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		<title>PARTAGE NOIR</title>
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		<title>Antimilitarisme et syndicalisme : &#171; Le Sou du soldat &#187; (1900-1914) [4]</title>
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		<dc:date>2022-01-25T23:05:00Z</dc:date>
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		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Michel Auvray </dc:creator>


		<dc:subject>CGT</dc:subject>
		<dc:subject>Georges Yvetot </dc:subject>

		<description>
&lt;p&gt;La situation int&#233;rieure n'est pas suffisante, semble-t-il, &#224; expliquer la r&#233;action plus qu'&#233;nergique des autorit&#233;s. La politique ext&#233;rieure a &#233;galement pr&#233;sid&#233; &#224; la r&#233;pression : se pr&#233;parant de plus en plus &#224; livrer la guerre aux c&#244;t&#233;s du tsar, les dirigeants de l'&#201;tat fran&#231;ais redoutaient, au fond, de voir leur bellicisme remis en cause. Les responsables de la CGT vont, &#224; leur tour, et durement cette fois, faire les frais d'une politique visant &#224; pr&#233;server un consensus autour du minist&#232;re (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://www.partage-noir.fr/-gavroche-no38-mars-avril-1988-" rel="directory"&gt;Gavroche n&#176;38 - Mars-Avril 1988&lt;/a&gt;

