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	<title>PARTAGE NOIR</title>
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		<title>PARTAGE NOIR</title>
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		<title>Interview de L&#233;o Voline </title>
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		<dc:subject>Voline</dc:subject>
		<dc:subject>L&#233;o Voline</dc:subject>
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		<dc:subject>&lt;i&gt;Itin&#233;raire - Une vie, une pens&#233;e&lt;/i&gt;</dc:subject>
		<dc:subject>Piotr Archinov </dc:subject>
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		<dc:subject>R&#233;volution espagnole (1936-1939)</dc:subject>

		<description>&lt;p&gt;Troisi&#232;me fils de Voline, L&#233;o Eichenbaum (plus connu sous le nom de L&#233;o Voline) est n&#233; le 4 janvier 1917. Tr&#232;s t&#244;t, il partage les id&#233;aux de son p&#232;re et, au d&#233;but de l'ann&#233;e 1937, gagne l'Espagne pour &#234;tre incorpor&#233; dans la Columna confederal de la CNT.&lt;/p&gt;

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&lt;a href="https://www.partage-noir.fr/-itineraire-une-vie-une-pensee-no13-voline-" rel="directory"&gt;Itin&#233;raire - Une vie, une pens&#233;e n&#176;13 : &#171; Voline &#187;&lt;/a&gt;

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&lt;a href="https://www.partage-noir.fr/+-voline-+" rel="tag"&gt;Voline&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.partage-noir.fr/+-leo-voline-+" rel="tag"&gt;L&#233;o Voline&lt;/a&gt;, 
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&lt;a href="https://www.partage-noir.fr/+-piotr-archinov-+" rel="tag"&gt;Piotr Archinov &lt;/a&gt;, 
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&lt;a href="https://www.partage-noir.fr/+-revolution-espagnole-1936-1939-+" rel="tag"&gt;R&#233;volution espagnole (1936-1939)&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;img src='https://www.partage-noir.fr/local/cache-vignettes/L150xH84/sans_titre-1-8-539b6.jpg?1774699761' class='spip_logo spip_logo_right' width='150' height='84' alt=&#034;&#034; /&gt;
		&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;Troisi&#232;me fils de Voline, L&#233;o Eichenbaum (plus connu sous le nom de L&#233;o Voline) est n&#233; le 4 janvier 1917. Tr&#232;s t&#244;t, il partage les id&#233;aux de son p&#232;re et, au d&#233;but de l'ann&#233;e 1937, gagne l'Espagne pour &#234;tre incorpor&#233; dans la Columna confederal de la CNT.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;&#8212; &lt;i&gt; &lt;strong&gt;&#171; Itin&#233;raire &#187; :&lt;/strong&gt; Comment ton p&#232;re a-t-il v&#233;cu la R&#233;volution russe ? &lt;/i&gt; &lt;br /&gt;&#8212; &lt;strong&gt;L&#233;o Voline :&lt;/strong&gt; Il s'est donn&#233; totalement, &#224; fond, comme toujours, tout au long de sa vie, que ce soit dans le domaine familial ou vis-&#224;-vis de toute personne en difficult&#233;. Il ne s'autorisait aucune excuse, aucune faiblesse, m&#234;me si sa vie en d&#233;pendait. Condamn&#233; &#224; mort par les bolcheviks, il a refus&#233; de renier ses id&#233;es au prix de sa gr&#226;ce, s'il se ralliait &#224; eux. Il n'a jamais voulu jouer au leader et rester &#224; Moscou avec les &lt;q style=&#034;font-style: italic;&#034;&gt;anarchistes en chambre&lt;/q&gt;. &lt;q style=&#034;font-style: italic;&#034;&gt;Heureusement, &lt;span style=&#034;font-style:normal;&#034;&gt;disait-il,&lt;/span&gt; ce ne sont pas eux qui feront la r&#233;volution.