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		<title>PARTAGE NOIR</title>
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		<title>Errico Malatesta : Une belle figure de l'anarchisme </title>
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		<dc:date>2025-08-30T22:30:00Z</dc:date>
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		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Charles Frigerio</dc:creator>


		<dc:subject>Errico Malatesta</dc:subject>
		<dc:subject>@narlivres</dc:subject>
		<dc:subject>Italie</dc:subject>
		<dc:subject>Umanit&#224; Nova</dc:subject>
		<dc:subject>&lt;i&gt;Le Libertaire&lt;/i&gt;</dc:subject>
		<dc:subject>&lt;i&gt;Itin&#233;raire - Une vie, une pens&#233;e&lt;/i&gt;</dc:subject>

		<description>&lt;p&gt;&lt;i&gt;Le Libertaire&lt;/i&gt; du 5 ao&#251;t 1932 consacra deux articles, en premi&#232;re page, &#224; la mort de Errico Malatesta. Nous vous livrons en totalit&#233; la biographie que Charles Frigerio r&#233;digea &#224; cette occasion.&lt;/p&gt;

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&lt;a href="https://www.partage-noir.fr/-malatesta-revue-itineraire-une-vie-une-pensee-no5-6-" rel="directory"&gt;Itin&#233;raire - Une vie, une pens&#233;e n&#176;5/6 : &#171; Malatesta &#187;&lt;/a&gt;

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&lt;a href="https://www.partage-noir.fr/+-errico-malatesta-52-+" rel="tag"&gt;Errico Malatesta&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.partage-noir.fr/+-source-narlivres-+" rel="tag"&gt;@narlivres&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.partage-noir.fr/+-italie-+" rel="tag"&gt;Italie&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.partage-noir.fr/+-umanita-nova-383-+" rel="tag"&gt;Umanit&#224; Nova&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.partage-noir.fr/+-le-libertaire-+" rel="tag"&gt;&lt;i&gt;Le Libertaire&lt;/i&gt;&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.partage-noir.fr/+-itineraire-une-vie-une-pensee-+" rel="tag"&gt;&lt;i&gt;Itin&#233;raire - Une vie, une pens&#233;e&lt;/i&gt;&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;img src='https://www.partage-noir.fr/local/cache-vignettes/L150xH84/sans_titre-1-33-57106.jpg?1774699720' class='spip_logo spip_logo_right' width='150' height='84' alt=&#034;&#034; /&gt;
		&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;&lt;i&gt;Le Libertaire&lt;/i&gt; du 5 ao&#251;t 1932 consacra deux articles, en premi&#232;re page, &#224; la mort de Errico Malatesta. Nous vous livrons en totalit&#233; la biographie que Charles Frigerio&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb1&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Carlo Frigerio collabora &#224; la revue bimensuelle Pensiero e Volont&#224;, cr&#233;&#233;e le (&#8230;)&#034; id=&#034;nh1&#034;&gt;1&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt; r&#233;digea &#224; cette occasion.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;Le mouvement anarchiste &#8212; et en particulier celui italien &#8212; vient de subir une perte cruelle. Errico Malatesta, le vieux et v&#233;n&#233;r&#233; militant, est mort &#224; Rome vendredi dernier 22 juillet, &#224; midi, &#224; la suite d'une crise de bronchite qui se prolongeait depuis plusieurs mois d&#233;j&#224;. Il avait 78 ans.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les lecteurs du &lt;i&gt;Libertaire &lt;/i&gt; connaissent les &#233;crits de ce th&#233;oricien et agitateur infatigable de l'id&#233;al anarchiste, dont la logique merveilleuse et la clart&#233; de l'expression s'unissaient &#224; une rare sinc&#233;rit&#233; des sentiments.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Tracer la biographie de cet homme exceptionnel ne peut &#234;tre l'&#339;uvre d'une rapide notice n&#233;crologique. Les manifestations de son activit&#233; de propagandiste libertaire et d'agitateur r&#233;volutionnaire s'identifient avec l'histoire du mouvement d'&#233;mancipation sociale de plus d'un demi-si&#232;cle. Car Malatesta entra tout jeune encore dans la lutte lorsqu'il &#233;tudiait la m&#233;decine &#224; l'Universit&#233; de Naples, son pays natal (il &#233;tait n&#233; en 1853 [le 14 d&#233;cembre] &#224; Santa Maria Capua Vetere, en province de Caserte). A l'&#226;ge de 18 ans, il se signale d&#233;j&#224; par son activit&#233; dans les milieux ouvriers r&#233;volutionnaires de Naples, influenc&#233;s par la propagande antiautoritaire de Bakounine, au sein de la Premi&#232;re Internationale. Il collabore, avec Tucci, Cafiero, Friscia et d'autres au journal &lt;i&gt;La Campana&lt;/i&gt; (&lt;i&gt;La Cloche&lt;/i&gt;), o&#249; les jeunes expriment leurs impatiences et leur enthousiasme pour une transformation sociale profonde et radicale, au grand effarement des esprits timor&#233;s et routiniers de la d&#233;mocratie de fa&#231;ade. Condamn&#233; et contraint &#224; abandonner ses &#233;tudes, il s'exile en Suisse et y fait la connaissance personnelle du g&#233;ant de la pens&#233;e et de l'action anarchistes, Michel Bakounine, dont les sympathies lui sont tout de suite acquises et qui ne manque pas d'exercer sur le jeune r&#233;volutionnaire napolitain, &#224; l'intelligence ouverte et souple, son charme profond.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;D&#232;s lors, son sort est jet&#233;. Il d&#233;vouera toute son &#233;nergie et son enthousiasme juv&#233;nile, qui ne l'a point abandonn&#233;, jusque dans les derni&#232;res ann&#233;es de son existence, toutes les ressources de son esprit &#233;minemment logique, concis et persuasif, &#224; la propagande et &#224; l'agitation des principes du communisme anarchiste. Il ne se contente pas d'&#233;crire. C'est surtout par la parole : par les conf&#233;rences, dans les congr&#232;s, dans les r&#233;unions et les conversations priv&#233;es que s'exerce son activit&#233; inlassable de propagandiste. Rentr&#233; en Italie, Malatesta participe aux tentatives insurrectionnelles des Pouilles (1874), puis du B&#233;n&#233;vent (1877), cette derni&#232;re &#8212; r&#233;alisant une forme typiquement antiautoritaire de coup de main r&#233;volutionnaire &#8212; en compagnie de Cafiero, de Krawtchinsky (Stepniak), et d'autres t&#233;m&#233;raires, constitu&#233;s en bande arm&#233;e. Au proc&#232;s qui suivit cette tentative [ao&#251;t 1875], Malatesta, par la force de son argumentation, gagne aux id&#233;es anarchistes son avocat d&#233;fenseur et compatriote Saverio Merlino, juriste de m&#233;rite, mort il y a deux ans lui aussi &#224; Rome.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Malatesta renonce &#224; l'h&#233;ritage qui lui &#233;choit et s'expatrie &#224; nouveau [1878], et depuis ce moment il passe d'un pays &#224; l'autre, fondant et r&#233;digeant des journaux, organisant des groupes de propagande et d'action, traqu&#233; bient&#244;t par la police, souvent l'objet de mesures d'expulsion et d'emprisonnement, en &#201;gypte, en Suisse, en France, en Belgique, en Angleterre, dans les deux Am&#233;riques ; sans compter l'Espagne o&#249; il participe activement &#224; la propagande et &#224; l'action, notamment lors des &#233;v&#233;nements de Cadix et de X&#233;r&#232;s ; et faisant des apparitions plus ou moins longues en Italie, pour y organiser de nouvelles tentatives r&#233;volutionnaires &#224; caract&#232;re social, dont la derni&#232;re et la plus importante, celle dite de la &#171; semaine rouge &#187; en 1914, peu avant la guerre mondiale.&lt;/p&gt;
&lt;h3 class=&#034;spip&#034;&gt;Le militant internationaliste &lt;/h3&gt;
&lt;p&gt;La plus grande partie de la seconde moiti&#233; de son existence aventureuse s'est pass&#233;e en exil &#224; Londres, o&#249; il constituait, avant et peu apr&#232;s la guerre, aux c&#244;t&#233;s de Louise Michel, de Kropotkine, de Tcherkesoff, l'une des personnalit&#233;s les plus en vue du mouvement anarchiste international, r&#233;fugi&#233;es dans cette m&#233;tropole. Il y fut &#224; quatre reprises, toujours &#224; la suite des pers&#233;cutions et recherches des polices continentales. Aux &#201;tats-Unis, il publie &lt;i&gt;La Questione sociale&lt;/i&gt;, hebdomadaire communiste-anarchiste ; &#224; Anc&#244;ne, &lt;i&gt;L'Agitazione&lt;/i&gt;, puis &lt;i&gt;Volont&#224; &lt;/i&gt; ; plus tard, &#224; Rome, la revue &lt;i&gt;Pensiero e Volont&#224; &lt;/i&gt; ; et un peu partout des feuilles volantes, des manifestes, des appels, des brochures, tous inspir&#233;s aux id&#233;es du communisme libertaire et &#224; l'esprit de r&#233;volte contre l'autorit&#233; gouvernementale et l'oppression capitaliste. Parmi ses brochures, dont l'ensemble repr&#233;sente son &#339;uvre la plus organique, il y a lieu de rappeler : &lt;i&gt;Entre paysans&lt;/i&gt;, &lt;i&gt;Au Caf&#233;&lt;/i&gt;, &lt;i&gt;En temps d'&#233;lections&lt;/i&gt;, &lt;i&gt;L'Anarchie&lt;/i&gt;, dans lesquelles, principalement sous la forme de dialogues qui lui &#233;tait plus famili&#232;re, il a condens&#233; sa pens&#233;e, et qui ont eu une &#233;norme diffusion, ayant &#233;t&#233; traduites dans plusieurs langues.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Apr&#232;s la guerre, envers laquelle il s'&#233;tait d&#232;s le d&#233;but &#233;lev&#233; en adversaire irr&#233;ductible, il parvient en 1920, en d&#233;pit des efforts des polices anglaise et italienne, &#224; rentrer en Italie qu'il ne quittera plus. Il y dirige, &#224; Milan puis &#224; Rome, le quotidien anarchiste &lt;i&gt;Umanit&#224; Nova&lt;/i&gt; (&lt;i&gt;L'Humanit&#233; nouvelle&lt;/i&gt;), participe au mouvement de l'occupation des usines et &#224; toute l'agitation r&#233;volutionnaire de cette &#233;poque mouvement&#233;e qui aurait pu aboutir &#224; une tentative s&#233;rieuse d'&#233;mancipation sociale sans le sabotage des politiciens de gauche et des &#233;l&#233;ments timor&#233;s du mouvement ouvrier italien. Arr&#234;t&#233; sous le gouvernement &#171; d&#233;mocratique &#187; de Nitti, il passe de longs mois en prison, fait, &#233;tant alors presque septuag&#233;naire, la gr&#232;ve de la faim avec ses deux co&#239;nculp&#233;s, Borghi et Quaglino, pour contraindre les autorit&#233;s judiciaires &#224; clore l'instruction et &#224; fixer la date du proc&#232;s, et est enfin acquitt&#233; fin juillet 1921, apr&#232;s une &#233;mouvante d&#233;fense devant ses juges, l'accusation de complot ne pouvant &#234;tre soutenue par l'accusation publique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais, encourag&#233;e par la veulerie ou le manque de confiance et d'esprit de d&#233;cision des chefs de file du prol&#233;tariat, la r&#233;action a d&#233;j&#224; pris pied. Des journ&#233;es sombres se pr&#233;parent pour les travailleurs italiens. Le si&#232;ge du journal est saccag&#233; par les hordes fascistes, qui un an plus tard s'empareront officiellement du pouvoir avec l'aide de tous les &#233;l&#233;ments r&#233;trogrades. &lt;i&gt;Umanit&#224; Nova &lt;/i&gt; est transf&#233;r&#233; &#224; Rome, mais ne tardera pas &#224; &#234;tre compl&#232;tement supprim&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Apr&#232;s la catastrophe, Malatesta vit ses derni&#232;res ann&#233;es, d&#233;sabus&#233; peut-&#234;tre mais non point d&#233;courag&#233; (ses lettres pleines d'optimisme d'il y a peu de temps le prouvent), &#224; Rome, prisonnier chez lui, ou pour mieux dire otage du fascisme. On n'ose pas le d&#233;porter, &#224; cause de son grand &#226;ge, laisse-t-on croire, en r&#233;alit&#233; parce que le sinistre gredin qui fait de sa volont&#233; ou de son caprice la loi du pays craint moralement cet homme, ce caract&#232;re qui n'a pas fl&#233;chi et dont il a subi en son temps l'ascendant. Quiconque veut approcher Malatesta est imm&#233;diatement appr&#233;hend&#233; et fouill&#233;, sa correspondance est soigneusement pass&#233;e &#224; la censure, et chacun de ses pas hors de chez lui est minutieusement contr&#244;l&#233; par une nu&#233;e d'agents charg&#233;s de sa surveillance. C'est dans ces conditions et dans cette atmosph&#232;re d'oppression insupportable que s'est termin&#233;e la carri&#232;re bien remplie de notre inoubliable camarade.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Que le souvenir de sa fid&#233;lit&#233; &#224; l'id&#233;al r&#233;volutionnaire, de sa droiture jamais d&#233;mentie, et surtout de sa grande bont&#233; et indulgence pour tous les &#234;tres humains, qui fut un des traits essentiels et de plus, v&#233;ritablement anarchistes, de sa nature noble et g&#233;n&#233;reuse, que ce souvenir rayonne en nous tous, et surtout chez les jeunes camarades, et puisse nous &#233;clairer dans la lutte ardue pour la conqu&#234;te de la libert&#233; dans le monde.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;hr /&gt;
		&lt;div class='rss_notes'&gt;&lt;div id=&#034;nb1&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh1&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 1&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;1&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;Carlo Frigerio collabora &#224; la revue bimensuelle &lt;i&gt;Pensiero e Volont&#224;&lt;/i&gt;, cr&#233;&#233;e le 1&lt;sup class=&#034;typo_exposants&#034;&gt;er&lt;/sup&gt; janvier 1924 et dirig&#233;e par Malatesta &#224; Rome. Autres collaborateurs : Garnie, Berneri, Luigi Fabbri, Carlo Molaschi. La revue, bien que souvent censur&#233;e, para&#238;tra jusqu'en 1926 ; les lois d'exception qui ach&#232;vent alors d'asseoir la dictature mussolinienne la feront taire.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		
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		<title>Emile Cottin</title>
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		<dc:date>2024-10-07T22:05:00Z</dc:date>
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		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Louis Ander</dc:creator>


		<dc:subject>R&#233;volution espagnole (1936-1939)</dc:subject>
		<dc:subject>Emile Cottin</dc:subject>
		<dc:subject>&lt;i&gt;Le Libertaire&lt;/i&gt;</dc:subject>
		<dc:subject>Union Anarchiste</dc:subject>

		<description>&lt;p&gt;Louis-Emile Cottin, n&#233; &#224; Creil le 14 mars 1896, est mort le 8 octobre 1936 &#224; Farlete, pr&#232;s de Huesca, en Espagne, dans l'Aragon du Nord. Il a &#233;t&#233; tu&#233; alors que le groupe international auquel il appartenait proc&#233;dait &#224; une contre-attaque qui, d'ailleurs, repoussa les fascistes.&lt;/p&gt;

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&lt;a href="https://www.partage-noir.fr/-le-libertaire-no519-date-du-23-octobre-1936-" rel="directory"&gt;le libertaire n&#176;519 dat&#233; du 23 octobre 1936&lt;/a&gt;