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&lt;a href="https://www.partage-noir.fr/+-cgt-+" rel="tag"&gt;CGT&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.partage-noir.fr/+-georges-yvetot-+" rel="tag"&gt;Georges Yvetot &lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;img src='https://www.partage-noir.fr/local/cache-vignettes/L150xH84/arton1003-9c2bb.jpg?1774728621' class='spip_logo spip_logo_right' width='150' height='84' alt=&#034;&#034; /&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;La situation int&#233;rieure n'est pas suffisante, semble-t-il, &#224; expliquer la r&#233;action plus qu'&#233;nergique des autorit&#233;s. La politique ext&#233;rieure a &#233;galement pr&#233;sid&#233; &#224; la r&#233;pression : se pr&#233;parant de plus en plus &#224; livrer la guerre aux c&#244;t&#233;s du tsar, les dirigeants de l'&#201;tat fran&#231;ais redoutaient, au fond, de voir leur bellicisme remis en cause. Les responsables de la CGT vont, &#224; leur tour, et durement cette fois, faire les frais d'une politique visant &#224; pr&#233;server un consensus autour du minist&#232;re de la Guerre.&lt;/p&gt;
&lt;h3 class=&#034;spip&#034;&gt;18 dirigeants syndicaux en prison &lt;/h3&gt;
&lt;p&gt;Malgr&#233; le scandale du congr&#232;s de Chamb&#233;ry, la CGT ne renonce pas au &#171; Sou &#187;. Quitte &#224; embarrasser les instituteurs, Georges Yvetot r&#233;affirme, au congr&#232;s conf&#233;d&#233;ral du Havre, en septembre 1912, que le &#171; Sou &#187; n'est pas seulement une &#339;uvre de solidarit&#233;, mais une institution efficace de propagande antimilitariste. Ses fonctions importantes dans l'appareil syndical donnent un poids certain &#224; ses propos, d'autant que le congr&#232;s, &#224; l'unanimit&#233; moins 2 voix, confirme une nouvelle fois la n&#233;cessit&#233; des caisses du &#171; Sou du soldat &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La loi Berry-Millerand, qui permet d'envoyer dans des r&#233;giments disciplinaires, sections d'exclus ou &#171; Bat. d'Af. &#187; ; les antimilitaristes, gr&#233;vistes et autres manifestants, vient d'&#234;tre vot&#233;e. Le congr&#232;s invite alors les organisations conf&#233;d&#233;r&#233;es &#224; cr&#233;er une caisse des insoumis pour venir en aide aux jeunes accul&#233;s &#224; choisir l'exil plut&#244;t que le bagne.&lt;/p&gt;
&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;div class='spip_document_992 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_right spip_document_right spip_document_avec_legende' data-legende-len=&#034;81&#034; data-legende-lenx=&#034;xx&#034;
&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href='https://www.partage-noir.fr/IMG/jpg/affiche-de-la-c.g.t.-appelant-a-la-mobilisation-contre-la-loi-des-trois-ans-1913.-archives-de-paris-_img.jpg' class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/jpeg&#034;&gt; &lt;img src='https://www.partage-noir.fr/local/cache-vignettes/L500xH693/affiche-de-la-c.g.t.-appelant-a-la-mobilisation-contre-la-loi-des-trois-ans-1913.-archives-de-paris-_img-3e5dc.jpg?1774884833' width='500' height='693' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;figcaption class='spip_doc_legende'&gt; &lt;div class='spip_doc_titre '&gt;&lt;strong&gt;&lt;small&gt;Affiche de la CGT appelant &#224; la mobilisation contre la loi des trois ans (1913)&lt;/small&gt;
&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt; &lt;/figcaption&gt;&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;
&lt;p&gt;Contre la &#171; loi d'infamie &#187;, contre la loi de &#171; Trois ans &#187; surtout, qui porte la dur&#233;e du service militaire &#224; 3 ans (elle avait &#233;t&#233; r&#233;duite d'un an en 1905), la CGT m&#232;ne de grandes campagnes d'agitation, de concert, maintenant, avec le Parti socialiste.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;S'affichant plus volontiers internationaliste et pacifiste, la SFIO a &#233;volu&#233; ; la centrale syndicale aussi : on est loin du congr&#232;s d'Amiens (1906), qui approuvait et pr&#233;conisait &lt;q style=&#034;font-style: italic;&#034;&gt;toute action de propagande antimilitariste et antipatriotique qui peut seule compromettre la situation des arriv&#233;s et des arrivistes de toutes classes et de toutes &#233;coles politiques.&lt;/q&gt; La direction de la CGT est d&#233;sormais plus sensible aux th&#232;ses r&#233;formistes des socialistes mod&#233;r&#233;s et la r&#233;pression n'explique pas, &#224; elle seule, la &#171; prudence &#187; des circulaires qui accompagne maintenant l'envoi du &#171; Sou du soldat &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Divis&#233;e, se heurtant &#224; un patronat de plus en plus vigoureux, sans r&#233;els moyens financiers (rentr&#233;e des cotisations irr&#233;guli&#232;re, ni caisse de gr&#232;ve, ni caisse de ch&#244;mage), la CGT est bel et bien en crise. Ses effectifs sont en r&#233;gression, ses actions loin de donner les r&#233;sultats escompt&#233;s. La journ&#233;e de gr&#232;ve g&#233;n&#233;rale &#171; contre la guerre &#187;, le 16 d&#233;cembre 1912, n'est pas un franc succ&#232;s. Et les pr&#233;paratifs de guerre s'acc&#233;l&#232;rent.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Lorsqu'au printemps 1913 des soldats manifestent, dans plusieurs r&#233;giments, leur m&#233;contentement de devoir subir un an de caserne suppl&#233;mentaire, le gouvernement pense que l'occasion lui est favorable pour tenter de briser l'action antimilitariste des syndicats.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Bien s&#251;r, le &#171; Sou du soldat &#187; est en point de mire. Les autorit&#233;s frappent en deux temps. D'abord, le 26 mai 1913, une centaine de perquisitions ont lieu dans les milieux syndicaux. Et, le 1&lt;sup class=&#034;typo_exposants&#034;&gt;er&lt;/sup&gt; juillet &#224; l'aube, des responsables sont mis en &#233;tat d'arrestation. 18 dirigeants de la CGT sont finalement poursuivis au titre du &#171; Sou du soldat &#187;, sous l'inculpation &lt;q style=&#034;font-style: italic;&#034;&gt;d'incitation de militaires &#224; la d&#233;sob&#233;issance&lt;/q&gt;. Parmi eux, naturellement, celui qui avait coordonn&#233; inlassablement l'initiative : Georges Yvetot.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les militants redoublent d'activit&#233;, ils poursuivent l'&#339;uvre entreprise. Au grand dam des services de police qui continuent &#224; surveiller syndicalistes et b&#233;n&#233;ficiaires du &#171; Sou &#187;. Tracts, affiches, meetings de masse : Yvetot et ses co-inculp&#233;s sont plac&#233;s en libert&#233; provisoire apr&#232;s cinq mois d'incarc&#233;ration. Condamn&#233;s par d&#233;faut le 26 mars 1914, les leaders syndicaux voient leurs peines confirm&#233;es en mai : des amendes, mais aussi 6, 8 et 12 mois d'emprisonnement ; 167 mois de prison ont &#233;t&#233; distribu&#233;s. Les syndicalistes interjettent appel, mais la guerre mondiale se d&#233;cha&#238;ne avant qu'un jugement d&#233;finitif ne survienne...&lt;/p&gt;
&lt;h3 class=&#034;spip&#034;&gt;De simples travailleurs sous l'uniforme ? &lt;/h3&gt;
&lt;p&gt;L'Union sacr&#233;e et ses terribles cons&#233;quences mirent un terme &#224; cette pratique originale qu'aucune r&#233;pression n'avait pu entraver. Oubli&#233;es d&#233;sormais les lettres du type de celle que re&#231;ut, en octobre 1911, l'ancien charpentier Eug&#232;ne Cointreau, soldat &#224; Orl&#233;ans : &lt;q style=&#034;font-style: italic;&#034;&gt;Il faut, si nos ma&#238;tres veulent nous faire partir en guerre, que nous ob&#233;issions, mais alors que nous sachions choisir nos ennemis, qui ne sont certes pas les ouvriers allemands, mais tous ceux qui vivent de notre sueur ; nos ma&#238;tres en un mot, de quelque pays qu'ils soient (...)&lt;/q&gt; Oubli&#233;s, h&#233;las, ces envois de 5 ou 10 F accompagn&#233;s d'appels &#224; la fraternisation. Le poison nationaliste avait &#233;t&#233; plus fort.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les d&#233;clarations virulentes avaient beau succ&#233;der aux proclamations solennelles, les appels &#224; la d&#233;sob&#233;issance aux exhortations r&#233;p&#233;t&#233;es, les travailleurs syndiqu&#233;s ne s'&#233;taient aucunement pr&#233;par&#233;s &#224; s'opposer efficacement au d&#233;clenchement guerrier. Au jour de la mobilisation, les autorit&#233;s n'eurent nul besoin de faire intervenir les arrestations de &#171; meneurs &#187; dont les noms &#233;taient consign&#233;s dans le &#171; Carnet B &#187;. A la menace de &#171; gr&#232;ve g&#233;n&#233;rale insurrectionnelle &#187; brandie dans les congr&#232;s fit place le d&#233;sarroi. Le d&#233;sarroi, l'impuissance et l'aveuglement.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Force est d'admettre, avec Georges Dumoulin : &lt;q style=&#034;font-style: italic;&#034;&gt;Notre propagande antimilitariste, plus tapageuse que r&#233;elle, nous a tromp&#233;s. Les succ&#232;s, les applaudissements des meetings nous ont aveugl&#233;s. Nous nous sommes tromp&#233;s en nourrissant notre orgueil dans des congr&#232;s bruyants avec des motions boursoufl&#233;es et pleines de suffisance.&lt;/q&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2-1&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Georges Dumoulin, Les Syndicalistes fran&#231;ais et la guerre, 1921, p. 21.&#034; id=&#034;nh2-1&#034;&gt;1&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Justification&lt;i&gt; a posteriori &lt;/i&gt; ? Peut-&#234;tre. Erreur d'appr&#233;ciation ? S&#251;rement. L'analyse lucide des syndicalistes r&#233;volutionnaires s'accompagnait, sans doute possible, d'un radicalisme verbal certain, d'une impr&#233;paration totale &#224; l'action concr&#232;te. Et face &#224; la tourmente, les sociaux-d&#233;mocrates et syndicalistes mod&#233;r&#233;s d'outre-Rhin, autrement plus puissants et organis&#233;s, ne firent pas mieux.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;De nul effet pour arr&#234;ter l'horrible h&#233;catombe, le &#171; Sou du soldat &#187; a-t-il, au moins, &#233;t&#233; utile dans les conflits du travail ? Convenons, avec Jean-Jacques Becker que &lt;q style=&#034;font-style: italic;&#034;&gt;le syndicalisme avait incontestablement fabriqu&#233; des antimilitaristes ; il est beaucoup plus douteux qu'il ait produit de r&#233;els antipatriotes.&lt;/q&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2-2&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Jean-Jacques Becker, 1914 : Comment les Fran&#231;ais sont entr&#233;s dans la guerre, (&#8230;)&#034; id=&#034;nh2-2&#034;&gt;2&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt; Antimilitaristes bien plus qu'antipatriotes, soit. Le &#171; Sou du soldat &#187; a &#233;t&#233; pratiqu&#233; pendant quatorze ans par de tr&#232;s nombreux syndicats et les services de police l'ont assur&#233;ment pris au s&#233;rieux. Les circulaires qui accompagnaient souvent les mandats ont touch&#233; beaucoup de soldats. Les ont-elles r&#233;ellement convaincus ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans leurs tracts, papillons, affiches, journaux et brochures, les groupes antimilitaristes sp&#233;cifiques comme les syndicats ouvriers appelaient, de mani&#232;re r&#233;p&#233;t&#233;e et incessante, &#224; la &#171; gr&#232;ve militaire &#187;. Toute la propagande antimilitariste destin&#233;e aux travailleurs sous l'uniforme incitait inlassablement les prol&#233;taires devenus conscrits &#224; lever &#171; crosse en l'air &#187;... ou &#224; tirer sur leurs officiers, en cas d'affrontement dans une gr&#232;ve ou une manifestation de rue. L'on ne peut que constater avec tristesse que des gr&#233;vistes du b&#226;timent de Villeneuve-Saint-Georges aux ouvriers des sabli&#232;res de Draveil, des mineurs de Montceau-les-Mines aux viticulteurs de Champagne, innombrables furent pourtant les travailleurs qui firent dramatiquement les frais de l'ob&#233;issance aveugle des conscrits.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le nombre d'insoumis augmenta, il est vrai, quelque peu, au d&#233;but du si&#232;cle (5 157 insoumis en 1900, 7 807 en 1905, 9 786 en 1911). Mais gu&#232;re, en revanche, le nombre de d&#233;serteurs (1 873 en 1900, 2 316 en 1905, 2 548 en 1911)&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2-3&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Chiffres cit&#233;s page 66 de la note de synth&#232;se de la Direction de la S&#251;ret&#233; (&#8230;)&#034; id=&#034;nh2-3&#034;&gt;3&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;. Et Raoul Girardet n'a aucune peine &#224; rappeler que, &lt;q style=&#034;font-style: italic;&#034;&gt;malgr&#233; la v&#233;h&#233;mence des appels &#224; la &lt;q style=&#034;font-style: italic;&#034;&gt;gr&#232;ve militaire&lt;/q&gt;, il ne semble pas que le nombre de cas (...) de r&#233;bellion qu'aient &#224; juger les tribunaux militaires, ait jamais atteint de tr&#232;s inqui&#233;tantes proportions.&lt;/q&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2-4&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Raoul Girardet, La Soci&#233;t&#233; militaire dans la France contemporaine, Plon, (&#8230;)&#034; id=&#034;nh2-4&#034;&gt;4&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il y eut, bien s&#251;r, la mutinerie du 17&lt;sup class=&#034;typo_exposants&#034;&gt;e&lt;/sup&gt; r&#233;giment d'infanterie, en juin 1907, pendant le mouvement viticole. Une r&#233;volte lucide, aux connotations r&#233;gionales pr&#233;cises, entr&#233;e dans la l&#233;gende avec la chanson de Montehus, &#171; Gloire au 17&lt;sup class=&#034;typo_exposants&#034;&gt;e&lt;/sup&gt; &#187;. A la m&#234;me &#233;poque, les fraternisations furent cependant exceptionnelles, les refus d'ob&#233;issance collectifs extr&#234;mement rares. Curieuse m&#233;moire collective qui a totalement oubli&#233; les fusillades et charges de cavalerie qui, la m&#234;me ann&#233;e, en 1907 pr&#233;cis&#233;ment, firent nombre de morts et bless&#233;s &#224; Paris, Nantes, Raon-l'Etape et Narbonne...&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; &lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;tt&gt;&lt;widget_audio68&gt;&lt;/tt&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; &lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'ob&#233;issance pesait, la discipline &#233;tait respect&#233;e. Que pouvaient faire, qu'au-raient pu faire d'autre les soldats, conditionn&#233;s, encadr&#233;s, menac&#233;s de terribles sanctions comme ils l'&#233;taient ? Question d'importance, question politique essentielle. Non r&#233;solue dans la Gr&#232;ce de 1967, le Chili de septembre 1973 et tant d'autres pays o&#249; la soldatesque galonn&#233;e pratique si souvent le coup d'&#201;tat. Malgr&#233;, voire avec les conscrits.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;D&#232;s 1902, celui qui serait si longtemps l'artisan du &#171; Sou du soldat &#187;, Georges Yvetot, s'inqui&#233;tait d&#233;j&#224;, dans le &lt;i&gt;Nouveau Manuel du soldat&lt;/i&gt; : &lt;q style=&#034;font-style: italic;&#034;&gt;Les fils et les fr&#232;res des travailleurs deviendront des assassins s'ils n'ont pas le courage de refuser de tirer, de refuser la participation au massacre. (...) L'arm&#233;e de la nation, l'arm&#233;e compos&#233;e des fils du peuple est contre le peuple au service du patron.&lt;/q&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2-4&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034;&gt;4&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt; Les exhortations et d&#233;clarations virulentes ne sauraient suffire &#224; enrayer le terrible m&#233;canisme : &lt;q style=&#034;font-style: italic;&#034;&gt;La caserne fait de nous une machine &#224; ob&#233;ir, comme elle fait de nous une machine &#224; astiquer et &#224; marcher au pas.&lt;/q&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2-5&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;F&#233;d&#233;ration des Bourses du travail, Nouveau Manuel du soldat. La patrie. (&#8230;)&#034; id=&#034;nh2-5&#034;&gt;5&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt; Sous l'uniforme, les travailleurs devenaient des soldats. Des militaires.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; &lt;/p&gt;
&lt;table class=&#034;table spip&#034;&gt;
&lt;tbody&gt;
&lt;tr class='row_odd odd'&gt;
&lt;td&gt;&lt;strong&gt;&lt;q style=&#034;font-style: italic;&#034;&gt;Nous clamerons la v&#233;rit&#233; sur le militarisme&lt;/q&gt; &lt;/strong&gt; &lt;br class='autobr' /&gt;
Suite aux poursuites judiciaires, le Comit&#233; intersyndical du B&#226;timent de La Seine fait placarder, le 2 octobre 1912, l'affiche suivante : &lt;br class='autobr' /&gt;
&lt;q style=&#034;font-style: italic;&#034;&gt;Soldat ! &lt;br class='autobr' /&gt;
Les dirigeants bourgeois pr&#233;tendent nous interdire de te venir en aide par le Sou du soldat. &lt;br class='autobr' /&gt;
Ils te l'ont suffisamment d&#233;montr&#233; par les poursuites qu'ils ont engag&#233;es contre les militants alors que les organisations catholiques et bourgeoises l'ont organis&#233; avec une enti&#232;re libert&#233; : &lt;br class='autobr' /&gt;
Contre ces poursuites arbitraires nous protestons. &lt;br class='autobr' /&gt;
Ces messieurs redoutent que tu nous t&#233;moignes ta solidarit&#233; le jour de la r&#233;volte. &lt;br class='autobr' /&gt;
Ils veulent nous emp&#234;cher de d&#233;voiler le mensonge patriotique qui se cache sous les plis du drapeau. &lt;br class='autobr' /&gt;
Ils veulent nous interdire de d&#233;montrer que l'arm&#233;e ne sert, aujourd'hui. qu'&#224; faire &#339;uvre de jaunes et de policiers. &lt;br class='autobr' /&gt;
Ils veulent que nous gardions le silence sur leurs victoires monstrueuses de Fourmies, de Ch&#226;lons, de Villeneuve-Saint-Georges. &lt;br class='autobr' /&gt;
Ils veulent que nous ne d&#233;noncions pas leurs projets inf&#226;mes de faire de toi, un jour, le bourreau de tes fr&#232;res de mis&#232;re, les travailleurs qui luttent pour ta lib&#233;ration. &lt;br class='autobr' /&gt;
Malgr&#233; leurs menaces et leurs prisons, nous clamerons la v&#233;rit&#233; sur le militarisme. &lt;br class='autobr' /&gt;
N'oublie pas, soldat, que ce sont les travailleurs qui ont d&#233;voil&#233; les crimes militaristes. Ce sont eux qui se sont &#233;lev&#233;s contre l'assassinat du malheureux Arenoult ; c'est leur action et leur agitation qui ont arrach&#233; Rousset du bagne, ce h&#233;ros qui fut coupable d'avoir d&#233;nonc&#233; les crimes de Biribi. &lt;br class='autobr' /&gt;
N'oublie jamais que tu appartiens toujours &#224; la classe ouvri&#232;re, et que cette classe ouvri&#232;re veille sur toi, m&#234;me au r&#233;giment et qu'elle est pr&#234;te &#224; te d&#233;fendre le cas &#233;ch&#233;ant. &lt;br class='autobr' /&gt;
Si un jour on t'envoie sur un champ de gr&#232;ve pour soutenir le capitalisme rapace, tu penseras &#224; ta m&#232;re et tu n'oublieras point ton devoir de travailleur ; et si une brute galonn&#233;e te commande de tirer sur des travailleurs r&#233;clamant un plus gros morceau de pain pour leurs vieux et leurs petits. &lt;br class='autobr' /&gt;
PLUT&#212;T QUE D'OB&#201;IR A UN PAREIL CRIME, TU TOURNERAS TON ARME CONTRE L'ASSASSIN QUI T'AURA COMMAND&#201; UN ACTE AUSSI IMMONDE. &lt;br class='autobr' /&gt;
Tu montreras que tu n'es pas indigne de la classe ouvri&#232;re. &lt;br class='autobr' /&gt;
Les conseils syndicaux du B&#226;timent de la Seine.&lt;/q&gt;&lt;br class='autobr' /&gt;
(Suivent les signatures des conseils syndicaux : b&#226;timent, briquetiers, charpentiers en bois, charpentiers en fer, couvreurs-plombiers, granitiers, menuisiers, serruriers, tailleurs de pierre et ravaleurs, terrassiers)&lt;/td&gt;&lt;/tr&gt;
&lt;/tbody&gt;
&lt;/table&gt;
&lt;p&gt; &lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;hr /&gt;
		&lt;div class='rss_notes'&gt;&lt;div id=&#034;nb2-1&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2-1&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-1&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;1&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;Georges Dumoulin, &lt;i&gt;Les Syndicalistes fran&#231;ais et la guerre&lt;/i&gt;, 1921, p. 21.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2-2&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2-2&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-2&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;2&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;Jean-Jacques Becker, &lt;i&gt;1914 : Comment les Fran&#231;ais sont entr&#233;s dans la guerre&lt;/i&gt;, Presses de la Fondation nationale des sciences politiques, 1977, p. 87.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2-3&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2-3&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-3&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;3&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;Chiffres cit&#233;s page 66 de la note de synth&#232;se de la Direction de la S&#251;ret&#233; g&#233;n&#233;rale, &#171; L'Antimilitarisme et l'antipatriotisme en France, situation au 1&lt;sup class=&#034;typo_exposants&#034;&gt;er&lt;/sup&gt; d&#233;cembre 1912 &#187;, &#224; laquelle est annex&#233;e le rapport consacr&#233; au &#171; Sou du soldat &#187;. A.D. Mayenne M 3144, notamment.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2-4&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2-4&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-4&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;4&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;Raoul Girardet, &lt;i&gt;La Soci&#233;t&#233; militaire dans la France contemporaine&lt;/i&gt;, Plon, 1953, p. 245.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2-5&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2-5&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-5&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;5&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;F&#233;d&#233;ration des Bourses du travail, &lt;i&gt;Nouveau Manuel du soldat. La patrie. L'arm&#233;e. La guerre&lt;/i&gt;, 1902. Le signataire en est le secr&#233;taire des Bourses, Georges Yvetot. J'ai travaill&#233; sur la dixi&#232;me &#233;dition de 1903. Les citations proviennent des pages 9 et 10.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		
		</content:encoded>


