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		<title>PARTAGE NOIR</title>
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		<title>Sur les traces de l'anarchisme au Qu&#233;bec - 6. Les ann&#233;es 50</title>
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		<dc:creator>Michel Nestor </dc:creator>


		<dc:subject>Qu&#233;bec</dc:subject>

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&lt;p&gt;Pour la gauche nord-am&#233;ricaine, les ann&#233;es 50 sont associ&#233;es &#224; une longue travers&#233;e du d&#233;sert. Au Qu&#233;bec comme ailleurs, la fi&#232;vre anti-communiste et la chasse aux sorci&#232;res reprennent de plus belle. Le r&#233;gime Duplessis exerce toujours sa domination sur la soci&#233;t&#233;. Mais d&#232;s la fin des ann&#233;es 40, une partie du mouvement ouvrier se r&#233;volte contre les multinationales qui les exploitent. En 1949, les mineurs d'Asbestos et de Black Lake m&#232;nent une lutte tr&#232;s dure contre leurs employeurs. Cette (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://www.partage-noir.fr/+-quebec-+" rel="tag"&gt;Qu&#233;bec&lt;/a&gt;

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 <content:encoded>&lt;img src='https://www.partage-noir.fr/local/cache-vignettes/L150xH84/sans_titre-8-3_copie-666c2.jpg?1774707900' class='spip_logo spip_logo_right' width='150' height='84' alt=&#034;&#034; /&gt;
		&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;Pour la gauche nord-am&#233;ricaine, les ann&#233;es 50 sont associ&#233;es &#224; une longue travers&#233;e du d&#233;sert. Au Qu&#233;bec comme ailleurs, la fi&#232;vre anti-communiste et la chasse aux sorci&#232;res reprennent de plus belle. Le r&#233;gime Duplessis exerce toujours sa domination sur la soci&#233;t&#233;. Mais d&#232;s la fin des ann&#233;es 40, une partie du mouvement ouvrier se r&#233;volte contre les multinationales qui les exploitent. En 1949, les mineurs d'Asbestos et de Black Lake m&#232;nent une lutte tr&#232;s dure contre leurs employeurs. Cette gr&#232;ve attire l'attention du groupe fran&#231;ais &#171; Socialisme ou Barbarie &#187;. Les membres de &#171; Socialisme ou Barbarie &#187; sont &#224; l'origine assez proches des th&#232;ses de la gauche communiste. Ils sont en contact avec un &#171; groupe trotskiste &#187; au Qu&#233;bec, anim&#233; probablement par le syndicaliste Jean-Marie B&#233;dard. Toutefois, &#171; Socialisme ou Barbarie &#187; &#233;voluera au cours des ann&#233;es 50 vers une perspective anti-autoritaire assez proches des th&#232;ses communistes libertaires. Tout en soulignant que les revendications des travailleurs de l'amiante ne sont pas &#171; r&#233;volutionnaires &#187;, l'auteur de l'article ne manque de souligner le fait que ce sont des syndicats catholiques qui sont &#224; l'origine du conflit. Ce processus de radicalisation, qui ne fait que commencer, ira en s'accentuant au fil des ans.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;Deux membres de &#171; Socialisme ou Barbarie &#187;, Roland Eloi et Pierre Lanneret, &#233;migrent au Qu&#233;bec au d&#233;but des ann&#233;es 50. &#192; en croire des acteurs de la gauche libertaire montr&#233;alaise, Eloi et Lanneret ne semblent pas avoir eu de contacts directs avec les autres individus et groupes anti-autoritaires pr&#233;sents &#224; la m&#234;me &#233;poque. Plus que jamais, l'isolement semble &#234;tre devenu la r&#232;gle.&lt;/p&gt;
&lt;h3 class=&#034;spip&#034;&gt;Les chemins de l'exil &lt;/h3&gt;
&lt;p&gt;M&#234;me si la guerre est termin&#233;e depuis plusieurs ann&#233;es, des r&#233;fugi&#233;s continuent d'affluer d'Europe dans le port d'Halifax. Les hostilit&#233;s ont d&#233;racin&#233; des milliers de personnes qui n'ont nulle part o&#249; aller. Une organisation internationale d'aide aux r&#233;fugi&#233;s cr&#233;&#233;e par les Nations-Unies (l'IRO &#8211; &#171; International Refugee Organization &#187;) leur offre le voyage en Am&#233;rique o&#249; l'on cherche de la main d'&#339;uvre bon march&#233;. C'est dans ce contexte qu'arrive au Qu&#233;bec un groupe de militants anarcho-syndicalistes originaires d'Espagne. Membres de la &#171; Confederacion Nacional del Trabajo &#187; (CNT), ces derniers viennent pour la plupart du sud de la France, o&#249; ils ont connu les camps de concentration apr&#232;s la d&#233;faite aux mains des fascistes. Tant bien que mal, les anarcho-syndicalistes y ont reconstitu&#233; des branches de leur organisation. Ces militants r&#233;volutionnaires feront de m&#234;me &#224; leur arriv&#233;e ici.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est par train qu'on les am&#232;ne de Halifax jusqu'&#224; Qu&#233;bec, o&#249; les immigrants sont tri&#233;s, puis orient&#233;s vers des employeurs potentiels. Si certains choisissent de s'installer &#224; Qu&#233;bec (tels les trois fr&#232;res Bastida et leurs parents), la majorit&#233; se dirige &#224; Montr&#233;al. C'est le cas d'Enrique Castillo et d'Elvire Hernandez. Avec leurs deux enfants, &#226;g&#233;s de 16 et 12 ans, ils s'&#233;tablissent dans la M&#233;tropole en 1953 apr&#232;s avoir pass&#233; un an &#224; Jonqui&#232;re o&#249; Castillo s'est d'abord trouv&#233; du travail au Canadien National dans l'entretien des wagons. &#192; Montr&#233;al, Castillo participe activement &#224; la F&#233;d&#233;ration locale de la CNT qui regroupe une quarantaine de membres. Comme il a occup&#233; la fonction de secr&#233;taire d'une section de m&#233;tallos affili&#233;e &#224; la CNT pendant les ann&#233;es 30 &#224; Barcelone, puis dans un groupe &#224; Montauban (France), ses compagnons lui demandent de prendre le m&#234;me mandat ici.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les activit&#233;s de la &#171; F&#233;d&#233;ration locale &#187; pendant les ann&#233;es 50 prendront plusieurs formes. Le premier objectif du groupe est de maintenir vivante la flamme de la r&#233;volution libertaire et de garder un lien avec les activit&#233;s de la CNT en exil bas&#233;e &#224; Toulouse. Une demi-douzaine de militants s'occupent de la section locale de &#171; Solidarit&#233; internationale antifasciste &#187; (SIA). On retrouve parmi eux Francisco Rebordosa et Alfredo Monros. D'apr&#232;s les souvenirs du fils d'Enrique Castillo et d'Elvire Hernandez, Nardo Castillo, Rebordosa &#233;tait &lt;q style=&#034;font-style: italic;&#034;&gt;le prototype du militant anarchiste, transport&#233; par ses id&#233;es&lt;/q&gt;. Pendant de nombreuses ann&#233;es, on pouvait le voir &#224; des &#233;v&#233;nements publics avec sa table de litt&#233;rature. Selon Castillo, &lt;q style=&#034;font-style: italic;&#034;&gt;Rebordosa &#233;tait rest&#233; traumatis&#233; par la guerre civile, tout particuli&#232;rement le souvenir de ses camarades morts au front. Inlassablement, il r&#233;p&#233;tait : il n'y a pas de cause qui valent la mort d'un &#234;tre humain &#187;. Pour sa part, Alfredo Monros est alors consid&#233;r&#233; comme &#171; l'artiste &#187; du groupe montr&#233;alais. Ses dessins servent r&#233;guli&#232;rement &#224; illustrer les tracts et brochures publi&#233;s par les membres de la CNT. Un recueil de ses &#339;uvres sera d'ailleurs publi&#233; par la F&#233;d&#233;ration locale. On y retrouve la douleur de la mort, la d&#233;tresse de tout laisser derri&#232;re soi, la lutte infatigable contre la barbarie fasciste.&lt;/p&gt;
&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;div class='spip_document_4390 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center spip_document_avec_legende' data-legende-len=&#034;44&#034; data-legende-lenx=&#034;x&#034;
&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href='https://www.partage-noir.fr/IMG/png/sans_titre-1-17.png' class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/png&#034;&gt; &lt;img src='https://www.partage-noir.fr/local/cache-vignettes/L500xH279/sans_titre-1-17-0b037.png?1774707900' width='500' height='279' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;figcaption class='spip_doc_legende'&gt; &lt;div class='spip_doc_descriptif '&gt;&lt;small&gt;Alfred Monr&#243;s dans son atelier &#224; Montr&#233;al.&lt;/small&gt;
&lt;/div&gt; &lt;/figcaption&gt;&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;
&lt;p&gt;Le c&#339;ur du travail accompli par les membres de la CNT &#224; Montr&#233;al sera de structurer au Qu&#233;bec l'opposition &#224; Franco. C'est ainsi qu'en 1955 est cr&#233;&#233;e la Liga Democratica Espagnola, qui regroupe des militants de diff&#233;rentes tendances politiques antifranquistes. L'organisation compte environ 80 membres, dont une majorit&#233; d'anarchistes. La &#171; Ligue &#187; publie &#224; partir de 1959 un journal mensuel, &lt;i&gt;Umbral&lt;/i&gt;, qui est &#233;dit&#233; au domicile d'Enrique Castillo. Ses membres fr&#233;quentent assid&#251;ment le Centre espagnol sur la rue Peel, un local ouvert par un militant de l'UGT&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb1&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Union General de Trabajadores, un syndicat d'inspiration socialiste.&#034; id=&#034;nh1&#034;&gt;1&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;, Adolpho Iglesias : &lt;q style=&#034;font-style: italic;&#034;&gt;cet homme &#233;tonnant, &#224; la bonhommie naturelle, &#233;tait un d&#233;mocrate dans l'&#226;me. Il aidait les gens qui sautaient des navires marchands pour fuir leur pays. Ces r&#233;fugi&#233;s aboutissaient au Centre espagnol, qui servait souvent de point de chute&lt;/q&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Entrevue r&#233;alis&#233;e par l'auteur avec Nardo Castillo.&#034; id=&#034;nh2&#034;&gt;2&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;. Plusieurs actions sont organis&#233;es au fil des ans contre les man&#339;uvres du consul espagnol &#224; Montr&#233;al afin de r&#233;habiliter le r&#233;gime. C'est ainsi que les membres de la &#171; Ligue &#187; d&#233;barquent &#224; l'Universit&#233; de Montr&#233;al pour y d&#233;noncer une soir&#233;e de th&#233;&#226;tre organis&#233; par les &#171; factieux &#187;. Comble d'ironie, on y pr&#233;sente une &#339;uvre de Federico Garcia Lorca, un dramaturge espagnol assassin&#233; par les troupes de Franco en 1936... Les anarchistes produisent un tract r&#233;tablissant les faits historiques qu'ils remettent aux spectateurs pr&#233;sents. L'action se termine par l'intervention de la police.&lt;/p&gt;
&lt;h3 class=&#034;spip&#034;&gt;Un choc culturel et politique&lt;/h3&gt;
&lt;p&gt;D&#232;s leur arriv&#233;e au Qu&#233;bec, &lt;q style=&#034;font-style: italic;&#034;&gt;les militants anarchistes sont frapp&#233;s par l'omnipr&#233;sence de l'&#201;glise, elle qui avait &#233;t&#233; l'ennemie num&#233;ro 1 en Espagne&lt;/q&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb3&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Ibid&#034; id=&#034;nh3&#034;&gt;3&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;. Celles et ceux qui ont des enfants doivent les envoyer &#224; l'&#233;cole catholique, m&#234;me s'ils sont ath&#233;es. Apr&#232;s avoir connu les affres de la guerre et des camps en France, plusieurs sont soulag&#233;s de voir une certaine r&#233;gularisation de leur statut. Si les papiers ne posent plus probl&#232;me, la survie reste toujours une pr&#233;occupation centrale. Comme la majorit&#233; des immigrants, les anarchistes espagnols d&#233;barquent avec &#224; peine quelques dizaines de dollars en poche. Certains vont travailler sur la construction, dans l'industrie lourde, dans les manufactures. D'autres vont devenir b&#251;cherons, serveurs ou boulangers. Des m&#233;tiers difficiles o&#249; les militants anarcho-syndicalistes se frottent pour la premi&#232;re fois au syndicalisme nord-am&#233;ricain. Et c'est le choc ! &lt;q style=&#034;font-style: italic;&#034;&gt;Ils venaient d'une &#233;cole o&#249; l'on d&#233;fendait le syndicalisme les armes &#224; la main&lt;/q&gt;, pr&#233;cise Nardo Castillo. Ici, &#224; cause de la formule du &#171; closed shop &#187;, on leur impose une affiliation syndicale qu'ils n'ont pas choisi. Le mouvement ouvrier pratique alors un syndicalisme &#171; d'accommodement &#187; avec les patrons, &#224; mille lieux de ce que les libertaires ont connu en Europe. Plusieurs lutteront avec acharnement contre le dirigisme de la bureaucratie syndicale.&lt;/p&gt;
&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;div class='spip_document_4388 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_left spip_document_left spip_document_avec_legende' data-legende-len=&#034;48&#034; data-legende-lenx=&#034;x&#034;
&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href='https://www.partage-noir.fr/IMG/jpg/certificat_d_identitei_et_de_voyage_d_ana_delso_et_sa_fille_vida_ei_mise_par_l_etat_francipais.jpg' class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/jpeg&#034;&gt; &lt;img src='https://www.partage-noir.fr/local/cache-vignettes/L150xH207/certificat_d_identitei_et_de_voyage_d_ana_delso_et_sa_fille_vida_ei_mise_par_l_etat_francipais-4d212-8381c.jpg?1774707442' width='150' height='207' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;figcaption class='spip_doc_legende'&gt; &lt;div class='spip_doc_descriptif '&gt;&lt;small&gt;Certificat d'identit&#233; et de voyage d'Ana Delso&lt;/small&gt;
&lt;/div&gt; &lt;/figcaption&gt;&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;
&lt;p&gt;C'est notamment le cas d'Ana Delso. Ana a quinze ans lorsque &#233;clate la r&#233;volution en 1936. &#192; Madrid, elle rejoint un regroupement de femmes libertaires, les &#171; Mujeres Libres &#187; qui fait un travail de terrain dans les quartiers populaires tout en menant une lutte contre l'oppression patriarcale : &lt;q style=&#034;font-style: italic;&#034;&gt;elles ont dit : la cause des femmes, c'est tout de suite ou jamais. Nous avons pris la place qui nous revenait de droit. Moi, j'avais 16 ans et j'&#233;tais secr&#233;taire de la F&#233;d&#233;ration des femmes libres. Je savais &#224; peine &#233;crire et je r&#233;digeais d&#233;j&#224; des articles sur les femmes libres, les femmes libertaires. Je donnais en exemple les grandes r&#233;volutionnaires russes, comme Emma Goldman&lt;/q&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb4&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Sroka, Ghila Benesty, &#171; Conversation avec Ana Delso &#187; in La Parole M&#233;t&#232;que, (&#8230;)&#034; id=&#034;nh4&#034;&gt;4&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;. Apr&#232;s la d&#233;faite du camp r&#233;volutionnaire, elle quitte l'Espagne pour la France o&#249; elle passe pr&#232;s de douze ans dans la clandestinit&#233; et la pr&#233;carit&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Arriv&#233;e &#224; Montr&#233;al en 1951, elle se trouve du boulot dans l'industrie du v&#234;tement o&#249; elle travaille pendant 26 ans. Avant d'arriver &#224; Montr&#233;al, elle ne conna&#238;t rien du Qu&#233;bec : &lt;q style=&#034;font-style: italic;&#034;&gt;j'ignorais jusqu'&#224; l'existence d'un pays ou d'une ville de ce nom. Ma famille et moi sommes venues ici parce que nous parlions fran&#231;ais (...) nous n'avions rien, la situation des immigr&#233;s &#233;tait difficile. Nous avons donc fait comme les marins, nous sommes partis au gr&#233; du vent. (...) Je venais ici pour survivre et gagner ma vie. Je n'y suis venue avec aucun espoir r&#233;volutionnaire. Je voulais vivre en attendant que le fascisme espagnol s'effondre&lt;/q&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb5&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Ibid&#034; id=&#034;nh5&#034;&gt;5&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;. Le syndicalisme qu'elle trouve ici est aux antipodes de celui qu'elle a connu en Espagne. Ana est horrifi&#233;e par ce qu'elle d&#233;couvre. La corruption des dirigeants, les d&#233;tournements de fonds, la connivence avec les patrons et le r&#233;gime Duplessis font partie int&#233;grante du syst&#232;me : &lt;q style=&#034;font-style: italic;&#034;&gt;j'ai eu des bagarres terribles avec le syndicat dont j'&#233;tais membre, l'Union internationale des ouvriers du v&#234;tement pour dames (UIOVD). (...) Je les d&#233;rangeais tellement que je me suis retrouv&#233;e sur la liste noire&lt;/q&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb6&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Ibid&#034; id=&#034;nh6&#034;&gt;6&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;h3 class=&#034;spip&#034;&gt;La fin d'une &#233;poque&lt;/h3&gt;
&lt;p&gt;Si Anna Delso poursuit au Qu&#233;bec un engagement social et politique (notamment au sein du mouvement f&#233;ministe, puis du mouvement anarchiste pendant les ann&#233;es 70 et 80), la plupart des membres de la F&#233;d&#233;ration locale de la CNT resteront en retrait des d&#233;bats qui traversent la soci&#233;t&#233; qu&#233;b&#233;coise. Les libertaires espagnols se retrouvent face &#224; un contexte social qui se situe &#224; des ann&#233;es lumi&#232;res de la r&#233;volution qu'ils/elles ont v&#233;cu. Qui plus est, la mouvance anarchiste peine &#224; s'y d&#233;velopper.&lt;/p&gt;
&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;div class='spip_document_4389 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_right spip_document_right spip_document_avec_legende' data-legende-len=&#034;17&#034; data-legende-lenx=&#034;&#034;
&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='https://www.partage-noir.fr/local/cache-vignettes/L150xH220/claude-gauvreau_copie-28aa3-9ae97.jpg?1774707442' width='150' height='220' alt='' /&gt;
&lt;figcaption class='spip_doc_legende'&gt; &lt;div class='spip_doc_descriptif '&gt;&lt;small&gt;Claude Gauvreau &lt;/small&gt;
&lt;/div&gt; &lt;/figcaption&gt;&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;
&lt;p&gt;Ce qui reste du groupe automatiste continue n&#233;anmoins sur la voie trac&#233;e par le Refus global&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb7&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Au sujet des liens entre le groupe automatiste et l'anarchisme, voir le (&#8230;)&#034; id=&#034;nh7&#034;&gt;7&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;. Peu &#224; peu, Paul-&#201;mile Borduas tourne le dos &#224; l'engagement public. C'est le po&#232;te et dramaturge Claude Gauvreau qui prend l'initiative de rassembler ceux et celles d&#233;sirant poursuivre la lutte. Au d&#233;but des ann&#233;es 50, plusieurs actions d'&#233;clat sont organis&#233;es par ces &#171; rebelles &#187;, lesquelles visent directement le conservatisme des institutions artistiques et sa fermeture &#224; l'art vivant. Leur &#171; campagne d'assainissement contre l'arrivisme bourgeois &#187; est particuli&#232;rement virulente. Malgr&#233; quelques succ&#232;s, le groupe va s'&#233;tioler au cours des ann&#233;es qui suivent. En 1952, une signataire du Refus Global, l'actrice Muriel Guilbault, se suicide. L'ann&#233;e suivante, Borduas et Ferron quittent le Qu&#233;bec. Reste Claude Gauvreau qui, plus que jamais, continue d'&#233;crire et de maintenir avec flamboyance un esprit libertaire hors limite. Autour de lui se greffent bient&#244;t plusieurs jeunes auteurs, comme la po&#232;tesse Janou Saint-Denis. D'apr&#232;s elle, l'influence de Gauvreau et de ses amis sur le projet anarchiste au Qu&#233;bec &lt;q style=&#034;font-style: italic;&#034;&gt;s'est concr&#233;tis&#233; dans une culture de vie, de politique et de production artistique dont les traces &lt;span style=&#034;font-style:normal;&#034;&gt;[seront]&lt;/span&gt; visibles dans l'ensemble du mouvement de contestation des deux d&#233;cennies &lt;span style=&#034;font-style:normal;&#034;&gt;[suivantes]&lt;/span&gt;&lt;/q&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb8&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Anonyme, Le pouvoir de vibrer &#224; l'innatendu (sic) in La Nuit, 26 janvier 1981.&#034; id=&#034;nh8&#034;&gt;8&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les anarchistes espagnols ont-ils crois&#233; les peintres et po&#232;tes issus de la mouvance automatiste au cours des ann&#233;es 50 ? Si tel fut le cas, ce ne peut &#234;tre qu'&#224; l'&#201;chouerie. Ce caf&#233; est alors fr&#233;quent&#233; par les membres de la F&#233;d&#233;ration locale de la CNT de m&#234;me que par le milieu contre-culturel montr&#233;alais, comme du reste quelques autres &#233;tablissements du centre-ville, dont &#171; la Hutte suisse &#187;. L'anarchiste Alex Primeau est du nombre des habitu&#233;s. Il fait partie d'un petit cercle de libertaires francophones qui s'activent tant bien que mal &#224; Montr&#233;al. Malgr&#233; le l'&#233;pais brouillard id&#233;ologique qui enveloppe la soci&#233;t&#233; canadienne-fran&#231;aise, quelques-uns continuent de propager leurs id&#233;es. L'un d'eux, Joseph Larivi&#232;re, est anim&#233; d'une passion incroyable pour d&#233;noncer le cl&#233;ricalisme. Il est en lien avec un groupe new-yorkais qui publie la revue &lt;i&gt;Freethinker &lt;/i&gt; de m&#234;me qu'avec &#201;mile Armand, l'&#233;diteur du bulletin anarchiste &lt;i&gt;l'En Dehors&lt;/i&gt; auquel Larivi&#232;re s'abonne en 1954. Nardo Castillo, qui a milit&#233; &#224; ses c&#244;t&#233;s, en garde un bon souvenir : &lt;q style=&#034;font-style: italic;&#034;&gt;Il s'installait avec une table de revues et de publications qu'il faisait venir de France et les distribuait pour deux fois rien. Tout son salaire y passait : sa cave &#233;tait pleine de propagande, un vrai caphar-na&#252;m ! C'&#233;tait un homme discret, d'une conduite exemplaire, dont la principale satisfaction &#233;tait de pouvoir semer la merde&lt;/q&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Castillo rencontre &#233;galement Paul Faure, le libraire anarchiste et correspondant d'&#201;mile Armand. Faure lui vend une copie de &lt;i&gt;l'Encyclop&#233;die anarchiste&lt;/i&gt;. &lt;q style=&#034;font-style: italic;&#034;&gt;J'&#233;tais alors tr&#232;s jeune, &lt;span style=&#034;font-style:normal;&#034;&gt;se rappelle Nardo.&lt;/span&gt; Je me souviens encore de son regard, qui fixait les choses ou les gens, soit pour les radiographier ou les comprendre intens&#233;ment. Il faut voir Faure comme un exemple : il a conserv&#233; un discours et une attitude en accord avec ses convictions jusqu'&#224; la fin de ses jours&lt;/q&gt;. M&#234;me &#224; un &#226;ge avanc&#233;, Faure continue de diffuser quelques publications anarchistes de langue fran&#231;aise. Toutefois, son moral est au plus bas. Dans une lettre adress&#233;e &#224; Emile Armand, il se confie : &lt;q style=&#034;font-style: italic;&#034;&gt;ici, apr&#232;s plus de trente ans de propagande, je reconnais que le r&#233;sultat n'est point seulement n&#233;gatif, mais qu'il y a r&#233;gression dans l'entendement et le raisonnement des gens. Aujourd'hui, c'est le n&#233;ant, la mort des id&#233;es&lt;/q&gt;. On perd sa trace en 1956. La disparition de Paul Faure marque la fin d'une &#233;poque pour le milieu libertaire francophone.&lt;/p&gt;
&lt;h3 class=&#034;spip&#034;&gt;Un autre groupe arrive &#224; Montr&#233;al&lt;/h3&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;div class='spip_document_4384 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center spip_document_avec_legende' data-legende-len=&#034;124&#034; data-legende-lenx=&#034;xx&#034;
&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href='https://www.partage-noir.fr/IMG/jpg/sans_titre-8-3.jpg' class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/jpeg&#034;&gt; &lt;img src='https://www.partage-noir.fr/local/cache-vignettes/L500xH371/sans_titre-8-3-345b8.jpg?1774707900' width='500' height='371' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;figcaption class='spip_doc_legende'&gt; &lt;div class='spip_doc_descriptif '&gt;&lt;small&gt;Eva Schwartz avec d'autres libertaires qu&#233;b&#233;cois, dont le photographe anarcho-syndicaliste Alex Primeau (premier &#224; gauche)&lt;/small&gt;
&lt;/div&gt; &lt;/figcaption&gt;&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;
&lt;p&gt;Si Alex Primeau suit pendant quelques ann&#233;es la trajectoire des automatistes, il tisse &#233;galement des liens d'amiti&#233; avec un groupe d'anarchistes d'origine juive arriv&#233; d'Europe &#224; la m&#234;me p&#233;riode que les militants de la CNT. Rescap&#233;s des camps d'extermination nazis, ces militants sont originaires des pays d'Europe de l'Est. Certaines, comme Eva Schwartz, ont combattu en Russie pour d&#233;fendre le pouvoir des soviets contre les &#171; rouges &#187; et les &#171; blancs &#187;. D'autres, tel M. Freud, se sont impliqu&#233;s dans les mouvements pacifistes radicaux. Malheureusement, nous savons tr&#232;s peu de choses de leurs activit&#233;s pendant les ann&#233;es 50. Ils ne sont pas les seuls militants anti-autoritaires &#224; d&#233;barquer &#224; Montr&#233;al. Des centaines d'ex-membres du Bund (un groupe socialiste juif anti-sioniste) se joignent ainsi &#224; l'Arbeiter Ring entre 1949 et 1951&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb9&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Rubinstein, M (1957), A Review of the Past 25 years, Arbeiter Ring, (&#8230;)&#034; id=&#034;nh9&#034;&gt;9&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;. L'afflux de ces r&#233;fugi&#233;s permet de donner un second souffle &#224; l'organisation ouvri&#232;re juive pendant pr&#232;s d'une d&#233;cennie.&lt;/p&gt;
&lt;h3 class=&#034;spip&#034;&gt;En conclusion&lt;/h3&gt;
&lt;p&gt;Les ann&#233;es 50 marquent un tournant dans l'histoire des id&#233;es anarchistes au Qu&#233;bec. La g&#233;n&#233;ration de militants d'avant-guerre tire sa r&#233;v&#233;rence. Celle qui est apparue apr&#232;s 1945 autour du groupe automatiste peine &#224; s'organiser politiquement. Sa remise en cause de la soci&#233;t&#233; ne passe pas par une implication au sein du mouvement ouvrier ou populaire. Pendant que certains acc&#232;dent &#224; une carri&#232;re internationale, d'autres s'enfoncent dans &#171; l'underground &#187;. Les anarchistes espagnols resteront &#224; l'&#233;cart des tribulations de ce milieu. Mais contrairement aux libertaires juifs arriv&#233;s au d&#233;but du si&#232;cle, ils n'auront pas d'impact significatif sur le mouvement ouvrier, sans doute &#224; cause de leur nombre beaucoup plus restreint. Il faudra attendre pr&#232;s de 10 ans avant que ne r&#233;apparaisse de nouvelles publications d'inspiration libertaires au Qu&#233;bec, port&#233;e par une nouvelle vague d&#233;ferlante, celle de 1968.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;hr /&gt;
		&lt;div class='rss_notes'&gt;&lt;div id=&#034;nb1&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh1&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 1&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;1&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;Union General de Trabajadores, un syndicat d'inspiration socialiste.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;2&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;Entrevue r&#233;alis&#233;e par l'auteur avec Nardo Castillo.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb3&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh3&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 3&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;3&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;Ibid&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb4&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh4&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 4&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;4&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;Sroka, Ghila Benesty, &#171; Conversation avec Ana Delso &#187; in &lt;i&gt;La Parole M&#233;t&#232;que&lt;/i&gt;, num&#233;ro 12 (Hiver 1990), p. 6-7. Pour en savoir plus sur cette p&#233;riode de sa vie, consultez l'autobiographie d'Ana Delso &lt;i&gt;Cent hommes et moi : estampes d'une r&#233;volution&lt;/i&gt;, publi&#233;e aux &#201;ditions de la Pleine Lune.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb5&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh5&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 5&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;5&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;Ibid&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb6&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh6&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 6&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;6&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;Ibid&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb7&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh7&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 7&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;7&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;Au sujet des liens entre le groupe automatiste et l'anarchisme, voir le cinqui&#232;me num&#233;ro de &lt;i&gt;Ruptures &lt;/i&gt; (printemps 2005).&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb8&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh8&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 8&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;8&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;Anonyme, Le pouvoir de vibrer &#224; l'innatendu (sic) in La Nuit, 26 janvier 1981.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb9&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh9&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 9&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;9&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;Rubinstein, M (1957),&lt;i&gt; A Review of the Past 25 years, Arbeiter Ring&lt;/i&gt;, Montr&#233;al, p. 7. &#192; propos du Bund et de l'Arbeiter Ring &#224; Montr&#233;al, voir le deuxi&#232;me, troisi&#232;me et quatri&#232;me num&#233;ro de &lt;i&gt;Ruptures&lt;/i&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		
		</content:encoded>