&lt;/q&gt; Et c'est ainsi qu'il est parti rejoindre le mouvement insurrectionnel makhnoviste en Ukraine, d&#232;s qu'il en a eu connaissance. Mon p&#232;re s'est toujours tenu en retrait, proclamant face aux masses : &lt;q style=&#034;font-style: italic;&#034;&gt;Moi, je ne suis rien, c'est &#224; vous d'agir, de d&#233;cide ; de vous organiser. C'est vous qui connaissez le mieux vos probl&#232;mes. Je peux simplement vous conseiller.&lt;/q&gt; Son respect pour tout individu &#233;tait total. Pour lui, tout le monde &#233;tait bien et, dans le cas contraire, la soci&#233;t&#233; en &#233;tait responsable. A mon avis, m&#234;me s'il y a une part de vrai, il &#233;tait bien souvent trop indulgent. Il n'imposait jamais son point de vue &#224; quiconque. Un jour, je devais avoir environ 14 ans, je lui ai demand&#233; : &lt;q style=&#034;font-style: italic;&#034;&gt;Quelles sont tes id&#233;es ?&lt;/q&gt; Il m'a r&#233;pondu : &lt;q style=&#034;font-style: italic;&#034;&gt;Ne t'occupe pas de mes opinions, cherche ta v&#233;rit&#233; toi-m&#234;me.&lt;/q&gt; (...) Je n'ai connu mon p&#232;re que vers l'&#226;ge de 5 ans, lorsque emprisonn&#233; dans la prison Boutirki de Moscou et condamn&#233; &#224; mort, il fut lib&#233;r&#233; sous condition de quitter le pays gr&#226;ce &#224; l'action d&#233;clench&#233;e par une d&#233;l&#233;gation de syndicalistes r&#233;volutionnaires europ&#233;ens, avec &#224; leur t&#234;te le Fran&#231;ais Gaston Leval qui fit un v&#233;ritable scandale... Je ne peux donc me souvenir de rien, en ce qui concerne mon p&#232;re, avant cet &#226;ge. Il ne me reste en m&#233;moire que ce qui concerne notre vie de tous les jours, avec en toile de fond un village : Bobrow, au nord de l'Ukraine, et... les larmes de ma m&#232;re, seule avec trois enfants, sans nouvelle de mon p&#232;re : &#233;tait-il mort ou vivant... Et la faim... La nourriture constituait le probl&#232;me majeur, on ne parlait que de cela. Je me souviens d'une vieille paysanne qui vivait avec nous et qui aidait ma m&#232;re. Un jour, notre chat qui ne mangeait que des souris &#8212; il y en avait beaucoup &#8212; surgit avec un gros morceau de viande dans la gueule, chapard&#233; on ne sait o&#249;. La &#171; babouchka &#187; a bien mang&#233; ce jour-l&#224;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8212; &lt;i&gt; &lt;strong&gt;I :&lt;/strong&gt; Comment ton p&#232;re, issu d'une famille bourgeoise, a-t-il &#233;t&#233; amen&#233; &#224; devenir un r&#233;volutionnaire ?&lt;/i&gt;
&lt;br /&gt;&#8212; &lt;strong&gt;L. V. :&lt;/strong&gt; Il m'a racont&#233; comment, vers l'&#226;ge de 14 ans, scandalis&#233; en g&#233;n&#233;ral par le sort des gens du peuple et en particulier par celui de leur propre bonne, Anita, une fille de 16 ans, toujours premi&#232;re lev&#233;e et derni&#232;re couch&#233;e, n'ayant droit qu'&#224; deux ou trois heures de sortie le dimanche, il demanda &#224; sa m&#232;re comment elle pourrait construire sa vie, rencontrer un gar&#231;on... Sa m&#232;re lui r&#233;pondit : &lt;q style=&#034;font-style: italic;&#034;&gt;Ne t'occupe pas de cela ou tu finiras en Sib&#233;rie !&lt;/q&gt; C'est exactement ce qui s'est produit neuf ans plus tard, lors de la R&#233;volution de 1905. Il fut d&#233;port&#233; &#224; vie, &#224; 23 ans.