		

	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>Antimilitarisme et syndicalisme : &#171; Le Sou du soldat &#187; (1900-1914) [3]</title>
		<link>https://www.partage-noir.fr/antimilitarisme-et-syndicalisme-le-sou-du-soldat-1900-1914-3</link>
		<guid isPermaLink="true">https://www.partage-noir.fr/antimilitarisme-et-syndicalisme-le-sou-du-soldat-1900-1914-3</guid>
		<dc:date>2022-01-24T23:05:00Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Michel Auvray </dc:creator>


		<dc:subject>CGT</dc:subject>

		<description>&lt;p&gt;La r&#233;pression n'emp&#234;che pas le &#171; Sou &#187; d'&#234;tre pratiqu&#233;, il s'en faut. Des f&#233;d&#233;rations nationales (m&#233;tallurgie, transports par voie ferr&#233;e, b&#226;timent) organisent elles-m&#234;mes l'action pour &#233;pargner aux Bourses de se voir supprim&#233;es les subventions municipales dont elles b&#233;n&#233;ficient souvent.&lt;/p&gt;

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&lt;a href="https://www.partage-noir.fr/-gavroche-no38-mars-avril-1988-" rel="directory"&gt;Gavroche n&#176;38 - Mars-Avril 1988&lt;/a&gt;

