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	<title>PARTAGE NOIR</title>
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		<title>PARTAGE NOIR</title>
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		<title>Tcherkesov (suite)</title>
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		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Max Nettlau </dc:creator>


		<dc:subject>Tcherkesov</dc:subject>

		<description>
&lt;p&gt;Premier emprisonnement &lt;br class='autobr' /&gt;
Il entra en 1865, d&#232;s sa fondation, &#224; l'Acad&#233;mie agraire de P&#233;trovsk, &#224; huit kilom&#232;tres de Moscou. Les &#233;tudiants, &#224; cause de la distance, n'avaient pas la ressource de donner des le&#231;ons en ville selon la coutume russe, et ils furent amen&#233;s &#224; organiser leur vie d'une mani&#232;re &#233;conomique et solidaire, ce qui donna beaucoup de force &#224; la propagande qui fut faite parmi eux par Tcherkesov et d'autres. &#192; la suite de l'acte de Karakozov, en avril 1866, Tcherkesov fut en (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://www.partage-noir.fr/-plus-loin-no8-15-octobre-1925-" rel="directory"&gt;Plus Loin n&#176;8 - 15 octobre 1925&lt;/a&gt;

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&lt;a href="https://www.partage-noir.fr/+-tcherkesov-384-+" rel="tag"&gt;Tcherkesov&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;img src='https://www.partage-noir.fr/local/cache-vignettes/L150xH84/sans_titre-6-3-e4a91.jpg?1774778137' class='spip_logo spip_logo_right' width='150' height='84' alt=&#034;&#034; /&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;h3 class=&#034;spip&#034;&gt;Premier emprisonnement&lt;/h3&gt;
&lt;p&gt;Il entra en 1865, d&#232;s sa fondation, &#224; l'Acad&#233;mie agraire de P&#233;trovsk, &#224; huit kilom&#232;tres de Moscou. Les &#233;tudiants, &#224; cause de la distance, n'avaient pas la ressource de donner des le&#231;ons en ville selon la coutume russe, et ils furent amen&#233;s &#224; organiser leur vie d'une mani&#232;re &#233;conomique et solidaire, ce qui donna beaucoup de force &#224; la propagande qui fut faite parmi eux par Tcherkesov et d'autres. &#192; la suite de l'acte de Karakozov, en avril 1866, Tcherkesov fut en quelque sorte impliqu&#233; dans les pers&#233;cutions et passait huit mois dans la Forteresse Pierre-et-Paul. Il lui fut interdit de fr&#233;quenter les &#233;coles sup&#233;rieures.&lt;/p&gt;
&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;div class='spip_document_5096 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center spip_document_avec_legende' data-legende-len=&#034;27&#034; data-legende-lenx=&#034;&#034;
&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href='https://www.partage-noir.fr/IMG/jpg/5ce69e5b15e9f9270701cc5f.jpg' class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/jpeg&#034;&gt; &lt;img src='https://www.partage-noir.fr/local/cache-vignettes/L500xH311/5ce69e5b15e9f9270701cc5f-94f23.jpg?1774778138' width='500' height='311' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;figcaption class='spip_doc_legende'&gt; &lt;div class='spip_doc_descriptif '&gt;&lt;small&gt;Forteresse Pierre-et-Paul&lt;/small&gt;
&lt;/div&gt; &lt;/figcaption&gt;&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;