		
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		<title>Sur les traces de l'anarchisme au Qu&#233;bec - 5. Les ann&#233;es 40</title>
		<link>https://www.partage-noir.fr/sur-les-traces-de-l-anarchisme-au-quebec-5-les-annees-40</link>
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		<dc:date>2023-11-13T23:16:00Z</dc:date>
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		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Michel Nestor </dc:creator>


		<dc:subject>Qu&#233;bec</dc:subject>

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&lt;p&gt;Comme ce fut le cas un peu partout &#224; travers le monde, la deuxi&#232;me guerre mondiale a consid&#233;rablement ralenti le d&#233;veloppement des id&#233;es anarchistes au Qu&#233;bec. Les liens entre l'Europe et l'Am&#233;rique du Nord sont pratiquement coup&#233;s pendant toute la dur&#233;e du conflit. Au Qu&#233;bec, on assiste &#224; un retour au conservatisme. Apr&#232;s avoir perdu le pouvoir en 1939, l'Union Nationale remporte la victoire aux &#233;lections de 1944. Le chef du parti, Maurice Duplessis, dirige les destin&#233;es de la province (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://www.partage-noir.fr/-ruptures-no5-printemps-2005-" rel="directory"&gt;Ruptures n&#176;5 - Printemps 2005&lt;/a&gt;