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&lt;a href="https://www.partage-noir.fr/+-cgt-+" rel="tag"&gt;CGT&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;img src='https://www.partage-noir.fr/local/cache-vignettes/L150xH75/arton1002-1a6f2.jpg?1774728621' class='spip_logo spip_logo_right' width='150' height='75' alt=&#034;&#034; /&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;La r&#233;pression n'emp&#234;che cependant pas le &#171; Sou &#187; d'&#234;tre pratiqu&#233;, il s'en faut. Des f&#233;d&#233;rations nationales (m&#233;tallurgie, transports par voie ferr&#233;e, b&#226;timent) organisent elles-m&#234;mes l'action pour &#233;pargner aux Bourses de se voir supprim&#233;es les subventions municipales dont elles b&#233;n&#233;ficient souvent.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La virulence de certaines lettres d'accompagnement ne fait pas plus de doute que les intentions des animateurs et coordinateurs du &#171; Sou &#187;. Ni simple instrument d'agitation antimilitariste, ni simple moyen d'am&#233;liorer l'ordinaire des syndiqu&#233;s encasern&#233;s, le &#171; Sou du soldat &#187; conserve pourtant une certaine ambigu&#239;t&#233;. L'historien du &#171; Carnet B &#187;, Jean-Jacques Becker, discerne &#224; ce sujet trois attitudes chez les militants : &lt;q style=&#034;font-style: italic;&#034;&gt;Certains affirment qu'ils ne sont pas antimilitaristes et que le Sou du soldat n'est qu'une affaire de solidarit&#233; ; d'autres ne cachent pas leurs sentiments antimilitaristes mais consid&#232;rent que le Sou du soldat n'en est pas moins uniquement &#339;uvre de solidarit&#233; ; enfin il en est qui veulent que le Sou du soldat s'int&#232;gre de fa&#231;on totale &#224; l'action antimilitariste.&lt;/q&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb3-1&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Jean-Jacques Becker, Le Carnet B, Ed. Klincksieck. 1973, p. 38.&#034; id=&#034;nh3-1&#034;&gt;1&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt; Ambigu&#239;t&#233; certaine, donc. En d&#233;finitive, c'est ce qui fait sa force, tant la prudence est souvent n&#233;cessaire, face aux autorit&#233;s, mais aussi envers certains syndicats moins prompts que d'autres &#224; s'engager &#224; fond dans l'action antimilitariste, ou qui risqueraient de subir trop durement les foudres de la r&#233;pression. Cette ambigu&#239;t&#233; entretenue va &#234;tre pr&#233;cis&#233;ment de mise avec le &#171; Sou &#187; des instituteurs.&lt;/p&gt;
&lt;h3 class=&#034;spip&#034;&gt;Les instituteurs aussi &lt;/h3&gt;
&lt;p&gt;L'Ecole publique des premi&#232;res d&#233;cennies de la III&lt;sup class=&#034;typo_exposants&#034;&gt;e&lt;/sup&gt; R&#233;publique avait &#233;t&#233; fondamentalement une &#233;cole de militarisme et de patriotisme. Le culte de la patrie avait remplac&#233; la religion du surnaturel, toutes les disciplines scolaires concouraient &#224; l'exacerbation du &#171; sentiment national &#187; : instruction civique, endoctrinement id&#233;ologique, initiation militaire (les fameux &#171; Bataillons scolaires &#187; !), l'&#233;ducation dispens&#233;e par les &#171; hussards noirs de la R&#233;publique &#187; donnait aux &#233;coliers un avant-go&#251;t de la caserne, les pr&#233;parait aux futurs sacrifices.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Au d&#233;but du XX&lt;sup class=&#034;typo_exposants&#034;&gt;e&lt;/sup&gt; si&#232;cle, les instituteurs &#8212;&#224; tout le moins une partie d'entre eux&#8212; ont &#233;volu&#233; vers un pacifisme certain, voire un antimilitarisme avou&#233;, plus rarement antipatriotisme affich&#233;. L'affaire Dreyfus a fait prendre conscience des dangers du militarisme pour les droits de l'homme, les valeurs humanistes, les id&#233;aux socialistes (au sens large) ont progress&#233;. L'arm&#233;e, comme l'&#201;glise, appara&#238;t plus clairement comme un obstacle &#224; la d&#233;mocratie et &#224; la paix.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pour les enseignants soucieux de promouvoir une p&#233;dagogie rationnelle et humaine, bas&#233;e sur l'&#233;galit&#233; et la fraternit&#233;, l'institution militaire repr&#233;sente, &#224; l'&#233;vidence, un anti-mod&#232;le dangereux. La caserne, avec sa discipline et ses contraintes aussi absurdes qu'avilissantes, n'est-elle pas le symbole m&#234;me de toute n&#233;gation d'autonomie et de libert&#233; ? Voici quelques ann&#233;es que les enseignants, qui ne sont plus d&#233;sormais dispens&#233;s d'accomplir le service militaire, en font la douloureuse exp&#233;rience.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Climat social, souci p&#233;dagogique, confrontation avec l'univers clos de la soldatesque, la fr&#233;quentation des Bourses du travail fera le reste : des instituteurs syndicalistes en arrivent, peu &#224; peu, &#224; remettre en cause le patriotisme en tant qu'id&#233;ologie li&#233;e au militarisme. Ils ne sont gu&#232;re tr&#232;s nombreux, sans doute, minoritaires parmi les minoritaires. Mais la syndicalisation des enseignants est en marche. Elle acc&#233;l&#232;re les prises de conscience et inqui&#232;te les gouvernants.&lt;/p&gt;
&lt;h3 class=&#034;spip&#034;&gt;Le congr&#232;s du scandale &lt;/h3&gt;
&lt;p&gt;Regroup&#233;s jusqu'alors en amicales d'esprit pour le moins &#171; mod&#233;r&#233; &#187;, des enseignants de tendance plus r&#233;volutionnaire cr&#233;&#232;rent, en 1905, la F&#233;d&#233;ration Nationale des Syndicats d'Instituteurs. L'adh&#233;sion &#224; la CGT, vot&#233;e en 1907, devint effective deux ans plus tard. Au congr&#232;s conf&#233;d&#233;ral de Toulouse (1910), les d&#233;l&#233;gu&#233;s des instituteurs votent les motions antimilitaristes. Arrive le congr&#232;s f&#233;d&#233;ral de Chamb&#233;ry o&#249;, le 16 ao&#251;t 1912, les d&#233;l&#233;gu&#233;s des 46 syndicats d'instituteurs repr&#233;sent&#233;s adoptent &#224; l'unanimit&#233; la r&#233;solution suivante : &lt;q style=&#034;font-style: italic;&#034;&gt;Afin de maintenir les relations existantes entre les camarades syndiqu&#233;s soldats et leur groupement, il est institu&#233; dans chaque syndicat une &#339;uvre sp&#233;ciale, dite de &lt;q style=&#034;font-style: italic;&#034;&gt;Sou du soldat&lt;/q&gt;, destin&#233;e &#224; leur venir en aide moralement et p&#233;cuniairement. Dans les Bourses du travail, o&#249; existe le &lt;q style=&#034;font-style: italic;&#034;&gt;Sou du soldat&lt;/q&gt;, les syndiqu&#233;s devront adh&#233;rer &#224; cette organisation.&lt;/q&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est court, simple, pr&#233;cis : &lt;q style=&#034;font-style: italic;&#034;&gt;venir en aide moralement et p&#233;cuniairement&lt;/q&gt; aux jeunes coll&#232;gues sous les drapeaux. Rien d'extraordinaire &#224; cela. Cela fait douze ans qu'une telle d&#233;marche se pratique &#224; la CGT ; la F&#233;d&#233;ration des syndicats d'instituteurs venant d'adh&#233;rer &#224; la conf&#233;d&#233;ration syndicale. il est on ne peut plus logique qu'elle en adopte les orientations et modes d'action. Mieux m&#234;me, le ton de la r&#233;solution est particuli&#232;rement mesur&#233;, tr&#232;s &#233;loign&#233; des ordres du jour et circulaires de syndicats ouvriers. C'est pourtant un scandale. Soudain. Aussi violent qu'inattendu. Au conseil g&#233;n&#233;ral de l'Ain, l'ancien ministre de la Guerre, le radical Messimy, s'indigne : &lt;q style=&#034;font-style: italic;&#034;&gt;(...) Nous sommes ardemment attach&#233;s &#224; l'&#233;cole la&#239;que et c'est justement &#224; cause de cela, parce que je suis convaincu qu'il est n&#233;cessaire de faire passer les enfants par l'&#233;cole la&#239;que, c'est &#224; cause de cela que plus vivement qu'aucun autre, je tiens &#224; m'&#233;lever contre ces faits attristants. (...)&lt;/q&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; &lt;/p&gt;
&lt;table class=&#034;table spip&#034;&gt;
&lt;tbody&gt;
&lt;tr class='row_odd odd'&gt;
&lt;td&gt;&lt;strong&gt;&#171; Tu ne tueras point &#187;&lt;/strong&gt;&lt;br class='autobr' /&gt;
&lt;q style=&#034;font-style: italic;&#034;&gt;Mon cher camarade. Les travailleurs, tes fr&#232;res de mis&#232;re et d'esclavage que tu as laiss&#233;s au syndicat pour aller &#224; l'arm&#233;e se souviennent de toi et t'envoient leur plus cordial salut en te disant courage. &lt;br class='autobr' /&gt;
Ils aspirent ardemment comme toi &#224; ta lib&#233;ration prochaine, libre enfin de revenir parmi eux soutenir le bon combat pour des destin&#233;es meilleures. Ils te prient de rester &#224; la caserne le bon camarade qu'ils ont connu, l'&#234;tre &#233;pris de libert&#233; et de fraternit&#233;, car en jetant un &#339;il en arri&#232;re, tu te rappelleras les r&#233;cents &#233;v&#233;nements tragiques de Villeneuve-St-Georges o&#249; des troupiers, comme toi, fous, ivres de sang, ont tu&#233; des ouvriers, leurs fr&#232;res de la veille. &lt;br class='autobr' /&gt;
Tu dois savoir que ces crimes monstrueux ne sont commis que pour le profit des patrons et des capitalistes et qu'&#224; toi, pauvre instrument docile entre les mains criminelles qui te commandent, il ne reste, apr&#232;s l'attentat consomm&#233;, que des remords et le m&#233;pris des travailleurs conscients. &lt;br class='autobr' /&gt;
Si le malheur voulait que tu sois appel&#233; sur un champ de gr&#232;ve, tu m&#233;diteras ces v&#233;rit&#233;s et pour rien au monde tu ne deviendras l'assassin de tes fr&#232;res de labeur. Tu penseras &#224; ton p&#232;re, &#224; ta m&#232;re, &#224; tes fr&#232;res, &#224; tous ceux que tu aimes et qui t'aiment, et dans un geste magnanime tu resteras bon, tu ne tueras pas. &lt;br class='autobr' /&gt;
Ci-joint cinq francs pour tes &#233;trennes, que tes camarades t'envoient comme marque de leur solidarit&#233;. &lt;br class='autobr' /&gt;
Eduque-toi et reste un homme. &lt;br class='autobr' /&gt;
Notre salut fraternel. &lt;br class='autobr' /&gt;
Pour le conseil d'administration, le secr&#233;taire g&#233;n&#233;ral. Pierre Hervier.&lt;/q&gt;&lt;br class='autobr' /&gt;
(Circulaire de la Bourse du travail de Bourges. &lt;br class='autobr' /&gt;
Non dat&#233;e. Vraisemblablement 1909 ou 1910&lt;/td&gt;&lt;/tr&gt;
&lt;/tbody&gt;
&lt;/table&gt;
&lt;p&gt; &lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Rapidement, une partie de la &#171; grande presse &#187; embo&#238;te le pas. Les journaux bourgeois et cl&#233;ricaux que sont &lt;i&gt;Le Temps, L'Echo de Paris, La France, Le Rappel, &lt;/i&gt; accusent le syndicat des instituteurs d'&#234;tre aux mains des anarchistes, en appellent &#224; la r&#233;pression. &#171; Leur ennemie, la France ! &#187;, titre m&#234;me &lt;i&gt;L'Eclair&lt;/i&gt;, le 17 septembre.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Surpris par de telles r&#233;actions, les dirigeants de la F&#233;d&#233;ration des instituteurs relativisent, se d&#233;fendent publiquement d'avoir agi par antimilitarisme. Face &#224; la presse de droite qui hurle &#224; la trahison, certains font m&#234;me assaut de d&#233;clarations patriotiques. Ainsi, dans une d&#233;claration au journal &lt;i&gt;Le Rappel&lt;/i&gt;, le secr&#233;taire du syndicat de la Seine, Andr&#233; Chapolin, se veut-il rassurant : &lt;q style=&#034;font-style: italic;&#034;&gt;II est possible que les syndicats du b&#226;timent aient joint une circulaire antimilitarisme &#224; un envoi d'argent. Qu'est-ce qui prouve que nous le ferons &#233;galement ? Rien. Pourquoi alors nous poursuivre ? Non, non, dites-le bien, nous ne sommes ni antimilitaristes, ni antipatriotes.&lt;/q&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb3-2&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Cit&#233; par Jean-Jacques Becker, Le Carnet B. op. cit.. p. 34.&#034; id=&#034;nh3-2&#034;&gt;2&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pris &#224; partie, conspu&#233;s, injuri&#233;s, les instituteurs affirment ne vouloir conna&#238;tre du &#171; Sou du soldat &#187; que son caract&#232;re de solidarit&#233; corporative. Mais leurs d&#233;n&#233;gations n'arr&#234;tent aucunement la r&#233;pression. D&#232;s le 23 ao&#251;t, une circulaire du ministre de l'Instruction publique, Guist'hau, ordonne la dissolution des syndicats d'instituteurs : &lt;q style=&#034;font-style: italic;&#034;&gt;Il ne faut pas qu'une minorit&#233; turbulente continue plus longtemps de faire le jeu des ennemis de l'&#233;cole, de jeter le discr&#233;dit le plus injuste sur son enseignement. Et puisqu'il est maintenant av&#233;r&#233; que les syndicats d'instituteurs deviennent des centres d'agitation politique, des foyers de d&#233;sagr&#233;gation nationale, un gouvernement r&#233;publicain, soucieux des int&#233;r&#234;ts de l'&#233;cole r&#233;publicaine, se doit &#224; lui-m&#234;me de les supprimer sans retard. L'intol&#233;rable ne peut &#234;tre tol&#233;r&#233;.&lt;/q&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb3-3&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Cit&#233; par Thierry Flammant, in L'Ecole Emancip&#233;e. Une contre-culture de la (&#8230;)&#034; id=&#034;nh3-3&#034;&gt;3&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;
&lt;h3 class=&#034;spip&#034;&gt;Des syndicats d'instituteurs dissous &lt;/h3&gt;
&lt;p&gt;En principe, le droit syndical &#233;tait certes d&#233;ni&#233; aux fonctionnaires. Tol&#233;r&#233;s jusqu'alors, les syndicats d'instituteurs doivent &#234;tre dissous par les pr&#233;fets avant le 10 septembre.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La gravit&#233; de la mesure jette le trouble dans les esprits. Le moins que l'on puisse dire, c'est qu'il y a un certain flottement chez les instituteurs syndiqu&#233;s. Le syndicat du Morbihan, qui devait prendre la direction de la F&#233;d&#233;ration, demande aux syndicats d&#233;partementaux de se conformer aux directives minist&#233;rielles ; &#224; l'inverse, plusieurs d&#233;partements (La Seine avec Andr&#233; Chapolin, le Maine-et-Loire avec Louis et Gabrielle Bouet, la Charente avec Fran&#231;ois et Marie Mayoux) invitent tous les syndicats &#224; maintenir leurs organisations. Un manifeste, qui recueille rapidement 800 signatures, est publi&#233; par &lt;i&gt;l'Ecole Emancip&#233;e &lt;/i&gt; : les positions de la F&#233;d&#233;ration y sont r&#233;affirm&#233;es avec fermet&#233; mais mod&#233;ration. R&#233;cusant les accusations d'antipatriotisme, il met l'accent sur le caract&#232;re de la solidarit&#233; du &#171; Sou &#187;. Les premiers signataires n'en sont pas moins sanctionn&#233;s.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Conseil de discipline, tribunal correctionnel, peines d'amendes. Et dissolution de quatre syndicats d&#233;partementaux &#171; de pointe &#187; (Seine, Bouches-du-Rh&#244;ne, Maine-et-Loire, Rh&#244;ne). La CGT manifeste ouvertement son soutien, invitant Chalopin &#224; pr&#233;sider la premi&#232;re s&#233;ance de son congr&#232;s tenu au Havre. en septembre. En leur faveur, des d&#233;put&#233;s socialistes interviennent &#224; la Chambre, o&#249; l'affaire occupe plusieurs s&#233;ances.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Appels interjet&#233;s en justice, puis amnistie, les dissolutions resteront lettre morte. Comme le rel&#232;ve Thierry Flammant dans son excellent ouvrage consacr&#233; &#224; &lt;i&gt;l'Ecole Emancip&#233;e&lt;/i&gt; : &lt;q style=&#034;font-style: italic;&#034;&gt;La r&#233;sistance des instituteurs, group&#233;s autour de &lt;span style=&#034;font-style:normal;&#034;&gt;l'Ecole Emancip&#233;e&lt;/span&gt;, aura finalement raison des foudres r&#233;publicaines et le vote de Chamb&#233;ry aura des r&#233;percussions dans les syndicats ouvriers lyonnais et fera t&#226;che d'huile chez les terrassiers et les m&#233;tallurgistes.&lt;/q&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb3-4&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Thierry Flammant, ibid., p. 238.&#034; id=&#034;nh3-4&#034;&gt;4&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Echec de la r&#233;pression, donc ? L'on peut s'interroger sur le fait de savoir si l'institution du &#171; Sou &#187; n'a pas &#233;t&#233;, pour les pouvoirs publics, un pr&#233;texte plut&#244;t qu'un motif r&#233;el. Les promoteurs du &#171; Sou &#187; au congr&#232;s de Chamb&#233;ry (Fontaine et Raffin) &#233;taient, il est vrai, des militants anarchistes lyonnais. Sans doute envisageaient-ils d'y associer une propagande antimilitariste au sein des casernes. Rien ne permet pourtant d'affirmer que le &#171; Sou &#187; des instituteurs ait d&#251; &#234;tre de m&#234;me nature que celui des Bourses. Les d&#233;n&#233;gations publiques face &#224; la r&#233;pression n'&#233;taient pas dues qu'&#224; la prudence. Pour la grande majorit&#233; des enseignants syndiqu&#233;s cette pratique ne repr&#233;sentait-elle pas, avant tout, un pas de plus vers la classe ouvri&#232;re et la CGT initiatrice du &#171; Sou &#187; ? Et, en ce sens, l'organisation d'une f&#233;d&#233;ration de fonctionnaires totalement li&#233;e au mouvement ouvrier et qui avait doubl&#233; ses effectifs en deux ans (1 400 syndiqu&#233;s en 1910, 3 000 en 1912), pouvait-elle laisser un gouvernement r&#233;actionnaire indiff&#233;rent ? Si l'on en croit Pierre Monatte, &lt;q style=&#034;font-style: italic;&#034;&gt;le gouvernement sauta sur cette r&#233;solution pour prononcer la dissolution des syndicats d'instituteurs sous pr&#233;texte d'antimilitarisme et d'antipatriotisme. En r&#233;alit&#233; parce que les instituteurs se rapprochaient de la classe ouvri&#232;re.&lt;/q&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb3-5&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Cit&#233; par Thierry Flammant, ibid., p. 239.&#034; id=&#034;nh3-5&#034;&gt;5&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pr&#233;texte plausible, en effet, qui servit aussi de moyen aux d&#233;put&#233;s de droite d'attiser les relations entre radicaux et socialistes. Les tenants d'une id&#233;ologie r&#233;publicaine non d&#233;nu&#233;e de chauvinisme ont pu craindre de ne plus contr&#244;ler comme ils l'entendaient ces lieux d'int&#233;gration nationale qu'&#233;taient les &#233;tablissements scolaires. Il n'est, en d&#233;finitive, pas surprenant que les cris scandalis&#233;s d'une presse assimilant l'initiative des instituteurs &#224; une trahison aient pu rencontrer un certain &#233;cho. La syndicalisation des instituteurs, leur prise de conscience politique et sociale pouvait &#234;tre comprise comme une d&#233;sertion : de classe.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; &lt;/p&gt;
&lt;table class=&#034;table spip&#034;&gt;
&lt;tbody&gt;
&lt;tr class='row_odd odd'&gt;
&lt;td&gt;&lt;b&gt;&lt;q style=&#034;font-style: italic;&#034;&gt;Propagez nos id&#233;es, faites &#339;uvre de bon syndiqu&#233;...&lt;/q&gt;&lt;/b&gt;&lt;br class='autobr' /&gt;
&lt;q style=&#034;font-style: italic;&#034;&gt;En ce jour de 1&lt;sup class=&#034;typo_exposants&#034;&gt;er&lt;/sup&gt; mai, nous songeons &#224; ceux qui nous ont quitt&#233;s pour endosser la livr&#233;e militaire, laissant au foyer parents et amis, d'aucuns ont laiss&#233; femmes et enfants et cela pour servir la Patrie. &lt;br class='autobr' /&gt;
Nous tenons &#224; vous rappeler que vous &#234;tes soldat aujourd'hui, ouvrier demain ; nous voulons dans votre milieu continuer votre &#233;ducation, afin qu'en sortant vous soyez plus aguerri pour continuer la lutte un instant interrompue. &lt;br class='autobr' /&gt;
Camarade, faites de la propagande syndicale autour de vous, propagez nos id&#233;es, faites &#339;uvre de bon syndiqu&#233; et d'ouvrier conscient. &lt;br class='autobr' /&gt;
Ci-joint la somme de deux francs, comptant que vous en ferez bon usage. &lt;br class='autobr' /&gt;
Recevez mon salut fraternel. &lt;br class='autobr' /&gt;
Pour le comit&#233;, le secr&#233;taire : Batas. &lt;br class='autobr' /&gt;
P.S. Vous recevrez sous peu une nouvelle circulaire.&lt;/q&gt;&lt;br class='autobr' /&gt;
(Circulaire envoy&#233;e le 30 avril 1911 par la Bourse du travail de Saint-Malo)&lt;/td&gt;&lt;/tr&gt;
&lt;/tbody&gt;
&lt;/table&gt;
&lt;p&gt; &lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;hr /&gt;
		&lt;div class='rss_notes'&gt;&lt;div id=&#034;nb3-1&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh3-1&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 3-1&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;1&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;Jean-Jacques Becker, &lt;i&gt;Le Carnet B&lt;/i&gt;, Ed. Klincksieck. 1973, p. 38.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb3-2&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh3-2&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 3-2&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;2&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;Cit&#233; par Jean-Jacques Becker, &lt;i&gt;Le Carnet B&lt;/i&gt;. op. cit.. p. 34.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb3-3&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh3-3&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 3-3&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;3&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;Cit&#233; par Thierry Flammant, in &lt;i&gt;L'Ecole Emancip&#233;e. Une contre-culture de la Belle Epoque&lt;/i&gt;. Ed. Les Mon&#233;di&#232;res, 1982, p. 237.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb3-4&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh3-4&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 3-4&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;4&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;Thierry Flammant, ibid., p. 238.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb3-5&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh3-5&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 3-5&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;5&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;Cit&#233; par Thierry Flammant, ibid., p. 239.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		
		</content:encoded>