&lt;p&gt;L'ann&#233;e 1867 fut un temps d'isolement et d'inaction que Tcherkesov passa &#224; Petrograd. C'est l&#224; qu'en 1868 on recommen&#231;a &#224; s'organiser en tout petit, en fondant un restaurant coop&#233;ratif qui attire les &#233;tudiants. Un groupe s'organise dont est Tkatchev, d&#233;mocrate et blanquiste, qui a d&#233;j&#224; un pass&#233; r&#233;volutionnaire. Ce groupe envoie m&#234;me Botchkarov en Suisse explorer l'&#233;migration o&#249; des &#233;tudiants r&#233;fugi&#233;s, venus de Kazan, &#233;taient d&#233;j&#224; &#224; l'&#339;uvre. Tcherkesov leur fait parvenir 50 roubles pour aider &#224; la premi&#232;re &#233;dition du livre &lt;i&gt;Que faire ?&lt;/i&gt;. Ce maladroit de Botchkarov ne rencontre pas Bakounine, mais il rapporte le premier num&#233;ro du journal russe de celui-ci,&lt;i&gt; La Cause du Peuple &lt;/i&gt; (septembre 1868) qui est d&#233;vor&#233; par le groupe, est copi&#233; maintes fois en manuscrit et qui circule.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il y avait &#224; Petrograd une bonne biblioth&#232;que d'&#233;crits r&#233;volutionnaires, form&#233;e secr&#232;tement par les &#233;tudiants du temps de Tchernychevsky. Lors des poursuites de 1866, elle connut de grands risques, mais des &#233;tudiants g&#233;orgiens l'emport&#232;rent au minist&#232;re de la Guerre chez la femme du ministre, le fameux Milioutine. Cette femme &#233;tait une G&#233;orgienne et elle prit le d&#233;p&#244;t d'accord avec son mari. En 1868, la biblioth&#232;que fut reprise par le groupe. Voil&#224; un exemple de l'intervention amicale de ces femmes g&#233;orgiennes qui, r&#233;pandues dans les hauts milieux russes, surent souvent &#234;tre utiles &#224; leurs jeunes compatriotes. Ceux-ci furent de tous les mouvements r&#233;volutionnaires et y repr&#233;sent&#232;rent un &#233;l&#233;ment tr&#232;s pur et d&#233;vou&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Tcherkesov, &#224; cette &#233;poque, gr&#226;ce &#224; Botchkarov, entra aussi en relation avec des jeunes Serbes, Sava Grouitch (futur ministre de la Guerre), Nikolitch et Svetozar Mak&#233;vitch, le fondateur du socialisme serbe, &#171; trouv&#233; mort &#187; en prison au temps de Milan. Grouitch avait &#233;t&#233; &#224; Berlin et connaissait des ouvrages de Lassalle, mais tous trois ne connaissaient, comme progressistes russes, que les slavophiles de la nuance Aksakov, et dans l'intimit&#233; ils les trouvaient bien r&#233;actionnaires. Tcherkesov leur dessilla les yeux, leur fit lire les articles de Tchernychevsky, notamment son fameux &#233;reintement du panslavisme (&lt;i&gt;Manque de tact national&lt;/i&gt;). Ils en furent enchant&#233;s et se rapproch&#232;rent du cercle o&#249; on lisait Bakounine. Mais ils durent partir bient&#244;t.&lt;/p&gt;
&lt;h3 class=&#034;spip&#034;&gt;Les intrigues de Netcha&#239;ev&lt;/h3&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;div class='spip_document_5084 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_left spip_document_left spip_document_avec_legende' data-legende-len=&#034;11&#034; data-legende-lenx=&#034;&#034;
&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='https://www.partage-noir.fr/local/cache-vignettes/L150xH244/sans_titre-2-25-e1f1e-2edca.jpg?1774778138' width='150' height='244' alt='' /&gt;
&lt;figcaption class='spip_doc_legende'&gt; &lt;div class='spip_doc_descriptif '&gt;&lt;small&gt;Netcha&#239;ev&lt;/small&gt;
&lt;/div&gt; &lt;/figcaption&gt;&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;
