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		<title>PARTAGE NOIR</title>
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		<title>Steinlen</title>
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		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Louis Nazzi</dc:creator>


		<dc:subject>Th&#233;ophile Alexandre Steinlen</dc:subject>
		<dc:subject>&lt;i&gt;Les Hommes du jour&lt;/i&gt;</dc:subject>

		<description>
&lt;p&gt;Steinlen, c'est un autre Vall&#232;s un po&#232;te de la rue qui dessinerait. &lt;br class='autobr' /&gt;
Une m&#234;me &#226;me tendre et r&#233;volt&#233;e s'affirme et rayonne dans les proses du grand &#233;crivain et sur les planches de l'artiste courageux. Et l'un et l'autre ont &#233;galement racont&#233;, chant&#233; et magnifi&#233; la Rue. &lt;br class='autobr' /&gt;
Vall&#232;s et Steinlen ! Ce rapprochement s'impose &#224; mon esprit. Avec quelle force je sens leurs affinit&#233;s ! Plus je confronte ces deux lyriques des mis&#233;reux et des r&#233;fractaires, plus je leur d&#233;couvre de vertus et de vaillances (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://www.partage-noir.fr/+-theophile-alexandre-steinlen-272-+" rel="tag"&gt;Th&#233;ophile Alexandre Steinlen&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.partage-noir.fr/+-les-hommes-du-jour-+" rel="tag"&gt;&lt;i&gt;Les Hommes du jour&lt;/i&gt;&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;img src='https://www.partage-noir.fr/local/cache-vignettes/L150xH84/steinlengat_copie-ab81f.jpg?1774715028' class='spip_logo spip_logo_right' width='150' height='84' alt=&#034;&#034; /&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;Steinlen, c'est un autre Vall&#232;s un po&#232;te de la rue qui dessinerait.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Une m&#234;me &#226;me tendre et r&#233;volt&#233;e s'affirme et rayonne dans les proses du grand &#233;crivain et sur les planches de l'artiste courageux. Et l'un et l'autre ont &#233;galement racont&#233;, chant&#233; et magnifi&#233; la Rue.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Vall&#232;s et Steinlen ! Ce rapprochement s'impose &#224; mon esprit. Avec quelle force je sens leurs affinit&#233;s ! Plus je confronte ces deux lyriques des mis&#233;reux et des r&#233;fractaires, plus je leur d&#233;couvre de vertus et de vaillances communes ! Vall&#232;s et Steinlen ! Ils se ressemblent comme deux fr&#232;res ardents et g&#233;n&#233;reux, unis dans une m&#234;me piti&#233; pour tout ce qui vit et pour tout ce qui souffre. Leurs arts, d'expression pourtant si diff&#233;rente, et qu'ils ont marqu&#233;s de leur griffe, ne les s&#233;parent pas. Je vois surtout en eux deux amis du peuple, deux bons camarades, les plus sinc&#232;res que je connaisse.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Steinlen est le peintre de la rue. Nul artiste ne s'est &#233;pris d'elle d'un mouvement plus spontan&#233; et plus profond. Il l'a peinte, parce qu'il l'a aim&#233;e jusqu'&#224; l'idol&#226;trie, dans ses beaut&#233;s comme dans ses laideurs, dans ses vertus et dans ses vices m&#234;mes. Il l'a d&#233;crite, non pas en observateur distant, &#224; la mani&#232;re d'un naturaliste qui se documente &#224; froid, mais avec la tendresse d'un passant curieux, passionn&#233;, sensible &#224; l'exc&#232;s, dont l'&#226;me est ouverte &#224; toute ferveur et &#224; toute mis&#232;re. Il l'a vue et repr&#233;sent&#233;e, en tous les temps, &#224; toutes les heures du jour et de la nuit, sous le soleil et sous la neige. Il l'a &#233;tudi&#233;e, en d&#233;tail, si l'on peut dire, isolant un groupe, une vol&#233;e de petites ouvri&#232;res s'&#233;chappant de l'atelier, par exemple, et il en a tent&#233;, avec une fougue et une puissance qui n'ont pas &#233;t&#233; surpass&#233;es, de vastes et grouillantes synth&#232;ses, d&#233;ferlement de foule, qui ont le large fr&#233;missement et l'odeur montante de la vie. Il a marqu&#233; d'une telle originalit&#233;, d'un trait si vrai et si cern&#233;, ses croquis de m&#339;urs populaires, ses coins de chantiers et de faubourgs, qu'il a fait sien, pour longtemps encore, sans doute, ce paysage de pav&#233;s, de pl&#226;tras, d humanit&#233; et de fum&#233;e, mis&#233;rable et h&#233;ro&#239;que qu'on appelle la rue.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La rue appartient, dans l'art direct du dessin, &#224; Alexandre Steinlen. Elle est son domaine pauvre et merveilleux. Par droit de piti&#233;, &#224; force d'&#233;tude, il y r&#232;gne aujourd'hui, accabl&#233; de son labeur, et triste, infiniment, de s'&#234;tre pench&#233; sur tant de souffrances. Pas un peintre, je pense, ne lui contestera ce douloureux privil&#232;ge, acquis par tant de peines et d'amour.