/ 
&lt;a href="https://www.partage-noir.fr/+-quebec-+" rel="tag"&gt;Qu&#233;bec&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;img src='https://www.partage-noir.fr/local/cache-vignettes/L150xH86/sans_titre-1-7-e95b8.jpg?1774724508' class='spip_logo spip_logo_right' width='150' height='86' alt=&#034;&#034; /&gt;
		&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;Comme ce fut le cas un peu partout &#224; travers le monde, la deuxi&#232;me guerre mondiale a consid&#233;rablement ralenti le d&#233;veloppement des id&#233;es anarchistes au Qu&#233;bec. Les liens entre l'Europe et l'Am&#233;rique du Nord sont pratiquement coup&#233;s pendant toute la dur&#233;e du conflit. Au Qu&#233;bec, on assiste &#224; un retour au conservatisme. Apr&#232;s avoir perdu le pouvoir en 1939, l'Union Nationale remporte la victoire aux &#233;lections de 1944. Le chef du parti, Maurice Duplessis, dirige les destin&#233;es de la province jusqu'en 1959, l'ann&#233;e de sa mort. Sous son &#171; r&#232;gne &#187;, les libert&#233;s fondamentales sont constamment viol&#233;es, avec la b&#233;n&#233;diction du clerg&#233; catholique, sous fond de maccarthysme. Dans une lettre &#224; l'anarchiste fran&#231;ais &#201;mile Armand, Paul Faure d&#233;crit en ces termes le climat politique auquel les &#171; r&#233;fractaires &#187; (libertaires compris) font face pendant la &#171; Grande Noirceur &#187; : &lt;q style=&#034;font-style: italic;&#034;&gt;Depuis plus de 40 ans que je suis dans ce pays, je constate que le mouvement des id&#233;es n'a jamais &#233;t&#233; aussi bas. Mais par contre, la r&#233;action ne s'est jamais manifest&#233;e avec autant de vigueur (...), la chasse aux &lt;q style=&#034;font-style: italic;&#034;&gt;rouges&lt;/q&gt; va se d&#233;cha&#238;ner en hyst&#233;rie. La situation &lt;span style=&#034;font-style:normal;&#034;&gt;[est]&lt;/span&gt; tragique&lt;/q&gt;. Malgr&#233; ce climat r&#233;pressif, l'apr&#232;s-guerre sera marqu&#233;e par le d&#233;veloppement d'un groupe fortement inspir&#233; par les id&#233;es libertaires : les automatistes. R&#233;unis autour du peintre Paul-&#201;mile Borduas, une quinzaine de jeunes artistes n'h&#233;siteront pas &#224; confronter le lourd climat cl&#233;rical et fascisant qui marque cette p&#233;riode plut&#244;t &#171; sombre &#187; de l'histoire qu&#233;b&#233;coise.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;h3 class=&#034;spip&#034;&gt;Automatisme : gen&#232;se et d&#233;veloppement&lt;/h3&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;div class='spip_document_4375 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_left spip_document_left spip_document_avec_legende' data-legende-len=&#034;20&#034; data-legende-lenx=&#034;&#034;
&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href='https://www.partage-noir.fr/IMG/jpg/paul_borduas_copie.jpg' class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/jpeg&#034;&gt; &lt;img src='https://www.partage-noir.fr/local/cache-vignettes/L150xH157/paul_borduas_copie-f3bf7-25024.jpg?1774733005' width='150' height='157' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;figcaption class='spip_doc_legende'&gt; &lt;div class='spip_doc_descriptif '&gt;&lt;small&gt;Paul-&#201;mile Borduas &lt;/small&gt;
&lt;/div&gt; &lt;/figcaption&gt;&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;
&lt;p&gt;Si le mouvement automatiste prend v&#233;ritablement son essor &#224; partir de 1947, il faut remonter quelques ann&#233;es plus t&#244;t pour en trouver la gen&#232;se. Paul-&#201;mile Borduas est alors professeur &#224; l'&#201;cole du meuble, une institution d'enseignement publique charg&#233;e de former les artisans. Il y d&#233;veloppe une p&#233;dagogie audacieuse, qui vise ni plus, ni moins &#224; saper les fondements du conservatisme largement r&#233;pandu dans les milieux institutionnels et artistiques qu&#233;b&#233;cois. C'est &#224; l'occasion d'une exposition &#224; Montr&#233;al qu'il rencontre un jeune &#233;tudiant de l'&#201;cole des Beaux-Arts plein de talent, Pierre Gauvreau. Gauvreau lui pr&#233;sente rapidement plusieurs de ses amis qui remettent en cause l'enseignement transmis par l'&#201;cole des Beaux-Arts : Fernand Leduc, Fran&#231;oise Sullivan et les s&#339;urs Renaud. Dans les mois qui suivent, Borduas fait la connaissance du fr&#232;re de Pierre, Claude Gauvreau, &#224; l'occasion d'une exposition de toiles &#171; surr&#233;alistes &#187; &#224; Montr&#233;al. Cette m&#234;me ann&#233;e, Borduas suit les travaux de Marcel Barbeau et de Jean-Paul Riopelle, tous deux &#233;tudiants &#224; l'&#201;cole du Meuble. D&#232;s la fin de l'ann&#233;e 1942, un groupe commence &#224; prendre forme autour de Borduas et fr&#233;quente assid&#251;ment son atelier. Ils seront peu &#224; peu rejoints par Magdeleine Arbour, Marcel Barbeau, Bruno Cormier, Muriel Guilbault, Marcelle Ferron, Maurice Perron, Jean-Paul Mousseau et Fran&#231;oise Riopelle. Des femmes, des hommes, pour la plupart assez jeunes. Des rebelles qui vont bient&#244;t faire parler d'eux.&lt;/p&gt;
&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;div class='spip_document_4376 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center spip_document_avec_legende' data-legende-len=&#034;198&#034; data-legende-lenx=&#034;xxx&#034;
&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href='https://www.partage-noir.fr/IMG/jpg/sans_titre-1-21.jpg' class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/jpeg&#034;&gt; &lt;img src='https://www.partage-noir.fr/local/cache-vignettes/L500xH285/sans_titre-1-21-14491.jpg?1774733005' width='500' height='285' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;figcaption class='spip_doc_legende'&gt; &lt;div class='spip_doc_descriptif '&gt;&lt;small&gt;Exposition des Automatistes, 1947 Claude Gauvreau, Julienne Gauvreau, Pierre Gauvreau, Marcel Barbeau, Madeleine Arbour, Paul-&#201;mile Borduas, Madeleine Lalonde, Bruno Cormier et Jean-Paul Mousseau.&lt;/small&gt;
&lt;/div&gt; &lt;/figcaption&gt;&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;
&lt;p&gt;Le groupe en devenir est largement influenc&#233; par les th&#232;ses surr&#233;alistes, tout particuli&#232;rement celles d'Andr&#233; Breton. Quel est cet esprit ? &lt;q style=&#034;font-style: italic;&#034;&gt;le surr&#233;alisme n'accepte l'&#339;uvre d'art qu'en autant qu'elle serve l'entreprise surr&#233;aliste de d&#233;nigrement du monde bourgeois, de d&#233;nonciation de ses valeurs (travail, famille, patrie) et de brouillage de ses cat&#233;gories (haut/bas, raison/sentiment, bien/mal...)&lt;/q&gt;. Les automatistes combattent aussi &#171; l'acad&#233;misme &#187;, c'est-&#224;-dire les formes d'expression artistique fig&#233;es qui se butent &#224; reproduire le plus fid&#232;lement possible la r&#233;alit&#233; ext&#233;rieure ou des recettes artistiques toutes faites, qui ne laissent place &#224; aucune cr&#233;ativit&#233; ou spontan&#233;it&#233;. L 'automatisme &#171; surrationnel &#187; proc&#232;de au contraire &#224; l'exploration du sensible, du senti, des d&#233;sirs, de l'imaginaire. Pour les automatistes, &lt;q style=&#034;font-style: italic;&#034;&gt;les mat&#233;riaux de l'acte cr&#233;ateur sont fournis exclusivement par le libre jeu de l'inconscient, mais il a lieu dans un &#233;tat particulier d'&#233;motion, d'inspiration pourrait-on dire et dans certains cas &#224; mesure que l'&#339;uvre d'art se compose l'autocritique suit le geste intuitif, inconscient, qui fournit la mati&#232;re &#224; l'&#339;uvre et juge cette mati&#232;re au fur et &#224; mesure qu'elle appara&#238;t. L'autocritique ne pr&#233;c&#232;de pas le geste, mais le suit&lt;/q&gt; (Gauvreau, p. 126). Loin de simplement imiter les th&#232;ses surr&#233;alistes ou de se limiter &#224; contresigner leurs d&#233;clarations, les automatistes d&#233;finiront eux-m&#234;mes les contours de leur engagement social, politique et culturel, en prise directe avec la soci&#233;t&#233; qu&#233;b&#233;coise. N&#233;anmoins, les d&#233;bats qui ont lieu en Europe auront un impact sur les d&#233;cisions prises ici.&lt;/p&gt;
&lt;h3 class=&#034;spip&#034;&gt;Du politique&lt;/h3&gt;
&lt;p&gt;Tout comme les surr&#233;alistes fran&#231;ais, le groupe automatiste d&#233;veloppe des liens avec diff&#233;rents courants politiques r&#233;volutionnaires. Leur soif de se lib&#233;rer du carcan qui leur est impos&#233; pousse le groupe &#224; chercher des &#171; alli&#233;s &#187; dans la soci&#233;t&#233; qu&#233;b&#233;coise. Un premier rapprochement s'effectue avec certains membres du Parti communiste (qui porte alors le nom de Parti ouvrier progressiste) : &lt;q style=&#034;font-style: italic;&#034;&gt;Nous avons des r&#233;unions r&#233;guli&#232;res avec les chefs d'un parti ouvrier (dont Pierre G&#233;linas autrefois du Jour). S&#233;ances de films chez Borduas, collaboration au journal du parti, revue en perspective en f&#233;vrier, exposition, location d'un local pour centre de la culture, etc. Mais il nous manque du temps pour peindre&lt;/q&gt; &#233;crit Fernand Leduc (Gagnon, p. 298). Les films en question sont tourn&#233;s en Union Sovi&#233;tique (et donc compl&#232;tement interdit en salle au Qu&#233;bec). Alors que quelques membres du groupe souhaitent approfondir les liens avec le Parti communiste, d'autres sont plus r&#233;ticents. C'est notamment le cas de Paul-&#201;mile Borduas :&lt;/p&gt;
&lt;blockquote class=&#034;spip&#034;&gt;
&lt;p&gt;Dans des notes personnelles prises en vue d'une entrevue au journal communiste qu&#233;b&#233;cois &lt;i&gt;Combat&lt;/i&gt;, Borduas s'exprime en ces termes : &lt;q style=&#034;font-style: italic;&#034;&gt;le marxisme nous a donn&#233; une explication rationnelle des mouvements de l'histoire&lt;/q&gt;. Il rejette la conception chr&#233;tienne d'une &#226;me immortelle, pouvant vivre &lt;q style=&#034;font-style: italic;&#034;&gt;sans corps&lt;/q&gt;. Mais il ajoute du m&#234;me souffle &lt;q style=&#034;font-style: italic;&#034;&gt;l'erreur des marxistes est qu'en supprimant l'&#226;me, ils oubli&#232;rent aussi, dans l'enthousiasme, l'importance passionnelle &lt;span style=&#034;font-style:normal;&#034;&gt;[entendez l'importance de la passion]&lt;/span&gt;. L'homme sans corps (mati&#232;re immat&#233;rielle) est inconcevable. La vie sans passion est inconcevable&lt;/q&gt;.(Gagnon, p. 305). &lt;br class='autobr' /&gt;
D'apr&#232;s Borduas, &lt;q style=&#034;font-style: italic;&#034;&gt;la lutte des classes, qui doit de toute n&#233;cessit&#233; tenir compte des conditions &#233;conomiques pour les transformer, est inconcevable sans la passion d'une plus grande libert&#233;, sans la possibilit&#233; d'un espoir d'am&#233;lioration pour la classe opprim&#233;e.&lt;/q&gt; (Borduas, p.263)&lt;/p&gt;
&lt;/blockquote&gt;
&lt;p&gt;Claude Gauvreau rapporte &#233;galement cette anecdote : &lt;q style=&#034;font-style: italic;&#034;&gt;Au cours d'une des r&#233;unions &#224; caract&#232;re social, je me rappelle clairement d'une intervention de Borduas aupr&#232;s d'un communiste tout ce qu'il y a de plus orthodoxe : &lt;q style=&#034;font-style: italic;&#034;&gt;Peut-&#234;tre ne vous rendez-vous pas compte que vous &#234;tes trop &#224; droite pour nous ?&lt;/q&gt;&lt;/q&gt; (Gauvreau, p.52)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#192; la m&#234;me p&#233;riode, Jean-Paul Riopelle se rend en France. Il arrive au beau milieu d'une controverse qui d&#233;chire le mouvement surr&#233;aliste. Deux tendances s'affrontent, l'une soutenant le Parti communiste, l'autre s'en d&#233;tachant &#224; partir d'une critique r&#233;volutionnaire. Fernand Leduc participe &#224; Paris &#224; quelques rencontres d'un groupe &#171; surr&#233;aliste r&#233;volutionnaire &#187; pro-PCF s'opposant &#224; Breton. Leduc se m&#233;fie des vis&#233;es orthodoxes et conformistes de ce nouveau groupe. Apr&#232;s deux rencontres, il d&#233;cide de ne plus participer au groupe en question.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;De l'autre c&#244;t&#233; du spectre surr&#233;aliste, on retrouve le groupe Cause, anti-PCF et pro-Breton. C'est &#224; ce collectif qu'on doit le manifeste &#171; Rupture inaugurale &#187;, auquel Riopelle participe &#224; la pr&#233;paration avant de le signer. &lt;q style=&#034;font-style: italic;&#034;&gt;Rupture inaugurale consacre la rupture des relations entre le Parti communiste et les surr&#233;alistes.&lt;/q&gt; (Gagnon, p. 358). C'est un ami de Riopelle, Henri Pastoureau, qui en est l'auteur. En voici un extrait :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;q&gt;Nous r&#233;p&#233;tons ici que le Parti Communiste, en adoptant &#8211; pour les besoins mal con&#231;us d'une lutte qu'il n'est plus d&#233;sormais qualifi&#233; pour mener &#224; bon terme &#8211; les m&#233;thodes et les armes de la bourgeoisie, commet une erreur fatale et non rachetable, erreur qui non seulement compromet chaque jour davantage les conqu&#234;tes de la classe ouvri&#232;re et diff&#232;re ind&#233;finiment l'heure de la victoire d&#233;cisive, mais fait &#233;clater encore la complicit&#233; flagrante de ce Parti communiste avec ceux qu'il appelait, hier, ses ennemis de classe. Des proc&#232;s de Moscou jusqu'au sabotage, en Espagne, de la guerre civile au profit de la bourgeoisie d'abord, du fascisme ensuite, la filiation est logique que prolongent les d&#233;veloppements plus r&#233;cents de la politique communiste (Gagnon, p. 359)&lt;/q&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Andr&#233; Breton apporte sa caution &#224; ce r&#233;quisitoire anti-stalinien : &lt;q style=&#034;font-style: italic;&#034;&gt;Dans Rupture Inaugurale, mes amis et moi avons refus&#233; de nous laisser enserrer dans le faux dilemme de l'inefficacit&#233; ou de la compromission. Plus que jamais je crois &#224; la n&#233;cessit&#233; de la transformation du monde dans le sens du rationnel (ou plus exactement du surrationnel) et du juste. Qu'un parti politique pr&#233;tende monopoliser l'entreprise de cette transformation, ce n'est pas pour cela que j'accepterai de m'ins&#233;rer dans son ordre id&#233;ologique qui se d&#233;sagr&#232;ge et d'en passer par ses moyens qui me r&#233;pugnent. Je veux continuer &#224; voir l'avenir de l'homme en clair et non dans la gigantesque ombre port&#233;e par cette casquette de bagne&lt;/q&gt; (cit&#233; par Gagnon, p. 362).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce manifeste a une influence importante sur les automatistes, tant et si bien que certains pensent &#224; le signer purement et simplement pour marquer la fin du rapprochement avec les communistes qu&#233;b&#233;cois. Riopelle, qui a contresign&#233; &#171; Rupture inaugurale &#187;, entre dans une pol&#233;mique acerbe avec Pierre G&#233;linas, intellectuel attitr&#233; du Parti communiste. Dans une lettre qu'il fait parvenir au journal &lt;i&gt;Combat &lt;/i&gt; le 15 d&#233;cembre 1947, Riopelle &#233;crit :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;q&gt;Si je d&#233;sapprouve les communistes, c'est que dans leur r&#233;volution, ils portent le moins possible atteinte &#224; la morale actuelle, laquelle morale, tant qu'elle ne sera pas foul&#233;e aux pieds, restera le principal handicap &#224; la lib&#233;ration totale de l'homme ; je ne veux pas, dans ces lignes, faire le proc&#232;s du communisme pour d&#233;terminer ses faiblesses, savoir si elles proviennent de l'application ou de la doctrine elle-m&#234;me ; il reste que je consid&#232;re Marx et Engels comme les esprits les plus lucides de leur &#233;poque, m&#234;me s'ils sont jusqu'&#224; un certain point responsables de la d&#233;g&#233;n&#233;rescence actuelle du communisme ; le monde, depuis, n'a pas fait un pas en avant dans la r&#233;alisation de la lib&#233;ration de l'homme, car l'obstacle qu'est la morale chr&#233;tienne n'a pas c&#233;d&#233; ; mais la puissance d'attaque est de beaucoup sup&#233;rieure &#224; ce qu'elle &#233;tait &#224; cette &#233;poque, gr&#226;ce &#224; la connaissance que nous ont apport&#233;e sur l'homme Freud, Breton, Mabille qui, pour aller vers demain, ne sont pas partis d'hier, mais d'aujourd'hui. (Riopelle, cit&#233; par Gagnon, p. 418-419). &lt;/q&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Malgr&#233; ce qu'en pensent les communistes, qui jugent maintenant les automatistes comme de simples &#171; r&#233;volt&#233;s de la toile &#187;, Riopelle d&#233;fend avec vigueur la port&#233;e r&#233;volutionnaire de ses &#339;uvres. La r&#233;volution, pour Riopelle comme pour Borduas et Claude Gauvreau, doit toucher la totalit&#233; de l'exp&#233;rience humaine au monde, y compris sa sensibilit&#233; et sa morale, pour esp&#233;rer accoucher d'une nouvelle civilisation en mesure de r&#233;pondre &#224; leurs d&#233;sirs de libert&#233;. Une fois la rupture avec le Parti communiste consomm&#233;e, c'est du c&#244;t&#233; des id&#233;es anarchistes que le groupe automatiste, &#224; l'instar des surr&#233;alistes fran&#231;ais, trouvera des affinit&#233;s avec sa d&#233;marche.&lt;/p&gt;
&lt;h3 class=&#034;spip&#034;&gt;La rencontre avec l'anarchisme&lt;/h3&gt;
&lt;p&gt;Divers indices nous laissent croire que les automatistes (du moins certains membres du groupe) ont peu &#224; peu d&#233;velopp&#233; des affinit&#233;s avec la pens&#233;e anarchiste. Ainsi, lors d'un passage &#224; Paris, le peintre et sculpteur Jean-Paul Mousseau se rend dans une librairie anarchiste pour se procurer des ouvrages introuvables au Qu&#233;bec : &lt;q style=&#034;font-style: italic;&#034;&gt;Nous lisions aussi (...) Bakounine (ou Pierre Kropotkine ?), un anarchiste russe dont les positions nous semblaient tr&#232;s voisines des n&#244;tres&lt;/q&gt; (Gagnon, p. 429).&lt;/p&gt;
&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;div class='spip_document_4377 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center spip_document_avec_legende' data-legende-len=&#034;172&#034; data-legende-lenx=&#034;xxx&#034;
&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href='https://www.partage-noir.fr/IMG/jpg/52134705129_440e2c70ce_o_copie.jpg' class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/jpeg&#034;&gt; &lt;img src='https://www.partage-noir.fr/local/cache-vignettes/L500xH340/52134705129_440e2c70ce_o_copie-7a93f.jpg?1774733005' width='500' height='340' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;figcaption class='spip_doc_legende'&gt; &lt;div class='spip_doc_descriptif '&gt;&lt;small&gt;Le po&#232;te et dramaturge Claude Gauvreau &#224; l'atelier Borremans-Millet. &#8211; 1953 ou 1954. Photographie de Robert Millet. Archives de la Ville de Montr&#233;al. CC BY-NC-SA 2.0 DEED&lt;/small&gt;
&lt;/div&gt; &lt;/figcaption&gt;&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;
&lt;p&gt;Mais c'est Claude Gauvreau qui nous permet de mieux comprendre l'&#233;volution de la pens&#233;e politique du groupe. Dans un texte intitul&#233; &#171; L'&#233;pop&#233;e automatiste vue par un cyclope &#187;, Claude Gauvreau fait &#233;tat des liens successifs entre le mouvement automatiste et les diff&#233;rents courants de pens&#233;e r&#233;volutionnaires. On comprend mieux comment s'est &#233;tablie la relation avec le marxisme, puis avec l'anarchisme :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;q&gt;Les assaillants de toutes esp&#232;ces tentaient &#233;videmment de r&#233;duire notre &#233;lan aux dimensions de leur fa&#231;on de penser. Ce n'est pas d'hier qu'on a cherch&#233; &#224; nous utiliser. Il y eut toujours des adeptes de la r&#233;volution politique autour de nous : ce furent tour &#224; tour des staliniens, des trotskystes... et ce furent enfin des anarchistes quand Muriel entra en contact avec Alex Primeau, qui &#233;tait alors chauffeur de taxi. Nous avons toujours &#233;t&#233; cependant soucieux de maintenir d&#233;gag&#233;e de toute servitude notre part du tr&#233;sor po&#233;tique qui pouvait contribuer &#233;ventuellement au renouvellement absolu des sources &#233;motives universelles.(...). Et Gauvreau d'ajouter : De tous ces courants de pens&#233;e &#233;conomico-sociaux, c'est sans doute l'anarchisme qui m'apparut &#224; moi le plus respirable. (...). (Gauvreau,p. 52).&lt;/q&gt;&lt;/p&gt;
&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;div class='spip_document_4383 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_left spip_document_left spip_document_avec_legende' data-legende-len=&#034;14&#034; data-legende-lenx=&#034;&#034;
&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='https://www.partage-noir.fr/local/cache-vignettes/L150xH169/sans_titre-7-4fb76-010b0.jpg?1774733005' width='150' height='169' alt='' /&gt;
&lt;figcaption class='spip_doc_legende'&gt; &lt;div class='spip_doc_descriptif '&gt;&lt;small&gt;Alex Primeau&lt;/small&gt;
&lt;/div&gt; &lt;/figcaption&gt;&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;
&lt;p&gt;Qui est donc Alex Primeau ? Alex Primeau est un jeune photographe qui correspond depuis le printemps 1947 avec l'anarchiste &#201;mile Armand, l'&#233;diteur de la revue &lt;i&gt;l'En dehors&lt;/i&gt;. Dans sa premi&#232;re lettre, Primeau &#233;crit : &lt;q style=&#034;font-style: italic;&#034;&gt;je suis int&#233;ress&#233; au plus haut point &#224; la philosophie exprim&#233;e dans cette merveilleuse revue. Votre anti-militarisme, votre anti-autoritarisme qui inclut l'anti-parlementarisme et toutes les id&#233;es &#233;mises dans cette revue int&#233;resse au plus haut point mes l&#233;gitimes aspirations &#224; la culture humanitaire de l'anarchisme&lt;/q&gt;. Il est &#233;galement abonn&#233; &#224; quelques publications anarchistes et ultra-gauche fran&#231;aises, dont &lt;i&gt;Le Libertaire&lt;/i&gt;, &lt;i&gt;L'&#201;tincelle&lt;/i&gt; et &lt;i&gt;L'Internationaliste&lt;/i&gt;, qu'il tente de diffuser au Qu&#233;bec. Avant de contacter Armand, Primeau a d'abord rencontr&#233; Paul Faure, l'un des principaux propagandistes des id&#233;es anarchistes pendant l'entre-deux guerre. Inform&#233; par Armand qu'il existe d'autres abonn&#233;s de&lt;i&gt; l'En Dehors &lt;/i&gt; au Qu&#233;bec, il part &#224; leur rencontre. Sur la dizaine de noms qu'Armand lui fourni, seule une poign&#233;e d'individus semblent pr&#234;ts &#224; s'organiser. Un groupe prend forme. Dans une autre lettre dat&#233;e de janvier 1949, Primeau est un peu plus pr&#233;cis sur les liens qui unissent son &#171; petit groupe &#187; &#224; d'autres collectifs, notamment aux &#201;tats-Unis. En plus d'un &#171; groupe d'&#233;tude sociale de Boston &#187;, Primeau mentionne qu'il a des contacts r&#233;guliers avec les membres du journal &lt;i&gt;Resistance&lt;/i&gt;, publi&#233; &#224; New-York, et auquel collaborent plusieurs anarchistes de renom comme Paul Goodman (1911-1972). Primeau poursuivra pendant quelques ann&#233;es sa correspondance avec Armand. Il accompagnera aussi les automatistes dans leur parcours.&lt;/p&gt;
&lt;h3 class=&#034;spip&#034;&gt;&#171; La transformation continuelle &#187;&lt;/h3&gt;
&lt;p&gt;Les premiers signes tangibles du rapprochement entre le groupe automatiste et les id&#233;es anarchistes se trouvent dans le texte &#171; La transformation continuelle &#187;, r&#233;dig&#233; par Borduas au cours de l'hiver 1947-1948, au moment m&#234;me o&#249; Riopelle pol&#233;mique avec les communistes : &lt;q style=&#034;font-style: italic;&#034;&gt;Au sein du groupe un puissant besoin d'action, une grande inqui&#233;tude ; faire le point s'impose. Il faut d&#233;truire les malentendus, ordonner dans l'unit&#233; les &#233;l&#233;ments contradictoires&lt;/q&gt;. Selon Gagnon et plusieurs autres, &#171; La transformation continuelle &#187; constitue le &#171; premier jet &#187; de ce qui allait devenir le manifeste du groupe automatiste : &#171; Refus Global &#187;. (Gagnon, p. 421) En effet, certains th&#232;mes y sont d'abord d&#233;velopp&#233;s, notamment celui du d&#233;sir de libert&#233; associ&#233; &#224; l'anarchie.&lt;/p&gt;
&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;div class='spip_document_4378 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href='https://www.partage-noir.fr/IMG/jpg/sans_titre-2-18.jpg' class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/jpeg&#034;&gt; &lt;img src='https://www.partage-noir.fr/local/cache-vignettes/L500xH296/sans_titre-2-18-5b7e4.jpg?1774733005' width='500' height='296' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;
&lt;p&gt;Dans &#171; La transformation continuelle &#187;, Borduas d&#233;finit d'entr&#233;e de jeu les contours de son projet de lib&#233;ration en le pla&#231;ant sur le terrain collectif : &lt;q style=&#034;font-style: italic;&#034;&gt;il ne saurait y avoir de libert&#233; pour un seul&lt;/q&gt; (Borduas, p.156). Notre libert&#233; et celle d'autrui sont irr&#233;m&#233;diablement li&#233;es dans un nouveau projet de soci&#233;t&#233; : l'anarchie. Borduas &#233;crit :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;q&gt;l'orientation des d&#233;sirs individuels, des d&#233;sirs collectifs peut s'exprimer par l'espoir d'une parfaite libert&#233;. Libert&#233; de r&#233;aliser pleinement sa vie sensible, sa vie morale. R&#233;alisation compl&#232;te de l'homme dans la collectivit&#233;. Libert&#233; de r&#233;aliser l'av&#232;nement humain. &#192; l'occident de l'histoire se dresse l'anarchie, comme la seule forme sociale ouverte &#224; la multitude des possibilit&#233;s des r&#233;alisations individuelles. Nous croyons la conscience sociale susceptible pour qu'un jour l'homme puisse se gouverner sans police, sans gouvernement. Les services d'utilit&#233; publique devant suffire. Nous croyons la conscience sociale susceptible d'un d&#233;veloppement suffisant pour qu'un jour l'homme puisse se gouverner dans l'ordre le plus spontan&#233;, le plus impr&#233;vu. (Borduas, p. 157) &lt;/q&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Malheureusement, nous explique Borduas, on ne peut esp&#233;rer obtenir ce changement dans l'ordre social par enchantement. Il faudra lutter contre les cadres rigides de la soci&#233;t&#233;, au premier rang l'autorit&#233; de la morale chr&#233;tienne, de l'&#201;tat et du Capital sur nos vies. C'est &#224; l'issue de cette lutte contre que pourra s'&#233;panouir l'anarchie :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;q&gt;[sa] r&#233;alisation est continuellement retard&#233;e par les forces qui s'y opposent. Forces de l'ignorance, volontairement impos&#233;es, forces de la crainte de perdre une parcelle d'un bien d&#233;j&#224; p&#233;rim&#233;, forces que procure &#171; l'odieuse exploitation de l'homme par l'homme &#187;, forces d'oppositions centralis&#233;es dans relativement bien peu de mains. Toutes ces forces d'opposition &#224; la marche en avant de la connaissance sensible de la foule, connaissance qui &#233;claire les objets de ses d&#233;sirs, sont puissamment organis&#233;es dans les cadres actuels de la soci&#233;t&#233;. Ces cadres font l'impossible pour conserver chez les peuples, chez les individus, les espoirs anciens et les d&#233;sirs p&#233;rim&#233;s. Ils ne c&#233;deront ni leurs places ni leurs privil&#232;ges de gaiet&#233; de c&#339;ur. Privil&#232;ges et places qu'ils croient d'ailleurs m&#233;rit&#233;s de toute &#233;ternit&#233;, ou par leur froide insensibilit&#233;. (...) Les cadres de la soci&#233;t&#233; tuent lentement la vie qu'ils exploitent. Ces cadres sont sans espoir. Ils seront bris&#233;s un jour dans une supr&#234;me tentative de d&#233;livrer les possibilit&#233;s du lendemain. Ces cadres seront remplac&#233;s par d'autres qui c&#233;deront jusqu'&#224; ce que l'homme ait conquis sa libert&#233; enti&#232;re. Alors l'anarchie s'opposera &#224; toute utilisation de la vie (p. 157-158)&lt;/q&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les moyens propos&#233;s pour effectuer le passage de la soci&#233;t&#233; actuelle &#224; la soci&#233;t&#233; anarchiste restent encore plut&#244;t flous dans &#171; La transformation continuelle &#187;. &#192; l'int&#233;rieur du groupe automatiste, il y a des divergences entre les tenants de &#171; l'&#233;volution &#187; et ceux de la &#171; r&#233;volution &#187;. Le d&#233;bat se poursuivra jusqu'&#224; la publication de &#171; Refus Global &#187;&lt;/p&gt;
&lt;h3 class=&#034;spip&#034;&gt;&#171; Refus Global &#187;&lt;/h3&gt;
&lt;p&gt;Le 9 ao&#251;t 1948, le manifeste &#171; Refus Global &#187; est lanc&#233; &#224; la Librairie Tranquille, situ&#233;e au 67, rue Ste-Catherine O. &#224; Montr&#233;al. Tir&#233; &#224; 400 exemplaires, le recueil se vend plut&#244;t bien. Son impact sera sans commune mesure avec le faible nombre de copies publi&#233;es.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Refus Global &#187; s'inscrit en droite ligne avec &#171; La transformation continuelle &#187;, tant au plan des id&#233;es que du style choisi. Mais il est plus m&#233;ticuleux, plus &#171; punch&#233; &#187; que le texte qui l'a pr&#233;c&#233;d&#233;. Dans la premi&#232;re partie du manifeste automatiste, Borduas d&#233;crit la prise de conscience individuelle, puis collective, qui m&#232;ne &#224; la r&#233;volte contre la domination, tout particuli&#232;rement celle exerc&#233;e par le clerg&#233; catholique. Ce processus de lib&#233;ration s'&#233;tend sur deux si&#232;cles et s'inscrit dans la continuit&#233; des luttes men&#233;es ailleurs dans le monde contre l'oppression. Borduas cite les r&#233;volutions fran&#231;aises, la r&#233;volution russe, la r&#233;volution espagnole : &lt;q style=&#034;font-style: italic;&#034;&gt;les splendides r&#233;volutions aux seins regorgeant de s&#232;ve sont &#233;cras&#233;es &#224; mort apr&#232;s un court moment d'espoir d&#233;lirant, dans le glissement &#224; peine interrompu de l'irr&#233;m&#233;diable descente&lt;/q&gt; (p. 69). Il d&#233;nonce la complicit&#233; des riches et des puissants dans la r&#233;pression de ces r&#233;voltes populaires et proclame la destruction prochaine de cette civilisation chr&#233;tienne qui &#233;crase toutes les tentatives de vivre librement.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;q&gt;Les &#233;v&#233;nements d&#233;ferleront sur les voraces, les repus, les luxueux, les calmes, les aveugles, les sourds. Ils seront culbut&#233;s sans merci (...). D'ici l&#224; notre devoir est simple. Rompre d&#233;finitivement avec toutes les habitudes de la soci&#233;t&#233;, se d&#233;solidariser de son esprit utilitaire. Refus d'&#234;tre sciemment au-dessous de nos possibilit&#233;s psychiques et physiques. Refus de fermer les yeux sur les vices, les duperies perp&#233;tr&#233;es sous le couvert du savoir, du service rendu, de la reconnaissance due. Refus d'un cantonnement dans la seule bourgade plastique, place fortifi&#233;e mais trop facile d'&#233;vitement. Refus de se taire, &#8211; faites de nous ce qui vous plaira mais vous devrez nous entendre &#8211; refus de la gloire, des honneurs (le premier consenti) : stigmates de la nuisance, de l'inconscience, de la servilit&#233;. Refus de toute intention, arme n&#233;faste de raison. &#192; bas toutes deux, au second rang. (...) Nos passions fa&#231;onnent spontan&#233;ment, impr&#233;visiblement, n&#233;cessairement, le futur.&lt;/q&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Apr&#232;s avoir pourfendu la morale bourgeoise et chr&#233;tienne, Borduas r&#232;gle &#171; ses comptes &#187; avec les staliniens avant d'amorcer la derni&#232;re partie de son texte, une conclusion &#224; la fois po&#233;tique et politique o&#249; il d&#233;clare son incompatibilit&#233; avec les marchands d'art et de canons :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;q&gt;Des gens aimables sourient au peu de succ&#232;s mon&#233;taire de nos expositions collectives. Ils ont ainsi la charmante impression d'&#234;tre les premiers &#224; d&#233;couvrir leur petite valeur marchande. Si nous tenons exposition sur exposition, ce n'est pas dans l'espoir na&#239;f de faire fortune. Nous savons ceux qui poss&#232;dent aux antipodes d'o&#249; nous sommes. Ils ne sauraient impun&#233;ment risquer ces contacts incendiaires. Dans le pass&#233;, des malentendus involontaires ont permis seuls de telles ventes. Nous croyons ce texte de nature &#224; dissiper tous ceux de l'avenir.&lt;/q&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Puis vient la finale, qui est &#224; la fois un appel &#224; l'action et une ode &#224; l'anarchie :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;q&gt;Hier, nous &#233;tions seuls et ind&#233;cis. Aujourd'hui un groupe existe aux ramifications profondes et courageuses ; d&#233;j&#224; elles d&#233;bordent les fronti&#232;res (...) Que ceux tent&#233;s par l'aventure se joignent &#224; nous. Au terme imaginable, nous entrevoyons l'homme lib&#233;r&#233; de ses cha&#238;nes inutiles, r&#233;aliser dans l'ordre impr&#233;vu, n&#233;cessaire de la spontan&#233;it&#233;, dans l'anarchie resplendissante, la pl&#233;nitude de ses dons individuels. D'ici l&#224;, sans repos ni halte, en communaut&#233; de sentiment avec des assoiff&#233;s d'un mieux-&#234;tre, sans crainte des longues &#233;ch&#233;ances, dans l'encouragement ou la pers&#233;cution, nous poursuivrons dans la joie notre sauvage besoin de lib&#233;ration.&lt;/q&gt;&lt;/p&gt;
&lt;h3 class=&#034;spip&#034;&gt;Pol&#233;mique et r&#233;pression&lt;/h3&gt;
&lt;p&gt;Le 2 septembre, moins d'un mois apr&#232;s sa parution, Paul-&#201;mile Borduas est suspendu de ses fonctions de professeur &#224; l'&#201;cole du meuble o&#249; il enseigne depuis 11 ans. C'est le gouvernement de Maurice Duplessis qui a exig&#233; et obtenu son cong&#233;diement pour &lt;q style=&#034;font-style: italic;&#034;&gt;conduite et &#233;crits incompatibles avec la fonction d'un professeur dans une institution d'enseignement de la province de Qu&#233;bec&lt;/q&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;M&#234;me s'il s'attendait &#224; des repr&#233;sailles de la part de l'&#201;tat, Borduas est tout de m&#234;me &#233;branl&#233; par la nouvelle de son cong&#233;diement. Il n'est pas le seul &#224; avoir flair&#233; un d&#233;nouement f&#226;cheux. Marcelle Ferron pr&#233;vient m&#234;me son fr&#232;re qu'elle s'attend &#224; faire de la prison ! Le manifeste a eu l'effet d'une bombe dans le petit monde des id&#233;es au Qu&#233;bec. Plusieurs critiques ne manquent pas de noter les r&#233;f&#233;rences explicites &#224; l'anarchisme, mais aussi (et surtout) l'attaque contre la toute puissante &#201;glise catholique romaine. C'est en d&#233;finitive pour ce motif que Borduas est licenci&#233;. C'est aussi pour cette raison que ses appuis se font rares et plut&#244;t timides, m&#234;me dans les milieux traditionnellement oppos&#233;s au r&#233;gime Duplessis. Malgr&#233; quelques vives protestations, Borduas doit se rendre &#224; l'&#233;vidence : non seulement la d&#233;cision du gouvernement est irr&#233;m&#233;diable, mais le groupe automatiste est plus que jamais isol&#233; au sein de la soci&#233;t&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;D'autres membres du groupe prennent des positions courageuses. Le 31 janvier, une lettre de Pierre Gauvreau est publi&#233;e dans la presse montr&#233;alaise. Il d&#233;nonce la loi du cadenas qui interdit toute forme de propagande communiste, mais qui dans les faits permet d'attaquer tout r&#233;fractaire &#224; la loi et l'ordre. C'est notamment le cas du militant anarchiste Paul Faure. Ce dernier re&#231;oit ainsi deux visites de la police en huit mois. On lui confisque sa biblioth&#232;que. Heureusement, il a eu la bonne id&#233;e d'en cacher la majeure partie ! L'article de Gauvreau provoque une vive r&#233;action du juge Robert Cliche, qui conspue &lt;q style=&#034;font-style: italic;&#034;&gt;l'esprit fasciste de la plupart des automatistes&lt;/q&gt; dans une lettre adress&#233;e aux journaux le 14 f&#233;vrier. Ce &#224; quoi r&#233;pond Claude Gauvreau, le 15 f&#233;vrier, en disant : &lt;q style=&#034;font-style: italic;&#034;&gt;la seule d&#233;signation permettant de rattacher partiellement Refus Global &#224; une activit&#233; politique pass&#233;e est le mot &lt;q style=&#034;font-style: italic;&#034;&gt;anarchie&lt;/q&gt;, mot qui n'a rien de fasciste et qui est d'ailleurs employ&#233; dans un sens tr&#232;s g&#233;n&#233;rique.&lt;/q&gt; (Gagnon, p.. 576 &#224; 579).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cliche ne se laisse pas faire. Il &#233;crit le 23 f&#233;vrier 1949 : &lt;q style=&#034;font-style: italic;&#034;&gt;Les automatistes pratiquent une peinture essentiellement herm&#233;tique. C'est leur privil&#232;ge. Mais en agissant ainsi, peuvent-ils se plaindre d'&#234;tre incompris ? L 'id&#233;e de caste a toujours r&#233;pugn&#233; aux peuples libres et pourtant les automatistes en ont form&#233; une. On ne peut &#234;tre admis dans leur cercle que par transmigration. (...) Si les automatistes &#233;taient sinc&#232;res avec leur doctrine pr&#234;ch&#233;e, ne devraient-ils pas faire une peinture accessible ? Ils se sont intitul&#233;s d&#233;fenseurs des libert&#233;s populaires, et on s'&#233;tonne de trouver chez eux le culte d'une caste. Voil&#224; qui sent bien le totalitarisme&lt;/q&gt;. Et Cliche de poursuivre : &lt;q style=&#034;font-style: italic;&#034;&gt;Automatistes, vous dites : &lt;q style=&#034;font-style: italic;&#034;&gt;Place aux myst&#232;res objectifs ! Place &#224; l'amour ! Place aux n&#233;cessit&#233;s !&lt;/q&gt; (...) N'entendez-vous pas le peuple qui crie &lt;q style=&#034;font-style: italic;&#034;&gt;Place au travail ! Place aux r&#233;alit&#233;s ! Place &#224; la vraie vie !&lt;/q&gt;.&lt;/q&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pierre Gauvreau lui r&#233;pondra le 28 f&#233;vrier :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;q&gt;Oui, monsieur, nous sommes une caste, mais pas une caste de privil&#233;gi&#233;s comme vous le laissez entendre : une caste de r&#233;prouv&#233;s. Nous sommes une caste comme sont les N&#232;gres de l'Alabama et de l'Union sud-africaine, comme les Intouchables de l'Inde et les Iroquois de l'histoire du chanoine Groulx. Nous sommes d&#233;finitivement et &#224; toutes fins pratiques mauvais. Mais cela nous flatte infiniment. Ce n'est pas notre faute si nous sommes inexploitables par les puissants du jour et ceux de demain.&lt;/q&gt;&lt;/p&gt;
&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;div class='spip_document_4368 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center spip_document_avec_legende' data-legende-len=&#034;41&#034; data-legende-lenx=&#034;x&#034;
&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href='https://www.partage-noir.fr/IMG/jpg/csn-greve-amiante.jpg' class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/jpeg&#034;&gt; &lt;img src='https://www.partage-noir.fr/local/cache-vignettes/L500xH399/csn-greve-amiante-fcc11.jpg?1774733005' width='500' height='399' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;figcaption class='spip_doc_legende'&gt; &lt;div class='spip_doc_descriptif '&gt;&lt;small&gt;Camion de vivres destin&#233; aux gr&#233;vistes.&lt;/small&gt;
&lt;/div&gt; &lt;/figcaption&gt;&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;
&lt;p&gt;Ce ne sera pas la seule sortie publique des automatistes en cette ann&#233;e 1949. De f&#233;vrier &#224; juillet, les mineurs d'Asbestos et de Thetford Mines font la gr&#232;ve. 5 000 ouvriers d&#233;fient pendant plus de quatre mois leurs boss (les compagnies Canadian Johns-Manville, Asbestos Corporation, Flintkoke et Johnson). Un vaste mouvement de solidarit&#233; se met en branle. Les automatistes manifestent publiquement leur soutien aux gr&#233;vistes dans une lettre envoy&#233;e aux quotidiens.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pendant ce temps, certains repartent en Europe o&#249; les peintres automatistes participent &#224; un nombre croissant d'expositions. C'est l&#224;-bas que Riopelle se lie d'amiti&#233; avec Benjamin P&#233;ret, un po&#232;te surr&#233;aliste tr&#232;s proche des th&#232;ses de l'ultra-gauche. Riopelle contribue au cinqui&#232;me et dernier num&#233;ro de la revue &lt;i&gt;N&#233;on &lt;/i&gt; au mois d'avril. Ce num&#233;ro est dirig&#233; par Jean-Louis B&#233;douin, Andr&#233; Breton et Benjamin P&#233;ret. C'est &#224; cette p&#233;riode que Riopelle fait la connaissance de Simon Watson Taylor, un libertaire originaire de Grande-Bretagne qui traduira pour la premi&#232;re fois le &#171; Refus Global &#187; en anglais l'ann&#233;e suivante. Le 14 juin, un texte r&#233;dig&#233; par Jean-Louis B&#233;douin et contresign&#233; par Riopelle parait dans les pages du journal anarchiste fran&#231;ais&lt;i&gt; Le Libertaire&lt;/i&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2-1&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;En fait il s'agit du Libertaire du 17 juin 1949, voir le Dictionnaire des (&#8230;)&#034; id=&#034;nh2-1&#034;&gt;1&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;. L '&#233;poque est au rapprochement entre les surr&#233;alistes et le mouvement anarchiste. Celles et ceux qui restent au Canada sont t&#233;moins de nouveaux gestes d'intimidation. Parce qu'ils ont assist&#233; &#224; un vernissage automatiste &#224; la librairie Tranquille, deux &#233;tudiants du Coll&#232;ge Sainte-Marie, Andr&#233; Goulet et de Georges Ouvrard, sont renvoy&#233;s de leur &#233;tablissement. Ouvrard restera marqu&#233; par l'&#233;v&#233;nement et deviendra un compagnon de route du mouvement libertaire jusqu'&#224; sa mort au d&#233;but des ann&#233;es 90.&lt;/p&gt;
&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;div class='spip_document_4366 spip_document spip_documents spip_document_file spip_documents_center spip_document_center spip_document_avec_legende' data-legende-len=&#034;42&#034; data-legende-lenx=&#034;x&#034;
&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt;
&lt;a href='https://www.partage-noir.fr/IMG/pdf/libertaire186.pdf' class=&#034; spip_doc_lien&#034; title='PDF - 3.8 Mio' type=&#034;application/pdf&#034;&gt;&lt;img src='https://www.partage-noir.fr/local/cache-vignettes/L500xH714/pages_de_libertaire186-c7697.jpg?1774733005' width='500' height='714' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;figcaption class='spip_doc_legende'&gt; &lt;div class='spip_doc_titre '&gt;&lt;strong&gt;&lt;i&gt;Le Libertaire&lt;/i&gt; n&#176;186 du 17 juin 1949
&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt; &lt;/figcaption&gt;&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;h3 class=&#034;spip&#034;&gt;En guise de conclusion&lt;/h3&gt;
&lt;p&gt;Au terme des ann&#233;es 40, le groupe automatiste se disloque peu &#224; peu. Borduas va bient&#244;t s'exiler, Riopelle passe de plus en plus de temps en Europe. Restent les plus jeunes, Claude Gauvreau en t&#234;te, pour poursuivre le travail de d&#233;construction au Qu&#233;bec. R&#233;trospectivement, Borduas d&#233;veloppera une certaine amertume face &#224; cette p&#233;riode. Il finira par douter de la justesse du message contenu dans ses &#233;crits ant&#233;rieurs. Questionn&#233; sur les liens entre l'automatisme et l'anarchisme, un proche du groupe, le communiste &#171; conseilliste &#187; Sam Abramovitch, met un b&#233;mol sur l'engagement de Borduas, qui s'effor&#231;a apr&#232;s son d&#233;part du Qu&#233;bec de faire rayonner son &#339;uvre plut&#244;t que de poursuivre sur la lanc&#233;e de &#171; La transformation continuelle &#187; et du &#171; Refus global &#187;. L'un des rares &#224; conserver la fougue r&#233;volutionnaire de cette p&#233;riode fut sans aucun doute Claude Gauvreau, po&#232;te maudit et lueur de folie dans la grande noirceur des ann&#233;es 50.&lt;/p&gt;
&lt;div class=&#034;texteencadre-spip spip&#034;&gt;&lt;strong&gt;Bibliographie :&lt;/strong&gt;&lt;br class='autobr' /&gt;
Borduas, Paul-&#201;mile (1997), &lt;i&gt;Refus global et autres &#233;crits&lt;/i&gt;, &#201;ditions Typo, 301 p.&lt;br class='autobr' /&gt;
Gagnon, Fran&#231;ois-Marc (1998), &lt;i&gt;Chronique du mouvement automatiste qu&#233;b&#233;cois&lt;/i&gt;, Lanct&#244;t &#201;diteur, 1023 p.&lt;br class='autobr' /&gt;
Gauvreau, Claude (1996), &lt;i&gt;&#201;crits sur l'art&lt;/i&gt;, &#201;ditions de l'Hexagone, 410 p.&lt;/div&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;div class='spip_document_4374 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center spip_document_avec_legende' data-legende-len=&#034;253&#034; data-legende-lenx=&#034;xxx&#034;
&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href='https://www.partage-noir.fr/IMG/jpg/52133443412_d9a3e9e586_o_copie.jpg' class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/jpeg&#034;&gt; &lt;img src='https://www.partage-noir.fr/local/cache-vignettes/L500xH281/52133443412_d9a3e9e586_o_copie-d9ee5.jpg?1774733005' width='500' height='281' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;figcaption class='spip_doc_legende'&gt; &lt;div class='spip_doc_descriptif '&gt;Les artistes Marcel Barbeau, Paul-&#201;mile Borduas et Pierre Gauvreau &#224; l'exposition &#171; La mati&#232;re chante &#187; &#224; la Galerie Antoine. &#8211; 20 avril 1954 - 4 mai 1954. Photographie de Robert Millet. Archives de la Ville de Montr&#233;al. CC BY-NC-SA 2.0 DEED
&lt;/div&gt; &lt;/figcaption&gt;&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;hr /&gt;
		&lt;div class='rss_notes'&gt;&lt;div id=&#034;nb2-1&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2-1&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-1&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;1&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;En fait il s'agit du &lt;i&gt;Libertaire &lt;/i&gt; du 17 juin 1949, voir le &lt;a href=&#034;https://maitron.fr/spip.php?article155506&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;Dictionnaire des anarchistes&lt;/a&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		
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		<title>Sur les traces de l'anarchisme au Qu&#233;bec - 4. Les ann&#233;es 20 et 30</title>
		<link>https://www.partage-noir.fr/sur-les-traces-de-l-anarchisme-au-quebec-4-les-annees-20-et-30</link>
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		<dc:date>2023-11-12T23:05:00Z</dc:date>
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		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Michel Nestor </dc:creator>


