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	<title>PARTAGE NOIR</title>
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		<title>PARTAGE NOIR</title>
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		<title>Michel Guerdjikov (1877-1947)</title>
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		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Georges Balkanski </dc:creator>


		<dc:subject>Bulgarie</dc:subject>
		<dc:subject>Volont&#233; Anarchiste</dc:subject>

		<description>
&lt;p&gt;Homme public, r&#233;volutionnaire et organisateur du mouvement libertaire. &lt;br class='autobr' /&gt;
Michel Guerdjikov fut l'un des premiers et des plus actifs r&#233;volutionnaires libertaires en Bulgarie. Il se distingua, non seulement comme orateur talentueux et propagandiste publiciste du mouvement libertaire, mais aussi comme homme public de grande envergure sur un large terrain social, en tant que r&#233;volutionnaire pour la lib&#233;ration nationale de la Mac&#233;doine et de la Thrace. Pour ses activit&#233;s sur ce terrain, il eut la (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://www.partage-noir.fr/-16-17-histoire-du-mouvement-libertaire-en-bulgarie-esquisse-g-" rel="directory"&gt;16-17 - Histoire du mouvement libertaire en Bulgarie (Esquisse) - G. Balkanski &lt;/a&gt;

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&lt;a href="https://www.partage-noir.fr/+-bulgarie-70-+" rel="tag"&gt;Bulgarie&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.partage-noir.fr/+-volonte-anarchiste-302-+" rel="tag"&gt;Volont&#233; Anarchiste&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;img src='https://www.partage-noir.fr/local/cache-vignettes/L150xH84/va_bios-2_michel_guerdjikov_1877-1947_-ab2bc.jpg?1774693599' class='spip_logo spip_logo_right' width='150' height='84' alt=&#034;&#034; /&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;Homme public, r&#233;volutionnaire et organisateur du mouvement libertaire.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Michel Guerdjikov fut l'un des premiers et des plus actifs r&#233;volutionnaires libertaires en Bulgarie. Il se distingua, non seulement comme orateur talentueux et propagandiste publiciste du mouvement libertaire, mais aussi comme homme public de grande envergure sur un large terrain social, en tant que r&#233;volutionnaire pour la lib&#233;ration nationale de la Mac&#233;doine et de la Thrace. Pour ses activit&#233;s sur ce terrain, il eut la reconnaissance de l'histoire officielle aussi bien sous l'ancien r&#233;gime que sous celui d'aujourd'hui.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Par ses capacit&#233;s particuli&#232;res de reconna&#238;tre rapidement les qualit&#233;s des hommes, il aurait pu s'&#233;lever au rang de fondateur d'un grand parti politique, si telles avaient &#233;t&#233; ses ambitions.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Fils d'une famille ais&#233;e et distingu&#233;e par sa culture, de Koprivtchitsa (son p&#232;re &#233;tait directeur de la Banque Nationale de Roumerie Orientale et homme public bien connu), Michel Guerdjikov naquit &#224; Plovdiv, le 26 janvier 1877. Il suivit son instruction primaire et secondaire au lyc&#233;e fran&#231;ais &#224; Plovdiv, o&#249;, enfant encore, il apprit la langue fran&#231;aise et ensuite au lyc&#233;e bulgare de la m&#234;me ville et &#224; celui de Kazanlik.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En Roum&#233;lie Orientale, rest&#233;e protectorat turc, apr&#232;s la lib&#233;ration nationale (1878), mais relativement libre, trouvaient refuge, &#224; l'&#233;poque, des &#233;migr&#233;s politiques, dont Degaborv Mokrievitch, un Ukrainien, disciple de Bakounine, &#233;vad&#233; de Sib&#233;rie o&#249; il avait &#233;t&#233; d&#233;port&#233; &#224; perp&#233;tuit&#233;, le docteur Roussel Soudzilovski, autre disciple de Bakounine, camarade d'Odessa et ami personnel de Christo Botev, la famille libertaire espagnole Aslan, p&#232;re et deux fils, etc. Ce furent eux, notamment, qui exerc&#232;rent une influence directe sur le futur homme public et r&#233;volutionnaire libertaire.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Autour de Michel Guerdjikov se forma un groupe de lyc&#233;ens qui s'initia &#224; la propagande anarchiste. Exclu du lyc&#233;e &#224; cause de cette activit&#233;, il s'inscrivit au lyc&#233;e de Kazanlik o&#249; il forma aussi, avec d'autres lyc&#233;ens de Kazanlik et quelques ouvriers, un groupe anarchiste.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Parti en Suisse, en 1897, pour y faire des &#233;tudes de droit, il fr&#233;quenta des &#233;migr&#233;s russes et suivit avec assiduit&#233; les c&#233;l&#232;bres pol&#233;miques entre Tcherkezov et Plekhanov, achevant ainsi sa formation id&#233;ologique d'anarchiste-communiste.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;D&#233;bordant de dynamisme et d'id&#233;alisme, Guerdjikov ne pouvait se satisfaire des &#233;tudes calmes de droit. Une importante organisation, connue sous le nom de &#171; C&#233;nacle de Gen&#232;ve &#187;, se constitua sous son influence. Elle lan&#231;a deux journaux : &lt;i&gt;Vengeance, organe des terroristes mac&#233;doniens&lt;/i&gt;, dont le r&#233;dacteur responsable fut Petar Mandjoukov et &lt;i&gt;Voix du comit&#233; clandestin r&#233;volutionnaire mac&#233;donien&lt;/i&gt;, dont le directeur &#233;tait Michel Guerdjikov. Ces deux journaux turent imprim&#233;s clandestinement. Les adh&#233;rents de cette organisation prirent la d&#233;cision de se rendre en Mac&#233;doine et de combattre pour sa lib&#233;ration nationale du joug turc.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Michel s'&#233;tablit &#224; Bitolia sous un faux nom et se fit nommer professeur de fran&#231;ais au lyc&#233;e bulgare. Il participa en m&#234;me temps &#224; la propagande et &#224; l'organisation r&#233;volutionnaire clandestine.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;A partir de ce moment, quelques dizaines de libertaires de Bulgarie adh&#233;r&#232;rent au mouvement national-r&#233;volutionnaire de Mac&#233;doine. La participation active de Guerdjikov &#224; ce mouvement dura jusqu'&#224; l'insurrection d'Ilinden et de Preobrajeni&#233;. Par la suite, il se retira et s'occupa enti&#232;rement de la propagande proprement anarchiste, en Bulgarie. Il lan&#231;a, en 1907, avec d'autres camarades, le premier journal v&#233;ritablement anarchiste en langue bulgare &lt;i&gt;Soci&#233;t&#233; Libre&lt;/i&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mobilis&#233; &#224; la d&#233;claration de la guerre balkanique, en 1912, Guerdjikov proposa &#224; l'&#233;tat-major de l'arm&#233;e l'organisation des milices pour mener les combats partisans contre l'arm&#233;e turque. Cette proposition fut accept&#233;e et sa compagnie joua un r&#244;le important reconnu par l'histoire&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb1&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Pour les donn&#233;es biographiques plus compl&#232;tes et les activit&#233;s des militants (&#8230;)&#034; id=&#034;nh1&#034;&gt;1&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;div class='spip_document_4529 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center spip_document_avec_legende' data-legende-len=&#034;55&#034; data-legende-lenx=&#034;x&#034;
&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href='https://www.partage-noir.fr/IMG/jpg/020mihailgerdjikovoficerputvasvetovnavoina.jpg' class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/jpeg&#034;&gt; &lt;img src='https://www.partage-noir.fr/local/cache-vignettes/L500xH313/020mihailgerdjikovoficerputvasvetovnavoina-8cc58.jpg?1774693599' width='500' height='313' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;figcaption class='spip_doc_legende'&gt; &lt;div class='spip_doc_descriptif '&gt;&lt;small&gt;Michel Gerdjikov, officier, Premi&#232;re Guerre mondiale.&lt;/small&gt;
&lt;/div&gt; &lt;/figcaption&gt;&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;
&lt;p&gt;En 1912, Guerdjikov publia aussi un deuxi&#232;me journal libertaire, &lt;i&gt;R&#233;veil&lt;/i&gt;, mieux pr&#233;sent&#233; que le premier.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Apr&#232;s la grande guerre et la fondation de la f&#233;d&#233;ration des anarchistes-communistes de Bulgarie (F.A.C.B.) en 1919, le m&#234;me titre &lt;i&gt;R&#233;veil &lt;/i&gt; fut repris pour l'organe de cette f&#233;d&#233;ration qui fut publi&#233; durant les ann&#233;es 1919-1920. Apr&#232;s le coup d'&#201;tat de juin 1923, Guerdjikov se vit oblig&#233; de se r&#233;fugier en Turquie o&#249; il travailla comme journaliste-correspondant des journaux &#233;trangers.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Revenu en Bulgarie, vers 1930-1931, il se sentait quelque peu coup&#233; du mouvement libertaire et ne maintint des rapports qu'avec certains de ses anciens amis a Sofia et quelques jeunes militants. Il gagna sa vie comme journaliste, d'abord, et comme retrait&#233;, ensuite.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Un projet s&#233;rieux de publication d'un quotidien d'informations avec une vague orientation libertaire ayant &#233;chou&#233; en 1932, Guerdjikov continua &#224; rester isol&#233; du mouvement libertaire jusqu'&#224; l'arriv&#233;e des communistes au pouvoir (1944).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le parti communiste avant ressenti le besoin d'hommes publics prestigieux, afin d'affermir son pouvoir, tenta de le &#171; r&#233;cup&#233;rer &#187;, en lui proposant une retraite de r&#233;volutionnaire, une aide financi&#232;re importante et des honneurs. Il refusa cat&#233;goriquement et ce geste l'entra&#238;na &#224; collaborer au journal de la F.A.C.B. &lt;i&gt;Pens&#233;e ouvri&#232;re&lt;/i&gt; o&#249; il exprima son attitude d&#233;favorable au r&#233;gime.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais il &#233;tait d&#233;j&#224; tr&#232;s malade depuis un certain temps et ne pouvait pas m&#234;me &#233;crire ses m&#233;moires que le mouvement lui demandait avec insistance. D&#233;c&#233;d&#233; le 18 mars 1947, son enterrement donna l'occasion d'une grande manifestation, la derni&#232;re, des anarchistes bulgares sous la dictature bolchevique.&lt;/p&gt;
&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;div class='spip_document_4528 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center spip_document_avec_legende' data-legende-len=&#034;59&#034; data-legende-lenx=&#034;x&#034;
&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href='https://www.partage-noir.fr/IMG/jpg/sans_titre-2-19.jpg' class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/jpeg&#034;&gt; &lt;img src='https://www.partage-noir.fr/local/cache-vignettes/L500xH352/sans_titre-2-19-82705.jpg?1774693599' width='500' height='352' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;figcaption class='spip_doc_legende'&gt; &lt;div class='spip_doc_descriptif '&gt;&lt;small&gt;Les fun&#233;railles de Michel Guerdjikov, 20 mars 1947, Sofia &lt;/small&gt;
&lt;/div&gt; &lt;/figcaption&gt;&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;hr /&gt;
		&lt;div class='rss_notes'&gt;&lt;div id=&#034;nb1&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh1&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 1&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;1&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;Pour les donn&#233;es biographiques plus compl&#232;tes et les activit&#233;s des militants libertaires bulgares dans le mouvement r&#233;volutionnaire mac&#233;donien, voir Balkanski : &lt;i&gt;Lib&#233;ration nationale et r&#233;volution sociale&lt;/i&gt;, &#233;ditions &#171; Notre route &#187;, Paris 1969 (en bulgare).&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		
		</content:encoded>


		

	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>Varban Kilifarski (1879-1923)</title>
		<link>https://www.partage-noir.fr/varban-kilifarski-1879-1923</link>
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		<dc:date>2025-05-24T22:05:00Z</dc:date>
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		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Georges Balkanski </dc:creator>


		<dc:subject>Volont&#233; Anarchiste</dc:subject>
		<dc:subject>Bulgarie</dc:subject>
		<dc:subject>Varban Kilifarski</dc:subject>

		<description>
&lt;p&gt;D&#233;butant comme r&#233;volutionnaire et conservant toujours ses convictions r&#233;volutionnaires, le jeune libertaire Varban Kilifarski se consacra, par la suite, enti&#232;rement &#224; des activit&#233;s fonci&#232;rement &#233;ducatives. Ses m&#233;rites essentiels pour le mouvement libertaire bulgare sont dans le domaine de l'&#233;dition et de la diffusion des livres et des brochures, ainsi que la publication assez prolong&#233;e et r&#233;guli&#232;re du deuxi&#232;me hebdomadaire libertaire Acracie, apr&#232;s la suspension de Soci&#233;t&#233; Libre de (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://www.partage-noir.fr/-16-17-histoire-du-mouvement-libertaire-en-bulgarie-esquisse-g-" rel="directory"&gt;16-17 - Histoire du mouvement libertaire en Bulgarie (Esquisse) - G. Balkanski &lt;/a&gt;