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Je ne reconnais &#224; Steinlen que deux &#233;gaux : Jules Vall&#232;s, compagnon des &lt;i&gt;R&#233;fractaires &lt;/i&gt; et des &lt;i&gt;Enfants du Peuple&lt;/i&gt; et le grand Emile Zola, qui entra&#238;na les foules &#233;piques de &lt;i&gt;La D&#233;b&#226;cle &lt;/i&gt; et de &lt;i&gt;Germinal&lt;/i&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;div class='spip_document_5481 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href='https://www.partage-noir.fr/IMG/jpg/pages_de_les_hommes__copie.jpg' class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/jpeg&#034;&gt; &lt;img src='https://www.partage-noir.fr/local/cache-vignettes/L500xH705/pages_de_les_hommes__copie-e164e.jpg?1774777554' width='500' height='705' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;center&gt;&lt;span style=&#034;font-size:1.2em&#034;&gt;&lt;b&gt;*&lt;/b&gt;&lt;/span&gt;&lt;/center&gt;
&lt;p&gt;Si inattendu et si extraordinaire que cela paraisse, Steinlen n'est pas n&#233; &#224; Paris. La nature, m&#232;re impr&#233;voyante, commet de ces erreurs ! Steinlen est d'origine suisse.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Th&#233;ophile-Alexandre Steinlen a vu le jour sous un ciel cl&#233;ment, en 1859, &#224; Lausanne, nid de qui&#233;tude patriarcale et retraite calviniste. Celui qui devait &#234;tre, un jour, le peintre le plus &#226;pre de la d&#233;bine parisienne ouvrit les yeux sur un d&#233;cor alpestre, aux tons verniss&#233;s d'imagerie : gras p&#226;turages, chalets d'op&#233;ra-comique, troupeaux clairsem&#233;s aux gr&#234;les clarines... Affiche pour Milka-Suchard !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La famille de Steinlen, &#171; en qui se croisent plusieurs races et qui m&#234;lait du sang fran&#231;ais &#224; du sang germain &#187;, &#233;tait une famille d'artistes. On rapporte que son grand-p&#232;re, professeur de dessin &#224; Vevey, eut neuf fils, qui s'adonn&#232;rent tous &#224; l'art paternel. Guid&#233; par l'instinct, Steinlen crayonna, petit gar&#231;on aux doigts tach&#233;s d'encre, dans les marges de ses cahiers de classe. Soumis &#224; une rigide &#233;ducation protestante, il fit des &#233;tudes uniquement litt&#233;raires, et non pas artistiques, comme on pourrait le croire. Il vint &#224; l'art, de lui-m&#234;me, ob&#233;issant &#224; une pouss&#233;e int&#233;rieure, et contre l'assentiment des siens.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Steinlen n'avait pas vingt ans quand, renon&#231;ant aux honneurs du baccalaur&#233;at, il d&#233;serta le morne coll&#232;ge. Une obsession le hantait, qui le poussait &#224; reproduire sans cesse des silhouettes de coqs et de chats, ses b&#234;tes de pr&#233;dilection. Il &#233;tait n&#233; peintre, comme d'autres viennent au monde critiques d'art ou manilleurs.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On se d&#233;barrassa du pr&#233;coce animalier en l'envoyant apprendre le dessin d'ornements, chez un oncle, manufacturier &#224; Mulhouse. On esp&#233;rait qu'il s'assagirait, qu'il renoncerait &#224; ses lubies. Peindre des coqs et des chats, la belle invention ! Steinlen s'&#233;tiola, quelques mois, dans la cit&#233; industrielle. Mais il y couvait un grand projet, un cher et vaste d&#233;sir d'&#233;vasion. Un beau matin, n'en pouvant plus d'attendre, il prit le chemin de Paris. Il n'y vint pas ; il y courut, Paris &#233;tait n&#233;cessaire &#224; sa vitalit&#233;, au libre jeu de son cerveau et de ses organes. Il lui fallait Paris !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Zola, qui a &#233;veill&#233; tant de consciences, venait de jeter le germe de d&#233;livrance dans la t&#234;te du petit Steinlen : &lt;q style=&#034;font-style: italic;&#034;&gt;On dit que tr&#232;s jeune il lut l'&lt;span style=&#034;font-style:normal;&#034;&gt;Assommoir&lt;/span&gt; de Zola,&lt;span style=&#034;font-style:normal;&#034;&gt; raconte Anatole France&lt;/span&gt;, qu'il en re&#231;ut la r&#233;v&#233;lation de tout un monde de travail et de souffrance, et qu'&#233;mu de cette apocalypse de la mis&#232;re il se sentit attir&#233; vers nos faubourgs par une irr&#233;sistible sympathie et par un secret avertissement que l&#224; seulement il pourrait d&#233;velopper toute son &#226;me. C'est ainsi que, du fond de son pays Vaudois, il nous est venu ing&#233;nu, curieux et charmant, et portant &#224; son chapeau un bouquet de fleurs rustiques.&lt;/q&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Depuis le matin de son arriv&#233;e &#224; Paris, Steinlen a gard&#233;, comme un f&#233;tiche, ces fleurs toujours fra&#238;ches ; la v&#233;rit&#233;, c'est que les couleurs se sont &#233;vanouies. Le petit bouquet a tourn&#233; au rouge, &#224; un rouge de plus en plus sombre et qui ressemble au noir.&lt;/p&gt;
&lt;center&gt;&lt;span style=&#034;font-size:1.2em&#034;&gt;&lt;b&gt;*&lt;/b&gt;&lt;/span&gt;&lt;/center&gt;