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8212; &lt;i&gt; &lt;strong&gt;I : &lt;/strong&gt; Comment avez-vous v&#233;cu l'exil ? &lt;/i&gt; &lt;br /&gt;&#8212; &lt;strong&gt;L. V. :&lt;/strong&gt; Nous avons quitt&#233; la Russie, marqu&#233;s par les privations, amaigris, avec pour toute fortune deux valises. Il faut avoir connu cela pour savoir ce qu'est la famine, avoir vu les cadavres dans les rues, morts de faim... La mis&#232;re nous a accompagn&#233;s en Allemagne. Nous &#233;tions cinq enfants, les deux a&#238;n&#233;s &#233;tant de la premi&#232;re femme de mon p&#232;re. Nous nous sommes install&#233;s dans deux pi&#232;ces lou&#233;es aux environs de Berlin. On voyait tr&#232;s peu mon p&#232;re car il travaillait dans la capitale comme comptable, me semble-t-il. Pour compl&#233;ter ses revenus, il donnait des le&#231;ons de langues (russe, fran&#231;ais et allemand). C'&#233;tait une p&#233;riode difficile, mais nous &#233;tions heureux. Mon p&#232;re paraissait vivre son r&#234;ve de soci&#233;t&#233; meilleure, toujours de bonne humeur, optimiste... L'harmonie r&#233;gnait dans la famille, jamais une dispute... Puis, au bout de trois ans, nous avons emm&#233;nag&#233; &#224; Berlin. Mon p&#232;re faisait des d&#233;marches afin de quitter l'Allemagne pour la France. On commen&#231;ait &#224; voir d&#233;filer les Jeunesses hitl&#233;riennes, des meetings, des bagarres. Mon p&#232;re partait souvent pour donner des conf&#233;rences. Ma m&#232;re tremblait pour lui, ne vivait plus. Nous n'allions plus &#224; l'&#233;cole, pr&#234;ts au d&#233;part. Nous &#233;tions toute la journ&#233;e dehors vu que pour toute la famille &#8212; sauf les deux fr&#232;res a&#238;n&#233;s qui vivaient chez des amis &#8212; nous n'avions qu'une mansarde sous les toits pour la nuit. Avec ma s&#339;ur Natacha, nous passions une grande partie de notre temps sur les courts de tennis qui jouxtaient notre immeuble. De riches Berlinois y venaient et nous courions toute la journ&#233;e pour ramasser leurs balles, ce qui nous faisait faire du sport et nous permettait de ramener un peu d'argent &#224; la maison. Notre p&#232;re tenait nos comptes. Plus tard, en France, en 1929, cela m'a pay&#233; mon premier v&#233;lo. C'est en 1925 que avons enfin obtenu l'autorisation de venir en France, d'o&#249; mon p&#232;re avait &#233;t&#233; expuls&#233;...&lt;/p&gt;
&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;div class='spip_document_4660 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_right spip_document_right spip_document_avec_legende' data-legende-len=&#034;12&#034; data-legende-lenx=&#034;&#034;
&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='https://www.partage-noir.fr/local/cache-vignettes/L150xH186/import-volin_leo02-2341d-6e80c-5b282.jpg?1774725563' width='150' height='186' alt='' /&gt;
&lt;figcaption class='spip_doc_legende'&gt; &lt;div class='spip_doc_descriptif '&gt;&lt;small&gt;L&#233;o Voline&lt;/small&gt;
&lt;/div&gt; &lt;/figcaption&gt;&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;