&lt;p&gt;C'est dans ce milieu que Netcha&#239;ev fut introduit ; et ainsi Tcherkesov le connut d&#232;s la premi&#232;re heure. On sait que c'&#233;tait un homme d'origine populaire, devenu instituteur, anim&#233; d'une haine violente contre le syst&#232;me tsariste et bourgeois, d&#233;sireux d'agir et surtout de faire agir cette masse d'&#233;tudiants et d'autres sympathisants qu'il traitait un peu trop en simple chair &#224; conspiration et &#224; r&#233;volution. Il voulait coordonner au plus vite, par tous les moyens, au besoin en abusant les gens et en employant tous ces mouvements o&#249; le d&#233;vouement &#224; la cause n'allait pourtant pas jusqu'&#224; mettre tout sur une carte. Cette mani&#232;re de forcer la r&#233;volution comme on force une plante dans une serre chaude lui r&#233;ussit aupr&#232;s de beaucoup de monde et lui soumit leurs volont&#233;s, celle de Bakounine, entre autres, d'une mani&#232;re extraordinaire. C'est l&#224; un sujet &#224; part que j'ai examin&#233; d'assez pr&#232;s, car il a plu &#224; la calomnie marxiste de confondre perfidement l'action de Netcha&#239;ev et celle de Bakounine, et il faut d&#233;brouiller tout cela comme du fil entortill&#233;. Ce que Tcherkesov m'en a racont&#233; m'a beaucoup aid&#233;, et j'ai pu donner au moins un r&#233;sum&#233; de ces d&#233;tails nombreux dans un long article sur Bakounine et le mouvement r&#233;volutionnaire russe de 1868 &#224; 1873, publi&#233; en 1916.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il suffit de dire ici que Tcherkesov eut une connaissance intime et parfaite des origines de cette affaire, mais il dut bient&#244;t partir pour Moscou (22 d&#233;cembre) o&#249; il rencontre Ouspenski, l'&#226;me du mouvement local, Tkatchev, qui apporte des nouvelles de Petrograd, etc. ; mais, en mars 1869 d&#233;j&#224;, les arrestations commencent. Netcha&#239;ev part pour Gen&#232;ve et s'y pr&#233;sente chez Bakounine avec la pr&#233;tention d'&#234;tre la cheville de tous ces mouvements, ce qui &#233;tait une exag&#233;ration absurde. De son c&#244;t&#233;, Tcherkesov devenait &#171; l'homme ill&#233;gal &#187;, le premier en Russie, a-t-il dit, c'est-&#224;-dire qu'au lieu d'attendre d'&#234;tre arr&#234;t&#233;, il devint l'ing&#233;nieur un tel, et s'en alla tracer un chemin de fer de Rostov au Caucase. Par ce travail, il gagna de l'argent qui, dans l'automne, fut tr&#232;s utile &#224; la cause et indispensable aux op&#233;rations de sauvetage.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Netcha&#239;ev &#233;tait revenu &#224; Moscou ; il avait pu rentrer en Russie par le Midi, avec l'aide de ses camarades bulgares de Bakounine, r&#233;fugi&#233;s en Roumanie. Il se transporte d'abord chez Tcherkesov (3 septembre) auquel il veut en imposer par son importance et des r&#233;cits exag&#233;r&#233;s sur son &#339;uvre &#224; l'&#233;tranger ; mais Tcherkesov ne se laisse pas prendre &#224; ces vantardises. Toutefois, pour donner &#224; Netcha&#239;ev des facilit&#233;s de propagande r&#233;volutionnaire, il le pr&#233;sente &#224; Ouspenski, Pryzhov, Kouznelsev, Ripman, c'est-&#224;-dire &#224; des camarades &#233;prouv&#233;s de Moscou et de l'Acad&#233;mie agraire de P&#233;trovsk o&#249; Tcherkesov avait gard&#233; beaucoup de relations et qui devint l'asile et le foyer de la nouvelle organisation. Tcherkesov se donnait &#233;galement beaucoup de peine pour rallier les &#233;tudiants de l'Universit&#233; au mouvement et nous trouvons ici pour la premi&#232;re fois les noms de Oelsnilz, Holstein, Smirnov, comme celui de Ralli (Zamfir C. Arbore) para&#238;t d&#233;j&#224; &#224; Petrograd l'hiver pr&#233;c&#233;dent. Ce furent, &#224; l'exception de Smirnov, les collaborateurs intimes de Bakounine en 1872-73.