&lt;p&gt;A son entr&#233;e dans Paris, vers la fin de 1881, &#171; avec vingt-quatre francs clans la poche &#187;, Steinlen dut &#233;prouver qu'il p&#233;n&#233;trait dans sa vraie patrie. De quel regard filial il dut la d&#233;couvrir, ou, plut&#244;t, la reconna&#238;tre ! Ainsi, les fresques &#233;voqu&#233;es par Emile Zola &#233;taient bien des visions, &#233;normes mais exactes, de la r&#233;alit&#233; ; elles &#233;taient b&#226;ties, solidement, sur l'observation ; elles ne mentaient pas ! Le petit dessinateur inconnu se proposa, d'embl&#233;e, d'entreprendre la t&#226;che formidable, sous laquelle pliait le cr&#233;ateur des &lt;i&gt;Rougon Macquart &lt;/i&gt; : peindre et exalter Paris et son peuple vaillant. Toute une vie suffirait-elle a cette ambition.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Steinlen ne perdit pas son temps. Il lui fallait, au plus vite, regagner les ann&#233;es mortes. Il ne se pardonnait pas d'avoir vu la lumi&#232;re, d'avoir respir&#233;, grandi, jou&#233; et dessin&#233;, ailleurs qu'en ce Montmartre rustique et pittoresque. Il lui importait peu de g&#238;ter dans une bicoque. Pour la premi&#232;re fois, il se sentait vivre. Il tira profit de ses notions de dessin industriel et s'appliqua &#224; ex&#233;cuter quelques petites commandes pour un d&#233;corateur.&lt;/p&gt;
&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;div class='spip_document_5477 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_left spip_document_left'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href='https://www.partage-noir.fr/IMG/jpg/theophile-alexandre_steinlen_-_tournee_du_chat_noir_de_rodolphe_salis__tour_of_rodolphe_salis__chat_noir__-_google_art_project.jpg' class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/jpeg&#034;&gt; &lt;img src='https://www.partage-noir.fr/local/cache-vignettes/L150xH200/theophile-alexandre_steinlen_-_tournee_du_chat_noir_de_rodolphe_salis__tour_of_rodolphe_salis__chat_noir__-_google_art_project-58682-98e30.jpg?1774777554' width='150' height='200' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;
&lt;p&gt;Le hasard, qui fait bien les choses quand il veut, fut secourable au jeune artiste. A peine descendu &#224; Paris, Steinlen rencontra Willette. Tout de suite, une amiti&#233; fraternelle les unit, qui dure encore, plus profonde que jamais. Willette introduisit son jeune camarade, timide et h&#233;sitant, au &lt;i&gt;Chat-Noir&lt;/i&gt;. Steinlen dessina l'affiche fameuse, ex&#233;cut&#233;e avec une rare sobri&#233;t&#233; de lignes et qui a r&#233;pandu la naissante renomm&#233;e de l'artiste. Les murs de Paris ont &#233;t&#233; comme ennoblis de la pr&#233;sence de ce chat aur&#233;ol&#233;, hi&#233;ratique et byzantin, de proportions &#233;normes, dressant au-dessus de la foule sa silhouette fantastique et d&#233;charn&#233;e et qui faisait d&#233;crire &#224; sa queue empanach&#233;e une courbe ostensible.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;q style=&#034;font-style: italic;&#034;&gt;J'ai connu Steinlen &#224; ses d&#233;buts, &lt;span style=&#034;font-style:normal;&#034;&gt;raconte Willette&lt;/q&gt;, et c'est moi qui ai amen&#233; ait &lt;q style=&#034;font-style: italic;&#034;&gt;Chat-Noir&lt;/span&gt; (d'ex&#233;crable m&#233;moire) cette excellente recrue, Steinlen a toujours &#233;t&#233; un tendre et un chaste ; dans le diabolique Chat Noir il n'a d'abord vu que le bon ap&#244;tre, qui se chauffait en faisant ronron ou qui jouait avec la petite Sarah, la fille de Rodolphe Salis, s&#339;ur des petits oiseaux qu'il dessinait alors si joliment pour des maisons de d&#233;corations.&lt;/q&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;D&#232;s lors, pour Steinlen, commen&#231;a une vie de recherches et de d&#233;couvertes, d'un cours pr&#233;cipit&#233;, qui n'a pas encore ralenti, apr&#232;s trente ann&#233;es En proie &#224; l'inqui&#233;tude fi&#233;vreuse des cr&#233;ateurs, il chargea ses cartons de croquis et d'&#233;bauches. Il apporta au &lt;i&gt;Chat-Noir&lt;/i&gt; des &lt;i&gt;Enfants&lt;/i&gt;, des &lt;i&gt;B&#234;tes famili&#232;res&lt;/i&gt;, histoires pu&#233;riles et malignes, o&#249; le chat, ma&#238;tre-fripon, fait des siennes, et qui d&#233;noncent l'un des plus souples talents d'animalier du crayon. Et, bient&#244;t, il collabora au &lt;i&gt;Mirliton&lt;/i&gt;, de Bruant, au &lt;i&gt;Gil Blas Illustr&#233;&lt;/i&gt;, au &lt;i&gt;Chambard &lt;/i&gt; et &#224; &lt;i&gt;la Feuille&lt;/i&gt; de Zo d'Axa. L'&#233;lan &#233;tait donn&#233; !&lt;/p&gt;