/ 
&lt;a href="https://www.partage-noir.fr/+-volonte-anarchiste-302-+" rel="tag"&gt;Volont&#233; Anarchiste&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.partage-noir.fr/+-bulgarie-70-+" rel="tag"&gt;Bulgarie&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.partage-noir.fr/+-varban-kilifarski-+" rel="tag"&gt;Varban Kilifarski&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;img src='https://www.partage-noir.fr/local/cache-vignettes/L150xH84/va_bios-2_varban-a6c57.jpg?1774707901' class='spip_logo spip_logo_right' width='150' height='84' alt=&#034;&#034; /&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;D&#233;butant comme r&#233;volutionnaire et conservant toujours ses convictions r&#233;volutionnaires, le jeune libertaire Varban Kilifarski se consacra, par la suite, enti&#232;rement &#224; des activit&#233;s fonci&#232;rement &#233;ducatives. Ses m&#233;rites essentiels pour le mouvement libertaire bulgare sont dans le domaine de l'&#233;dition et de la diffusion des livres et des brochures, ainsi que la publication assez prolong&#233;e et r&#233;guli&#232;re du deuxi&#232;me hebdomadaire libertaire &lt;i&gt;Acracie&lt;/i&gt;, apr&#232;s la suspension de &lt;i&gt;Soci&#233;t&#233; Libre&lt;/i&gt; de Guerdjikov.&lt;/p&gt;
&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;div class='spip_document_4531 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center spip_document_avec_legende' data-legende-len=&#034;57&#034; data-legende-lenx=&#034;x&#034;
&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='https://www.partage-noir.fr/local/cache-vignettes/L500xH134/bezvlastie_acratie_bul_1908-eb439.jpg?1774708491' width='500' height='134' alt='' /&gt;
&lt;figcaption class='spip_doc_legende'&gt; &lt;div class='spip_doc_descriptif '&gt;&lt;small&gt;En-t&#234;te du premier num&#233;ro d'&lt;i&gt;Acratie&lt;/i&gt;, le 5 d&#233;cembre 1908&lt;/small&gt;
&lt;/div&gt; &lt;/figcaption&gt;&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;
&lt;p&gt;Varban Kilifarski fut, comme Paraskev Stoyanov et Michel Guerdjikov, fils d'une famille ais&#233;e. Son p&#232;re, instituteur au d&#233;but, devint propri&#233;taire terrien dans le district de Razgrade (Bulgarie du Nord). Varban naquit &#224; la ferme de son p&#232;re au village de Harsovo, le 25 mai 1879. Jeune, d&#232;s le lyc&#233;e, il adh&#233;ra aux id&#233;es libertaires et lia toute sa vie de militant infatigable au peuple travailleur-paysan et ouvrier et lutta pour son &#233;mancipation.&lt;/p&gt;
&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;div class='spip_document_4530 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_right spip_document_right spip_document_avec_legende' data-legende-len=&#034;32&#034; data-legende-lenx=&#034;x&#034;
&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='https://www.partage-noir.fr/local/cache-vignettes/L150xH212/51299037_2076311559148816_8293769448452521984_n-a79c1-2d560.jpg?1774708491' width='150' height='212' alt='' /&gt;
&lt;figcaption class='spip_doc_legende'&gt; &lt;div class='spip_doc_descriptif '&gt;&lt;small&gt;Varban Kilifarski et son fr&#232;re&lt;/small&gt;
&lt;/div&gt; &lt;/figcaption&gt;&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;
&lt;p&gt;Razgrade fut, &#224; l'&#233;poque, la seule ville en Bulgarie qui protesta contre l'&#233;tatisation des &#233;coles, d&#233;pendant jusque-l&#224; des municipalit&#233;s et de fa&#231;on directe, du peuple, &#233;tatisation d&#233;cr&#233;t&#233;e par le r&#233;gime dictatorial de Stambolov. Il n'est pas &#233;tonnant que ce climat local de lib&#233;ralisme ait favoris&#233; en partie la formation id&#233;ologique de ce fils de gros propri&#233;taires terriens. Il fit ses &#233;tudes agronomiques en Russie d'o&#249;, selon l'expression de son fr&#232;re tolsto&#239;en, il ramena tout &#171; un wagon &#187; de litt&#233;rature.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Esprit turbulent par nature, Varban, tr&#232;s jeune encore, s'engagea dans le mouvement r&#233;volutionnaire mac&#233;donien et participa aux luttes arm&#233;es dans les montagnes en compagnie du principal dirigeant de ce mouvement, Gotz&#233; Deltchev, qu'il influen&#231;a beaucoup dans son orientation id&#233;ologique et tactique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Retir&#233; de ce mouvement et li&#233; &#224; Nicolas Sto&#239;nov vers la fin du XIX&lt;sup class=&#034;typo_exposants&#034;&gt;e&lt;/sup&gt; si&#232;cle, il participa &#224; l'organisation des premi&#232;res associations professionnelles de paysans. Ensuite, toujours en commun avec les autres pr&#233;curseurs de l'anarchisme social et r&#233;volutionnaire, Goulaptchev, Sto&#239;nov, Guerdjikov, il contribua &#233;norm&#233;ment &#224; la diffusion des id&#233;es libertaires, constituant un peu plus tard personnellement la maison d'&#233;dition la plus importante qu'ait jamais eue le mouvement libertaire bulgare pendant toute son existence, engageant dans cette entreprise tous ses moyens personnels et menant la vie de cultivateur.&lt;/p&gt;
&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;div class='spip_document_4658 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_left spip_document_left spip_document_avec_legende' data-legende-len=&#034;95&#034; data-legende-lenx=&#034;xx&#034;
&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href='https://www.partage-noir.fr/IMG/jpg/419303545_698757359073214_7232106790146559635_n.jpg' class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/jpeg&#034;&gt; &lt;img src='https://www.partage-noir.fr/local/cache-vignettes/L150xH280/419303545_698757359073214_7232106790146559635_n-787a1-34ac9.jpg?1774708491' width='150' height='280' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;figcaption class='spip_doc_legende'&gt; &lt;div class='spip_doc_descriptif '&gt;&lt;small&gt;N&#233;crologie du journal anarcho-communiste &lt;i&gt;Purpurpur&lt;/i&gt; de l'anarchiste bulgare Varban Kilifarski.&lt;/small&gt;
&lt;/div&gt; &lt;/figcaption&gt;&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;
&lt;p&gt;D&#232;s cette &#233;poque d&#233;j&#224;, il con&#231;ut le projet de fonder, dans la ferme h&#233;rit&#233;e de son p&#232;re, une &#233;cole libre et moderne du mod&#232;le de &#171; L'Ecole Moderne &#187; de Ferrer et de &#171; La Ruche &#187; de S&#233;bastien Faure. Il commen&#231;a m&#234;me la construction des b&#226;timents n&#233;cessaires au milieu d'un jardin de quatre hectares d'arbres fruitiers qu'il planta lui-m&#234;me, mais la guerre balkanique, qui &#233;clata en 1912, l'obligea en tant qu'antimilitariste cons&#233;quent de quitter la Bulgarie pour ne pas y participer. Il partit en Suisse o&#249; il s'installa un certain temps &#224; Lausanne, s'int&#233;ressant &#224; l'exp&#233;rience d'une &#233;cole du type de celle de Ferrer d'Espagne. Ensuite, il se rendit &#224; Paris en janvier 1912, collabora &#224; &#171; La Ruche &#187; de S&#233;bastien Faure, en enseignant l'art typographique et la reliure qu'il connaissait et se chargeant enti&#232;rement des travaux de jardinage et d'agriculture, son domaine de pr&#233;dilection et d'enti&#232;re comp&#233;tence.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En 1913, il participa au grand meeting de protestation contre l'interdiction faite &#224; Kropotkine par les autorit&#233;s fran&#231;aises d'assister &#224; la c&#233;l&#233;bration du cinquanti&#232;me anniversaire de ses activit&#233;s r&#233;volutionnaires.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;A la veille de la grande guerre de 1914, Kilifarski quitta la France et se r&#233;fugia en Italie. Il s'occupa d'agriculture, pr&#232;s de Florence, pour gagner sa vie. Mais, &#224; cause des relations qu'il maintenait avec des anarchistes italiens, les autorit&#233;s ne le laiss&#232;rent pas tranquille. Il passa un certain temps en r&#233;sidence forc&#233;e dans le sud de l'Italie. La guerre termin&#233;e, Kilifarski rentra en Bulgarie et s'adonna enti&#232;rement &#224; la propagande libertaire. Mais, rong&#233; par une maladie ingu&#233;rissable, il mourut relativement jeune, en janvier 1923.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
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<item xml:lang="fr">
		<title>Georges Getchev (1897-1965) </title>
		<link>https://www.partage-noir.fr/georges-getchev-1897-1965</link>
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		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Georges Balkanski </dc:creator>


		<dc:subject>FACB</dc:subject>
		<dc:subject>Georges Getchev </dc:subject>
		<dc:subject>Bulgarie</dc:subject>
		<dc:subject>Volont&#233; Anarchiste</dc:subject>

		<description>
&lt;p&gt;Po&#232;te r&#233;volutionnaire, &#233;crivain et publiciste, Georges Getchev fut l'un des meilleurs traducteurs de litt&#233;rature d'art de russe et de fran&#231;ais. Par son oeuvre remarquable de traducteur et de publiciste, il contribua grandement &#224; l'enrichissement de la culture du pays, en dehors de son apport &#224; la propagande anarchiste. &lt;br class='autobr' /&gt;
Getchev est n&#233; le 20 avril 1897 &#224; Haskovo, d'une famille de petits artisans. Il fit ses &#233;tudes primaires et secondaires dans sa ville natale et ses &#233;tudes sup&#233;rieures &#224; (&#8230;)&lt;/p&gt;


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		</description>


 <content:encoded>&lt;img src='https://www.partage-noir.fr/local/cache-vignettes/L150xH86/getchev-61743.jpg?1774708491' class='spip_logo spip_logo_right' width='150' height='86' alt=&#034;&#034; /&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;Po&#232;te r&#233;volutionnaire, &#233;crivain et publiciste, Georges Getchev fut l'un des meilleurs traducteurs de litt&#233;rature d'art de russe et de fran&#231;ais. Par son &#339;uvre remarquable de traducteur et de publiciste, il contribua grandement &#224; l'enrichissement de la culture du pays, en dehors de son apport &#224; la propagande anarchiste.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Getchev est n&#233; le 20 avril 1897 &#224; Haskovo, d'une famille de petits artisans. Il fit ses &#233;tudes primaires et secondaires dans sa ville natale et ses &#233;tudes sup&#233;rieures &#224; l'Acad&#233;mie des Beaux-Arts de Sofia. Il adh&#233;ra &#224; 16 ans aux id&#233;es libertaires. Intellectuellement &#233;veill&#233; de bonne heure, il lit beaucoup et commen&#231;a &#224; &#233;crire et &#224; publier avant 1914.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Fondateur des premiers groupes libertaires &#224; Haskovo, il diffusa les journaux, les revues, les livres et les brochures qu'il recevait r&#233;guli&#232;rement. Refusant le service militaire, il se mit hors-la-loi, en 1917 et l'ann&#233;e suivante (1918), il est l'un des principaux accus&#233;s du grand proc&#232;s militaire contre les anarchistes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;De tous les collaborateurs de la presse libertaire, pendant de longues ann&#233;es, Getchev fut l'un des plus r&#233;guliers, &#233;tant lui-m&#234;me &#233;diteur de journaux et de revues anarchistes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;De 1921 &#224; 1923, il fit partie du groupe terroriste de Vassil Ikonomov. La F&#233;d&#233;ration Anarchiste Communiste de Bulgarie l'envoya au congr&#232;s anarchiste international qui devait se tenir &#224; Paris, apr&#232;s le congr&#232;s bulgare &#224; Yambol, en 1923.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Toujours hors-la-loi, il retourna en Bulgarie en 1924. Mais apr&#232;s l'attentat d'avril 1925, il se vit oblig&#233; de se r&#233;fugier de nouveau en France pour ne pas tomber entre les mains de la police.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Profitant d'une amnistie en 1928, il rentra d&#233;finitivement en Bulgarie et se consacra enti&#232;rement &#224; la propagande l&#233;gale, et &#224; un travail culturel prolong&#233;, en tant que publiciste et traducteur de grandes &#339;uvres d'art. Il lan&#231;a, en 1930, l'hebdomadaire litt&#233;raire anarchiste &lt;i&gt;Missal I Volia&lt;/i&gt; (Pens&#233;e et Volont&#233;) qui continua de para&#238;tre jusqu'en 1935. Cet hebdomadaire r&#233;alisa une &#339;uvre culturelle unique, cr&#233;ant toute une &#233;poque dans la litt&#233;rature bulgare. Presque tous les meilleurs &#233;crivains, po&#232;tes et critiques litt&#233;raires y collabor&#232;rent. Certains, d&#233;j&#224; influenc&#233;s, essay&#232;rent m&#234;me d'&#233;crire comme libertaires sans l'&#234;tre r&#233;ellement. C'est pour cette raison que la censure suspendit la publication de l'hebdomadaire.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Comme po&#232;te et &#233;crivain, Getchev est auteur de plusieurs recueils de po&#232;mes et de contes pour enfants.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Comme traducteur et &#233;diteur, il publia, outre de grands ouvrages de c&#233;l&#232;bres auteurs fran&#231;ais et russes, plusieurs livres et brochures de propagande anarchiste. Il travailla pour les plus grandes maisons d'&#233;dition d'&#339;uvres d'art.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Sous le r&#233;gime actuel, il rempla&#231;a le secr&#233;taire des relations internationales de la F.A.C.B., Boris Yanev, apr&#232;s sa mort en 1957, et continua ce travail difficile, responsable et dangereux, jusqu'&#224; sa mort, le 28 ao&#251;t 1965.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Arr&#234;t&#233; et intern&#233; au camp de concentration de B&#233;l&#233;n&#233;, en 1949, quand il n'avait aucune charge et responsabilit&#233; de l'organisation anarchiste, il fut vite lib&#233;r&#233;, gr&#226;ce &#224; l'efficace intervention de l'Union des Ecrivains, dont il &#233;tait membre de longue date.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Soup&#231;onn&#233; de relations clandestines avec l'&#233;tranger, il fut arr&#234;t&#233; et interrog&#233;, sans r&#233;sultat, par la S&#251;ret&#233; d'&#201;tat, en 1963.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Sa mort fut l'une des plus grandes pertes pour le mouvement dans les conditions de la clandestinit&#233; impos&#233;e aujourd'hui.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
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<item xml:lang="fr">
		<title>X. La Morale anarchiste - Pierre Kropotkine</title>
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		<dc:date>2024-12-09T23:30:00Z</dc:date>
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		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Pierre Kropotkine</dc:creator>


		<dc:subject>Pierre Kropotkine</dc:subject>
		<dc:subject>Volont&#233; Anarchiste</dc:subject>
		<dc:subject>Biblioth&#232;que Anarchiste</dc:subject>