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La propagande de Netcha&#239;ev d&#233;tourna les &#233;tudiants de P&#233;trovsk de l'id&#233;e d&#233;sesp&#233;r&#233;e, alors en vogue, de se d&#233;sint&#233;resser de la Russie et d'&#233;migrer en masse en Am&#233;rique (id&#233;e qui fut r&#233;alis&#233;e individuellement par quelques autres, ailleurs, N. Tcha&#239;kovski, Ross et autres). Il les fascina par la fiction d'une grande r&#233;volution paysanne qu'il pr&#233;tendait devoir &#233;clater en 1870. Pour comprendre le succ&#232;s de Netcha&#239;ev, il ne faut pas perdre de vue que vers la fin de 1869 tous les &#233;l&#233;ments sympathiques aux id&#233;es r&#233;volutionnaires et socialistes s'attendaient, comme le gouvernement lui-m&#234;me, vers le milieu de 1870, &#224; une r&#233;volte parmi les paysans qui n'avaient pas &#233;t&#233; compl&#232;tement lib&#233;r&#233;s en 1861. D&#233;j&#224; en 1861 il y avait eu des r&#233;voltes, mais c'est seulement &#224; Kazan que les intellectuels et la jeunesse r&#233;volutionnaire les avaient soutenues. &#192; la r&#233;volte attendue et esp&#233;r&#233;e, Netcha&#239;ev et ses amis, y compris Bakounine, Ouspenski, Tkatchev et autres, voulaient prendre une part active.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Netcha&#239;ev pouvait compter sur le d&#233;vouement de toute cette jeunesse, mais au lieu de s'acheminer peu &#224; peu de la fiction &#224; une r&#233;alit&#233; d'abord modeste, puis grandissante, son autoritarisme extr&#234;me, effr&#233;n&#233;, lui fit employer des moyens d&#233;testables, exigeant continuellement des devoirs impos&#233;s au nom d'une dictature invisible, sur l'existence de laquelle, en dehors de sa propre personne, des doutes commen&#231;aient &#224; s'&#233;lever. Alors, pour affermir son autorit&#233;, il assassina simplement le seul homme, l'&#233;tudiant Ivanov, qui lui avait jet&#233; un d&#233;fi ; et cela avec pr&#233;m&#233;ditation et de fa&#231;on &#224; impliquer ses principaux camarades dans la pr&#233;paration et les d&#233;tails de l'assassinat. Puis il partit, et bient&#244;t, &#224; la suite de la d&#233;couverte du cadavre, les autres furent arr&#234;t&#233;s.&lt;/p&gt;
&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;div class='spip_document_5097 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_right spip_document_right spip_document_avec_legende' data-legende-len=&#034;12&#034; data-legende-lenx=&#034;&#034;
&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='https://www.partage-noir.fr/local/cache-vignettes/L150xH206/___2-29a30-9aa04.jpg?1774724085' width='150' height='206' alt='' /&gt;
&lt;figcaption class='spip_doc_legende'&gt; &lt;div class='spip_doc_descriptif '&gt;&lt;small&gt;Tcherkesov &lt;/small&gt;
&lt;/div&gt; &lt;/figcaption&gt;&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;