		

	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>Antimilitarisme et syndicalisme : &#171; Le Sou du soldat &#187; (1900-1914) [2]</title>
		<link>https://www.partage-noir.fr/antimilitarisme-et-syndicalisme-le-sou-du-soldat-1900-1914-2</link>
		<guid isPermaLink="true">https://www.partage-noir.fr/antimilitarisme-et-syndicalisme-le-sou-du-soldat-1900-1914-2</guid>
		<dc:date>2022-01-23T23:07:00Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Michel Auvray </dc:creator>


		<dc:subject>Georges Yvetot </dc:subject>
		<dc:subject>CGT</dc:subject>

		<description>
&lt;p&gt;Les premiers r&#233;sultats sont somme toute modestes. Mais bient&#244;t l'action est prise en main par le secr&#233;taire de la F&#233;d&#233;ration des Bourses, Georges Yvetot, qui devient, apr&#232;s l'unit&#233; syndicale, le n&#176;2 de la CGT. L'auteur du Nouveau Manuel du soldat &#8212;qui para&#238;t en 1902 et &#233;voque, bien s&#251;r, le &#171; Sou &#187; dans sa conclusion&#8212; va d&#232;s lors consacrer des efforts incessants &#224; donner vie et r&#233;alit&#233; &#224; l'institution. &lt;br class='autobr' /&gt;
Sans attendre, il adresse &#224; chacune des Bourses 500 lettres &#224; faire parvenir aux soldats (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://www.partage-noir.fr/-gavroche-no38-mars-avril-1988-" rel="directory"&gt;Gavroche n&#176;38 - Mars-Avril 1988&lt;/a&gt;