		<description>
&lt;p&gt;Et maintenant, disons, avant de terminer, un mot de ces deux termes, issus de l'&#233;cole anglaise, altruisme et &#233;go&#239;sme, dont on nous &#233;corche continuellement les oreilles. &lt;br class='autobr' /&gt;
Jusqu'&#224; pr&#233;sent nous n'en avons m&#234;me pas parl&#233; dans cette &#233;tude. C'est que nous ne voyons m&#234;me pas la distinction que les moralistes anglais ont cherch&#233; &#224; introduire. &lt;br class='autobr' /&gt;
Quand nous disons : &#171; Traitons les autres comme nous voulons &#234;tre trait&#233;s nous-m&#234;mes &#187; &#8212; est-ce de l'&#233;go&#239;sme ou de l'altruisme que nous recommandons ? Quand (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://www.partage-noir.fr/+-bibliotheque-anarchiste-+" rel="tag"&gt;Biblioth&#232;que Anarchiste&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;img src='https://www.partage-noir.fr/local/cache-vignettes/L150xH75/morale-anar_10-0401b.jpg?1774703906' class='spip_logo spip_logo_right' width='150' height='75' alt=&#034;&#034; /&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;Et maintenant, disons, avant de terminer, un mot de ces deux termes, issus de l'&#233;cole anglaise, altruisme et &#233;go&#239;sme, dont on nous &#233;corche continuellement les oreilles.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Jusqu'&#224; pr&#233;sent nous n'en avons m&#234;me pas parl&#233; dans cette &#233;tude. C'est que nous ne voyons m&#234;me pas la distinction que les moralistes anglais ont cherch&#233; &#224; introduire.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Quand nous disons : &#171; Traitons les autres comme nous voulons &#234;tre trait&#233;s nous-m&#234;mes &#187; &#8212; est-ce de l'&#233;go&#239;sme ou de l'altruisme que nous recommandons ? Quand nous nous &#233;levons plus haut et que nous disons : &#171; Le bonheur de chacun est intimement li&#233; au bonheur de tous ceux qui l'entourent. On peut avoir par hasard quelques ann&#233;es de bonheur relatif dans une soci&#233;t&#233; bas&#233;e sur le malheur des autres mais ce bonheur est b&#226;ti sur le sable. Il ne peut pas durer, la moindre des choses suffit pour le briser ; et il est mis&#233;rablement petit en comparaison du bonheur possible dans une soci&#233;t&#233; d'&#233;gaux. Aussi, chaque fois que tu viseras le bien de tous, tu agiras bien ; &#187; quand nous disons cela, est-ce de l'altruisme ou de l'&#233;go&#239;sme que nous pr&#234;chons ? Nous constatons simplement un fait.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Et quand nous ajoutons, en paraphrasant une parole de Guyau : &#171; Sois fort ; sois grand dans tous tes actes ; d&#233;veloppe ta vie dans toutes les directions ; sois aussi riche que possible en &#233;nergie, et pour cela sois l'&#234;tre le plus social et le plus sociable, &#8212; si tu tiens &#224; jouir d'une vie pleine, enti&#232;re et f&#233;conde. Guid&#233; toujours par une intelligence richement d&#233;velopp&#233;e, lutte, risque, &#8212; le risque a ses jouissances immenses &#8212; jette tes forces sans les compter, tant que tu en as, dans tout ce que tu sentiras &#234;tre beau et grand &#8212; et alors tu auras joui de la plus grande somme possible de bonheur. Sois un avec les masses, et alors, quoi qu'il t'arrive dans la vie, tu sentiras battre avec toi pr&#233;cis&#233;ment les c&#339;urs que tu estimes, et battre contre toi ceux que tu m&#233;prises ! &#187; Quand nous disons cela, est-ce de l'altruisme ou de l'&#233;go&#239;sme que nous enseignons ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Lutter, affronter le danger ; se jeter &#224; l'eau pour sauver, non seulement un homme, mais un simple chat ; se nourrir de pain sec pour mettre fin aux iniquit&#233;s qui vous r&#233;voltent ; se sentir d'accord avec ceux qui m&#233;ritent d'&#234;tre aim&#233;s, se sentir aim&#233; par eux &#8212; pour un philosophe infirme, tout cela est peut-&#234;tre un sacrifice, mais pour l'homme et la femme pleins d'&#233;nergie, de force, de vigueur, de jeunesse, c'est le plaisir de se sentir vivre.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Est-ce de l'&#233;go&#239;sme ? Est-ce de l'altruisme ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En g&#233;n&#233;ral, les moralistes qui ont b&#226;ti leurs syst&#232;mes sur une opposition pr&#233;tendue entre les sentiments &#233;go&#239;stes et les sentiments altruistes, ont fait fausse route. Si cette opposition existait en r&#233;alit&#233;, si le bien de l'individu &#233;tait r&#233;ellement oppos&#233; &#224; celui de la soci&#233;t&#233;, l'esp&#232;ce humaine n'aurait pu exister ; aucune esp&#232;ce animale n'aurait pu atteindre son d&#233;veloppement actuel. Si les fourmis ne trouvaient un plaisir intense &#224; travailler toutes, pour le bien-&#234;tre de la fourmili&#232;re, la fourmili&#232;re n'existerait pas, et la fourmi ne serait pas ce qu'elle est aujourd'hui : l'&#234;tre le plus d&#233;velopp&#233; parmi les insectes, un insecte dont le cerveau, &#224; peine perceptible sous le verre grossissant, est presque aussi puissant que le cerveau moyen de l'homme. Si les oiseaux ne trouvaient pas un plaisir intense dans leurs migrations, dans les soins qu'ils donnent &#224; &#233;lever leur prog&#233;niture, dans l'action commune pour la d&#233;fense de leurs soci&#233;t&#233;s contre les oiseaux rapaces, l'oiseau n'aurait pas atteint le d&#233;veloppement auquel il est arriv&#233;. Le type de l'oiseau aurait r&#233;trograd&#233;, au lieu de progresser.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Et quand Spencer pr&#233;voit un temps o&#249; le bien de l'individu se confondra avec le bien de l'esp&#232;ce, il oublie une chose : c'est que si les deux n'avaient pas toujours &#233;t&#233; identiques, l'&#233;volution m&#234;me du r&#232;gne animal n'aurait pu s'accomplir.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est qu'il y a eu de tout temps, c'est qu'il s'est toujours trouv&#233;, dans le monde animal comme dans l'esp&#232;ce humaine, un grand nombre d'individus qui ne comprenaient pas que le bien de l'individu et celui de l'esp&#232;ce sont, au fond, identiques. Ils ne comprenaient pas que vivre d'une vie intense &#233;tant le but de chaque individu, il trouve la plus grande intensit&#233; de la vie dans la plus grande sociabilit&#233;, dans la plus parfaite identification de soi-m&#234;me avec tous ceux qui l'entourent.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais ceci n'&#233;tait qu'un manque d'intelligence, un manque de compr&#233;hension. De tout temps il y a eu des hommes born&#233;s ; de tout temps il y a eu des imb&#233;ciles. Mais jamais, &#224; aucune &#233;poque de l'histoire, ni m&#234;me de la g&#233;ologie, le bien de l'individu n'a &#233;t&#233; oppos&#233; &#224; celui de la soci&#233;t&#233;. De tout temps ils restaient identiques, et ceux qui l'ont le mieux compris ont toujours joui de la vie la plus compl&#232;te.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La distinction entre l'&#233;go&#239;sme et l'altruisme est donc absurde &#224; nos yeux. C'est pourquoi nous n'avons rien dit, non plus, de ces compromis que l'homme, &#224; en croire les utilitariens, ferait toujours entre ses sentiments &#233;go&#239;stes et ses sentiments altruistes. Ces compromis n'existent pas pour l'homme convaincu.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce qui existe c'est que r&#233;ellement, dans les conditions actuelles, alors m&#234;me que nous cherchons &#224; vivre conform&#233;ment &#224; nos principes &#233;galitaires, nous les sentons froiss&#233;s &#224; chaque pas. Si modestes que soient notre repos et notre lit, nous sommes encore des Rothschild en comparaison de celui qui couche sous les ponts et qui manque si souvent de pain sec. Si peu que nous donnions aux jouissances intellectuelles et artistiques, nous sommes encore des Rothschild en comparaison des millions qui rentrent le soir, abrutis par le travail manuel, monotone et lourd, qui ne peuvent pas jouir de l'art et de la science et mourront sans jamais avoir connu ces hautes jouissances.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Nous sentons que nous n'avons pas pouss&#233; le principe &#233;galitaire jusqu'au bout. Mais nous ne voulons pas faire de compromis avec ces conditions. Nous nous r&#233;voltons contre elles. Elles nous p&#232;sent. Elles nous rendent r&#233;volutionnaires. Nous ne nous accommodons pas de ce qui nous r&#233;volte. Nous r&#233;pudions tout compromis, tout armistice m&#234;me, et nous nous promettons de lutter &#224; outrance contre ces conditions.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ceci n'est pas un compromis ; et l'homme convaincu n'en veut pas qui lui permette de dormir tranquille en attendant que cela change de soi-m&#234;me.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Nous voil&#224; enfin au bout de notre &#233;tude.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il y a des &#233;poques, avons-nous dit, o&#249; la conception morale change tout &#224; fait. On s'aper&#231;oit que ce que l'on avait consid&#233;r&#233; comme moral est de la plus profonde immoralit&#233;. Ici, c'&#233;tait une coutume, une tradition v&#233;n&#233;r&#233;e, mais immorale dans le fond. L&#224;, on ne trouve qu'une morale faite &#224; l'avantage d'une seule classe. On les jette par-dessus bord, et l'on s'&#233;crit : &#171; &#192; bas la morale ! &#187; On se fait un devoir de faire des actes immoraux.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Saluons ces &#233;poques. Ce sont des &#233;poques de critique. Elles sont le signe le plus s&#251;r qu'il se fait un grand travail de pens&#233;e dans la soci&#233;t&#233;. C'est l'&#233;laboration d'une morale sup&#233;rieure.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce que sera cette morale, nous avons cherch&#233; &#224; le formuler en nous basant sur l'&#233;tude de l'homme et des animaux. Et nous avons vu la morale qui se dessine d&#233;j&#224; dans les id&#233;es des masses et des penseurs.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cette morale n'ordonnera rien. Elle refusera absolument de modeler l'individu selon une id&#233;e abstraite, comme elle refusera de le mutiler par la religion, la loi et le gouvernement. Elle laissera la libert&#233; pleine et enti&#232;re &#224; l'individu. Elle deviendra une simple constatation de faits, une science.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Et cette science dira aux hommes : si tu ne sens pas en toi la force, si les forces sont justes, ce qu'il faut pour maintenir une vie gris&#226;tre, monotone, sans fortes impressions, sans grandes jouissances, mais aussi sans grande souffrance, eh bien, tiens-t'en aux simples principes de l'&#233;quit&#233; &#233;galitaire. Dans des relations &#233;galitaires, tu trouveras, &#224; tout prendre, la plus grande somme de bonheur possible, &#233;tant donn&#233;es tes forces m&#233;diocres.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais si tu sens en toi la force de la jeunesse, si tu veux vivre, si tu veux jouir de la vie enti&#232;re, pleine, d&#233;bordante &#8212; c'est-&#224;-dire conna&#238;tre la plus grande jouissance qu'un &#234;tre vivant puisse d&#233;sirer &#8212; sois fort, sois grand, sois &#233;nergique dans tout ce que tu feras.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;S&#232;me la vie autour de toi. Remarque que tromper, mentir, intriguer, ruser, c'est t'avilir, te rapetisser, te reconna&#238;tre faible d'avance, faire comme l'esclave du harem qui se sent inf&#233;rieur &#224; son ma&#238;tre. Fais-le si cela te pla&#238;t, mais alors sache d'avance que l'humanit&#233; te consid&#233;rera petit, mesquin, faible, et te traitera en cons&#233;quence. Ne voyant pas ta force, elle te traitera comme un &#234;tre qui m&#233;rite la compassion &#8212; de la compassion seulement. Ne t'en prends pas &#224; l'humanit&#233;, si toi-m&#234;me tu paralyses ainsi ta force d'action.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Sois fort, au contraire. Et une fois que tu auras vu une iniquit&#233; et que tu l'auras comprise, &#8212; une iniquit&#233; dans la vie, un mensonge dans, la science, ou une souffrance impos&#233;e par un autre &#8212; r&#233;volte-toi contre l'iniquit&#233;, le mensonge et l'injustice. Lutte ! La lutte c'est la vie d'autant plus intense que la lutte sera plus vive. Et alors tu auras v&#233;cu, et pour quelques heures de cette vie tu ne donneras pas des ann&#233;es de v&#233;g&#233;tation dans la pourriture du marais.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Lutte pour permettre &#224; tous de vivre de cette vie riche et d&#233;bordante, et sois s&#251;r que tu retrouveras dans cette lutte des joies si grande que tu n'en trouverais pas de pareilles dans aucune autre activit&#233;. C'est tout ce que peut te dire la science de la morale. &#192; toi de choisir.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
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		<title>IX. La Morale anarchiste - Pierre Kropotkine</title>
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		<dc:creator>Pierre Kropotkine</dc:creator>


		<dc:subject>Pierre Kropotkine</dc:subject>
		<dc:subject>Volont&#233; Anarchiste</dc:subject>
		<dc:subject>Biblioth&#232;que Anarchiste</dc:subject>

		<description>
&lt;p&gt;Ce que l'humanit&#233; admire dans l'homme vraiment moral, c'est sa force, c'est l'exub&#233;rance de la vie, qui le pousse &#224; donner son intelligence, ses sentiments, ses actes, sans rien demander en retour. &lt;br class='autobr' /&gt;
L'homme fort de pens&#233;e, l'homme qui d&#233;borde de vie intellectuelle, cherche naturellement &#224; se r&#233;pandre. Penser, sans communiquer sa pens&#233;e aux autres, n'aurait aucun attrait. Il n'y a que l'homme pauvre d'id&#233;es qui, apr&#232;s en avoir d&#233;niche une avec peine, la cache soigneusement pour lui apposer (&#8230;)&lt;/p&gt;