		<dc:subject>Qu&#233;bec</dc:subject>

		<description>&lt;p&gt;Dans l'un de ses livres sur l'histoire du mouvement socialiste au Qu&#233;bec, le dissident communiste Henri Gagnon d&#233;crit en ces termes le paysage politique des ann&#233;es 20 et 30 : &lt;q&gt;Au cours de cette p&#233;riode, il existait &#224; Montr&#233;al plusieurs groupes, appartenant &#224; diff&#233;rentes &#233;coles de pens&#233;e socialistes. Il y avait des anarchistes, des libres penseurs et des anticl&#233;ricaux, mais aucun de ces groupements n'avait de structure, qui leur aurait permis de conduire un combat quelconque. Leurs activit&#233;s se r&#233;sumeront en des palabres au restaurant North Eastern, au Carr&#233; Viger, au Parc Lafontaine et d'autres endroits publics. L'Histoire nous a laiss&#233; peu de ces groupes, qui s'effor&#231;aient de transformer le monde par la parole et l'&#233;ducation, ce qu'ils croyaient &#234;tre la clef du progr&#232;s&lt;/q&gt;.&lt;/p&gt;

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&lt;a href="https://www.partage-noir.fr/-ruptures-no4-ete-2004-" rel="directory"&gt;Ruptures n&#176;4 - Et&#233; 2004&lt;/a&gt;