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&lt;a href="https://www.partage-noir.fr/+-revolution-espagnole-1936-1939-+" rel="tag"&gt;R&#233;volution espagnole (1936-1939)&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.partage-noir.fr/+-emile-cottin-368-+" rel="tag"&gt;Emile Cottin&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.partage-noir.fr/+-le-libertaire-+" rel="tag"&gt;&lt;i&gt;Le Libertaire&lt;/i&gt;&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.partage-noir.fr/+-union-anarchiste-+" rel="tag"&gt;Union Anarchiste&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;img src='https://www.partage-noir.fr/local/cache-vignettes/L150xH84/pppppppppppppppp-ebd43.jpg?1774723281' class='spip_logo spip_logo_right' width='150' height='84' alt=&#034;&#034; /&gt;
		&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;Louis-Emile Cottin, n&#233; &#224; Creil le 14 mars 1896, est mort le 8 octobre 1936 &#224; Farlete, pr&#232;s de Huesca, en Espagne, dans l'Aragon du Nord. Il a &#233;t&#233; tu&#233; alors que le groupe international auquel il appartenait proc&#233;dait &#224; une contre-attaque qui, d'ailleurs, repoussa les fascistes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cottin &#233;tait venu tout jeune &#224; l'id&#233;e anarchiste. Pendant la guerre, il prit part &#224; diverses manifestations et, en 1918, aux gr&#232;ves de Lyon et de Saint-Etienne, qui avaient pris une forme de protestation antiguerri&#232;re et qui furent d'ailleurs durement r&#233;prim&#233;es &#224; l'instigation de Clemenceau lui-m&#234;me.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On lira ci-dessous les circonstances qui le conduisirent &#224; son geste.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;D&#232;s cette &#233;poque, Cottin avait sacrifi&#233; sa vie &#224; notre id&#233;e. Il faut se rappeler cette terrible &#233;poque de la fin de la guerre et de l'imm&#233;diate apr&#232;s-guerre pour comprendre comment cet &#234;tre tout de bont&#233;, de sensibilit&#233;, avait pu &#234;tre amen&#233; &#224; ce geste d'abattre celui qui, pour le monde ouvrier, repr&#233;sentait vraiment la r&#233;action sociale et politique la plus sombre.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Maintenant Cottin est mort. Il repose quelque part dans la terre espagnole, avec d'autres vaillants, comme lui venus de tous les coins du monde et comme lui tomb&#233;s pour la d&#233;fense de cette r&#233;volution espagnole qui mat&#233;rialis&#233; toute notre esp&#233;rance d'un monde enfin fuste et libre.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;A son fr&#232;re, Henri Cottin ; a sa vieille maman qui a tant souffert de ses souffrances, nous adressons notre salut fraternel.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Notre Cottin est mort. Mais dans nos c&#339;urs, sa m&#233;moire vivra toujours. Vive Cottin !&lt;/p&gt;
&lt;div class=&#034;spip spip-block-right&#034; style=&#034;text-align:right;&#034;&gt;&lt;strong&gt;L'Union Anarchiste.&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;Qu'on se souvienne. On sortait &#224; peine de la guerre. Pendant cinquante-deux mois, le pays avait &#233;t&#233; tenu sous la botte militaire. Mais, depuis la fin de 1917, la dictature s'&#233;tait encore renforc&#233;e. Clemenceau r&#233;gnait et faisait peser sur le pays, par le truchement de Mandel, d'Ignace, ministre de la Justice, et des conseils de guerre tout-puissants, la plus lourde oppression.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Bien que la guerre f&#251;t finie depuis quatre mois, l'&#233;tat de si&#232;ge continuait.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La presse &#233;tait b&#226;illonn&#233;e par la censure, suspendue &#224; la moindre vell&#233;it&#233; d'ind&#233;pendance. Les militants ouvriers rest&#233;s fid&#232;les &#233;taient en prison, en exil ou dispers&#233;s, dans le pays, sous l'uniforme bleu horizon.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'&#233;tait aussi l'&#233;poque des &#171; nouveaux riches &#187;, des fortunes colossales &#233;difi&#233;es en quelques mois dans le sang des martyrs. C'&#233;tait surtout l'&#233;poque du sabre o&#249; la mystique &#171; combattante &#187; emportait tous les raisonnements de la logique et de l'humanisme. C'&#233;tait enfin l'esprit de la victoire. La bourgeoisie fran&#231;aise donnait toute sa mesure. M. Prudhomme, qui avait patriotiquement &#171; donn&#233; &#187; ses fils &#224; la France, demeurait jusqu'absolutiste, se prosternait chaque matin devant le Tigre et... continuait &#224; s'enrichir.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pendant ce temps, les &#171; poilus &#187; attendaient vainement la d&#233;mobilisation. Les pourparlers de la Conf&#233;rence de la paix s'&#233;ternisaient. Dans les usines, pleines de mobilis&#233;s impatients de rompre le silence &#233;touffant de la dictature mand&#233;lienne, on commen&#231;ait &#224; s'agiter. Le prestige du &#171; P&#232;re la Victoire &#187; s'affaiblissait. On commen&#231;ait &#224; voir clair. La jeune r&#233;volution russe faisait plus impatient le d&#233;sir de rompre la chape de plomb qui pesait sur le pays.&lt;/p&gt;
&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;div class='spip_document_4938 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_left spip_document_left'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href='https://www.partage-noir.fr/IMG/jpg/122845822_o.jpg' class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/jpeg&#034;&gt; &lt;img src='https://www.partage-noir.fr/local/cache-vignettes/L500xH547/122845822_o-7d55b.jpg?1774730223' width='500' height='547' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;
&lt;p&gt;Mais les repr&#233;sentants officiels du prol&#233;tariat en &#233;taient encore au socialisme de guerre. &lt;i&gt;L'Humanit&#233;&lt;/i&gt; donnait quotidiennement de la voix contre les mauvais Fran&#231;ais. Cachin pleurait &#224; Strasbourg. L'opposition contre Clemenceau restait complaisante.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Sauf quelques rares anarchistes, quelques syndicalistes et quelques socialistes minoritaires, tous se taisaient.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'homme qui pendant l'affaire Dreyfus avait &#233;crit : &lt;q style=&#034;font-style: italic;&#034;&gt;Honte aux pays o&#249; l'on se tait&lt;/q&gt; r&#233;duisait par la force tout un peuple au silence.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est dans cette atmosph&#232;re d'oppression morale &#233;touffante que retentirent comme un &#233;clat de tonnerre les coups de revolver du mercredi 19 f&#233;vrier 1919. Un homme avait os&#233; attenter &#224; l'idole sadique qui tenait le pays sous sa domination.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cet homme, c'&#233;tait un fr&#234;le jeune homme de vingt-trois ans, c'&#233;tait &#201;mile Cottin.&lt;/p&gt;
&lt;h3 class=&#034;spip&#034;&gt;Ce que fut l'affaire&lt;/h3&gt;
&lt;p&gt;Le mercredi 19 l&#233;vrier 1919, Clemenceau quittait vers 9 heures du matin son domicile de la rue Franklin pour se rendre &#224; la conf&#233;rence appel&#233;e d&#233;risoirement de la paix. Le vieux Tigre songeant sans doute &#224; la &#171; noble candeur &#187; wilsonienne, &#224; la duplicit&#233; de Lloyd George, se demande comment il pourra annihiler leur r&#233;sistance et r&#233;aliser le r&#234;ve de sa vie : &#233;craser l'Allemagne vaincue sous la Revanche, et pr&#233;parer de la sorte les massacres futurs.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'auto file par la rue Franklin et s'engage par le boulevard Delessert. Tout &#224; coup, un homme s'approche de la voiture qui, pour tourner, ralentissait et par la porti&#232;re tire une premi&#232;re balle de son browning.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'&#233;tait &#201;mile Cottin. Mais l'auto a acc&#233;l&#233;r&#233;, cependant Cottin tire toujours. Une, deux, trois, quatre balles qui traversent l'auto de part en part. L'une d'elles atteint Clemenceau.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'idole est par terre.&lt;/p&gt;
&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;div class='spip_document_4934 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href='https://www.partage-noir.fr/IMG/jpg/eriq5zoxuaanekp.jpg' class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/jpeg&#034;&gt; &lt;img src='https://www.partage-noir.fr/local/cache-vignettes/L500xH674/eriq5zoxuaanekp-45661.jpg?1774815775' width='500' height='674' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;
&lt;p&gt; &lt;/p&gt;
&lt;h3 class=&#034;spip&#034;&gt;L'&#233;motion dans la France enti&#232;re&lt;/h3&gt;
&lt;p&gt;Imm&#233;diatement, l'affaire se r&#233;pand dans Pans avec une rapidit&#233; fulgurante. Cependant que la bourgeoisie larmoie et se lamente, les peuples des usines, des chantiers, des camps militaires s'interrogent avec soulagement.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est que Clemenceau incarne pour tout le monde ouvrier la dictature bourgeoise la plus implacable. Clemenceau, c'est l'homme de Narbonne, de Villeneuve-Saint-Georges, de Raon-l'&#201;tape, c'est l'homme qui s'est proclam&#233; le &#171; premier flic de France &#187;. Puis c'est aussi l'homme de la guerre interminable. C'est la haine patriotique la plus f&#233;roce.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pour les soldats du front, c'est l'homme qui a &#171; fait la guerre &#187;, avec leur peau, avec leur mis&#232;re.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Clemenceau, c'est la Caponni&#232;re, c'est le poteau de Vincennes, c'est les conseils de guerre avec les gueules sinistres des Mornet, des Bouchardon ; c'est la presse libre b&#226;illonn&#233;e ; c'est Daudet tout-puissant r&#233;clamant chaque matin sa part de cadavres. C'est Mandel, c'est Ignace.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Voila ce qu'est Clemenceau pour la classe ouvri&#232;re.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Aussi le geste de Cottin appara&#238;t-il &#224; ce moment comme le d&#233;tecteur qui va &#233;veiller les consciences, redonner l'espoir et annoncer la fin du cauchemar.&lt;/p&gt;
&lt;h3 class=&#034;spip&#034;&gt;Le proc&#232;s &lt;/h3&gt;
&lt;p&gt;Mais Clemenceau n'a re&#231;u qu'une blessure b&#233;nigne. La balle de Cottin l'a atteint au m&#233;diastin. Il la gardera, cette balle, jusqu'&#224; sa mort, plus de dix ans apr&#232;s.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le 27 f&#233;vrier, &lt;i&gt;huit jours seulement&lt;/i&gt; apr&#232;s l'attentat, Clemenceau peut reprendre sa place &#224; la Conf&#233;rence de la Paix et poursuivre l'&#339;uvre n&#233;faste dont nous payons aujourd'hui, par la menace d'une nouvelle catastrophe, la malfaisance.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cottin, lui, apr&#232;s avoir &#233;t&#233; copieusement lynch&#233; par la foule immonde de ce quartier peupl&#233; de bourgeois et de larbins de plume et de plumeau de toutes esp&#232;ces qu'est le XVI&lt;sup class=&#034;typo_exposants&#034;&gt;e&lt;/sup&gt; arrondissement, est transf&#233;r&#233; &#224; la prison de la Sant&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Son proc&#232;s est men&#233; &#224; une allure vertigineuse. C'est Bouchardon qui l'instruit.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Des rafles, des perquisitions sont op&#233;r&#233;es dans tous nos milieux, chez les militants. Jules Content, qui r&#233;digeait, &#224; cette &#233;poque le &lt;i&gt;Libertaire&lt;/i&gt;, est arr&#234;t&#233; &#224; propos d'un tract &#171; au peuple fran&#231;ais &#187; contre l'intervention en Russie. On veut &#224; toute force &#233;tablir une corr&#233;lation entre ces deux faits. Par tous les moyens, la police clemenciste essaie de transformer l'acte individuel de Cottin en complot collectif et se livre ainsi aux suppositions les plus grotesques. On recherche pendant quinze jours un myst&#233;rieux jeune homme blond r&#233;pondant au nom slave de Mikha&#239;l, et qui est s&#251;rement l'instigateur de l'affaire. Force est cependant bien de reconna&#238;tre &#224; la fin son inexistence.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Enfin, en trois semaines, l'instruction est termin&#233;e. Cottin est pr&#234;t &#224; &#234;tre livr&#233; &#224; ses &#171; juges &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le 14 mars, soit &lt;i&gt;vingt-trois jours&lt;/i&gt; apr&#232;s son geste, il comparait devant le troisi&#232;me conseil de guerre &#8212; ce m&#234;me troisi&#232;me conseil de guerre qui, deux ans apr&#232;s l'ace de Cottin, a condamn&#233; Guilbeaux &#224; mort.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Son interrogatoire lui permet d'expliquer les mobiles de son geste. Et d'accus&#233; il se transforme en accusateur. Il fait le proc&#232;s de Clemenceau. Il rappelle Villeneuve-Saint-Georges, Narbonne, Raon-l'Etape. Il rappelle la r&#233;pression brutale des gr&#232;ves de 1916, &#224; Paris, &#224; Saint-Etienne, le m&#233;contentement des ouvriers qui criaient : &#171; A bas Clemenceau ! &#187;, la haine des soldats du front, les conseils de guerre, tout ce pass&#233; enfin, charg&#233; de sang et de violence.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est le sinistre Mornet qui est charg&#233; de prononcer le r&#233;quisitoire.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On ne sait trop aujourd'hui, quand on relit le r&#233;quisitoire, ce qui l'emporte de l'imb&#233;cillit&#233; ou de la haine.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est l'&#233;poque o&#249; l'imp&#233;rialisme fran&#231;ais appara&#238;t comme le plus s&#251;r rempart du capitalisme international. Clemenceau organise l'intervention en Russie, apr&#232;s avoir fait &#233;craser les spartakistes en Allemagne. Une escadre est envoy&#233;e dans la mer Noire.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Aussi il ne faut pas s'&#233;tonner que Mornet essaie de transformer l'acte de Cottin en complot international.&lt;/p&gt;
&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;div class='spip_document_4936 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center spip_document_avec_legende' data-legende-len=&#034;61&#034; data-legende-lenx=&#034;x&#034;
&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href='https://www.partage-noir.fr/IMG/jpg/12ccf3f50f51caa0b2f443434f13c287-9508557_copie.jpg' class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/jpeg&#034;&gt; &lt;img src='https://www.partage-noir.fr/local/cache-vignettes/L500xH351/12ccf3f50f51caa0b2f443434f13c287-9508557_copie-348b7.jpg?1774815775' width='500' height='351' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;figcaption class='spip_doc_legende'&gt; &lt;div class='spip_doc_descriptif '&gt;&lt;small&gt;14 mars 1919, le proc&#232;s. &#201;mile Cottin est en haut &#224; droite. &lt;/small&gt;
&lt;/div&gt; &lt;/figcaption&gt;&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;
&lt;p&gt;&lt;q style=&#034;font-style: italic;&#034;&gt;L'anarchie de Cottin, comme l'anarchie de beaucoup d'autres individus de son genre, est une anarchie toute particuli&#232;re et qui me para&#238;t pr&#233;senter un singulier caract&#232;re de solidarit&#233; avec l'anarchie qui se d&#233;veloppe dans les pays ennemis.&lt;/q&gt; Mornet fait ainsi allusion &#224; la jeune Russie sovi&#233;tique &#8212; qu'&#224; cette &#233;poque les anarchistes, avec quelques rares syndicalistes, sont &#224; peu pr&#232;s les seuls &#224; d&#233;tendre, rappelons-le en passant &#8212; et &#224; la r&#233;volution allemande. La R&#233;publique bavaroise des conseils d'ouvriers et soldats a &#233;t&#233; noy&#233;e dans le sang et Kurt Eisner est assassin&#233; &#224; Munich le 21 f&#233;vrier 1919, par des nationalistes allemands. Mornet est encore amen&#233; &#224; justifier l'interventionnisme en pr&#233;sentant, l'acte de Cottin comme une protestation &lt;q style=&#034;font-style: italic;&#034;&gt;contre le pays qui se d&#233;fend et qui, apr&#232;s s'&#234;tre d&#233;fendu contre l'ennemi, se d&#233;fend contre le mal qui se d&#233;veloppe chez l'ennemi&lt;/q&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;q style=&#034;font-style: italic;&#034;&gt;En voulant tuer Clemenceau, c'est la France elle-m&#234;me qu'il a voulu atteindre &lt;span style=&#034;font-style:normal;&#034;&gt;&#8212; fait Mornet en s'adressant au tribunal &#8212;&lt;/span&gt; ni piti&#233;, ni indulgence, &lt;span style=&#034;font-style:normal;&#034;&gt;conclut-il,&lt;/span&gt; et je vous demande d'appliquer &#224; Cottin la peine l&#233;gale dans toute sa rigueur.&lt;/q&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est la mort qui est r&#233;clam&#233;e. Le Tigre a &#233;t&#233; bien d&#233;fendu par la Hy&#232;ne.&lt;/p&gt;
&lt;h3 class=&#034;spip&#034;&gt;Les d&#233;clarations de Cottin&lt;/h3&gt;
&lt;p&gt;Alors Cottin se l&#232;ve et courageusement, devant cette salle peupl&#233;e de militaires au mufle contract&#233; par la haine, de bourgeois f&#233;roces, seul, tout seul, n'ayant que son avocat, M&lt;sup class=&#034;typo_exposants&#034;&gt;e&lt;/sup&gt; Bloch, pour l'assister, le fr&#234;le Cottin fait les d&#233;clarations suivantes :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;q style=&#034;font-style: italic;&#034;&gt;Messieurs, &lt;/q&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;q style=&#034;font-style: italic;&#034;&gt;Je tiens a vous d&#233;clarer franchement que je suis anarchiste, c'est-&#224;-dire antiautoritaire, anticl&#233;ricalisme, antimilitariste et antiparlementaire. Je n'ai qu'une patrie, la terre. Je ne comprends pas la soci&#233;t&#233; actuelle, parce qu'elle est autoritaire et qu'elle n'engendre qu'une foule de malheurs, cette autorit&#233; ayant toujours &#233;t&#233; un &#233;pouvantail entre les mains des gouvernants au d&#233;triment de la masse qu'ils affament.&lt;/q&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;q style=&#034;font-style: italic;&#034;&gt;J'enraye son action par tous les moyens mis &#224; mon pouvoir. Je tiens donc tous les gouvernements autoritaires, tant en France qu'&#224; l'&#233;tranger, responsables de toutes les guerres : n'ayant eu pour r&#233;sultats que le meurtre de millions d'individus, de semer des &#233;pid&#233;mies, ces guerres ne changent rien au sort des travailleurs.&lt;/q&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;q style=&#034;font-style: italic;&#034;&gt;D'aillleurs, nombre de savants et d'&#233;crivains les r&#233;prouvent et essaient de d&#233;voiler aux masses leur inefficacit&#233; par leurs discours et leurs &#339;uvres.&lt;/q&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;q style=&#034;font-style: italic;&#034;&gt;C'est sous le r&#232;gne de M. Clemenceau que nous voyons l'arm&#233;e fran&#231;aise envahir l'Allemagne.&lt;/q&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;q style=&#034;font-style: italic;&#034;&gt;Je suis d'accord avec les bolchevistes&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2-1&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;A cette &#233;poque (mars 1919), quoiqu'ils fissent d&#233;j&#224; de s&#233;rieuses r&#233;serv&#233;s (&#8230;)&#034; id=&#034;nh2-1&#034;&gt;1&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt; et les spartakistes, estimant que les peuples ont te droit de disposer d'eux-m&#234;mes.&lt;/q&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;q style=&#034;font-style: italic;&#034;&gt;J'accuse tous les gouvernements autocrates qui ont particip&#233; directement &#224; cette guerre et qui sont responsables de la perte de douze millions d'hommes et de plusieurs centaines de milliards.&lt;/q&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;q style=&#034;font-style: italic;&#034;&gt;Les anarchistes sabreront le r&#233;gime autoritaire parce qu'il est, le seul, coupable de la douleur universelle. Ils uniront leurs efforts pour instaurer un devoir social.&lt;/q&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;q style=&#034;font-style: italic;&#034;&gt;Je termine par ces mots : &lt;q style=&#034;font-style: italic;&#034;&gt;&lt;span style=&#034;font-style:normal;&#034;&gt; L'union des travailleurs fera la pair du monde !&lt;/span&gt;&lt;/q&gt;&lt;/q&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La maman de Cottin vint &#224; la barre pr&#233;senter la d&#233;fense de son fils, dans une courte d&#233;claration, &#233;mouvante dans sa bri&#232;vet&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;q style=&#034;font-style: italic;&#034;&gt;Je viens d&#233;fendre mon fils, &lt;span style=&#034;font-style:normal;&#034;&gt; dit-elle.&lt;/span&gt; Je viens dire, que c'est pour avoir vu trop de morts... Il pleurait en voyant passer les veuves et les orphelins. &lt;/q&gt; Et la pauvre femme, en sanglotant, explique la sensibilit&#233;, la douceur de son enfant... Elle laisse les juges indiff&#233;rent. Leur d&#233;termination &#233;tait prise d'avance. Il fallait un verdict de mort.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;A l'unanimit&#233;, le conseil de guerre revint avec l'ordre qu'on lui avait donn&#233;. Cottin &#233;tait condamn&#233; &#224; la peine capitale.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Huit jours apures le verdict de mort contre Cottin, la cour d'assises de la Seine acquittait Raoul Villain qui, lui, n'avait pas rat&#233; Jaur&#232;s.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'instruction durait depuis le 31 juillet 1914...&lt;/p&gt;
&lt;h3 class=&#034;spip&#034;&gt;Apr&#232;s la condamnation &lt;/h3&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;div class='spip_document_4937 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_right spip_document_right spip_document_avec_legende' data-legende-len=&#034;26&#034; data-legende-lenx=&#034;&#034;
&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href='https://www.partage-noir.fr/IMG/jpg/arton372.jpg' class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/jpeg&#034;&gt; &lt;img src='https://www.partage-noir.fr/local/cache-vignettes/L500xH778/arton372-0f6c4.jpg?1774815775' width='500' height='778' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;figcaption class='spip_doc_legende'&gt; &lt;div class='spip_doc_descriptif '&gt;&lt;small&gt;Emile Cottin. &lt;a href=&#034;https://cartoliste.ficedl.info/article372.html&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;Cartoliste&lt;/a&gt;&lt;/small&gt;
&lt;/div&gt; &lt;/figcaption&gt;&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;
&lt;p&gt;Mais la sentence du troisi&#232;me conseil de guerre, si elle fut bien accueillie de toute la classe bourgeoise, souleva cependant une &#233;motion consid&#233;rable dans le prol&#233;tariat fran&#231;ais.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cependant que Cottin &#233;tait promis au peloton d'ex&#233;cution pour avoir &#233;gratign&#233; Clemenceau, Villain sortait tranquillement de la Sant&#233;. Non coupable, avaient dit les jur&#233;s, d'avoir tu&#233; Jaur&#232;s.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Imm&#233;diatement, un vaste mouvement protestataire s'organisa.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le Tigre, qui nagu&#232;re avait fait de si belles d&#233;clamerions contre la peine de mort, fut contraint de demander la gr&#226;ce de Cottin.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais alors qu'il eut pu avoir l'occasion d'un geste g&#233;n&#233;reux en graciant purement et simplement Cottin, le vieux sadique fixa lui-m&#234;me, dans une lettre adress&#233;e le 8 avril 1919 &#224; Poincar&#233;, a dix ann&#233;e de r&#233;clusion le prix de la blessure insignifiante qu'avait subie son m&#233;diastin.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cottin fui transf&#233;r&#233; &#224; la maison centrale, de Melun, d'o&#249; il ne devait sortir que cinq ans plus tard, le 21 ao&#251;t 1924.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Entre temps de nombreuses campagnes avaient &#233;t&#233; men&#233;es par le &lt;i&gt;Libertaire &lt;/i&gt; et par la presse de gauche pour obtenir sa lib&#233;ration. En vain. Clemenceau s'opposa toujours &#224; la moindre r&#233;duction de peine, et m&#234;me au transfert de Cottin au r&#233;gime politique. Cottin resta en maison centrale et connut a maintes reprises le &#171; mitard &#187;, les violences, brutalit&#233;s morales et physiques qui sont le r&#233;gime ordinaire des prisons fran&#231;aises.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il fallut la loi d'amnistie de 1924 pour lib&#233;rer Cottin.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais cependant la vindicte de classe continua &#224; le poursuivre.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il avait &#233;t&#233; gratifi&#233;, en outre des dix ann&#233;es de r&#233;clusion, de vingt ans d interdiction de s&#233;jour, qui furent maintenus apr&#232;s sa lib&#233;ration.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cottin, libre, &#233;tait de la sorte soumis &#224; la dictature polici&#232;re la plus tyrannique. Contraint de r&#233;sider &#224; Compi&#232;gne, o&#249; il trouvait difficilement &#224; exercer son m&#233;tier d'&#233;b&#233;niste. Cottin ne pouvait quitter le lieu de sa r&#233;sidence sans risquer les poursuites judiciaires et la prison.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ou la prison ou crever de faim dans un petit trou de province : voila l'alternative o&#249; l'avait mis la mansu&#233;tude de nos gouvernants.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;A plusieurs repens&#233;e, Cottin avait d'ailleurs &#233;t&#233; arr&#234;t&#233; et condamn&#233; pour infraction &#224; l'interdiction de s&#233;jour. Et au mois de f&#233;vrier dernier, alors qu'il travaillait r&#233;guli&#232;rement &#224; Clichy de son m&#233;tier d'&#233;b&#233;niste, il avait &#233;t&#233; arr&#234;t&#233; &#224; nouveau et condamne &#224; trois mois de prison.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La r&#233;volution espagnole apparut &#224; Cottin comme la d&#233;livrance. Des les premiers jours il est parti... De m&#234;me que le 19 f&#233;vrier 1919, il avait courageusement, par avance, accept&#233; le destin le plus tragique. Il est mort le 8 octobre 1936. Entre ces deux dates s'inscrit toute sa vie d'anarchiste, de r&#233;volutionnaire, de h&#233;ros du peuple.&lt;/p&gt;
&lt;div class=&#034;spip spip-block-right&#034; style=&#034;text-align:right;&#034;&gt;&lt;strong&gt;LOUIS ANDER&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt;&lt;div class=&#034;texteencadre-spip spip&#034;&gt;&lt;h2 style=&#034;margin-top:1em;&#034;&gt;Cottin, salut ! Par Ernesto Bonomini&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;&#171; Emile Cottin a &#233;t&#233; tu&#233; en h&#233;ros face &#224; l'ennemi &#187;. C'est sous ce titre que la &#171; Soli &#187; du 14 courant annon&#231;ait la mort h&#233;ro&#239;que de notre vaillant camarade.&lt;br class='autobr' /&gt;
Cottin !... &lt;br class='autobr' /&gt;
J'avais &#224; peine seize ans quand ce nom retentit pour la premi&#232;re fois &#224; mes oreilles d'enthousiaste et jeune n&#233;ophyte. Je t&#226;tonnais encore dans le labyrinthe des partis d'avant-garde. Ma voie n'&#233;tait, pas encore trouv&#233;e.&lt;br class='autobr' /&gt;
La guerre venait de s'&#233;touffer dans le fleuve de sang de millions de vies humaines.&lt;br class='autobr' /&gt;
Une sourde col&#232;re grondait parmi les victimes de cette grande boucherie contre le responsables. L'histoire des peuples n'avait jamais enregistr&#233; un pareil crime.&lt;br class='autobr' /&gt;
Les politiciens de tout acabit, toujours pr&#234;ts &#224; exploiter la douleur universelle pour des fins &#233;go&#239;stes et viles, tentaient de canaliser cette juste r&#233;volte dans les sentiers battus de la routine et de la d&#233;magogie.&lt;br class='autobr' /&gt;
Mais voila qu'un jeune et obscur ouvrier, sortant tout &#224; coup de la foule anonyme, dans un beau geste d'h&#233;ro&#239;sme et de sacrifice, montre aux masses souffrantes comment l'on ch&#226;tie les criminels...&lt;br class='autobr' /&gt;
Venu moi aussi me ranger, par la suite, sous les plis du beau drapeau noir de l'Anarchie, j'ai t&#226;ch&#233; de me rendre utile &#224; la cause et les ann&#233;es pass&#232;rent... Dans les ge&#244;les de la III&lt;sup class=&#034;typo_exposants&#034;&gt;e&lt;/sup&gt; R&#233;publique, &#224; travers les cruelles routes de l'exil et des parias, partout j'entendis parler de Cottin. Mais, malgr&#233; mon vif d&#233;sir de lui serrer fraternellement la main, jamais je ne pus le rencontrer. Et pourtant nous avons tour &#224; tour v&#233;cu parmi les m&#234;mes camarades et dans les m&#234;mes lieux de souffrance.&lt;/p&gt;
&lt;center&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;tt&gt;&lt;picto|nom=asterisk&gt;&lt;/tt&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;/center&gt;
&lt;p&gt;19 juillet 1936 !... Une flamme fascinatrice, annonciatrice de batailles f&#233;condes, se l&#232;ve, apr&#232;s une nuit tragique, par del&#224; les Pyr&#233;n&#233;es.&lt;br class='autobr' /&gt;
Les c&#339;urs de tous les parias, de tous les d&#233;sh&#233;rites se gonflent d'espoir. Tous, bravant l'&#233;p&#233;e de Damocl&#232;s suspendue sur leur t&#234;te, sortent de leur retraite forc&#233;e. Les pauvres petits lieux de r&#233;union deviennent insuffisants. Les camarades qui ne se voyaient plus depuis de longues ann&#233;es se rencontrent, se serrent les mains, fr&#233;missants d'enthousiasme. On s'embrasse, on converse avec passion, on pleure de joie. Une nouvelle &#232;re commence. La bataille, entre un vieux monde en ruine et un monde nouveau de justice sociale, va s'engager implacablement. Tous ont l'impression que cette bataille sera d&#233;cisive et que tous doivent y contribuer de toutes leurs forces. Le torrent de l'Id&#233;al depuis longtemps retenu par les forces de r&#233;action rompt ses digues et se pr&#233;cipite imp&#233;tueux vers l'Avenir. Tous les traqu&#233;s, les &#171; dangereux bandits &#187;, les pestif&#233;r&#233;s sociaux, ne demandent qu'une chose : lutter jusqu'&#224; l'extr&#234;me sacrifice pour la Libert&#233;, tous veulent partir s'engager dans ces h&#233;ro&#239;ques milices populaires qui se battent fougueusement sous le soleil ardent d'Espagne.&lt;br class='autobr' /&gt;
Ce sont pourtant des antimilitaristes endurcis, des d&#233;serteurs des arm&#233;es du capitalisme, des insoumis par id&#233;ologie, des objecteurs de conscience, qu'importe ! Ce n'est pas la guerre, c'est la lutte contre la racaille militaire, contre la horde, fasciste : c'est la R&#233;volution sociale, c'est la Paix.&lt;/p&gt;
&lt;center&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;tt&gt;&lt;picto|nom=asterisk&gt;&lt;/tt&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;/center&gt;
&lt;p&gt;Quelques jours avant mon d&#233;part pont l'Espagne je me rendis au &lt;i&gt;Libertaire&lt;/i&gt; donnez le bonjour aux camarades.&lt;br class='autobr' /&gt;
Tout a coup, je me trouvais en face d'un camarade que je ne connaissais pas. Je voulais passer outre mais ses yeux, ses yeux si pleins de douceur et de r&#234;ves g&#233;n&#233;reux me retinrent sur place. Nous nous regard&#226;mes quelques instants, silencieux et sympathiques. Sans nous d&#233;cider &#224; nous parler. Ce que voyant, le camarade Fr&#233;mont s'approcha de nous et nous pr&#233;senta l'un &#224; l'autre. A la bonne heure ! Nous nous serr&#226;mes &#233;nergiquement les mains : nous nous comprenions...&lt;br class='autobr' /&gt;
Une vingtaine de jours apr&#232;s, me trouvant &#224; la gare de France de Barcelone, je m'entendis appeler. Je me retournai. Cottin accourait vers moi les bras ouverts. Il &#233;tait transfigur&#233;, tant l'enthousiasme et l'odeur de la bataille remuaient son &#226;me de lutteur. Enfin ! il pouvait &#224; nouveau s'offrir &#224; l'Id&#233;al. Nous &#233;change&#226;mes nos impressions sur la situation et sur le triomphe des id&#233;es qui avaient toujours fait battre nos c&#339;urs fr&#232;res. Il &#233;tait impatient de monter au front rejoindre le Groupe International de la colonne Durruti o&#249; il avait des amis chers.&lt;br class='autobr' /&gt;
Quand nous nous quitt&#226;mes mon c&#339;ur &#233;tait oppress&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;center&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;tt&gt;&lt;picto|nom=asterisk&gt;&lt;/tt&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;/center&gt;
&lt;p&gt;Dans le premier engagement s&#233;rieux auquel il a pris part avec tout son courage et son m&#233;pris de la mort il pouvait enfin r&#233;aliser le plus beau r&#234;ve de sa vie : la donner pour l'Anarchie. Sa grande passion.&lt;br class='autobr' /&gt;
Bon et grand camarade, nous ne pleurerons pas sur ton cadavre. Nous savons que tu ne le permettrais pas. Nous saurons suivre ton exemple. Nous lutterons implacablement jusqu'&#224; la mort, comme tu as su le faire, pour le triomphe final de notre grand et g&#233;n&#233;reux Id&#233;al de r&#233;demption humaine. C'est ainsi que nous te vengerons.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cottin, salut !&lt;/p&gt;
&lt;div class=&#034;spip spip-block-right&#034; style=&#034;text-align:right;&#034;&gt; &lt;i&gt;Barcelone&lt;/i&gt;, 16 octobre 1936. &lt;/div&gt;&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;hr /&gt;
		&lt;div class='rss_notes'&gt;&lt;div id=&#034;nb2-1&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2-1&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-1&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;1&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;A cette &#233;poque (mars 1919), quoiqu'ils fissent d&#233;j&#224; de s&#233;rieuses r&#233;serv&#233;s sur l'orientation de la R&#233;volution russe, les anarchistes &#233;taient de ceux, rares alors, qui d&#233;tendaient les Soviets.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		
		</content:encoded>