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		</description>


 <content:encoded>&lt;img src='https://www.partage-noir.fr/local/cache-vignettes/L150xH75/morale-anar_9-6fe4c.jpg?1774703906' class='spip_logo spip_logo_right' width='150' height='75' alt=&#034;&#034; /&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;Ce que l'humanit&#233; admire dans l'homme vraiment moral, c'est sa force, c'est l'exub&#233;rance de la vie, qui le pousse &#224; donner son intelligence, ses sentiments, ses actes, sans rien demander en retour.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'homme fort de pens&#233;e, l'homme qui d&#233;borde de vie intellectuelle, cherche naturellement &#224; se r&#233;pandre. Penser, sans communiquer sa pens&#233;e aux autres, n'aurait aucun attrait. Il n'y a que l'homme pauvre d'id&#233;es qui, apr&#232;s en avoir d&#233;niche une avec peine, la cache soigneusement pour lui apposer plus tard l'estampille de son nom. L'homme fort d'intelligence d&#233;borde de pens&#233;es : il les s&#232;me &#224; pleines nains. Il souffre s'il ne peut les partager, les semer aux quatre vents : c'est l&#224; sa vie.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il en est de m&#234;me pour le sentiment. &#8212; &#171; Nous ne sommes pas assez pour nous-m&#234;mes : nous avons plus de larmes qu'il n'en faut pour nos propres souffrances, plus de joies en r&#233;serve que n'en justifie notre propre existence &#187;, a dit Guyau, r&#233;sumant ainsi toute la question de moralit&#233; en quelques lignes si justes, prises sur la nature. L'&#234;tre solitaire souffre, il est pris d'une certaine inqui&#233;tude, parce qu'il ne peut partager sa pens&#233;e, ses sentiments avec les autres. Quand on ressent un grand plaisir, on voudrait faire savoir aux autres qu'on existe, qu'on sent, qu'on aime, que l'on vit, qu'on lutte, que l'on combat.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En m&#234;me temps, nous sentons le besoin d'exercer notre volont&#233;, notre force d'action. Agir, travailler est devenu un besoin pour l'immense majorit&#233; des hommes ; si bien que lorsque des conditions absurdes &#233;loignent l'homme ou la femme du travail utile, ils inventent des travaux, des obligations futiles et insens&#233;es pour ouvrir un champ quelconque &#224; leur force d'action. Ils inventent n'importe quoi &#8212; une th&#233;orie, une religion, un &#171; devoir social &#187;, pour se persuader qu'ils font quelque chose d'utile. Quand ils dansent, c'est pour la charit&#233; ; quand ils se ruinent par leurs toilettes, c'est pour maintenir l'aristocratie &#224; sa hauteur ; quand ils ne font rien du tout, c'est par principe.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; On a besoin d'aider autrui, de donner son coup d'&#233;paule au coche qu'entra&#238;ne p&#233;niblement l'humanit&#233; ; en tout cas on bourdonne autour &#187;, dit Guyau. Ce besoin de donner son coup d'&#233;paule est si grand qu'on le retrouve chez tous les animaux sociables, si inf&#233;rieurs qu'ils soient. Et toute cette immense activit&#233; qui chaque jour se d&#233;pense si inutilement en politique, qu'est-ce, sinon le besoin de donner son coup d'&#233;paule au coche ou de bourdonner autour ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Certainement, cette &#171; f&#233;condit&#233; de la volont&#233; &#187;, cette soif d'action quand elle n'est accompagn&#233;e que d'une sensibilit&#233; pauvre et d'une intelligence incapable de cr&#233;er, ne donnera qu'un Napol&#233;on 1&lt;sup class=&#034;typo_exposants&#034;&gt;er&lt;/sup&gt; ou un Bismarck &#8212; des toqu&#233;s qui voulaient faire marcher le monde &#224; rebours. D'autre part, une f&#233;condit&#233; de l'esprit, d&#233;nu&#233;e cependant de sensibilit&#233; bien d&#233;velopp&#233;e, donnera ces fruits secs, les savants qui ne font qu'arr&#234;ter le progr&#232;s de la science. Et enfin la sensibilit&#233; non guid&#233;e par une intelligence assez vaste produira ces femmes pr&#234;tes &#224; tout sacrifier &#224; une brute quelconque sur laquelle elles versent tout leur amour.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pour &#234;tre r&#233;ellement f&#233;conde, la vie doit &#234;tre en intelligence, en sentiment et en volont&#233; &#224; la fois. Mais alors, cette f&#233;condit&#233; dans toutes les directions c'est la vie : la seule chose qui m&#233;rite ce nom. Pour un moment de cette vie, ceux qui l'ont entrevue donnent des ann&#233;es d'existence v&#233;g&#233;tative. Sans cette vie d&#233;bordante, on n'est qu'un vieillard avant l'&#226;ge, un impuissant, une plante qui se dess&#232;che sans jamais avoir fleuri.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Laissons aux pourritures fin de si&#232;cle cette vie qui n'en est pas une &#187; &#8212; s'&#233;crie la jeunesse, la vraie jeunesse pleine de s&#232;ve qui veut vivre et semer la vie autour d'elle. Et chaque fois qu'une soci&#233;t&#233; tombe en pourriture, une pouss&#233;e venue de cette jeunesse brise les vieux moules &#233;conomiques, politiques, moraux pour faire germer une vie nouvelle. Qu'importe si untel ou untel tombe dans la lutte ! La s&#232;ve monte toujours. Pour lui, vivre c'est fleurir, quelles qu'en soient les cons&#233;quences ! Il ne les regrette pas.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais, sans parler des &#233;poques h&#233;ro&#239;ques de l'humanit&#233;, et en prenant la vie de tous les jours &#8212; est-ce une vie que de vivre en d&#233;saccord avec son id&#233;al ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;De nos jours, on entend dire souvent que l'on se moque de l'id&#233;al. Cela se comprend. On a si souvent confondu l'id&#233;al avec la mutilation bouddhiste ou chr&#233;tienne, on a si souvent employ&#233; ce mot pour tromper les na&#239;fs, que la r&#233;action est n&#233;cessaire et salutaire. Nous aussi, nous aimerions remplacer ce mot &#171; id&#233;al &#187;, couvert de tant de souillures, par un mot nouveau plus conforme aux id&#233;es nouvelles.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais, quel que soit le mot, le fait est l&#224; : chaque &#234;tre humain a son id&#233;al. Bismark a le sien, si fantastique qu'il soit : le gouvernement par le fer et le feu. Chaque bourgeois a le sien, &#8212; ne serait-ce que la baignoire d'argent de Gambetta, le cuisinier Trompette, et beaucoup d'esclaves pour payer Trompette et la baignoire sans trop se faire tirer l'oreille.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais &#224; c&#244;t&#233; de ceux-l&#224;, il y a l'&#234;tre humain qui a con&#231;u un id&#233;al sup&#233;rieur. Une vie de brute ne peut pas le satisfaire. La servilit&#233;, le mensonge, le manque de bonne foi, l'intrigue, l'in&#233;galit&#233; dans les rapports humains le r&#233;voltent. Comment peut-il devenir servile, menteur intrigant, dominateur &#224; son tour ? Il entrevoit combien la vie serait belle si des rapports meilleurs existaient entre tous ; il se sent la force de ne pas manquer, lui, &#224; &#233;tablir ces meilleurs rapports avec ceux qu'il rencontrera dans son chemin. Il con&#231;oit ce que l'on a appelle l'id&#233;al.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;D'o&#249; vient cet id&#233;al ? Comment se fa&#231;onne-t-il, par l'h&#233;r&#233;dit&#233; d'une part et les impressions de la vie d'autre part ? Nous le savons &#224; peine. Tout au plus pourrions-nous en faire dans nos biographies, une histoire plus ou moins vraie. Mais il est l&#224; &#8212; variable, progressif, ouvert aux influences du dehors, mais toujours vivant. C'est une sensation inconsciente en partie, de ce qui donnera la plus grande somme de vitalit&#233;, la jouissance d'&#234;tre.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Eh bien, la vie n'est vigoureuse, f&#233;conde, riche en sensations, qu'&#224; condition de r&#233;pondre &#224; cette sensation de l'id&#233;al. Agissez contre cette sensation et vous sentez votre vie se d&#233;doubler ; elle n'est plus une, elle perd de sa vigueur. Manquez souvent &#224; votre id&#233;al, et vous finissez par paralyser votre volont&#233;, votre force d'action. Bient&#244;t vous ne retrouverez plus cette vigueur, cette spontan&#233;it&#233; de d&#233;cision que vous connaissiez jadis. Vous &#234;tes bris&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Rien de myst&#233;rieux l&#224;-dedans, une fois que vous envisagez l'homme comme un compos&#233; de centres nerveux et c&#233;r&#233;braux agissant ind&#233;pendamment. Flottez entre les divers sentiments qui luttent en vous et vous arriverez bient&#244;t &#224; rompre l'harmonie de l'organisme, vous serez un malade sans volont&#233;. L'intensit&#233; de la vie baissera et vous aurez beau chercher des compromis, vous ne serez plus l'&#234;tre complet, fort, vigoureux que vous &#233;tiez lorsque vos actes se trouvaient en accord avec les conceptions id&#233;ales de votre cerveau.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
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		<title>VIII. La Morale anarchiste - Pierre Kropotkine</title>
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		<dc:date>2024-12-07T23:30:00Z</dc:date>
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		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Pierre Kropotkine</dc:creator>


		<dc:subject>Volont&#233; Anarchiste</dc:subject>
		<dc:subject>Biblioth&#232;que Anarchiste</dc:subject>
		<dc:subject>Pierre Kropotkine</dc:subject>

		<description>
&lt;p&gt;Jusqu'&#224; pr&#233;sent, dans toute notre analyse, nous n'avons fait qu'exposer de simples principes d'&#233;galit&#233;. Nous nous sommes r&#233;volt&#233;, et nous avons invit&#233; les autres &#224; se r&#233;volter contre ceux qui s'arrogent le droit de traiter autrui comme ils ne voudraient nullement &#234;tre trait&#233;s eux-m&#234;mes ; contre ceux qui ne voudraient &#234;tre ni tromp&#233;s, ni exploit&#233;s, ni brutalis&#233;s, ni prostitu&#233;s, mais qui le font &#224; l'&#233;gard des autres. Le mensonge, la brutalit&#233; et ainsi de suite, avons-nous dit, sont r&#233;pugnants, (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://www.partage-noir.fr/+-pierre-kropotkine-61-+" rel="tag"&gt;Pierre Kropotkine&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;img src='https://www.partage-noir.fr/local/cache-vignettes/L150xH75/morale-anar_8-b1785.jpg?1774703906' class='spip_logo spip_logo_right' width='150' height='75' alt=&#034;&#034; /&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;Jusqu'&#224; pr&#233;sent, dans toute notre analyse, nous n'avons fait qu'exposer de simples principes d'&#233;galit&#233;. Nous nous sommes r&#233;volt&#233;, et nous avons invit&#233; les autres &#224; se r&#233;volter contre ceux qui s'arrogent le droit de traiter autrui comme ils ne voudraient nullement &#234;tre trait&#233;s eux-m&#234;mes ; contre ceux qui ne voudraient &#234;tre ni tromp&#233;s, ni exploit&#233;s, ni brutalis&#233;s, ni prostitu&#233;s, mais qui le font &#224; l'&#233;gard des autres. Le mensonge, la brutalit&#233; et ainsi de suite, avons-nous dit, sont r&#233;pugnants, non parce qu'ils sont d&#233;sapprouv&#233;s par les codes de moralit&#233; &#8212; nous ignorons ces codes &#8212; ils sont r&#233;pugnants parce que le mensonge, la brutalit&#233;, etc., r&#233;voltent les sentiments d'&#233;galit&#233; de celui pour lequel l'&#233;galit&#233; n'est pas un vain mot ; ils r&#233;voltent surtout celui qui est r&#233;ellement anarchiste dans sa fa&#231;on de penser et d'agir.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais rien que ce principe si simple, si naturel et si &#233;vident &#8212; s'il &#233;tait g&#233;n&#233;ralement appliqu&#233; dans la vie &#8212; constituerait d&#233;j&#224; une morale tr&#232;s &#233;lev&#233;e, comprenant tout ce que les moralistes ont pr&#233;tendu enseigner.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le principe &#233;galitaire r&#233;sume les enseignements des moralistes. Mais il contient aussi quelque chose de plus. Et ce quelque chose est le respect de l'individu. En proclamant notre morale &#233;galitaire et anarchiste, nous refusons de nous arroger le droit que les moralistes ont toujours pr&#233;tendu exercer &#8212; celui de mutiler l'individu au nom d'un certain id&#233;al qu'ils croyaient bon. Nous ne reconnaissons ce droit &#224; personne ; nous n'en voulons pas pour nous.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Nous reconnaissons la libert&#233; pleine et enti&#232;re de l'individu ; nous voulons la pl&#233;nitude de son existence, le d&#233;veloppement libre de toutes les facult&#233;s. Nous ne voulons rien lui imposer et nous retournons ainsi au principe que Fourier opposait &#224; la morale des religions, lorsqu'il disait : Laissez les hommes absolument libres ; ne les mutilez pas &#8212; les religions l'ont assez fait. Ne craignez m&#234;me pas leurs passions : dans une soci&#233;t&#233; libre, elles n'offriront aucun danger.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pourvu que vous-m&#234;me n'abdiquiez pas votre libert&#233; ; pourvu que vous-m&#234;me ne vous laissiez pas asservir par les autres ; et pourvu qu'aux passions violentes et antisociales de tel individu vous opposiez vos passions sociales, tout aussi vigoureuses. Alors vous n'aurez rien &#224; craindre de la libert&#233;.&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2-1&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;De tous les auteurs modernes, le Norv&#233;gien Ibsen, qu'on lira bient&#244;t en (&#8230;)&#034; id=&#034;nh2-1&#034;&gt;1&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Nous renon&#231;ons &#224; mutiler l'individu au nom de n'importe quel id&#233;al : tout ce que nous nous resservons, c'est de franchement exprimer nos sympathies et nos antipathies pour ce que nous trouvons bon ou mauvais. Untel trompe-t-il ses amis ? C'est sa volont&#233;, son caract&#232;re ? ? soit ! Eh bien, c'est notre caract&#232;re, c'est notre volont&#233; de m&#233;priser le menteur ! Et une fois que tel est notre caract&#232;re, soyons francs. Ne nous pr&#233;cipitons pas vers lui pour le serrer sur notre gilet et lui prendre affectueusement la main, comme cela se fait aujourd'hui ! &#192; sa passion active, opposons la n&#244;tre, tout aussi active et vigoureuse.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est tout ce que nous avons le droit et le devoir de faire pour maintenir dans la soci&#233;t&#233; le principe &#233;galitaire. C'est encore le principe d'&#233;galit&#233;, mis en pratique.&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2-2&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Nous entendons d&#233;j&#224; dire : &#171; Et l'assassin ? Et celui qui d&#233;bauche les (&#8230;)&#034; id=&#034;nh2-2&#034;&gt;2&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Tout cela, bien entendu, ne se fera enti&#232;rement que lorsque les grandes causes de d&#233;pravation : capitalisme, religion, justice, gouvernement, auront cess&#233; d'exister. Mais cela peut se faire d&#233;j&#224; en grande partie d&#232;s aujourd'hui. Cela se fait d&#233;j&#224;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Et cependant, si les soci&#233;t&#233;s ne connaissent que ce principe d'&#233;galit&#233; ; si chacun, se tenant &#224; un principe d'&#233;quit&#233; marchande, se gardait &#224; chaque instant de donner aux autres quelque chose en plus de ce qu'il re&#231;oit d'eux &#8212; ce serait la mort de la soci&#233;t&#233;. Le principe m&#234;me d'&#233;galit&#233; dispara&#238;trait de nos relations, car pour le maintenir, il faut qu'une chose plus grande, plus belle, plus vigoureuse que la simple &#233;quit&#233; se produise sans cesse dans la vie.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Et cette chose se produit.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Jusqu'&#224; pr&#233;sent, l'humanit&#233; n'a jamais manqu&#233; de ces grands c&#339;urs qui d&#233;bordaient de tendresse, d'esprit ou de volont&#233;, et qui employaient leur sentiment, leur intelligence ou leur force d'action au service de la race humaine, sans rien lui demander en retour.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cette f&#233;condit&#233; de l'esprit, de la sensibilit&#233; ou de la volont&#233; prend toutes les formes possibles. C'est le chercheur passionn&#233; de la v&#233;rit&#233; qui, renon&#231;ant &#224; tous les autres plaisirs de la vie, s'adonne avec passion &#224; la recherche de ce qu'il croit &#234;tre vrai et juste, contrairement aux affirmations des ignorants qui l'entourent. C'est l'inventeur qui vit du jour au lendemain, oublie jusqu'&#224; la nourriture et touche &#224; peine au pain qu'une femme qui se d&#233;voue pour lui, lui fait manger comme &#224; un enfant, tandis que lui poursuit son invention destin&#233;e, pense-t-il, &#224; changer la face du monde. C'est le r&#233;volutionnaire ardent, auquel les joies de l'art, de la science, de la famille m&#234;me, paraissent &#226;pres tant qu'elles ne sont pas partag&#233;es par tous et qui travaille &#224; r&#233;g&#233;n&#233;rer le monde malgr&#233; la mis&#232;re et les pers&#233;cutions. C'est le jeune gar&#231;on qui, au r&#233;cit des atrocit&#233;s de l'invasion, prenant au mot les l&#233;gendes de patriotisme qu'on lui soufflait &#224; l'oreille, allait s'inscrire dans un corps franc, marchait dans la neige, souffrait de la faim et finissait par tomber sous les balles.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est le gamin de Paris, qui mieux inspir&#233; et dou&#233; d'une intelligence plus f&#233;conde, choisissant mieux ses aversions et ses sympathies, courait aux remparts avec son petit fr&#232;re cadet, restait sous la pluie des obus et mourait en murmurant : &#171; Vive la Commune ! &#187; C'est l'homme qui se r&#233;volte &#224; la vue d'une iniquit&#233;, sans se demander ce qui en r&#233;sultera et, alors que tous plient l'&#233;chine, d&#233;masque l'iniquit&#233;, frappe l'exploiteur, le petit tyran de l'usine, ou le grand tyran d'un empire. C'est enfin tous ces d&#233;vouements sans nombre, moins &#233;clatants et pour cela inconnus, m&#233;connus presque toujours, que l'on peut observer sans cesse, surtout chez la femme, pourvu que l'on veuille se donner la peine d'ouvrir les yeux et de remarquer ce qui fait le bond de l'humanit&#233;, ce qui lui permet encore de se d&#233;brouiller tant bien que mal, malgr&#233; l'exploitation et l'oppression qu'elle subit.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ceux-l&#224; forgent, les uns dans l'obscurit&#233;, les autres sur une ar&#232;ne plus grande, les vrais progr&#232;s de l'humanit&#233;. Et l'humanit&#233; le sait. C'est pourquoi elle entoure leurs vies de respect, de l&#233;gendes. Elle les embellit m&#234;me et en fait les h&#233;ros de ses contes, de ses chansons, de ses romans. Elle aime en eux le courage, la bont&#233;, l'amour et le d&#233;vouement qui manquent au grand nombre. Elle transmet leur m&#233;moire &#224; ses enfants. Elle se souvient de ceux m&#234;mes qui n'ont agi que dans le cercle &#233;troit de la famille et des amis, en v&#233;n&#233;rant leur m&#233;moire dans les traditions de famille.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ceux-l&#224; font la vraie moralit&#233;, &#8212; la seule, d'ailleurs, qui soit digne de ce nom &#8212; le reste n'&#233;tait que de simples rapports d'&#233;galit&#233;. Sans ces courages et ces d&#233;vouements, l'humanit&#233; se serait abrutie dans la vase des calculs mesquins. Ceux-l&#224;, enfin, pr&#233;parant la moralit&#233; de l'avenir, celle qui viendra lorsque, cessant de compter, nos enfants grandiront dans l'id&#233;e que le meilleur usage de toute chose, de toute &#233;nergie, de tout courage, de tout amour, est l&#224; o&#249; le besoin de cette force se sent le plus vivement.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ces courages, ces d&#233;vouements ont exist&#233; de tout temps. On les rencontre chez tous les animaux. On les rencontre chez l'homme, m&#234;me pendant les &#233;poques de plus grand abrutissement.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Et, de tout temps, les religions ont cherch&#233; &#224; se les approprier, &#224; en battre monnaie &#224; leur propre avantage. Et si les religions vivent encore, c'est parce que &#8212; &#224; part l'ignorance &#8212; elles ont de tout temps fait appel pr&#233;cis&#233;ment &#224; ces d&#233;vouements, &#224; ces courages. C'est encore &#224; eux que font appel les r&#233;volutionnaires &#8212; surtout les r&#233;volutionnaires socialistes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Quant &#224; les expliquer, les moralistes religieux, utilitaires et autres, sont tomb&#233;s, &#224; leur &#233;gard, dans les erreurs que nous avons d&#233;j&#224; signal&#233;es. Mais il appartient &#224; ce jeune philosophe, Guyau &#8212; ce penseur, anarchiste sans le savoir &#8212; d'avoir indiqu&#233; la vraie origine de ces courages et de ces d&#233;vouements, en dehors de toute force mystique, en dehors de tous calculs mercantiles bizarrement imagin&#233;s par les utilitaires de l'&#233;cole anglaise. L&#224; o&#249; la philosophie kantienne, positiviste et &#233;volutionniste ont &#233;chou&#233;, la philosophie anarchiste a trouv&#233; le vrai chemin.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Leur origine, a dit Guyau, c'est le sentiment de sa propre force. C'est la vie qui d&#233;borde, qui cherche &#224; se r&#233;pandre. &#171; Sentir int&#233;rieurement ce qu'on est capable de faire, c'est par l&#224; m&#234;me prendre la premi&#232;re conscience de ce qu'on a le devoir de faire &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le sentiment moral du devoir, que chaque homme a senti dans sa vie et que l'on a cherch&#233; &#224; expliquer par tous les mysticismes. &#171; Le devoir n'est autre chose qu'une surabondance de vie qui demande &#224; s'exercer, &#224; se donner ; c'est en m&#234;me temps le sentiment d'une puissance &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Toute force qui s'accumule cr&#233;e une pression sur les obstacles plac&#233;s devant elle. Pouvoir agir, c'est devoir agir. Et toute cette &#171; obligation &#187; morale dont on a tant parl&#233; et &#233;crit, d&#233;pouill&#233;e de tout mysticisme, se r&#233;duit ainsi &#224; cette conception vraie : la vie ne peut se maintenir qu'&#224; condition de se r&#233;pandre.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; La plante ne peut pas s'emp&#234;cher de fleurir. Quelquefois fleurir, pour elle, c'est mourir. N'importe, la s&#232;ve monte toujours ! &#187; conclut le jeune philosophe anarchiste.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il en est de m&#234;me pour l'&#234;tre humain lorsqu'il est plein de force et d'&#233;nergie. La force s'accumule en lui. Il r&#233;pand sa vie. Il donne sans compter &#8212; sans cela il ne vivrait pas. Et s'il doit p&#233;rir, comme la fleur en s'&#233;panouissant &#8212; n'importe ! La s&#232;ve monte, si s&#232;ve il y a.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Sois fort ! D&#233;borde d'&#233;nergie passionnelle et intellectuelle &#8212; et tu d&#233;verseras sur les autres ton intelligence, ton amour, ta force d'action ! &#8212; Voil&#224; &#224; quoi se r&#233;duit tout l'enseignement moral, d&#233;pouill&#233; des hypocrisies de l'asc&#233;tisme oriental.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;hr /&gt;
		&lt;div class='rss_notes'&gt;&lt;div id=&#034;nb2-1&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2-1&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-1&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;1&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;De tous les auteurs modernes, le Norv&#233;gien Ibsen, qu'on lira bient&#244;t en France avec passion, comme on le lit d&#233;j&#224; en Angleterre, a le mieux formul&#233; ces id&#233;es dans ses drames. C'est encore un anarchiste sans le savoir.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2-2&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2-2&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-2&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;2&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;Nous entendons d&#233;j&#224; dire : &#171; Et l'assassin ? Et celui qui d&#233;bauche les enfants ? &#187; &#8212; &#192; cela notre r&#233;ponse est courte. L'assassin qui tue simplement par soif de sang est extr&#234;mement rare. C'est un malade &#224; gu&#233;rir ou &#224; &#233;viter. Quant au d&#233;bauch&#233;, &#8212; veillons d'abord &#224; ce que la soci&#233;t&#233; ne pervertisse pas les sentiments de nos enfants, alors nous n'aurons rien &#224; craindre de ces messieurs.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		
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		<title>VII. La Morale anarchiste - Pierre Kropotkine</title>
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		<dc:date>2024-12-06T23:30:00Z</dc:date>
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		<dc:creator>Pierre Kropotkine</dc:creator>