&lt;p&gt;&lt;br /&gt;&#8212; &lt;i&gt; &lt;strong&gt;I :&lt;/strong&gt; En 1916, je crois... &lt;/i&gt; &lt;br /&gt;&#8212; &lt;strong&gt;L. V. :&lt;/strong&gt; Oui, apprenant qu'il devait &#234;tre arr&#234;t&#233; et intern&#233;, suite &#224; une d&#233;nonciation, pour avoir r&#233;dig&#233; un tract contre la guerre, il s'est enfuit, a rejoint Bordeaux et s'est embarqu&#233; comme soutier sur le &lt;i&gt;La Fayette &lt;/i&gt; sous le nom de Fran&#231;ois-Joseph Rouby. Au cours du voyage, &#233;puis&#233;, les mains en sang, il pensa se rendre au capitaine mais, aid&#233; par les autres soutiers, il tint jusqu'&#224; l'arriv&#233;e aux &#201;tats-Unis et y resta jusqu'au d&#233;clenchement de la R&#233;volution russe. Il a fait savoir &#224; ma m&#232;re, toujours &#224; Paris, qu'il regagnait la Russie en passant par le Japon et la Chine, et il lui demandait de le rejoindre. C'est ainsi que nous embarqu&#226;mes &#224; Brest sur le &lt;i&gt;Dvinsk&lt;/i&gt;, paquebot russe faisant partie d'un convoi, le 5 ao&#251;t 1917. Le convoi fit un large d&#233;tour, descendant d'abord dans la direction de l'&#233;quateur, puis dans une large boucle s'orienta vers le nord, pour finir par passer au nord de l'Angleterre, car les mers et l'oc&#233;an &#233;taient infest&#233;s de sous-marins allemands. Un paquebot fut m&#234;me coul&#233; en cours de route et nous arriv&#226;mes &#224; Arkhangelsk le 20 ao&#251;t 1917.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8212; &lt;i&gt; &lt;strong&gt;I : &lt;/strong&gt; Et, en France, comment cela s'est-il pass&#233; ? &lt;/i&gt; &lt;br /&gt;&#8212; &lt;strong&gt;L. V. : &lt;/strong&gt; Lors de notre retour en France en 1925, nous avons d'abord &#233;t&#233; h&#233;berg&#233;s par de vieux amis de mon p&#232;re, les Fuchs, rue Lamarck &#224; Paris, le temps de trouver un logement. Mon p&#232;re n'a jamais voulu loger dans les grandes villes, &lt;q style=&#034;font-style: italic;&#034;&gt;pour la sant&#233; des enfants&lt;/q&gt;. Gr&#226;ce &#224; Henri Sellier, s&#233;nateur-maire de Suresnes, nous avons obtenu un logement dans la Cit&#233;-jardin de Gennevilliers qui venait d'&#234;tre b&#226;tie. Nos conditions de vie restaient tr&#232;s difficiles. Je me souviens qu'un jour mon p&#232;re se mit &#224; rire : &lt;q style=&#034;font-style: italic;&#034;&gt;Il nous manque cinq centimes pour acheter un pain !&lt;/q&gt; Mais il tenait &#224; ce que nous fassions des &#233;tudes malgr&#233; tout, d'autant plus que certains camarades lui avaient reproch&#233;, vu sa vie de militant, d'avoir eu des enfants. Les deux a&#238;n&#233;s, n'aimant pas l'&#233;cole &#8212; il est vrai qu'arriv&#233;s &#224; 13 et 15 ans dans un pays dont ils ne connaissaient pas la langue &#8212;, pr&#233;f&#233;r&#232;rent apprendre un m&#233;tier dans une &#233;cole de m&#233;canique. Natacha choisit la danse : son professeur fut la c&#233;l&#232;bre &#233;toile des ballets russes, devenue princesse Ksichinskaya, ma&#238;tresse du tsar Nicolas II. Mon p&#232;re l'a rencontr&#233;e et, apr&#232;s une longue conversation, l'a jug&#233;e tr&#232;s bien, mais lui a dit : &lt;q style=&#034;font-style: italic;&#034;&gt;Cela n'a rien &#224; voir avec mes id&#233;es, ma fille veut faire de la danse...&lt;/q&gt; Moi, j'&#233;tais tr&#232;s bricoleur et d&#233;montais tout, m&#234;me la machine &#224; coudre de ma m&#232;re, pour voir comment cela marchait. On m'orienta donc vers le technique o&#249; je r&#233;ussis tr&#232;s bien. Mon p&#232;re travaillait comme comptable ; il y ajouta un travail compl&#233;mentaire de maroquinerie &#224; domicile. C'est souvent, avec ma m&#232;re, qu'ils ne dormaient pas de la nuit afin d'achever une commande. Aussi, ayant rapidement appris, je les aidais souvent le soir, jusqu'au jour o&#249; j'ai d&#233;cid&#233; d'arr&#234;ter mes &#233;tudes pour travailler. J'ai fait plusieurs entreprises, comme radiotechnicien, avant le d&#233;clenchement de la guerre d'Espagne.