&lt;p&gt;Si Tcherkesov avait &#233;t&#233; l&#224;, il aurait probablement ri au nez de Netcha&#239;ev et emp&#234;ch&#233; cet acte de m&#233;lodrame. Mais il &#233;tait &#224; son chemin de fer ou cours des semaines d&#233;cisives et rentra juste &#224; Moscou lorsque le malheur venait de se produire. Les arrestations commen&#231;aient ; chez Ouspenski, de vraies archives de documents compromettants furent imm&#233;diatement d&#233;couverts. Tcherkesov se d&#233;voua alors au sauvetage, louant des chambres qui servaient d'asile, avertissant les camarades de Petrograd. trouvant l'argent et une femme m&#234;me qui assur&#232;rent &#224; Netcha&#239;ev son d&#233;part de Toula pour l'&#233;tranger en toute s&#233;curit&#233;, etc. Il passa ces semaines mouvement&#233;es de la fin de 1869 &#224; Moscou, voyant peu &#224; peu tout le monde arr&#234;t&#233; et sentant le cercle se resserrer autour de lui de jour en jour. Enfin une imprudence de Nikola&#239;ev compromit son dernier asile et il fut arr&#234;t&#233; le 29 d&#233;cembre 1869. Homme sociable avant tout, il fut presque content de partager enfin le sort de tous ces camarades.&lt;/p&gt;
&lt;h3 class=&#034;spip&#034;&gt;La d&#233;portation&lt;/h3&gt;
&lt;p&gt;Le gouvernement fit un proc&#232;s monstre &#224; 84 des quelques 180 personnes compromises dans cette affaire (juillet-ao&#251;t 1871). Le compte rendu complet, les documents r&#233;volutionnaires m&#234;mes furent publi&#233;s par les journaux quotidiens, ce qui fut fait en vue de discr&#233;diter les r&#233;volutionnaires, but qui fut compl&#232;tement manqu&#233;. Ce qui f&#251;t discr&#233;dit&#233; ce fut le syst&#232;me de la dictature, de l'ob&#233;issance aveugle. Depuis lors, pendant de longues ann&#233;es, les nouveaux mouvements russes furent empreints de l'esprit de libert&#233;, de vraie solidarit&#233;, de confiance mutuelle et bas&#233;s sur l'accord volontaire.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Presque tous les accus&#233;s principaux se sentaient d&#233;moralis&#233;s par la honte d'avoir &#233;t&#233; les dupes, les marionnettes d'un faiseur habile. Du reste, pour quelques-uns, cette attitude put &#234;tre un moyen pour se d&#233;charger eux-m&#234;mes aux d&#233;pens de Netcha&#239;ev, r&#233;fugi&#233; &#224; l'&#233;tranger et qui avait bon dos. En outre, il pouvait para&#238;tre utile de confirmer l'accusation dans ses assertions pour sauver les parties et ramifications peut-&#234;tre importantes du mouvement qui ne furent jamais d&#233;couvertes. Il faut donc utiliser ces nombreux mat&#233;riaux avec beaucoup de circonspection. Mais quant &#224; Tcherkesov, il me para&#238;t nettement qu'il fut le seul des accus&#233;s en vue qui affronta l'accusation avec une s&#233;r&#233;nit&#233; non &#233;branl&#233;e. Il n'avait pas &#233;t&#233; le dupe de Netcha&#239;ev et n'avait pas non plus particip&#233; aux machinations de celui-ci ; par contre, il avait organis&#233; les sauvetages et celui de Netcha&#239;ev lui-m&#234;me, et tenu en &#233;chec les poursuites pendant des semaines. Il n'avait jamais perdu la t&#234;te ; et il s'&#233;tonne encore du peu de vraies donn&#233;es que la police et l'accusation surent rassembler &#224; l'aide de tous leurs moyens d'inquisition.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On a du reste de lui un document tr&#232;s int&#233;ressant lu au proc&#232;s, une lettre &#224; Ivan Likhoutine qui donne la caract&#233;ristique de Netcha&#239;ev et qui montre que lui, seul des accus&#233;s, l'avait su p&#233;n&#233;trer. J'avais devin&#233; qu'il en &#233;tait l'auteur et il a confirm&#233; mon hypoth&#232;se en 1913.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le 18 ao&#251;t 1871, Tcherkesov fut condamn&#233; &#224; la d&#233;portation &#224; vie dans le Gouvernement, de Tomsk (Sib&#233;rie Occidentale) avec internement d'un an et demi dans la m&#234;me localit&#233; et d&#233;fense de sortir du Gouvernement pendant cinq autres ann&#233;es. Cependant, on le garda en Russie jusqu'au 28 novembre 1873, et ce n'est qu'apr&#232;s quatre ans de prison qu'il fut d&#233;port&#233; en Sib&#233;rie.&lt;/p&gt;