		<dc:subject>Pierre Kropotkine</dc:subject>
		<dc:subject>Volont&#233; Anarchiste</dc:subject>
		<dc:subject>Biblioth&#232;que Anarchiste</dc:subject>

		<description>
&lt;p&gt;Jusqu'&#224; pr&#233;sent, nous avons toujours parl&#233; des actions conscientes, r&#233;fl&#233;chies, de l'homme (de celles que nous faisons en nous en rendant compte). Mais, &#224; c&#244;t&#233; de la vie consciente, nous avons la vie inconsciente, infiniment plus vaste et trop ignor&#233;e autrefois. Cependant, il suffit d'observer la mani&#232;re dont nous nous habillons le matin, en nous effor&#231;ant de boutonner un bouton que nous savons avoir perdu la veille, ou portant la main pour saisir un objet que nous avons d&#233;plac&#233; nous-m&#234;mes, (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://www.partage-noir.fr/-45-la-morale-anarchiste-pierre-kropotkine-" rel="directory"&gt;45 - La Morale anarchiste - Pierre Kropotkine &lt;/a&gt;

/ 
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&lt;a href="https://www.partage-noir.fr/+-bibliotheque-anarchiste-+" rel="tag"&gt;Biblioth&#232;que Anarchiste&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;img src='https://www.partage-noir.fr/local/cache-vignettes/L150xH75/morale-anar_7-6548e.jpg?1774703906' class='spip_logo spip_logo_right' width='150' height='75' alt=&#034;&#034; /&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;Jusqu'&#224; pr&#233;sent, nous avons toujours parl&#233; des actions conscientes, r&#233;fl&#233;chies, de l'homme (de celles que nous faisons en nous en rendant compte). Mais, &#224; c&#244;t&#233; de la vie consciente, nous avons la vie inconsciente, infiniment plus vaste et trop ignor&#233;e autrefois. Cependant, il suffit d'observer la mani&#232;re dont nous nous habillons le matin, en nous effor&#231;ant de boutonner un bouton que nous savons avoir perdu la veille, ou portant la main pour saisir un objet que nous avons d&#233;plac&#233; nous-m&#234;mes, pour avoir une id&#233;e de cette vie inconsciente et concevoir la part immense qu'elle joue dans notre existence.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les trois quarts de nos rapports avec les autres sont faits de cette vie inconsciente. Notre mani&#232;re de parler, de sourire ou de froncer les sourcils, de nous emporter dans la discussion ou de rester calme &#8212; tout cela nous le faisons sans nous en rendre compte, par simple habitude, soit h&#233;rit&#233;e de nos anc&#234;tres humains ou pr&#233;-humains (voyez seulement la ressemblance de l'expression de l'homme et de l'animal quand l'un et l'autre se f&#226;chent), ou bien acquise, consciemment ou inconsciemment.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Notre mani&#232;re d'agir envers les autres passe ainsi &#224; l'&#233;tat d'habitude. Et l'homme qui aura acquis le plus d'habitudes morales, sera certainement sup&#233;rieur &#224; ce bon chr&#233;tien qui pr&#233;tend &#234;tre toujours pouss&#233; par le diable &#224; faire le mal et qui ne peut s'en emp&#234;cher qu'en &#233;voquant les souffrances de l'enfer ou les joies du paradis.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Traiter les autres comme il aimerait &#224; &#234;tre trait&#233; lui-m&#234;me, passe chez l'homme et chez tous les animaux sociables &#224; l'&#233;tat de simple habitude, si bien que g&#233;n&#233;ralement l'homme ne se demande m&#234;me pas comment il doit agir dans telle circonstance. Il agit bien ou mal, sans r&#233;fl&#233;chir. Et ce n'est que dans des circonstances exceptionnelles, en pr&#233;sence d'un cas complexe ou sous l'impulsion d'une passion ardente, qu'il h&#233;site et que les diverses parties de son cerveau (un organe tr&#232;s complexe, dont les parties diverses fonctionnent avec une certaine ind&#233;pendance) entrent en lutte. Alors il se substitue en imagination &#224; la personne qui est en face de lui ; il se demande s'il lui plairait d'&#234;tre trait&#233; de la m&#234;me mani&#232;re, et sa d&#233;cision sera d'autant plus morale qu'il se sera mieux identifi&#233; &#224; la personne dont il &#233;tait sur le point de blesser la dignit&#233; ou les int&#233;r&#234;ts. On bien, un ami interviendra et lui dira : &#171; Imagine-toi &#224; sa place ; est-ce que tu aurais souffert d'&#234;tre trait&#233; par lui comme tu viens de le traiter ? &#187; Et cela suffit.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ainsi, l'appel au principe d'&#233;galit&#233; ne se fait qu'en un moment d'h&#233;sitation, tandis que dans quatre-vingt-dix-neuf cas sur cent nous agissons moralement par simple habitude.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On aura certainement remarqu&#233; que dans tout ce que nous avons dit jusqu'&#224; pr&#233;sent nous n'avons rien cherch&#233; &#224; imposer. Nous avons simplement expos&#233; comment les choses se passent dans le monde animal et parmi les hommes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'&#201;glise mena&#231;ait autrefois les hommes de l'enfer, pour moraliser, et on sait comment elle y a r&#233;ussi : elle les d&#233;moralisait. Le juge menace du carcan, du fouet, du gibet, toujours au nom de ces m&#234;mes principes de sociabilit&#233; qu'il a escamot&#233;s &#224; la Soci&#233;t&#233; ; et il la d&#233;moralise. Et les autoritaires de toute nuance crient encore au p&#233;ril social &#224; l'id&#233;e que le juge peut dispara&#238;tre de la terre en m&#234;me temps que le pr&#234;tre.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Eh bien, nous ne craignons pas de renoncer au juge et &#224; la condamnation. Nous renon&#231;ons m&#234;me, avec Guyau, &#224; toute esp&#232;ce de sanction, &#224; toute esp&#232;ce d'obligation de la morale. Nous ne craignons pas de dire : &#171; Fais ce que tu veux, fais comme tu veux &#187; &#8212; parce que nous sommes persuad&#233;s que l'immense masse des hommes, &#224; mesure qu'ils seront de plus en plus &#233;clair&#233;s et se d&#233;barrasseront des entraves actuelles, fera et agira toujours dans une certaine direction utile &#224; la soci&#233;t&#233;, tout comme nous sommes persuad&#233;s d'avance que l'enfant marchera un jour sur deux pieds et non sur quatre pattes, simplement parce qu'il est n&#233; de parents appartenant &#224; l'esp&#232;ce Homme.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Tout ce que nous pouvons faire, c'est de donner un conseil ; et encore, tout en le donnant nous ajoutons : &#8212; &#171; Ce conseil n'aura de valeur que si tu reconnais toi-m&#234;me par l'exp&#233;rience et l'observation qu'il est bon &#224; suivre. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Quand nous voyons un jeune homme courber le dos et se resserrer ainsi la poitrine et les poumons, nous lui conseillons de se redresser et de tenir la t&#234;te haute et la poitrine grandement ouverte. Nous lui conseillons d'avaler l'air &#224; pleins poumons, de les &#233;largir, parce que, en cela, il trouvera la meilleure garantie contre la phtisie. Mais, en m&#234;me temps, nous lui enseignons la physiologie, afin qu'il connaisse les fonctions des poumons et choisisse lui-m&#234;me la posture qu'il saura &#234;tre la meilleure.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est aussi tout ce que nous pouvons faire en fait de morale. Nous n'avons que le droit de donner un conseil ; auquel nous devons encore ajouter : &#171; Suis-le si tu le trouves bon &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais en laissant &#224; chacun le droit d'agir comme bon lui semble ; en niant absolument &#224; la soci&#233;t&#233; le droit de punir qui que ce soit et de quelque fa&#231;on que ce soit, pour quelque acte antisocial qu'il ait commis, &#8212; nous ne renon&#231;ons pas &#224; notre capacit&#233; d'aimer ce qui nous semble bon, et de ha&#239;r ce qui nous semble mauvais. Aimer &#8212; et ha&#239;r ; car il n'y a que ceux qui savent ha&#239;r qui sachent aimer. Nous nous r&#233;servons cela, et puisque cela seul suffit &#224; chaque soci&#233;t&#233; animale pour maintenir et d&#233;velopper les sentiments moraux, cela suffira d'autant plus &#224; l'esp&#232;ce humaine.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Nous ne demandons qu'une chose, c'est &#224; &#233;liminer tout ce qui, dans la soci&#233;t&#233; actuelle, emp&#234;che le libre d&#233;veloppement de ces deux sentiments, tout ce qui fausse notre jugement : l'&#201;tat, l'&#201;glise, l'Exploitation ; le juge, le pr&#234;tre, le gouvernant, l'exploiteur.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Aujourd'hui, quand nous voyons un Jacques l'&#201;ventreur &#233;gorger &#224; la file dix femmes des plus pauvres, des plus mis&#233;rables, &#8212; et moralement sup&#233;rieures aux trois quarts des riches bourgeoises &#8212; notre premier sentiment est celui de haine. Si nous le rencontrions le jour o&#249; il a &#233;gorg&#233; cette femme qui voulait se faire payer par lui les six sous de son taudis, nous lui aurions log&#233; une balle dans le cr&#226;ne, sans r&#233;fl&#233;chir que la balle e&#251;t &#233;t&#233; mieux &#224; sa place dans le cr&#226;ne du propri&#233;taire du taudis.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais quand nous nous ressouvenons de toutes les infamies qui l'ont amen&#233;, lui &#224; ces meurtres ; quand nous pensons &#224; ces t&#233;n&#232;bres dans lesquelles il r&#244;de, hant&#233; par des images puis&#233;es dans des livres immondes ou par des pens&#233;es souffl&#233;es par des livres stupides, &#8212; notre sentiment se d&#233;double. Et le jour o&#249; nous saurons Jacques entre les mains d'un juge qui, lui, a froidement massacr&#233; dix fois plus de vies humaines, d'hommes, de femmes et d'enfants, que tous les Jacques ; quand nous le saurons entre les mains de ces maniaques &#224; froid o&#249; de ces gens qui envoient un Borras au bagne pour d&#233;montrer aux bourgeois qu'ils montent la garde autour d'eux &#8212; alors toute notre haine contre Jacques l'&#201;ventreur dispara&#238;tra. Elle se portera ailleurs. Elle se transforme en haine contre la soci&#233;t&#233; l&#226;che et hypocrite, contre ses repr&#233;sentants reconnus. Toutes les infamies d'un &#233;ventreur disparaissent devant cette s&#233;rie s&#233;culaire d'infamies commises au nom de la Loi. C'est elle que nous ha&#239;ssons.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Aujourd'hui, notre sentiment se d&#233;double continuellement. Nous sentons que nous tous, nous sommes plus ou moins volontairement ou involontairement les supp&#244;ts de cette soci&#233;t&#233;. Nous n'osons plus ha&#239;r. Osons-nous seulement aimer ? Dans une soci&#233;t&#233; bas&#233;e sur l'exploitation et la servitude, la nature humaine se d&#233;grade.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais, &#224; mesure que la servitude dispara&#238;tra, nous rentrerons dans nos droits. Nous nous sentirons la force de ha&#239;r et d'aimer, m&#234;me dans des cas aussi compliqu&#233;s que celui que nous venons de citer.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Quant &#224; notre vie de tous les jours, nous donnons d&#233;j&#224; libre cours &#224; nos sentiments de sympathie ou d'antipathie ; nous le faisons d&#233;j&#224; &#224; chaque instant. Tous nous aimons la force morale et tous nous m&#233;prisons la faiblesse morale, la l&#226;chet&#233;. &#192; chaque instant, nos paroles, nos regards, nos sourires expriment notre joie &#224; la vue des actes utiles &#224; la race humaine, de ceux que nous consid&#233;rons comme bons. &#192; chaque instant, nous manifestons par nos regards et nos paroles la r&#233;pugnance que nous inspirent la l&#226;chet&#233;, la tromperie, l'intrigue, le manque de courage moral. Nous trahissons notre d&#233;go&#251;t, alors m&#234;me que sous l'influence d'une &#233;ducation de &#171; savoir-vivre &#187;, c'est-&#224;-dire d'hypocrisie, nous cherchons encore &#224; cacher ce d&#233;go&#251;t sous des dehors menteurs qui dispara&#238;tront &#224; mesure que des relations d'&#233;galit&#233; s'&#233;tabliront entre nous.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Eh bien, cela seul suffit d&#233;j&#224; pour maintenir &#224; un certain niveau la conception du bien et du mal et se l'impr&#233;gner mutuellement ; cela suffira d'autant mieux lorsqu'il n'y aura plus ni juge ni pr&#234;tre dans la soci&#233;t&#233;, &#8212; d'autant mieux que les principes moraux perdront tout caract&#232;re d'obligation, et seront consid&#233;r&#233;s comme de simples rapports naturels entre des &#233;gaux.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Et cependant, &#224; mesure que ces rapports s'&#233;tablissent, une conception morale encore plus &#233;lev&#233;e surgit dans la soci&#233;t&#233; et c'est cette conception que nous allons analyser.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
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		<title>VI. La Morale anarchiste - Pierre Kropotkine</title>
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		<dc:date>2024-12-05T23:30:00Z</dc:date>
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		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Pierre Kropotkine</dc:creator>


