateur de la Bibliothèque municipale de Budapest s’intéressa surtout à l’aspect social de l’anarchisme. Spécialiste des questions syndicales, il représenta maintes fois le prolétariat hongrois dans les conférences internationales. Son livre L’Impérialisme et la paix durable (Impérialismus es tartos Beke) eut un grand retentissement au cours de la guerre. Anti-marxiste décidé, Szabó lutta sa vie durant contre la Social-Démocratie dont il comprit le rôle néfaste, et l’on avait coutume de dire dans les milieux anarchistes hongrois d’après-guerre, que s’il avait vécu, la dictature bolcheviste n’aurait pu s’établir.

Tarcali, vint à l’anarchisme après avoir longtemps été secrétaire du Comité Central social-démocrate. Libertaire, dans la plus large acception du mot, il collabora longtemps au journal de Krausz et Batthyany. Il partit en Amérique peu d’années avant la guerre.