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8212; &lt;i&gt; &lt;strong&gt;I :&lt;/strong&gt; Tu y as particip&#233;, comment cela s'est-il pass&#233; ? &lt;/i&gt;&lt;br class='autobr' /&gt; &#8212; &lt;strong&gt;L. V. :&lt;/strong&gt; Pour moi le probl&#232;me &#233;tait simple : du moment que je militais pour une soci&#233;t&#233; de forme libertaire, il &#233;tait logique de rejoindre ceux qui luttaient pour une telle soci&#233;t&#233;. Des responsables espagnols venaient &#224; la maison, j'assistais aux rencontres avec mon p&#232;re. Il s'agissait souvent d'achats d'armes, mais auparavant il fallait trouver de l'argent en vendant des titres et autres valeurs r&#233;cup&#233;r&#233;s dans des banques espagnoles. Il m'est arriv&#233; de rouler dans Paris, accompagnant les porteurs de valeurs, un pistolet dans ma poche. &#199;a faisait tr&#232;s &#171; cin&#233;ma &#187;. En novembre 1936, voyant que cette guerre n'&#233;tait pas qu'un feu de paille, je d&#233;cidais de partir. Mon p&#232;re m'a dit : &lt;q style=&#034;font-style: italic;&#034;&gt;R&#233;fl&#233;chis bien car c'est toute ta vie qui en sera boulevers&#233;e.&lt;/q&gt; Le temps de tout r&#233;gler et je suis parti le 14 janvier 1937. Je venais d'avoir 20 ans. En fait, c'est presque tout le petit groupe libertaire du 15&lt;sup class=&#034;typo_exposants&#034;&gt;e&lt;/sup&gt; arrondissement de Paris qui est parti : cinq gar&#231;ons et une fille. C'est la CGT-SR qui a organis&#233; le d&#233;part. Un pr&#233;tendu contr&#244;le d'identit&#233; a eu lieu &#224; la fronti&#232;re, mais les policiers fran&#231;ais avaient re&#231;u des ordres pour laisser filer tous ces ind&#233;sirables. &lt;br class='autobr' /&gt;
Je ne croyais pas du tout au succ&#232;s des forces r&#233;publicaines. Je songeais sans cesse qu'aucun parti politique, aucun gouvernement, d'aucun pays, ne peut admettre la victoire d'une force &#224; dominante libertaire. J'ai observ&#233; plus tard combien j'avais vu juste... Tous ont trahi : depuis le gouvernement r&#233;publicain qui ne donnait pas les armes au peuple, en passant par les communistes qui faisaient encercler nos unit&#233;s par les fascistes, en ouvrant la ligne de front. De mon unit&#233; de plus de 4 000 hommes, il en est rest&#233; 532 pour sortir de l'encerclement le 6 f&#233;vrier 1938, apr&#232;s 24 heures de bataille. On n'a pas suffisamment parl&#233; des Am&#233;ricains qui ravitaillaient Franco, pendant que l'Angleterre et la France, d'accord avec la Russie, pr&#234;chaient la non-intervention. (...) &lt;br class='autobr' /&gt;
A notre arriv&#233;e &#224; Barcelone, &#224; peine descendu du train, notre petit groupe s'est vu entour&#233; par une bande de communistes : ils nous recevaient &#224; bras ouverts pour nous embrigader dans leurs unit&#233;s. Heureusement un groupe des Jeunesses libertaires &#8212;tr&#232;s puissantes en Catalogne &#8212; nous attendait aussi et les a fait d&#233;guerpir. J'avais l'id&#233;e, vu ma formation de radionavigant, de m'engager dans l'aviation r&#233;publicaine. Apr&#232;s quelques d&#233;marches, on m'a envoy&#233; &#224; Valence pour y &#234;tre incorpor&#233;. M'&#233;tant pr&#233;sent&#233; dans le bureau qui en d&#233;pendait, je fus re&#231;u par un employ&#233; assis derri&#232;re son comptoir. Au m&#234;me moment, trois officiers sup&#233;rieurs qui venaient d'arriver m'entendirent et, souriants, me mirent la main sur l'&#233;paule en me disant en fran&#231;ais : &lt;q style=&#034;font-style: italic;&#034;&gt;C'est tr&#232;s bien, on t'emm&#232;ne de suite !