		<dc:subject>Pierre Kropotkine</dc:subject>
		<dc:subject>Volont&#233; Anarchiste</dc:subject>
		<dc:subject>Biblioth&#232;que Anarchiste</dc:subject>

		<description>
&lt;p&gt;Ainsi nous voyons qu'en observant les soci&#233;t&#233;s animales, &#8212; non pas en bourgeois int&#233;ress&#233;, mais en simple observateur intelligent &#8212; on arrive &#224; constater que ce principe : &#171; Traite les autres comme tu aimerais &#224; &#234;tre trait&#233; par eux dans des circonstances analogues &#187; se retrouve partout o&#249; il y a soci&#233;t&#233;. &lt;br class='autobr' /&gt;
Et quand on &#233;tudie de plus pr&#232;s le d&#233;veloppement ou l'&#233;volution du monde animal, on d&#233;couvre (avec le zoologiste Kessler et l'&#233;conomiste Tchernychevsky) que ce principe, traduit par un (&#8230;)&lt;/p&gt;


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		</description>


 <content:encoded>&lt;img src='https://www.partage-noir.fr/local/cache-vignettes/L150xH75/morale-anar_6-09f03.jpg?1774703906' class='spip_logo spip_logo_right' width='150' height='75' alt=&#034;&#034; /&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;Ainsi nous voyons qu'en observant les soci&#233;t&#233;s animales, &#8212; non pas en bourgeois int&#233;ress&#233;, mais en simple observateur intelligent &#8212; on arrive &#224; constater que ce principe : &#171; Traite les autres comme tu aimerais &#224; &#234;tre trait&#233; par eux dans des circonstances analogues &#187; se retrouve partout o&#249; il y a soci&#233;t&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Et quand on &#233;tudie de plus pr&#232;s le d&#233;veloppement ou l'&#233;volution du monde animal, on d&#233;couvre (avec le zoologiste Kessler et l'&#233;conomiste Tchernychevsky) que ce principe, traduit par un seul mot, Solidarit&#233;, a eu, dans le d&#233;veloppement du r&#232;gne animal, une part infiniment plus grande que toutes les adaptations pouvant r&#233;sulter d'une lutte entre individus pour l'acquisition d'avantages personnels.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il est &#233;vident que la pratique de la solidarit&#233; se rencontre encore plus dans les soci&#233;t&#233;s humaines. D&#233;j&#224; les soci&#233;t&#233;s de singes, les plus &#233;lev&#233;es dans l'&#233;chelle animale, nous offrent une pratique de la solidarit&#233; des plus frappantes. L'homme fait encore un pas dans cette voie, et cela seul lui permet de pr&#233;server sa race ch&#233;tive au milieu des obstacles que lui oppose la nature et de d&#233;velopper son intelligence.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Quand on &#233;tudie les soci&#233;t&#233;s de primitifs, rest&#233;s jusqu'&#224; pr&#233;sent au niveau de l'&#226;ge de pierre, on voit dans leurs petites communaut&#233;s la solidarit&#233; pratiqu&#233;e au plus haut degr&#233; envers tous les membres de la communaut&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Voil&#224; pourquoi ce sentiment, cette pratique de solidarit&#233;, ne cessent jamais, pas m&#234;me aux &#233;poques les plus mauvaises de l'histoire. Lors m&#234;me que des circonstances temporaires de domination, de servitude, d'exploitation font m&#233;conna&#238;tre ce principe, il reste toujours dans la pens&#233;e du grand nombre, si bien qu'il am&#232;ne une pouss&#233;e contre les mauvaises institutions, une r&#233;volution. Cela se comprend : sans cela, la soci&#233;t&#233; devrait p&#233;rir.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pour l'immense majorit&#233; des animaux et des hommes, ce sentiment reste, et doit rester &#224; l'&#233;tat d'habitude acquise, de principe toujours pr&#233;sent &#224; l'esprit, alors m&#234;me qu'on le m&#233;connaisse souvent dans les actes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est toute l'&#233;volution du r&#232;gne animal qui parle en nous. Et elle est longue, tr&#232;s longue : elle compte des centaines de millions d'ann&#233;es.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Lors m&#234;me que nous voudrions nous en d&#233;barrasser, nous ne le pourrions pas. Il serait plus facile &#224; l'homme de s'habituer &#224; marcher sur ses quatre pattes que de se d&#233;barrasser du sentiment moral. Il est ant&#233;rieur, dans l'&#233;volution animale, &#224; la posture droite de l'homme.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le sens moral est en nous une facult&#233; naturelle, tout comme le sens de l'odorat et le sens du toucher.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Quant &#224; la Loi et &#224; la Religion qui, elles aussi, ont pr&#234;ch&#233; ce principe, nous savons qu'elles l'ont simplement escamot&#233; pour en couvrir leur marchandise &#8212; leurs prescriptions &#224; l'avantage du conqu&#233;rant, de l'exploiteur et du pr&#234;tre. Sans ce principe de solidarit&#233; dont la justesse est g&#233;n&#233;ralement reconnue, comment auraient-elles eu la prise sur les esprits ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Elles s'en couvraient l'une et l'autre, tout comme l'autorit&#233; qui, elle aussi, r&#233;ussit &#224; s'imposer en se posant pour protectrice des faibles contre les forts.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En jetant par-dessus bord la Loi, la Religion et l'Autorit&#233;, l'humanit&#233; reprend possession du principe moral qu'elle s'est laiss&#233; enlever afin de soumettre &#224; la critique et de le purger des adult&#233;rations dont le pr&#234;tre, le juge et le gouvernant l'avaient empoisonn&#233; et l'empoisonnent encore.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais nier le principe moral parce que l'&#201;glise et la Loi l'ont exploit&#233;, serait aussi peu raisonnable que de d&#233;clarer qu'on ne se lavera jamais, qu'on mangera du porc infest&#233; de trichines et qu'on ne voudra pas de la possession communale du sol, parce que le Coran prescrit de se laver chaque jour, parce que l'hygi&#233;niste Mo&#239;se d&#233;fendait aux H&#233;breux de manger le porc, ou parce que le Chariat (le suppl&#233;ment du Coran) veut que toute terre rest&#233;e inculte pendant trois ans retourne &#224; la communaut&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;D'ailleurs, ce principe de traiter les autres comme on veut &#234;tre trait&#233; soi-m&#234;me, qu'est-il, sinon le principe m&#234;me de l'&#201;galit&#233;, le principe fondamental de l'Anarchie ? Et comment peut-on seulement arriver &#224; se croire anarchiste sans le mettre en pratique ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Nous ne voulons pas &#234;tre gouvern&#233;s. Mais, par cela m&#234;me, ne d&#233;clarons-nous pas que nous ne voulons gouverner personne ? Nous ne voulons pas &#234;tre tromp&#233;s, nous voulons qu'on nous dise toujours rien que la v&#233;rit&#233;. Mais, par cela m&#234;me, ne d&#233;clarons-nous pas que nous m&#234;me ne voulons tromper personne, que nous nous engageons &#224; dire toujours la v&#233;rit&#233;, rien que la v&#233;rit&#233;, toute la v&#233;rit&#233; ? Nous ne voulons pas qu'on nous vole les fruits de notre labeur ; mais, par cela m&#234;me, ne d&#233;clarons-nous pas respecter les fruits du labeur d'autrui ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;De quel droit, en effet, demanderions-nous qu'on nous trait&#226;t d'une certaine fa&#231;on, eu nous r&#233;servant de traiter les autres d'une fa&#231;on tout &#224; fait diff&#233;rente ? Serions-nous, par hasard, cet &#171; os blanc &#187; des Kirghizes qui peut traiter les autres comme bon lui semble ? Notre simple sentiment d'&#233;galit&#233; se r&#233;volte &#224; cette id&#233;e.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'&#233;galit&#233; dans les rapports mutuels et la solidarit&#233; qui en r&#233;sulte n&#233;cessairement, &#8212; voil&#224; l'arme, la plus puissante du monde animal dans la lutte pour l'existence. Et l'&#233;galit&#233; c'est l'&#233;quit&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En nous d&#233;clarant anarchistes, nous proclamons d'avance que nous renon&#231;ons &#224; traiter les autres comme nous ne voudrions pas &#234;tre trait&#233;s par eux ; que nous ne tol&#233;rerons plus l'in&#233;galit&#233; qui permettrait &#224; quelques-uns d'entre nous d'exercer leur force, ou leur ruse, ou leur habilet&#233;, d'une fa&#231;on qui nous d&#233;plairait &#224; nous-m&#234;mes. Mais l'&#233;galit&#233; en tout &#8212; synonyme d'&#233;quit&#233; &#8212; c'est l'anarchie m&#234;me. Au diable l'os blanc qui s'arroge le droit de tromper la simplicit&#233; des autres ! Nous n'en voulons pas, et nous le supprimerons au besoin. Ce n'est pas seulement &#224; cette trinit&#233; abstraite de Loi, de Religion et d'Autorit&#233; que nous d&#233;clarons la guerre. En devenant anarchistes, nous d&#233;clarons la guerre &#224; tout ce flot de tromperie, de ruse, d'exploitation, de d&#233;pravation, de vice &#8212; d'in&#233;galit&#233; en un mot &#8212; qu'elles ont d&#233;vers&#233; dans les c&#339;urs de nous tous. Noua d&#233;clarons guerre &#224; leur mani&#232;re d'agir, &#224; leur mani&#232;re de penser. Le gouvern&#233;, le tromp&#233;, l'exploit&#233;, la prostitu&#233;e et ainsi de suite, blessant avant tout nos sentiments d'&#233;galit&#233;. C'est au nom de l'&#201;galit&#233; que nous ne voulons plus ni prostitu&#233;es, ni exploit&#233;s, ni tromp&#233;s, ni gouvern&#233;s.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On nous dira, peut-&#234;tre, on l'a dit quelquefois : &#171; Mais si vous pensez qu'il faille toujours traiter les autres comme vous voudriez &#234;tre trait&#233; vous-m&#234;me, de quel droit userez-vous de la force dans n'importe quelle circonstance ? De quel droit braquer des canons contre des barbares, ou des civilis&#233;s, qui envahissent votre pays ? De quel droit d&#233;poss&#233;der l'exploiteur ? De quel droit tuer non seulement un tyran, mais une simple vip&#232;re ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;De quel droit ? Qu'entendez-vous par ce mot baroque, emprunt&#233; &#224; la Loi ? Voulez-vous savoir si j'aurai conscience de bien agit en faisant cela ? Si ceux que j'estime trouveront que j'ai bien fait ? Est-ce cela que vous demandez ? En ce cas, notre r&#233;ponse est simple.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Certainement oui ! Parce que nous demandons qu'on nous tue, nous, comme des b&#234;tes venimeuses, si nous allons taire une invasion au Tonkin ou chez des Zoulous qui ne nous ont jamais fait aucun mal. Nous disons &#224; nos fils, &#224; nos amis : &#171; Tue-moi si je me mets jamais du parti de l'invasion ! &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Certainement oui ! Parce que nous demandons qu'on nous d&#233;poss&#232;de, nous, si un jour, mentant &#224; nos principes, nous nous emparons d'un h&#233;ritage &#8212; serait-il tomb&#233; du ciel &#8212; pour l'employer &#224; l'exploitation des autres.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Certainement oui. Parce que tout homme de c&#339;ur demande &#224; l'avance qu'on le tue si jamais il devient vip&#232;re, qu'on lui plonge le poignard dans le c&#339;ur si jamais il prend la place d'un tyran d&#233;tr&#244;n&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Sur cent hommes ayant femme et enfants il y en aura quatre-vingt-dix qui, sentant l'approche de la folie (la perte du contr&#244;le c&#233;r&#233;bral sur leurs actions), chercheront &#224; se suicider de peur de faire du mal &#224; ceux qu'ils aiment. Chaque fois qu'un homme de c&#339;ur se sent devenir dangereux &#224; ceux qu'il aime, il veut mourir avant de l'&#234;tre devenu.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Un jour, &#224; Irkoutsk, un docteur polonais et un photographe sont mordus par un petit chien enrag&#233;. Le photographe se br&#251;le la plaie au fer rouge ; le m&#233;decin se borne &#224; la caut&#233;riser. Il est jeune, beau, d&#233;bordant de vie. Il venait de sortir du bagne auquel la gouvernement l'avait condamn&#233; pour son d&#233;vouement &#224; la cause du peuple. Fort de son savoir et surtout de son intelligence, il faisait des cures merveilleuses ; les malades l'adoraient.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Six semaines plus tard, il s'aper&#231;oit que le bras mordu commente &#224; enfler. Docteur lui-m&#234;me, il ne pouvait s'y m&#233;prendre : c'&#233;tait la rage qui venait. Il court chez un ami, docteur et exil&#233; comme lui. &#8212; &#171; Vite ! je t'en prie, de la strychnine. Tu vois ce bras, tu sais ce que c'est ? Dans une heure, ou moins, je serai pris de rage, je chercherai &#224; te mordre, toi et les amis, ne perds pas de temps ! de la strychnine : il faut mourir. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il se sentait devenir vip&#232;re : il demandait qu'on le tu&#226;t.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'ami h&#233;sita ; il voulut essayer un traitement antirabique. &#192; deux, avec une femme courageuse, ils se mirent &#224; le soigner&#8230;, et deux heures apr&#232;s, le docteur, &#233;cumant, se jetait sur eux, cherchant &#224; les mordre ; puis il revenait &#224; soi, r&#233;clamait la strychnine &#8212; et rageait de nouveau. Il mourut en d'affreuses convulsions.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Que de faits semblables ne pourrions-nous pas citer, bas&#233;s sur notre exp&#233;rience ! L'homme de c&#339;ur pr&#233;f&#232;re mourir que de devenir la cause de maux pour les autres. Et c'est pourquoi il aura conscience de bien faire, et l'approbation de ceux qu'il estime le suivra s'il tue la vip&#232;re ou le tyran.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;P&#233;rovskaya et ses amis ont tu&#233; le tsar russe. Et l'humanit&#233; enti&#232;re, malgr&#233; sa r&#233;pugnance du sang vers&#233;, malgr&#233; ses sympathies pour un qui avait laiss&#233; lib&#233;rer les serfs, leur a reconnu ce droit. &#8212; Pourquoi ? Non pas qu'elle ait reconnu l'acte utile : les trois quarts en doutent encore ; mais parce qu'elle a senti que pour tout l'or du monde, P&#233;rovskaya et ses amis n'auraient pas consenti &#224; devenir tyrans &#224; leur tour. Ceux m&#234;mes qui ignorent le drame un entier, sont assur&#233;s n&#233;anmoins que ce n'&#233;tait pas l&#224; une bravade de jeunes gens, un crime de palais, ni la recherche du pouvoir : c'&#233;tait la haine de la tyrannie jusqu'au m&#233;pris de soi-m&#234;me, jusqu'&#224; la mort.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Ceux l&#224; &#8212; s'est-on dit &#8212; avaient conquis le droit de tuer &#187;, comme on s'est dit de Louise Michel : &#171; Elle avait le droit de piller &#187;, ou encore : &#171; Eux, ils avaient le droit de voler &#187;, en parlant de ces terroristes qui vivaient de patin sec et qui volaient un million ou deux au tr&#233;sor de Kichineff en prenant, au risque de p&#233;rir eux-m&#234;mes, toutes les pr&#233;cautions possibles pour d&#233;gager la responsabilit&#233; de la sentinelle qui gardait la caisse, ba&#239;onniette au canon.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce droit d'user de la force, l'humanit&#233; ne le refuse jamais &#224; ceux qui l'ont conquis, &#8212; que ce droit soit us&#233; sur les barricades ou dans l'ombre d'un carrefour. Mais, pour que tel acte produise une impression profonde sur les esprits, il faut conqu&#233;rir ce droit. Sans cela, l'acte &#8212; utile ou non &#8212; resterait un simple fait brutal sans importance pour le progr&#232;s des id&#233;es. On n'y verrait qu'un d&#233;placement de force, une simple substitution d'exploiteur &#224; un autre exploiteur.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
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		<title>V. La Morale anarchiste - Pierre Kropotkine</title>
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		<dc:creator>Pierre Kropotkine</dc:creator>


