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	<title>PARTAGE NOIR</title>
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		<title>PARTAGE NOIR</title>
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		<title>Les hommes du jour - Pierre Kropotkine</title>
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		<dc:date>2022-03-10T23:05:00Z</dc:date>
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		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Victor M&#233;ric - Flax</dc:creator>


		<dc:subject>Pierre Kropotkine</dc:subject>

		<description>
&lt;p&gt;Parmi les grands r&#233;volutionnaires dignes de l'admiration et de la reconnaissance humaines, Kropotkine comptera au premier rang, &#224; c&#244;t&#233; des Bakounine, des Blanqui, des Reclus, de tous les h&#233;ros et de tous les martyrs de la cause sociale. Ce prince russe, &#233;lev&#233; dans le luxe, l'amour de l'argent et le respect des choses &#233;tablies, qui attrait pu, comme bien d'autres, suivre tranquillement son chemin, dans l'entourage du Tzar et le despotisme barbare de l'aristocratie russe, a pr&#233;f&#233;r&#233; l'existence (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://www.partage-noir.fr/-les-hommes-du-jour-no79-du-24-juillet-1909-pierre-kropotkine-395-" rel="directory"&gt;Les Hommes du Jour n&#176;79 du 24 juillet 1909 - Pierre Kropotkine&lt;/a&gt;

/ 
&lt;a href="https://www.partage-noir.fr/+-pierre-kropotkine-61-+" rel="tag"&gt;Pierre Kropotkine&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;img src='https://www.partage-noir.fr/local/cache-vignettes/L150xH75/arton1038-77fa1.jpg?1774787012' class='spip_logo spip_logo_right' width='150' height='75' alt=&#034;&#034; /&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;Parmi les grands r&#233;volutionnaires dignes de l'admiration et de la reconnaissance humaines, Kropotkine comptera au premier rang, &#224; c&#244;t&#233; des Bakounine, des Blanqui, des Reclus, de tous les h&#233;ros et de tous les martyrs de la cause sociale. Ce prince russe, &#233;lev&#233; dans le luxe, l'amour de l'argent et le respect des choses &#233;tablies, qui attrait pu, comme bien d'autres, suivre tranquillement son chemin, dans l'entourage du Tzar et le despotisme barbare de l'aristocratie russe, a pr&#233;f&#233;r&#233; l'existence tourment&#233;e, p&#233;nible et dangereuse de l'agitateur. Il a abandonn&#233; les siens pour aller au peuple. Il a quitt&#233; ses compagnons de noblesse et de richesse pour se m&#234;ler aux paysans et aux travailleurs des villes. Cela non par sentimentalisme &#233;troit, mais par un souci constant de v&#233;rit&#233; positive et scientifique. Son enfance &#233;coul&#233;e au milieu des servages et des tyrannies &#233;conomiques, sa jeunesse g&#226;ch&#233;e parmi la soldatesque, lui permirent d'abord de m&#233;diter sur les conditions d'une humanit&#233; partag&#233;e en deux camps : les oisifs insolents et f&#233;roces ; les producteurs affam&#233;s et pressur&#233;s. Plus tard, apr&#232;s s'&#234;tre attach&#233; &#224; r&#233;soudre le probl&#232;me moderne, Kropotkine put prendre contact avec des travailleurs &#233;clair&#233;s et r&#233;volt&#233;s, et, cette fois, la solution lui apparut irr&#233;sistible. Alors l'homme de raison implacable n'h&#233;sita plus. Son grand c&#339;ur pitoyable le conduisait d&#233;j&#224; vers les malheureux et les vaincus. La logique scientifique le fixa d&#233;sormais parmi les r&#233;volutionnaires.&lt;/p&gt;
&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;div class='spip_document_1117 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_left spip_document_left spip_document_avec_legende' data-legende-len=&#034;21&#034; data-legende-lenx=&#034;&#034;
&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='https://www.partage-noir.fr/local/cache-vignettes/L200xH266/bourtzeff__revolutionnaire_russe-b2e4a.jpg?1774700236' width='200' height='266' alt='' /&gt;
&lt;figcaption class='spip_doc_legende'&gt; &lt;div class='spip_doc_descriptif '&gt;&lt;small&gt;Vladimir Bourtzeff.&lt;/small&gt;
&lt;/div&gt; &lt;/figcaption&gt;&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;
&lt;p&gt;Au moment o&#249; l'on annonce l'arriv&#233;e du Bourreau de Russie &#8212; que pr&#233;c&#232;dent, comme une diligente avant-garde, les r&#233;v&#233;lations de Bourtzeff sur l'abominable fripouillerie des policiers russes &#8212; il n'est pas mauvais, n'est-ce pas, d'opposer &#224; la figure sinistre que nous pr&#233;sente le despote sanglant, la physionomie r&#234;veuse, tendre et &#233;nergique du grand R&#233;volt&#233;. Raconter Kropotkine, ce sera d&#233;j&#224; faire conna&#238;tre le Tzar et la sauvagerie de l'autocratie russe que nous aurons l'occasion, par la suite, d'examiner de plus pr&#232;s.&lt;/p&gt;
&lt;center&gt;&lt;b&gt;&lt;span style=&#034;font-size:1.2em&#034;&gt;* &lt;/span&gt;&lt;/b&gt;&lt;/center&gt;