		

	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>Jeanne Morand (1887-1969) - Jeanne, l'antimilitariste</title>
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		<dc:date>2024-10-03T11:06:28Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Anne Steiner </dc:creator>


		<dc:subject>Jeanne Morand </dc:subject>
		<dc:subject>CIRA Marseille</dc:subject>
		<dc:subject>&lt;i&gt;Le Libertaire&lt;/i&gt;</dc:subject>
		<dc:subject> l'anarchie</dc:subject>
		<dc:subject>Albert Libertad</dc:subject>

		<description>
&lt;p&gt;Jeanne Morand, n&#233;e le 17 ao&#251;t 1887 &#224; Bey, en Sa&#244;ne-et-Loire, est l'a&#238;n&#233;e d'une famille nombreuse dont le p&#232;re, cultivateur, quitte la terre pour devenir man&#339;uvre &#224; Chalon-sur-Sa&#244;ne, quelques ann&#233;es apr&#232;s sa naissance. &#192; l'&#226;ge de 18 ans, elle monte &#224; Paris pour se placer comme domestique, et fr&#233;quente tr&#232;s vite les causeries populaires des anarchistes individualistes. En 1907, elle s'installe dans la maison commune qui est le si&#232;ge de leur organe, l'anarchie, et devient la compagne de (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://www.partage-noir.fr/-calendrier-du-cira-2024-" rel="directory"&gt;Calendrier du CIRA 2024 &lt;/a&gt;

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&lt;a href="https://www.partage-noir.fr/+-jeanne-morand-+" rel="tag"&gt;Jeanne Morand &lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.partage-noir.fr/+-source-centre-international-de-recherches-sur-l-anarchisme-de-+" rel="tag"&gt;CIRA Marseille&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.partage-noir.fr/+-le-libertaire-+" rel="tag"&gt;&lt;i&gt;Le Libertaire&lt;/i&gt;&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.partage-noir.fr/+-l-anarchie-+" rel="tag"&gt; l'anarchie&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.partage-noir.fr/+-albert-libertad-142-+" rel="tag"&gt;Albert Libertad&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;img src='https://www.partage-noir.fr/local/cache-vignettes/L150xH86/pages_de_calendrier-2024-3-b5de8.jpg?1774707249' class='spip_logo spip_logo_right' width='150' height='86' alt=&#034;&#034; /&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;Jeanne Morand, n&#233;e le 17 ao&#251;t 1887 &#224; Bey, en Sa&#244;ne-et-Loire, est l'a&#238;n&#233;e d'une famille nombreuse dont le p&#232;re, cultivateur, quitte la terre pour devenir man&#339;uvre &#224; Chalon-sur-Sa&#244;ne, quelques ann&#233;es apr&#232;s sa naissance. &#192; l'&#226;ge de 18 ans, elle monte &#224; Paris pour se placer comme domestique, et fr&#233;quente tr&#232;s vite les causeries populaires des anarchistes individualistes. En 1907, elle s'installe dans la maison commune qui est le si&#232;ge de leur organe, &lt;i&gt;l'anarchie&lt;/i&gt;, et devient la compagne de Libertad, figure charismatique de ce milieu. Ses jeunes s&#339;urs Alice et Marie, qui partagent ses id&#233;es, la rejoignent bient&#244;t &#224; Paris. Son comportement frondeur et rebelle lui vaut plusieurs condamnations &#224; de courtes peines de prison.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Apr&#232;s la mort de Libertad, en novembre 1908, elle se rapproche des communistes libertaires et devient, en 1912, secr&#233;taire du Comit&#233; f&#233;minin contre la loi Berry-Millerand qui pr&#233;voit d'envoyer les jeunes antimilitaristes accomplir leur service dans les bataillons disciplinaires d'Afrique. Elle &#233;crit dans la presse anarchiste, prend la parole dans les meetings, et participe, en 1913, &#224; la cr&#233;ation d'une coop&#233;rative ouvri&#232;re de production de films : Le Cin&#233;ma du peuple.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#192; la d&#233;claration de guerre, elle part pour l'Espagne avec son compagnon Jacques Long afin de poursuivre sa propagande antimilitariste.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En janvier 1919, ils sont expuls&#233;s et remis aux autorit&#233;s fran&#231;aises. Inculp&#233;s d'&#171; intelligence avec l'ennemi &#187; mais laiss&#233;s en libert&#233; provisoire, ils s'enfuient et sont condamn&#233;s par contumace, le 19 novembre 1920, &#224; la d&#233;tention perp&#233;tuelle en enceinte fortifi&#233;e. Jacques Long se suicide le 20 juillet 1921 tandis que Jeanne, &#233;puis&#233;e par sa cavale, se constitue prisonni&#232;re. Sa condamnation est finalement ramen&#233;e &#224; cinq ans de prison et &#224; dix ans d'interdiction de s&#233;jour pour &#171; appel &#224; la d&#233;sertion &#187;. Au tribunal qui l'accuse d'&#234;tre une antipatriotes, Jeanne r&#233;pond qu'&lt;q style=&#034;font-style: italic;&#034;&gt;emp&#234;cher la mort de jeunes Fran&#231;ais est un acte plus patriotique que de les y envoyer&lt;/q&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En prison, elle m&#232;ne deux gr&#232;ves de la faim pour l'obtention du statut de d&#233;tenu politique. Finalement graci&#233;e, elle est lib&#233;r&#233;e le 29 ao&#251;t 1924, et collabore &#224; sa sortie &#224; &lt;i&gt;La Revue anarchiste&lt;/i&gt; de S&#233;bastien Faure, au &lt;i&gt;Libertaire &lt;/i&gt; et au &lt;i&gt;V&#233;g&#233;talien&lt;/i&gt;. Mais elle est sortie tr&#232;s &#233;branl&#233;e de ces &#233;preuves et vit, &#224; partir des ann&#233;es 1930, dans une grande pr&#233;carit&#233;. Souvent pensionnaire de diverses institutions charitables, elle meurt le 26 f&#233;vrier 1969 &#224; l'asile d'ali&#233;n&#233;s de Fitz-James dans l'Oise.&lt;/p&gt;
&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;div class='spip_document_5374 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href='https://www.partage-noir.fr/IMG/jpg/tribu-libertad-1908_copie.jpg' class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/jpeg&#034;&gt; &lt;img src='https://www.partage-noir.fr/local/cache-vignettes/L500xH216/tribu-libertad-1908_copie-7b6d2.jpg?1774707249' width='500' height='216' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class="hyperlien"&gt;Voir en ligne : &lt;a href="https://www.cira-marseille.info/" class="spip_out"&gt;CIRA Marseille&lt;/a&gt;&lt;/div&gt;
		
		</content:encoded>


		

	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>Un courageux pr&#233;curseur de la limitation des naissances : Eug&#232;ne Humbert</title>
		<link>https://www.partage-noir.fr/un-courageux-precurseur-de-la-limitation-des-naissances-eugene</link>
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		<dc:date>2024-08-21T13:19:41Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Alexandre Croix</dc:creator>


		<dc:subject>Paul Robin</dc:subject>
		<dc:subject>Eug&#232;ne Humbert</dc:subject>
		<dc:subject>Jeanne Humbert</dc:subject>
		<dc:subject>&lt;i&gt;Les Temps nouveaux&lt;/i&gt;</dc:subject>
		<dc:subject>Archives Autonomies</dc:subject>
		<dc:subject>&lt;i&gt;Le Libertaire&lt;/i&gt;</dc:subject>

		<description>
&lt;p&gt;Un certain nombre d'adresses auront &#233;t&#233; famili&#232;res &#224; travers le monde aux compagnons de plusieurs g&#233;n&#233;rations. Ainsi du 6 de la rue des Savoises, &#224; Gen&#232;ve, o&#249; plus de quarante ann&#233;es durant, Louis Bertoni r&#233;digea et composa avec des moyens de fortune son R&#233;veil anarchiste ; ainsi du 140 de la rue Mouffetard et du 4 de la rue Broca o&#249; Jean Grave fit successivement la R&#233;volte et les Temps nouveaux ; ainsi encore du 15 de la rue d'Orsel, o&#249; Matha d'abord et Pierre Martin ensuite maintinrent (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://www.partage-noir.fr/-liberte-no167-du-1er-avril-1970-" rel="directory"&gt;Libert&#233; n&#176;167 du 1er avril 1970&lt;/a&gt;