		<dc:subject>Pierre Kropotkine</dc:subject>
		<dc:subject>Volont&#233; Anarchiste</dc:subject>
		<dc:subject>Biblioth&#232;que Anarchiste</dc:subject>

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&lt;p&gt;L'id&#233;e du bien et du mal existe dans l'humanit&#233;. L'homme, quelque degr&#233; de d&#233;veloppement intellectuel qu'il ait atteint, quelque obscurcies que soient ses id&#233;es par les pr&#233;jug&#233;s et l'int&#233;r&#234;t personnel, consid&#232;re g&#233;n&#233;ralement comme bon ce qui est utile &#224; la soci&#233;t&#233; dans laquelle il vit, et comme mauvais ce qui lui est nuisible. &lt;br class='autobr' /&gt;
Mais d'o&#249; vient cette conception, tr&#232;s souvent si vague qu'&#224; peine pourrait-on la distinguer d'un sentiment ? Voil&#224; des millions et des millions d'&#234;tres humains qui (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://www.partage-noir.fr/+-bibliotheque-anarchiste-+" rel="tag"&gt;Biblioth&#232;que Anarchiste&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;img src='https://www.partage-noir.fr/local/cache-vignettes/L150xH75/morale-anar_5-26ff8.jpg?1774703907' class='spip_logo spip_logo_right' width='150' height='75' alt=&#034;&#034; /&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;L'id&#233;e du bien et du mal existe dans l'humanit&#233;. L'homme, quelque degr&#233; de d&#233;veloppement intellectuel qu'il ait atteint, quelque obscurcies que soient ses id&#233;es par les pr&#233;jug&#233;s et l'int&#233;r&#234;t personnel, consid&#232;re g&#233;n&#233;ralement comme bon ce qui est utile &#224; la soci&#233;t&#233; dans laquelle il vit, et comme mauvais ce qui lui est nuisible.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais d'o&#249; vient cette conception, tr&#232;s souvent si vague qu'&#224; peine pourrait-on la distinguer d'un sentiment ? Voil&#224; des millions et des millions d'&#234;tres humains qui jamais n'ont r&#233;fl&#233;chi &#224; l'esp&#232;ce humaine. Ils n'en connaissent, pour la plupart, que le clan o&#249; la famille, rarement la nation &#8212; et encore plus rarement l'humanit&#233; &#8212; comment se peut-il qu'ils puissent consid&#233;rer comme bon ce qui est utile &#224; l'esp&#232;ce humaine, ou m&#234;me arriver &#224; un sentiment de solidarit&#233; avec leur clan, malgr&#233; leurs instincts &#233;troitement &#233;go&#239;stes ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce fait a beaucoup occup&#233; les penseurs de tout temps. Il continue de les occuper, et il ne se passe pas d'ann&#233;e que des livres ne soient &#233;crits sur ce sujet. &#192; notre tour, nous allons donner notre vue des choses ; mais relevons en passant que si l'explication du fait peut varier, le fait lui-m&#234;me n'en reste pas moins incontestable ; et lors m&#234;me que notre explication ne serait pas encore la vraie, ou qu'elle ne serait pas compl&#232;te, le fait, avec ses cons&#233;quences pour l'homme, resterait toujours. Nous pouvons ne pas nous expliquer enti&#232;rement l'origine des plan&#232;tes qui roulent autour du soleil, &#8212; les plan&#232;tes roulent n&#233;anmoins, et l'une nous emporte avec elle dans l'espace.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Nous avons d&#233;j&#224; parl&#233; de l'explication religieuse. Si l'homme distingue entre le bien et le mal, disent les hommes religieux, c'est que Dieu lui a inspir&#233; cette id&#233;e. Utile ou nuisible, il n'a pas &#224; discuter : il n'a qu'&#224; ob&#233;ir &#224; l'id&#233;e de son cr&#233;ateur. Ne nous arr&#234;tons pas &#224; cette explication &#8212; fruit des terreurs et de l'ignorance du sauvage. Passons.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;D'autres (comme Hobbes) ont cherch&#233; &#224; l'expliquer par la loi. Ce serait la loi qui aurait d&#233;velopp&#233; chez l'homme le sentiment du juste et de l'injuste, du bien et du mal. Nos lecteurs appr&#233;cieront eux-m&#234;mes cette explication. Ils savent que la loi a simplement utilis&#233; les sentiments sociaux de l'homme pour lui glisser, avec des pr&#233;ceptes de morale qu'il acceptait, des ordres utiles &#224; la minorit&#233; des exploiteurs, contre lesquels il se rebiffait. Elle a perverti le sentiment de justice au lieu de le d&#233;velopper. Donc, passons encore.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ne nous arr&#234;tons pas non plus &#224; l'explication des utilitaires. Ils veulent que l'homme agisse moralement par int&#233;r&#234;t personnel, et ils oublient ses sentiments de solidarit&#233; avec la race enti&#232;re, qui existent, quelle que soit leur origine. Il y a d&#233;j&#224; un peu de vrai dans leur explication. Mais ce n'est pas encore la v&#233;rit&#233; enti&#232;re. Aussi, allons plus loin.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est encore, et toujours, aux penseurs du dix-huiti&#232;me si&#232;cle qu'il appartient d'avoir devin&#233;, en partie du moins, l'origine du sentiment moral.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans un livre superbe, autour duquel la pr&#234;taille a fait le silence et qui est en effet peu connu de la plupart des penseurs, m&#234;me antireligieux, Adam Smith a mis le doigt sur la vraie origine du sentiment moral. Il ne va pas le chercher dans des sentiments religieux ou mystiques, &#8212; il le trouve dans le simple sentiment de sympathie.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Vous voyez qu'un homme bat un enfant. Vous savez que l'enfant battu souffre. Votre imagination vous fait ressentir vous-m&#234;me le mal qu'on lui inflige ; ou bien, ses pleurs, sa petite face souffrante vous le disent. Et si vous n'&#234;tes pas un l&#226;che, vous vous jetez sur l'homme qui bat l'enfant, vous arrachez celui-ci &#224; la brute.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cet exemple, &#224; lui seul, explique presque tous les sentiments moraux. Plus votre imagination est puissante, mieux vous pourrez vous imaginer ce que sent un &#234;tre que l'on fait souffrir ; et plus intense, plus d&#233;licat sera votre sentiment moral. Plus vous &#234;tes entra&#238;n&#233; &#224; vous substituer &#224; cet autre individu, et plus vous ressentirez le mal qu'on lui fait, l'injure qui lui a &#233;t&#233; adress&#233;e, l'injustice dont il a &#233;t&#233; victime &#8212; et plus vous serez pouss&#233; &#224; agir pour emp&#234;cher le mal, l'injure ou l'injustice. Et plus vous serez habitu&#233;, par les circonstances, par ceux qui vous entourent, ou par l'intensit&#233; de votre propre pens&#233;e et de votre propre imagination &#224; agir dans le sens o&#249; votre pens&#233;e et votre imagination vous poussent &#8212; plus ce sentiment moral grandira en vous, plus il deviendra habitude.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est l&#224; ce qu'Adam Smith d&#233;veloppe avec un luxe d'exemples. Il &#233;tait jeune lorsqu'il &#233;crivit ce livre infiniment sup&#233;rieur &#224; son &#339;uvre s&#233;nile, &#171; L'&#201;conomie Politique &#187;. Libre de tout pr&#233;jug&#233; religieux, il chercha l'explication morale dans un fait physique de la nature humaine, et c'est pourquoi pendant un si&#232;cle la pr&#234;taille en soutane ou sans soutane a fait silence autour de ce livre.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La seule faute d'Adam Smith est de n'avoir pas compris que ce m&#234;me sentiment de sympathie, pass&#233; &#224; l'&#233;tat d'habitude, existe chez les animaux tout aussi bien que chez l'homme.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;N'en d&#233;plaise aux vulgarisateurs de Darwin, ignorant chez lui tout ce qu'il n'avait pas emprunt&#233; &#224; Malthus, le sentiment de solidarit&#233; est le trait pr&#233;dominant de la vie de tous les animaux qui vivent en soci&#233;t&#233;s. L'aigle d&#233;vore le moineau, le loup d&#233;vore les marmottes, mais les aigles et les loups s'aident entre eux pour chasser, et les moineaux et les marmottes se solidarisent si bien contre les animaux de proie que les maladroits seuls se laissent pincer. En toute soci&#233;t&#233; animale, la solidarit&#233; est une loi (un fait g&#233;n&#233;ral) de la nature, infiniment plus importante que cette lutte pour l'existence dont les bourgeois nous chantent la vertu sur tous les refrains, afin de mieux nous abrutir.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Quand nous &#233;tudions le monde animal et que nous cherchons &#224; nous rendre compte de la lutte pour l'existence soutenue par chaque &#234;tre vivant contre les circonstances adverses et contre ses ennemis, nous constatons que plus le principe de solidarit&#233; &#233;galitaire est d&#233;velopp&#233; dans une soci&#233;t&#233; animale et pass&#233; &#224; l'&#233;tat d'habitude, &#8212; plus elle a de chances de survivre et de sortir triomphante de la lutte contre les intemp&#233;ries et contre ses ennemis. Mieux chaque membre de la soci&#233;t&#233; sent sa solidarit&#233; avec chaque autre membre de la soci&#233;t&#233; &#8212; mieux se d&#233;veloppent, en eux tous, ces deux qualit&#233;s qui sont les facteurs principaux de la victoire et de tout progr&#232;s &#8212; le courage d'une part, et d'autre part la libre initiative de l'individu. Et plus, au contraire, telle soci&#233;t&#233; animale ou tel petit groupe d'animaux perd ce sentiment de solidarit&#233; (ce qui arrive &#224; la suite d'une mis&#232;re exceptionnelle, ou bien &#224; la suite d'une abondance exceptionnelle de nourriture), plus les deux autres facteurs du progr&#232;s &#8212; le courage et l'initiative individuelle &#8212; diminuent ; ils finissent par dispara&#238;tre, et la soci&#233;t&#233;, tomb&#233;e en d&#233;cadence, succombe devant ses ennemis. Sans confiance mutuelle, point de lutte possible ; point de courage, point d'initiative, point de solidarit&#233; &#8212; et point de victoire ! C'est la d&#233;faite assur&#233;e.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Nous reviendrons un jour sur ce sujet et nous pourrons d&#233;montrer avec luxe de preuves comment, dans le monde animal et humain, la loi de l'appui mutuel est la loi du progr&#232;s, et comment l'appui mutuel, ainsi que le courage et l'initiative individuelle qui en d&#233;coulent, assurent la victoire &#224; l'esp&#232;ce qui sait mieux les pratiquer. Pour le moment, il nous suffira de constater ce fait. Le lecteur comprendra lui-m&#234;me toute son importance pour la question qui nous occupe.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Que l'on s'imagine maintenant ce sentiment de solidarit&#233; agissant &#224; travers les millions d'&#226;ges qui se sont succ&#233;d&#233; depuis que les premi&#232;res &#233;bauches d'animaux ont apparu sur le globe. Que l'on s'imagine comment ce sentiment peu &#224; peu devenait habitude et se transmettait par l'h&#233;r&#233;dit&#233;, depuis l'organisme microscopique le plus simple jusqu'&#224; ses descendants, &#8212; les insectes, les reptiles, les mammif&#232;res et l'homme, &#8212; et l'on comprendra l'origine du sentiment moral qui est une n&#233;cessit&#233; pour l'animal, tout comme la nourriture ou l'organe destin&#233; &#224; la dig&#233;rer.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Voil&#224;, sans remonter encore plus haut (car ici il nous faudrait parler des animaux compliqu&#233;s, issus de colonies de petits &#234;tres extr&#234;mement simples), l'origine du sentiment moral. Nous avons d&#251; &#234;tre extr&#234;mement court pour faire rentrer cette grande question dans l'espace de quelques petites pages, mais cela suffit d&#233;j&#224; pour voir qu'il n'y a l&#224; rien de mystique ni de sentimental. Sans cette solidarit&#233; de l'individu avec l'esp&#232;ce, le r&#232;gne animal ne se serait jamais d&#233;velopp&#233; ni perfectionn&#233;. L'&#234;tre le plus avanc&#233; sur la terre serait encore un de ces petits grumeaux qui nagent dans les eaux et qui s'aper&#231;oivent &#224; peine au microscope. Existerait-il m&#234;me, car les premi&#232;res agr&#233;gations de cellules ne sont-elles pas d&#233;j&#224; un fait d'association dans la lutte ?&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
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		<title>IV. La Morale anarchiste - Pierre Kropotkine</title>
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		<dc:date>2024-12-03T23:30:00Z</dc:date>
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&lt;p&gt;Pour distinguer entre ce qui est bien et ce qui est mal, les th&#233;ologiens mosa&#239;ques, bouddhistes, chr&#233;tiens et musulmans avaient recours &#224; l'inspiration divine. Ils voyaient que l'homme, qu'il soit sauvage ou civilis&#233;, illettr&#233; ou savant, pervers ou bon et honn&#234;te, sait toujours s'il agit bien ou s'il agit mal, et le sait surtout quand il agit mal ; mais, ne trouvant pas d'explication &#224; ce fait g&#233;n&#233;ral, ils y ont vu une inspiration divine. Les philosophes m&#233;taphysiciens nous ont parl&#233; &#224; leur (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://www.partage-noir.fr/+-volonte-anarchiste-302-+" rel="tag"&gt;Volont&#233; Anarchiste&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.partage-noir.fr/+-bibliotheque-anarchiste-+" rel="tag"&gt;Biblioth&#232;que Anarchiste&lt;/a&gt;