&lt;p&gt;Suivre Kropotkine, pas &#224; pas, dans sa vie ardente et batailleuse, c'est l&#224; une chose impossible. Il faudrait un volume et ce volume, il l'a d&#233;j&#224; &#233;crit. Ceux qui voudront l'apprendre plus intimement et se m&#234;ler plus profond&#233;ment &#224; son existence, &#224; ses r&#234;ves, &#224; ses d&#233;sirs, &#224; ses souffrances, n'auront qu'&#224; consulter ce livre unique qui s'appelle : &lt;i&gt;Autour d'une Vie&lt;/i&gt;, o&#249; Kropotkine a not&#233; minutieusement les d&#233;tails de son &#233;volution morale et nous a promen&#233; sur le chemin parcouru, d'&#233;tape en &#233;tape, depuis le d&#233;but dans le corps des pages jusqu'&#224; l'emprisonnement &#224; Clairvaux. Nous ne ferons ici que r&#233;sumer ce volume empli de pens&#233;es hautes, d'observations judicieuses ; bourr&#233; de faits pr&#233;cis et de r&#233;cits &#233;mouvants o&#249; l'on trouve &#224; la fois des d&#233;tails et une vue d'ensemble sur l'histoire de la Russie et le mouvement &#233;conomique europ&#233;en. Nous le r&#233;sumerons en nous effor&#231;ant de grouper et de retenir les traits les plus saillants de ce caract&#232;re irr&#233;sistiblement attirant, fait de bont&#233; infinie, d'amour immense, de soif de libert&#233; et de d&#233;vouement inlassable &#8212; tout cela guid&#233; et temp&#233;r&#233; par un besoin constant de v&#233;rit&#233; positive et scientifique.&lt;/p&gt;
&lt;center&gt;&lt;b&gt;&lt;span style=&#034;font-size:1.2em&#034;&gt;* &lt;/span&gt;&lt;/b&gt;&lt;/center&gt;
&lt;p&gt;&lt;q style=&#034;font-style: italic;&#034;&gt;C'est dans le vieux Quartier des Ecuyers (&#224; Moscou), raconte Kropotkine, que je naquis, en 1842, et c'est l&#224; que j'ai pass&#233; les quinze premi&#232;res ann&#233;es de ma vie.&lt;/q&gt; De bonne heure sa m&#232;re mourut de la phtisie. C'&#233;tait une femme remarquable, aim&#233;e de ses serviteurs et qui laissa &#224; ses enfants un journal rempli de po&#233;sies russes prohib&#233;e par la censure, d'impressions de voyage, de notes intimes. Le p&#232;re du futur anarchiste &#233;tait le type de l'officier amoureux de son uniforme et de son m&#233;tier. Il &#233;tait tr&#232;s fier de l'origine de sa famille qui descendait d'un prince de Kiev et de princes de Smolensk. Aussi songea-t-il &#224; faire de ses enfants des militaires professionnels comme lui. Il commen&#231;a par donner au jeune Pierre un &#233;ducateur fran&#231;ais, un nomm&#233; Poulain, qui lui apprit la grammaire, l'histoire et la g&#233;ographie. Ce pr&#233;cepteur &#233;tait plut&#244;t s&#233;v&#232;re. L'enfance de Kropotkine s'&#233;coula sous sa direction, monotone et sans grande joie. Un incident, cependant, la marqua. L'anarchiste se souvient que vers sa huiti&#232;me ann&#233;e il assista &#224; de grandes f&#234;tes donn&#233;es &#224; Moscou pour c&#233;l&#233;brer le vingt-cinqui&#232;me anniversaire de Nicolas ler au tr&#244;ne. Il fut plac&#233; sur l'estrade &#224; c&#244;t&#233; du Tzar, caress&#233; et choy&#233; par les dames de la cour. La f&#234;te termin&#233;e, ses parents, radieux, lui dirent : &lt;q style=&#034;font-style: italic;&#034;&gt;Petit, on t'a fait page.&lt;/q&gt; L'empereur, en effet, l'avait fait inscrire comme candidat au corps des pages, ce qui &#233;tait alors une grande faveur. Quelque temps apr&#232;s, le sort de son fr&#232;re Alexandre &#233;tait aussi d&#233;cid&#233;. Le Tzar lui donnait l'ordre d'entrer dans un corps de cadets, &#224; Orel, en province. Ainsi, par la volont&#233; de Nicolas I&lt;sup class=&#034;typo_exposants&#034;&gt;er&lt;/sup&gt;, les deux enfants durent recevoir une &#233;ducation militaire pour laquelle, d&#233;j&#224;, ils n'&#233;prouvaient aucune sympathie.&lt;/p&gt;
&lt;center&gt;&lt;b&gt;&lt;span style=&#034;font-size:1.2em&#034;&gt;* &lt;/span&gt;&lt;/b&gt;&lt;/center&gt;
&lt;p&gt;Cependant Kropotkine grandissait au milieu des serfs, dont il pouvait &#233;tudier les m&#339;urs et analyser les besoins. A ce moment, le servage &#233;tait tout pr&#232;s d'&#234;tre aboli ; il ne devait durer que quelques ann&#233;es encore. Kropotkine nous en trace un tableau cruel et maintes anecdotes nous aident &#224; comprendre ce qu'&#233;tait alors l'existence morale et &#233;conomique du paysan russe. Les serfs &#233;taient consid&#233;r&#233;s comme de v&#233;ritables animaux domestiques qu'on utilisait pour tous les travaux et que l'on ch&#226;tiait impitoyablement. Le roman de Tourguenev : &lt;i&gt;Moumou&lt;/i&gt;, o&#249; pour la premi&#232;re fois le serf pensait, souffrait et pleurait, fut comme une r&#233;volution. &lt;q style=&#034;font-style: italic;&#034;&gt;Ils aiment comme nous aimons, est-ce possible ?&lt;/i&gt; s'&#233;criaient les dames sentimentales, qui ne pouvaient lire un roman fran&#231;ais sans verser des larmes. Peu &#224; peu, un mouvement (l'opinion se cr&#233;a contre le servage. Nicolas I&lt;sup class=&#034;typo_exposants&#034;&gt;er&lt;/sup&gt; mourait le 18 f&#233;vrier 1854. Son successeur lib&#233;ra les serfs.