&lt;/q&gt; Je r&#233;agis tr&#232;s vite : &lt;q style=&#034;font-style: italic;&#034;&gt;Mais vous m'emmenez o&#249; ?&lt;/q&gt; R&#233;ponse : &lt;q style=&#034;font-style: italic;&#034;&gt;Dans les Brigades internationales !...&lt;/q&gt; J'ai recul&#233; vers la porte, en disant : &lt;q style=&#034;font-style: italic;&#034;&gt;Avec les communistes, jamais !&lt;/q&gt; M'&#233;tant renseign&#233;, j'appris qu'une colonne anarchiste allait rapidement monter au front pour relever la Columna de Hierro (Colonne de Fer), plus ou moins d&#233;cim&#233;e apr&#232;s six mois de front. Je me suis donc pr&#233;sent&#233; devant un responsable pour m'engager dans une colonne de la CNT, la Columna confederal, sous le nom de L&#233;o Voline. Il &#233;tait heureusement surpris que je fus un des fils... &#171; de mon p&#232;re &#187;. C'est ainsi que, fin f&#233;vrier 1937, avec des centaines de jeunes gens entass&#233;s dans des camions, par des routes impossibles, en chantant des hymnes anarchistes et des chants r&#233;volutionnaires, je fon&#231;ai vers le front de Teruel.&lt;/p&gt;
&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;div class='spip_document_4661 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_left spip_document_left spip_document_avec_legende' data-legende-len=&#034;81&#034; data-legende-lenx=&#034;xx&#034;
&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href='https://www.partage-noir.fr/IMG/jpg/sans_titre-2-22.jpg' class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/jpeg&#034;&gt; &lt;img src='https://www.partage-noir.fr/local/cache-vignettes/L150xH208/sans_titre-2-22-894a0-1e950.jpg?1774725563' width='150' height='208' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;figcaption class='spip_doc_legende'&gt; &lt;div class='spip_doc_descriptif '&gt;&lt;small&gt;L&#233;o Voline (&#224; gauche) &#224; Barcelone en mars 1938 avec son compagnon Julio Garcia.&lt;/small&gt;
&lt;/div&gt; &lt;/figcaption&gt;&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;
&lt;p&gt;&lt;br /&gt;&#8212; &lt;i&gt; &lt;strong&gt;I : &lt;/strong&gt; Et ton p&#232;re, par rapport &#224; la guerre d'Espagne ? &lt;/i&gt; &lt;br /&gt;&#8212; &lt;strong&gt; L. V. :&lt;/strong&gt; Mon p&#232;re s'&#233;tait enti&#232;rement engag&#233; dans l'action aux c&#244;t&#233;s du mouvement espagnol. Il &#233;tait en contact permanent avec des responsables, principalement du fait qu'il s'occupait de la r&#233;daction du journal &lt;i&gt;l'Espagne antifasciste&lt;/i&gt;, &#233;dit&#233; &#224; Paris. Il recevait donc tous les jours des informations sur les &#233;v&#233;nements en cours. Et c'est ainsi qu'arriva, le 21 novembre 1936, un t&#233;l&#233;gramme ainsi r&#233;dig&#233; : &lt;q style=&#034;font-style: italic;&#034;&gt;Durruti assassin&#233; sur le front de Madrid par les communistes.&lt;/q&gt; Une heure plus tard, un deuxi&#232;me t&#233;l&#233;gramme est arriv&#233; (au moment o&#249; mon p&#232;re partait pour l'imprimerie), disant : &lt;q style=&#034;font-style: italic;&#034;&gt;Annuler le premier t&#233;l&#233;gramme, pour sauvegarder l'unit&#233; d'action.