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 <content:encoded>&lt;img src='https://www.partage-noir.fr/local/cache-vignettes/L150xH75/morale-anar_2_-_4-a80be.jpg?1774703907' class='spip_logo spip_logo_right' width='150' height='75' alt=&#034;&#034; /&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;Pour distinguer entre ce qui est bien et ce qui est mal, les th&#233;ologiens mosa&#239;ques, bouddhistes, chr&#233;tiens et musulmans avaient recours &#224; l'inspiration divine. Ils voyaient que l'homme, qu'il soit sauvage ou civilis&#233;, illettr&#233; ou savant, pervers ou bon et honn&#234;te, sait toujours s'il agit bien ou s'il agit mal, et le sait surtout quand il agit mal ; mais, ne trouvant pas d'explication &#224; ce fait g&#233;n&#233;ral, ils y ont vu une inspiration divine. Les philosophes m&#233;taphysiciens nous ont parl&#233; &#224; leur tour de conscience, d'imp&#233;ratif mystique, ce qui d'ailleurs n'&#233;tait qu'un changement de mots.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais, ni les uns ni les autres n'ont su constater ce fait si simple et si frappant que les animaux vivant en soci&#233;t&#233; savent aussi distinguer entre le bien et le mal, tout &#224; fait comme l'homme. Et, ce qui est plus que leurs conceptions sur le bien et le mal sont absolument du m&#234;me genre que celles de l'homme. Chez les repr&#233;sentants les mieux d&#233;velopp&#233;s de chaque classe s&#233;par&#233;e &#8212; poissons, insectes, oiseaux, mammif&#232;res &#8212; elles sont m&#234;me identiques.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les penseurs du dix-huiti&#232;me si&#232;cle l'avaient bien remarqu&#233;, mais on l'a oubli&#233; depuis, et c'est &#224; nous qu'il revient maintenant de faire ressortir toute l'importance de ce fait.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Forel, cet observateur inimitable des fourmis, a d&#233;montr&#233; par une masse d'observations et de faits, que lorsqu'une fourmi, qui a bien rempli de miel son jabot, rencontre d'autres fourmis au ventre vide, celles-ci lui demandent imm&#233;diatement &#224; manger. Et parmi ces petits insectes, c'est un devoir pour la fourmi rassasi&#233;e de d&#233;gorger le miel, afin que les amis qui ont faim puissent s'en rassasier &#224; leur tour. Demandez aux fourmis s'il serait bien de refuser la nourriture aux autres fourmis de la m&#234;me fourmili&#232;re quand on a eu sa part ? Elles vous r&#233;pondront par des actes qu'il est impossible de ne pas comprendre, que ce serait tr&#232;s mal. Une fourmi aussi &#233;go&#239;ste serait trait&#233;e plus durement que des ennemis d'une autre esp&#232;ce. Si cela arrivait pendant un combat entre deux esp&#232;ces diff&#233;rentes, on abandonnerait la lutte pour s'acharner contre cette &#233;go&#239;ste. Ce fait est d&#233;montr&#233; par des exp&#233;riences qui ne laissent aucun doute.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ou bien, demandez aux moineaux qui habitent votre jardin s'il est bien de ne pas avertir toute la petite soci&#233;t&#233; que vous avez jet&#233; quelques miettes de pain dans le jardin, afin que tous puissent participer au repas. Demandez-leur si tel friquet a bien agi en volant au nid de son voisin les brins de paille que celui-ci avait ramass&#233;s et que le pillard ne veut pas se donner la peine de ramasser lui-m&#234;me. Et les moineaux vous r&#233;pondront que c'est tr&#232;s mal, en se jetant tous sur le voleur et en le poursuivant &#224; coups de bec.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Demandez encore aux marmottes si c'est bien de refuser l'acc&#232;s de son magasin souterrain aux autres marmottes de la m&#234;me colonie, et elles vous r&#233;pondront que c'est tr&#232;s mal, en faisant toute sorte de chicanes &#224; l'avare.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Demandez enfin &#224; l'homme primitif, au Tchoukche, par exemple, si c'est bien de prendre &#224; manger dans la tente d'un des membres de la tribu en son absence. Et il vous r&#233;pondra que si l'homme pouvait lui-m&#234;me se procurer sa nourriture, c'e&#251;t &#233;t&#233; tr&#232;s mal. Mais s'il &#233;tait fatigu&#233; ou dans le besoin, il devait prendre la nourriture l&#224; o&#249; il la trouvait ; mais que, dans ce cas, il e&#251;t bien fait de laisser son bonnet ou son couteau, ou bien m&#234;me un bout de ficelle avec un n&#339;ud, afin que le chasseur absent puisse savoir en rentrant qu'il a eu la visite d'un ami et non d'un maraudeur. Cette pr&#233;caution lui e&#251;t &#233;vit&#233; les soucis que lui donnerait la pr&#233;sence possible d'un maraudeur aux environs de sa tente.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Des milliers de faits semblables pourraient &#234;tre cit&#233;s ; des livres entiers pourraient &#234;tre &#233;crits pour montrer combien les conceptions du bien et du mal sont identiques chez l'homme et chez les animaux.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La fourmi, l'oiseau, la marmotte et le Tchouktche sauvage n'ont lu ni Kant ni les saints P&#232;res, ni m&#234;me Mo&#239;se. Et cependant, tous ont la m&#234;me id&#233;e du bien et du mal. Et si vous r&#233;fl&#233;chissez un moment sur ce qu'il y a au fond de cette id&#233;e, vous verrez sur-le-champ que ce qui est r&#233;put&#233; bon chez les fourmis, les marmottes et les moralistes chr&#233;tiens ou ath&#233;es, c'est ce qui est utile pour la pr&#233;servation de la race &#8212; et ce qui est r&#233;put&#233; mauvais, c'est ce qui lui est nuisible. Non pas pour l'individu, comme disaient Bentham et Mill, mais bel et bien pour la race enti&#232;re.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'id&#233;e du bien et du mal n'a ainsi rien &#224; voir avec la religion ou la conscience myst&#233;rieuse : c'est un besoin naturel des races animales. Et quand les fondateurs des religions, les philosophes et les moralistes nous parlent d'entit&#233;s divines ou m&#233;taphysiques, ils ne font que ressasser ce que chaque fourmi, chaque moineau pratiquent dans leurs petites soci&#233;t&#233;s :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Est-ce utile &#224; la soci&#233;t&#233; ? Alors c'est bon. &#8212; Est-ce nuisible ? Alors c'est mauvais.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cette id&#233;e peut &#234;tre tr&#232;s r&#233;tr&#233;cie chez les animaux inf&#233;rieurs, ou bien elle s'&#233;largit chez les animaux les plus avanc&#233;s, mais son essence reste toujours la m&#234;me.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Chez les fourmis, elle ne sort pas de la fourmili&#232;re. Toutes les coutumes sociables, toutes les r&#232;gles de biens&#233;ance ne sont applicables qu'aux individus de la m&#234;me fourmili&#232;re. Il faut d&#233;gorger la nourriture aux membres de la fourmili&#232;re &#8212; jamais aux autres. Une fourmili&#232;re ne fera pas une seule famille avec une autre fourmili&#232;re, &#224; moins de circonstances exceptionnelles, telle que la d&#233;tresse commune &#224; toutes les deux. De m&#234;me les moineaux du Luxembourg, tout en se supportant mutuellement d'une mani&#232;re frappante, feront une guerre acharn&#233;e &#224; un moineau du square Monge qui oserait s'aventurer au Luxembourg. Et le Tchouktche consid&#233;rera un Tchouktche d'une autre tribu comme un personnage auquel les usages de la tribu ne s'appliquent pas. Il est m&#234;me permis de lui vendre (vendre, c'est toujours plus ou moins voler l'acheteur : sur les deux, il y en a toujours un de dupe), tandis que ce serait un crime de vendre aux membres de sa tribu : &#224; ceux-ci on donne sans jamais compter. Et l'homme civilis&#233;, comprenant enfin les rapports intimes, quoique imperceptibles au premier coup d'&#339;il, entre lui et le dernier des Papouas, &#233;tendra ses principes de solidarit&#233; sur toute l'esp&#232;ce humaine et m&#234;me sur les animaux. L'id&#233;e s'&#233;largit, mais le fond reste toujours le m&#234;me.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;D'autre part, la conception du bien et du mal varie selon le degr&#233; d'intelligence ou de connaissance acquises. Elle n'a rien d'immuable.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'homme primitif pouvait trouver tr&#232;s bon, c'est-&#224;-dire tr&#232;s utile &#224; la race, de manger ses vieux parents quand ils devenaient une charge (tr&#232;s lourde au fond) pour la communaut&#233;. Il pouvait aussi trouver bon &#8212; c'est-&#224;-dire toujours utile pour la communaut&#233; &#8212; de tuer ses enfants nouveau-n&#233;s et de n'en garder que deux ou trois par famille afin que la m&#232;re p&#251;t les allaiter jusqu'&#224; l'&#226;ge de trois ans et leur prodiguer sa tendresse.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Aujourd'hui, les id&#233;es ont chang&#233; ; mais les moyens de subsistance ne sont plus ce qu'ils &#233;taient dans l'&#226;ge de pierre. L'homme civilis&#233; n'est pas dans la position de la famille sauvage qui avait &#224; choisir entre deux maux : ou bien manger les vieux parents, ou bien se nourrir tous insuffisamment et bient&#244;t se trouver r&#233;duits &#224; ne plus pouvoir nourrir ni les vieux parents ni la jeune famille. Il faut bien se transporter dans ces &#226;ges que nous pouvons &#224; peine &#233;voquer dans notre esprit, pour comprendre que, dans les circonstances d'alors, l'homme demi-sauvage pouvait raisonner assez juste.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les raisonnements peuvent changer. L'appr&#233;ciation de ce qui est utile ou nuisible &#224; la race change, mais le fond reste immuable. Et si l'on voulait mettre toute cette philosophie du r&#232;gne animal en une seule phrase, on verrait que fourmis, oiseaux, marmottes et hommes sont d'accord sur un point.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les chr&#233;tiens disaient : &#171; Ne fais pas aux autres ce que tu ne veux pas qu'on te fasse &#224; toi &#187;. Et ils ajoutaient : &#171; Sinon, tu seras exp&#233;di&#233; dans l'enfer ! &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La moralit&#233; qui se d&#233;gage de l'observation de tout l'ensemble du r&#232;gne animal, sup&#233;rieure de beaucoup &#224; la pr&#233;c&#233;dente, peut se r&#233;sumer ainsi : &#171; Fais aux autres ce que tu voudrais qu'ils te fassent dans les m&#234;mes circonstances. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Et elle ajoute :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Remarque bien que ce n'est qu'un conseil ; mais ce conseil est le fruit d'une longue exp&#233;rience de la vie des animaux en soci&#233;t&#233;s et chez l'immense masse des animaux vivant en soci&#233;t&#233;s, l'homme y compris, agir selon ce principe a pass&#233; &#224; l'&#233;tat d'habitude. Sans cela, d'ailleurs, aucune soci&#233;t&#233; ne pourrait exister, aucune race ne pourrait vaincre les obstacles naturels contre lesquels elle a &#224; lutter. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce principe si simple est-il bien ce qui se d&#233;gage de l'observation des animaux sociables et des soci&#233;t&#233;s humaines ? Est-il applicable ? Et comment ce principe passe-t-il &#224; l'&#233;tat d'habitude et se d&#233;veloppe toujours ? C'est ce que nous allons voir maintenant.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
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