&lt;center&gt;&lt;span style=&#034;font-size:1.2em&#034;&gt;&lt;b&gt;*&lt;/b&gt;&lt;/span&gt;&lt;/center&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;div class='spip_document_5480 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_right spip_document_right'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href='https://www.partage-noir.fr/IMG/jpg/apunte_para_la_revista_gil_blas_illustre__theophile_alexandre_steinlen.jpg' class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/jpeg&#034;&gt; &lt;img src='https://www.partage-noir.fr/local/cache-vignettes/L150xH342/apunte_para_la_revista_gil_blas_illustre__theophile_alexandre_steinlen-6de31-1a00f.jpg?1774777554' width='150' height='342' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;
&lt;p&gt;La popularit&#233; de Steinlen date, &#224; dire vrai, de sa collaboration hebdomadaire &#224; &lt;i&gt;Gil Blas Illustr&#233;&lt;/i&gt;. Apr&#232;s avoir fait la conqu&#234;te du monde qui se dit artistique, Steinlen imposa sa personnalit&#233; loyale et combative &#224; Paris, au Paris gouailleur et sentimental. Il fut vite adopt&#233; par tous ceux qui demandent leur nourriture intellectuelle aux suppl&#233;ments illustr&#233;s. Il hypnotisa, par ses dessins vigoureux, l'&#233;tudiant et la midinette, l'employ&#233; et le bureaucrate, les filles publiques et les dames litt&#233;raires. Ce public en vaut bien un autre !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Durant huit ann&#233;es, de 1891 &#224; 1899, Steinlen illustra, avec une ma&#238;trise remarquable, sans une d&#233;faillance, la premi&#232;re page de &lt;i&gt;Gil Blas Illustr&#233;&lt;/i&gt;, qui constituait une anthologie disparate, et des plus curieuses &#224; feuilleter, de la nouvelle fran&#231;aise, en sa belle saison. Le naturalisme victorieux et le symbolisme florissant m&#234;laient leurs offrandes et unissaient leurs rameaux. Emile Zola et St&#233;phane Mallarm&#233;, Guy de Maupassant et Henri de R&#233;gnier, Octave Mirbeau et Francis Vi&#233;l&#233;-Griffin voisinaient et alternaient. Heureuses arm&#233;es ! M. F&#233;licien Champsaur &#233;tait le favori des lectrices, et, pour tourner le couplet amoureux et la ballade assassine, Armand Silvestre n'avait pas son pareil !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La premi&#232;re richesse de la collection de &lt;i&gt;Gil Blas illustr&#233;&lt;/i&gt;, c'est de contenir quatre cents dessins de Steinlen. Effort magnifique que celui de ce jeune artiste qui, ayant trouv&#233; sa veine, se condamne &#224; un labeur sans r&#233;pit, se livre &#224; une documentation quotidienne, perfectionne sans cesse son instrument et &#233;largit &#224; l'infini son horizon ! Huit ann&#233;es d'&#233;tudes et d'&#339;uvres, de projets &#233;bauch&#233;s et de pages durables de vie inqui&#232;te, surchauff&#233;e et pl&#233;ni&#232;re ! Huit ann&#233;es de la vie int&#233;rieure et f&#233;conde, de la destin&#233;e tragique et merveilleuse d'un grand artiste !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Je viens de m'enfermer, tout un jour, avec cette pr&#233;cieuse et &#233;norme collection de documents arrach&#233;s &#224; la soci&#233;t&#233; contemporaine, et, &#224; l'instant d'&#233;crire sur ce rapport prodigieux, je ravive mes sensations, &#224; feuilleter ce recueil de dessins choisis : &lt;i&gt;Dans la Vie &lt;/i&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb1&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Dans la Vie, cent dessins de Steinlen. Pr&#233;face de Camille de Sainte-Croix (&#8230;)&#034; id=&#034;nh1&#034;&gt;1&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;, qui renferme pr&#232;s de cent chefs-d'&#339;uvre, les meilleures pages de&lt;i&gt; Gil Blas Illustr&#233;&lt;/i&gt;. Les voici group&#233;s, sous la forme amicale du livre, et distribu&#233;s en sept s&#233;ries :&lt;i&gt; Les Idylles, Bals et Bastringues, les Ouvriers, Gosses et Gosselines, les Mis&#233;reux, les Petites Ouvri&#232;res, Filles et Marlous.&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Devant tant de sc&#232;nes pr&#233;cises et color&#233;es, qui se h&#226;tent et se bousculent, on demeure ab&#238;m&#233; de stupeur et d'admiration, les yeux fatigu&#233;s, les membres rompus, comme apr&#232;s une marche forcen&#233;e &#224; travers la foule la plus diverse, la plus grouillante et la plus fertile en oppositions. Steinlen a mis &#224; contribution tous les temps, tous les pays, toutes les conditions, toutes les heures et toutes les sai-sons. Selon l'exigence du texte &#224; illustrer, il a fait preuve de luxuriante imagination ou de r&#233;alisme intuitif ; il a &#233;voqu&#233; la lande et ses gen&#234;ts, le chantier et son d&#233;cor de pierres, la brasserie et sa suffocante tabagie, le cabinet particulier et ses relents de noce b&#234;te. Il a crayonn&#233;, tout ensemble, comme un troupeau humain, venu du plus lointain des si&#232;cles, ceux d'autrefois, qui se perdent dans les brumes de la l&#233;gende, et ceux d'aujourd'hui, allant, parlant et gesticulant. Il a &#233;t&#233;, tour &#224; tour, rustique et boulevardier, gavroche et justicier, mystique et pa&#239;en, et, dans nombre de pages vengeresses, anarchiste. Il a fait appel &#224; l'amour et &#224; la haine, au r&#234;ve et &#224; la sensualit&#233;, &#224; la piti&#233; et &#224; la r&#233;volte. Et toujours, durant ces huit ann&#233;es et dans ses quatre cents dessins, Steinlen est demeur&#233; Steinlen.