&lt;/q&gt; C'&#233;tait le mot d'ordre absolu de l'&#233;poque. J'ai rencontr&#233; plus tard en prison, &#224; Cerb&#232;re, venant d'Espagne et arr&#234;t&#233; &#224; la fronti&#232;re, un gar&#231;on, un Corse, qui rentrait comme moi, &#233;c&#339;ur&#233; des communistes, qui m'a avou&#233; avoir fait partie du commando ayant abattu Durruti. Il &#233;tait tr&#232;s &#233;mu et m'a cri&#233; : &lt;q style=&#034;font-style: italic;&#034;&gt;Mais je te jure, L&#233;o, que je n'ai pas tir&#233; !&lt;/q&gt; Il s'appelait Andr&#233; Paris.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8212; &lt;i&gt; &lt;strong&gt; I :&lt;/strong&gt; Beaucoup de monde venait vous rendre visite, pour voir ton p&#232;re... &lt;/i&gt; &lt;br /&gt;&#8212; &lt;strong&gt;L. V. :&lt;/strong&gt; C'&#233;tait un d&#233;fil&#233; permanent, une situation terrible surtout pour ma m&#232;re. Avec mon p&#232;re, la porte &#233;tait toujours ouverte. Beaucoup de &#171; parasites &#187; venaient essentiellement pour se mettre &#224; table, sans songer aux probl&#232;mes que cela nous posait. Certains en avaient pris l'habitude et venaient manger r&#233;guli&#232;rement. Je n'ai jamais oubli&#233; le regard de ma m&#232;re lorsqu'elle les voyait arriver. C'&#233;tait parfois des &#233;trangers &#233;vad&#233;s, pourchass&#233;s pour leurs id&#233;es, que des camarades fran&#231;ais envoyaient chez Voline. Il y avait plusieurs raisons &#224; cela : mon p&#232;re parlait plusieurs langues, il poss&#233;dait aussi des relations dont il n'a jamais us&#233; pour lui-m&#234;me, bien utiles pour d&#233;panner les autres. Il connaissait Henri Sellier, s&#233;nateur-maire de Suresnes ; L&#233;on Blum ; le pr&#233;fet de Paris Jean Chiappe (&#224; qui l'ami de mon p&#232;re, Paul Fuchs, avait sauv&#233; la vie et qui lui avait promis son aide chaque fois qu'il le faudrait). Il y avait &#233;galement l'avocat Henri Torr&#232;s...&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8212; &lt;i&gt; &lt;strong&gt; I :&lt;/strong&gt; Certains &#233;taient francs-ma&#231;ons, comme ton p&#232;re... &lt;/i&gt;
&lt;br /&gt;&#8212; &lt;strong&gt; L. V. :&lt;/strong&gt; Oui, peut-&#234;tre... je suis par temp&#233;rament quelqu'un de tr&#232;s r&#233;serv&#233;. Il y a donc des domaines que je n'ai jamais abord&#233; avec mon p&#232;re, sauf une fois o&#249; je lui ai demand&#233; pourquoi il &#233;tait franc-ma&#231;on. Il m'a r&#233;pondu qu'il avait h&#233;sit&#233; &#224; cause de certains rites avec lesquels il n'&#233;tait pas d'accord, mais qu'il pensait que c'&#233;tait un milieu o&#249; l'on pouvait r&#233;pandre largement ses id&#233;es, vu que sa loge &#233;tait d&#233;j&#224; tr&#232;s &#171; &#224; gauche &#187;. Je sais aussi que, par ces relations, il pouvait aider beaucoup de monde. Lorsque des camarades en difficult&#233; arrivaient, mon p&#232;re en usait pour faire r&#233;gulariser leur situation ; leur procurer des papiers, permis de s&#233;jour, logement et travail. C'&#233;tait souvent tr&#232;s difficile. Parfois des gens ont log&#233; chez nous... en attendant. Il y eut aussi, heureusement, de vrais amis qui ont tout fait pour, discr&#232;tement, se charger des enfants, organiser une f&#234;te, se transformer en p&#232;re No&#235;l... Je me rappelle en particulier des Goldenberg, de Senya Flechine et Mollie Steimer, des Doubinsky, Archinov et autres...