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Le mouvement anarchiste au Brésil

Théâtre São José

mercredi 11 mars 2026, par Isabelle Felici (CC by-nc-sa)

Vendetta, tremenda vendetta
(Vengeance, terrible vengeance)
Rigoletto acte III

La naissance du mouvement anarchiste au Brésil, à Sâo Paulo notamment, à la fin du XIXe siècle, est liée à la forte immigration italienne. C’est en italien que sont publiés les premiers journaux anarchistes, aux titres plus ou moins originaux : Primo maggio (Premier mai), L’Operaio (L’ouvrier), L’Avvenire (L’avenir) ou Gli schiavi bianchi (Les esclaves blancs), La Birichina (La coquine), L’Asino umano (L’âne humain). Ces années se caractérisent aussi par le bras de fer qui s’instaure entre l’Italie et le Brésil, qui s’accusent mutuellement de vouloir se débarrasser des « indésirables ». Dès le début de son mandat, en 1893, le consul d’Italie Edoardo Compans de Brichanteau ne manque pas de se faire remarquer, notamment à cause du surnom que les anarchistes ne tardent pas à lui donner, étant donné les rapports qu’il entretient avec les autorités locales : le sieur-consul-espion.

On peut vérifier que ce surnom lui sied à merveille dans un rapport qu’il rédige le 28 mars 1894, alors que de nouvelles arrestations viennent d’avoir lieu. À cause du climat tendu entre le Brésil et l’Italie, le comte de Brichanteau veut s’assurer qu’il n’y aura pas de nouvelles vagues diplomatiques. Ses propositions méritent d’être citées : le gouvernement local peut expulser les indésirables, les faire déporter au Pará ou en Amazonie, où le climat se chargerait de prononcer une sentence sans appel, ou les renvoyer en Italie pour les mettre à disposition de la justice.

À la fin de l’année 1894, après des mois de détention, les dix personnes arrêtées sont libérées et reprennent leurs activités de façon encore plus éclatante : en mars 1895, les anarchistes défrayent à nouveau la chronique à l’occasion de la commémoration de la Commune de Paris, méticuleusement préparée : la ville est couverte d’affiches, on distribue des tracts et on organise un lancer du haut des galeries du théâtre São José, où on donne Rigoletto, au moment du deuxième acte.

Arturo Campagnoli

Les colleurs d’affiche sont arrêtés au petit matin et, plus tard, quelques autres anarchistes, ainsi que les responsables de l’acte de bravoure au théâtre : Arturo Campagnoli, déjà emprisonné l’année précédente, et Giuseppe Consorti. Seize personnes au total. Cette fois, on ne tergiverse pas et les mesures sont immédiates pour se débarrasser des indésirables.

Le mouvement connaît quelques mois de pause forcée, mais ne tarde pas à reprendre vigueur, avec la création de nouveaux journaux, toujours en italien pendant encore deux décennies, avec sans doute encore en mémoire l’acte de bravoure au théâtre, dont on peut imaginer qu’il s’est accompli sur l’air de la vengeance.


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