/ 
&lt;a href="https://www.partage-noir.fr/+-paul-robin-+" rel="tag"&gt;Paul Robin&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.partage-noir.fr/+-eugene-humbert-+" rel="tag"&gt;Eug&#232;ne Humbert&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.partage-noir.fr/+-jeanne-humbert-+" rel="tag"&gt;Jeanne Humbert&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.partage-noir.fr/+-les-temps-nouveaux-+" rel="tag"&gt;&lt;i&gt;Les Temps nouveaux&lt;/i&gt;&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.partage-noir.fr/+-source-fragments-d-histoire-de-la-gauche-radicale-+" rel="tag"&gt;Archives Autonomies&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.partage-noir.fr/+-le-libertaire-+" rel="tag"&gt;&lt;i&gt;Le Libertaire&lt;/i&gt;&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;img src='https://www.partage-noir.fr/local/cache-vignettes/L150xH84/sans_titre-1_copie_2-a3b1e.jpg?1774704491' class='spip_logo spip_logo_right' width='150' height='84' alt=&#034;&#034; /&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;Un certain nombre d'adresses auront &#233;t&#233; famili&#232;res &#224; travers le monde aux compagnons de plusieurs g&#233;n&#233;rations. Ainsi du 6 de la rue des Savoises, &#224; Gen&#232;ve, o&#249; plus de quarante ann&#233;es durant, Louis Bertoni r&#233;digea et composa avec des moyens de fortune son &lt;i&gt;R&#233;veil anarchiste&lt;/i&gt; ; ainsi du 140 de la rue Mouffetard et du 4 de la rue Broca o&#249; Jean Grave fit successivement la &lt;i&gt;R&#233;volte &lt;/i&gt; et les &lt;i&gt;Temps nouveaux&lt;/i&gt; ; ainsi encore du 15 de la rue d'Orsel, o&#249; Matha d'abord et Pierre Martin ensuite maintinrent longtemps le &lt;i&gt;Libertaire&lt;/i&gt;, malgr&#233; bourrasques et avanies. Adresse quasi historique que cette derni&#232;re, puisque M. Jacques Hillairet veut bien en faire cas dans son &lt;i&gt;Dictionnaire des rues de Paris&lt;/i&gt; sauf toutefois &#224; se tromper l&#233;g&#232;rement sur les dates, en assignant celle de 1910 comme point limite de l'existence du &lt;i&gt;Libertaire &lt;/i&gt; &#224; cet endroit. Qu'il relise Roger Martin du Gard et il verra que dans le d&#233;sarroi de l'&lt;i&gt;Et&#233; 1914&lt;/i&gt;, Jacques Thibault se souciait encore de ce qu'on pouvait penser au 15 de la rue d'Orsel au fort de la premi&#232;re boucherie. D'ailleurs, des tracts pacifistes et antimilitaristes prirent encore leur essor de cette voie alors discr&#232;te de Clignancourt, mais que le voisinage du March&#233; Saint-Pierre, haut lieu de la passementerie parisienne, a livr&#233; maintenant aux multitudes p&#233;piantes et jacassi&#232;res !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais aujourd'hui, c'est vers une autre bonne adresse du pass&#233;, de notre pass&#233;, que nos pas veulent nous porter, l&#224;-bas, au plus haut de M&#233;nilmontant, au 27 de la rue de la Du&#233;e, art&#232;re encore plus discr&#232;te que celles que nous avons d&#233;j&#224; &#233;voqu&#233;es et qu'on pouvait avoir peine &#224; d&#233;couvrir lors de la premi&#232;re visite. Le coin &#233;tait retir&#233;, quasi villageois et sentait bon un autre temps, qu'on aurait maintenant difficult&#233; &#224; retrouver, encore que le quartier n'ait pas &#233;t&#233; de nos jours tellement d&#233;vast&#233; par la sp&#233;culation immobili&#232;re, ce qui ne saurait tarder. Le Passage des Saint-Simoniens est aussi tout proche ; il a &#233;chapp&#233; jusqu'&#224; maintenant &#224; la pioche du d&#233;molisseur, parfumant toujours le secteur d'un brin d'utopie. Et &#233;galement la rue de Pix&#233;r&#233;court, o&#249; S&#233;bastien Faure eut longtemps son imprimerie, la Fraternelle.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est de ce 27 de la rue de la Du&#233;e que partit peut-&#234;tre, que se d&#233;veloppa en tout cas, un mouvement qui est dit aujourd'hui de Planning Familial mais qu'on disait plus expressivement &#224; l'&#233;poque de limitation des naissances. Un gars bien plant&#233;, solide, r&#233;solu, Eug&#232;ne Humbert, hardi pr&#233;curseur et qui comme tous les pr&#233;curseurs v&#233;cut l'aventure par les c&#244;t&#233;s les plus difficiles, qui sont aussi les plus prenants, partant les seuls qui vaillent !&lt;/p&gt;
&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;div class='spip_document_5224 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_right spip_document_right spip_document_avec_legende' data-legende-len=&#034;16&#034; data-legende-lenx=&#034;&#034;
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&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='https://www.partage-noir.fr/local/cache-vignettes/L150xH190/delale_auguste-572ff-6fe49-4ba59.jpg?1774704492' width='150' height='190' alt='' /&gt;
&lt;figcaption class='spip_doc_legende'&gt; &lt;div class='spip_doc_descriptif '&gt;&lt;small&gt;Auguste Delale&lt;/small&gt;
&lt;/div&gt; &lt;/figcaption&gt;&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;
&lt;p&gt;L'occasion, au demeurant secondaire, d'en parler aujourd'hui est dans le centi&#232;me anniversaire de sa naissance. Au vrai, elle aurait d&#233;j&#224; pu s'offrir, voici deux mois, quand quelques anciens de la rue de la Du&#233;e se retrouv&#232;rent pour f&#234;ter les quatre-vingts ans de Jeanne Humbert, toujours ingambe, toujours vaillante et dont le mordant parait s'accro&#238;tre avec l'&#226;ge. Et que de souvenirs le seul nom de cette ch&#232;re Jeanne ne tra&#238;ne-t-il pas apr&#232;s lui ? L&#224; voil&#224; vraisemblablement la derni&#232;re qui pourrait parler valablement des temps de l'A.I.A. (Association internationale antimilitariste), dont son beau-p&#232;re, le syndicaliste Delal&#233; &#233;tait le tr&#233;sorier ; de Miguel Almereyda, de Merle et de tant d'autres, qu'elle connut pour ainsi dire dans l'&#339;uf et qui, dans leur jeunesse hasardeuse, venaient souvent demander le g&#238;te et le couvert &#224; sa m&#232;re, cette l&#233;gendaire &#171; m&#232;re Blanc &#187;, disparue plus tard dans un fait divers tragique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Eug&#232;ne Humbert venait de Nancy, o&#249; il &#233;tait n&#233; le 6 mars 1870. Les Humbert sont nombreux dans la r&#233;gion, et longtemps un de ses cousins, Lucien Humbert, y anima un petit journal, le &lt;i&gt;R&#233;veil ouvrier&lt;/i&gt;, qui fit date dans le syndicalisme local.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Tr&#232;s jeune, Eug&#232;ne Humbert, qui &#233;tait p&#233;tri de r&#233;volte et que des commencements amers n'avaient pas pr&#233;cis&#233;ment induit &#224; la b&#233;atitude, s'&#233;tait orient&#233; vers l'anarchisme ; et c'est vers Jean Grave, un des militants les plus en vue, qu'&#233;taient all&#233;es ses premi&#232;res curiosit&#233;s. Le fait est s&#251;r qu'on peut d&#233;j&#224; relever son nom dans les colonnes de la &lt;i&gt;R&#233;volte&lt;/i&gt;, autour des ann&#233;es 90, comme un des correspondants du journal pour la r&#233;gion nanc&#233;ienne.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;T&#233;moin cet entrefilet dans l'organe en question du 3 avril 1891, qui permet de prendre date irr&#233;futablement :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;q style=&#034;font-style: italic;&#034;&gt;Nancy. &#8212; Le camarade Eug&#232;ne Humbert demande aux compagnons de Toulon, qui lui ont envoy&#233; des &lt;span style=&#034;font-style:normal;&#034;&gt;R&#233;volte&lt;/span&gt; de correspondre avec lui ; il informe en outre tous les amis que sa nouvelle adresse est : Eug&#232;ne Humbert, rue de l'Equitation, 36, &#224; Nancy.&lt;/q&gt;&lt;/p&gt;
&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;div class='spip_document_5225 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_left spip_document_left spip_document_avec_legende' data-legende-len=&#034;16&#034; data-legende-lenx=&#034;&#034;
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&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='https://www.partage-noir.fr/local/cache-vignettes/L150xH225/yuuiyu-654ee-03935.jpg?1774704492' width='150' height='225' alt='' /&gt;
&lt;figcaption class='spip_doc_legende'&gt; &lt;div class='spip_doc_descriptif '&gt;&lt;small&gt;Louis L&#233;veill&#233;&lt;/small&gt;
&lt;/div&gt; &lt;/figcaption&gt;&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;
&lt;p&gt;Le 3 avril, on est &#224; deux mois de la p&#233;riode ravacholienne qui s'ouvrira avec l'affaire Dardare, Decamp et L&#233;veill&#233;, trois compagnons de Levallois, arr&#234;t&#233;s le premier mai 91, et qui, maltrait&#233;s par les policiers et par les juges, feront que Ravachol confectionnera ses bombes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Jean Grave et son journal sont avec Pouget et son &lt;i&gt;P&#232;re Peinard&lt;/i&gt; les grands p&#244;les d'attraction vers lesquels se tournent alors les camarades de province. Eug&#232;ne Humbert est tout naturellement entr&#233; en relations avec Jean Grave. Celui-ci est encore dans son aur&#233;ole premi&#232;re d'avoir &#233;t&#233; choisi par Kropotkine pour prendre sa succession au &lt;i&gt;R&#233;volt&#233; &lt;/i&gt; de Gen&#232;ve, mu&#233; en &lt;i&gt;R&#233;volte &lt;/i&gt; en raison de tracasseries administratives !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Jean Grave est pourtant discut&#233; d&#232;s 1890 et Charles Ma-lato l'a d&#233;j&#224; trait&#233;, fort irr&#233;v&#233;rencieusement de &#171; pape de la rue Mouffetard &#187; ! L'affaire Ravachol va aussi entamer son prestige, mais Grave conna&#238;tra encore des regains apr&#232;s qu'Elis&#233;e Reclus l'aura remis sur le bon cap !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Quand Humbert aura rejoint Paris, apr&#232;s la grande tornade de 93-94, ce n'est pas le groupe des&lt;i&gt; Temps nouveaux&lt;/i&gt;, qui a pris la suite de la &lt;i&gt;R&#233;volte &lt;/i&gt; qui l'attirera. Le charme a &#233;t&#233; rompu ! La rencontre d'un homme qu'il faut bien dire extraordinaire, le p&#232;re Robin, fixe maintenant son destin.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Paul Robin venait d'accaparer, &#224; son corps d&#233;fendant, l'attention publique, par un &#171; scandale &#187; survenu &#224; l'Orphelinat Pr&#233;vost, qu'il dirigeait &#224; Cempuis, dans l'Oise, depuis 1880. Il avait os&#233; instituer dans cet &#233;tablissement la co&#233;ducation des sexes, v&#233;rit&#233; premi&#232;re d'aujourd'hui mais regard&#233;e alors comme l'abomination de la d&#233;solation ! Puis, un jour, une des femmes de charge de l'orphelinat ayant &#233;t&#233; prise des douleurs de l'enfantement, il avait voulu que quelques-unes des pensionnaires de la maison assistent &#224; la d&#233;livrance. C'&#233;tait l&#224; mettre le comble &#224; une infamie d&#232;s longtemps reconnue !&lt;/p&gt;
&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;div class='spip_document_5226 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center spip_document_avec_legende' data-legende-len=&#034;12&#034; data-legende-lenx=&#034;&#034;
&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href='https://www.partage-noir.fr/IMG/jpg/arton694-34453.jpg' class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/jpeg&#034;&gt; &lt;img src='https://www.partage-noir.fr/local/cache-vignettes/L500xH251/arton694-34453-152ea.jpg?1774704492' width='500' height='251' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;figcaption class='spip_doc_legende'&gt; &lt;div class='spip_doc_descriptif '&gt;&lt;small&gt;Paul Robin&lt;/small&gt;
&lt;/div&gt; &lt;/figcaption&gt;&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;
&lt;p&gt;La presse, toujours bien pensante, &#233;tait aux aguets, notamment la &lt;i&gt;Libre parole&lt;/i&gt; du vertueux Drumont, et aussi le &lt;i&gt;Matin &lt;/i&gt; qui appartenait &#224; un pourri entre les pourris, de ce temps-l&#224;, le nomm&#233; Alfred Edwards. Celui-ci s'honorait d'ailleurs de la collaboration du sieur Jules Guesde, noble figure du jans&#233;nisme socialiste, comme nul n'en ignorait, et cela dans les moments m&#234;mes o&#249; toute la valetaille de plume du &lt;i&gt;Matin &lt;/i&gt; &#233;tait d&#233;cha&#238;n&#233;e contre le &#171; porc de Cempuis &#187;, comme revuistes et boulevardiers disaient alors pour d&#233;signer Paul Robin.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Jet&#233; &#224; la rue, celui-ci n'avait pas d&#233;sarm&#233; et il avait cr&#233;&#233; imm&#233;diatement un p&#233;riodique l'&lt;i&gt;Education int&#233;grale &lt;/i&gt; pour continuer la divulgation de ses th&#233;ories p&#233;dagogiques, et conjointement il s'&#233;tait attel&#233; &#224; un autre Rocher de Sisyphe et avait cr&#233;&#233; la ligue de la R&#233;g&#233;n&#233;ration Humaine ! C'&#233;tait sans doute un titre bien ambitieux, mais les ap&#244;tres se doivent de pr&#233;sumer beaucoup du prochain ! Un journal faisait cort&#232;ge, &lt;i&gt;R&#233;g&#233;n&#233;ration&lt;/i&gt;, qui commen&#231;a de para&#238;tre en d&#233;cembre 1896 et qui n'eut pas plus de six num&#233;ros en six ans, le terrain devant &#234;tre plut&#244;t ingrat comme tr&#232;s souvent.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Paul Robin pourtant innovait beaucoup. Il posait pour la premi&#232;re fois les fondements th&#233;oriques et pratiques de ce qui recevra bient&#244;t le nom de n&#233;o-malthusianisme.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Nous laisserons de c&#244;t&#233; le probl&#232;me dans son essence, qui opposerait encore aujourd'hui les abondancistes qui croient que le globe peut supporter, sinon un pullulement infini, en tout cas un nombre encore accru de bip&#232;des et ceux qui pensent que l'optimum quantitatif de pauvres h&#232;res en qu&#234;te du minimum vital est atteint ! L'heure n'est pas de rouvrir la controverse Drysdale - Kropotkine sur le th&#232;me fameux : &#171; Y a-t-il des subsistances pour tous ? &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'affaire ne doit nous soucier que dans ses cons&#233;quences individuelles et imm&#233;diates. Et &#224; cet &#233;gard, Paul Robin fut un lib&#233;rateur, dont les avaleuses de pilules d'aujourd'hui devraient r&#233;v&#233;rer pieusement la m&#233;moire. Mais il &#233;tait d'abord un homme de th&#233;orie et il abordait la soixantaine quand il se lan&#231;a &#224; corps perdu dans la propagande n&#233;o-malthusienne.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est l&#224; qu'Eug&#232;ne Humbert, qui venait d'embrasser ses th&#233;ories, allait lui &#234;tre pr&#233;cieux par son allant juv&#233;nile et sa volont&#233; d'aller tout de suite au concret et au pratique.&lt;/p&gt;
&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;div class='spip_document_5227 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center spip_document_avec_legende' data-legende-len=&#034;112&#034; data-legende-lenx=&#034;xx&#034;
&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href='https://www.partage-noir.fr/IMG/jpg/arton703.jpg' class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/jpeg&#034;&gt; &lt;img src='https://www.partage-noir.fr/local/cache-vignettes/L500xH319/arton703-1e6f1.jpg?1774704492' width='500' height='319' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;figcaption class='spip_doc_legende'&gt; &lt;div class='spip_doc_descriptif '&gt;&lt;small&gt; Eug&#232;ne Humbert est assis &#224; la table aux c&#244;t&#233;s de Jeanne, en clair, debout Eug&#233;nie de Bast. Source : &lt;a href=&#034;https://cartoliste.ficedl.info/article703.html&#034; target=&#034;_blank&#034;&gt;Cartoliste&lt;/a&gt;&lt;/small&gt;
&lt;/div&gt; &lt;/figcaption&gt;&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;
&lt;p&gt;C'est sous l'impulsion d'Humbert que na&#238;t le nouveau journal, dont le titre en dit plus long qu'un long discours, &lt;i&gt;G&#233;n&#233;ration consciente&lt;/i&gt; et &#224; partir duquel on peut vraiment parler de la naissance d'un mouvement n&#233;o-malthusien en France.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;De la rue du Surmelin voisine, o&#249; le premier branle a &#233;t&#233; donn&#233; &#224; l'entreprise, on est venu s'installer rue de la Du&#233;e. Le XX&lt;sup class=&#034;typo_exposants&#034;&gt;e&lt;/sup&gt; arrondissement, plus exactement le haut M&#233;nilmontant, fut un terrain d'&#233;lection pour le n&#233;o-malthusianisme. Le quartier vivait encore des souvenirs de la Commune et du massacre de la rue Haxo. C'&#233;tait aussi un coin o&#249; grouillaient les &#171; faminombreuses &#187;, selon le n&#233;ologisme que cr&#233;a pr&#233;cis&#233;ment Humbert.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Rue de la Du&#233;e, Eug&#232;ne Humbert, hormis les s&#233;jours en prison et l'exil &#224; Barcelone, tiendra g&#238;te et bureau jusqu'&#224; la guerre de 1939. Les abonn&#233;s de la soci&#233;t&#233; de consommation se refuseraient probablement aujourd'hui &#224; une installation aussi modeste. La maison &#233;tait vieillotte, un tantinet humide, en contrebas du corps principal du b&#226;timent. Quelques arbustes avaient des allures de fausse charmille, et quelquefois, quand la saison &#233;tait douce, une table simple mais g&#233;n&#233;reuse y r&#233;unissait quelques amis. Que de gens y d&#233;fil&#232;rent, de Paul-Napol&#233;on Roinard, rescap&#233; de la p&#233;riode symboliste et un des premiers compagnons de Zo d'Axa &#224; l'&lt;i&gt;En dehors&lt;/i&gt; &#224; Marc St&#233;phane, l'auteur de &lt;i&gt;Ceux du Trimard&lt;/i&gt;, de Fernand Kolney, le beau-fr&#232;re de Tailhade, et qui incarnait, lui, la forme totalement d&#233;sesp&#233;r&#233;e du n&#233;o-malthusianisme &#8212; les titres de ses brochures le disent crument : la &lt;i&gt;Gr&#232;ve des ventres&lt;/i&gt;, le &lt;i&gt; Crime d'engendrer&lt;/i&gt; le disent assez &#8212; &#224; Alexandre Jacob, dont il est question aujourd'hui dans une page voisine. Jean Marestan aussi, quand il montait de Marseille &#224; Paris.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Quant &#224; Manuel Devald&#232;s, Gabriel Giroud (G. Hardy) ils &#233;taient les h&#244;tes ordinaires de la maison. Giroud, gendre de Robin et ancien &#233;l&#232;ve de Cempuis, y avait, si l'on peut dire part de fondateur. Son nom est indissolublement li&#233; &#224; la diffusion des premiers rudiments pratiques que les classes pauvres en France purent conna&#238;tre pour rem&#233;dier &#224; leur fr&#233;n&#233;sie procr&#233;atrice.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;G&#233;n&#233;ration consciente &lt;/i&gt; tra&#231;a un assez joli sillon jusqu'&#224; la guerre de 1914, c&#233;sure brutale ouverte dans toutes les propagandes, mais la chose ne s'&#233;tait pas faite sans les anicroches rituelles. Des repopulateurs, du s&#233;nateur Piot &#224; l'&#233;conomiste Paul Leroy-Beaulieu en passant par un docteur Bertillon &#8212; parent d'Alphonse, celui de l'anthropom&#233;trie &#8212;, bramaient partout qu'on allait au d&#233;sastre si le prol&#233;taire &#8212; comme le veut l'&#233;tymologie m&#234;me du mot &#8212; ne besognait pas &#224; c... rabattues, ainsi qu'on dit dans Rabelais, pour assurer les prochaines lev&#233;es de chair &#224; canon ! La guerre qui venait supposait, en effet, de grandes consommations de celle-ci, et il &#233;tait urgent d'y pourvoir.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais voil&#224;, l'arsenal du l&#233;gislateur &#233;tait plus d&#233;pourvu qu'il ne le fut dans la suite, apr&#232;s les monstrueuses lois de 1920, et il fallait poursuivre alors sous couleur d'&#171; outrage aux bonnes m&#339;urs &#187;, d&#233;lit pr&#233;vu par une loi du 2 ao&#251;t 1882, modifi&#233;e par une loi du 16 mars 1898 et une autre du 7 avril 1908.&lt;/p&gt;
&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;div class='spip_document_5228 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_right spip_document_right spip_document_avec_legende' data-legende-len=&#034;16&#034; data-legende-lenx=&#034;&#034;
&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='https://www.partage-noir.fr/local/cache-vignettes/L150xH200/humbert-eugene-51513-4750e-f29a2.png?1774704492' width='150' height='200' alt='' /&gt;
&lt;figcaption class='spip_doc_legende'&gt; &lt;div class='spip_doc_descriptif '&gt;&lt;small&gt;Eug&#232;ne Humbert&lt;/small&gt;
&lt;/div&gt; &lt;/figcaption&gt;&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;
&lt;p&gt;Plusieurs fois donc Humbert se trouva poursuivi et l'h&#244;te de la Sant&#233; pour avoir contrevenu aux aust&#232;res dispositions en question.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Son cas fit m&#234;me jurisprudence si l'on ose dire et c'est dans un peu affriolant recueil de la &lt;i&gt;Gazette du Palais&lt;/i&gt;, acquis un jour au march&#233; aux puces, que nous trouv&#226;mes, &#224; la date du 25 mars 1911, un arr&#234;t&#233; de la Cour de Cassation, dont nous donnons, pour l'anecdote le court extrait suivant. (On y verra que, paradoxalement, par certains c&#244;t&#233;s, la V&lt;sup class=&#034;typo_exposants&#034;&gt;e&lt;/sup&gt; R&#233;publique, qui permet beaucoup plus qu'il ne fut jamais permis, est singuli&#232;rement moins antilib&#233;rale que la III&lt;sup class=&#034;typo_exposants&#034;&gt;e&lt;/sup&gt;, sinon de la volont&#233; de ses dirigeants, en tout cas par le simple poids de l'&#233;volution des m&#339;urs) :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;q style=&#034;font-style: italic;&#034;&gt;... Attendu que l'annonce de substances, m&#233;dicaments ou rem&#232;des destin&#233;s, soit &#224; procurer l'avortement d'une femme enceinte, soit &#224; mettre obstacle &#224; la f&#233;condation ne peut, par elle-m&#234;me et ind&#233;pendamment de toute expression ou description obsc&#232;ne ou contraire aux bonnes m&#339;urs, constituer le d&#233;lit pr&#233;vu et puni par la loi de 1898. &lt;/q&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;q style=&#034;font-style: italic;&#034;&gt;Attendu, toutefois, qu'il en est diff&#233;remment lorsque comme dans l'esp&#232;ce, cette annonce est accompagn&#233;e de descriptions obsc&#232;nes ou contraires aux bonnes m&#339;urs, qu'il en est ainsi notamment dans le num&#233;ro du journal &lt;span style=&#034;font-style:normal;&#034;&gt;G&#233;n&#233;ration consciente&lt;/span&gt; du 1&lt;sup class=&#034;typo_exposants&#034;&gt;er&lt;/sup&gt; janvier 1909, contenant un entrefilet intitul&#233; &lt;q style=&#034;font-style: italic;&#034;&gt;Petit courrier m&#233;dical&lt;/q&gt;, que cet entrefilet contient une description obsc&#232;ne ou contraire aux bonnes m&#339;urs rentrant dans les pr&#233;visions de la loi de 1898, et que c'est par suite, &#224; bon droit que l'arr&#234;t attaqu&#233; a fait &#224; Humbert l'application des dispositions de ladite loi...&lt;/q&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Si ce texte avait surv&#233;cu &#8212;mais il peut &#234;tre lettre morte sans qu'on puisse parler d'abrogation, comme il arrive si souvent en France &#8212;, tous les membres du &#171; Planning familial &#187;, qui ont &#224; exposer quotidiennement, dessins et coupes anatomiques &#224; la main, la fa&#231;on la plus appropri&#233;e de poser diaphragmes ou st&#233;rilets pourraient se trouver demain poursuivis pour outrages aux bonnes m&#339;urs !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ne fermons pas ce chapitre sur la r&#233;pression d'avant 1914, sans &#233;voquer la figure de Liard-Courtois, un autre ancien des Iles du Salut o&#249; la &#171; Terreur grise &#187; des ann&#233;es 94-95 l'avait exp&#233;di&#233; pour des motifs anciens, une simple substitution d'&#233;tat civil, et qui de retour du bagne, s'&#233;tait vou&#233; particuli&#232;rement &#224; la propagande n&#233;o-malthusienne, jusqu'&#224; compara&#238;tre souvent en correctionnelle, aux c&#244;t&#233;s d'Humbert ou ind&#233;pendamment.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Au-del&#224; du n&#233;o-malthusianisme, Eug&#232;ne Humbert fut encore un antimilitariste cons&#233;quent, de l'esp&#232;ce assez rare, qui ne faillit point en 1914. Il devait d'ailleurs payer son insoumission de guerre d'une peine de 5 ans de prison prononc&#233;e en 1920, la pr&#233;sence &#224; la barre de son avocat Andr&#233; Berthon, qui venait d'&#234;tre apostroph&#233; par Poincar&#233; de l'&#233;pith&#232;te &#171; abominable gredin &#187; (&#224; cause de l'allusion que Berthon avait os&#233; faire au chantage exerc&#233; par l'&#171; Action fran&#231;aise &#187; sur l'&#171; honn&#234;te Poincar&#233; &#187;, en raison d'affaires priv&#233;es) ayant plut&#244;t fait pour aggraver les choses !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dirons-nous encore la suite, plus pr&#232;s de nous : la tentative de faire revivre l'ancien mouvement n&#233;o-malthusien au travers de la &lt;i&gt;Grande R&#233;forme&lt;/i&gt;), que Jeanne Humbert tenta de maintenir quelque temps apr&#232;s 1945, et faut-il parler de sa fin tragique lors du bombardement de la prison d'Amiens en 1944, o&#249; &#224; plus de 70 ans il se trouvait d&#233;tenu, pour avoir c&#233;d&#233; encore &#224; son p&#233;ch&#233; ingu&#233;rissable de propagandiste-n&#233; ! Il le faudrait ; mais le mieux &#233;tait d'&#233;clairer aujourd'hui le pass&#233; le plus lointain. Pour l'avant-hier, nous trouverons bien quelque occasion, pour c&#233;l&#233;brer une fois de plus notre vaillant et vieux camarade Eug&#232;ne Humbert, cet actif pr&#233;curseur de la limitation des naissances.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
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<item xml:lang="fr">
		<title>Politique et p&#233;dagogie : Freinet et les Anarchistes</title>
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		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Gaston Leval</dc:creator>


		<dc:subject>&lt;i&gt;Le Libertaire&lt;/i&gt;</dc:subject>

		<description>
&lt;p&gt;Deux collaborateurs du Libertaire, deux anarchistes, se sont occup&#233;s r&#233;cemment de Freinet et de son &#339;uvre, avec toute la tol&#233;rance et l'effort de compr&#233;hension naturels chez des hommes qui luttent pour r&#233;tablissement d'une soci&#233;t&#233; fraternelle. Le premier de ces articles soulignait la contradiction existante entre les principes p&#233;dagogiques et l'appartenance au parti communiste de l'instituteur de Vence, et concluait que si celui-ci devait vivre d'accord avec les principes politiques qu'il (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://www.partage-noir.fr/-le-libertaire-no201-date-du-4-novembre-1949-" rel="directory"&gt;Le libertaire n&#176;201 dat&#233; du 4 novembre 1949&lt;/a&gt;