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&lt;a href="https://www.partage-noir.fr/+-georges-yvetot-+" rel="tag"&gt;Georges Yvetot &lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.partage-noir.fr/+-cgt-+" rel="tag"&gt;CGT&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;img src='https://www.partage-noir.fr/local/cache-vignettes/L150xH92/arton1001-eb5fc.jpg?1774728621' class='spip_logo spip_logo_right' width='150' height='92' alt=&#034;&#034; /&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;Les premiers r&#233;sultats sont somme toute modestes. Mais bient&#244;t l'action est prise en main par le secr&#233;taire de la F&#233;d&#233;ration des Bourses, Georges Yvetot, qui devient, apr&#232;s l'unit&#233; syndicale, le n&#176;2 de la CGT. L'auteur du &lt;i&gt;Nouveau Manuel du soldat&lt;/i&gt; &#8212;qui para&#238;t en 1902 et &#233;voque, bien s&#251;r, le &#171; Sou &#187; dans sa conclusion&#8212; va d&#232;s lors consacrer des efforts incessants &#224; donner vie et r&#233;alit&#233; &#224; l'institution.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Sans attendre, il adresse &#224; chacune des Bourses 500 lettres &#224; faire parvenir aux soldats stationn&#233;s dans leur ville. Les appel&#233;s sont invit&#233;s &#224; fr&#233;quenter les &#171; maisons &#187; syndicales : &lt;q style=&#034;font-style: italic;&#034;&gt;Au milieu de nous ils seront chez eux (...). Il sera mis &#224; leur disposition papier &#224; lettre et timbres-postes ; ils auront libre acc&#232;s &#224; nos cours professionnels, r&#233;unions r&#233;cr&#233;atives ou corporatives, conf&#233;rences litt&#233;raires, artistiques, scientifiques ou sociales, ainsi qu'&#224; nos biblioth&#232;ques, etc.&lt;/q&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Alert&#233;, le ministre de la Guerre ne tarde pas &#224; faire interdire aux militaires l'acc&#232;s aux Bourses. Il s'inqui&#232;te m&#234;me que les soldats puissent entendre un autre langage que celui des officiers : &lt;q style=&#034;font-style: italic;&#034;&gt;Il importe d'ailleurs que cette propagande soit soigneusement exclue de la caserne et que des mesures soient prises pour en interdire l'acc&#232;s &#224; tout &#233;crit ou imprim&#233; analogue qui, sous une forme quelconque, pr&#233;tendrait exercer sur le soldat une action ind&#233;pendante de l'autorit&#233; militaire ou non contr&#244;l&#233;e par elle.&lt;/q&gt;(G&#233;n&#233;ral Andr&#233;, lettre confidentielle au gouverneur militaire de Paris, avril 1902)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;D&#233;buts difficiles, tr&#232;s surveill&#233;s, entrav&#233;s m&#234;me par les autorit&#233;s. La question du &#171; Sou du soldat &#187; n'en revient pas moins &#224; l'ordre du jour de tous les congr&#232;s syndicaux, notamment conf&#233;d&#233;raux (Bourges en 1904, Amiens en 1906, Marseille en 1908), avant que d'&#234;tre largement relanc&#233;e au d&#233;but de la d&#233;cennie suivante. Ce sont d&#233;sormais des dizaines de Bourses, de tr&#232;s nombreux syndicats qui adressent, plus ou moins r&#233;guli&#232;rement il est vrai, semblable envoi aux soldats. Une circulaire accompagne souvent les mandats, &#224; l'occasion du jour de l'an ou du 1&lt;sup class=&#034;typo_exposants&#034;&gt;er&lt;/sup&gt; mai. Les secr&#233;taires des Bourses, signataires de ces lettres, exercent un mandat syndical. Faut-il d&#232;s lors s'&#233;tonner que le contenu de ces courriers refl&#232;te leurs pr&#233;occupations de syndicalistes ?&lt;/p&gt;
&lt;h3 class=&#034;spip&#034;&gt;Un moyen d'action antimilitariste &lt;/h3&gt;
&lt;p&gt;Tous les leaders de la jeune CGT et, &lt;i&gt;a fortiori&lt;/i&gt;, tous les adh&#233;rents de la centrale syndicale ne sont pas, &#224; proprement parler, des militants antimilitaristes. Tous ne sont pas, comme &#201;mile Pouget ou Paul Delessale, venus de l'anarchisme. Ni, comme Georges Yvetot, membres tr&#232;s actifs d'un groupement sp&#233;cifique tel que l'Association Internationale Antimilitariste (AIA), cr&#233;&#233;e en 1904 &#224; Amsterdam. Force est pourtant de constater qu'&#224; l'aube du XX&lt;sup class=&#034;typo_exposants&#034;&gt;e&lt;/sup&gt; si&#232;cle les animateurs du mouvement ouvrier sont des syndicalistes r&#233;volutionnaires qui ont pour souci de d&#233;noncer et combattre le militarisme, d'en faire une critique radicale pour aboutir non &#224; la &#171; d&#233;mocratisation &#187; de l'arm&#233;e (comme les radicaux) ou &#224; sa r&#233;forme (comme les socialistes, partisans de milices inspir&#233;es de la Suisse), mais &#224; sa suppression totale.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;D&#232;s sa cr&#233;ation, la CGT se place, en effet, dans une perspective r&#233;volutionnaire. Entendant &lt;q style=&#034;font-style: italic;&#034;&gt;regrouper, en dehors des &#233;coles politiques, tous les travailleurs conscients de la lutte &#224; mener pour la disparition du salariat et du patronat&lt;/q&gt; (Congr&#232;s de Montpellier, 1902), le syndicat, organe de lutte dans le domaine &#233;conomique, analyse en termes de lutte de classes les r&#244;les et fonctions de l'appareil militaire.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;A plusieurs reprises, les syndicalistes r&#233;volutionnaires ont alors le sentiment de vivre une veill&#233;e d'armes avant l'assaut contre la soci&#233;t&#233; bourgeoise et il est ais&#233; de percevoir la n&#233;cessit&#233; qui est la leur de neutraliser, &#224; tout le moins, la troupe. Pacifistes, internationalistes et bient&#244;t de plus en plus clairement antipatriotes, ils ont &#233;galement pour souci d'&#233;viter la guerre entre nations. Pour tenter de s'opposer &#224; la terrible boucherie qui menace d'&#233;clater &#8212;plusieurs fois, l'on craint le pire, du &#171; Coup &#187; de Tanger &#224; l'affaire d'Agadir&#8212; ils proclament haut et fort, au fil des congr&#232;s, qu'&#224; toute d&#233;claration de guerre, ils veulent r&#233;pondre par la &lt;q style=&#034;font-style: italic;&#034;&gt;gr&#232;ve g&#233;n&#233;rale insurrectionnelle&lt;/q&gt; (Congr&#232;s de Marseille, 1908, notamment).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Au-del&#224; de ces moments de crise, c'est dans la lutte quotidienne que l'arm&#233;e joue un r&#244;le de &#171; fusilleuse &#187;, de &#171; briseuse de gr&#232;ve &#187;. &lt;q style=&#034;font-style: italic;&#034;&gt;A Longwy en septembre 1905, &lt;span style=&#034;font-style:normal;&#034;&gt;nous rappelle Madeleine Reberioux,&lt;/span&gt; &#224; Raon-l'Etape en juillet 1907, ce sont les forces de l'ordre qui tuent ; dans le bassin de Lens, apr&#232;s la catastrophe de Courri&#232;res, le sang ne coule qu'apr&#232;s l'entr&#233;e en sc&#232;ne de la cavalerie.&lt;/q&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb5-1&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Madeleine Reberioux, La R&#233;publique radicale ?, Ed. du Seuil, 1975, p. 89.&#034; id=&#034;nh5-1&#034;&gt;1&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt; Les forces de police suppl&#233;mentaires sont manifestement insuffisantes &#224; contenir la mont&#233;e des gr&#232;ves et les soldats sont constamment utilis&#233;s dans le maintien de l'&#171; ordre &#187;. &lt;q style=&#034;font-style: italic;&#034;&gt;Chaque fois que des travailleurs tentent d'obtenir, par la gr&#232;ve, quelques maigres avantages, une petite am&#233;lioration de leur sort, c'est &#224; la troupe qu'ils ont affaire. A chaque pas, le gr&#233;viste se heurte au soldat&lt;/q&gt;, note am&#232;rement Yvetot dans le &lt;i&gt;Nouveau Manuel du soldat&lt;/i&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;h3 class=&#034;spip&#034;&gt;Appel &#224; la d&#233;sob&#233;issance &lt;/h3&gt;
&lt;p&gt;Les jours de gr&#232;ve ou de manifestations syndicales, les pelotons de cavalerie patrouillent, en effet, dans les rues des faubourgs ouvriers. Devant l'usine aux portes closes, devant les demeures bourgeoises du patron et de l'ing&#233;nieur s'alignent les rangs des fantassins. Parfois, comme &#224; Saint-&#201;tienne, Ch&#226;lons-sur-Marne, Draveil, Villeneuve-Saint-Georges ou Limoges, la cavalerie charge dans la foule, les soldats font feu. Et tuent. La liste est longue des victimes du fusil &#171; Lebel &#187; : 9 morts et 167 bless&#233;s pour la seule ann&#233;e 1907, 10 morts et 600 bless&#233;s l'ann&#233;e suivante.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;D'autres fois, des milliers de militaires occupent le carreau des mines, les gares et les voies ferr&#233;es ; des soldats sont employ&#233;s &#224; faire les &#171; jaunes &#187; en rempla&#231;ant les travailleurs. Et l'on voit m&#234;me des gr&#233;vistes contraints de reprendre leur travail (les cheminots) sous peine d'&#234;tre poursuivis comme insoumis : ils &#233;taient convoqu&#233;s &#224; une p&#233;riode militaire de r&#233;serve sur leur lieu de travail !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'antimilitarisme du mouvement ouvrier est, certes, avant tout, l'une des formes de la lutte des classes. Mais les th&#233;oriciens et orateurs du syndicalisme r&#233;volutionnaire n'ont aucune difficult&#233; &#224; montrer dans l'arm&#233;e le supr&#234;me rempart d'un ordre social qu'il s'agit de renverser. L'antimilitarisme qu'ils s'efforcent de d&#233;velopper trouve son aliment le plus s&#251;r dans le d&#233;roulement h&#233;las fr&#233;quent des conflits sociaux.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans ces conditions, l'on conviendra qu'il serait incons&#233;quent pour eux de ne pas utiliser le &#171; Sou du soldat &#187; comme instrument privil&#233;gi&#233; de propagande et d'agitation. Nombre de syndicats ne s'en privent pas, ce dont t&#233;moignent les archives de la police.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Depuis la cr&#233;ation du &#171; Sou &#187;, les policiers surveillent son d&#233;veloppement. Ils enqu&#234;tent, interceptent les lettres adress&#233;es &#224; des soldats, les archivent et les comparent. La note de synth&#232;se que consacrera la S&#251;ret&#233; g&#233;n&#233;rale au &#171; Sou &#187;, &#224; la date du 1&lt;sup class=&#034;typo_exposants&#034;&gt;er&lt;/sup&gt; d&#233;cembre 1912, est un document remarquable, pr&#233;cieux pour qui veut faire &#339;uvre d'historien&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb5-2&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Note de synth&#232;se de la S&#251;ret&#233; g&#233;n&#233;rale, intitul&#233;e &#171; Une &#339;uvre de la CGT, le (&#8230;)&#034; id=&#034;nh5-2&#034;&gt;2&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;. Ce rapport de 43 pages cite nombre de circulaires qui, jointes aux mandats, sont de v&#233;ritables appels &#224; l'indiscipline : &lt;q style=&#034;font-style: italic;&#034;&gt;Si le malheur voulait que tu sois appel&#233; sur un champ de gr&#232;ve (...) pour rien au monde tu ne deviendras l'assassin de tes fr&#232;res de labeur.&lt;/q&gt; (lettre adress&#233;e aux soldats par la Bourse du travail de Bourges). D'incitation &#224; la d&#233;sob&#233;issance, &#224; lever &#171; crosse en l'air &#187; : &lt;q style=&#034;font-style: italic;&#034;&gt;La Chambre syndicale, confiante en vous, estime, quoique soldat (...) qu'en aucune circonstance vous ne deviendrez les d&#233;fenseurs de ceux qui nous oppressent, (...) que jamais vous ne deviendrez les assassins de vos fr&#232;res de mis&#232;re.&lt;/q&gt; (Chambre syndicale de la Ma&#231;onnerie de Paris, 29 d&#233;cembre 1908). D'appels &#224; lever &#171; crosse en l'air &#187; et, m&#234;me, parfois, &#224; utiliser son fusil &#224; des fins plus l&#233;gitimes : &lt;q style=&#034;font-style: italic;&#034;&gt;Nous sommes convaincus que le cas &#233;ch&#233;ant tu saurais te servir de ton arme pour d&#233;fendre les int&#233;r&#234;ts d'exploit&#233; et non pour d&#233;fendre ceux de nos exploiteurs.&lt;/q&gt; (Terrassiers de la Seine, septembre 1911).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les dangers de guerre se faisant mena&#231;ants, l'antipatriotisme est clairement r&#233;affirm&#233;, parfois, comme dans ce courrier envoy&#233; aux appel&#233;s &#224; l'occasion du 1&lt;sup class=&#034;typo_exposants&#034;&gt;er&lt;/sup&gt; mai :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;q style=&#034;font-style: italic;&#034;&gt;Camarades, &lt;br class='autobr' /&gt;
Le premier mai 1909, la Chambre syndicale, en cellule consciente du prol&#233;tariat, s'appr&#234;te &#224; manifester &#224; la face du monde patronal, bourgeois et capitaliste, les sentiments revendicatifs qui animent ses membres. &lt;br class='autobr' /&gt;
A cette occasion, elle pense aux camarades, rev&#234;tus contre leur gr&#233; de la livr&#233;e militaire, et leur rappelle que l'uniforme dont ils sont affubl&#233;s porte le stigmate de l'assassinat d'ouvriers coupables d'avoir voulu une att&#233;nuation &#224; l'exploitation de l'homme par l'homme. &lt;br class='autobr' /&gt;
Camarade, la Chambre syndicale vous sait, malgr&#233; les le&#231;ons journali&#232;res des Valets Galonn&#233;s du Capital, incapable de tirer sur vos fr&#232;res de mis&#232;re, de toutes contr&#233;es, de toutes fronti&#232;res. (...)&lt;/q&gt;&lt;br class='autobr' /&gt;
(Chambre syndicale de la Ma&#231;onnerie et de la Pierre, 1&lt;sup class=&#034;typo_exposants&#034;&gt;er&lt;/sup&gt; mai 1909)&lt;/p&gt;
&lt;h3 class=&#034;spip&#034;&gt;Poursuite contre les ma&#231;ons &lt;/h3&gt;
&lt;p&gt;L'autorit&#233; militaire cherche &#224; entraver le d&#233;veloppement du &#171; Sou &#187;, elle en appelle &#224; la r&#233;pression. Dans un premier temps, les Parquets ne poursuivent pas, faute de provocation directe &#224; la d&#233;sob&#233;issance. L'une des lois sc&#233;l&#233;rates de 1894, vot&#233;e &#224; la suite de la vague d'attentats anarchistes, va cependant &#234;tre utilis&#233;e : perquisitions, arrestations. Le cycle r&#233;pressif est alors bien connu des militants. Plus qu'&#224; l'ordinaire peut-&#234;tre, les pouvoirs publics cherchent &#224; faire un exemple : c'est la Chambre syndicale de la Ma&#231;onnerie et de la Pierre qui est vis&#233;e, trois de ses dirigeants qui sont incarc&#233;r&#233;s. Un exemple car ce syndicat t&#233;moigne fr&#233;quemment de sa combativit&#233; ouvri&#232;re et organise de nombreux mouvements revendicatifs (journ&#233;e de 8 heures, suppression des t&#226;cherons, augmentation des salaires, gr&#232;ves importantes dont une de... 42 jours en 1906...) ; un exemple &#233;galement parce que peu de syndicats se montrent autant scrupuleux &#224; appliquer les consignes de la CGT au sujet du &#171; Sou &#187;. Les perquisitions r&#233;v&#232;lent que les soldats b&#233;n&#233;ficiaires du &#171; Sou &#187; sont plus de 500 pour ce seul syndicat, alors que les lettres jointes aux mandats sont, on l'a vu, d'une virulence certaine.&lt;/p&gt;
&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;div class='spip_document_989 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_left spip_document_left spip_document_avec_legende' data-legende-len=&#034;264&#034; data-legende-lenx=&#034;xxxx&#034;
&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='https://www.partage-noir.fr/local/cache-vignettes/L296xH218/oo-3d110.jpg?1774693801' width='296' height='218' alt='' /&gt;
&lt;figcaption class='spip_doc_legende'&gt; &lt;div class='spip_doc_descriptif '&gt;&lt;small&gt;Pour protester contre le proc&#232;s intent&#233; aux camarades Viau, Baritaud et Dumont, la Conf&#233;d&#233;ration g&#233;n&#233;rale du Travail et le Syndicat du b&#226;timent avaient organis&#233; une grande manifestation autour du Palais de Justice. Plusieurs bagarres et arrestations eurent lieu.&lt;/small&gt;
&lt;/div&gt; &lt;/figcaption&gt;&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;
&lt;p&gt;Aux poursuites succ&#232;dent bient&#244;t les protestations, &#233;nergiques et nombreuses : dans la seule r&#233;gion parisienne, 41 syndicats font savoir qu'ils ont une caisse du &#171; Sou du soldat &#187; et demandent &#224; &#234;tre poursuivis, 13 &#224; Bordeaux, et bien d'autres aussi &#224; Saint-&#201;tienne, Lyon... Ce sont 12 000 manifestants qui se pressent aux abords du Palais de justice o&#249; les trois leaders, Viau, Baritaud et Dumont sont finalement condamn&#233;s &#224; 6 mois de prison, le 19 janvier 1912.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; &lt;/p&gt;
&lt;table class=&#034;table spip&#034;&gt;
&lt;tbody&gt;
&lt;tr class='row_odd odd'&gt;
&lt;td&gt;&lt;b&gt;&lt;q style=&#034;font-style: italic;&#034;&gt;Tu sais ce que doit te dicter ta conscience&lt;/q&gt;&lt;/b&gt;&lt;br class='autobr' /&gt;
En janvier 1911, la Bourse du travail de Bourges envoie un mandat de 5 francs &#224; ses adh&#233;rents sous les drapeaux. La lettre suivante est &#233;pingl&#233;e au mandat : &lt;br class='autobr' /&gt;
&lt;q style=&#034;font-style: italic;&#034;&gt;Cher camarade, &lt;br class='autobr' /&gt;
Avec la pi&#232;ce de cinq francs que nous t'envoyons aujourd'hui re&#231;ois &#233;galement nos souhaits les meilleurs. Je ne veux pas te dire souhaits de bonne ann&#233;e, car je sais trop le bonheur que l'on peut avoir dans le vilain m&#233;tier que tu es oblig&#233; de supporter. Les souhaits les meilleurs que nous pouvons avoir pour toi sont de rester malgr&#233; ta livr&#233;e un &lt;q style=&#034;font-style: italic;&#034;&gt;travailleur conscient&lt;/q&gt; et si quelquefois il t'&#233;tait donn&#233; d'aller sur le champ de gr&#232;ve et de te trouver en face de camarades d&#233;sarm&#233;s et en r&#233;volte contre les affameurs, tu sais sans nul doute ce que doit te dicter ta conscience. Tu dois te dire aussi que travailleur avant ton d&#233;part, travailleur tu seras encore &#224; ton arriv&#233;e et le Sou du soldat que tu re&#231;ois te prouve surabondamment que tu es des n&#244;tres.&lt;br class='autobr' /&gt;
De tous tes camarades leur salut fraternel. &lt;br class='autobr' /&gt;
Pour le conseil d'administration, le secr&#233;taire g&#233;n&#233;ral, Pierre Hervier&lt;/q&gt;&lt;/td&gt;&lt;/tr&gt;
&lt;/tbody&gt;
&lt;/table&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;hr /&gt;
		&lt;div class='rss_notes'&gt;&lt;div id=&#034;nb5-1&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh5-1&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 5-1&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;1&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;Madeleine Reberioux, &lt;i&gt;La R&#233;publique radicale ?&lt;/i&gt;, Ed. du Seuil, 1975, p. 89.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb5-2&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh5-2&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 5-2&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;2&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;Note de synth&#232;se de la S&#251;ret&#233; g&#233;n&#233;rale, intitul&#233;e &#171; Une &#339;uvre de la CGT, le Sou du soldat &#187;, en date du 1&lt;sup class=&#034;typo_exposants&#034;&gt;er&lt;/sup&gt; d&#233;cembre 1912. Note conserv&#233;e notamment aux Archives nationales sous la cote F7. 13333. J'ai pour ma part travaill&#233; sur la copie A.D. Mayenne M 3144. Tous les extraits de lettres et circulaires cit&#233;s ici sont extraits de ce rapport de police.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		
		</content:encoded>