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		</description>


 <content:encoded>&lt;img src='https://www.partage-noir.fr/local/cache-vignettes/L150xH84/sans_titre-7-f4fe0.png?1774716555' class='spip_logo spip_logo_right' width='150' height='84' alt=&#034;&#034; /&gt;
		&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;Dans l'un de ses livres sur l'histoire du mouvement socialiste au Qu&#233;bec, le dissident communiste Henri Gagnon d&#233;crit en ces termes le paysage politique des ann&#233;es 20 et 30 : &lt;q style=&#034;font-style: italic;&#034;&gt;Au cours de cette p&#233;riode, il existait &#224; Montr&#233;al plusieurs groupes, appartenant &#224; diff&#233;rentes &#233;coles de pens&#233;e socialistes. Il y avait des anarchistes, des libres penseurs et des anticl&#233;ricaux, mais aucun de ces groupements n'avait de structure, qui leur aurait permis de conduire un combat quelconque. Leurs activit&#233;s se r&#233;sumeront en des palabres au restaurant North Eastern, au Carr&#233; Viger, au Parc Lafontaine et d'autres endroits publics. L'Histoire nous a laiss&#233; peu de ces groupes, qui s'effor&#231;aient de transformer le monde par la parole et l'&#233;ducation, ce qu'ils croyaient &#234;tre la clef du progr&#232;s&lt;/q&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb3-1&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Gagnon, Henri (1985), Les militants socialistes du Qu&#233;bec d'une &#233;poque &#224; (&#8230;)&#034; id=&#034;nh3-1&#034;&gt;1&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;Malgr&#233; leur petit nombre, les libertaires consacrent effectivement beaucoup d'&#233;nergie &#224; la propagande et &#224; l'&#233;ducation populaire. Toutefois, leur implication sociale d&#233;passe largement le seul champ des id&#233;es. En fait, les libertaires furent partie prenante des principaux combats qui agit&#232;rent la soci&#233;t&#233; qu&#233;b&#233;coise dans l'entre-deux guerre, &#224; commencer par la lutte des sans-emplois au cours de la grande crise &#233;conomique des ann&#233;es 30.&lt;/p&gt;
&lt;h3 class=&#034;spip&#034;&gt;Un contexte difficile&lt;/h3&gt;
&lt;p&gt;L'&#233;chec relatif de la gr&#232;ve g&#233;n&#233;rale de Winnipeg et le triomphe de la r&#233;volution d'octobre en Russie draine de nombreuxeuses militants r&#233;volutionnaires vers le Worker's Party, l'anc&#234;tre du Parti Communiste. Cr&#233;&#233; en 1922, le Worker's Party cherche &#224; marginaliser par tous les moyens le courant syndicaliste r&#233;volutionnaire incarn&#233; par la One Big Union (OBU).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Apr&#232;s avoir compt&#233; plus de 50 000 membres au d&#233;but des ann&#233;es 20, ce syndicat pan-canadien ne cesse de perdre des plumes. Au Qu&#233;bec, l'Union industrielle des campeurs et producteurs de bois quitte la One Big Union. Certains persistent tout de m&#234;me sur la voie du syndicalisme r&#233;volutionnaire et de l'autonomie ouvri&#232;re. En 1925 et 1926, deux unit&#233;s de l'OBU sont en activit&#233; &#224; Montr&#233;al. L'une regroupe des travailleurs francophones de diff&#233;rentes professions. L'autre est form&#233;e de m&#233;tallurgistes des ateliers Angus, situ&#233;s dans l'est de Montr&#233;al. Les &#171; shops &#187; Angus sont depuis le d&#233;but du si&#232;cle l'un des principaux bastions du syndicalisme r&#233;volutionnaire &#224; Montr&#233;al. En 1927, la One Big Union fait quelques gains, notamment aupr&#232;s des travailleurs de la Montreal Heat and Light Company qui changent leur affiliation syndicale en passant de l'AFL (American Federation of Labor) &#224; l'OBU. Des ouvriers des chemins de fer du Canadien National, des emballeurs montr&#233;alais et des mineurs de Rouyn se joignent &#233;galement &#224; la One Big Union, ce qui porte &#224; quatre le nombre d'unit&#233;s actives au Qu&#233;bec. Ce sont les derniers soubresauts de ce syndicat dans la province. Apr&#232;s cette date, on perd la trace de l'OBU &#224; Montr&#233;al comme &#224; Rouyn. Tout porte &#224; croire que la One Big Union au Qu&#233;bec n'a pas surv&#233;cu &#224; la crise &#233;conomique des ann&#233;es 30, ni aux attaques r&#233;p&#233;t&#233;es de la police et des l&#233;ninistes contre ses activit&#233;s.&lt;/p&gt;
&lt;h3 class=&#034;spip&#034;&gt;Un vent de dissidence&lt;/h3&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;div class='spip_document_4320 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_left spip_document_left spip_document_avec_legende' data-legende-len=&#034;21&#034; data-legende-lenx=&#034;&#034;
&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href='https://www.partage-noir.fr/IMG/jpg/albert_saint-martin_1905.jpg' class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/jpeg&#034;&gt; &lt;img src='https://www.partage-noir.fr/local/cache-vignettes/L150xH185/albert_saint-martin_1905-5c2fe-199c7.jpg?1774705323' width='150' height='185' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;figcaption class='spip_doc_legende'&gt; &lt;div class='spip_doc_descriptif '&gt;&lt;small&gt;Albert Saint-Martin &lt;/small&gt;
&lt;/div&gt; &lt;/figcaption&gt;&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;
&lt;p&gt;Si le Worker's Party s'implante au Qu&#233;bec d&#232;s 1922, cette formation politique conna&#238;t rapidement des d&#233;fections. C'est le cas d'Albert Saint-Martin (1865-1947), l'une des figures de proue du mouvement socialiste au Qu&#233;bec. En 1923, Saint-Martin tente sans succ&#232;s de faire reconna&#238;tre par l'Internationale Communiste un Parti communiste autonome au Canada-fran&#231;ais. Devant l'&#233;chec de sa d&#233;marche (Moscou ne reconnaissant pas aux francophones le droit d'association &#224; l'ext&#233;rieur du PC canadien), il rompt avec la majorit&#233; bolch&#233;vique du Worker's Party et fonde en 1925 l'Universit&#233; ouvri&#232;re. Pendant plus de dix ans, l'Universit&#233; ouvri&#232;re servira de base de repli pour les anarchistes et les r&#233;volutionnaires non-inf&#233;od&#233;s au Parti Communiste. Elle fonctionne comme un forum public hebdomadaire o&#249; chacun peut prononcer une conf&#233;rence ou intervenir dans le d&#233;bat qui suit. L'Universit&#233; ouvri&#232;re compte &#233;galement une biblioth&#232;que ouverte aux membres, moyennant une contribution (&#224; vie) de 1$. Le syndicaliste montr&#233;alais Kent Rowley garde ce souvenir : &lt;q style=&#034;font-style: italic;&#034;&gt;des centaines de travailleurs venaient &#233;couter des d&#233;nonciations les plus virulentes de l'&#201;glise et de la classe capitaliste en fumant leur pipe. En montant l'escalier qui menait &#224; la salle, on passait sous un grand tableau repr&#233;sentant Jesus-Christ avec un couteau d&#233;gouliant de sang d'un travailleur qu'il venait de poignarder. Et les milliers de travailleurs canadiens-fran&#231;ais saluaient cette image en passant&lt;/q&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb3-2&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Salutin, Rick (1982), Kent Rowley, une vie pour le mouvement ouvrier, &#201;d. (&#8230;)&#034; id=&#034;nh3-2&#034;&gt;2&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Saint-Martin n'est pas seul dans cette aventure. On retrouve &#224; ses c&#244;t&#233;s Gaston Pilon, un libre-penseur anticl&#233;rical pr&#244;nant l'amour libre, mais aussi Paul Faure, un militant anarchiste arriv&#233; de France quelques ann&#233;es auparavant. La correspondance de Faure avec l'anarchiste individualiste &#201;mile Armand nous fournit quelques indications sur l'&#233;tat d'esprit qui r&#232;gne &#224; l'Universit&#233; ouvri&#232;re. &lt;q style=&#034;font-style: italic;&#034;&gt;&lt;span style=&#034;font-style:normal;&#034;&gt;[c'&#233;tait]&lt;/span&gt; un groupement o&#249; socialistes, libres-penseurs, communistes, anarchistes se retrouvaient et souvent s'enguirlandaient&lt;/q&gt;. Paul Faure est un personnage-cl&#233; dans l'histoire des id&#233;es anarchistes au Qu&#233;bec. Pendant plus de 30 ans, il distribue de la litt&#233;rature libertaire qu'il importe directement de France. Qu'il s'agisse des &#339;uvres d'auteurs &#171; classiques &#187; comme Proudhon, Tolstoi ou Reclus, de brochures sur la question de l'amour libre et de l'anti-cl&#233;ricalisme, Faure se d&#233;pense sans compter pour faire conna&#238;tre aux francophones les id&#233;es libertaires. Le &#171; best-seller &#187; anarchiste &#224; Montr&#233;al dans les ann&#233;es 20 est sans doute &lt;i&gt;Les 12 preuves de l'inexistence de Dieu &lt;/i&gt; &#233;crit par S&#233;bastien Faure. Albert Saint-Martin adapte le contenu de cette brochure pour en faire une conf&#233;rence qui marquera bien des esprits... y compris celui du clerg&#233;, qui voit d'un oeil de plus en plus m&#233;fiant les activit&#233;s de l'Universit&#233; ouvri&#232;re.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La relative bonne entente entre anarchistes et communistes ne durera pas longtemps. Deux ans apr&#232;s sa fondation, un groupe de jeunes communistes tente de liquider l'Universit&#233; ouvri&#232;re. On lui reproche son ind&#233;pendance vis-&#224;-vis la ligne d&#233;fendue par le Parti Communiste. Saint-Martin s'oppose vigoureusement &#224; cette d&#233;marche, lui qui a d&#233;velopp&#233; au fil du temps des positions anti-bolch&#233;viques. Aux yeux de Tim Buck, leader du Parti Communiste, Saint-Martin est un &#171; nationaliste &#187;, un &#171; anarcho-communiste &#187;. On finit par trancher la poire en deux : les communistes membres de l'Universit&#233; ouvri&#232;re fonderont une cellule bien &#224; eux, laissant la voie libre aux efforts de Saint-Martin, de Pilon et des anarchistes.&lt;/p&gt;
&lt;h3 class=&#034;spip&#034;&gt;Emma Goldman &#224; Montr&#233;al&lt;/h3&gt;
&lt;p&gt;Pendant que les libertaires francophones s'activent autour de l'Universit&#233; ouvri&#232;re, une militante anarchiste bien connue revient au Qu&#233;bec apr&#232;s plus de quinze ans d'absence. Il s'agit &#233;videmment d'Emma Goldman (1869-1939). Arriv&#233;e au port de Qu&#233;bec le 15 octobre 1926, elle se dirige rapidement vers Montr&#233;al. &#192; la fin du mois, Goldman commence une s&#233;rie de conf&#233;rences publiques. Elle fait une pr&#233;sentation en anglais devant un auditoire de 700 personnes r&#233;unies au His Majesty's Theatre sur la crise politique en Russie. Au cours de cette conf&#233;rence, elle pourfend l'autoritarisme des bolcheviks et le conservatisme pr&#233;valant dans les pays capitalistes, tout en pr&#233;sentant l'anarchisme comme une alternative politique &#224; ces deux syst&#232;mes liberticides. Goldman poursuit ce travail tout au long du mois de novembre. Elle s'adresse la plupart du temps en yiddish &#224; ses auditoires, qu'elle juge trop petits. En fait, Goldman est d&#233;&#231;ue par l'&#233;tat de d&#233;sorganisation qui r&#232;gne dans le milieu anarchiste montr&#233;alais. Elle ne parvient pas &#224; cr&#233;er de v&#233;ritables contacts avec des anglophones. Quand aux francophones, ils semblent vivre sur une autre plan&#232;te. Tout au long de son s&#233;jour, Goldman essuie les critiques du Parti Communiste qui n'h&#233;site pas &#224; la d&#233;noncer publiquement ou &#224; organiser des &#233;v&#233;nements pour lui nuire. Il est vrai que l'objectif de Goldman est de lever des fonds pour soutenir les prisonniers politiques en Russie ! Elle parvient d'ailleurs &#224; ramasser plusieurs centaines de dollars en six semaines, plus que pendant deux ans &#224; Londres. Mais &#224; ses yeux, le r&#233;sultat le plus encourageant de ce s&#233;jour &#224; Montr&#233;al demeure la cr&#233;ation d'un comit&#233; de lutte pour les prisonniers politiques, la Women's Relief Society for the Political Prisoners in Russia, form&#233; de militantes d'origine juive. Arr&#234;tons-nous quelques instants sur l'une d'entre elles, Lena Slakman.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Lena Slakman (n&#233;e Lena Hendler) est n&#233;e &#224; Vilna (Lithuanie) en d&#233;cembre 1872. Apr&#232;s avoir immigr&#233; &#224; New-York en 1897, elle s'&#233;tablit &#224; Montr&#233;al en 1901 avec son mari, Louis Slakman, qui travaille dans une manufacture de v&#234;tement pour dame. Elle s'implique rapidement dans le mouvement anarchiste juif montr&#233;alais. Jusqu'en 1937, l'appartement des Slakman, situ&#233; au 150 ave. Prudhomme, h&#233;berge les anarchistes de passage en ville, comme Rudolf Rocker, Alexander Berkman ou Emma Goldman. Lena Slakman retourne vivre &#224; New-York en 1938. Elle demeurera une anarchiste et une socialiste jusqu'&#224; sa mort en 1975, &#224; l'&#226;ge de 102 ans&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb3-3&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Avrich, Paul (1995), Anarchists Voices : An Oral History of Anarchism in (&#8230;)&#034; id=&#034;nh3-3&#034;&gt;3&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En 1928, la Women's Relief Society invite de nouveau Emma Goldman pour une autre s&#233;rie de conf&#233;rences. Elle prononce trois allocutions, dont l'une sur le contr&#244;le des naissances. Gr&#226;ce &#224; ces pr&#233;sentations et aux autres activit&#233;s organis&#233;es par le comit&#233; tout au long de l'ann&#233;e, la Women's Relief Society recueillera plus de 500$ pour venir en aide aux prisonniers politiques anarchistes de Russie.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais il n'y a pas qu'en Russie qu'on emprisonne et qu'on tue des anarchistes. C'est aussi le cas aux &#201;tats-Unis, o&#249; l'on vient d'ex&#233;cuter Nicolas Sacco et Bartolomeo Vanzetti. Ces deux anarchistes d'origine italienne sont condamn&#233;s &#224; mort suite &#224; l'assassinat de deux convoyeurs de fonds, crime qu'ils n'ont pas commis. Lors de la f&#234;te internationale des travailleurs le 1&lt;sup class=&#034;typo_exposants&#034;&gt;er&lt;/sup&gt; mai 1928, Saint-Martin prend la parole au nom d'un nouveau groupe qui fera bient&#244;t parler de lui, le mouvement Spartakus. Il rappelle &#224; la foule la m&#233;moire de ces martyrs de la cause prol&#233;tarienne, qui ont cru jusqu'&#224; la fin en leur id&#233;al de libert&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;h3 class=&#034;spip&#034;&gt;Les libertaires face &#224; la crise&lt;/h3&gt;
&lt;p&gt;Apr&#232;s avoir publi&#233; en 1913 une brochure anti-militariste aux forts accents libertaires, Jean Valjean persiste et signe. Il sort en 1922 un deuxi&#232;me pamphlet (&lt;i&gt;La crise&lt;/i&gt;) s'adressant aux ch&#244;meurs. Il s'agit de la transcription d'une conf&#233;rence prononc&#233;e devant les membres de la &#171; Ligue &#187; des Sans-Travail. Cette brochure de 32 pages est tir&#233;e &#224; plus de 4 000 copies. D'entr&#233;e de jeu, Valjean pr&#233;cise sa perspective politique : &lt;q style=&#034;font-style: italic;&#034;&gt;mes id&#233;es ne sont pas celles de tout le monde, quelques-uns en seront peut-&#234;tre scandalis&#233;s, mais j'estime que toute opinion de bonne foi a le droit de s'exprimer. Les opinions libres sont rares, je puis vous assurer que les miennes poss&#232;dent au moins cette qualit&#233;. Je ne suis inf&#233;od&#233; &#224; aucun parti, je ne suis domin&#233; par aucun int&#233;r&#234;t et je plaide une cause pour laquelle personne ne paie&lt;/q&gt;. Son plaidoyer aux ch&#244;meurs commence par une d&#233;nonciation en r&#232;gle du syst&#232;me capitaliste : &lt;q style=&#034;font-style: italic;&#034;&gt;La seule harmonie entre le capital et le travail est celle qui exis-te entre le loup et l'agneau, entre la poule et le renard. Le capital est un animal f&#233;roce, sans c&#339;ur ni &#226;me, qui n'est ni carnivore ni herbivore, mais &lt;q style=&#034;font-style: italic;&#034;&gt;travaillivore&lt;/q&gt; ; il ne conna&#238;t rien d'autre que son app&#233;tit vorace&lt;/q&gt;. L'analyse de Valjean n'est pas diff&#233;rente de celle des anarchistes aujourd'hui : &lt;q style=&#034;font-style: italic;&#034;&gt;le capitalisme est une agglom&#233;ration d'exploitations qui s'encha&#238;nent et se tiennent. (...) L'harmonie entre le Capital et le travail est une utopie, un non sens, et ceux qui la pr&#234;chent sont ou des niais ou des fourbes&lt;/q&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il poursuit sa charge en d&#233;non&#231;ant la mascarade id&#233;ologique de la soci&#233;t&#233; marchande : &lt;q style=&#034;font-style: italic;&#034;&gt;toutes les fa&#231;ades, tous les mottos, toutes les d&#233;clarations de principes ne sont-ils pas des masques et des hypocrisies ?Souverainet&#233; du peuple &#8211; &#201;galit&#233; devant la loi &#8211; D&#233;vouement aux int&#233;r&#234;ts publics &#8211; Les intelligents &#233;lecteurs &#8211; Les biens aim&#233;s soldats &#8211; La reconnaissance de la patrie &#8211; Nos chers lecteurs &#8211; Nos bons clients &#8211; Notre unique souci de servir le public, de plaire &#224; notre client&#232;le &#8211; Le prospectus du financier, l'&#233;loquence de l'avocat, le sourire du commis, la poign&#233;e de main du marchand, le clin-d'oeil de la cocotte, et toutes les protestations, les courbettes et les grimaces dont s'agr&#233;mente la transaction des affaires publiques ou priv&#233;es ne sont que des blagues conventionnelles qui ne trompent plus que les badauds ; sous ce vernis, us&#233; et sali, pas loin de la surface, on trouve partout la m&#234;me r&#233;alit&#233; : le d&#233;sir et la volont&#233; d'exploiter les autres&lt;/q&gt;. Valjean pourfend ensuite les chefs de toutes sortes (leaders unionistes, politiciens et cur&#233;s) qui proposent de fausses solutions aux maux qui affligent les sans-emplois : &lt;q style=&#034;font-style: italic;&#034;&gt;ceux qui promettent aux travailleurs la meilleure part dans l'autre monde sont ceux-l&#224; m&#234;me qui la prennent ici en toute occasion. Ils n'ont jamais fait un mauvais march&#233; avec les travailleurs, c'est m&#234;me pour cela qu'ils sont riches et que vous &#234;tes pauvres. (...) Si ce ne sont pas les ma&#238;tres eux-m&#234;mes, ce sont leurs porte-paroles, les plus ardents d&#233;fenseurs du statu-quo, de la propri&#233;t&#233; capitaliste et du salariat, de la richesse et de la pauvret&#233;&lt;/q&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Apr&#232;s avoir insist&#233; sur les rouages du syst&#232;me actuel (&lt;q style=&#034;font-style: italic;&#034;&gt;il n'est pas d&#233;fendu de voler, il est d&#233;fendu de voler contrairement aux r&#232;gles&lt;/q&gt;) et d&#233;nonc&#233; la suppos&#233;e libert&#233; garantie &#224; tous (&lt;q style=&#034;font-style: italic;&#034;&gt;Notre libert&#233; est un mythe, nos d&#233;sirs sont des r&#234;ves&lt;/q&gt;), Valjean termine sa pr&#233;sentation sur une note combative, qui annonce le changement &#224; venir : &lt;q style=&#034;font-style: italic;&#034;&gt;Je conclus en disant que l'&#233;tat de marasme, de d&#233;pression et de paralysie o&#249; nous sommes, qui n'est pas une crise passag&#232;re, mais un &#233;tat permanent, ne pourra &#234;tre chang&#233; qu'en sortant des voies qui nous y ont conduits. Il faut briser les cadres qui se sont constitu&#233;s, qui maintiennent une moiti&#233; de l'humanit&#233; perp&#233;tuellement enferm&#233;e dans les cit&#233;s comme des troupeaux dans des bergeries trop &#233;troites, et l'autre moiti&#233; &#233;parpill&#233;s dans des espaces immenses, sur des territoire &#224; peine cultiv&#233;s. (...) Pour cela, il faut d&#233;centraliser et r&#233;organiser la vie &#233;conomique et sociale. Il faut cr&#233;er des &#233;tablissements mixtes, &#224; la fois industriels et agricoles, pouvant vivre de leurs propres ressources, ou presque (...). Et pour cela, il faut abolir le profit, qui prend tous nos soins, afin de pouvoir travailler pour nous-m&#234;mes. (...) Le profit est l'ennemi du genre humain, et comme la source du profit est la propri&#233;t&#233; priv&#233;e des choses n&#233;cessaires &#224; la vie commune, il faut plonger le scalpel au plus profond des entrailles de la soci&#233;t&#233; pour aller en couper les racines. Cette op&#233;ration fera couler beaucoup de sang, mais la vie de la malade en d&#233;pend, le salut du monde est l&#224;. Il n'y a pas d'autres moyens de mettre fin &#224; la crise&lt;/q&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb3-4&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Valjean, Jean (1922), La crise, 32 p.&#034; id=&#034;nh3-4&#034;&gt;4&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;iframe src=&#034;https://archive.org/embed/editions_ruptures_2012_crise&#034; width=&#034;100%&#034; height=&#034;700&#034; frameborder=&#034;0&#034; webkitallowfullscreen=&#034;true&#034; mozallowfullscreen=&#034;true&#034; allowfullscreen&gt;&lt;/iframe&gt;
&lt;p&gt; &lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le pire de la crise dont parle Valjean reste pourtant &#224; venir. Elle se d&#233;cha&#238;ne en 1929, suite au krach de la bourse de New-York. L'onde de choc touche rapidement Montr&#233;al et fait des milliers de victimes. Le taux de ch&#244;mage explose, la pauvret&#233; et la faim deviennent le lot de la majorit&#233;. Les anarchistes n'y &#233;chappent pas. Paul Faure en t&#233;moigne dans une lettre &#224; &#201;mile Armand, dat&#233;e du 21 octobre 1931. Il n'a plus d'argent pour faire venir des livres de France : &lt;q style=&#034;font-style: italic;&#034;&gt;Tr&#232;s en retard pour payer mes dettes. Disons que les affaires p&#233;r&#233;clitent. Je dirais m&#234;me que la situation devient catastrophique. Quand &#224; l'issue, je ne vois que mis&#232;re grandissante et la mort par inanition, devant une montagne de bonnes choses. Bref, c'est le chaos &#233;conomique et moral&lt;/q&gt;. Malgr&#233; les difficult&#233;s, les libertaires ne restent pas les bras crois&#233;s. En 1930, deux militants anticl&#233;ricaux proches de l'Universit&#233; ouvri&#232;re, les fr&#232;res Abel et &#201;mile Godin, fondent l'Association humanitaire. Le groupe pratique l'action directe pour r&#233;gler les cas d'&#233;victions qui ne cessent de se multiplier. L'Association recommande aux locataires expuls&#233;s d'occuper les &#233;difices publics jusqu'&#224; l'obtention d'un nouveau logement. Selon l'&#233;crivaine communiste Dorothy Livesay, l'Association humanitaire, qui regroupe jusqu'&#224; 6 000 ch&#244;meurs au plus fort de la crise &#233;conomique, est contr&#244;l&#233;e &lt;q style=&#034;font-style: italic;&#034;&gt;par un groupe anarchiste dirig&#233; par Saint-Martin&lt;/q&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb3-5&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Fournier, Marcel (1979), Communisme et anticommunisme au Qu&#233;bec, &#201;d. (&#8230;)&#034; id=&#034;nh3-5&#034;&gt;5&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;. Il est vrai que ce dernier ne reste pas inactif malgr&#233; ses 64 ans. Saint-Martin participe notamment &#224; la cr&#233;ation de deux coop&#233;ratives d'alimentation au centre-ville de Montr&#233;al. &#192; l'automne 1932, le mouvement Spartakus se dote d'un journal bi-hebdomadaire et d'une coop&#233;rative d'imprimerie. Saint-Martin publie en d&#233;cembre 1932 une brochure de 24 pages tr&#232;s controvers&#233;e : &lt;i&gt;Sandwiches &#224; la shouashe&lt;/i&gt;. Diffus&#233; &#224; 19 000 exemplaires (11 000 en fran&#231;ais et 8 000 en anglais), ce texte est un v&#233;ritable r&#233;quisitoire contre la suppos&#233;e &#171; charit&#233; &#187; des institutions religieuses. Sur un ton sarcastique, Saint-Martin fait le proc&#232;s de l'&#233;glise, piquant au passage les bourgeois et le Parti Communiste, &#224; travers des dialogues imaginaires entre Spartakus et un ch&#244;meur . En voici un extrait :&lt;/p&gt;
&lt;blockquote class=&#034;spip&#034;&gt;
&lt;p&gt;Spartakus : Comment vous nourrissez-vous ? &lt;br class='autobr' /&gt;
Ch&#244;meur : Aux sandwiches, mais je me d&#233;m&#232;ne et j'ai des petits trucs que vous n'avez pas besoin de savoir, pour attraper un peu plus de manger, mais l&#224; je commence &#224; &#234;tre au bout de ma corde et j'ai bien h&#226;te... &lt;br class='autobr' /&gt;
S : De quoi ? &lt;br class='autobr' /&gt;
C : Qu'ils d&#233;clarent la guerre ! &lt;br class='autobr' /&gt;
S : Tiens et pourquoi ? &lt;br class='autobr' /&gt;
C : Pour qu'ils me mettent une carabine entre les mains... Je saurai m'en servir... &lt;br class='autobr' /&gt;
S : Comment ? &lt;br class='autobr' /&gt;
C : Si je le dis, vous allez m'arr&#234;ter tout de suite... &lt;br class='autobr' /&gt;
La Cour : je vous garantis que non. &lt;br class='autobr' /&gt;
C : Je vous fusillerais, vous et tous les juges ; vous n'&#234;tes que des hypocrites, votre justice n'est qu'un simulacre, vous avez deux justices : une pour les riches, cl&#233;mente et dor&#233;e, l'autre pour les pauvres, arrogante et cruelle ; je fusillerais tous ces d&#233;put&#233;s et &#233;chevins, qui vous bourrent de promesses que les affaires vont bien aller, et qui pendant ce temps, volent les millions du tr&#233;sor public pour les donner &#224; ces s&#233;pulcres blanchis, ces &#234;tres immondes &#224; face humaine qui s'enrichissent de la diff&#233;rence entre les sommes &#233;normes qu'ils re&#231;oivent de la main droite, sous le pr&#233;texte de faire la charit&#233;, et la pitance qu'ils donnent de la main gauche ; et, avec cette diff&#233;rence, ils se font vivre, se construisent les immenses constructions que l'on voit partout : ces remplis de pourriture, je ne les fusillerais pas, je les pendrais !(...)&lt;br class='autobr' /&gt;
S : &#201;coutes, quand m&#234;me tu tuerais tous ces braves gens, car chacun d'eux, personnellement, est un brave homme, cela ne t'avancerait pas plus. C'est le syst&#232;me &#233;conomique qui est vicieux et qui les rend inconsciemment si m&#233;chants. Tant que le principe de la propri&#233;t&#233; et le num&#233;raire qui sert &#224; la transmission ne seront pas abolis, il n'y aura rien de fait : d'autres du m&#234;me acabit surgiront, avec les m&#234;mes cons&#233;quences...&lt;br class='autobr' /&gt;
C : Comme les bolch&#233;viks alors.&lt;br class='autobr' /&gt;
S : Parfaitement... Tu n'as pas l'air &#224; les ch&#233;rir !&lt;br class='autobr' /&gt;
C : Ils sont pires que tous ceux-l&#224; : ils ont des pr&#234;tres qu'ils nomment &#171; paid-organizers &#187;, et comme les pr&#234;tres ; ils ont une &#233;chelle de degr&#233;s, &#224; mesure que ces &#171; paid-organizers &#187; montent en grade, ils sont pay&#233;s plus cher, pareil comme pour les &#233;v&#234;ques, les archev&#234;ques, (...) Et puis ils tiennent &#224; nous conduire, tout comme les pr&#234;tres, ils disent que nous sommes trop b&#234;tes pour penser par nous-m&#234;mes et nous conduire, qu'il faut qu'ils pensent pour nous et qu'il faut nous laisser conduire par eux.&lt;br class='autobr' /&gt;
S : Tu vois bien, c'est qu'en effet, o&#249; ils dominent, ils n'ont pas aboli, ni le principe de la propri&#233;t&#233;, ni le num&#233;raire ; alors, ils sont, fatalement, aussi vicieux que les autres. &lt;br class='autobr' /&gt;
C : Plus, parce qu'ils se pr&#233;tendent nos amis&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb3-6&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Larivi&#232;re, Claude (1979), Albert Saint-Martin, militant d'avant-garde (&#8230;)&#034; id=&#034;nh3-6&#034;&gt;6&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;
&lt;/blockquote&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;div class='spip_document_4342 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_right spip_document_right spip_document_avec_legende' data-legende-len=&#034;17&#034; data-legende-lenx=&#034;&#034;
&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='https://www.partage-noir.fr/local/cache-vignettes/L150xH148/sans_titre-9-2-42d85-2baaf.png?1774716555' width='150' height='148' alt='' /&gt;
&lt;figcaption class='spip_doc_legende'&gt; &lt;div class='spip_doc_descriptif '&gt;&lt;small&gt;Hirsch Hershman &lt;/small&gt;
&lt;/div&gt; &lt;/figcaption&gt;&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;
&lt;p&gt;Le mouvement ouvrier juif n'est pas en reste. En 1933, sur la rue Rachel, l'anarchiste Hirsch Hershman coordonne le travail de la &#171; Jewish People's Kitchen &#187; qui accueille celles et ceux que la crise a jet&#233; &#224; la rue. Cette soupe populaire est mise en branle gr&#226;ce aux efforts concert&#233;s de plusieurs groupes socialistes (le Poale Zion, le journal &lt;i&gt;Farband &lt;/i&gt; et l'Arbeiter Ring). D'apr&#232;s l'historien Israel Medresh, &lt;q style=&#034;font-style: italic;&#034;&gt;Hershman fut le principal responsable de cette initiative qui s'&#233;tendit sur environ deux ans, soit jusqu'&#224; ce que la situation &#233;conomique se r&#233;tablisse&lt;/q&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb3-7&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Medresh, Israel (2001), Le Montr&#233;al juif entre les deux guerres, p.96.&#034; id=&#034;nh3-7&#034;&gt;7&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Si les effets de la crise se font sentir jusqu'en 1937, le mouvement ouvrier prend peu &#224; peu de la vigueur &#224; partir de 1934. Par le fait m&#234;me, l'&#201;tat durcit la r&#233;pression contre les &#171; communistes &#187;, c'est-&#224;-dire contre tous les partisans du changement social, peu importe leur all&#233;geance politique. L'Universit&#233; ouvri&#232;re est &#233;videmment dans sa mire. Le clerg&#233; se met &#233;galement de la partie. &#192; travers sa presse, l'&#233;glise catholique d&#233;nonce r&#233;guli&#232;rement ses activit&#233;s. Les troupes de choc du clerg&#233;, de jeunes fascistes fanatis&#233;s par les cur&#233;s, attaquent r&#233;guli&#232;rement les locaux et les membres de l'Universit&#233; ouvri&#232;re, br&#251;lent les livres de sa biblioth&#232;que sur la place publique avec la complicit&#233; de la police. En 1933, l'Assembl&#233;e nationale adopte une loi qui restreint les activit&#233;s de l'Universit&#233; ouvri&#232;re. Trois ans plus tard, le gouvernement de Maurice Duplessis instaure la fameuse Loi du Cadenas, qui permet &#224; la police de perquisitionner les locaux des &#171; communistes &#187;, de saisir leur litt&#233;rature, de fermer leurs lieux de r&#233;union. Cette vague r&#233;pressive finit par avoir le dessus sur la plupart des initiatives libertaires. Saint-Martin lui-m&#234;me, victime des attaques fascistes, d&#233;cide de se retirer. Paul Faure, amer, r&#233;sume en ces termes l'esprit qui pr&#233;vaut alors : &lt;q style=&#034;font-style: italic;&#034;&gt;Il a suffit d'une loi dite du cadenas, loi d'exception par excellence visant les communistes mais appliqu&#233;e &#224; tous les &#233;l&#233;ments consid&#233;r&#233;s comme non-conformistes, pour que les camarades rentrent sous la tente, leur chef en t&#234;te, l'&#226;me dirigeante qui je dois l'admettre &#233;tait la seule valeur de la bande. Il &#233;tait &#226;g&#233; et sans doute voyant qu'il ne pouvait compter m&#234;me sur ses rares lieutenants, il cessa toute activit&#233;. Ce fut la fin, ceci se passa vers 1937. &#192; maintes reprises, j'ai tent&#233; de pousser &#224; l'action les quelques rares canadiens qui avaient &#233;t&#233; le plus en vue dans le mouvement. Mais h&#233;las ! aucun n'a voulu reprendre la lutte. Apparamment, chacun songeait &#224; sa situation &#233;conomique et reprenait sa course aux dollars. La propagande, cela ne paie pas. D'ailleurs, j'en sais quelque chose&lt;/q&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;h3 class=&#034;spip&#034;&gt;&#171; French-Canadian Girls Get Tough &#187;&lt;/h3&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;div class='spip_document_4344 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_left spip_document_left spip_document_avec_legende' data-legende-len=&#034;14&#034; data-legende-lenx=&#034;&#034;
&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='https://www.partage-noir.fr/local/cache-vignettes/L150xH230/sans_titre-11-3-6b8bd-f93e2.png?1774716555' width='150' height='230' alt='' /&gt;
&lt;figcaption class='spip_doc_legende'&gt; &lt;div class='spip_doc_descriptif '&gt;&lt;small&gt;Rose Pesotta &lt;/small&gt;
&lt;/div&gt; &lt;/figcaption&gt;&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;
&lt;p&gt;Alors que se meurt l'Universit&#233; ouvri&#232;re et l'Association humanitaire, &lt;a href=&#034;https://www.militants-anarchistes.info/spip.php?article7039&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;Rose Pesotta&lt;/a&gt; arrive &#224; Montr&#233;al en 1937 en tant qu'organisatrice de l'Union internationale des ouvriers du v&#234;tement pour dames (UIOVD), dont elle assume la vice-pr&#233;sidence jusqu'en 1942. N&#233;e en Ukraine en 1896, elle part aux &#201;tats-Unis en 1913 o&#249; elle travaille dans l'industrie du v&#234;tement comme des milliers d'autres immigrantes juives. Anarchiste depuis sa prime jeunesse, elle trouve &#224; New-York un milieu propice &#224; ses id&#233;es. C'est l&#224; qu'elle rencontre Emma Goldman, qui deviendra une amie et une source d'inspiration pour Pesotta.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Rose Pesotta commence &#224; s'impliquer dans le mouvement ouvrier au d&#233;but des ann&#233;es 20 : &lt;q style=&#034;font-style: italic;&#034;&gt;she felt that since anarchist believed in the general strike as an organizing tactic, she should be among the masses when they were ready to rise, as well as to inject anarchist ideas into the labor movement&lt;/q&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb3-8&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Ann Schofield in Pesotta, Rose (1987) Bread Upon the Waters, ILR Press, p. vii&#034; id=&#034;nh3-8&#034;&gt;8&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;. Elle d&#233;barque &#224; Montr&#233;al pour participer &#224; la campagne de syndicalisation des 10 000 ouvri&#232;res du v&#234;tement. A cette &#233;poque, les conditions de vie des travailleuses de l'aiguille (les midinettes, comme on les appelle) sont pitoyables. Malgr&#233; de longues semaines de travail, la majorit&#233; d'entre elles ne gagnent m&#234;me pas le salaire minimum garanti aux femmes par la loi (12,50$ par semaine). D&#232;s son arriv&#233;e, Pesotta lance une campagne d'agit-prop tr&#232;s audacieuse. Elle produit une &#233;mission de radio bilingue, pr&#233;pare des tracts, publie un journal, organise le porte &#224; porte, transforme le local syndical en salon de th&#233;, d&#233;veloppe des cours du soir (qui seront donn&#233;s par L&#233;a Roback, alors travailleuse sociale). Ses efforts commencent &#224; porter fruit. Plusieurs ouvri&#232;res deviennent membres et participent &#224; leur tour &#224; la campagne sur le plancher de travail. C'est sans compter sur l'&#233;glise catholique, qui d&#233;nonce publiquement l'appui donn&#233; par l'UIOVD au camp r&#233;publicain en Espagne. Aux yeux des cercles catholiques, Pesotta est une &lt;q style=&#034;font-style: italic;&#034;&gt;dangereuse agitatrice &#233;trang&#232;re&lt;/q&gt;. Plane donc au-dessus de sa t&#234;te et de celles des ouvri&#232;res la fameuse loi du cadenas. En fait, l'&#233;glise cherche &#224; &#233;carter l'Union internationale pour installer ses propres syndicats dans cette industrie. Les employeurs font &#233;galement la vie dure aux d&#233;l&#233;gu&#233;es syndicales de l'UIOVD. Plusieurs d'entre elles sont limog&#233;es peu apr&#232;s l'inauguration officielle de leur local syndical. Une lutte s'amorce pour leur retour au travail. Pesotta se lance &#224; font de train dans ce combat, qui finit par tourner &#224; l'avantage des travailleuses. Une premi&#232;re manche est gagn&#233;e.&lt;/p&gt;
&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;div class='spip_document_4343 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center spip_document_avec_legende' data-legende-len=&#034;63&#034; data-legende-lenx=&#034;x&#034;
&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href='https://www.partage-noir.fr/IMG/jpg/en_greve_avec_lea_et_les_midinettes.jpg' class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/jpeg&#034;&gt; &lt;img src='https://www.partage-noir.fr/local/cache-vignettes/L500xH438/en_greve_avec_lea_et_les_midinettes-b6d79.jpg?1774716555' width='500' height='438' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;figcaption class='spip_doc_legende'&gt; &lt;div class='spip_doc_descriptif '&gt;&lt;small&gt;En gr&#232;ve avec L&#233;a et les midinettes, Montr&#233;al, printemps 1937&lt;/small&gt;
&lt;/div&gt; &lt;/figcaption&gt;&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;
&lt;p&gt;Apr&#232;s plusieurs mois de travail acharn&#233;, les membres de l'UIOVD d&#233;clenchent le 14 avril 1937 une gr&#232;ve g&#233;n&#233;rale illimit&#233;e. Plus de 100 usines sont touch&#233;es : 5 000 ouvri&#232;res, majoritairement juives et canadienne-fran&#231;aises, participent au mouvement. La r&#233;ponse du clerg&#233; est imm&#233;diate : dans une lettre publi&#233;e le 18 avril dans le journal &lt;i&gt;La Patrie&lt;/i&gt;, l'archev&#234;que de Montr&#233;al et les dirigeants des syndicats catholiques exigent du gouvernement la d&#233;portation de Rose Pesotta et d'un autre organisateur, Bernard Shane. Des mandats d'arr&#234;ts sont &#233;mis contre Shane et Pesotta. Malgr&#233; ces attaques, les ouvri&#232;res tiennent bon. En d&#233;fiant les cur&#233;s et leurs patrons, elles finissent par gagner la gr&#232;ve. Elles obtiennent sur le champ une augmentation de salaire de 10%, la semaine de 44 heures, le temps suppl&#233;mentaire pay&#233; 1 fois et demi, pas de travail le samedi, etc. Le 21 juin, 5 000 travailleuses de l'aiguille se r&#233;unissent dans une ar&#233;na du centre-ville pour c&#233;l&#233;brer leur victoire. Un sentiment de fiert&#233; les anime. Comme l'&#233;crit Pesotta dans son autobiographie : &lt;q style=&#034;font-style: italic;&#034;&gt;the thousands of girls and women present, lately freed from long exploitation, realized that they were now part of the great army of organized labor, and were no longer defenseless&lt;/q&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb3-9&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Pesotta, Rose (1987), ibid, p. 277&#034; id=&#034;nh3-9&#034;&gt;9&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;div class='spip_document_4346 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center spip_document_avec_legende' data-legende-len=&#034;25&#034; data-legende-lenx=&#034;&#034;
&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href='https://www.partage-noir.fr/IMG/png/sans_titre-13.png' class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/png&#034;&gt; &lt;img src='https://www.partage-noir.fr/local/cache-vignettes/L500xH238/sans_titre-13-f113e.png?1774716556' width='500' height='238' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;figcaption class='spip_doc_legende'&gt; &lt;div class='spip_doc_descriptif '&gt;&lt;small&gt;Gr&#232;ves de Sorel en 1937&lt;/small&gt;
&lt;/div&gt; &lt;/figcaption&gt;&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;
&lt;p&gt;Les travailleuses de l'aiguille ne sont pas les seules &#224; se r&#233;volter. Ailleurs en province, des gr&#232;ves sauvages &#233;clatent. Le 29 avril, des ouvriers de Sorel (qui bossent &#224; la Sorel Steel Foundries, la Sorel Iron Foundries et au Sorel Mechanical Shop) votent la gr&#232;ve contre leur employeur, la famille Simard. Pendant plusieurs nuits, les gr&#233;vistes sont ma&#238;tres de la ville et saccagent les b&#226;timents de la compagnie. Plusieurs d'entre eux sont arr&#234;t&#233;s et traduit devant les tribunaux. Le 13 juillet 1938, c'est au tour des travailleurs de Montmorency (non loin de Qu&#233;bec) &#224; se mettre en mouvement. Des ouvriers de la Dominion Textile cassent la gueule &#224; leurs patrons. Ils gagnent leur point (!), et signent le lendemain une nouvelle convention collective.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais au loin, en Europe, les premiers signes de guerre se font de plus en plus pr&#233;sents. La r&#233;volution espagnole, &#224; laquelle participeront 1 400 Canadiens (dont une cinquantaine de Montr&#233;alais), vient d'&#234;tre &#233;cras&#233;e. Le bruit des bottes se fait bient&#244;t entendre en Pologne : la deuxi&#232;me boucherie mondiale peut commencer.&lt;/p&gt;
&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;div class='spip_document_4345 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href='https://www.partage-noir.fr/IMG/png/sans_titre-6-5.png' class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/png&#034;&gt; &lt;img src='https://www.partage-noir.fr/local/cache-vignettes/L500xH296/sans_titre-6-5-72b75.png?1774716556' width='500' height='296' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;h3 class=&#034;spip&#034;&gt;Conclusion&lt;/h3&gt;
&lt;p&gt;Bien que marginal, le courant anarchiste &#233;tait bel et bien pr&#233;sent au Qu&#233;bec pendant l'entre-deux guerres. Des hommes et des femmes ont traduit &#224; leur fa&#231;on cet id&#233;al dans une pratique quotidienne, que ce soit de fa&#231;on autonome ou par une pr&#233;sence dans les mouvements sociaux. Les nombreux s&#233;jours d'Emma Goldman (elle revient &#224; plusieurs reprises tout au long des ann&#233;es 30), mais aussi de Rudolf Rocker (qui vient donner une s&#233;rie de conf&#233;rence &#224; Montr&#233;al en 1934) ont sans aucun doute contribu&#233; &#224; faire conna&#238;tre les id&#233;es anarchistes aupr&#232;s d'un public juif et anglophone. On est toutefois bien loin du d&#233;but du si&#232;cle, p&#233;riode o&#249; les anarchistes forment l'un des courants r&#233;volutionnaires les plus actifs &#224; Montr&#233;al. Dans une entrevue au journal &lt;i&gt;La Presse&lt;/i&gt; le 4 mai 1934, Emma Goldman confie au journaliste qu'elle doute des chances de l'anarchisme au Qu&#233;bec. L'absence d'organisation sp&#233;cifique semble vouloir lui donner raison. Mais un autre facteur joue dans la balance : la division du mouvement sur des bases linguistiques. Le moins qu'on puisse dire, c'est que les liens sont &#224; peu pr&#232;s inexistants entre les anarchistes juifs et les anarchistes francophones. Les uns tendent &#224; se replier de plus en plus sur leur communaut&#233;, d&#233;laissant toute forme de propagande autre qu'en yiddish. Les libertaires francophones, obnubil&#233;s par la lutte contre l'emprise du clerg&#233;, semblent se soucier assez peu de ce qui se passe dans les communaut&#233;s immigrantes. Deux solitudes cohabitent, se croisent, mais ne parviennent pas &#224; faire cause commune.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;hr /&gt;
		&lt;div class='rss_notes'&gt;&lt;div id=&#034;nb3-1&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh3-1&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 3-1&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;1&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;Gagnon, Henri (1985), &lt;i&gt;Les militants socialistes du Qu&#233;bec d'une &#233;poque &#224; l'autre&lt;/i&gt;, p. 90.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb3-2&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh3-2&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 3-2&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;2&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;Salutin, Rick (1982), &lt;i&gt;Kent Rowley, une vie pour le mouvement ouvrier&lt;/i&gt;, &#201;d. Coop&#233;ratives Albert Saint-Martin, p. 27.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb3-3&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh3-3&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 3-3&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;3&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;Avrich, Paul (1995),&lt;i&gt; Anarchists Voices : An Oral History of Anarchism in America&lt;/i&gt;, Princeton University Press, p. 180-182.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb3-4&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh3-4&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 3-4&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;4&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;Valjean, Jean (1922), &lt;i&gt;La crise&lt;/i&gt;, 32 p.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb3-5&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh3-5&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 3-5&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;5&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;Fournier, Marcel (1979), &lt;i&gt;Communisme et anticommunisme au Qu&#233;bec&lt;/i&gt;, &#201;d. Coop&#233;ratives Albert Saint-Martin, p. 155.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb3-6&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh3-6&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 3-6&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;6&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;Larivi&#232;re, Claude (1979),&lt;i&gt; Albert Saint-Martin, militant d'avant-garde (1865-1947)&lt;/i&gt;, &#201;d. Coop&#233;ratives Albert Saint-Martin, p. 270-271.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb3-7&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh3-7&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 3-7&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;7&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;Medresh, Israel (2001),&lt;i&gt; Le Montr&#233;al juif entre les deux guerres&lt;/i&gt;, p.96.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb3-8&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh3-8&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 3-8&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;8&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;Ann Schofield in Pesotta, Rose (1987) &lt;i&gt;Bread Upon the Waters&lt;/i&gt;, ILR Press, p. vii&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb3-9&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh3-9&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 3-9&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;9&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;Pesotta, Rose (1987), ibid, p. 277&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		
		</content:encoded>