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Une fonci&#232;re probit&#233;, c'est Steinlen. Il est, lui aussi, &#171; un &#339;il incorruptible &#187; dirig&#233; sur la vie et les hommes. Mais, ainsi que Jules Renard, &#224; qui j'emprunte cette d&#233;finition de l'artiste &#171; humain &#187;, il n'a pas le pouvoir d'emp&#234;cher son c&#339;ur de battre. De l&#224;, que le crayon tremble un peu, aux minutes de col&#232;re ou de tristesse, dans la main vigoureuse du dessinateur. Steinlen est de ces tendres qui ne cr&#233;ent que dans la passion. Il est de la grande famille artistique qui va de Dickens &#224; Charles-Louis Philippe et de Millet &#224; Eug&#232;ne Carri&#232;re. Pour ceux-l&#224;, la beaut&#233; est comme un arbre de nos pays, mais charg&#233; de fruits d'or, au croisement de deux humbles chemins, ceux de la v&#233;rit&#233; et de la bont&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;center&gt;&lt;span style=&#034;font-size:1.2em&#034;&gt;&lt;b&gt;*&lt;/b&gt;&lt;/span&gt;&lt;/center&gt;
&lt;p&gt;Lorsque &lt;i&gt;Gil Blas Illustr&#233;&lt;/i&gt; cessa de para&#238;tre, Steinlen &#233;tait pr&#233;par&#233;, par son robuste talent et le rude apprentissage qu'il venait de fournir, &#224; interpr&#233;ter, au moyen de l'art sobre et intime du dessin, la pens&#233;e et l'&#233;motion encloses dans les plus beaux livres de sa g&#233;n&#233;ration. De toute &#233;vidence, le dessinateur qui, au gr&#233; d'une n&#233;cessit&#233; plus ou moins litt&#233;raire, avait enfant&#233; tout un monde &#224; l'image de la soci&#233;t&#233; contemporaine, &#233;tait le premier illustrateur de son temps.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Steinlen abandonna donc le journal pour le livre. Il soumit, d&#233;sormais, &#224; la m&#233;ditation les lueurs vives et fulgurantes de son imagination cr&#233;atrice. Il entoura son &#339;uvre de silence, d'adoration et de cet enivrement d&#233;sol&#233;, qui est l'atmosph&#232;re des pens&#233;es les plus hautes et les plus rayonnantes. Il assura son m&#233;tier, &#233;largit plus encore son art, poursuivit avec une curiosit&#233; moins fi&#233;vreuse et comme renouvel&#233;e son enqu&#234;te sur les hommes. Il se rapprocha, d'ann&#233;e en ann&#233;e, luttant dans la solitude, de la perfection, qu'il souhaitait d'atteindre.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'admirable effort, la d&#233;licate et &#233;norme production ! Steinlen composa plusieurs num&#233;ros de &lt;i&gt;L'Assiette au Beurre&lt;/i&gt;&lt;i&gt; : La vision de Victor Hugo&lt;/i&gt;, qui est d'un lyrique du crayon et &lt;i&gt;Juges et Jugeurs&lt;/i&gt;, album que Daumier aurait contresign&#233;. Il illustra, pour Sevin et Rey, &lt;i&gt;Les Soliloques du Pauvre&lt;/i&gt;, ces litanies populaires d'un accent dolent ou d&#233;chirant, et qui, mieux que les coups de clairon de M. Paul D&#233;roul&#232;de et les couacs des &lt;i&gt;Chanteclercs &lt;/i&gt; d'Acad&#233;mie, appartiennent &#224; notre litt&#233;rature nationale. Il conf&#233;ra une valeur esth&#233;tique aux recueils de chansons de Paul Delmet : &lt;i&gt;Chansons de femmes, Chansons de pages, Chansons de Montmartre&lt;/i&gt;, etc. Ses &#339;uvres les plus importantes, il les cr&#233;a, gr&#226;ce &#224; l'initiative de son ami et collaborateur Edouard Pelletan, &#233;diteur artiste et &#233;rudit. Il rendit sensible, par le trait et le jeu des ombres, l'injuste et douloureuse destin&#233;e de &lt;i&gt;Crainquebille&lt;/i&gt;, le conte le plus &#233;mu d'Anatole France, et son chef-d'&#339;uvre, incontestablement ; les travaux violents et les fougueuses amours des gars de ferme et des filles de village de la &lt;i&gt;Chanson des Gueux&lt;/i&gt; ; la mis&#232;re et la bont&#233;, comme deux vieilles tissant c&#244;te &#224; c&#244;te le lange d'un nouveau-n&#233;, dans la cabane des &lt;i&gt;Pauvres Gens&lt;/i&gt;, de Hugo ; les sentiments de l'homme libre qui revient dans le village de son enfance, la grandissante tendresse qui cro&#238;t au c&#339;ur de l'inconnu de &lt;i&gt;Patrie&lt;/i&gt;, l'admirable po&#232;me en prose de jules Renard ; les sourires narquois et la soudaine s&#233;v&#233;rit&#233; du visage d'Anatole France...&lt;/p&gt;
&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;div class='spip_document_5482 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href='https://www.partage-noir.fr/IMG/jpg/pages_de_les_hommes_-2_copie.jpg' class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/jpeg&#034;&gt; &lt;img src='https://www.partage-noir.fr/local/cache-vignettes/L500xH738/pages_de_les_hommes_-2_copie-854b1.jpg?1774777554' width='500' height='738' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;