/ 
&lt;a href="https://www.partage-noir.fr/+-le-libertaire-+" rel="tag"&gt;&lt;i&gt;Le Libertaire&lt;/i&gt;&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;img src='https://www.partage-noir.fr/local/cache-vignettes/L150xH75/sans_titre-3j-4d3ff.jpg?1774718311' class='spip_logo spip_logo_right' width='150' height='75' alt=&#034;&#034; /&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;Deux collaborateurs du &lt;i&gt;Libertaire&lt;/i&gt;, deux anarchistes, se sont occup&#233;s r&#233;cemment de Freinet et de son &#339;uvre, avec toute la tol&#233;rance et l'effort de compr&#233;hension naturels chez des hommes qui luttent pour r&#233;tablissement d'une soci&#233;t&#233; fraternelle. Le premier de ces articles soulignait la contradiction existante entre les principes p&#233;dagogiques et l'appartenance au parti communiste de l'instituteur de Vence, et concluait que si celui-ci devait vivre d'accord avec les principes politiques qu'il d&#233;fend, il chercherait bient&#244;t des principes plus en harmonie avec son &#339;uvre d'&#233;ducateur. Le deuxi&#232;me narrait la lutte courageuse soutenue par lui contre la r&#233;action locale. Dans les deux cas, la sympathie la plus compl&#232;te &#233;tait exprim&#233;e, et nous pourrions, si nous nous en donnions la peine, trouver d'autres t&#233;moignages venant des anarchistes envers celui qui, &#224; mon avis, aurait beaucoup moins de renomm&#233;e dans un pays ou la p&#233;dagogie a fait des progr&#232;s r&#233;ellement importants, mais qui n'en est pas moins, en France, et &#224; cette &#233;poque, un combattant auquel nous rendons hommage.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pourquoi faut-il que cette tol&#233;rance ne soit pas r&#233;ciproque, et que cet homme avec qui, ind&#233;pendamment de ses conceptions sociales, nous nous sentons solidaires, se soit conduit envers nous d'une fa&#231;on lamentable ? Voici, en effet, ce que nous trouvons aux pages 17-18 du petit livre &lt;i&gt;Conseils aux Parents&lt;/i&gt;, dont il est l'auteur, &#224; propos des anarchistes et de l'anarchisme :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;q style=&#034;font-style: italic;&#034;&gt;Nous avons eu, dans notre &#233;cole, un gar&#231;on de onze ans. Ka, &lt;span style=&#034;font-style:normal;&#034;&gt;fils de parents anarchistes de race&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb3-1&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;C'est moi qui souligne.&#034; id=&#034;nh3-1&#034;&gt;1&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt; &lt;/span&gt; qui &#233;taient d&#233;sesp&#233;r&#233;s de ne rien pouvoir tirer de lui. Ka, qui ne manquait cependant pas d'intelligence, semblait froid et indiff&#233;rent &#224; tout, trop t&#244;t d&#233;sabus&#233;, comme d&#233;j&#224; las de vivre.&lt;/q&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;q style=&#034;font-style: italic;&#034;&gt;D&#232;s son plus jeune &#226;ge, Ka avait &#233;t&#233; malgr&#233; lui impr&#233;gn&#233; par cette atmosph&#232;re d'ins&#233;curit&#233; dans laquelle vivaient ses parents, sans cesse traqu&#233;s, vivant en marge de la soci&#233;t&#233;, pratiquant en permanence et de parti-pris le mensonge social et politique, oblig&#233;s de se travestir parfois pour fuir, de se cacher, de &lt;span style=&#034;font-style:normal;&#034;&gt;cacher des complices, et, le cas &#233;ch&#233;ant, de jouer du revolver.&lt;/span&gt;&lt;/q&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;q style=&#034;font-style: italic;&#034;&gt;Ka n'avait pas essay&#233; de comprendre, et il n'aurait d'ailleurs pas pu. Il avait v&#233;cu ses premi&#232;res ann&#233;es dans une atmosph&#232;re familiale et sociale tout &#224; fait diff&#233;rente de l'atmosph&#232;re normale. Sa nature n'avait connu ni la sinc&#233;rit&#233;, ni la v&#233;rit&#233;. Intuitivement, subconsciemment, Ka avait &#233;t&#233; persuad&#233; que le propre de la nature humaine, l'essentiel de sa moralit&#233;, c'&#233;tait cette duplicit&#233; permanente qui avait &#233;t&#233; autour de lui la grande r&#232;gle de vie. Pour ce qui concerne le travail, notamment, il avait &#233;t&#233; profond&#233;ment influenc&#233; par des th&#233;ories et des pratiques qui en &#233;talent comme sa condamnation sociale.&lt;/q&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;q style=&#034;font-style: italic;&#034;&gt;Et de fait, Ka n'&#233;tait plus perm&#233;able &#224; la droiture, &#224; la sinc&#233;rit&#233;, &#224; ce que nous appelons la v&#233;rit&#233;. Il mentait par nature, comme d'autres disent la v&#233;rit&#233; par nature. Lui parler de v&#233;rit&#233; &#233;tait aussi vain et inutile que de parler de couleur &#224; un aveugle. C'&#233;tait l&#224; des notions qui &#233;taient &#233;trang&#232;res &#224; son comportement fonctionnel.&lt;/q&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;q style=&#034;font-style: italic;&#034;&gt;Il en &#233;tait de m&#234;me pour le travail qu'il consid&#233;rait malgr&#233; lui comme une chose antinaturelle, &#224; laquelle on ne se r&#233;sout que lorsqu'on y est contraint &#8212; parce que le comportement familial avait d&#233;termin&#233; en lui ces r&#232;gles de la vie. &lt;/q&gt;&lt;/p&gt;
&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;div class='spip_document_4956 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_right spip_document_right spip_document_avec_legende' data-legende-len=&#034;18&#034; data-legende-lenx=&#034;&#034;
&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href='https://www.partage-noir.fr/IMG/jpg/19661002-freinet-page89.jpg' class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/jpeg&#034;&gt; &lt;img src='https://www.partage-noir.fr/local/cache-vignettes/L150xH203/19661002-freinet-page89-09568-9a903.jpg?1774709692' width='150' height='203' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;figcaption class='spip_doc_legende'&gt; &lt;div class='spip_doc_descriptif '&gt;&lt;small&gt;C&#233;lestin Freinet&lt;/small&gt;
&lt;/div&gt; &lt;/figcaption&gt;&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;
&lt;p&gt;Si, dans l'exemple qu'il cite, Freinet avait dit qu'il s'agissait d'un cas particulier, d'une famille anarchiste ill&#233;galiste qui, comme tous les ill&#233;galistes, quels qu'ils soient, sont oblig&#233;s de vivre, et vivent dans les conditions anormales, nous n'aurions pas &#224; protester, quoiqu'il soit absolument inexact que la vie ill&#233;gale ait fatalement de tels r&#233;sultats. Pour la loyaut&#233; de la discussion, nous admettons qu'il s'est trouv&#233; des individus qui, se r&#233;clamant de l'anarchie, ont v&#233;cu dans des circonstances &#224; peu pr&#232;s semblables &#224; celles qu'il d&#233;crit. Mais ce furent des cas exceptionnels, et Freinet parle d'&#171; anarchiste de race &#187; c'est-&#224;-dire de v&#233;ritables anarchistes. Fatalement, la majorit&#233; de ses lecteurs doit supposer que les anarchistes v&#233;ritables sont des gens malhonn&#234;tes, dissimulateurs, paresseux par principe, qui, volontairement, tournent le dos &#224; toute r&#232;gle d'&#233;thique individuelle, et sont des parasites sociaux.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Qu'un homme exer&#231;ant la fonction la plus noble que l'on puisse exercer : celle d'&#233;duquer l'enfant, de pr&#233;parer des hommes meilleurs pour un avenir meilleur, ait &#233;crit de telles choses, voil&#224; qui nous d&#233;passe. L'&#233;crivain espagnol Blasco Ibanez disait que la famille Reclus honorait l'humanit&#233;. C'est dans cette famille que l'on pouvait parler d'anarchistes de race. S'il s'&#233;tait un peu inform&#233;, s'il avait lu un tant soit peu Proudhon, s'il avait connu sa simple formule &#171; l'atelier remplacera le gouvernement &#187;, Freinet aurait compris qu'on ne pouvait pas pr&#233;senter les anarchistes comme des hommes syst&#233;matiquement ennemis du travail, d&#233;fendant &lt;q style=&#034;font-style: italic;&#034;&gt;des th&#233;ories et des pratiques qui en &#233;taient ia condamnation sociale&lt;/q&gt;. S'il avait lu &lt;i&gt;L'Ethique&lt;/i&gt; de Kropotkine, ou simplement sa brochure &lt;i&gt;La Morale anarchiste&lt;/i&gt;, il aurait &#233;vit&#233; de nous pr&#233;senter comme ennemis de la droiture, de la sinc&#233;rit&#233;, de la v&#233;rit&#233;. C'est dans cette brochure que Kropotkine disait aux jeunes :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;q style=&#034;font-style: italic;&#034;&gt;S&#232;me la vie autour de toi. Remarque que tromper, mentir, intriguer, ruser c'est t'avilir, te rapetisser, te reconna&#238;tre faible d'avance, faire comme l'esclave du harem qui se sent inf&#233;rieur &#224; son ma&#238;tre.&lt;/q&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;S'il avait lu... Mais Freinet avait-il lu les hommes qu'il condamnait de fa&#231;on si p&#233;remptoire ? Connaissait-il les id&#233;es et les th&#233;ories sur lesquelles il portait un jugement comparable &#224; celui des policiers des pires r&#233;gimes r&#233;actionnaires ? Et m&#234;me s'il a connu une famille d'anarchistes dont, il nous fait une description plus ou moins rocambolesque, &#233;tait-il digne d'un homme intelligent et cultiv&#233;, qui par son r&#244;le social doit &#234;tre capable de distinguer les cas d'esp&#232;ce des cas g&#233;n&#233;raux, de g&#233;n&#233;raliser aussi h&#226;tivement ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Freinet devait savoir que l'immense majorit&#233; des anarchistes travaillent de leurs mains et de leur cerveau. Si certains vivent ill&#233;galement, ce n'est pas toujours par principe, mais parce que les conditions dans lesquelles la soci&#233;t&#233; les a plac&#233;s, les y obligent. Mais quand Staline pratiquait les expropriations, ne vivait-il pas ill&#233;galement ? Mais L&#233;nine, Trotsky, Krassine, et combien d'autres bolch&#233;viques n'ont-ils pas v&#233;cu ill&#233;galement ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Nous sommes si peu partisans du mensonge, de la dissimulation, de l'hypocrisie que nous avons toujours &#233;t&#233; r&#233;volt&#233;s par la recommandation que L&#233;nine en faisait dans &lt;i&gt;La Maladie infantile du Communisme&lt;/i&gt;. Ce qui, tr&#232;s souvent a en effet diff&#233;renci&#233; les anarchistes des marxistes dans leur attitude sociale, c'est que les premiers ont plac&#233; l'&#233;thique avant la politique, et que les deuxi&#232;mes ont agi inversement.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais puisque nous avons affaire &#224; un p&#233;dagogue qui nous niait &#8212; nous nie-t-il encore ? &#8212; toute qualit&#233; morale, je veux lui prouver que les anarchistes ont pouss&#233; leur souci d'&#233;l&#233;vation individuelle et sociale jusque sur le terrain qui lui est propre ; sur un terrain qui ne ressortissait pas de leur profession. J'ai &#233;crit que le p&#233;dagogue exerce la fonction la plus noble que l'on puisse exercer. Or, non seulement les anarchistes travaillent, mais sans y gagner leur vie, payant, au contraire, de leur argent, de leur tempe, de leur libert&#233; et m&#234;me de leur existence ; ils ont, et bien avant Freinet, lutt&#233; pour une p&#233;dagogie nouvelle.&lt;/p&gt;
&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;div class='spip_document_4957 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_left spip_document_left spip_document_avec_legende' data-legende-len=&#034;26&#034; data-legende-lenx=&#034;&#034;
&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='https://www.partage-noir.fr/local/cache-vignettes/L150xH239/francisco_ferrer_guardia-a3362-bfa18.jpg?1774709692' width='150' height='239' alt='' /&gt;
&lt;figcaption class='spip_doc_legende'&gt; &lt;div class='spip_doc_descriptif '&gt;&lt;small&gt;Francisco Ferrer Guardia&lt;/small&gt;
&lt;/div&gt; &lt;/figcaption&gt;&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;
&lt;p&gt;Je laisserai de c&#244;t&#233; les id&#233;es que l'on peut trouver chez Kropotkine et chez Reclus. Je parlerai des r&#233;alisations. Avez-vous, Freinet, entendu parler de l'anarchiste Francisco Ferrer ? Non seulement il apporta sa part d'id&#233;es nouvelles, mais en pleine Espagne monarchiste et r&#233;actionnaire, il fonda des centaines et des centaines d'&#233;coles pour combattre l'enseignement catholique et &#233;tatise. Il fut aid&#233; par des libres penseurs de diff&#233;rents pays, mais il compta parmi ses collaborateurs les plus d&#233;vou&#233;s, les anarchistes Elis&#233;e Reclus, Jean Grave, Charles Malato, et celui qui fut, en Espagne, son bras droit, Anselmo Lorenzo. Il fut, dans ce pays, aid&#233; constamment par les groupements et les syndicats anarchistes. Ce n'est qu'en eux, ses camarades, qu'il eut un appui constant. Et ce sont eux qui, apr&#232;s que ce grand r&#233;alisateur e&#251;t &#233;t&#233; fusill&#233; dans les foss&#233;s de Montjuich par ceux qui voulaient tuer en sa personne l'&#171; Escuela Moderna &#187;, ont continu&#233; son &#339;uvre.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;J'ai eu l'honneur d'&#234;tre, &#224; La Corogne, ma&#238;tre dans une des quelque cinquante &#233;coles que les groupements et les syndicats libertaires continu&#232;rent &#224; maintenir au prix de sacrifices innombrables, tant sous la monarchie que sous la R&#233;publique. Cette &#233;cole avait &#233;t&#233; fond&#233;e et &#233;tait maintenue par le syndicat des marins et d&#233;bardeurs appartenant &#224; la C.N.T. D'autres fois c'&#233;taient des syndicats libertaires de paysans, des Ath&#233;n&#233;es libertaires qui les fondaient et les soutenaient. Et pendant la r&#233;volution espagnole, au moins mille cinq cents &#233;coles ont &#233;t&#233; fond&#233;es par les collectivit&#233;s libertaires combattues avec acharnement par vos camarades de parti.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Avez-vous entendu parler de La Ruche, fond&#233;e avant la premi&#232;re guerre mondiale par S&#233;bastien Faure ? Avez-vous entendu parler de l'&#339;uvre de Madeleine Vemet ? Vous n'ignorez pas je suppose, l'exp&#233;rience de Tolsto&#239;, anarchiste chr&#233;tien, mais anarchiste, &#224; Yasna&#239;a Poliana. Et partout, en Europe comme en Am&#233;rique du Sud ou au Japon, les anarchistes se sont occup&#233;s de l'enfance, et des probl&#232;mes qui se posaient &#224; la p&#233;dagogie.&lt;/p&gt;
&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;div class='spip_document_4958 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center spip_document_avec_legende' data-legende-len=&#034;47&#034; data-legende-lenx=&#034;x&#034;
&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href='https://www.partage-noir.fr/IMG/jpg/collage_madeleine_vernet__e__beaunie.jpg' class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/jpeg&#034;&gt; &lt;img src='https://www.partage-noir.fr/local/cache-vignettes/L500xH353/collage_madeleine_vernet__e__beaunie-c1ebb.jpg?1774718311' width='500' height='353' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;figcaption class='spip_doc_legende'&gt; &lt;div class='spip_doc_descriptif '&gt;&lt;small&gt;Madeleine Vernet (Collage Eric Beaunie, 2020)&lt;/small&gt;
&lt;/div&gt; &lt;/figcaption&gt;&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;
&lt;p&gt;J'irai plus loin. La p&#233;dagogie moderne est fonci&#232;rement libertaire. La doctrine que vous condamnez d'une fa&#231;on si surprenante se retrouve dans les conceptions de John Dewey et ses amis d'Angelo Patri, de Ferri&#232;re, de Decroly, et en partie chez la Montesori. Le Plan de Dalton et fonci&#232;rement libertaire, &#8212; quoiqu'il n'avait pas pris ce nom, il repoussait toute forme d'&#201;tat et d'autorit&#233; gouvernementale &#8212;, Robert Owen, qui fonda les premiers jardins d'enfants, et leur premier g&#233;n&#233;ralisateur, Froebel, fut un disciple de Fourrier, pr&#233;curseur de l'anarchiste.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Et tous ces hommes, tous ces th&#233;oriciens, tous ces r&#233;alisateurs ont communi&#233; dans un m&#234;me esprit, une m&#234;me aspiration qui se sont d&#233;gag&#233;s et de plus en plus affirm&#233;s : d&#233;couvrir et d&#233;velopper ou faire d&#233;velopper, en l'harmonisant avec les besoins de la vie sociale, la personnalit&#233; de l'enfant. Et tous ces th&#233;oriciens et tous ces r&#233;alisateurs ont, syst&#233;matiquement &#233;limin&#233; les vieilles formes autoritaires pour les remplacer par l'initiative induvisuelle et collective et le &#171; self gouvernment &#187;, afin que l'enfant soit le plus possible un libre investigateur, une intelligence cr&#233;atrice, une volont&#233; consciente.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Tout cela, c'est de l'anarchie qui s'ignore presque toujours, mais de l'anarchie. Et les instituteurs libertaires que j'ai vus, en Am&#233;rique du Sud, appliquer avec enthousiasme les doctrines p&#233;dagogiques nouvelles, et les discuter dans les congr&#232;s o&#249; ils &#233;taient souvent parmi les principaux animateurs, y voyaient une concordance absolue avec leurs conceptions sociales qui, vous le voyez Freinet, n'&#233;taient pas l'immoralit&#233; et la fain&#233;antise &#233;lev&#233;s &#224; la hauteur de principes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans votre petit livre, vous vous d&#233;clarez partisan de l'autorit&#233;. Mais dans la mesure o&#249; vous &#234;tes un p&#233;dagogue moderne, non en ce qui concerne la technique du travail &#8212; sur ce terrain, les J&#233;suites font des merveilles, et depuis longtemps &#8212;, mais quant &#224; l'esprit et aux buts de l'enseignement et de l'&#233;ducation, vous &#234;tes, vous aussi, un anarchiste. Vous &#234;tes un p&#233;dagogue moderne selon que vous remplacez l'autorit&#233; par le conseil, par la direction alli&#233;e &#224; la libert&#233;, par le travail commun o&#249; la sup&#233;riorit&#233; intellectuelle ne se manifeste pas autoritairement, et tend &#224; rendre les enfants et les futurs adultes capables de ne pas avoir besoin d'elle.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cela, c'est de l'anarchie en action. Toute la p&#233;dagogie moderne en est impr&#233;gn&#233;e, et elle p&#233;n&#232;tre m&#234;me dans bien des &#233;coles de l'&#201;tat par l'interm&#233;diaire d'instituteurs et d'institutrices qui tendent de plus en plus &#224; devenir les camarades de leurs &#233;l&#232;ves &#224; mesure que ceux-ci avancent en &#226;ge.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les anarchistes n'ont donc pas &#224; apprendre la loyaut&#233;, la morale digne de ce nom, la droiture, la sinc&#233;rit&#233;. Ils n'ont pas &#224; apprendre l'obligation du travail que Bakounine r&#233;clamait pour tous en proclamant &lt;q style=&#034;font-style: italic;&#034;&gt;Qui ne travaille pas est un voleur&lt;/q&gt;. Et ils se sont aussi, depuis longtemps, au prix de sacrifices que vous ignorez, Freinet, occup&#233;s de l'enfance, et de la p&#233;dagogie. Peut-&#234;tre, s'il parait une deuxi&#232;me &#233;dition de &lt;i&gt;Conseils aux Parents&lt;/i&gt;, att&#233;nuerez-vous ce jugement que la passion politique et une g&#233;n&#233;ralisation bien peu scientifique, sinon une ignorance inadmissible pour l'homme responsable qui juge les autres, vous ont fait porter sur nous. Mais, quelle que soit votre attitude, nous n'en continuerons pas moins &#224; d&#233;fendre votre &#339;uvre dans ce qu'elle a d'utile et de courageux. Et notre attitude prouvera &#224; ceux qui nous lirons impartialement que la droiture, la v&#233;rit&#233; et la sinc&#233;rit&#233; sont les qualit&#233;s morales qui inspirent, fondamentalement, les &#171; anarchistes de race &#187;.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;hr /&gt;
		&lt;div class='rss_notes'&gt;&lt;div id=&#034;nb3-1&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh3-1&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 3-1&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;1&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;C'est moi qui souligne.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		
		</content:encoded>


		

	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>Gaston Leval : &#171; Le but concret de l'anarchisme &#187;</title>
		<link>https://www.partage-noir.fr/gaston-leval-le-but-concret-de-l-anarchisme</link>
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		<dc:date>2024-05-17T22:05:00Z</dc:date>
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		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Gaston Leval</dc:creator>


		<dc:subject>Gaston Leval</dc:subject>
		<dc:subject>&lt;i&gt;Le Libertaire&lt;/i&gt;</dc:subject>

		<description>
&lt;p&gt;Tout id&#233;al qui ne se r&#233;alise pas tend &#224; perdre, au long du temps, dans la pens&#233;e de ses propagandistes, la pr&#233;cision des buts que lui assignaient ses cr&#233;ateurs. C'est ce qui est, en partie, arriv&#233; &#224; l'anarchisme. C'est ce qui, pareillement, est arriv&#233; au syndicalisme r&#233;volutionnaire. Les forces constitu&#233;es pour d&#233;fendre et r&#233;aliser l'un et l'autre se sont affaiblies, par rapport &#224; ce qu'elles &#233;taient &#224; leurs d&#233;buts, et pendant longtemps l'essentiel du contenu des deux doctrines a &#233;t&#233; rel&#233;gu&#233; (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://www.partage-noir.fr/-le-libertaire-no149-date-du-1er-octobre-1948-" rel="directory"&gt;Le libertaire n&#176;149 dat&#233; du 1er octobre 1948&lt;/a&gt;

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&lt;a href="https://www.partage-noir.fr/+-gaston-leval-+" rel="tag"&gt;Gaston Leval&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.partage-noir.fr/+-le-libertaire-+" rel="tag"&gt;&lt;i&gt;Le Libertaire&lt;/i&gt;&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;img src='https://www.partage-noir.fr/local/cache-vignettes/L150xH75/l_oeuvre_de_gaston_leval-7-dd0af.jpg?1774694508' class='spip_logo spip_logo_right' width='150' height='75' alt=&#034;&#034; /&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;Tout id&#233;al qui ne se r&#233;alise pas tend &#224; perdre, au long du temps, dans la pens&#233;e de ses propagandistes, la pr&#233;cision des buts que lui assignaient ses cr&#233;ateurs. C'est ce qui est, en partie, arriv&#233; &#224; l'anarchisme. C'est ce qui, pareillement, est arriv&#233; au syndicalisme r&#233;volutionnaire. Les forces constitu&#233;es pour d&#233;fendre et r&#233;aliser l'un et l'autre se sont affaiblies, par rapport &#224; ce qu'elles &#233;taient &#224; leurs d&#233;buts, et pendant longtemps l'essentiel du contenu des deux doctrines a &#233;t&#233; rel&#233;gu&#233; au second plan, et des pr&#233;occupations d'importance indiscutable, mais secondaires, ont pris le pas sur les objectifs primordiaux.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le premier livre dans lequel Proudhon formula ses aspirations anarchistes fut &lt;i&gt;Qu'est-ce que la propri&#233;t&#233; ?&lt;/i&gt; Il y &#233;crivait comme un philosophe, mais aussi comme un &#233;conomiste. C'est par la critique de la formule &#233;conomique fondamentale de la soci&#233;t&#233; qu'il apparaissait comme r&#233;volutionnaire ; c'est par son id&#233;al de justice &#233;conomique, son affirmation du mutuelliste, sa revendication du cr&#233;dit gratuit, de la libert&#233; des &#233;changes, son initiative de la Banque du Peuple, qu'il fondait par la suite la conception anarchiste de la soci&#233;t&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Chez lui, le philosophe id&#233;aliste peut parfois s'&#233;garer, le socialiste anarchiste, quand il se manifeste, tend toujours &#224; un but qu'il a h&#226;te de r&#233;aliser. Et dans toute l'&#339;uvre proudhonienne, nous retrouvons, inspirant les id&#233;es sociales et les principes moraux, l'homme avide de &#171; justice &#233;conomique &#187;, dont les conceptions sont parfois discutables, mais qui ne l&#226;che pas la proie pour l'ombre.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Bakounine n'&#233;tait pas un &#233;conomiste comme l'avait &#233;t&#233; Proudhon. Sa culture fondamentale, accumul&#233;e pendant ses dix ans de s&#233;jour en Allemagne, &#233;tait avant tout philosophique, et c'est plus comme philosophe que comme sociologue, au sens v&#233;ritable du mot, qu'il formule ses id&#233;es anarchistes. Les enseignements de l'histoire contribuent &#224; ses conclusions.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais il a &#233;t&#233; bien loin d'oublier que le but de la lutte sociale &#233;tait la suppression de l'exploitation de l'homme par l'homme et le triomphe du socialisme. Au contraire, d&#232;s qu'il &#233;labora ses conceptions d&#233;finitives, la r&#233;organisation de la soci&#233;t&#233; sur la base des communes et des f&#233;d&#233;rations de communes, des syndicats ouvriers &#8212; on disait alors &#171; union de m&#233;tiers &#187; &#8212; et des f&#233;d&#233;rations nationales et internationales de travailleurs, organis&#233;es &#171; de bas en haut &#187;, et coordonnant leurs efforts sur un plan universel, fut son leitmotiv constant.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce souci de la r&#233;alit&#233; lui fit applaudir l'effort de Marx pour baser le socialisme sur l'interpr&#233;tation mat&#233;rialiste de l'histoire, bien que son propre mat&#233;rialisme f&#251;t &#224; la fois moins &#233;rudit et plus complet ; ces m&#234;mes raisons lui faisaient reconna&#238;tre que les bases philosophiques de Proudhon &#233;taient &#224; la fois trop m&#233;taphysiques et trop abstraites.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Et tous ceux de la brillante pl&#233;iade anti-autoritaire de la Premi&#232;re Internationale &#8212; James Guillaume, Adh&#233;mar Schwitzgu&#233;bel, Caffiero, Malatesta, Cavelli, Anselmo Lorenzo, Farga Pellicer et leurs camarades &#8212; s'efforc&#232;rent, avec Kropotkine, de pr&#233;ciser l'id&#233;al anarchiste de la nouvelle soci&#233;t&#233;, la structure et le fonctionnement de cette soci&#233;t&#233;, les institutions charg&#233;es de la production et de la distribution, les principes de cette distribution et le mode de fonctionnement de ces institutions.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ceux qui s&#233;parent l'anarchisme socialiste &#8212; il n'y a, &#224; part lui, que l'anarchisme individualiste &#8212; de ses aspirations &#233;conomiques concr&#232;tes, oublient trop ou ignorent les &#233;tudes profondes auxquelles se sont alors livr&#233;s nos pr&#233;d&#233;cesseurs ; les discussions ardentes entre mutuellistes proudhoniens et anarchistes collectivistes, entre ceux-ci et les anarchistes communistes, discussions dans lesquelles on ne parla pas seulement de principes juridiques et d'une &#233;thique que l'on n'oublia jamais, mais du rendement des terres, des moyens de production, de l'organisation des services publics, des probl&#232;mes mon&#233;taires, etc.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ceux qui croient que s'occuper de la r&#233;organisation sociale est anti-anarchiste, oublient ou ignorent que Kropotkine a &#233;crit&lt;i&gt; La Conqu&#234;te du Pain&lt;/i&gt;, dont le seul titre est un programme nullement m&#233;taphysique, et dont chacun des chapitres &#8212; le logement, les v&#234;tements, les denr&#233;es, l'aisance pour tous, la d&#233;centralisation industrielle, l'agriculture, etc. &#8212; pr&#233;cise le but et le contenu pratiques ; et que plus tard, le m&#234;me auteur &#233;crivit &lt;i&gt;Champs, usines et ateliers&lt;/i&gt; livre tout entier destin&#233; &#224; l'analyse de certains faits &#233;conomiques et &#224; l'expos&#233; de conceptions personnelles sur la structure nouvelle de l'&#233;conomie sociale.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Tous ces th&#233;oriciens, tous ces sociologues, ces fondateurs de l'anarchisme comme doctrine et comme mouvement, lui assignaient un but fondamental et concret : l'&#233;galit&#233; &#233;conomique dans la libert&#233;. Il est vrai que du mutualisme proudhonien au communisme libertaire actuel, la conception de cette &#233;galit&#233; a &#233;volu&#233; &#224; mesure qu'&#233;voluaient les conceptions morales, les connaissances sociologiques et les moyens de production. Mais elle s'est toujours bas&#233;e sur cette &#233;ternelle id&#233;e de la simple justice humaine que Bakounine r&#233;p&#233;tait dans les statuts de la Fraternit&#233; Internationale : qui ne travaille pas est un voleur.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce but est clair, concret, pr&#233;cis. Les modes de son application d&#233;pendent, comme pour toutes choses, des circonstances de lieu et de temps, mais il se r&#233;sout toujours en ceci : celui qui est apte &#224; le faire doit apporter sa part &#224; l'effort commun ; celui qui n'est pas volontairement un parasite a droit &#224; sa quote-part des biens obtenus par l'effort commun.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Nulle m&#233;taphysique ne doit nous faire oublier la clart&#233;, la pr&#233;cision et l'urgence de ces buts. Si, comme mouvement, l'anarchisme a pendant un certain temps d&#233;vi&#233; de sa t&#226;che essentielle, nous revenons &#224; cette t&#226;che et nous sommes dans la tradition de sa pens&#233;e, dans l'essentiel de sa doctrine. On peut discuter sur les meilleures fa&#231;ons de la r&#233;aliser, mais non pas de la d&#233;finir, la d&#233;finition est donn&#233;e depuis longtemps. &#192; nous de la reprendre avec un esprit de r&#233;alisateurs, en repla&#231;ant au deuxi&#232;me plan ce qui, par erreur, a &#233;t&#233; plac&#233; au premier, et en ne permettant plus que la m&#233;taphysique, m&#234;me la m&#233;taphysique &#233;conomique, nous fasse oublier notre t&#226;che historique.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
		</content:encoded>