&lt;h3 class=&#034;spip&#034;&gt;Fuite de Sib&#233;rie, L'action &#224; Londres, Gen&#232;ve et Paris&lt;/h3&gt;
&lt;p&gt;Le voil&#224; donc &#224; Tomsk, o&#249; Bakounine aussi avait &#233;t&#233; d&#233;port&#233; de 1857 &#224; 1859. Il gagne sa vie au moyen de quelque travail technique ou des le&#231;ons. Puis, en janvier 1876, il s'&#233;vade, ce qui &#233;tait alors tr&#232;s rare (Sokolov et Lopatine seuls l'avaient pr&#233;c&#233;d&#233;, v. &lt;i&gt;Materialy &lt;/i&gt; x, p. 221). Cette fuite, gr&#226;ce &#224; quelque argent et &#224; un bon passeport, fut un simple voyage.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il comptait rester &#224; Moscou, mais justement, entre deux mouvements, il n'y avait rien &#224; faire pour un r&#233;volutionnaire. On lui conseilla de passer &#224; l'&#233;tranger. Il s'arr&#234;ta &#224; Petrograd o&#249; le docteur Weimar, l'ami de tous les r&#233;volutionnaires, lui fit bon accueil. Lui et ses amis Klementz, Stepniak, Perovska&#239;a, etc. persuad&#232;rent Tcherkesov de partir pour Londres pour faire la revue de la vie russe dans le journal &lt;i&gt;Vperod&lt;/i&gt;, de Lavrov, ce qu'il fit, depuis avril jusqu'&#224; octobre 1876, quand il pr&#233;f&#233;ra aller en Suisse o&#249; les anciens camarades de Bakounine, Ralli, Oelsnitz, Holstein, le groupe du &lt;i&gt;Rabotnik &lt;/i&gt; (&lt;i&gt;L'Ouvrier&lt;/i&gt;), &#233;ditaient toujours des publications russes de tendance anarchiste mod&#233;r&#233;e.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;De v&#233;ritable coop&#233;ration avec ces hommes d&#233;j&#224; fatigu&#233;s, il ne pouvait gu&#232;re &#234;tre question. Toutefois la pr&#233;sence de Tcherkesov dans ce milieu est attest&#233;e par exemple par une lettre de Ralli &#224; James Guillaume (14 juillet 1877), lui r&#233;clamant, en vain, le pr&#234;t de l'imprimerie russe de Ross (arr&#234;t&#233; en Russie) et offrant la garantie et la responsabilit&#233; &#171; de D. Klementz Joukowsky, Ralli, Tcherkesov et peut-&#234;tre de Kropotkine &#187;. Kropotkine non plus ne partageait pas les id&#233;es sp&#233;ciales de ce groupe ; cependant une circulaire imprim&#233;e (exp&#233;di&#233;e le 12 avril 1877) du groupe parent de langue fran&#231;aise &#171; La Commune &#187; nous fait conna&#238;tre que Klementz et Kropotkine avaient adress&#233; &#224; ce groupe un projet de &#171; Dictionnaire socialiste &#187; (qui ne fut jamais publi&#233;).&lt;/p&gt;
&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;div class='spip_document_5099 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_left spip_document_left spip_document_avec_legende' data-legende-len=&#034;10&#034; data-legende-lenx=&#034;&#034;
&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href='https://www.partage-noir.fr/IMG/jpg/sergius_stepniak_by_elliott___fry.jpg' class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/jpeg&#034;&gt; &lt;img src='https://www.partage-noir.fr/local/cache-vignettes/L150xH212/sergius_stepniak_by_elliott___fry-5d06f-cf59b.jpg?1774778138' width='150' height='212' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;figcaption class='spip_doc_legende'&gt; &lt;div class='spip_doc_descriptif '&gt;&lt;small&gt;Stepniak&lt;/small&gt;