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Kropotkine entrait alors dans sa treizi&#232;me ann&#233;e. Au professeur fran&#231;ais Poulain avait succ&#233;d&#233; le russe Smirnov, qui fut pour lui un v&#233;ritable ami. Il lui enseignait litt&#233;rature russe et lui copiait des livres entiers d'&#233;crivains interdits, tels que Gogol et Pouchkine. Ce fut surtout Gogol qui eut une influence pr&#233;pond&#233;rante sur l'esprit de l'enfant. Il commen&#231;ait aussi &#224; lire des romans fran&#231;ais : Daudet, Zola, et s'essayait, avec son fr&#232;re Alexandre, &#224; la litt&#233;rature. A douze ans, Kropotkine imaginait de faire du journalisme. Il &#233;ditait un quotidien d'un format lilliputien, puis une revue mensuelle publiant des vers de son fr&#232;re, des nouvelles et des pages de critique ; tout cela manuscrit, naturellement, et sans autre lecteur et abonn&#233; que les auteurs et quelques amis. La revue dura ainsi jusqu'en ao&#251;t 1857. Mais bient&#244;t la vie changea brusquement pour Kropotkine. Une place devenait vacante au corps des pages, et, selon l'ordre donn&#233; par Nicolas I&lt;sup class=&#034;typo_exposants&#034;&gt;er&lt;/sup&gt;, il dut partir pour P&#233;tersbourg et entrer &#224; l'&#233;cole.&lt;/p&gt;
&lt;center&gt;&lt;b&gt;&lt;span style=&#034;font-size:1.2em&#034;&gt;* &lt;/span&gt;&lt;/b&gt;&lt;/center&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;div class='spip_document_1118 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_right spip_document_right spip_document_avec_legende' data-legende-len=&#034;40&#034; data-legende-lenx=&#034;x&#034;
&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='https://www.partage-noir.fr/local/cache-vignettes/L200xH276/peter_krapotkin_3-4bcfc.png?1774700236' width='200' height='276' alt='' /&gt;
&lt;figcaption class='spip_doc_legende'&gt; &lt;div class='spip_doc_descriptif '&gt;&lt;small&gt;Kropotkine, en 1861 au lyc&#233;e &#224; Moscou.&lt;/small&gt;
&lt;/div&gt; &lt;/figcaption&gt;&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;
&lt;p&gt;Apr&#232;s un s&#233;jour de quatre ou cinq ans dans le corps des pages, ceux qui avaient pass&#233; les examens de fin d'&#233;tudes &#233;taient re&#231;us officiers d'un r&#233;giment, &#224; leur choix. Les seize meilleurs &#233;l&#232;ves &#233;taient nomm&#233;s pages de chambre, c'est-&#224;-dire qu'ils &#233;taient personnellement attach&#233;s &#224; diff&#233;rents membres de la famille imp&#233;riale. Telles &#233;taient les coutumes. Kropotkine s&#233;journa donc cinq ann&#233;es dans le corps des pages. Il y eut comme directeur un Fran&#231;ais, le colonel Girardot, affreux j&#233;suite, qui devint rapidement sen ennemi. La vie fut dure pour l'&#233;l&#232;ve. Il se consolait en correspondant avec son fr&#232;re Alexandre, alors &#224; Moscou, dans un corps de cadets. Alexandre lui prodiguait des encouragements, lui donnait des conseils r&#233;confortants : &lt;q style=&#034;font-style: italic;&#034;&gt;Il faut avoir un but net dans la vie&lt;/q&gt;, lui &#233;crivait-il. Et il lui demandait de choisir un but qui rendit sa vie digne d'&#234;tre v&#233;cue. &lt;q style=&#034;font-style: italic;&#034;&gt;A cet appel, &lt;span style=&#034;font-style:normal;&#034;&gt;raconte Kropotkine&lt;/span&gt;, quelque chose d'ind&#233;termin&#233;, de vague, de bon, s'&#233;veilla en moi.&lt;/q&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En m&#234;me temps, Kropotkine passait ses soir&#233;es &#224; lire les ouvrages des encyclop&#233;distes fran&#231;ais et les &#339;uvres des Sto&#239;ciens, surtout de Marc-Aur&#232;le. Il &#233;tudiait l'&lt;i&gt;Origine des Esp&#232;ces&lt;/i&gt; et se passionnait pour les v&#233;rit&#233;s darwinistes. Cela lui permit de r&#233;sister &#224; l'enseignement sp&#233;cial qu'on donnait &#224; l'&#233;cole, enseignement surtout militaire et pratique. Il lisait aussi les &#339;uvres des litt&#233;rateurs russes qui, malgr&#233; la censure, commen&#231;aient &#224; p&#233;n&#233;trer dans le public, les Dostoiesvsky, les Tolsto&#239;, les Herzen, les Bakounine, les Tourguenev. Il recevait l'&lt;i&gt;Etoile polaire&lt;/i&gt;, une revue que le grand proscrit Herzen venait de lancer &#224; Londres. Herzen, surtout, eut une influence d&#233;cisive sur le jeune Kropotkine. Ce style &#8212; dont Tourguenev a dit qu'il &#233;tait &#233;crit avec des larmes et du sang, &#8212; l'&#233;mouvait profond&#233;ment et lui arrachait des larmes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les ann&#233;es d'&#233;cole s'achev&#232;rent ainsi. Kropotkine, comme tous ceux de sa g&#233;n&#233;ration, s'&#233;veillait aux id&#233;es r&#233;volutionnaires, id&#233;es encore vagues et teint&#233;es de sentimentalisme, inspir&#233;es par le c&#339;ur plut&#244;t que par la raison.&lt;/p&gt;