&lt;p&gt;Le talent de Steinlen, en tant qu'illustrateur de po&#232;mes et de r&#233;cits, est fait de compr&#233;hension fraternelle et de tendresse appliqu&#233;e. On le sent plein de la pens&#233;e de l'auteur et dans la crainte de le trahir. Le livre a &#233;t&#233; lu et relu par un lecteur, qui ne s'arr&#234;te pas au sens des mots et qui p&#233;n&#232;tre le sentiment qui a inspir&#233; et nourri l'&#339;uvre. Cr&#233;ateur parmi les plus dou&#233;s et les plus spontan&#233;s, Steinlen, quand il fouille un livre, remonte &#224; la source vivante, au c&#339;ur m&#234;me de la beaut&#233;. Riche d'une chaleur neuve, qui est la fi&#232;vre de son &#226;me en travail et riche des ferments &#233;trangers que lui apporte la fiction de l'&#233;crivain, Steinlen ne se d&#233;livre pas, sur-le-champ, de tout ce qui bout et veut na&#238;tre &#224; la vie, dans sa pens&#233;e. Toujours il confronte ses images inspir&#233;es avec les visions cruellement nettes que lui propose la r&#233;alit&#233;. Il ne compose ses planches que d'apr&#232;s la vie, non &#224; son imitation, mais &#224; sa ressemblance exalt&#233;e. Pour Steinlen, la v&#233;rit&#233; n'est pas une pellicule qu'on d&#233;tache de la surface des choses ; c'est une odeur forte, comme le go&#251;t de l'amour, et dont l'&#226;me s'impr&#232;gne. Il est id&#233;aliste, instinctivement, et par surcro&#238;t, &#224; la mani&#232;re des grands r&#233;alistes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Tout personnage de Steinlen trempe dans son milieu, se d&#233;tache sur le d&#233;cor de sa splendeur ou de sa d&#233;bine, soul&#232;ve sur ses pas une poussi&#232;re de sensations et d'impressions, qui lui sont propres. A vrai dire, il n'est vivant qu'en fonction des choses qui l'entourent ; elles le soutiennent, l'&#233;quilibrent, le conditionnent et l'expliquent ; elles forment le fond d&#233;termin&#233; &#224; la fois et lyrique de sa physiologie Le pav&#233; gras de boue ou ouat&#233; de neige, les hautes fa&#231;ades mornes et muettes, les interminables palissades, les tas de sable qui sont les falaises &#224; prix r&#233;duit des petits pauvres, les becs de gaz b&#233;n&#233;voles, les bancs secourables aux vieux et aux amants, tout le mat&#233;riel usag&#233; et d&#233;fra&#238;chi de la rue, que la pluie lave et que le soleil chauffe, constitue le paysage naturel et n&#233;cessaire des h&#233;ros de Steinlen. Paysage observ&#233;, aim&#233; et d&#233;chiffr&#233;, lui aussi, paysage vari&#233; &#224; l'infini, f&#233;cond en contrastes, marqu&#233; pour la douleur ou pour la joie ! Il ne suffit pas &#224; Steinlen, par exemple, de d&#233;crire la face tum&#233;fi&#233;e, creus&#233;e de rides et grossi&#232;rement taill&#233;e de Crainquebille, l'immortel marchand des quatre-saisons ; il veut encore nous le montrer, plong&#233; dans la cit&#233;, homme parmi les maisons, sous le ciel de Paris ; il veut que nous le voyions, un peu avant midi, &#224; &#171; l'heure de la vente &#187;, contre sa baladeuse amarr&#233;e au trottoir, gueulant &#171; les beaux poireaux &#187; et servant la pratique, tandis que la rue Montmartre roule, autour de lui, en sens contraires, ses deux courants de fiacres, d'omnibus, de camions, de voitures &#224; bras et d&#233;verse, au long des boutiques, son flot humain. Il faut conna&#238;tre, en effet, ce coin de Paris, &#224; cette heure choisie, pour comprendre le drame qui entrera, d&#232;s la seconde page du merveilleux r&#233;cit, dans la destin&#233;e de Crainquebille, victime de la justice humaine.&lt;/p&gt;
&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;div class='spip_document_5478 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_left spip_document_left 150'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href='https://www.partage-noir.fr/IMG/jpg/maitres_de_l_affiche_v_3_-_pl_134_-_steinlen.jpg' class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/jpeg&#034;&gt; &lt;img src='https://www.partage-noir.fr/local/cache-vignettes/L500xH691/maitres_de_l_affiche_v_3_-_pl_134_-_steinlen-5f914.jpg?1774777555' width='500' height='691' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;