&lt;/div&gt; &lt;/figcaption&gt;&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;
&lt;p&gt;De son c&#244;t&#233;, Tcherkesov avait pris l'initiative d'organiser d'une part une biblioth&#232;que pour les &#233;tudiants et les &#233;migr&#233;s russes, de l'autre, une caisse de secours mutuel et la publication d'un journal socialiste et r&#233;volutionnaire en langue russe intitul&#233;e &lt;i&gt;Obtchina &lt;/i&gt; (Commune) et qui parut en 1878. Gr&#226;ce &#224; ces trois entreprises, la vie des &#233;l&#233;ments r&#233;volutionnaires russes devenait plus saine et agr&#233;able. Au journal collabor&#232;rent Stepniak, Klementz, Axelrod, Deutsch (pas encore marxiste &#224; cette &#233;poque) et autres. &#192; Gen&#232;ve et dans le Jura, dans le milieu russe et celui de la F&#233;d&#233;ration jurassienne, l'amiti&#233; se cimenta alors par la vie avec Kropotkine.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Tcherkesov fit &#233;galement la connaissance de Malatesta qu'une vraie odyss&#233;e de Naples en &#201;gypte, en Syrie, en Asie Mineure, a Marseille, avait conduit &#224; Gen&#232;ve pour quelques mois, apr&#232;s lesquels, au printemps 1879, il fut expuls&#233; de Suisse d'o&#249; il se rendit en Roumanie et de l&#224; &#224; Paris pour y &#234;tre expuls&#233; de nouveau quelque temps apr&#232;s, &#8212; deux fois m&#234;mes : une fois sous son nom, la seconde fois sous un autre nom &#8212; quitte &#224; rentrer de nouveau pour passer cette fois six mois en prison ; on le trouve ensuite &#224; Lugano o&#249; il est arr&#234;t&#233; et expuls&#233;, et &#224; Bruxelles o&#249; il ne put pas rester non plus, et enfin il arrive pour la premi&#232;re fois &#224; Londres ! Ce qui ne l'emp&#234;cha pas d'&#234;tre pr&#233;sent, avec Kropotkine et le groupe de Gen&#232;ve, tel soir de f&#233;vrier 1879 dans un petit caf&#233;, lorsque le premier num&#233;ro du &lt;i&gt;R&#233;volt&#233; &lt;/i&gt; fut exp&#233;di&#233; et que Tcherkesov enseigna aux camarades l'art de plier un journal.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#192; Paris aussi, Tcherkesov et Malatesta, ainsi que Cafiero, se virent souvent et assistaient en 1879-80 &#224; toutes ces petites r&#233;unions des groupes naissants o&#249; l'id&#233;e anarchiste fit son &#233;closion, chaleureusement d&#233;fendue contre ses adversaires n&#233;s, guesdistes et blanquistes. Apr&#232;s quelques temps, Tcherkesov fut expuls&#233; &#224; la suite de l'assassinat d'Alexandre II et dut se replier sur Gen&#232;ve.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ces ann&#233;es de 1877 &#224; 1882 ou 1883 entre Gen&#232;ve, Paris et le Jura, camarade et ami du &lt;i&gt;R&#233;volt&#233;&lt;/i&gt;, de Kropotkine, des Italiens, des Jurassiens et de beaucoup de Russes et G&#233;orgiens, furent une &#233;poque &#224; jamais m&#233;morable et heureuse pour Tcherkesov qui depuis longtemps avait fait, du milieu des camarades, sa vraie patrie.