&lt;center&gt;&lt;b&gt;&lt;span style=&#034;font-size:1.2em&#034;&gt;* &lt;/span&gt;&lt;/b&gt;&lt;/center&gt;
&lt;p&gt;Nous sommes oblig&#233;s de r&#233;sumer. Nous avons indiqu&#233; succinctement les influences sous lesquelles se d&#233;veloppa la jeune intelligence du futur anarchiste, amen&#233; peu &#224; peu &#224; la conception r&#233;volutionnaire par ses lectures passionn&#233;es, par le spectacle des mis&#232;res et des servitudes qui l'entourent, par le d&#233;go&#251;t qu'il r&#233;colte &#224; l'&#233;cole militaire o&#249; une d&#233;cision du despote le plonge. Le voici maintenant homme fait. Il est nomm&#233; sergent du corps des pages, parce que le premier &#233;l&#232;ve de sa classe. Il doit assister aux grands et petits levers du Tzar, aux bals, aux r&#233;ceptions, aux galas. En m&#234;me temps, l'id&#233;e r&#233;volutionnaire le conquiert de plus en plus. Des d&#233;sordres se produisent en 1864 &#224; P&#233;tersbourg, &#224; Moscou, &#224; Kazan, et sont r&#233;prim&#233;s avec la plus grande f&#233;rocit&#233;. Le jeune Kropotkine s'indigne et se place au premier rang parmi ceux qui vont au peuple, ouvrent des &#233;coles du soir, s'efforcent d'instruire et d'&#233;duquer les travailleurs.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En 1862, Kropotkine, somm&#233; d'entrer dans un r&#233;giment, demande &#224; partir pour la Sib&#233;rie. Il y passe plusieurs ann&#233;es. L&#224;, il se trouve en contact avec les r&#233;volt&#233;s polonais, insurg&#233;s en janvier 1863. Il entreprend des &#233;tudes scientifiques, devient attach&#233; au gouverneur-g&#233;n&#233;ral de la Sib&#233;rie orientale. Puis il fait un voyage en Mandchourie, remonte le Soungari jusqu'&#224; Kirin, revient en Sib&#233;rie, o&#249; il retrouve son fr&#232;re Alexandre qui commande un escadron de cosaques, &#224; Irkoutsk. Un jour, les Polonais prisonniers se r&#233;voltent. Les officiers russes r&#233;priment cette r&#233;bellion avec une telle cruaut&#233; que Kropotkine et son fr&#232;re, d&#233;cid&#233;ment d&#233;go&#251;t&#233;s du m&#233;tier militaire, prennent la r&#233;solution d'abandonner leur carri&#232;re. Ils d&#233;missionnent, et, au commencement de l'ann&#233;e 1867, reviennent &#224; P&#233;tersbourg.&lt;/p&gt;
&lt;center&gt;&lt;b&gt;&lt;span style=&#034;font-size:1.2em&#034;&gt;* &lt;/span&gt;&lt;/b&gt;&lt;/center&gt;
&lt;p&gt;Kropotkine entre alors &#224; l'Universit&#233; et s'occupe de travaux g&#233;ographiques concernant l'Asie septentrionale. Il est secr&#233;taire de la section de g&#233;ographie physique. C'&#233;tait sous le r&#232;gne d'Alexandre II. Kropotkine assista &#224; la corruption de l'administration et &#224; la r&#233;action commen&#231;ante qui s&#233;vit, surtout apr&#232;s l'attentat de Karakosov sur le tzar. Il se m&#234;le au mouvement r&#233;formiste qui agitait alors les jeunes Russes, cr&#233;e de nouvelles &#233;coles, se r&#233;pand parmi les ouvriers. Puis il d&#233;cide de faire un voyage &#224; l'&#233;tranger, traverse l'Allemagne et s'arr&#234;te &#224; Zurich pour &#233;tudier l'Association internationale des Travailleurs.&lt;/p&gt;
&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;div class='spip_document_1119 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_left spip_document_left spip_document_avec_legende' data-legende-len=&#034;15&#034; data-legende-lenx=&#034;&#034;
&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='https://www.partage-noir.fr/local/cache-vignettes/L200xH242/21-benoit-malon-7d16b.jpg?1774700236' width='200' height='242' alt='' /&gt;
&lt;figcaption class='spip_doc_legende'&gt; &lt;div class='spip_doc_descriptif '&gt;&lt;small&gt;Beno&#238;t Malon.&lt;/small&gt;
&lt;/div&gt; &lt;/figcaption&gt;&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;
&lt;p&gt;A partir de ce moment, la vie de Kropotkine va changer et entrer dans une nouvelle phase. Il se met en rapport avec les principaux chefs de l'Internationale, dont un Russe nomm&#233; Outille. L'Internationale &#233;tait &#224; ce moment &#224; son apog&#233;e et d&#233;j&#224;, dans son sein, se dessinaient les deux grands courants : marxiste et anarchiste. A Gen&#232;ve, Kropotkine s'affilie &#224; l'Association : il assiste aux r&#233;unions. Mais bient&#244;t, les soucis &#233;lectoraux qu'il observe chez les socialistes genevois lui inspirent le d&#233;sir de conna&#238;tre l'autre fraction, celle dirig&#233;e par Bakounine. Il quitte Gen&#232;ve et s'en va &#224; Neufch&#226;tel, centre de la F&#233;d&#233;ration jurassienne. Il se met en rapport avec James Guillaume, avec Malon, avec Lefran&#231;ais et d'autres r&#233;fugi&#233;s de la Commune. Puis, de Neufch&#226;tel, Kropotkine se rend &#224; Sonvilliers, fait un voyage en Belgique, et, de plus en plus s&#233;duit par les conceptions anarchistes, se rallie &#224; Bakounine. &lt;q style=&#034;font-style: italic;&#034;&gt;Je revins de ce voyage, a-t-il &#233;crit, avec des id&#233;es sociologiques arr&#234;t&#233;es que j'ai gard&#233;es jusqu'&#224; ce jour, et j'ai fait ce que j'ai pu pour les d&#233;velopper et leur donner une forme de plus en plus claire et concr&#232;te ;&lt;/q&gt;&lt;/p&gt;