&lt;p&gt;Pendant qu'il illustrait France et Rictus, Steinlen trouva le temps de couvrir de vastes panneaux, destin&#233;s aux murs de Montmartre et de Montparnasse. Ceux qui les lui commandaient et qui, ensuite, les emportaient, d&#233;cernaient &#224; ces visions d'une acuit&#233; hallucinante le titre d'affiches. A la v&#233;rit&#233;, c'&#233;taient, balafr&#233;es &#224; grands traits et sculpt&#233;es par un d&#233;miurge dans la lumi&#232;re et l'ombre, de vivantes &#233;pop&#233;es. Je songe surtout, en cet instant o&#249; j'&#233;cris, aux deux fresques surhumaines qui annonc&#232;rent au peuple des faubourgs la publication de &lt;i&gt;Paris&lt;/i&gt;, cette autre &#233;pop&#233;e de Zola et la naissance du &lt;i&gt;Petit Sou&lt;/i&gt;. Qu'on se souvienne de ce d&#233;ferlement de pens&#233;es et d'&#234;tres en g&#233;sine, roulant &#224; travers les brumes glac&#233;es de l'aurore vers la Butte ! Qu'on &#233;voque, sur un ciel d'incendie, le beau barbare, au front tenace et aux muscles d'athl&#232;te, brisant les cha&#238;nes d'un pass&#233; l&#226;che ! Et je vois encore&lt;i&gt; Le Coupable&lt;/i&gt;, de Fran&#231;ois Copp&#233;e, le petit bagnard, p&#226;le et souffreteux, yeux caves et joues creuses, dont le regard et le silence sont une double accusation &#224; une soci&#233;t&#233; qui permet de si jeunes d&#233;sespoirs. J'accompagne Le &lt;i&gt;Chemineau &lt;/i&gt; sur sa route solitaire, &#224; travers plaines et vallons. Il n'est pas jusqu'aux &#339;uvres, que le gros commerce suscita, &lt;i&gt;Le lait pur st&#233;rilis&#233;&lt;/i&gt; ou les &lt;i&gt;Motocycles Comiot&lt;/i&gt;, qui ne comptent parmi les plus harmonieuses r&#233;ussites de l'affiche fran&#231;aise. Par vingt reprises, les murs de Paris ont &#233;t&#233;, gr&#226;ce &#224; Steinlen, ce qu'ils devraient toujours &#234;tres : les parois comme anim&#233;es et resplendissantes d'un mus&#233;e de vie.&lt;/p&gt;
&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;div class='spip_document_5479 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_right spip_document_right'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href='https://www.partage-noir.fr/IMG/jpg/maitres_de_l_affiche_v_2_-_pl_95_-_theophile-alexandre_steinlen.jpg' class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/jpeg&#034;&gt; &lt;img src='https://www.partage-noir.fr/local/cache-vignettes/L150xH210/maitres_de_l_affiche_v_2_-_pl_95_-_theophile-alexandre_steinlen-2dd8e-91b7e.jpg?1774777555' width='150' height='210' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;
&lt;p&gt;Que dirai-je, &#224; pr&#233;sent, du peintre, sinon qu'il est l'&#233;gal du dessinateur, en probit&#233; comme en talent. &lt;q style=&#034;font-style: italic;&#034;&gt;En peignant &#224; l'huile, &lt;span style=&#034;font-style:normal;&#034;&gt;a &#233;crit Anatole France, qu'il faut toujours citer, &#224; propos d'Alexandre Steinlen, parce qu'il l'a jug&#233; avec l'aimante clairvoyance d'un admirateur devenu un ami&lt;/span&gt;, en peignant &#224; l'huile, l'artiste n'a perdu aucune des qualit&#233;s qui firent la c&#233;l&#233;brit&#233; du dessinateur, et il en a acquis de nouvelles, qui r&#233;sultent d'un proc&#233;d&#233; riche et f&#233;cond entre tous La ma&#238;trise &#224; laquelle il semble parvenu tout d'un coup est en r&#233;alit&#233; le r&#233;sultat d'une longue et patiente pr&#233;paration. Il ne s'est mis &#224; peindre de grandes figures que lorsqu'il s'est senti capable de les enlever avec autant de vigueur, de prestesse et d'emportement que ses croquis au crayon. Il a appris lentement &#224; peindre vite. C'est le secret de sa ma&#238;trise soudaine.&lt;/q&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ceux qui visit&#232;rent l'exposition de la place Saint-Georges, un blafard apr&#232;s-midi de l'hiver 1903, ont gard&#233; le souvenir d'une mati&#232;re souple et vive, d'un art sobre et sinc&#232;re, de toiles claires et vibrantes. Peintre, Steinlen est demeur&#233; l'historien attendri et vigoureux de ceux qui travaillent. Voici des blanchisseuses sortant du lavoir et coltinant leur paquet de linge mouill&#233; , une marchande des quatre saisons et sa poussette ; des terrassiers d&#233;fon&#231;ant le sol, d'autres au repos, d'autres en route vers la soupe du soir, d'autres et d'autres encore. Voici le &lt;i&gt;14 Juillet&lt;/i&gt;, la f&#234;te populaire, son brouhaha, son tintamarre et ses lampions ; la f&#234;te populaire, avec son bal en plein vent, qui clabaude et qui s'ext&#233;nue ; la grande riboule-dingue patriotique et sa &lt;i&gt;Marseillaise &lt;/i&gt; vomie, aux carrefours, par des souffleurs de pistons et de trombones, que la congestion menace ; voici l'&#233;meute d&#233;cha&#238;n&#233;e, sur laquelle le drapeau fait une tache de sang. Voici, enfin, le monde menu et adorable de l'enfance, depuis le poupon qui presse sa &#171; p&#233;p&#233;e &#187; jusqu'&#224; la fillette de dix ans, qui ne r&#234;ve que de robes longues et joue &#224; la dame...&lt;/p&gt;
&lt;center&gt;&lt;span style=&#034;font-size:1.2em&#034;&gt;&lt;b&gt;*&lt;/b&gt;&lt;/span&gt;&lt;/center&gt;