		

	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>Antimilitarisme et syndicalisme : &#171; Le Sou du soldat &#187; (1900-1914) [1]</title>
		<link>https://www.partage-noir.fr/antimilitarisme-et-syndicalisme-le-sou-du-soldat-1900-1914-1</link>
		<guid isPermaLink="true">https://www.partage-noir.fr/antimilitarisme-et-syndicalisme-le-sou-du-soldat-1900-1914-1</guid>
		<dc:date>2022-01-22T23:05:00Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Michel Auvray </dc:creator>


		<dc:subject>CGT</dc:subject>

		<description>&lt;p&gt;Petite somme d'argent envoy&#233;e, plusieurs fois l'an, aux syndiqu&#233;s encasern&#233;s, le &#171; Sou du soldat &#187; t&#233;moigna, au d&#233;but du si&#232;cle, d'une volont&#233; ouvri&#232;re de maintenir le contact avec les travailleurs sous l'uniforme. Simple pratique d'une &#233;l&#233;mentaire solidarit&#233; ? Moyen de propagande antimilitariste ? Et, en ce cas, de quelle efficacit&#233; ? &lt;br class='autobr' /&gt;
L'institution est originale et m&#233;connue. Les mandats &#233;taient souvent accompagn&#233;s de lettres virulentes et les gouvernants y virent l'occasion de faire condamner une vingtaine de dirigeants de la CGT, de faire m&#234;me dissoudre des syndicats d'instituteurs. N&#233; d'une analyse lucide des fonctions de l'arm&#233;e, le &#171; Sou du soldat &#187; marqua, en quelque sorte, l'apog&#233;e du syndicalisme r&#233;volutionnaire, avant que l'Union sacr&#233;e ne vienne militariser les corps et les esprits.&lt;/p&gt;

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&lt;a href="https://www.partage-noir.fr/-gavroche-no38-mars-avril-1988-" rel="directory"&gt;Gavroche n&#176;38 - Mars-Avril 1988&lt;/a&gt;