&lt;center&gt;&lt;b&gt;&lt;span style=&#034;font-size:1.2em&#034;&gt;* &lt;/span&gt;&lt;/b&gt;&lt;/center&gt;
&lt;p&gt;Aussi, lorsque Kropotkine revient en Russie, est-il d&#233;cid&#233; &#224; agir. Il a parfaitement compris que les travailleurs, pour aboutir n'avaient d'autres moyens que la violence ; il rejette le syst&#232;me de conqu&#234;te &#233;lectorale pr&#233;conis&#233; par les Allemands. Son but lui apparait clairement : faire des adh&#233;rents &#224; l'id&#233;e communiste et pr&#233;parer l'esprit r&#233;volutionnaire. Il va se m&#233;langer, d&#232;s son retour &#224; P&#233;tersbourg, aux agitateurs nihilistes et, bient&#244;t, adh&#233;rer au &#171; Cercle de Tchaikovsky &#187; qui a jou&#233; un r&#244;le important dans le mouvement politique de Russie. Pourtant, le Cercle, &#224; cette &#233;poque, n'avait rien de r&#233;volutionnaire. Il &#233;tait compos&#233; de constitutionnalistes. Mais le jeu n'en &#233;tait pas moins dangereux.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Kropotkine se livre &#224; une propagande incessante et inlassable. Sous le nom de Borodine, il s'en va, le soir, parmi les gens du peuple. Mais bient&#244;t des arrestations s'op&#232;rent. On d&#233;couvre les lieux de r&#233;unions et l'on &#233;tablit l'identit&#233; des agitateurs. Kropotkine est arr&#234;t&#233; et conduit &#224; la forteresse Pierre et Paul. Il devait y passer deux ann&#233;es dans un silence de mort, apr&#232;s quoi il fut transf&#233;r&#233; dans une maison de d&#233;tention. Sa sant&#233; s'&#233;tait &#233;branl&#233;e, ses forces d&#233;clinaient. Au bout de quelques semaines, on dut le porter &#224; l'h&#244;pital.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;A l'h&#244;pital, il put se r&#233;tablir et se mettre en relation avec des amis. On pr&#233;para alors son &#233;vasion. Il s'agissait avant tout d'&#233;viter le retour &#224; la maison de d&#233;tention. L'&#233;vasion s'accomplit, entour&#233;e de circonstances dramatiques. L'effet fut prodigieux. Le Tzar, furieux, donna l'ordre de rechercher partout l'&#233;vad&#233; dont on reproduisit et distribua le portrait &#224; des centaines d'exemplaires. Mais les efforts de la police furent vains. Kropotkine passa la fronti&#232;re et se rendit en Su&#232;de.&lt;/p&gt;
&lt;center&gt;&lt;b&gt;&lt;span style=&#034;font-size:1.2em&#034;&gt;* &lt;/span&gt;&lt;/b&gt;&lt;/center&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;div class='spip_document_1120 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_right spip_document_right spip_document_avec_legende' data-legende-len=&#034;19&#034; data-legende-lenx=&#034;&#034;
&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='https://www.partage-noir.fr/local/cache-vignettes/L200xH281/jean-louis_pindy2-a204d.png?1774700236' width='200' height='281' alt='' /&gt;
&lt;figcaption class='spip_doc_legende'&gt; &lt;div class='spip_doc_descriptif '&gt;&lt;small&gt;Jean-Louis Pindy.&lt;/small&gt;
&lt;/div&gt; &lt;/figcaption&gt;&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;
&lt;p&gt;De Su&#232;de, il passe &#224; Londres, vit quelque temps de travaux scientifiques, puis vient se fixer en Suisse, &#224; la Chaux-de-Fonds, au milieu de ses amis, James Guillaume, &#201;lis&#233;e Reclus, Lefran&#231;ais, les Italiens Cafiero et Malatesta, le communard Pindy, le jeune m&#233;decin Paul Brousse qui depuis... Il lutte contre la Social-D&#233;mocratie, participe au Congr&#232;s de Gand (1877) sous le nom de Levachov, est expuls&#233; de Belgique, revient &#224; Londres o&#249; il &#233;tudie les collections du British Museum sur la R&#233;volution fran&#231;aise, puis vient se fixer &#224; Paris o&#249; il forme, avec Costa et Jules Guesde, les premiers groupes socialistes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En 1878, Kropotkine est en Suisse et il lance un journal bi-mensuel, &lt;i&gt;Le R&#233;volt&#233;&lt;/i&gt;, qui devait devenir &lt;i&gt;La R&#233;volte&lt;/i&gt; et, plus tard, &lt;i&gt;Les Temps nouveaux&lt;/i&gt;. Il r&#233;dige ce journal &#224; lui seul et le fait imprimer par ses camarades. Les articles de cette &#233;poque ont &#233;t&#233; depuis r&#233;unis par les soins d'&#201;lis&#233;e Reclus, sous le titre : &lt;i&gt;Paroles d'un r&#233;volt&#233;&lt;/i&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Survient alors la p&#233;riode des attentats contre l'empereur de Russie. Alexandre II mort, la lutte contre les r&#233;volutionnaires devient implacable. Kropotkine est expuls&#233; de Suisse par ordre du Conseil f&#233;d&#233;ral. Il retourne &#224; Londres (1881) o&#249; il passe une ann&#233;e, puis vient en France, fait des conf&#233;rences &#224; Saint-&#201;tienne, Vienne, Lyon. Une crise terrible r&#233;gnait alors dans la r&#233;gion lyonnaise o&#249; l'industrie de la soie &#233;tait paralys&#233;e. L'agitation r&#233;volutionnaire prit un caract&#232;re violent. Une nuit, une cartouche de dynamite explosa dans un caf&#233; de Lyon, tuant un ouvrier. Cela donna imm&#233;diatement pr&#233;texte &#224; perquisitions et arrestations. Kropotkine fut, naturellement, un des premiers arr&#234;t&#233;s avec une soixantaine de ses compagnons, dont &#201;mile Gautier.&lt;/p&gt;