&lt;p&gt;Dans l'un des contes les plus parfaits du recueil : &lt;i&gt;Dans la petite ville&lt;/i&gt;, et qui a pour titre : &lt;i&gt;Le Visiteur&lt;/i&gt; &#8212;conte qui m&#233;ritait bien la faveur d'un tirage &#224; part et l'honneur d'&#234;tre illustr&#233; par Steinlen &#8212; Charles-Louis Philippe fait revenir Christ parmi les bonnes gens de C&#233;rilly, petit village de France. Christ s'assied &#224; la table du sabotier, rompt le pain, sourit aux enfants, enseigne l'homme et la femme. Et, entre tant de paroles douces et &#233;mouvantes, J&#233;sus dit &#224; l'artisan, &#224; propos des haines nouvelles qui divisent les hommes : &lt;q style=&#034;font-style: italic;&#034;&gt;Il n'est pas n&#233;cessaire d'&#233;tudier la question. Je sais, les yeux ferm&#233;s, que ce sont les pauvres qui ont raison.&lt;/q&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Telle est la pens&#233;e g&#233;n&#233;ratrice de l'&#339;uvre de Steinlen et de tous les pr&#233;curseurs de l'art de demain. Comme syst&#232;me &#233;conomique ou philosophique, on jugera je le con&#231;ois, cette d&#233;claration un peu mince. En art, il suffit d'&#234;tre envahi de ce sentiment vital et universel pour faire des chefs-d'&#339;uvre. A qui pense, aime et souffre, il n'est qu'une patrie : la piti&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;q style=&#034;font-style: italic;&#034;&gt;Le monde ne va pas ainsi qu'il devrait aller&lt;/q&gt;, r&#233;pondait, nagu&#232;re, Steinlen &#224; un journaliste, et il ajoutait, plein d'une sourde violence : &lt;q style=&#034;font-style: italic;&#034;&gt;Il faut agir !&lt;/q&gt; Tout Steinlen, l'homme, sa vie et son art sont dans ces deux affirmations. Steinlen a refus&#233; son consentement au crime social et, obstin&#233;ment, sans l'espoir d'un gain ni l'attente d'une r&#233;demption, comme un homme &#224; la charrue, le front pench&#233; vers la terre qui, au bout du sillon, parcourt d'un vaste regard la plaine et repart, il a agi.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Steinlen a proclam&#233; la grandeur du travail et la beaut&#233; sainte de la r&#233;volte. Qu'il soit lou&#233; de sa ferveur et de son courage ! Il a plus fait pour la d&#233;livrance de l'homme moderne que tant d'outres sonores, de copistes incontinents et d'aligneurs de chiffres. C'est la lourde erreur de la presse socialiste, en France, de rebuter des hommes de la valeur d'un Steinlen et de m&#233;conna&#238;tre leur collaboration sup&#233;rieure &#224; l'&#339;uvre d'affranchissement. J'ai peu de go&#251;t pour les paradoxes faciles, et je le dis parce que je le pense : une affiche de Steinlen sert mieux la cause de la r&#233;volution qu'une tourn&#233;e de conf&#233;rences d'un tribun fameux, quand ce serait m&#234;me dans l'Am&#233;rique du Sud. Emile Vandervelde et Jean Jaur&#232;s, qui ont parl&#233; si &#233;loquemment de l'alliance n&#233;cessaire de l'Art et du Socialisme, ne me d&#233;mentiront point !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Steinlen ne s'adresse pas qu'aux yeux du passant indiff&#233;rent ; &#224; travers le regard, il touche droit au c&#339;ur et y enfonce sa conviction. Encore une fois, il n'est pas seulement qu'un dessinateur. Il monte de son &#339;uvre un chant d'amour, d&#233;di&#233; &#224; ceux qui souffrent et qui esp&#232;rent, et un tumulte de blasph&#232;mes vers les dieux sanguinaires. Regardez bien ces dessins, qui sont une foule qui grouille et ondule, comme une moisson vivante ! Il flotte, au-dessus de cet amas d'images, une rumeur vague et qui grandit, et c'est la protestation de la vie contre tout le mal qui est chez les hommes... &lt;q style=&#034;font-style: italic;&#034;&gt;Le inonde ne va pas ainsi qu'il devrait aller !&lt;/q&gt; Steinlen a mis sa vie &#224; illustrer cette phrase, jet&#233;e au cours d'un entretien.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Et, comme je termine cette &#233;tude, je me souviens d'un mot de Vall&#232;s, ce fr&#232;re des insurg&#233;s et des vaincus, qui m'appara&#238;t, je l'ai dit, comme un fr&#232;re a&#238;n&#233; de Steinlen. Dans une heure de franchise, r&#233;sumant trente ans de luttes, Vall&#232;s a &#233;crit : &lt;q style=&#034;font-style: italic;&#034;&gt;Mon nom restera affich&#233; dans l'atelier des guerres sociales comme celui d'un ouvrier qui ne fut pas un fain&#233;ant.&lt;/q&gt; Devant ceux d'aujourd'hui, devant les humbles et les superbes, Steinlen peut se rendre &#224; lui-m&#234;me, d'une &#226;me tranquille et le front haut, ce juste et noble hommage.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;hr /&gt;
		&lt;div class='rss_notes'&gt;&lt;div id=&#034;nb1&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh1&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 1&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;1&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;i&gt;Dans la Vie&lt;/i&gt;, cent dessins de Steinlen. Pr&#233;face de Camille de Sainte-Croix (Levin et Rey, libraires).&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		
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