/ 
&lt;a href="https://www.partage-noir.fr/+-cgt-+" rel="tag"&gt;CGT&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;img src='https://www.partage-noir.fr/local/cache-vignettes/L150xH92/arton999-71b0f.jpg?1774728621' class='spip_logo spip_logo_right' width='150' height='92' alt=&#034;&#034; /&gt;
		&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;Petite somme d'argent envoy&#233;e, plusieurs fois l'an, aux syndiqu&#233;s encasern&#233;s, le &#171; Sou du soldat &#187; t&#233;moigna, au d&#233;but du si&#232;cle, d'une volont&#233; ouvri&#232;re de maintenir le contact avec les travailleurs sous l'uniforme. Simple pratique d'une &#233;l&#233;mentaire solidarit&#233; ? Moyen de propagande antimilitariste ? Et, en ce cas, de quelle efficacit&#233; ? &lt;br class='autobr' /&gt;
L'institution est originale et m&#233;connue. Les mandats &#233;taient souvent accompagn&#233;s de lettres virulentes et les gouvernants y virent l'occasion de faire condamner une vingtaine de dirigeants de la CGT, de faire m&#234;me dissoudre des syndicats d'instituteurs. N&#233; d'une analyse lucide des fonctions de l'arm&#233;e, le &#171; Sou du soldat &#187; marqua, en quelque sorte, l'apog&#233;e du syndicalisme r&#233;volutionnaire, avant que l'Union sacr&#233;e ne vienne militariser les corps et les esprits.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;Septembre 1900. L'espace d'un &#233;t&#233;, Paris se veut reine du monde. L'Exposition universelle continue &#224; attirer de tr&#232;s nombreux visiteurs. Il en restera un moyen de transport : la premi&#232;re ligne de m&#233;tro a &#233;t&#233;, pour l'occasion, inaugur&#233;e.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;A l'aube d'un si&#232;cle nouveau, les passions d&#233;cha&#238;n&#233;es par l'affaire Dreyfus sont loin d'&#234;tre &#233;teintes. Le capitaine juif injustement condamn&#233; vient &#224; peine d'&#234;tre graci&#233; et l'arm&#233;e appara&#238;t bien comme l'&#171; Arche sainte &#187; des couches conservatrices. Le service militaire, g&#233;n&#233;ralis&#233; par les lois de 1872 et 1889, lui fournit d&#233;sormais en grand nombre, et pour trois ans, des conscrits qu'elle s'efforce de soumettre &#224; l'ob&#233;issance aveugle.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Sous la pr&#233;tendue douceur de vivre de la &#171; Belle &#201;poque &#187;, les gr&#232;ves ouvri&#232;res se font plus dures, plus longues, de plus en plus nombreuses. Organis&#233;s en syndicats et Bourses du travail, les militants du mouvement ouvrier sont d'autant moins enclins &#224; oublier le massacre de Fourmies, le 1&lt;sup class=&#034;typo_exposants&#034;&gt;er&lt;/sup&gt; mai 1891, que la troupe est fr&#233;quemment appel&#233;e &#224; r&#233;primer dans le sang gr&#232;ves et manifestations de rue. C'&#233;tait encore le cas, juste avant l'&#233;t&#233;, &#224; Chalon-sur-Sa&#244;ne. Rien de surprenant donc &#224; ce que le 8&lt;sup class=&#034;typo_exposants&#034;&gt;e&lt;/sup&gt; congr&#232;s de la F&#233;d&#233;ration des Bourses du travail, r&#233;uni &#224; Paris du 5 au 8 septembre 1900, examine les moyens &#224; mettre en &#339;uvre pour maintenir le contact avec les jeunes syndiqu&#233;s encasern&#233;s : le &#171; Sou du soldat &#187; est n&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;h3 class=&#034;spip&#034;&gt;A l'exemple de l'&#201;glise &lt;/h3&gt;
&lt;p&gt;La majorit&#233; des jeunes conscrits &#233;tant, depuis les r&#233;centes r&#233;formes militaires, appel&#233;s &#224; la caserne, la hi&#233;rarchie catholique en &#233;tait venue &#224; qualifier la conscription &lt;q style=&#034;font-style: italic;&#034;&gt;d'impie dans son principe et de destructrice de la libert&#233; de conscience&lt;/q&gt;. De fait, l'&#201;glise n'appr&#233;ciait gu&#232;re la remise en cause de ses privil&#232;ges, les atteintes port&#233;es &#224; son influence. Et le clerg&#233; catholique avait eu, le premier, l'id&#233;e de rester en relation avec les hommes appel&#233;s au service militaire. Les pr&#234;tres qui &#233;chappaient encore &#224; l'obligation pr&#233;tendue commune n'en &#233;taient pas moins convaincus que leurs jeunes fid&#232;les &#233;taient, au r&#233;giment, plac&#233;s dans une atmosph&#232;re pernicieuse pour leur d&#233;veloppement moral. Ils les invitaient donc &#224; passer leurs moments de d&#233;tente dans des &#171; cercles catholiques &#187; o&#249; ils pouvaient trouver r&#233;confort spirituel et quelques menus avantages concrets : papier, timbres et m&#234;me de petites sommes d'argent. Les fonds n&#233;cessaires &#233;taient recueillis dans une sorte de caisse d&#233;nomm&#233;e, d&#233;j&#224;, le &#171; Sou du soldat &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les syndicalistes connaissent ce pr&#233;c&#233;dent et vont s'employer &#224; l'imiter. En 1897, lors du congr&#232;s de la Conf&#233;d&#233;ration g&#233;n&#233;rale du travail (CGT) tenu &#224; Toulouse, la Commission de la gr&#232;ve g&#233;n&#233;rale avait propos&#233; que, &lt;q style=&#034;font-style: italic;&#034;&gt;pour maintenir en rapports fr&#233;quents les syndicats avec leurs adh&#233;rents subissant la loi militaire, les syndicats s'imposent une cotisation suppl&#233;mentaire dont le produit [soit] r&#233;parti entre les camarades devenus soldats&lt;/q&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La proposition n'avait pas &#233;t&#233; retenue par le congr&#232;s mais plusieurs syndicats avaient pris l'initiative de pr&#233;lever de l&#233;g&#232;res cotisations pour envoyer de menus secours &#224; leurs adh&#233;rents au r&#233;giment. Il paraissait, &#224; vrai dire, tr&#232;s difficile d'assurer cette liaison, les syndicats &#233;tant organis&#233;s en corps de m&#233;tiers sp&#233;cifiques, et leurs adh&#233;rents dispers&#233;s dans de nombreuses villes de garnison. Le rapprochement, puis la fusion (qui interviendra en 1902) entre la CGT et la F&#233;d&#233;ration des Bourses du travail facilitait grandement la t&#226;che : ce qu'un syndicat de province ne pouvait entreprendre pour des soldats ayant appartenu &#224; d'autres corporations &#233;tait d&#233;sormais possible pour une Bourse du travail rassemblant des syndicats tr&#232;s divers, au niveau de la ville.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est donc au congr&#232;s de la F&#233;d&#233;ration des Bourses qu'en septembre 1900 est adopt&#233;, &#224; l'unanimit&#233;, l'ordre du jour suivant :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;q style=&#034;font-style: italic;&#034;&gt;Pour affirmer les sentiments de solidarit&#233; ouvri&#232;re, pour &#233;viter aux jeunes soldats la souffrance de l'isolement et l'influence d&#233;moralisante du r&#233;giment, le Congr&#232;s d&#233;cide : Les jeunes travailleurs qui ont &#224; subir l'encasernement devront &#234;tre mis en relation avec les secr&#233;taires des Bourses du travail de la ville o&#249; ils seront en garnison.&lt;/q&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Plusieurs moyens concrets sont d&#233;finis : cours professionnels du soir ; mise &#224; leur disposition de salles de lecture, biblioth&#232;ques et objets n&#233;cessaires &#224; la correspondance ; enfin, cr&#233;ation d'une caisse de secours sp&#233;ciale pour leur venir en aide, par le versement d'une cotisation mensuelle d'un sou par syndiqu&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;h3 class=&#034;spip&#034;&gt;Une &#339;uvre de solidarit&#233; &lt;/h3&gt;
&lt;p&gt;&#338;uvre de solidarit&#233; mise en place &lt;q style=&#034;font-style: italic;&#034;&gt;afin que les soldats ne restent plus dans leur n&#233;faste isolement&lt;/q&gt;, le &#171; Sou du soldat &#187; a, d&#232;s le d&#233;but, pour but de cr&#233;er une &#171; famille de solidarit&#233; &#187; aux conscrits dans les villes de garnison o&#249; ils sont affect&#233;s.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'appel que le Comit&#233; conf&#233;d&#233;ral de la CGT adresse imm&#233;diatement aux organisations est &#224; cet &#233;gard explicite : &lt;q style=&#034;font-style: italic;&#034;&gt;Nous savons tous que, d&#232;s que l'un des n&#244;tres devient soldat, il rompt tous liens avec ses camarades de la veille et, absorb&#233; par les inutiles autant qu'absurdes exercices militaires, il d&#233;sapprend son m&#233;tier, perd le go&#251;t du travail (...). Il est indispensable que, dans la ville o&#249; il est appel&#233; &#224; &#234;tre en garnison, le soldat ne se trouve pas isol&#233;. (...) Il est facile d'assurer un pied-&#224;-terre aux camarades devenus soldats, de leur rendre la vie militaire moins pesante, moins douloureuse, et aussi d'organiser des f&#234;tes familiales o&#249; ces isol&#233;s de la famille puiseront les forces morales et les sentiments d'union qui doivent toujours r&#233;gner entre les enfants du peuple.&lt;/q&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Si la solidarit&#233; et les relations fraternelles mises en &#339;uvre par les syndicalistes sont, en quelque sorte, le pendant de la charit&#233; et du soutien spirituel distill&#233;s par les congr&#233;gations religieuses, il s'agit aussi, bien s&#251;r, pour la CGT, de renforcer la syndicalisation : &lt;q style=&#034;font-style: italic;&#034;&gt;Il va sans dire que cette &#339;uvre amicale ne doit pas se limiter aux seuls syndiqu&#233;s, elle doit s'&#233;tendre aux d&#233;sh&#233;rit&#233;s des principes syndicaux qui, avant d'&#234;tre appel&#233;s &#224; la caserne, sont, par ignorance, rest&#233;s &#224; l'&#233;cart du mouvement corporatif (...). Gr&#226;ce &#224; cette pratique constante de la solidarit&#233;, les travailleurs gagneront en conscience et seront mieux pr&#233;par&#233;s &#224; la lutte pour leur &#233;mancipation int&#233;grale.&lt;/q&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;T&#233;moignage de solidarit&#233;, pratique &#233;ducative, moyen d'une prise de conscience, soit. Instrument d'agitation ? De propagande antimilitariste au sein des casernes ? R&#233;pondre par l'affirmative para&#238;t pr&#233;matur&#233; m&#234;me s'il est vrai que le m&#234;me appel de la Conf&#233;d&#233;ration &#233;voque au passage une raison bien pr&#233;cise de briser l'isolement : &lt;q style=&#034;font-style: italic;&#034;&gt;(...) Il faut que [le soldat] se trouve entour&#233; d'amis qui lui rappellent que, soldat par la loi, il ne doit jamais commettre le crime de lever contre ses fr&#232;res de travail l'arme que lui ont confi&#233;e ses ennemis de classe.&lt;/q&gt; Souci l&#233;gitime. Et propos au demeurant fort mesur&#233;s.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;D&#232;s 1901, plusieurs organisations syndicales, telle la Chambre syndicale des ouvriers en instruments de pr&#233;cision, font conna&#238;tre qu'elles ont institu&#233; une caisse du &#171; Sou du soldat &#187; : elles envoient, plus ou moins r&#233;guli&#232;rement, une petite somme d'argent, par mandat. Une lettre sign&#233;e du secr&#233;taire de la Bourse accompagne souvent les 5 ou 10 F attribu&#233;s par soldat. Seuls les appel&#233;s au service militaire b&#233;n&#233;ficient du &#171; Sou &#187;, les volontaires, engag&#233;s sous contrat, en &#233;tant exclus.&lt;/p&gt;
&lt;table class=&#034;table spip&#034;&gt;
&lt;tbody&gt;
&lt;tr class='row_odd odd'&gt;
&lt;td&gt;&lt;strong&gt;&#171; Aux camarades de la caserne &#187;&lt;/strong&gt;&lt;br class='autobr' /&gt;
&lt;q style=&#034;font-style: italic;&#034;&gt;Au moment o&#249; la plupart d'entre vous, en se retrempant dans l'affection de ceux qui leur sont chers viennent d'y puiser courage et consolation pour achever leur temps de service militaire, nous nous faisons un devoir de leur rappeler qu'ils peuvent se trouver en famille dans leur ville de garnison. &lt;br class='autobr' /&gt;
Qu'ils viennent aussi souvent que possible dans nos organisations ouvri&#232;res, ils y trouveront l'affection vraiment sinc&#232;re et fraternelle, en m&#234;me temps que la plus franche cordialit&#233;, le plus int&#233;ress&#233; d&#233;vouement, la plus pure solidarit&#233;. &lt;br class='autobr' /&gt;
Il sera mis &#224; leur disposition : papier &#224; lettre et timbres-poste ; ils auront libre acc&#232;s &#224; nos cours professionnels, r&#233;unions r&#233;cr&#233;atives ou corporatives, conf&#233;rences litt&#233;raires, artistiques, scientifiques ou sociales, ainsi qu'&#224; nos biblioth&#232;ques, etc. &lt;br class='autobr' /&gt;
Au milieu de chez nous, ils seront chez eux. &lt;br class='autobr' /&gt;
Nous nous ing&#233;nierons &#224; leur procurer plaisirs et distractions en organisant, expr&#232;s pour eux, des matin&#233;es artistiques dont les programmes auront l'attrait que peuvent avoir pour les hommes intelligents les concerts ou beuglants ordinaires. &lt;br class='autobr' /&gt;
En un mot, nous souvenant du temps o&#249;, comme vous, nous subissions la vie triste et d&#233;primante du soldat, nous voulons faire pour vous ce qu'on ne fit pas pour nous. &lt;br class='autobr' /&gt;
Nous voulons vous arracher pendant quelques moments &#8212;autant que vous le voudrez&#8212; aux am&#232;res songeries, autrement que par les libations abrutissantes et les fr&#233;quentations qui avilissent. &lt;br class='autobr' /&gt;
Par les distractions saines et fortes que vous trouverez parmi nous, vous ne pourrez oublier qu'avant tout, vous &#234;tes des hommes !&lt;br class='autobr' /&gt;
Par le chaud et r&#233;confortant accueil que nous vous ferons, vous ne pourrez oublier qu'avant tout, vous &#234;tes nos fr&#232;res ! &lt;br class='autobr' /&gt;
Camarades, &lt;br class='autobr' /&gt;
Souvenez-vous de ce que vous &#233;tiez avant d'&#234;tre au r&#233;giment. &lt;br class='autobr' /&gt;
Songez &#224; ce que vous serez lorsque vous le quitterez. &lt;br class='autobr' /&gt;
Syndiqu&#233;s ou non, amenez-nous de vos camarades de la caserne. Ils seront bien re&#231;us et voudront revenir. &lt;br class='autobr' /&gt;
Les camarades soldats qui craignent, en venant &#224; nous, d'&#234;tre signal&#233;s ou remarqu&#233;s par leurs chefs, sont peu confiants en nous et en eux. &lt;br class='autobr' /&gt;
Qu'ils sachent qu'il ne leur sera rien fait s'ils n'ont pas peur, et que nous saurons cr&#233;er l'agitation n&#233;cessaire si l'on interdisait aux soldats l'entr&#233;e de nos Bourses du travail, syndicats et r&#233;unions amicales, alors qu'on encourage l'acc&#232;s des &#233;glises, presbyt&#232;res et offices religieux. &lt;br class='autobr' /&gt;
&lt;q style=&#034;font-style: italic;&#034;&gt;Vous &#234;tes invit&#233;s &#224; venir &#224; l'adresse ci-des-sous !&lt;/q&gt; &lt;br class='autobr' /&gt;
(suit le tampon de la Bourse de la ville) &lt;br class='autobr' /&gt;
(Cette circulaire de la F&#233;d&#233;ration des Bourses du travail fut adress&#233;e, en 1902, &#224; chacune de ses affili&#233;es, par colis de 500 &#224; distribuer aux soldats de la localit&#233;).&lt;/q&gt;&lt;/td&gt;&lt;/tr&gt;
&lt;/tbody&gt;
&lt;/table&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class="hyperlien"&gt;Voir en ligne : &lt;a href="https://archivesautonomies.org/spip.php?article299" class="spip_out"&gt;Cet article de Michel Auvray est extrait du &lt;i&gt;Gavroche&lt;/i&gt; N&#176;38 - Mars-Avril 1988. Tous les num&#233;ros de cette revue (1981-2011) sont sur le site Fragments d'Histoire de la gauche radicale.&lt;/a&gt;&lt;/div&gt;
		
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