&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;div class='spip_document_1121 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_left spip_document_left spip_document_avec_legende' data-legende-len=&#034;37&#034; data-legende-lenx=&#034;x&#034;
&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='https://www.partage-noir.fr/local/cache-vignettes/L200xH214/kropot_proces_66-d856d.jpg?1774700236' width='200' height='214' alt='' /&gt;
&lt;figcaption class='spip_doc_legende'&gt; &lt;div class='spip_doc_descriptif '&gt;&lt;small&gt;Pierre Kropotkine au proc&#232;s des 66.&lt;/small&gt;
&lt;/div&gt; &lt;/figcaption&gt;&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;
&lt;p&gt;Un proc&#232;s sensationnel eut lieu. Les anarchistes furent accus&#233;s d'affiliation &#224; l'Internationale et, apr&#232;s une quinzaine de jours de d&#233;bats (1883), Kropotkine et trois de ses camarades furent condamn&#233;s &#224; cinq ans de prison et deux mille francs d'amende. Il passa trois ann&#233;es &#224; Clairvaux, durant lesquelles l'opinion protesta hautement, r&#233;clamant l'amnistie des condamn&#233;s, mais sans r&#233;sultats. Graci&#233; en 1886, Kropotkine se rendit &#224; Londres.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Depuis, Kropotkine n'a pas cess&#233; de lutter par la plume pour la diffusion de ses id&#233;es. Il a continu&#233;, &#224; la &lt;i&gt;R&#233;volte &lt;/i&gt; et aux &lt;i&gt;Temps nouveau&lt;/i&gt;, une collaboration fid&#232;le. Sa vie s'est &#233;coul&#233;e presque enti&#232;rement &#224; Londres o&#249; il collaborait &#233;galement &#224; la revue anarchiste : &lt;i&gt;Freedom&lt;/i&gt;. Il a publi&#233; la &lt;i&gt;Conqu&#234;te du Pain&lt;/i&gt;, de multiples brochures de propagande ; &lt;i&gt;L'Anarchie, son but, son Id&#233;al&lt;/i&gt; ; un grand ouvrage en anglais : &lt;i&gt;Mutual Aid : a factor of Evolution&lt;/i&gt;, r&#233;cemment republi&#233; en fran&#231;ais sous le titre : &lt;i&gt;L'Entr'aide&lt;/i&gt;. On trouve dans ces volumes un expos&#233; complet, tr&#232;s clair, des doctrines anarchistes, non pas telles qu'elles sont comprises actuellement par quelques groupes de fantaisistes paradoxaux ou ignorants, mais telles que les ont d&#233;velopp&#233;es Bakounine et la F&#233;d&#233;ration jurassienne et que les a propag&#233;es Jean Grave, depuis une quinzaine d'ann&#233;es. Ces doctrines, on peut les r&#233;sumer en quelques br&#232;ves formules : conqu&#234;te r&#233;volutionnaire et socialisation des moyens de production ; n&#233;gation de l'&#233;tatisme et libre jeu des groupements par affinit&#233;. Nous ne pouvons, dans le cadre de cette &#233;tude d&#233;j&#224; longue, examiner &#224; fond la doctrine anarchiste, mais l'on pourra lire avec fruit la &lt;i&gt;Conqu&#234;te du pain&lt;/i&gt;, les &lt;i&gt;Paroles d'un r&#233;volt&#233;&lt;/i&gt;, l'&lt;i&gt;Entr'aide&lt;/i&gt;. Nulle part ailleurs, les id&#233;es anarchistes n'ont &#233;t&#233; expos&#233;es avec autant de m&#233;thode, de simplicit&#233; et de foi.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ajoutons que Kropotkine a rapport&#233; de ses recherches laborieuses au British Museum un volume sur la R&#233;volution fran&#231;aise qui est un merveilleux et rapide expos&#233; de l'histoire &#233;conomique de cette p&#233;riode troubl&#233;e. Aucun historien n'a su mieux que Kropotkine noter l'action du peuple et des sections r&#233;volutionnaires, montrer les agissements de la bourgeoisie r&#233;gnante et les conditions de vie &#233;conomique qui ont entra&#238;n&#233; les formidables mouvements de 1889-94.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Aujourd'hui, Kropotkine, &#226;g&#233; de soixante-sept ans, se place au-dessus de toutes les attaques par la droiture de son existence faite de d&#233;vouement &#224; sa cause. Il a forc&#233; l'estime de tous les partis et conquis l'admiration de tous les hommes de courage et de pens&#233;e. Vieilli, niais toujours jeune d'esprit, il continue ardemment sa propagande. Merveilleux exemple de travail, d'ardeur, de sinc&#233;rit&#233; ! &lt;q style=&#034;font-style: italic;&#034;&gt;C'est un r&#233;volutionnaire sans emphase et sans embl&#232;me, &#233;crit Georges Brand&#232;s. Il rit des serments et des c&#233;r&#233;monies par lesquels se lient les conspirateurs dans les drames et les op&#233;ras. Cet homme est la simplicit&#233; en personne.