		

	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>Sur les traces de l'anarchisme au Qu&#233;bec - 3. Une tendance diffuse (1910-1920)</title>
		<link>https://www.partage-noir.fr/sur-les-traces-de-l-anarchisme-au-quebec-3-une-tendance-diffuse</link>
		<guid isPermaLink="true">https://www.partage-noir.fr/sur-les-traces-de-l-anarchisme-au-quebec-3-une-tendance-diffuse</guid>
		<dc:date>2023-11-11T23:05:00Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Michel Nestor </dc:creator>


		<dc:subject>Qu&#233;bec</dc:subject>
		<dc:subject>IWW</dc:subject>

		<description>&lt;p&gt;A l'oppos&#233; des courants politiques sociaux-d&#233;mocrates ou marxistes-l&#233;ninistes, les id&#233;es anarchistes ont compl&#232;tement &#233;t&#233; ignor&#233;es par les historiens qu&#233;b&#233;cois. Pourtant, cette tradition r&#233;volutionnaire a travers&#233; le vingti&#232;me si&#232;cle et demeure &#224; ce jour l'une des plus dynamiques qui soit. Dans le troisi&#232;me d'une s&#233;rie d'articles, nous essaierons de mieux faire conna&#238;tre certains moments, certains groupes qui ont permis aux id&#233;es et &#224; la pratique r&#233;volutionnaire anarchiste et libertaire de prendre racine au Qu&#233;bec entre 1910 et 1920.&lt;/p&gt;

-
&lt;a href="https://www.partage-noir.fr/-ruptures-no3-printemps-2003-" rel="directory"&gt;Ruptures n&#176;3 - printemps 2003&lt;/a&gt;