		

	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>le libertaire du 25 mars 1937 : &#171; Il y a quatorze ans Segui &#233;tait assassin&#233; &#187;</title>
		<link>https://www.partage-noir.fr/le-libertaire-du-25-mars-1937-il-y-a-quatorze-ans-segui-etait</link>
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		<dc:language>fr</dc:language>
		


		<dc:subject>Salvador Segui</dc:subject>
		<dc:subject>&lt;i&gt;Le Libertaire&lt;/i&gt;</dc:subject>
		<dc:subject>CNT</dc:subject>
		<dc:subject>Espagne</dc:subject>

		<description>
&lt;p&gt;Dans la nuit du 10 mars 1923, deux hommes cheminaient dans les rues de Barcelone ; l'un &#233;tait Salvador Segui, l'autre Francisco Comas. Entrant dans la salle Hospital, dans le fameux &#171; Barrio chino &#187;, ils arrivaient calle de la Cadena. Segui rentrait chez lui en discutant avec chaleur du mouvement syndicaliste. Tout &#224; coup, sortant de l'ombre, surgissaient quatre individus ; un feu de salve rapide, Segui tombait pour ne plus se relever ; Comas gravement bless&#233; mourait quelques instants plus (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://www.partage-noir.fr/-le-libertaire-no542-date-du-25-mars-1937-" rel="directory"&gt;le libertaire n&#176;542 dat&#233; du 25 mars 1937&lt;/a&gt;

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&lt;a href="https://www.partage-noir.fr/+-salvador-segui-+" rel="tag"&gt;Salvador Segui&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.partage-noir.fr/+-le-libertaire-+" rel="tag"&gt;&lt;i&gt;Le Libertaire&lt;/i&gt;&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.partage-noir.fr/+-cnt-espagne-+" rel="tag"&gt;CNT&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.partage-noir.fr/+-espagne-+" rel="tag"&gt;Espagne&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;img src='https://www.partage-noir.fr/local/cache-vignettes/L150xH84/seg-f658e.jpg?1774723280' class='spip_logo spip_logo_right' width='150' height='84' alt=&#034;&#034; /&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;Dans la nuit du 10 mars 1923, deux hommes cheminaient dans les rues de Barcelone ; l'un &#233;tait Salvador Segui, l'autre Francisco Comas. Entrant dans la salle Hospital, dans le fameux &#171; Barrio chino &#187;, ils arrivaient calle de la Cadena. Segui rentrait chez lui en discutant avec chaleur du mouvement syndicaliste. Tout &#224; coup, sortant de l'ombre, surgissaient quatre individus ; un feu de salve rapide, Segui tombait pour ne plus se relever ; Comas gravement bless&#233; mourait quelques instants plus tard. Les &#171; pistolets &#187; venaient de passer ; un policier qui surveillait le cadavre de Segui dit &#224; voix basse au juge venu &#171; constater &#187; : &lt;q style=&#034;font-style: italic;&#034;&gt;Enfin, une grosse t&#234;te vient de tomber&lt;/q&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;div class='spip_document_4942 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href='https://www.partage-noir.fr/IMG/jpg/seguu.jpg' class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/jpeg&#034;&gt; &lt;img src='https://www.partage-noir.fr/local/cache-vignettes/L500xH406/seguu-4a8d6.jpg?1774815775' width='500' height='406' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;
&lt;p&gt;C'&#233;tait l'&#233;poque o&#249; la bourgeoisie s'appr&#234;tait &#224; prendre d'assaut le pouvoir. Certains &#233;l&#233;ments qui avaient &#233;t&#233; au service d'Arlegui et de Martinez Anido figuraient dans la police barcelonaise. Les prisons &#233;taient remplies de camarades. L'assassinat de Segui indiquait l'intention de d&#233;capiter la C.N.T. et le d&#233;but d'une offensive en r&#232;gle contre les anarchistes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Segui &#233;tait n&#233; en 18S0 &#224; L&#233;rida. Peintre de son m&#233;tier, on le remarqua tr&#232;s jeune dans les organisations ouvri&#232;res. Au meeting de &#171; las Arenas &#187;, la &#171; Plaza de toros &#187;, situ&#233;e place d'Espagne, il se r&#233;v&#233;la comme un orateur d'une &#233;loquence extraordinaire.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il prit une part active aux gr&#232;ves de 1902 et 1905. Quand le terrorisme barcelonais se manifesta, personnifi&#233; par l'agent provocateur Juan Rull, on poursuivit Segui. Mentionnons la campagne inf&#226;me faite par Lerroux dans les colonnes &lt;i&gt;du Progreso&lt;/i&gt; ; Segui accompagn&#233; d'un ami alla dans un meeting tenu par Lerroux lui demander des comptes et eut &#224; se d&#233;fendre pour ne pas &#234;tre lynch&#233; par les amis de Lerroux. En 1909, lors de la r&#233;pression de Maura et la Cierva, Segui dut passer la fronti&#232;re pour &#233;viter l'arrestation.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Sa figure se d&#233;tache particuli&#232;rement d&#232;s lors, dans l'organisation syndicaliste, il intervient dans les directives, discute dans les assembl&#233;es, figure dans les voyages de propagande, dans les conf&#233;rences. Il fait partie des comit&#233;s, se donne pleinement &#224; la vie active et devient un des premiers militants du syndicalisme.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;II intervint beaucoup dans l'&#233;laboration de la structure lors de la formation de la C.N.T. fond&#233;e en 1910. Il fut arr&#234;t&#233; durant les gr&#232;ves de 1911 et passa de longs mois en prison. Il participa activement &#224; la gr&#232;ve de 1914. En 1916, il organisait la Conf&#233;rence de Valence o&#249; se pr&#233;para le mouvement r&#233;volutionnaire &lt;i&gt;dans lequel pour la premi&#232;re fois la C.N.T. et l'U.G.T. s'unirent&lt;/i&gt; ; ceci fut le point de d&#233;part de gestes r&#233;volutionnaires post&#233;rieurs.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce que nous pourrions appeler la phase constructive du syndicalisme se manifesta au Congr&#232;s r&#233;gional, en 1918, qui d&#233;cida de la nouvelle structure conf&#233;d&#233;rale &#224; base de syndicats uniques. Ceci fut le d&#233;but de l'immense d&#233;veloppement de notre organisme, Segui en &#233;tait alors l'animateur. Une s&#233;rie de gr&#232;ves et de confits suivit, entre autres &#171; la Canadiense &#187; au cours de laquelle Segui r&#233;v&#233;la ses dons d'orateur.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La r&#233;action alors fut f&#233;roce. Les prisons, les navires, les p&#233;nitenciers, Montjuich devinrent les lieux de souffrance de milliers de prol&#233;taires. Et les hautes sph&#232;res gouvernementales organis&#232;rent l'assassinat. Les militants ouvriers furent chass&#233;s comme des fauves. Des centaines de camarades tomb&#232;rent. Les bourreaux s'appelaient Bravo Portillo, Salvatierra, Milans del Bosch, Martinez Anido Arlegui. Les victimes furent Segui, Layret, Boal, Paronas, Archs, Vandellos, etc. S'il vint une tr&#234;ve, elle servit &#224; am&#233;liorer la r&#233;pression : tortures physiques dans les antres de la police, d&#233;portations, la fameuse &#171; ley de fugua &#187; (loi de fuite) ; Segui fut d&#233;port&#233; &#224; la Mola &lt;i&gt;d'o&#249; il continua d'&#233;crire ses appels r&#233;volutionnaires !&lt;/i&gt; Il y resta un an et demi, et le jour m&#234;me de sa lib&#233;ration prenait part &#224; un meeting &#224; Mahon, et recommen&#231;a la propagande faisant cinquante meetings dans la r&#233;gion de Valence Murcie.&lt;/p&gt;
&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;div class='spip_document_4943 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center spip_document_avec_legende' data-legende-len=&#034;82&#034; data-legende-lenx=&#034;xx&#034;
&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href='https://www.partage-noir.fr/IMG/jpg/amp_7589.jpg' class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/jpeg&#034;&gt; &lt;img src='https://www.partage-noir.fr/local/cache-vignettes/L500xH361/amp_7589-3331e.jpg?1774815775' width='500' height='361' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;figcaption class='spip_doc_legende'&gt; &lt;div class='spip_doc_descriptif '&gt;&lt;small&gt;Madrid 1920. Salvador Segu&#237;, Angel Pesta&#241;a y Mauro Bajatierra. Archivo de la FAL&lt;/small&gt;
&lt;/div&gt; &lt;/figcaption&gt;&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;
&lt;p&gt;Le capitalisme catalan voulut l'abattre et y r&#233;ussit. Ce fut pour le mouvement syndicaliste espagnol une perte irr&#233;parable, car l'emprise de Salvador Segui sur les masses &#233;tait formidable.&lt;i&gt; La Soli&lt;/i&gt; du 10 mars en donnait une id&#233;e par les lignes suivantes :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;q style=&#034;font-style: italic;&#034;&gt;Encore r&#233;cemment, un camarade de la C.N.T.-F.A.I. me parlait de Salvador Segui, le jour du meeting de las Arenas. La &lt;q style=&#034;font-style: italic;&#034;&gt;plasa de toros&lt;/q&gt; trop petite pour contenir le peuple. Segui parlant avec une telle sinc&#233;rit&#233;, avec un tel enthousiasme, prenait un immense ascendant sur son auditoire. Cette multitude de prol&#233;taires crevant de faim avait les yeux lev&#233;s vers lui ; &#233;treints d'une profonde &#233;motion, beaucoup pleuraient, mais l'esp&#233;rance se lisait sur tous les visages... &lt;q style=&#034;font-style: italic;&#034;&gt;&lt;span style=&#034;font-style:normal;&#034;&gt;une journ&#233;e inoubliable&lt;/q&gt;&lt;/q&gt; me dit-il.&lt;/q&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;q style=&#034;font-style: italic;&#034;&gt;Voil&#224; le militant que nos camarades espagnols n'oublient pas, dans les heures r&#233;volutionnaires actuelles. Rappelons que l'un des assassins de Segui, le chef de bande, Ranton Sales qui toucha cinquante mille pesetas de la F&#233;d&#233;ration patronale catalane apr&#232;s l'assassinat est mort fusill&#233; &#224; Barcelone, il a quelques mois par les miliciens antifascistes.&lt;/q&gt;&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
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		<title>Mes souvenirs sur Kropotkine (suite et fin)</title>
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		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Alexandre Berkman</dc:creator>


		<dc:subject>R&#233;volution russe (1917-1921)</dc:subject>
		<dc:subject>&lt;i&gt;Le Libertaire&lt;/i&gt;</dc:subject>

		<description>
&lt;p&gt;Il &#233;tait &#233;vident que Kropotkine souffrait profond&#233;ment de la fa&#231;on dont les bolchevikstes d&#233;tournaient la r&#233;volution &#224; leur profit. Il condamnait leur fa&#231;on de proc&#233;der qui consistait &#224; supprimer dans les autres partis et mouvements r&#233;volutionnaires, et il &#233;tait sp&#233;cialement indign&#233; des traitements inflig&#233;s aux anarchistes que l'on emprisonnait et fusillait. &lt;br class='autobr' /&gt;
Barbarie, disait-il, et non r&#233;volution ! &lt;br class='autobr' /&gt;
Il parla ensuite de la destruction, par les bolchevistes du grand mouvement coop&#233;ratif de (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://www.partage-noir.fr/-le-libertaire-no162-date-du-24-fevrier-1922-" rel="directory"&gt;le libertaire n&#176;162 dat&#233; du 24 f&#233;vrier 1922 &lt;/a&gt;

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&lt;a href="https://www.partage-noir.fr/+-revolution-russe-1917-1921-+" rel="tag"&gt;R&#233;volution russe (1917-1921)&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.partage-noir.fr/+-le-libertaire-+" rel="tag"&gt;&lt;i&gt;Le Libertaire&lt;/i&gt;&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;img src='https://www.partage-noir.fr/local/cache-vignettes/L150xH84/upload-arton8164-pic4_zoom-1500x1500-38366-bb67a.jpg?1774714124' class='spip_logo spip_logo_right' width='150' height='84' alt=&#034;&#034; /&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;Il &#233;tait &#233;vident que Kropotkine souffrait profond&#233;ment de la fa&#231;on dont les bolchevikstes d&#233;tournaient la r&#233;volution &#224; leur profit. Il condamnait leur fa&#231;on de proc&#233;der qui consistait &#224; supprimer dans les autres partis et mouvements r&#233;volutionnaires, et il &#233;tait sp&#233;cialement indign&#233; des traitements inflig&#233;s aux anarchistes que l'on emprisonnait et fusillait.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Barbarie, disait-il, et non r&#233;volution !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il parla ensuite de la destruction, par les bolchevistes du grand mouvement coop&#233;ratif de Russie qui entra&#238;na la ruine &#233;conomique du pays, d'une part, et dressa contre la r&#233;volution une grande masse compos&#233;e d'&#233;l&#233;ments politiques neutres, d'autre part.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le mouvement coop&#233;ratif de Russie &#233;tait d'une grande force dans la vie du pays, non seulement en ce qui concerne la question &#233;conomique, mais aussi et surtout la question agricole.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ses activit&#233;s s'&#233;tendaient aux manufactures, entreprises financi&#232;res paysannes, achats, ventes, mais consistaient efficacement &#224; l'&#233;ducation de la masse paysanne.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il est vrai que les coop&#233;ratives n'&#233;taient aucunement des organisations r&#233;volutionnaires, mais compos&#233;es d'&#233;l&#233;ments politiques vari&#233;s. Cependant, les quelques membres r&#233;actionnaires qui s'y trouvaient pouvaient &#234;tre &#233;limin&#233;s sans que, pour cela, l'organisation en soi d&#233;truite.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le m&#233;canisme &#233;conomique des coop&#233;ratives &#233;tait un appareil tr&#232;s efficace et absolument n&#233;cessaire pour les int&#233;r&#234;ts vitaux de la R&#233;volution.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En janvier 1918, les coop&#233;ratives comprenaient 25 000 branches r&#233;parties dans toute la Russie et compos&#233;es de 9 000 000 de membres. Leur capital s'&#233;levait &#224; 15 000 000 roubles, alors que le chiffre d'affaires de l'ann&#233;e pr&#233;c&#233;dente &#233;tait de 200 000 000 roubles. Cette puissante organisation fonctionnait efficacement dans chaque cit&#233;, ville et village de Russie.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les bolchevistes paralys&#232;rent d'abord et &#171; liquid&#232;rent &#187; ensuite les coop&#233;ratives. Ce fut le suicide de la R&#233;volution, car l'&#201;tat bolcheviste &#233;tait totalement incapable de r&#233;cup&#233;rer les vivres et de les r&#233;partir proprement. Des milliers de tonnes de marchandises pourrissaient, expos&#233;es aux intemp&#233;ries, dans les gares, sur les voies de chemin de fer, sur les routes, les coop&#233;ratives ayant &#233;t&#233; abolies, les moyens de transport locaux d&#233;truits, et l'&#201;tat communiste non pr&#233;par&#233;, inexp&#233;riment&#233;, et absolument inefficace en l'affaire.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Incapables de procurer les vivres n&#233;cessaires &#224; l'arm&#233;e et &#224; la population, le gouvernement bolcheviste se rallia au syst&#232;me de &lt;i&gt;razvyorstka&lt;/i&gt;, r&#233;quisition par la force. Ce fut une mauvaise m&#233;thode, caract&#233;ris&#233;e par la violence et une extr&#234;me brutalit&#233;, qui rappelait trop vivement les agissements tsaristes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les paysans protest&#232;rent d'abord contre l'injustice et l'autocratie de la politique bolcheviste, mais leurs protestations furent vaines. De plus elles furent suivies par de s&#233;v&#232;res mesures de r&#233;pression. Les bolchevistes &#233;taient d&#233;cid&#233;s &#224; prouver la valeur et la force de leur pouvoir, avec lequel on ne &#171; devait pas jouer &#187;, qui &#233;tait une phrase gouvernementale tr&#232;s populaire.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Appels, plaintes, protestations ne donnant aucun r&#233;sultat, les paysans d&#233;cid&#232;rent de r&#233;sister contre ces r&#233;quisitions par la violence. Le gouvernement s&#233;vit rigoureusement et exer&#231;a sa vengeance sur des villages entiers. Ces exp&#233;ditions organis&#233;es par les communistes et les tch&#233;kistes &#233;taient d'une violence inou&#239;e : souvent toute la population d'un village &#233;tait condamn&#233;e &#224; &#234;tre fouett&#233;e, les maisons des paysans mises &#224; sac et parfois le village enti&#232;rement d&#233;truit.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cette politique vis-&#224;-vis des paysans russes fut, d'apr&#232;s Kropotkine, la page la plus noire du bolchevisme.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Toutes ces choses, quoique terribles, ne m'&#233;taient pas inconnues : j'en avais eu connaissance de sources vari&#233;es bien avant ma visite &#224; Kropotkine, mais je supposais que les r&#233;cits des cruaut&#233;s bolchevistes &#233;taient exag&#233;r&#233;es, et leur politique paysanne mal interpr&#233;t&#233;e ou incomprise.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;J'&#233;tais venu en Russie avec un grand enthousiasme pour la r&#233;volution et un grand espoir dans ses r&#233;alisations ; je pensais que les nombreuses difficult&#233;s de la situation, la constante menace des interventionnistes, les r&#233;sultats in&#233;vitables du blocus et toutes les complications &#233;taient autant de nouveaux probl&#232;mes qui demandaient une solution. J'&#233;tais r&#233;solu &#224; contribuer de mon mieux au grand travail.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Je savais que les bolchevistes &#233;taient marxistes, partisans d'un fort pouvoir centralis&#233;, mais leur attitude r&#233;volutionnaire les jours &lt;i&gt;de la r&#233;volution d'Octobre&lt;/i&gt; 1917, leur mot d'ordre fr&#233;quemment anarchiste, leur initiative et activit&#233;, tout cela me portait &#224; croire que ce n'&#233;tait plus une th&#233;orie socialiste, mais les int&#233;r&#234;ts de la r&#233;volution seuls qui les guidaient.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il est vrai que j'avais observ&#233; une grande injustice et une grande in&#233;galit&#233; durant les premi&#232;res semaines de mon s&#233;jour en Russie, mais j'essayais d'&#233;touffer en moi mes doutes sur l'int&#233;grit&#233; r&#233;volutionnaire des bolchevistes. Je fis la connaissance des chefs du mouvement, les fr&#233;quentais assid&#251;ment, et &#233;prouvais beaucoup de sympathie pour eux, et leur action.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cependant, mon s&#233;jour en Russie se prolongeant, je m'aper&#231;us de certains faits contraires &#224; mes conceptions r&#233;volutionnaires ; malgr&#233; tout je continuais de voir dans le bolchevisme une force r&#233;volutionnaire ; l'&#233;vidence des faits m'obligea &#224; regarder la situation en face ; je supposais que ce qui se passait &#233;tait d&#251; &#224; l'in&#233;vitable confusion de la p&#233;riode transitoire, r&#233;sultats malheureux des n&#233;cessit&#233;s r&#233;volutionnaires provenant en grande partie des besoins de ce moment critique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il est dur et p&#233;nible de se d&#233;pouiller d'une grande illusion ! Je ne pouvais pas, je ne voulais pas croire ce qu'on disait des m&#233;thodes bolchevistes, de leurs mesures de r&#233;pression et de brutalit&#233;. Je ne&lt;i&gt; voulais pas&lt;/i&gt; me former une opinion trop vive sur l'&#233;vidence m&#234;me de ce qui se passait sous mes yeux. Je ne voulais pas non plus prendre &#224; la lettre ce que Kropotkine m'avait appris. Il pouvait &#234;tre mal inform&#233;, pensais-je, ou influenc&#233; par une chose quelconque.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais tout ce qu'il m'avait relat&#233;, ainsi que beaucoup d'autres choses, sp&#233;cialement sur la politique agraire des bolchevistes, me fortifia dans ma d&#233;termination de me rendre compte par moi-m&#234;me de la situation.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Je me mis alors en route pour l'Ukraine avec la ferme d&#233;cision d'&#233;tudier la situation sous toutes ses formes. Les circonstances me furent favorables. J'&#233;tais le &#171; predsedatel &#187; (pr&#233;sident d'une exp&#233;dition sp&#233;ciale organis&#233;e par le Mus&#233;e de la R&#233;volution, ayant pour mission de collectionner toute chose int&#233;ressante concernant la R&#233;volution elle-m&#234;me, ainsi que tout mat&#233;riel historique ayant trait au mouvement r&#233;volutionnaire de la Russie durant ces derniers cent ans).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Nous avions &#224; notre disposition une voiture sp&#233;ciale, avec permission de traverser tout le Sud de la Russie, l'unique faveur de visiter toute ville et village et de communiquer avec qui que ce soit.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En outre, mon r&#244;le &#233;tait de me mettre en relations avec les organisations ouvri&#232;res ainsi qu'avec les &#233;l&#233;ments r&#233;volutionnaires ill&#233;gaux.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'&#233;tait une occasion exceptionnelle qui me permettait d'&#233;tudier la R&#233;volution russe, les conditions du pays, d'approcher les ouvriers et paysans, et m&#234;me de visiter les prisons et camps de concentration.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce n'est pas dans le but de d&#233;crire mon voyage que je fais le pr&#233;sent article, j'ai l'intention de le faire plus tard, pleinement et compl&#232;tement, et aussi impartialement que possible. Mais je veux dire que ce que j'avais entendu &#224; Petrograd et &#224; Moscou, ainsi que ce que Kropotkine m'avait dit, n'&#233;tait rien compar&#233; &#224; ce que je vis dans mes voyages, 1&#176; en Ukraine, 2&#176; dans le Nord de la Russie et finalement dans l'Ouest. Tout cela n'&#233;tait malheureusement que v&#233;rit&#233;, et des choses plus horribles m&#234;me s'&#233;talent pass&#233;es et se passaient encore.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La &lt;i&gt;rasvyorstka &lt;/i&gt; bolcheviste fit des choses qu'aucun tsariste ne pourrait surpasser. Il semble impossible qu'un gouvernement r&#233;volutionnaire, m&#234;me marxiste, puisse &#234;tre assez bas pour se venger aussi brutalement et pratiquer la barbarie &#224; ce point.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Des districts entiers furent d&#233;vast&#233;s. J'ai visit&#233; des villages o&#249; plus un homme n'&#233;tait vivant : tous avaient &#233;t&#233; fusill&#233;s, seuls les femmes et les gar&#231;ons au-dessous de 14 ans restaient encore. Dans d'autres, les hommes avaient &#233;t&#233; fouett&#233;s un par un, puis enr&#244;l&#233;s dans l'arm&#233;e, quel que soit leur &#226;ge.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans quelques villages, apr&#232;s plusieurs exp&#233;riences punitives des communistes, les paysans d&#233;cid&#232;rent de se r&#233;fugier dans les montagnes et for&#234;ts, pour devenir les soi-disant &#171; verts &#187;, et d&#233;clar&#232;rent une guerre sans merci aux bolchevistes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Je vis certains villages o&#249; la &lt;i&gt;razvvorstka &lt;/i&gt; avait rafl&#233; jusqu'&#224; la derni&#232;re livre de farine, et m&#234;me les graines que les paysans conservaient pour les prochaines semailles. Les vaches et les chevaux furent rafl&#233;s pareillement, ainsi que tout animal domestique ; les couvertures, oreillers, etc. r&#233;duits en lambeaux.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Certains autres avaient &#233;t&#233; compl&#232;tement ras&#233;s par&lt;i&gt; l'artillerie&lt;/i&gt; bolcheviste, sous pr&#233;texte de punition et pour servir d'exemple aux villages voisins.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Je m'aper&#231;us alors que le mot communisme &#233;tait devenu synonyme, dans l'esprit du peuple, de tchekisme, injustice, oppression et violence.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce mot &#233;tait l'objet, dans les villes et plus sp&#233;cialement dans les villages, d'une haine farouche, intense et durable, n&#233;e d'espoirs d&#233;&#231;us et de martyre endur&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cette &#171; politique &#187; agraire des bolchevistes sonna la mort de la R&#233;volution.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Aussi, tenant compte de l'exp&#233;rience qu'il avait sous les yeux, Kropotkine r&#233;p&#233;tait souvent &#224; ses visiteurs et dans ces lettres ces mots : &lt;q style=&#034;font-style: italic;&#034;&gt;Les bolchevistes ont d&#233;montr&#233; au monde qu'une R&#233;volution ne peut s'op&#233;rer de cette fa&#231;on&lt;/q&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; &lt;/p&gt;
&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;div class='spip_document_4895 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center spip_document_avec_legende' data-legende-len=&#034;56&#034; data-legende-lenx=&#034;x&#034;
&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href='https://www.partage-noir.fr/IMG/jpg/dom_novosiolova._ul.kropotkinskaya_83__pamyatnik_kropotkinu.jpg' class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/jpeg&#034;&gt; &lt;img src='https://www.partage-noir.fr/local/cache-vignettes/L500xH375/dom_novosiolova._ul.kropotkinskaya_83__pamyatnik_kropotkinu-3d315.jpg?1774718355' width='500' height='375' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;figcaption class='spip_doc_legende'&gt; &lt;div class='spip_doc_descriptif '&gt;&lt;small&gt;Monument &#224; P. Kropotkine &#224; Dmitrov, rue Kropotkinskaya&lt;/small&gt;
&lt;/div&gt; &lt;/figcaption&gt;&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;/div&gt;
		