&lt;/q&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Kropotkine, en effet, est un modeste. Il se contente de besogner sans faire &#233;tat de ses services et de ses souffrances. De tels caract&#232;res sont rares. Il faut songer que ce r&#233;volutionnaire &#233;tait n&#233; dans la richesse, qu'il aurait pu couler des ann&#233;es paisibles parmi les honneurs et dans une gloire tranquille assur&#233;e par son talent et son &#233;rudition scientifique ; il a pr&#233;f&#233;r&#233; une existence p&#233;nible, sem&#233;e d'incertitudes, de dangers, de mis&#232;res, toute au service des travailleurs. O&#249; trouve-t-on de tels hommes qui sont l'honneur d'un parti ? O&#249; trouve-t-on des partis qui produisent de tels hommes ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Nous n'avons pu que brosser &#224; grands traits la vie de cet homme. Bien des incidents dramatiques et &#233;mouvants ont d&#251; &#234;tre pass&#233;s sous silence. Encore une fois nous renvoyons le lecteur qui voudrait conna&#238;tre Kropotkine de plus pr&#232;s, &#224; son livre &lt;i&gt;Autour d'une vie&lt;/i&gt;, avec le regret de n'avoir pu le suivre plus longuement et de n'avoir pu mieux exprimer notre admiration. Malgr&#233; tout, c'est avec une immense satisfaction que nous avons &#233;tudi&#233; et retrac&#233; la carri&#232;re (le ce combattant d&#233;sint&#233;ress&#233;, au moment pr&#233;cis o&#249; le Grand Assassin se pr&#233;pare &#224; nous infliger la honte de sa pr&#233;sence.&lt;/p&gt;
&lt;h3 class=&#034;spip&#034;&gt;Une page de Kropotkine sur la police politique &lt;/h3&gt;
&lt;p&gt;&lt;q&gt;Tout r&#233;volutionnaire rencontre sur sa route un certain nombre d'espions et d'agents provocateurs, et j'en ai rencontr&#233; ma bonne part. Tous les gouvernements d&#233;pensent des sommes consid&#233;rables d'argent pour entretenir ce genre de reptiles. Mais ils sont surtout dangereux pour !es jeunes gens. Celui qui a une certaine exp&#233;rience de la vie et des hommes ne tarde pas &#224; d&#233;couvrir que ces cr&#233;atures portent en elles quelque chose qui le met sur ses gardes. Ils sont recrut&#233;s dans la lie de la soci&#233;t&#233;, parmi les individus tomb&#233;s au dernier degr&#233; de d&#233;pravation morale, et celui qui observe le caract&#232;re moral des gens qu'il a l'occasion de rencontrer, ne tarde pas &#224; d&#233;m&#234;ler dans les mani&#232;res de ces &#171; piliers de la soci&#233;t&#233; &#187; quelque chose de r&#233;pulsif. Ils se posent alors &#224; lui-m&#234;me cette question : &#171; Qu'est-ce qui m'am&#232;ne cet individu ? Que diable peut-il bien avoir de commun avec nous ? &#187; Dans la plupart des cas, cette simple question suffit &#224; mettre un homme sur ses gardes.&lt;/q&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;q&gt;Lorsque je travaillais avec Reclus, il y avait, &#224; Clarens, un de ces individus que nous &#233;vitions de fr&#233;quenter. Nous n'avions aucuns renseignements sur son compte, mais nous sentions qu'il n'&#233;tait pas des n&#244;tres, et comme il cherchait &#224; p&#233;n&#233;trer dans notre soci&#233;t&#233;, nous con&#231;&#251;mes des soup&#231;ons &#224; son endroit. Je ne lui avais jamais adress&#233; la parole et c'est pour cela qu'il me recherchait particuli&#232;rement. Voyant qu'il ne pouvait pas m'approcher par les voies ordinaires, il se mit &#224; m'&#233;crire des lettres, me donnant des rendez-vous myst&#233;rieux dans des buts myst&#233;rieux, soit dans les bois, soit en des lieux analogues. Par plaisanterie, j'acceptai une fois son invitation et je vins &#224; l'endroit d&#233;sign&#233;, suivi &#224; distance par un de mes bons amis ; mais le gaillard, qui avait probablement un complice, devait avoir appris que je n'&#233;tais pas seul et il ne vint pas. Je fus ainsi priv&#233; du plaisir de lui adresser jamais un simple mot. En outre, je travaillais &#224; cette &#233;poque avec tant d'ardeur que toutes mes minutes &#233;taient prises, soit par la g&#233;ographie de Reclus, soit par le &lt;i&gt;R&#233;volt&#233; &lt;/i&gt; et que je n'avais pas le temps de conspirer. Nous appr&#238;mes cependant plus tard que cet individu envoyait &#224; la troisi&#232;me section des rapports d&#233;taill&#233;s sur les conversations suppos&#233;es qu'il avait eues avec moi, sur mes pr&#233;tendues confidences et sur les complots terribles que j'ourdissais, &#224; P&#233;tersboutg, contre la vie du tsar ! Et tout cela &#233;tait pris pour argent comptant &#224; P&#233;tersbourg. Et en Italie, aussi. Quand Cafierio fut arr&#234;t&#233;, un jour, en Suisse, on lui montra des rapports formidables d'espions italiens, qui avertissaient leur gouvernement que Cafierio et moi nous pr&#233;parions &#224; passer la fronti&#232;re avec des bombes. Or, je n'ai jamais &#233;t&#233; en Italie et je n'avais jamais eu la moindre intention de visiter ce pays.