&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8212; &lt;i&gt; &lt;strong&gt;I :&lt;/strong&gt; Makhno et Archinov venaient-ils aussi ? &lt;/i&gt; &lt;br /&gt;&#8212; &lt;strong&gt;L. V. :&lt;/strong&gt; Oui, Archinov et sa femme, avec leur gar&#231;onnet Andr&#233;, sont venus durant des ann&#233;es jusqu'&#224; leur d&#233;part pour la Russie. Mon p&#232;re lui disait : &lt;q style=&#034;font-style: italic;&#034;&gt;Marine...&lt;/q&gt;. Je ne sais pourquoi on l'appelait ainsi. Je me souviens en particulier d'un chant qu'avec Makhno ils entonnaient ensemble, o&#249; il &#233;tait question de &#171; Batko &#187; (Makhno), d'&#171; Oncle Marine &#187; (Archinov) et de Voline. Lorsque Archinov venait &#224; la maison en 1927, &#224; Gennevilliers, et qu'il languissait de son pays &#8212; moi, j'&#233;tais m&#244;me, &#226;g&#233; d'une dizaine d'ann&#233;es &#8212;, mon p&#232;re lui r&#233;p&#233;tait sans cesse : &lt;q style=&#034;font-style: italic;&#034;&gt;Marine, il ne faut pas partir. Ils te fusilleront. Ne te fais pas d'illusion, ils ne te pardonneront jamais...&lt;/q&gt; Il est parti quand m&#234;me, en 1932, et ils l'ont fusill&#233; en 1937... Makhno est venu souvent quand nous habitions notre mansarde &#224; Berlin. Je l'&#233;coutais de toutes mes oreilles car il ne racontait que ses batailles, ses coups d'audace, ses ruses, face &#224; l'ennemi : du vrai western pour moi qui avais entre 7 et 9 ans. Ensuite, en France, nous habitions en lointaine banlieue ; &#233;puis&#233;, malade, handicap&#233; par ses nombreuses blessures, nous le v&#238;mes de moins en moins avant sa mort en 1934.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8212; &lt;i&gt; &lt;strong&gt;I : &lt;/strong&gt; Tu as revu ton p&#232;re, en 1940, &#224; 3. Marseille. Quelle activit&#233; avait-il ? &lt;/i&gt; &lt;br /&gt;&#8212; &lt;strong&gt;L. V. :&lt;/strong&gt; En fait, d&#233;mobilis&#233; en ao&#251;t 1940 (je faisais partie d'une unit&#233; de skieurs, dans les Alpes), j'ai rejoint mon p&#232;re &#224; Marseille le 28 octobre. Entre-temps, attendant d'y voir clair dans la situation g&#233;n&#233;rale (Paris &#233;tait occup&#233; par les Allemands), j'ai particip&#233; aux vendanges et eu d'autres activit&#233;s diverses. Il y avait un million et demi de r&#233;fugi&#233;s, venant de la zone occup&#233;e, dans la r&#233;gion de Marseille. Il &#233;tait tr&#232;s difficile de trouver du travail. Mon p&#232;re, encore tr&#232;s abattu par la mort de ma m&#232;re et vivant au jour le jour, d&#233;ployait toujours une certaine activit&#233; : r&#233;unions, conf&#233;rences, propagande... Nous en parlions un peu, mais, par r&#233;serve de ma part, cela n'allait pas tr&#232;s loin. De fils &#224; p&#232;re, la communication n'est pas tr&#232;s facile : je me sentais encore trop gamin face &#224; lui. C'est bien plus tard, avec toute l'exp&#233;rience acquise et une plus grande connaissance des hommes, que j'aurais aim&#233; discuter avec lui. Mais, il n'&#233;tait plus l&#224;... Recueilli par un de ses meilleurs amis, Francisco Botey qui, avec sa compagne Paquita, &#233;tait r&#233;fugi&#233; d'Espagne aux environs de Marseille, il fut entour&#233;, soign&#233;, en ces temps si durs, mais &#233;puis&#233; et gravement malade il disparut en septembre 1945.&lt;/p&gt;
&lt;div class=&#034;spip spip-block-right&#034; style=&#034;text-align:right;&#034;&gt;&lt;strong&gt;Propos recueillis par la r&#233;daction &lt;/strong&gt; &lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		
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