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		<title>Mes souvenirs sur Kropotkine</title>
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		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Alexandre Berkman</dc:creator>


		<dc:subject>Pierre Kropotkine</dc:subject>
		<dc:subject>R&#233;volution russe (1917-1921)</dc:subject>
		<dc:subject>&lt;i&gt;Le Libertaire&lt;/i&gt;</dc:subject>

		<description>
&lt;p&gt;D&#232;s mon arriv&#233;e en Russie, j'eus connaissance de bruits contradictoires sur Kropotkine ; les uns laissaient entendre qu'il &#233;tait favorable aux bolchevistes, d'autres qu'il les combattait ; qu'il vivait dans des circonstances mat&#233;rielles tr&#232;s favorables, d'autres qu'il mourait litt&#233;ralement de faim, etc. &lt;br class='autobr' /&gt;
Je d&#233;sirais vivement conna&#238;tre la v&#233;rit&#233; en cette mati&#232;re, et j'&#233;tais impatient de le voir personnellement. Durant ces derni&#232;res ann&#233;es, j'avais entretenu une correspondance assez suivie (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://www.partage-noir.fr/-le-libertaire-no161-date-du-17-fevrier-1922-" rel="directory"&gt;le libertaire n&#176;161 dat&#233; du 17 f&#233;vrier 1922&lt;/a&gt;

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&lt;a href="https://www.partage-noir.fr/+-pierre-kropotkine-61-+" rel="tag"&gt;Pierre Kropotkine&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.partage-noir.fr/+-revolution-russe-1917-1921-+" rel="tag"&gt;R&#233;volution russe (1917-1921)&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.partage-noir.fr/+-le-libertaire-+" rel="tag"&gt;&lt;i&gt;Le Libertaire&lt;/i&gt;&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;img src='https://www.partage-noir.fr/local/cache-vignettes/L150xH100/krop8-25c5b.jpg?1774716028' class='spip_logo spip_logo_right' width='150' height='100' alt=&#034;&#034; /&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;D&#232;s mon arriv&#233;e en Russie, j'eus connaissance de bruits contradictoires sur Kropotkine ; les uns laissaient entendre qu'il &#233;tait favorable aux bolchevistes, d'autres qu'il les combattait ; qu'il vivait dans des circonstances mat&#233;rielles tr&#232;s favorables, d'autres qu'il mourait litt&#233;ralement de faim, etc.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Je d&#233;sirais vivement conna&#238;tre la v&#233;rit&#233; en cette mati&#232;re, et j'&#233;tais impatient de le voir personnellement. Durant ces derni&#232;res ann&#233;es, j'avais entretenu une correspondance assez suivie avec lui, mais nous ne nous &#233;tions jamais vus. J'&#233;tais un de ses grands admirateurs depuis ma tendre enfance et m'&#233;tais p&#233;n&#233;tr&#233; de ses &#233;crits.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Un incident, en particulier, produisit sur moi une profonde impression et lui gagna mon estime :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'&#233;tait, je crois, en l'ann&#233;e 1890, le mouvement anarchiste juif d&#233;butait en Am&#233;rique ; nous n'&#233;tions qu'une poign&#233;e et tenions nos meetings publics, chaque semaine, dans une modeste salle de Orchard Street ; enflamm&#233;s par la beaut&#233; d'un sublime id&#233;al, nous consacrions nos jeunes &#233;nergies et capacit&#233;s, ainsi que la plus grande partie de nos modestes gains, &#224; la propagande anarchiste, et &#233;tions heureux de nos progr&#232;s.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En effet, malgr&#233; notre petit nombre, plus nombreux &#233;taient les travailleurs touch&#233;s par notre propagande qui assistait chaque semaine &#224; nos r&#233;unions et versaient leur obole ; on manifestait beaucoup d'int&#233;r&#234;t pour les id&#233;es r&#233;volutionnaires, et les questions vitales &#233;taient discut&#233;es passionn&#233;ment, bien que, parfois, avec plus de conviction que de connaissances.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il semblait &#224; beaucoup d'entre nous que le maudit capitalisme avait atteint la limite de ses possibilit&#233;s diaboliques, et que la r&#233;volution sociale ne pouvait tarder. Mais il &#233;tait des questions difficiles et de durs probl&#232;mes concernant le mouvement grandissant que nous ne pouvions r&#233;soudre nous-m&#234;mes de fa&#231;on satisfaisante.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Nous d&#233;sirions vivement avoir notre grand P. Kropotkine parmi nous, m&#234;me pour une courte visite, afin qu'il puisse tirer au clair certains points obscurs et nous fasse b&#233;n&#233;ficier de son aide intellectuelle et de son inspiration.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Et alors quel stimulant aurait &#233;t&#233; sa pr&#233;sence pour le mouvement !!!&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Nous n'&#233;tions qu'une poign&#233;e, ai-je dit, mais chacun de nous avait d&#233;cid&#233; de r&#233;duire ses d&#233;penses au strict minimum, et de consacrer le fruit de son travail de plusieurs semaines, voire m&#234;me de mois, pour le voyage de Kropotkine en Am&#233;rique. Une longue lettre fut envoy&#233;e &#224; notre cher &#233;ducateur, lui demandant de venir faire une tourn&#233;e de conf&#233;rences, en insistant sur la n&#233;cessit&#233; de nous apporter son appui.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Sa r&#233;ponse fut n&#233;gative, cela nous plongea tous, pour un moment, dans un &#233;tat de d&#233;pression ; nous &#233;tions si s&#251;rs de son acceptation, si convaincus de la n&#233;cessit&#233; de sa venue et des r&#233;sultats de ses conf&#233;rences en faveur du mouvement.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais notre admiration pour lui grandit entore lorsque nous conn&#251;mes les motifs de son refus. Il d&#233;sirait vivement venir parmi nous, nous &#233;crivait-il, et appr&#233;ciait l'esprit de notre invitation. Il d&#233;sirait visiter les &#201;tats-Unis un jour prochain et aurait &#233;t&#233; tr&#232;s heureux de se trouver parmi de si bons camarades. Mais &#224; l'heure actuelle il ne pouvait venir &#224; ses frais &lt;i&gt;et ne voulait pas employer l'argent du mouvement, m&#234;me pour un cas semblable.&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Je m&#233;ditai longuement ces mots ; son point de vue me paraissait juste, mais ne pouvait &#234;tre appliqu&#233; que dans des circonstances ordinaires ; son cas me semblait exceptionnel. Ses consid&#233;rations &#233;taient plausibles, en effet, mais l'importance d'une tourn&#233;e de propagande de Kropotkine en Am&#233;rique &#233;tait, &#224; mon avis, de toute urgence. Je regrettais vivement sa d&#233;cision, mais ses motifs me firent deviner l'homme et la grandeur de sa nature. Je me le repr&#233;sentai comme mon id&#233;al du r&#233;volutionnaire et de l'anarchiste.&lt;/p&gt;
&lt;center&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;tt&gt;&lt;picto|nom=asterisk|center&gt;&lt;/tt&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;/center&gt;
&lt;p&gt; &lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce ne fut qu'en mars 1920 que je pus avoir l'occasion de visiter P. Kropotkine. Il vivait alors &#224; Dmtiroff, petite ville &#224; 60 verstes de Moscou. La situation des transports en Russie &#233;tait alors d&#233;plorable ; voyager de P&#233;trograd &#224; Dmitroff, surtout pour une visite ne devait pas &#234;tre envisag&#233;. Heureusement, l'arriv&#233;e &#224; P&#233;trograd de Georges Lansburry, &#233;diteur du&lt;i&gt; Daily Herald&lt;/i&gt;, de Londres, me proccura la possibilit&#233; d'atteindre Moscou. Lansburry obtint une voiture sp&#233;ciale, et en qualit&#233; d'interpr&#232;te, je pus l'accompagner jusqu'&#224; la capitale. Apr&#232;s avoir pass&#233; quelque temps &#224; Moscou, le visiteur anglais obtint l'autorisation du gouvernement de se rendre &#224; Dmitroff. Avec deux camarades de Moscou je profitai de la faveur sp&#233;ciale qui lui &#233;tait accord&#233;e.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'on est parfois d&#233;sappoint&#233; lorsqu'on se trouve au contact de &#171; c&#233;l&#233;brit&#233;s &#187;, car l'image que l'on s'en est fait ne r&#233;pond pas toujours &#224; la r&#233;alit&#233;. Ce ne fut pas le cas pour Kropotkine. Il correspondait exactement au portrait que je m'&#233;tais fait de lui. Ses photos le reproduisaient remarquablement bien : avec ses bons yeux, son doux sourire et sa longue barbe blanche. Le cachet de l'id&#233;aliste &#233;tait imprim&#233; profond&#233;ment en lui.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cependant je fus frapp&#233; par sa maigreur et son &#233;vidente faiblesse. Il paraissait manquer du strict n&#233;cessaire et trop vieux pour son &#226;ge.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;J'appris que le probl&#232;me des vivres &#233;tait tr&#232;s s&#233;rieux pour la famille Kropotkine, comte pour toutes celles, d'ailleurs, de la Russie affam&#233;e (avec exception naturellement de quelques-uns des principaux commissaires et des sp&#233;culateurs secrets). Kropotkine touchait ce que l'on appelle le pah-yok, accord&#233; &#224; un certain nombre de savants et vieux r&#233;volutionnaires. Il d&#233;passait en qualit&#233; et quantit&#233; la ration ordinaire du citoyen, mais &#233;tait encore loin d'&#234;tre suffisant pour vivre.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Heureusement Kropotkin recevait de temps &#224; autre des paquets de vivres de la part de ses camarades d'Ukraine et de l'&#233;tranger, mais malgr&#233; cela la famille Kropotkine (sa femme et sa fille Sacha) avait de grandes difficult&#233;s pour &#171; tenir le loup &#233;loign&#233; de leur porte. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La question du combustible et de la lumi&#232;re &#233;tait aussi un ennui constant. Les hivers &#233;taient rigoureux et le bois tr&#232;s rare. On pouvait se procurer difficilement le p&#233;trole qui &#233;tait consid&#233;r&#233; comme un grand luxe et on ne pouvait employer plus d'une lampe &#224; la fois. Cette privation &#233;tait sp&#233;cialement ressentie par Kropotkine et entravait &#233;norm&#233;ment ses travaux de litt&#233;rature.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;J'appris toutes ces choses de la bouche de Sophie Grigoryevna sa compagne et de Sacha sa fille. Kropotkine n'aurait jamais dit un mot sur les difficult&#233;s de son existence, mais il &#233;tait &#233;vident que son isolement lui pesait bien des fois. La famille Kropotkine fut d&#233;poss&#233;d&#233;e de son habitation de Moscou, dont les chambres &#233;taient r&#233;quisitionn&#233;es pour le gouvernement. Ses membres d&#233;cid&#232;rent alors de venir &#224; Dmitroff. Bien que cette ville se trouv&#226;t &#224; cinquante verstes environ de la capitale il semblait qu'elle en f&#251;t &#233;loign&#233;e de milliers de kilom&#232;tres, car Kropotkine &#233;tait aussi isol&#233; que dans une prison.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Etant donn&#233;es les conditions critiques de transport, et de la situation g&#233;n&#233;rale &#224; cette &#233;poque, les amis de l'&#233;crivain ne pouvaient que tr&#232;s rarement le visiter. Les nouvelles de l'Ouest, les travaux scientifiques ainsi que les publications &#233;trang&#232;res ne lui parvenaient pas. Kropotkine se ressentait vivement de ce manque de compagnons intellectuels et de ce rel&#226;chement mental.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Je le visitai par deux fois, la premi&#232;re en mars et la seconde en juillet 1920. A ma seconde visite, il me sembla beaucoup mieux, moins d&#233;charn&#233;, le visage color&#233; refl&#233;tant la sant&#233;, plus fort et plus actif. Le soleil de l'&#233;t&#233; lui &#233;tait salutaire. Il se promenait dans le petit jardin attenant &#224; la maison et faisait remarquer fi&#232;rement &#224; ses visiteurs le r&#233;sultat des travaux de Sophie : le carr&#233; de l&#233;gumes en fleurs. Ses yeux brillaient, le bleu clair du ciel semblait s'y refl&#233;ter. Il vous charmait par son sourire qui d&#233;notait toute la personnalit&#233; de Kropolkine, son amour des hommes et de la nature, ainsi que son respect de la vie humaine&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb4-1&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;H&#233;las ! pourquoi de 1914 &#224; 1919 ce respect de la vie humaine ne lui a-t-il (&#8230;)&#034; id=&#034;nh4-1&#034;&gt;1&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Nous discut&#226;mes sur plusieurs sujets ; je trouvai Kropotkine &#233;nergiquement, irr&#233;vocablement oppos&#233; aux Bolchevistes, ou plut&#244;t, comme il le r&#233;p&#233;tait sans cesse, il &#233;tait un ennemi farouche du socialisme d'&#201;tat, du communisme impos&#233; par l'autorit&#233;, et du marxisme en g&#233;n&#233;ral.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Nous ne pouvions esp&#233;rer rien d'autre des Bolchevistes disait-il ; ils &#233;taient marxistes en th&#233;orie et en action et tendaient &#224; la cr&#233;ation d'un &#171; tout au pouvoir &#187;, un &#201;tat absolu. Leurs th&#233;ories r&#233;volutionnaires d'octobre et novembre 1917 ont profond&#233;ment d&#233;&#231;u le prol&#233;tariat, les paysans, et particuli&#232;rement les anarchistes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les anarchistes savaient, naturellement, qu'un &#201;tat, un gouvernement bas&#233; sur la force, quel que soit le nom dont il se pare, est toujours n&#233;faste, mais ils virent dans les bolchevistes une force r&#233;volutionnaire et ferm&#232;rent les yeux sur les dangers inh&#233;rents &#224; la philosophie du marxisme.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les anarchistes de Russie lutt&#232;rent la main dans la main avec les bolchevistes pour le succ&#232;s de la R&#233;volution ; ils se battirent c&#244;te &#224; c&#244;te avec d&#233;vouement, avec h&#233;ro&#239;sme. Des centaines d'entre eux y laiss&#232;rent leur vie ; et maintenant que deviennent les anarchistes qui ont surv&#233;cu &#224; la R&#233;volution ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Maintenant, ils sont pers&#233;cutes, traqu&#233;s, toute action leur est interdite, grand nombre d'entre eux sont emprisonn&#233;s, beaucoup furent fusill&#233;s.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Et qu'ont donc fait les bolchevistes depuis trois ans qu'ils sont au pouvoir, qu'ils ont organis&#233; la vie sociale et &#233;conomique du pays. Oui, qu'ont-ils fait pour le peuple ? Je ne veux pas parler des conditions de ruine et de famine de la Russie, ceci est d&#251; pour beaucoup au blocus mais le communisme d'&#201;tat a une grande part de responsabilit&#233;s : la folle passion de centralisation et l'ignorance des choses pratiques des bolchevistes (pour ne pas parler de corruption), leur ignorance profonde des questions agraires et de la psychologie paysanne, tout ceci est en grande partie la cause des conditions &#233;conomiques actuelles de la Russie.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais ce que je veux vous faire remarquer particuli&#232;rement en ce moment, dit Kropotkine, en me fixant de ses yeux pein&#233;s et de l'indignation dans la voix, c'est l'attitude de l'&#201;tat bolcheviste vis-&#224;-vis du peuple, individualit&#233; et collectivit&#233; ; je ne puis en parler sans col&#232;re. Emprisonnement, terrorisme, fusillades, sont les m&#233;thodes bolchevistes appliqu&#233;es m&#234;me aux amis de la R&#233;volution.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Au lieu d'&#233;tendre la R&#233;volution, ils ne songent qu'&#224; &#233;tablir sur des bases solides leur pouvoir gouvernemental. Ils ont perdu de vue le but essentiel de la R&#233;volution : mouvement r&#233;volutionnaire progressif, continu des masses ; la plus grande opportunit&#233; et encouragement de l'initiative du peuple ; expression personnelle ; organisation et coop&#233;ration volontaire.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Perdu cela de vue, dis-je ? Non, ils en suppriment d&#233;lib&#233;r&#233;ment et syst&#233;matiquement tout sympt&#244;me. Ceci est la terrible trag&#233;die de la R&#233;volution russe.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;(A suivre.)&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;hr /&gt;
		&lt;div class='rss_notes'&gt;&lt;div id=&#034;nb4-1&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh4-1&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 4-1&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;1&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;H&#233;las ! pourquoi de 1914 &#224; 1919 ce respect de la vie humaine ne lui a-t-il pas fait comprendre l'horreur de la grande tuerie et pourquoi s'est-il laiss&#233; entra&#238;ner &#224; apporter l'appui de sa personnalit&#233; &#224; l'&#339;uvre de destruction capitaliste, ternissant ainsi cette belle vie que nous sommes pourtant heureux de donner en exemple ? &lt;strong&gt;La R&#233;daction.&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		
		</content:encoded>


		

	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>Du &#171; Libertaire &#187; au &#171; Monde Libertaire &#187; apr&#232;s la Seconde Guerre mondiale</title>
		<link>https://www.partage-noir.fr/du-libertaire-au-monde-libertaire-apres-la-seconde-guerre</link>
		<guid isPermaLink="true">https://www.partage-noir.fr/du-libertaire-au-monde-libertaire-apres-la-seconde-guerre</guid>
		<dc:date>2024-02-26T23:05:00Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Maurice Joyeux</dc:creator>


		<dc:subject>Maurice Joyeux</dc:subject>
		<dc:subject>&lt;i&gt;Le Libertaire&lt;/i&gt;</dc:subject>
		<dc:subject>Henri Bouy&#233;</dc:subject>
		<dc:subject>Suzy Chevet</dc:subject>
		<dc:subject>Louis Mercier-Vega</dc:subject>
		<dc:subject>Gaston Leval</dc:subject>
		<dc:subject>Georges Brassens</dc:subject>
		<dc:subject>Volont&#233; Anarchiste</dc:subject>

		<description>&lt;p&gt;Le jeudi 21 d&#233;cembre 1944, &lt;i&gt;Le Libertaire&lt;/i&gt; repara&#238;t : quatre pages sous un format r&#233;duit, avec ce sous-titre : &#171; S&#233;bastien Faure et Louise Michel : fondateurs &#187;. Il est bi-mensuel et va le rester pendant plus d'une ann&#233;e. Son format est r&#233;duit &#224; l'image de la presse de ces temps difficiles. Cependant, m&#234;me si les caract&#232;res du titre sont rest&#233;s les m&#234;mes, sa pr&#233;sentation est bien diff&#233;rente. Les articles sont courts, le contenu englobe toute l'activit&#233; politique, sociale, culturelle de l'&#233;poque. C'est, compte-tenu des circonstances, un bon journal. Les hommes et les femmes qui vont l'animer sont mes contemporains. Citons Henri Bouy&#233;, Vincey, Durand, Suzy Chevet, auxquels, sortant de Montluc, je vais bient&#244;t me joindre. Si l'on voulait qualifier ce premier num&#233;ro et ceux qui vont suivre, on pourrait dire qu'il s'en d&#233;gage un air de puritanisme que l'absence de signatures conforte. Dans ce premier num&#233;ro, un &#233;ditorial d&#233;finit bien le projet anarchiste au lendemain de l'Occupation, alors que la guerre n'est pas termin&#233;e. On y trouve aussi un article de caract&#232;re syndical, un autre sur l'Espagne, un autre encore sur la guerre, et de multiples &#233;chos. Sous son vernis moderne, &lt;i&gt;Le Libertaire&lt;/i&gt; est reparti d'un bon pied. Il va atteindre rapidement le millier d'abonn&#233;s. Il sera tir&#233; &#224; 10 000 exemplaires, dont 5 ou 6 000 vont &#234;tre vendus (ce qui est sa vitesse de croisi&#232;re) avant de faire beaucoup mieux par la suite.&lt;/p&gt;

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&lt;a href="https://www.partage-noir.fr/-25-du-libertaire-au-monde-libertaire-histoire-du-journal-de-l-" rel="directory"&gt;25 - Du &#171; Libertaire &#187; au &#171; Monde libertaire &#187; : Histoire du journal de l'organisation des anarchistes - Maurice Joyeux&lt;/a&gt;