&lt;/q&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;q&gt;Ces histoires d'espionnage finirent d'une fa&#231;on comique. Mais combien de trag&#233;dies, de trag&#233;dies terribles, ne devons-nous pas &#224; ces mis&#233;rables ! Que de vies pr&#233;cieuses perdues, que de familles dont le bonheur est bris&#233;, simplement pour faire vivre dans l'aisance de pareils escrocs. Quand on pense aux milliers d'espions, &#224; la solde de tous les gouvernements, qui circulent par le monde ; aux pi&#232;ges qu'ils tendent &#224; toutes sortes de gens irr&#233;fl&#233;chis ; aux vies humaines qui, parfois, ont une fin tragique par leur faute ; aux souffrances qu'ils s&#232;ment de tous c&#244;t&#233;s sur leur chemin ; aux sommes d'argent consid&#233;rables d&#233;pens&#233;es pour l'entretien de cette arm&#233;e, recrut&#233;e dans l'&#233;cume de la soci&#233;t&#233; ; aux vices qu'ils inoculent &#224; la soci&#233;t&#233;, en g&#233;n&#233;ral, et jusqu'aux familles elles-m&#234;mes ; quand on pense &#224; tout cela, on ne peut s'emp&#234;cher de fr&#233;mir devant l'immensit&#233; du mal qu'ils font. Et cette arm&#233;e de mis&#233;rables n'est pas limit&#233;e &#224; ceux qui jouent le r&#244;le d'espions aupr&#232;s des r&#233;volutionnaires et au syst&#232;me d'espionnage militaire. Il y a, en Angleterre, des journaux, surtout dans les -files d'eaux, dont les colonnes sont pleines d'annonces, faites par des &#171; agences de renseignements &#187; qui se chargent de recueillir toutes les pi&#232;ces n&#233;cessaires pour divorcer, surveillent les maris au nom de leurs femmes, et les femmes au nom de leurs maris, p&#233;n&#232;trent dans les familles, attrapent les imb&#233;ciles et font tout ce qu'on leur demande, pourvu qu'on les paie en cons&#233;quence. Et pendant que les gens sont scandalis&#233;s des infamies du syst&#232;me d'espionnage d&#233;couvert derni&#232;rement en France, dans les plus hautes sph&#232;res militaires, ils ne remarquent pas que parmi eux-m&#234;mes, peut-&#234;tre sous leur propre toit, des agents secrets, officiels ou priv&#233;s, agissent de m&#234;me et font pire encore.&lt;/q&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; &lt;/p&gt;
&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;div class='spip_document_1114 spip_document spip_documents spip_document_file spip_documents_center spip_document_center spip_document_avec_legende' data-legende-len=&#034;70&#034; data-legende-lenx=&#034;xx&#034;
&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt;
&lt;a href='https://www.partage-noir.fr/IMG/pdf/les_hommes_du_jour____._flax__1876-1933__bd6t5105835z.pdf' class=&#034; spip_doc_lien&#034; title='PDF - 4.5 Mio' type=&#034;application/pdf&#034;&gt;&lt;img src='https://www.partage-noir.fr/local/cache-vignettes/L500xH726/les_hommes_du_jour____._flax__1876-1933__bd6t5105835z-5e4a7.jpg?1774956110' width='500' height='726' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;figcaption class='spip_doc_legende'&gt; &lt;div class='spip_doc_titre '&gt;&lt;strong&gt;Les hommes du jour - Pierre Kropotkine - 24 juillet 1909 - n&#176;79
&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt; &lt;/figcaption&gt;&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;
&lt;p&gt; &lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Afin de comp&#233;ter l'article de Flax &#233;crit en 1909, voici un extrait du texte que lui consacre l'&lt;a href=&#034;https://www.ephemanar.net/decembre09.html&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;Eph&#233;m&#233;ride anarchiste&lt;/a&gt; :&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;blockquote class=&#034;spip&#034;&gt;
&lt;p&gt;En 1916, il signe avec Grave, Malato, etc., le &#171; Manifeste des 16 &#187;, pr&#233;conisant l'interventionnisme dans la guerre ; geste totalement incompris dans les milieux libertaires.&lt;br class='autobr' /&gt;
En mai 1917, Kropotkine revient en Russie o&#249;, toujours anarchiste, il refuse de participer au nouveau gouvernement Kerensky, puis il d&#233;noncera la d&#233;rive dictatoriale des Bolcheviks. Il meurt &#224; Dmitrov, le 8 f&#233;vrier 1921, &#224; l'&#226;ge de 79 ans. Son enterrement sera l'occasion de la derni&#232;re manifestation de masse des anarchistes en Russie. Pierre Kropotkine est l'un des plus important th&#233;oricien et vulgarisateur de la pens&#233;e anarchiste.&lt;/p&gt;
&lt;/blockquote&gt;&lt;iframe width=&#034;100%&#034; height=&#034;315&#034; src=&#034;https://www.youtube.com/embed/j2ZIDu-jC7M&#034; title=&#034;YouTube video player&#034; frameborder=&#034;0&#034; allow=&#034;accelerometer; autoplay; clipboard-write; encrypted-media; gyroscope; picture-in-picture&#034; allowfullscreen&gt;&lt;/iframe&gt;
&lt;p&gt; &lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
		</content:encoded>


		

	</item>



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