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le hasard voulut que cet homme aimable et internationaliste, autonomiste convaincu, f&#238;t alors son d&#233;but, litt&#233;raire par une longue brochure de pol&#233;mique v&#233;h&#233;mente contre Michel Dragomanov, le socialiste f&#233;d&#233;raliste oukra&#239;nien demeurant dans ces ann&#233;es &#224; Gen&#232;ve. Ce professeur distingu&#233; de l'Universit&#233; de Kiev, en exil et avec qui Tcherkesov &#233;tait en relations tr&#232;s amicales, publia, sous l'impression de l'assassinat d'Alexandre II, une brochure fran&#231;aise intitul&#233;e &lt;i&gt;Le Tyrannicide&lt;/i&gt;, d'un tel caract&#232;re que beaucoup d'amis comme Kropotkine, &#201;lis&#233;e Reclus, Lefran&#231;ais en furent tellement d&#233;go&#251;t&#233;s qu'ils la lui renvoy&#232;rent. Non seulement Dragomanov ne changea pas d'id&#233;es, mais il commen&#231;a &#224; collaborer au journal &lt;i&gt;Volno&#239;&#233; Slovo&lt;/i&gt; (Libre Parole) publi&#233; par l'agent de l'association secr&#232;te contre-r&#233;volutionnaire de Petrograd, la &lt;i&gt;Svachtchenna&#239;a Droujma&lt;/i&gt; (Sainte Milice) dont le chef &#233;tait le ministre de la Cour imp&#233;riale, le comte Vorontso-Dachkov. Tcherkesov s'effor&#231;a de persuader Dragomanov de rompre avec ce journal, mais Dragomanov s'obstina dans ses attaques contre les nations russe et polonaise. Le r&#233;sultat en fut cette brochure contre Dragomanov qui compromettait le socialisme, le f&#233;d&#233;ralisme et la solidarit&#233; internationale.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans une r&#233;union tenue &#224; Paris pas longtemps avant la mort d'Alexandre II, o&#249; Plekhanov, venu de Russie, condamna le terrorisme r&#233;volutionnaire et o&#249; Lavrov fit un discours d'un dogmatisme &#233;c&#339;urant, Tcherkesov fit un franc appel &#224; la continuation de la lutte.&lt;/p&gt;
&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;div class='spip_document_5098 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_right spip_document_right spip_document_avec_legende' data-legende-len=&#034;19&#034; data-legende-lenx=&#034;&#034;
&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='https://www.partage-noir.fr/local/cache-vignettes/L150xH200/s_perovskaya-94934-5fe13.jpg?1774778138' width='150' height='200' alt='' /&gt;
&lt;figcaption class='spip_doc_legende'&gt; &lt;div class='spip_doc_descriptif '&gt;&lt;small&gt;Sophie Perovska&#239;a&lt;/small&gt;
&lt;/div&gt; &lt;/figcaption&gt;&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;
&lt;p&gt;Lorsque le tsar fut tu&#233; et que Sophie Perovska&#239;a et les autres furent pendus apr&#232;s une longue agonie due &#224; la maladresse du bourreau, Kropotkine en fut si &#233;mu qu'&#224; Gen&#232;ve, au comit&#233; ex&#233;cutif, il s'offrit avec sa femme de rentrer en Russie pour prendre part &#224; la lutte. Stepniak refusa d'accepter ce sacrifice et Tcherkesov s'appliqua &#224; convaincre Kropotkine de l'utilit&#233; de sa pr&#233;sence au Congr&#232;s r&#233;volutionnaire de Londres (&#233;t&#233; 1881) ; ces deux amis, consid&#233;rant qu'il appartenait avant tout &#224; son &#339;uvre d'id&#233;es, lui firent ainsi passer cette crise.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Apr&#232;s son retour de Londres, Kropotkine fut expuls&#233; de Suisse. Les pers&#233;cutions en France, du c&#244;t&#233; de Lyon, devenaient plus pressantes et, en Suisse m&#234;me, la chasse fut bient&#244;t faite aux anarchistes. Les amis qui connaissaient les relations intimes de Tcherkesov avec les camarades de Lyon lui conseill&#232;rent de partir, et au commencement de 1883 il dispara&#238;t compl&#232;tement, absorb&#233;, englouti, dirait-on, par l'Orient.&lt;/p&gt;
&lt;div class=&#034;spip spip-block-right&#034; style=&#034;text-align:right;&#034;&gt;&lt;i&gt;(A suivre)&lt;/i&gt;&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		
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