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&lt;a href="https://www.partage-noir.fr/+-maurice-joyeux-314-+" rel="tag"&gt;Maurice Joyeux&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.partage-noir.fr/+-le-libertaire-+" rel="tag"&gt;&lt;i&gt;Le Libertaire&lt;/i&gt;&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.partage-noir.fr/+-henri-bouye-353-+" rel="tag"&gt;Henri Bouy&#233;&lt;/a&gt;, 
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&lt;a href="https://www.partage-noir.fr/+-louis-mercier-vega-+" rel="tag"&gt;Louis Mercier-Vega&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.partage-noir.fr/+-gaston-leval-+" rel="tag"&gt;Gaston Leval&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.partage-noir.fr/+-georges-brassens-+" rel="tag"&gt;Georges Brassens&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.partage-noir.fr/+-volonte-anarchiste-302-+" rel="tag"&gt;Volont&#233; Anarchiste&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;img src='https://www.partage-noir.fr/local/cache-vignettes/L150xH84/libertaire001-1-98560.jpg?1774694508' class='spip_logo spip_logo_right' width='150' height='84' alt=&#034;&#034; /&gt;
		&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;&lt;q style=&#034;font-style: italic;&#034;&gt;Libertaires nous f&#251;mes, libertaires nous demeurons, libertaires nous entendons demeurer, quoi qu'il advienne. Les ennemis de la libert&#233;, les oppresseurs du peuple se succ&#232;dent, notre position doctrinale, elle, demeure inchangeable. Notre activit&#233; peut varier dans ses formes, nos principes fondamentaux n'en d&#233;plaise &#224; certains doctrinaires trop press&#233;s &#8211; sont immuables et ne sont pas &#224; r&#233;viser !&lt;/q&gt;&lt;br class='autobr' /&gt;&lt;/p&gt;
&lt;div class=&#034;spip spip-block-right&#034; style=&#034;text-align:right;&#034;&gt;&lt;strong&gt; &lt;i&gt;Le Libertaire&lt;/i&gt; n&#176; 1, d&#233;cembre 1944, &#233;ditorial. &lt;/strong&gt;&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;Le jeudi 21 d&#233;cembre 1944, &lt;i&gt;Le Libertaire&lt;/i&gt; repara&#238;t : quatre pages sous un format r&#233;duit, avec ce sous-titre : &#171; S&#233;bastien Faure et Louise Michel : fondateurs &#187;. Il est bi-mensuel et va le rester pendant plus d'une ann&#233;e. Son format est r&#233;duit &#224; l'image de la presse de ces temps difficiles. Cependant, m&#234;me si les caract&#232;res du titre sont rest&#233;s les m&#234;mes, sa pr&#233;sentation est bien diff&#233;rente. Les articles sont courts, le contenu englobe toute l'activit&#233; politique, sociale, culturelle de l'&#233;poque. C'est, compte-tenu des circonstances, un bon journal. Les hommes et les femmes qui vont l'animer sont mes contemporains. Citons Henri Bouy&#233;, Vincey, Durand, Suzy Chevet, auxquels, sortant de Montluc, je vais bient&#244;t me joindre. Si l'on voulait qualifier ce premier num&#233;ro et ceux qui vont suivre, on pourrait dire qu'il s'en d&#233;gage un air de puritanisme que l'absence de signatures conforte. Dans ce premier num&#233;ro, un &#233;ditorial d&#233;finit bien le projet anarchiste au lendemain de l'Occupation, alors que la guerre n'est pas termin&#233;e. On y trouve aussi un article de caract&#232;re syndical, un autre sur l'Espagne, un autre encore sur la guerre, et de multiples &#233;chos. Sous son vernis moderne, &lt;i&gt;Le Libertaire&lt;/i&gt; est reparti d'un bon pied. Il va atteindre rapidement le millier d'abonn&#233;s. Il sera tir&#233; &#224; 10 000 exemplaires, dont 5 ou 6 000 vont &#234;tre vendus (ce qui est sa vitesse de croisi&#232;re) avant de faire beaucoup mieux par la suite.&lt;/p&gt;
&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;div class='spip_document_4762 spip_document spip_documents spip_document_file spip_documents_right spip_document_right spip_document_avec_legende' data-legende-len=&#034;47&#034; data-legende-lenx=&#034;x&#034;
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&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt;
&lt;a href='https://www.partage-noir.fr/IMG/pdf/libertaire001.pdf' class=&#034; spip_doc_lien&#034; title='PDF - 3.4 Mio' type=&#034;application/pdf&#034;&gt;&lt;img src='https://www.partage-noir.fr/local/cache-vignettes/L150xH229/ttttttttttt-3b1f2-b53b7.jpg?1774717138' width='150' height='229' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;figcaption class='spip_doc_legende'&gt; &lt;div class='spip_doc_titre '&gt;&lt;strong&gt;&lt;small&gt;&lt;i&gt;Le Libertaire&lt;/i&gt; n&#176; 1 &lt;br&gt;du 21 d&#233;cembre 1944&lt;/small&gt;
&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt; &lt;/figcaption&gt;&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;
&lt;p&gt;Peu &#224; peu, le journal renoue avec son pass&#233;, et &#224; l'occasion des &#233;lections, dans son num&#233;ro d'avril 1945, il titre sur toute la largeur de la page : &#171; La libert&#233; n'est pas dans les urnes &#187;. Enfin, une note annonce que le journal est dans ses meubles au 145, quai Valmy. Il y restera dix ans. On m'excusera de citer le num&#233;ro 4, celui de mai 1945, dans lequel, sortant de prison, para&#238;t mon premier article sous ce titre : &#171; Vive le Premier Mai de lutte de classes &#187; et dans lequel, avec un peu de na&#239;vet&#233;, j'&#233;cris : &lt;q style=&#034;font-style: italic;&#034;&gt;En cette fin de guerre qui ne lui fait pas oublier que le brigandage officiel repr&#233;sent&#233; par le capitalisme et par l'&#201;tat continue, le mouvement anarchiste tient &#224; souligner la signification historique et r&#233;volutionnaire du Premier Mai (...). Pour la destruction du capitalisme ! Pour la disparition de l'&#201;tat, diviseur du Peuple ! A bas toutes les dictatures ! Pour la r&#233;volution sociale !&lt;/q&gt;. Les mauvaises langues trouveront peut-&#234;tre que mon style n'a pas beaucoup vari&#233; !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le 1&lt;sup class=&#034;typo_exposants&#034;&gt;er&lt;/sup&gt; Mai 1945, avec Suzy Chevet, nous allons vendre ce journal &#224; la cri&#233;e dans le vieux faubourg Saint-Martin, et nous serons &#233;tonn&#233;s de la sympathie que nous t&#233;moignera cette population qui vient d'&#234;tre lib&#233;r&#233;e. Parmi les Parisiens qui nous entourent, une figure populaire du &lt;i&gt;Libertaire &lt;/i&gt; de l'entre-deux-guerres, Louis Lor&#233;al &#8211; qui pendant l'Occupation prit le mauvais chemin, et il ne sera pas le seul &#8211;, aigri, nous expose les raisons de son attitude ! Que dire ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Naturellement, lorsque la presse est reparue, nous avons eu quelques difficult&#233;s &#224; obtenir les bons donnant droit au papier n&#233;cessaire au tirage qui &#233;tait s&#233;rieusement contingent&#233;. Il faudra qu'&#224; la tribune du Parlement, Edouard Herriot auquel nous nous sommes adress&#233;s &#8211; proclame que &lt;q style=&#034;font-style: italic;&#034;&gt;dans ce pays, la parution du &lt;span style=&#034;font-style:normal;&#034;&gt;Libertaire&lt;/span&gt; est la marque infaillible que la d&#233;mocratie est r&#233;tablie&lt;/q&gt; pour que les tracasseries administratives cessent.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais il faudra attendre la reconstitution de l'organisation, la F&#233;d&#233;ration anarchiste en l'occurrence, pour qu'en avril 46 le journal redevienne hebdomadaire. Un titre au vitriol salue l'&#233;v&#233;nement : &#171; Quel que soit le moment de scrutin, les &#233;lections ne changent rien &#187;. Ce qui s'av&#233;ra parfaitement exact ! A la fin avril, &lt;i&gt;Le Libertaire&lt;/i&gt; para&#238;t dans un format normal pour l'&#233;poque, et un congr&#232;s d&#233;cide que les articles seront de nouveau sign&#233;s par leurs auteurs. J'&#233;cris dans l'&#233;ditorial de notre journal enfin &#171; normalis&#233; &#187; : &lt;q style=&#034;font-style: italic;&#034;&gt;C'est l'action directe r&#233;volutionnaire, la gr&#232;ve g&#233;n&#233;rale expropriatrice, qui permettra aux travailleurs en r&#233;volte de se d&#233;barrasser du fardeau d'un r&#233;gime qui les &#233;crase&lt;/q&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;div class='spip_document_1845 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_left spip_document_left spip_document_avec_legende' data-legende-len=&#034;13&#034; data-legende-lenx=&#034;&#034;
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&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='https://www.partage-noir.fr/local/cache-vignettes/L150xH200/henri-bouye-1955-ad8ba-21f51-33335.png?1774717138' width='150' height='200' alt='' /&gt;
&lt;figcaption class='spip_doc_legende'&gt; &lt;div class='spip_doc_descriptif '&gt;&lt;small&gt;Henri Bouy&#233; &lt;/small&gt;
&lt;/div&gt; &lt;/figcaption&gt;&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;
&lt;p&gt;Apr&#232;s une ann&#233;e d'efforts, et en dehors de ceux dont l'attitude, pendant l'Occupation, avait paru discutable, les diverses tendances de l'anarchie se sont regroup&#233;es au sein de la F&#233;d&#233;ration anarchiste, et ce sont les noms de ceux qui sont absents dans les colonnes du journal qui, une fois de plus, dessinent le vrai visage de l'organisation. Parmi les militants qui &#233;crivent, on rel&#232;ve Andr&#233; Prudhommeaux, Marcel Lepoil, Parsol (qui est le pseudonyme de Ridel, alias Mercier, un ancien du &lt;i&gt;Libertaire &lt;/i&gt; d'entre les deux guerres), Marcel Planche, Bouy&#233;, Lefranc (qui est le pseudonyme de Leval), Armand Robin. A vrai dire, ces signatures n'&#233;clairent pas beaucoup les chercheurs qui veulent reconstituer l'histoire de notre mouvement. Ce sont des pseudonymes pour la plupart. Pour ma part, et d&#232;s cette &#233;poque, j'ai toujours condamn&#233; cette pratique qu'on veut parfois justifier par la crainte de la police ou du patron. Si j'ai quelquefois sign&#233; Montluc ou Vancia certains de mes articles, c'est pour ne pas faire de &#171; doublons &#187; dans les colonnes d'un journal, o&#249;, pendant de nombreuses ann&#233;es, j'ai pratiquement &#233;crit tous les &#233;ditoriaux. C'est pour ce &lt;i&gt;Libertaire &lt;/i&gt; de 1956 que Georges Brassens travaillera comme grouillot, aupr&#232;s de Lepoil puis de Prudhommeaux qui assureront successivement la mise en page. Je crois, sans en &#234;tre vraiment s&#251;r, que les bouts d'articles humoristiques sign&#233;s Charles Brens sont de lui. C'est dans le num&#233;ro d'octobre 1946 que j'ai retrouv&#233; ce merveilleux article d'Armand Robin : &#171; L'assassinat des po&#232;tes &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;div class='spip_document_1854 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_right spip_document_right spip_document_avec_legende' data-legende-len=&#034;16&#034; data-legende-lenx=&#034;&#034;
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&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='https://www.partage-noir.fr/local/cache-vignettes/L150xH170/georges_vincey-d13d1-386ad.jpg?1774717138' width='150' height='170' alt='' /&gt;
&lt;figcaption class='spip_doc_legende'&gt; &lt;div class='spip_doc_descriptif '&gt;&lt;small&gt;Georges Vincey&lt;/small&gt;
&lt;/div&gt; &lt;/figcaption&gt;&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;
&lt;p&gt;Au lendemain de la guerre, nous b&#233;n&#233;ficions, comme les autres organisations qui se r&#233;clament sous une forme ou sous une autre du mouvement r&#233;volutionnaire, d'un afflux d'adh&#233;rents dont tous ne seront pas de la meilleure cuv&#233;e. Notre journal se porte bien, avec, naturellement, des hauts et des bas qui se discernent au nombre de pages de l'hebdomadaire. Nous vendrons 15 000 &#224; 20 000 exemplaires pour un tirage de 30 000. Certains de nos num&#233;ros sp&#233;ciaux, comme celui sur l'Espagne, atteindront 50 000 exemplaires. Mais le record sera pulv&#233;ris&#233; par le num&#233;ro sp&#233;cial sur la gr&#232;ve Renault de 1947. Nous en tireront 100 000 exemplaires et nous les vendrons ! Pendant cette p&#233;riode, nous fr&#244;lerons les 2 000 abonn&#233;s, le r&#234;ve jamais atteint de Georges Vincey, l'administrateur de nos publications.&lt;i&gt; Le Libertaire&lt;/i&gt;, qui l'e&#251;t cru, est devenu un journal agr&#233;able &#224; regarder. Il est agr&#233;ment&#233; de photos, de dessins humoristiques, de nombreux &#171; cabochons &#187; pour s&#233;parer les articles. Sa page artistique est bien fournie, sa page syndicale est lue dans le monde ouvrier. Nous sommes en p&#233;riode d'euphorie. Cela ne durera pas !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On peut &#233;taler sur cinq ans la marche ascendante de notre journal, ce qui donne la temp&#233;rature de la F&#233;d&#233;ration anarchiste ; cinq ann&#233;es o&#249;&lt;i&gt; Le Libertaire&lt;/i&gt; sera pr&#233;sent dans tous les &#233;v&#233;nements qui bouscul&#232;rent la vie politique et sociale du pays. L'ann&#233;e 1947 est marqu&#233;e par la grande gr&#232;ve des cheminots et par la gr&#232;ve sauvage chez Renault. Dans le num&#233;ro du 8 mai 1947, l'&#233;ditorial proclame : &lt;q style=&#034;font-style: italic;&#034;&gt;Les m&#233;tallos de la r&#233;gie Renault sont en gr&#232;ve contre les directions syndicales tra&#238;tres. Le comit&#233; de gr&#232;ve, organisme sorti spontan&#233;ment de la lutte, ne doit pas craindre de s'affirmer face aux autorit&#233;s, sinon les n&#233;gociations se feront sans tenir compte de son point de vue&lt;/q&gt;. Et dans le journal du 15 mai, qui est un magnifique num&#233;ro sur la Commune, je conclus &#224; propos de la gr&#232;ve Renault : &lt;q style=&#034;font-style: italic;&#034;&gt;Apr&#232;s quinze jours de lutte non seulement contre l'&#201;tat, leur patron, mais aussi contre la cinqui&#232;me colonne c&#233;g&#233;tiste, alli&#233;e de celui-ci, les ouvriers de chez Renault ont repris le travail lundi &#224; l'exception des vaillants des ateliers 6 et 8, cramponn&#233;s &#224; la gr&#232;ve dont ils furent les initiateurs... D'ailleurs rien n'est fini&lt;/q&gt;. C'est la m&#234;me ann&#233;e que para&#238;tra, &#224; travers toute la premi&#232;re page, le mot d'ordre souvent repris par la suite : &#171; Assez de gr&#232;ves Molotov ! Vive la gr&#232;ve gestionnaire &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;div class='spip_document_4765 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_left spip_document_left spip_document_avec_legende' data-legende-len=&#034;20&#034; data-legende-lenx=&#034;&#034;
&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='https://www.partage-noir.fr/local/cache-vignettes/L150xH158/sans_titre-1-25-130b4-21b37.jpg?1774714822' width='150' height='158' alt='' /&gt;
&lt;figcaption class='spip_doc_legende'&gt; &lt;div class='spip_doc_descriptif '&gt;&lt;small&gt;Andr&#233; Prudhommeaux &lt;/small&gt;
&lt;/div&gt; &lt;/figcaption&gt;&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;
&lt;p&gt;Cette ann&#233;e, la troisi&#232;me page litt&#233;raire et artistique que dirige avec beaucoup de go&#251;t Andr&#233; Prudhommeaux s'enrichira d'une collaboration flatteuse parmi laquelle on rel&#232;ve les noms de Raymond Asso, de Jean-Claude Simon, de Louzon, de Roger Toussenot ! C'est &#233;galement l'&#233;poque des meetings fracassants qui remplissent la salle Wagram, la Soci&#233;t&#233; des Savants, annonc&#233;s en premi&#232;re page du journal en gros caract&#232;res.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;M&#234;me si nous ne retrouvons plus les tirages des premi&#232;res ann&#233;es d'apr&#232;s la Lib&#233;ration, &lt;i&gt;Le Libertaire&lt;/i&gt; va poursuivre un parcours, sinon facile, du moins sans &#224;-coups. Il rendra compte de tous les &#233;v&#233;nements en faisant sa manchette sur les plus significatifs, comme la premi&#232;re mainmise sur la Tch&#233;coslovaquie par exemple ou la grande gr&#232;ve des mineurs d'octobre 1948 que je suivrai sur place aupr&#232;s des militants anarcho-syndicalistes ! Je pr&#233;coniserai dans nos colonnes : &lt;q style=&#034;font-style: italic;&#034;&gt;Pendant cette bataille, il pourrait &#234;tre extrait du charbon des mines et qui servirait &#224; chauffer gratuitement les gr&#233;vistes et les travailleurs de la r&#233;gion au cours de l'hiver&lt;/q&gt;. Ce qui &#233;tait les pr&#233;misses &#224; la gr&#232;ve gestionnaire.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;Le Libertaire&lt;/i&gt;, dont la vocation pacifiste est bien connue, va naturellement s'int&#233;resser &#224; Garry Davis, ce jeune aviateur am&#233;ricain qui se d&#233;clare citoyen du monde. Nous participons &#224; son meeting, au V&#233;l d'Hiv, dont Vancia rend compte dans le journal : &lt;q style=&#034;font-style: italic;&#034;&gt;Les orateurs du V&#233;l d'Hiv doivent se souvenir, s'ils veulent que l'espoir qui s'est lev&#233; ne soit pas d&#233;&#231;u, que le pacifisme constructif doit &#234;tre charpent&#233; par la pens&#233;e r&#233;volutionnaire&lt;/q&gt;. L'effet Garry Davis ne sera qu'un feu de paille qu'un meeting organis&#233; par la F&#233;d&#233;ration anarchiste &#224; la Mutualit&#233; cl&#244;turera. Andr&#233; Breton y prononcera, dans le bruit et le tumulte, un discours que &lt;i&gt;Le Libertaire &lt;/i&gt; du 2 octobre 1949 reproduira et o&#249; le grand &#233;crivain d&#233;clarait : &lt;q style=&#034;font-style: italic;&#034;&gt;Les temps o&#249; nous vivons ont au moins ceci de bon que les grandes infortunes et les grands maux qui se sont abattus sur nous et nous menacent sont de ceux qui appellent les grands rem&#232;des&lt;/q&gt;. Ce qui est encore vrai de nos jours !&lt;/p&gt;
&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;div class='spip_document_4766 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_right spip_document_right spip_document_avec_legende' data-legende-len=&#034;17&#034; data-legende-lenx=&#034;&#034;
&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='https://www.partage-noir.fr/local/cache-vignettes/L150xH200/mauricelaisant1984-a897a-6fd30-44406.png?1774717138' width='150' height='200' alt='' /&gt;
&lt;figcaption class='spip_doc_legende'&gt; &lt;div class='spip_doc_descriptif '&gt;&lt;small&gt;Maurice Laisant&lt;/small&gt;
&lt;/div&gt; &lt;/figcaption&gt;&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;
&lt;p&gt;C'est cette ann&#233;e-l&#224; que nous voyons pour la premi&#232;re fois appara&#238;tre dans les colonnes de notre journal les signatures d'hommes qui vont jouer un r&#244;le capital dans le mouvement libertaire : celle d'Aristide Lapeyre au bas d'un article sur l'Eglise, celle de Maurice Fayolle sur les staliniens, celle de Maurice Laisant qui nous rappelle ce que fut S&#233;bastien Faure et qui &#233;crit : &lt;q style=&#034;font-style: italic;&#034;&gt;Soulev&#233; par les p&#233;riodes de l'incomparable orateur, par sa foi, par sa fougue, par sa violence et par son ironie, je sortis dans un &#233;tat d'agitation f&#233;brile, interrogeant Paris endormi, attendant follement qu'&#224; cet appel il sortit de son sommeil pour r&#233;aliser la grande pr&#233;dication d'avenir dont je venais de sentir passer le souffle...&lt;/q&gt;. Je veux encore signaler la page litt&#233;raire du journal la pr&#233;sence de Benjamin P&#233;ret, le po&#232;te surr&#233;aliste, et celle de Maurice Lemaitre qui deviendra, aupr&#232;s d'Isidor Isou, le chantre du lettrisme et qui construira une page du journal pour r&#233;clamer le retour de C&#233;line, o&#249; figurent, en dehors des communistes, des textes de tous les grands &#233;crivains humanistes de l'&#233;poque.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est l'ann&#233;e suivante que notre journal va d&#233;clencher une campagne soutenue pour la gr&#232;ve gestionnaire, et &#224; partir du premier avril 1950, je signerai une s&#233;rie d'articles th&#233;oriques qui nous vaudront un nombreux courrier.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans les ann&#233;es cinquante, &lt;i&gt;Le Libertaire&lt;/i&gt; a trouv&#233; ses assises naturelles. Il s'inscrit dans ce tirage o&#249; la presse libertaire se maintient depuis le d&#233;but du si&#232;cle : 15 &#224; 20 000 exemplaires pour une vente, qui, avec les abonnements, frise les 10 000 exemplaires. L'&#233;quipe qui l'anime semble solide. Pourtant, en quelques ann&#233;es, le journal va se d&#233;grader. Ce n'est pas le lieu ici d'analyser les raisons de ce d&#233;sastre. Il suffit de dire que, aid&#233;s par la b&#234;tise humaine, quelques aventuriers vont s'emparer de l'organisation et de son journal, et les conduire &#224; leur disparition. Cependant, celle-ci ne sera que momentan&#233;e, et, d&#232;s 1954, le journal va repara&#238;tre avec son &#233;quipe initiale. Seul, pour des raisons administratives et juridiques, le titre sera l&#233;g&#232;rement modifi&#233;. Il s'appellera d&#233;sormais &lt;i&gt;Le Monde libertaire&lt;/i&gt;, mais personne ne s'y trompera et, &#224; nouveau, les militants de la F&#233;d&#233;ration anarchiste vont se rassembler autour de lui&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb5-1&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Lire la collection du Libertaire de la Biblioth&#232;que nationale et dans la (&#8230;)&#034; id=&#034;nh5-1&#034;&gt;1&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class="hyperlien"&gt;Voir en ligne : &lt;a href="https://archivesautonomies.org/spip.php?article77" class="spip_out"&gt;Num&#233;ros du journal &lt;i&gt;Le Libertaire&lt;/i&gt; (1944-1956) sur le site Fragments d'Histoire de la gauche radicale &lt;/a&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;hr /&gt;
		&lt;div class='rss_notes'&gt;&lt;div id=&#034;nb5-1&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh5-1&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 5-1&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;1&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;Lire la collection du &lt;i&gt;Libertaire &lt;/i&gt; de la Biblioth&#232;que nationale et dans la revue &lt;i&gt;La Rue &lt;/i&gt; une suite d'articles : une page d'histoire de Maurice Joyeux.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		
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