/ 
&lt;a href="https://www.partage-noir.fr/+-quebec-+" rel="tag"&gt;Qu&#233;bec&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.partage-noir.fr/+-iww-etats-unis-+" rel="tag"&gt;IWW&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;img src='https://www.partage-noir.fr/local/cache-vignettes/L150xH84/rnwmp_operations_in_winnipeg_general_strike__1919_copie-30ce3.jpg?1774708537' class='spip_logo spip_logo_right' width='150' height='84' alt=&#034;&#034; /&gt;
		&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;A l'oppos&#233; des courants politiques sociaux-d&#233;mocrates ou marxistes-l&#233;ninistes, les id&#233;es anarchistes ont compl&#232;tement &#233;t&#233; ignor&#233;es par les historiens qu&#233;b&#233;cois. Pourtant, cette tradition r&#233;volutionnaire a travers&#233; le vingti&#232;me si&#232;cle et demeure &#224; ce jour l'une des plus dynamiques qui soit. Dans le troisi&#232;me d'une s&#233;rie d'articles, nous essaierons de mieux faire conna&#238;tre certains moments, certains groupes qui ont permis aux id&#233;es et &#224; la pratique r&#233;volutionnaire anarchiste et libertaire de prendre racine au Qu&#233;bec entre 1910 et 1920.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;h3 class=&#034;spip&#034;&gt;L'avant-guerre &lt;/h3&gt;
&lt;p&gt;Avant que n'&#233;clate le premier conflit mondial, le mouvement r&#233;volutionnaire au Qu&#233;bec est largement domin&#233; par le Parti Socialiste du Canada. Le principal porte&#173;-parole de ce groupe, le st&#233;nographe Albert Saint-Martin, est un marxiste anti-autoritaire bien connu du grand public. Ses id&#233;es se rap&#173;prochent &#224; l'occasion des th&#232;ses libertaires, tout comme certaines des revendications du PSC, comme en t&#233;moigne le programme du parti en 1911 : &lt;q style=&#034;font-style: italic;&#034;&gt;1. Abolir la propri&#233;t&#233; priv&#233;e des moyens de se procurer la nourriture, les v&#234;tements et le logement. 2. Rendre propri&#233;t&#233;s collectives le sol, les chemins de fer, les services publics, les usines, les mines et les inventions. 3. Assurer la gestion et l'organi&#173;sation d&#233;mocratique de l'industrie par le peu&#173;ple, pour le peuple. 4. Produire les n&#233;cessit&#233;s de la vie pour leur usage plut&#244;t que pour le profit. 5. Voir &#224; ce que chacun poss&#232;de le droit de travailler et de gagner sa vie. 6. Voir &#224; ce que personne, &#224; l'exception des enfants et des malades, ne puissent vivre aux d&#233;pends des autres&lt;/q&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb4-1&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Larivi&#232;re, Claude, Albert Saint-Martin, mili&#173;tant d'avant-garde (1865-1947), (&#8230;)&#034; id=&#034;nh4-1&#034;&gt;1&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;. Si les pratiques quo&#173;tidiennes du PSC s'&#233;loignent tr&#232;s souvent de l'anarchisme, celles de Saint-Martin sont net&#173;tement plus originales. En 1910, Saint&#173;-Martin fait partie d'un groupe qui d&#233;cide d'a&#173;cheter des terres agricoles au Lac des &#201;corces, non loin de Mont-Laurier. Avec quelques immigrants fran&#231;ais, il s'y &#233;tablira pendant la guerre, fondant un &#171; milieu libre &#187; en pleine campagne qu&#233;b&#233;coise sous la forme d'une ferme collective autog&#233;r&#233;e.&lt;/p&gt;
&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;div class='spip_document_4331 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_left spip_document_left spip_document_avec_legende' data-legende-len=&#034;14&#034; data-legende-lenx=&#034;&#034;
&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='https://www.partage-noir.fr/local/cache-vignettes/L242xH300/earmand-d7d7c.webp?1774708538' width='242' height='300' alt='' /&gt;
&lt;figcaption class='spip_doc_legende'&gt; &lt;div class='spip_doc_descriptif '&gt;&lt;small&gt;&#201;mile Armand&lt;/small&gt;
&lt;/div&gt; &lt;/figcaption&gt;&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;
&lt;p&gt;Au m&#234;me moment, quelques cercles lib&#173;ertaires sont actifs &#224; Montr&#233;al. L'un d'eux est en lien avec l'anarchiste individualiste fran&#231;ais &#201;mile Armand, l'&#233;diteur de la revue &lt;i&gt;l'En Dehors&lt;/i&gt;. Dans leur correspondance, dat&#233;e de 1914, voici comment ils d&#233;crivent Saint&#173;-Martin et leurs rapports avec lui : &lt;q style=&#034;font-style: italic;&#034;&gt;A Montr&#233;al, nous sommes un demi-quarteron d'Europ&#233;ens encore un peu fougueux et id&#233;alistes, nous nous chamaillons avec les socialos d'ici. Leur chef est un canadien du nom de Saint-Martin, st&#233;nographe &#224; la cour. C'est un homme actif et courageux qui a conquis le droit &#224; la parole sur les places et fait beaucoup de propagande. Mais il est obtus sur bien des questions. C'est un causeur &#224; la canadienne des plus amusants, se mettant ou &#233;tant &#224; la port&#233;e de la mentalit&#233; d'ici. Pas de question intellectuelle, tout est r&#233;duit &#224; la tyrannie &#233;conomique&lt;/q&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb4-2&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Lettre de &#201;mile Toupin &#224; &#201;mile Armand, Montr&#233;al, 1914. Source : Institut (&#8230;)&#034; id=&#034;nh4-2&#034;&gt;2&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les &#171; questions intellectuelles &#187; dont parle l'auteur de cette lettre semblent occuper une place centrale dans les activit&#233;s des lib&#173;ertaires montr&#233;alais. En 1910, le journal catholique int&#233;griste&lt;i&gt; La V&#233;rit&#233;&lt;/i&gt; signale la fon&#173;dation un an plus t&#244;t du cercle de libre pen&#173;s&#233;e Alpha Omega, form&#233; &#233;crit-il, de &lt;q style=&#034;font-style: italic;&#034;&gt;social&#173;istes &#224; allures d'anarchistes, de r&#233;volution&#173;naires et de toute une bande de sectaires enrag&#233;s&lt;/q&gt;. Il a &#233;t&#233; cr&#233;&#233; le 5 f&#233;vrier 1909 par des membres de la loge l'Emancipation. Sa biblioth&#232;que, qui sera enrichie au fil des ans, contient bon nombre de livres d'auteurs libertaires. Outre &#201;lis&#233;e Reclus, on retrouve des &#339;uvres d'Octave Mirbeau, Jean-Marie Guyau et Jean Richepin. Plusieurs des membres du cercle s'expriment dans les pages d'un hebdo&#173;madaire montr&#233;alais, le journal &lt;i&gt;Le Pays.&lt;/i&gt; Semaine apr&#232;s semaine, ses pages d&#233;bordent de critiques &#224; l'&#233;gard du clerg&#233; et des &#233;lites qui soutiennent son emprise sur la popula&#173;tion.&lt;i&gt; Le Pays&lt;/i&gt; prend publiquement la d&#233;fense de Francisco Ferrer, le p&#233;dagogue anarchiste espagnol fusill&#233; par les forces r&#233;actionnaires &#224; l'issue d'une insurrection avort&#233;e &#224; Barcelone.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Deux ans plus tard, suite &#224; une cabale mont&#233;e par l'&#233;glise contre ses membres, le cercle Alpha Omega est officiellement dissous. En fait, cette disparition est de courte dur&#233;e ; la m&#234;me ann&#233;e, on assiste &#224; la cr&#233;ation de l'Institut du Canada. Celui-ci a pour objectif l'avancement de la libre pens&#233;e, de l'humanise radical et de la solidarit&#233; humaine par la diffusion d'id&#233;es rationalistes et &#233;galitaires. Dans le contexte qu&#233;b&#233;cois, celles-ci ont un contenu assez radical ! Toutefois, ni le cercle Alpha Omega, ni l'Institut du Canada ne for&#173;ment des groupes sp&#233;cifiquement anar&#173;chistes : on retrouve en leur sein plusieurs tendances politiques assez contradictoires, souvent plus lib&#233;rales que libertaires.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Des anarchistes suivent &#224; la m&#234;me &#233;poque une trajectoire similaire. Dans la communaut&#233; juive, le syst&#232;me &#233;ducatif est enti&#232;rement contr&#244;l&#233; par un courant politique qui progressivement arrive &#224; marginaliser tous les autres : les travaillistes-sionistes du Poale Zion. L'enseignement transmis n'est donc pas exempt de contenu religieux. Insatisfaits, des anarchistes d&#233;cident de cr&#233;er une &#233;cole alternative. Ainsi va na&#238;tre la premi&#232;re &#171; Ratsyonale Shul &#187; ou &#233;cole ratio&#173;naliste &#224; Montr&#233;al. Enti&#232;rement la&#239;c, ce projet d'&#233;ducation populaire fonctionnera comme une &#233;cole du dimanche et accueillera plusieurs dizaines d'enfants de la communaut&#233; juive&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb4-3&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;&#192; ce sujet, voir : Belkin, Simon, 1999 (1956). Le mouvement ouvrier juif au (&#8230;)&#034; id=&#034;nh4-3&#034;&gt;3&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;h3 class=&#034;spip&#034;&gt;Un plaidoyer anti&#173;capitaliste &lt;/h3&gt;
&lt;p&gt;Les id&#233;es anarchistes s'expriment de nombreuses autres fa&#231;ons. Le 9 novem&#173;bre 1913, para&#238;t &#224; Montr&#233;al une brochure de propagande socialiste intitul&#233;e &lt;i&gt;Chert&#233; de la vie et probl&#232;mes &#233;conomiques et sociaux&lt;/i&gt;. Elle est sign&#233;e par &#171; Jean Valjean II &#187;. Sur 43 pages, l'auteur critique avec beaucoup de lucidit&#233; le syst&#232;me capitaliste et la morale chr&#233;tienne en s'appuyant sur de nombreux concepts d&#233;velopp&#233;s par des auteurs anarchistes, notamment Kropotkine. Le texte, qui se ter&#173;mine par un v&#233;ritable r&#233;quisitoire contre les illusions r&#233;formistes, lib&#233;rales et catholiques, peut &#234;tre consid&#233;r&#233; &#224; juste titre comme le plus ancien texte libertaire francophone disponible &#224; ce jour au Qu&#233;bec :&lt;/p&gt;
&lt;blockquote class=&#034;spip&#034;&gt;
&lt;p&gt;L'impuissance du capitalisme appara&#238;t tous les jours avec plus d'&#233;vidence. Pour le maintenir debout on a essay&#233; tous les syst&#232;mes d'administration, de banques d'assur&#173;ances, d'arbitrage, toutes les formes d'associ&#173;ations, ouvri&#232;res, patronales, de secours, de protection, tous les tarifs douaniers ; l'Angleterre a eu le libre-&#233;change absolu, les &#201;tats-Unis, la protection &#224; outrance, avec des r&#233;sultats identiques : richesse excessive, pauvret&#233; et mis&#232;re ; L&#233;on XIII, il y a plus de vingt ans, dans &lt;i&gt;Rerum Novarum&lt;/i&gt;, a offert son rem&#232;de au monde : la pratique des vertus chr&#233;tiennes, la charit&#233; et la pri&#232;re ; les vol&#173;umes de lois, de statuts et de r&#232;glements se succ&#232;dent sans fin, r&#233;primant, prohibant, punissant, favorisant tant&#244;t une classe, un groupe, une r&#233;gion, tant&#244;t un autre : on &#233;taie ici, on repl&#226;tre l&#224;, on bouche des trous et on ouvre des issues ; on abandonne une id&#233;e et on la reprend ; on change de gouvernements, d'hommes, de politique ; mais, en d&#233;pit de tous ces laborieux efforts, le conflit s'ac&#173;centue, les haines s'amoncellent, la guerre entre le capital et le travail est permanente, l'exploitation de l'homme par l'homme est plus intense et plus f&#233;roce ; la cruaut&#233;, la &lt;br class='autobr' /&gt;
barbarie et la stupidit&#233; de notre syst&#232;me &#233;conomique &#233;clatent avec plus de force [...]. N'est-il pas assez clair aujourd'hui que cet &#233;difice est b&#226;ti sur une mauvaise base, et que tous les repl&#226;trages et les badigeonnages qu'on lui fait subir ne peu&#173;vent arr&#234;ter le travail de destruction qui se fait au fond ? Le principe fondamen&#173;tal de notre syst&#232;me est le profit et l'exploitation ; c'est un principe d'&#233;go&#239;sme, de haine et de mort. Il faut lui substituer le principe de la coop&#233;ration et de l'entr'aide, principe f&#233;cond et bienfaisant, qui est la cause et la source de tout ce qui arrive de bien et de bon dans le monde.&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb4-4&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Groupe de chercheurs de l'Universit&#233; du Qu&#233;bec &#224; Montr&#233;al sur l'histoire des (&#8230;)&#034; id=&#034;nh4-4&#034;&gt;4&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;
&lt;/blockquote&gt;&lt;h3 class=&#034;spip&#034;&gt;Guerre &#224; la guerre &lt;/h3&gt;
&lt;p&gt;Dans sa brochure, Jean Valjean II s'at&#173;taque &#233;galement aux guerres imp&#233;rialistes et au sacro-saint patriotisme qui envoie les tra&#173;vailleurs au front pour d&#233;fendre les int&#233;r&#234;ts des capitalistes de leurs pays respectifs. &lt;q style=&#034;font-style: italic;&#034;&gt;Toutes les guerres,&lt;span style=&#034;font-style:normal;&#034;&gt; &#233;crit-il&lt;/span&gt;, ne sont que le meurtre et le brigandage organis&#233;s sur une grande &#233;chelle&lt;/q&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb4-5&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Ibid&#034; id=&#034;nh4-5&#034;&gt;5&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;. L'ann&#233;e suivante, la pre&#173;mi&#232;re guerre mondiale &#233;clate en Europe : le Canada participera activement &#224; cette effroyable boucherie en envoy&#173;ant plus de 400 000 hommes sur les champs de batailles. 60 000 d'entre eux mourront pendant ce conflit. La propa&#173;gande militaire canadienne frappera toutefois un mur au Qu&#233;bec. Les fran&#173;cophones, dans leur immense majorit&#233;, s'opposent farouche&#173;ment &#224; l'enr&#244;lement obligatoire dans les forces arm&#233;es. A l'occasion, leur col&#232;re s'ex&#173;prime avec violence, cr&#233;ant un climat de ten&#173;sion particuli&#232;rement intense aux quatre coins de la province. A Montr&#233;al, en 1917, des dynamiteros font sauter la r&#233;sidence d'un farouche partisan de la conscription tandis qu'&#224; travers le Qu&#233;bec, des manifestations anti-imp&#233;rialistes ponctuent les derni&#232;res ann&#233;es de la guerre.&lt;/p&gt;
&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;div class='spip_document_4329 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center spip_document_avec_legende' data-legende-len=&#034;73&#034; data-legende-lenx=&#034;xx&#034;
&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href='https://www.partage-noir.fr/IMG/jpg/anti-conscription_parade_at_victoria_square_copie.jpg' class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/jpeg&#034;&gt; &lt;img src='https://www.partage-noir.fr/local/cache-vignettes/L500xH392/anti-conscription_parade_at_victoria_square_copie-ac9f7.jpg?1774708538' width='500' height='392' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;figcaption class='spip_doc_legende'&gt; &lt;div class='spip_doc_descriptif '&gt;&lt;small&gt;D&#233;fil&#233; anti-conscription au square Victoria, Montr&#233;al (Qu&#233;bec, Canada).&lt;/small&gt;
&lt;/div&gt; &lt;/figcaption&gt;&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;/small&gt;
&lt;p&gt;A la fin mars 1918, la ville de Qu&#233;bec est secou&#233;e par une violente &#233;meute qui oppose pendant quatre jours et trois nuits des milliers d'anticonscriptionnistes aux autorit&#233;s civiles, religieuses et militaires. Suite &#224; l'ar&#173;restation par la police d'un jeune conscrit (Joseph Mercier), des manifestants br&#251;lent les bureaux de la Royal Canadian Mounted Police et de deux journaux pro-enr&#244;lement. Apr&#232;s une nuit &#171; orageuse &#187;, les &#233;meutiers investissent les bureau d'inscription mili&#173;taire et br&#251;lent les documents qu'ils trouvent sur place. Malgr&#233; l'arriv&#233;e d'un bataillon venu de Toronto, la population n'en d&#233;mord pas, pr&#233;f&#233;rant s'armer pour faire face &#224; la cav&#173;alerie qui charge sur elle. C'est &#224; grand ren&#173;fort de mitrailleuses que se r&#233;glera le soul&#232;vement populaire, faisant 4 morts, 75 bless&#233;s (dont 35 militaires) et une soixan&#173;taine d'arrestations. Au total, plus de 1 200 soldats prirent part &#224; la contre-insurrection, faisant de cette op&#233;ration militaire la troisi&#232;me plus importante sur le sol qu&#233;b&#233;&#173;cois apr&#232;s la crise d'Oka et celle d'Octobre 70.&lt;/p&gt;
&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;div class='spip_document_4328 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center spip_document_avec_legende' data-legende-len=&#034;146&#034; data-legende-lenx=&#034;xxx&#034;
&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href='https://www.partage-noir.fr/IMG/jpg/alexandre_bussieres__joseph-edouard_tremblay__honore_bergeron_et_georges_demeule_copie.jpg' class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/jpeg&#034;&gt; &lt;img src='https://www.partage-noir.fr/local/cache-vignettes/L500xH185/alexandre_bussieres__joseph-edouard_tremblay__honore_bergeron_et_georges_demeule_copie-d6755.jpg?1774708538' width='500' height='185' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;figcaption class='spip_doc_legende'&gt; &lt;div class='spip_doc_descriptif '&gt;&lt;small&gt;Alexandre Bussi&#232;res, Joseph-&#201;douard Tremblay, Honor&#233; Bergeron et Georges Demeule sont les quatre victimes de l'&#233;meute du Printemps 1918 &#224; Qu&#233;bec&lt;/small&gt;
&lt;/div&gt; &lt;/figcaption&gt;&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;h3 class=&#034;spip&#034;&gt;Un syndicalisme de combat &lt;/h3&gt;
&lt;p&gt;L'apr&#232;s-guerre est marqu&#233;e par une rad&#173;icalisation croissante des revendications de la classe ouvri&#232;re partout au Canada. La crise de la conscription, que nous venons d'&#233;voquer, a con&#173;tribu&#233; &#224; discr&#233;diter non seule&#173;ment le gouverne&#173;ment canadien, mais &#233;galement les directions syn&#173;dicales emp&#234;tr&#233;es dans leurs propres contradictions face &#224; la guerre. Cette insatisfac&#173;tion m&#232;nera des milliers de travailleurs &#224; remettre en cause les fondements m&#234;mes du syst&#232;me capitaliste et du syndicalisme d'affaire pratiqu&#233; notamment par le Conseil des M&#233;tiers et du Travail du Canada (CMTC). La r&#233;volution d'octobre en Russie donne de l'espoir &#224; des milliers de travailleurs qu&#233;b&#233;cois et canadiens. De plus en plus de militantes et de militants songent &#224; la cr&#233;ation d'une organisation syndicale plus combative regroupant tous les travailleurs sur une base industrielle. Ce d&#233;sir est d'autant plus urgent que le gouvernement canadien interdit, le 30 septembre 1918, 17 organisations syndicales et politiques, au nombre desquelles figure l'IWW (Industrial Workers of the World, le plus important syndicat r&#233;volutionnaire), la &#171; Russian Workers Union &#187; (syndicat anarchiste regroupant 10 000 ouvriers au Canada et aux &#201;tats-Unis) et tout autre groupe se pr&#233;sentant comme &#171; anarchiste &#187; ou &#171; socialiste &#187;. Cette vague de r&#233;pression intervient au moment m&#234;me o&#249; deux contingents de soldats canadiens d&#233;barquent en Russie pour venir en aide aux forces contre-r&#233;volutionnaires. La lutte contre le &lt;q style=&#034;font-style: italic;&#034;&gt;poison bolch&#233;vique et anarchiste&lt;/q&gt; est bel et bien devenue une priorit&#233; nationale !&lt;/p&gt;
&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;div class='spip_document_4333 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_right spip_document_right'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='https://www.partage-noir.fr/local/cache-vignettes/L247xH249/obu_logo-9f3a8.jpg?1774708538' width='247' height='249' alt='' /&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;
&lt;p&gt;Toutes ces mesures ne parviennent pas &#224; freiner l'&#233;lan du mouvement ouvrier r&#233;volutionnaire. R&#233;unis &#224; Calgary les 13 et 14 mars 1919, plusieurs centaines de d&#233;l&#233;gu&#233;s d&#233;cident de tenir un r&#233;f&#233;rendum pan-canadien pour cr&#233;er une nouvelle organisation syndicale : la One Big Union (OBU). Le pr&#233;ambule de l'organisation est cependant adopt&#233; par les personnes pr&#233; sentes. Il ressemble &#224; s'y m&#233;prendre &#224; celui de l'IWW, bien qu'il s'agisse d'organisations distinctes et parfois concurrentes sur le terrain. Tout comme l'IWW, l'OBU inscrit dans sa constitution le caract&#232;re permanent de la lutte des classes et son intention de renverser le syst&#232;me capitaliste &#224; travers la r&#233;appropriation des moyens de production par la classe ouvri&#232;re.&lt;/p&gt;
&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;div class='spip_document_4332 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center spip_document_avec_legende' data-legende-len=&#034;46&#034; data-legende-lenx=&#034;x&#034;
&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href='https://www.partage-noir.fr/IMG/jpg/greve_generale_winnipeg_1919.jpg' class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/jpeg&#034;&gt; &lt;img src='https://www.partage-noir.fr/local/cache-vignettes/L500xH375/greve_generale_winnipeg_1919-fddba.jpg?1774708538' width='500' height='375' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;figcaption class='spip_doc_legende'&gt; &lt;div class='spip_doc_descriptif '&gt;&lt;small&gt;Gr&#232;ve g&#233;n&#233;rale de Winnipeg, le 21 juin 1919.&lt;/small&gt;
&lt;/div&gt; &lt;/figcaption&gt;&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;
&lt;p&gt;Le 1&lt;sup class=&#034;typo_exposants&#034;&gt;er&lt;/sup&gt; mai 1919, la manifestation comm&#233;morant la f&#234;te internationale des travailleurs est un franc succ&#232;s &#224; Montr&#233;al. Parmi les 5 000 manifestants (dont plus de 2000 sans-emplois), on voit appara&#238;tre de nombreuses pancartes r&#233;clamant &#171; Une seule union &#187;. Deux semaines plus tard, l'un des plus importants conflits politiques de la d&#233;cennie &#233;clate &#224; Winnipeg. Une gr&#232;ve g&#233;n&#233;rale secoue la capitale manitobaine du 15 mai au 1&lt;sup class=&#034;typo_exposants&#034;&gt;er&lt;/sup&gt; juillet, Pendant six semaines, les travailleurs prennent litt&#233;ralement le contr&#244;le de la ville, de l'approvisionnement en nourriture jusqu'&#224; la s&#233;curit&#233; publique. Si l'OBU n'est pas &#224; l'origine de ce gigantesque d&#233;brayage, ses militants l'ont fermement appuy&#233; pendant toute sa dur&#233;e.&lt;/p&gt;
&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;div class='spip_document_4336 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center spip_document_avec_legende' data-legende-len=&#034;128&#034; data-legende-lenx=&#034;xxx&#034;
&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href='https://www.partage-noir.fr/IMG/jpg/rnwmp_operations_in_winnipeg_general_strike__1919_copie.jpg' class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/jpeg&#034;&gt; &lt;img src='https://www.partage-noir.fr/local/cache-vignettes/L500xH282/rnwmp_operations_in_winnipeg_general_strike__1919_copie-bd349.jpg?1774708538' width='500' height='282' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;figcaption class='spip_doc_legende'&gt; &lt;div class='spip_doc_descriptif '&gt;&lt;small&gt;Gendarmerie royale du Nord-Ouest &#224; Winnipeg lors de la gr&#232;ve g&#233;n&#233;rale de 1919, peu de temps avant qu'elle ne tire sur la foule&lt;/small&gt;
&lt;/div&gt; &lt;/figcaption&gt;&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;
&lt;p&gt;La gr&#232;ve g&#233;n&#233;rale de Winnipeg a des &#233;chos au Qu&#233;bec, entra&#238;nant une vague de d&#233;brayages spontan&#233;s de 1919 &#224; 1920. A Montr&#233;al, de mai &#224; juillet 1919, 22 000 travailleurs firent la gr&#232;ve, essentiellement dans l'industrie lourde et les chantiers navals. Les directions syndicales sont d&#233;pass&#233;es par leur base, les travailleurs formant des Comit&#233;s de gr&#232;ve autonomes pour diriger la lutte. Deux syndicats affili&#233;s au Conseil des M&#233;tiers et du Travail du Canada, le syndicat des machinistes et celui des ing&#233;nieurs, vont m&#234;me jusqu'&#224; proposer la tenue d'une gr&#232;ve g&#233;n&#233;rale en solidarit&#233; avec les insurg&#233;s de Winnipeg. Seuls les ouvriers de la Canadian Vickers embo&#238;teront le pas. Malgr&#233; l'&#233;chec de cette strat&#233;gie, les deux syndicats inviteront &#224; Montr&#233; al le leader ouvrier manitobain R.J. Johns lors d'un grand rassemblement &#224; la fin du mois de mai. La direction canadienne et am&#233;ricaine des unions internationales est inqui&#232;te de tout ce &#034;d&#233;sordre&#034; ; elle y voit le signe de &#034;comportements anarchiques qui risquent de compromettre l'existence m&#234;me du syndicalisme&#034;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb4-6&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Rouillard, Jacques, Histoire du syndicalisme qu&#233;b&#233;cois, &#201;ditions du Bor&#233;al, (&#8230;)&#034; id=&#034;nh4-6&#034;&gt;6&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;div class=&#034;spip_document_4334 spip_document spip_documents spip_document_video spip_documents_center spip_document_center spip_document_avec_legende&#034; data-legende-len=&#034;62&#034; data-legende-lenx=&#034;x&#034;
&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt;
&lt;div class=&#034;video-intrinsic-wrapper&#034; style='height:0;width:1480px;max-width:100%;padding-bottom:72.97%;position:relative;'&gt; &lt;div class=&#034;video-wrapper&#034; style=&#034;position: absolute;top:0;left:0;width:100%;height:100%;&#034;&gt; &lt;video class=&#034;mejs mejs-4334&#034; data-id=&#034;a087ab2d380da96fe1ebac593f24aa34&#034; data-mejsoptions='{&#034;iconSprite&#034;: &#034;plugins-dist/medias/lib/mejs/mejs-controls.svg&#034;,&#034;alwaysShowControls&#034;: true,&#034;pluginPath&#034;:&#034;plugins-dist/medias/lib/mejs/&#034;,&#034;loop&#034;:false,&#034;videoWidth&#034;:&#034;100%&#034;,&#034;videoHeight&#034;:&#034;100%&#034;,&#034;duration&#034;:85}' width=&#034;100%&#034; height=&#034;100%&#034; poster=&#034;local/cache-vignettes/L1480xH1079/vlcsnap-2023-11-10-12h09m29s066-91612.png?1774708537&#034; controls=&#034;controls&#034; preload=&#034;none&#034; &gt; &lt;source type=&#034;video/webm&#034; src=&#034;IMG/webm/pathe_news_no._57_-__excerpt___winnipeg_general_strike___1919_.webm.1080p_vp9.webm&#034; /&gt; &lt;img src='https://www.partage-noir.fr/local/cache-vignettes/L500xH365/vlcsnap-2023-11-10-12h09m29s066-91612-9c6a4.png?1774708538' width='500' height='365' alt='Impossible de lire la video' /&gt; &lt;/video&gt; &lt;/div&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;figcaption class='spip_doc_legende'&gt; &lt;div class='spip_doc_titre '&gt;&lt;strong&gt;Images d'actualit&#233;s de la gr&#232;ve g&#233;n&#233;rale de Winnipeg de 1919
&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt; &lt;/figcaption&gt;
&lt;div class=&#034;base64javascript193378594969d693b099c543.24027488&#034; title=&#034;PHNjcmlwdD4gdmFyIG1lanNwYXRoPSdwbHVnaW5zLWRpc3QvbWVkaWFzL2xpYi9tZWpzL21lZGlhZWxlbWVudC1hbmQtcGxheWVyLm1pbi5qcz8xNzcyNzk1ODQwJyxtZWpzY3NzPSdwbHVnaW5zLWRpc3QvbWVkaWFzL2xpYi9tZWpzL21lZGlhZWxlbWVudHBsYXllci5taW4uY3NzPzE3NzI3OTU4NDAnOwp2YXIgbWVqc2xvYWRlcjsKKGZ1bmN0aW9uKCl7dmFyIGE9bWVqc2xvYWRlcjsidW5kZWZpbmVkIj09dHlwZW9mIGEmJihtZWpzbG9hZGVyPWE9e2dzOm51bGwscGx1Zzp7fSxjc3M6e30saW5pdDpudWxsLGM6MCxjc3Nsb2FkOm51bGx9KTthLmluaXR8fChhLmNzc2xvYWQ9ZnVuY3Rpb24oYyl7aWYoInVuZGVmaW5lZCI9PXR5cGVvZiBhLmNzc1tjXSl7YS5jc3NbY109ITA7dmFyIGI9ZG9jdW1lbnQuY3JlYXRlRWxlbWVudCgibGluayIpO2IuaHJlZj1jO2IucmVsPSJzdHlsZXNoZWV0IjtiLnR5cGU9InRleHQvY3NzIjtkb2N1bWVudC5nZXRFbGVtZW50c0J5VGFnTmFtZSgiaGVhZCIpWzBdLmFwcGVuZENoaWxkKGIpfX0sYS5pbml0PWZ1bmN0aW9uKCl7ITA9PT1hLmdzJiZmdW5jdGlvbihjKXtqUXVlcnkoImF1ZGlvLm1lanMsdmlkZW8ubWVqcyIpLm5vdCgiLmRvbmUsLm1lanNfX3BsYXllciIpLmVhY2goZnVuY3Rpb24oKXtmdW5jdGlvbiBiKCl7dmFyIGU9ITAsaDtmb3IoaCBpbiBkLmNzcylhLmNzc2xvYWQoZC5jc3NbaF0pO2Zvcih2YXIgZiBpbiBkLnBsdWdpbnMpInVuZGVmaW5lZCI9PQp0eXBlb2YgYS5wbHVnW2ZdPyhlPSExLGEucGx1Z1tmXT0hMSxqUXVlcnkuZ2V0U2NyaXB0KGQucGx1Z2luc1tmXSxmdW5jdGlvbigpe2EucGx1Z1tmXT0hMDtiKCl9KSk6MD09YS5wbHVnW2ZdJiYoZT0hMSk7ZSYmalF1ZXJ5KCIjIitjKS5tZWRpYWVsZW1lbnRwbGF5ZXIoalF1ZXJ5LmV4dGVuZChkLm9wdGlvbnMse3N1Y2Nlc3M6ZnVuY3Rpb24oYSxjKXtmdW5jdGlvbiBiKCl7dmFyIGI9alF1ZXJ5KGEpLmNsb3Nlc3QoIi5tZWpzX19pbm5lciIpO2EucGF1c2VkPyhiLmFkZENsYXNzKCJwYXVzaW5nIiksc2V0VGltZW91dChmdW5jdGlvbigpe2IuZmlsdGVyKCIucGF1c2luZyIpLnJlbW92ZUNsYXNzKCJwbGF5aW5nIikucmVtb3ZlQ2xhc3MoInBhdXNpbmciKS5hZGRDbGFzcygicGF1c2VkIil9LDEwMCkpOmIucmVtb3ZlQ2xhc3MoInBhdXNlZCIpLnJlbW92ZUNsYXNzKCJwYXVzaW5nIikuYWRkQ2xhc3MoInBsYXlpbmciKX1iKCk7YS5hZGRFdmVudExpc3RlbmVyKCJwbGF5IixiLCExKTsKYS5hZGRFdmVudExpc3RlbmVyKCJwbGF5aW5nIixiLCExKTthLmFkZEV2ZW50TGlzdGVuZXIoInBhdXNlIixiLCExKTthLmFkZEV2ZW50TGlzdGVuZXIoInBhdXNlZCIsYiwhMSk7Zy5hdHRyKCJhdXRvcGxheSIpJiZhLnBsYXkoKX19KSl9dmFyIGc9alF1ZXJ5KHRoaXMpLmFkZENsYXNzKCJkb25lIiksYzsoYz1nLmF0dHIoImlkIikpfHwoYz0ibWVqcy0iK2cuYXR0cigiZGF0YS1pZCIpKyItIithLmMrKyxnLmF0dHIoImlkIixjKSk7dmFyIGQ9e29wdGlvbnM6e30scGx1Z2luczp7fSxjc3M6W119LGUsaDtmb3IoZSBpbiBkKWlmKGg9Zy5hdHRyKCJkYXRhLW1lanMiK2UpKWRbZV09alF1ZXJ5LnBhcnNlSlNPTihoKTtiKCl9KX0oalF1ZXJ5KX0pO2EuZ3N8fCgidW5kZWZpbmVkIiE9PXR5cGVvZiBtZWpzY3NzJiZhLmNzc2xvYWQobWVqc2NzcyksYS5ncz1qUXVlcnkuZ2V0U2NyaXB0KG1lanNwYXRoLGZ1bmN0aW9uKCl7YS5ncz0hMDthLmluaXQoKTtqUXVlcnkoYS5pbml0KTtvbkFqYXhMb2FkKGEuaW5pdCl9KSl9KSgpOzwvc2NyaXB0Pg==&#034;&gt;&lt;/div&gt; &lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;
&lt;p&gt;Malgr&#233; l'&#233;chec de la gr&#232;ve de Winnipeg et un certain nombre de d&#233;faites &#224; Montr&#233;al, l'OBU r&#233;ussit une modeste perc&#233;e au Qu&#233;bec dans certains secteurs d'activit&#233; industrielle (tanneries, transports, bois d'&#339;uvre, etc.).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Au cours de l'&#233;t&#233; 1919, un conseil industriel de l'OBU est cr&#233;&#233; &#224; Montr&#233;al malgr&#233; les efforts du tout-puissant Conseil des M&#233;tiers et du Travail de Montr&#233;al (trade-unioniste) et du Parti Ouvrier (travailliste) pour contre-carrer ses efforts. Bien qu'affili&#233;e au CMTC, l'Union des machinistes, repr&#233;sent&#233;e par le wobblie&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb4-7&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;[[Surnom donn&#233; aux membres de l'IWW&#034; id=&#034;nh4-7&#034;&gt;7&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;]] Jack Kerrigan, participera tout de m&#234;me &#224; ses activit&#233;s. En 1920, l'OBU compte deux sections &#224; Montr&#233;al, la &#171; General Workers Unit of Montreal &#187; et la &#171; Metal Trades Unit &#187;, regroupant chacune plus de cinq cents membres. Ses principaux bastions se situent dans les usines du Canadien National et dans les shops Angus, o&#249; les ouvriers votent en masse pour l'adh&#233;sion &#224; la One Big Union.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'OBU publie &#233;galement un journal d'agitation bilingue (&lt;i&gt;Le Travailleur/The Worker&lt;/i&gt;) destin&#233; principalement aux travailleurs forestiers du Qu&#233;bec et de l'Ontario. Le contenu du bulletin bihebdomadaire de &#171; l'Union industrielle des campeurs et des producteurs de bois de la Grande Union &#187; nous permet de voir l'&#233;tendue du travail d'&#233;ducation syndicale et politique r&#233;alis&#233; par l'OBU. Des rapports sur l'insalubrit&#233; des camps de travail c&#244;toient les nouvelles venant de Russie et les appels &#224; la r&#233;volution sociale ou &#224; l'unit&#233; ouvri&#232;re : &lt;q style=&#034;font-style: italic;&#034;&gt;Il faut (...) que les travailleurs de l'Am&#233;rique pr&#233;parent imm&#233; diatement leur propre affranchissement. Par quels moyens ? En se groupant dans l'union industrielle, bas&#233;e sur la lutte de classe. Il faut bien se p&#233;n&#233;trer de l'id&#233;e qu'il existe une lutte &#224; mort entre le capital et le travail. On n'associe pas le loup et l'agneau, l'exploiteur et l'exploit&#233;, le voleur et le vol&#233;. L'&#233;mancipation des travailleurs sera l'&#339;uvre des travailleurs eux-m&#234;mes et d'eux seuls. Les ouvriers ne doivent jamais oublier cela&lt;/q&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb4-8&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Anonyme,&#171; La lutte sociale &#187;, Le Travailleur&#173;-The Worker, 1er juin 1920, (&#8230;)&#034; id=&#034;nh4-8&#034;&gt;8&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt; .&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mis &#224; part ces quelques faits d'armes, les activit&#233;s de l'OBU au Qu&#233;bec n'auront pas le succ&#232;s escompt&#233;. Peu &#224; peu, les syndicats de m&#233;tiers reprennent le terrain perdu et l'OBU perd pied au Qu&#233;bec. N&#233;anmoins, l'organisation revendique au mois de janvier 1920 pr&#232;s de 50 000 membres &#224; travers le Canada, le plus haut niveau de toute son histoire.&lt;/p&gt;
&lt;h3 class=&#034;spip&#034;&gt;Conclusion &lt;/h3&gt;
&lt;p&gt;Comme nous venons de le voir, les id&#233;es anarchistes ont connu un d&#233;veloppement plut&#244;t erratique par rapport &#224; la p&#233;riode 1900-1910. Entre les libre-penseurs du Cercle Alpha Om&#233;ga et les lutte-de-classistes de la One Big Union, il existe un foss&#233; difficile a combler. La r&#233;volution d'octobre accentuera la division entre les id&#233;es anarchistes et les r&#233;volutionnaires actifs au sein du mouvement ouvrier. Nombreux seront les syndicalistes r&#233;volutionnaires &#224; rejoindre les rangs des partis communistes. Ainsi, bon nombre de militants anarcho-communistes, membres de la Russian Workers Union, feront partie de la premi&#232;re mouture du Parti Communiste canadien, cr&#233;&#233; en 1919. Proches des conseillistes alle&#173;mands et hollandais, les membres du &#171; Provisional Council of Workers and Soldiers Deputies &#187; (le nom d'emprunt du Parti Communiste) seront pourchass&#233;s par le gouvernement canadien avant d'&#234;tre condamn&#233;s par les tenants de l'orthodoxie l&#233;niniste&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb4-9&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;&#192; ce sujet, voir : Angus, lan, &#171; Canadian Bolshevicks &#187;, Vanguard (&#8230;)&#034; id=&#034;nh4-9&#034;&gt;9&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;D'autres anarchistes refuseront de franchir le pont. Celles et ceux qui res&#173;teront &#171; fid&#232;les &#187; &#224; l'esprit libertaire se retrouvent majoritairement dans le courant anarchiste-individualiste. Ces derniers se pr&#233;occuperont davantage de la lutte anticl&#233;ricale que des conflits entre les classes sociales, comme nous le verrons dans les prochains num&#233;ros. Heureusement, quelques transfuges qu&#233;b&#233;cois du Parti Communiste (pensons &#224; Albert Saint&#173;-Martin) et des anarchistes de passage &#224; Montr&#233;al (la militante Emma Goldman et la syndicaliste Rose Pessota) donneront un sec&#173;ond souffle aux id&#233;es socialistes libertaires.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;hr /&gt;
		&lt;div class='rss_notes'&gt;&lt;div id=&#034;nb4-1&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh4-1&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 4-1&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;1&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;Larivi&#232;re, Claude, &lt;i&gt;Albert Saint-Martin, mili&#173;tant d'avant-garde (1865-1947)&lt;/i&gt;, &#201;ditions coop&#233;ratives Albert Saint-Martin, Laval, 1979, p. 108.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb4-2&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh4-2&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 4-2&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;2&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;Lettre de &#201;mile Toupin &#224; &#201;mile Armand, Montr&#233;al, 1914. Source : Institut fran&#231;ais d'his&#173;toire sociale.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb4-3&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh4-3&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 4-3&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;3&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;&#192; ce sujet, voir : Belkin, Simon, 1999 (1956). &lt;i&gt;Le mouvement ouvrier juif au Canada, 1904-1920&lt;/i&gt;, &#201;ditions du Septentrion, Sillery, 388 p.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb4-4&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh4-4&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 4-4&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;4&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;Groupe de chercheurs de l'Universit&#233; du Qu&#233;bec &#224; Montr&#233;al sur l'histoire des travailleurs qu&#233;b&#233;cois,&lt;i&gt; L'action politique des ouvriers qu&#233;b&#233;&#173;cois (fin du XIX&lt;sup class=&#034;typo_exposants&#034;&gt;e&lt;/sup&gt; si&#232;cle &#224; 1919)&lt;/i&gt;, Presses de l'Universit&#233; du Qu&#233;bec, Montr&#233;al, 1976, pp. 125-134.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb4-5&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh4-5&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 4-5&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;5&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;Ibid&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb4-6&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh4-6&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 4-6&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;6&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;Rouillard, Jacques, &lt;i&gt;Histoire du syndicalisme qu&#233;b&#233;cois&lt;/i&gt;, &#201;ditions du Bor&#233;al, Montr&#233;al, 1989, pp. 142-147.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb4-7&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh4-7&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 4-7&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;7&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;[[Surnom donn&#233; aux membres de l'IWW&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb4-8&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh4-8&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 4-8&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;8&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;Anonyme,&#171; La lutte sociale &#187;,&lt;i&gt; Le Travailleur&#173;-The Worker&lt;/i&gt;, 1&lt;sup class=&#034;typo_exposants&#034;&gt;er&lt;/sup&gt; juin 1920, Montr&#233;al&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb4-9&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh4-9&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 4-9&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;9&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;&#192; ce sujet, voir : Angus, lan, &#171; Canadian Bolshevicks &#187;, Vanguard Publications, Montr&#233;al, 1981, 404 p.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		
		</content:encoded>


		
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	</item>
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		<title>Sur les traces de l'anarchisme au Qu&#233;bec - 2. L'essor d'un mouvement ? (1900-1910)</title>
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		<dc:date>2023-11-10T23:05:00Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Michel Nestor </dc:creator>


		<dc:subject>IWW</dc:subject>
		<dc:subject>Qu&#233;bec</dc:subject>

		<description>
&lt;p&gt;La fin du XIX&lt;sup class=&#034;typo_exposants&#034;&gt;e&lt;/sup&gt; si&#232;cle est marqu&#233;e par l'apparition de nombreux groupes social&#173;istes au Qu&#233;bec. Port&#233;s par une nouvelle g&#233;n&#233;ration de militants ouvriers, la plu&#173;part des diff&#233;rents courants r&#233;volutionnaires de l'&#233;poque trouvent un &#233;cho dans la r&#233;gion de Montr&#233;al. Ce foisonnement commence en 1890 avec l'apparition d'une cel&#173;lule du Socialist Labor Party (SLP), un parti r&#233;volutionnaire cr&#233;&#233; en 1877 aux &#201;tats-Unis gr&#226;ce aux efforts d'un intellectuel marxiste originaire des Antilles, Daniel De (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://www.partage-noir.fr/-ruptures-no2-printemps-2001-" rel="directory"&gt;Ruptures n&#176;2 - printemps 2001&lt;/a&gt;

/ 
&lt;a href="https://www.partage-noir.fr/+-iww-etats-unis-+" rel="tag"&gt;IWW&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.partage-noir.fr/+-quebec-+" rel="tag"&gt;Qu&#233;bec&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;img src='https://www.partage-noir.fr/local/cache-vignettes/L150xH107/sans_titre-2-6-0b97b.jpg?1774724508' class='spip_logo spip_logo_right' width='150' height='107' alt=&#034;&#034; /&gt;
		&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;La fin du XIX&lt;sup class=&#034;typo_exposants&#034;&gt;e&lt;/sup&gt; si&#232;cle est marqu&#233;e par l'apparition de nombreux groupes social&#173;istes au Qu&#233;bec. Port&#233;s par une nouvelle g&#233;n&#233;ration de militants ouvriers, la plu&#173;part des diff&#233;rents courants r&#233;volutionnaires de l'&#233;poque trouvent un &#233;cho dans la r&#233;gion de Montr&#233;al. Ce foisonnement commence en 1890 avec l'apparition d'une cel&#173;lule du Socialist Labor Party (SLP), un parti r&#233;volutionnaire cr&#233;&#233; en 1877 aux &#201;tats-Unis gr&#226;ce aux efforts d'un intellectuel marxiste originaire des Antilles, Daniel De Leon. Les membres fondateurs de la branche montr&#233;alaise du SLP, pour la plupart des immi&#173;grants originaires de la Grande-Bretagne, font alors partie de l'une des multiples sec&#173;tions des Chevaliers du travail&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb5-1&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Ce groupe diffuse le 3 septembre 1894 un manifeste r&#233;dig&#233; en fran&#231;ais &#224; (&#8230;)&#034; id=&#034;nh5-1&#034;&gt;1&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;. Mais, au fur et &#224; mesure que le flot d'immigrants d'Europe de l'Est se d&#233;verse sur les rives du Saint-Laurent, d'autres groupes social&#173;istes se d&#233;veloppent &#224; Montr&#233;al. Tr&#232;s bient&#244;t, l'anarchisme prend &#233;galement son essor, tout particuli&#232;rement au sein de la communaut&#233; juive.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;h3 class=&#034;spip&#034;&gt;Les libertaires du Yiddishland &lt;/h3&gt;
&lt;p&gt;Si les id&#233;es libertaires, notamment celles de Proudhon, ont un &#233;cho au Qu&#233;bec avant 1900&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb5-2&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Voir &#224; ce sujet la premi&#232;re partie de ce dossier dans Ruptures, no.1, (&#8230;)&#034; id=&#034;nh5-2&#034;&gt;2&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;, les premi&#232;res traces signi&#173;ficatives de ce courant politique apparais&#173;sent avec le si&#232;cle qui commence, tout par&#173;ticuli&#232;rement les th&#232;ses anarcho-communistes et anarcho-syndicalistes. C'est d'abord dans les milieux ouvriers juifs que s'affirme la pr&#233;sence des anarchistes &#224; la fin du XIX&lt;sup class=&#034;typo_exposants&#034;&gt;e&lt;/sup&gt; si&#232;cle. D'apr&#232;s le chroniqueur Israel Medresh, &lt;q style=&#034;font-style: italic;&#034;&gt;plusieurs d'entre eux ont migr&#233; directement de l'Europe de l'Est, tan&#173;dis que d'autres ont s&#233;journ&#233; bri&#232;vement &#224; Londres ou &#224; New-York&lt;/q&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb5-3&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Medresh, Israel (1997), Le Montr&#233;al juif d'autrefois, &#233;ditions du (&#8230;)&#034; id=&#034;nh5-3&#034;&gt;3&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;. Ces derniers avaient pour la plupart appris l'anglais et connaissaient bien la litt&#233;rature anarchiste d'Europe de l'Ouest. Toujours selon Medresh, &lt;q style=&#034;font-style: italic;&#034;&gt;certains, parmi les anarchistes venus de New-York, avaient &#233;t&#233; recrut&#233;s par de grosses firmes montr&#233;alaises comme ouvriers experts ou arti&#173;sans sp&#233;cialis&#233;s de premier ordre dans les m&#233;tiers de la confection, notamment la fabrication des v&#234;tements f&#233;minins et des corsages&lt;/q&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb5-4&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Ibid, p. 83&#034; id=&#034;nh5-4&#034;&gt;4&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;div class='spip_document_4316 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_left spip_document_left spip_document_avec_legende' data-legende-len=&#034;52&#034; data-legende-lenx=&#034;x&#034;
&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href='https://www.partage-noir.fr/IMG/jpg/sans_titre-4-14.jpg' class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/jpeg&#034;&gt; &lt;img src='https://www.partage-noir.fr/local/cache-vignettes/L150xH150/sans_titre-4-14-02a27-4a26a.jpg?1774705323' width='150' height='150' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;figcaption class='spip_doc_legende'&gt; &lt;div class='spip_doc_descriptif '&gt;&lt;small&gt;Hirsch &#8220;Harry&#8221; &lt;br&gt;Hershman&lt;br&gt; (1876-1955)&lt;/small&gt;
&lt;/div&gt; &lt;/figcaption&gt;&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;
&lt;p&gt;Ces ouvriers ne mirent pas beaucoup de temps avant de s'organiser poli&#173;tiquement dans leur nouveau milieu de vie. En 1903, &#224; l'initiative d'un groupe d'immigrants anarchistes et socialistes, s'ouvre la premi&#232;re biblioth&#232;que juive &#224; Montr&#233;al. C'est &#224; New-York que le groupe s'approvisionne d'abord en livres et en jour&#173;naux. Une douzaine de personnes se r&#233;u&#173;nissent ainsi quotidiennement chez l'anar&#173;chiste Hirsh Hershman (1876-1955) pour lire et d&#233;battre de leurs id&#233;es. Originaire de Bukovina (Roumanie), Hershman est actif dans le mouvement syndical depuis son arriv&#233;e en Am&#233;rique. Comme beaucoup d'immigrants originaires d'Europe de l'Est, il travaille d'abord &#224; New-York comme tailleur dans l'industrie du v&#234;tement avant d'arriver au Qu&#233;bec en 1900. Peu apr&#232;s l'ouverture de la biblioth&#232;que, Hershman participe &#224; la cr&#233;ation du Mutual Aid Group, un cercle de discussion libertaire cr&#233;&#233; en l'honneur de l'a&#173;narchiste russe Pierre Kropotkine. Le Mutual Aid Group s'adresse aussi bien aux ouvriers juifs montr&#233;alais qu'aux intellectuels radi&#173;caux de l'&#233;poque. On retrouve parmi eux Richard Kerrigan, un militant syndical autre&#173;fois membre de la cellule du SLP, ainsi que le po&#232;te Jack Dorman. C'est &#224; cette p&#233;riode que Hershman cr&#233;&#233; des liens avec Rudolf Rocker (1873-1958), l'un des principaux th&#233;oriciens de l'anarcho-syndicalisme europ&#233;en, avec lequel il entretiendra une correspondance pendant pr&#232;s d'un demi&#173;-si&#232;cle&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb5-5&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Rome, David (1986), &#171; The Jewish Times &#187; in The Immigration Story 1, (&#8230;)&#034; id=&#034;nh5-5&#034;&gt;5&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;div class='spip_document_4317 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_right spip_document_right'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='https://www.partage-noir.fr/local/cache-vignettes/L150xH219/3012235425_85c29da743-a3e5f-8db6a.jpg?1774705323' width='150' height='219' alt='' /&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;
&lt;p&gt;Constatant le manque de vie culturelle et litt&#233;raire dans la communaut&#233; juive &#224; Montr&#233;al, Hershman ouvre &#224; la fin de l'an&#173;n&#233;e 1903 une librairie sur le boulevard Saint-&#173;Laurent dans un local qu'il loue pour 5$ par mois. En plus de vendre des &#339;uvres de fic&#173;tion et une bonne partie de la presse juive new-yorkaise, celui-ci laisse une grande place &#224; la litt&#233;rature anarchiste dans les rayons de son magasin. Rapidement, sa librairie devient un centre culturel de toute premi&#232;re importance. Des ouvriers passent y prendre un verre de soda, ach&#232;tent leurs journaux et discutent pendant des heures en s'appuyant sur les &#233;crits de Rudolf Rocker, Pierre Kropotkine, Michel Bakounine, Johann Most ou Emma Goldman pour &#233;tay&#173;er leur pens&#233;e. Deux ans plus tard, Hershman fonde le journal &lt;i&gt;Der Telegrapher&lt;/i&gt;. Publi&#233; en yiddish, il vise &#224; informer les com&#173;munaut&#233;s russes et roumaines de Montr&#233;al. D'autres journaux sont distribu&#233;s par les anarchistes montr&#233;alais, notamment &lt;i&gt;Di Fraye Arbayter Shtime &lt;/i&gt; (la voix libre des tra&#173;vailleurs), un bimensuel am&#233;ricain de langue yiddish fond&#233; &#224; New-York &#224; la toute fin du XIX&lt;sup class=&#034;typo_exposants&#034;&gt;e&lt;/sup&gt; si&#232;cle, est rapidement devenu le principal journal anarchiste juif d'Am&#233;rique du Nord.&lt;/p&gt;
&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;div class='spip_document_4318 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_left spip_document_left spip_document_avec_legende' data-legende-len=&#034;122&#034; data-legende-lenx=&#034;xx&#034;
&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href='https://www.partage-noir.fr/IMG/png/sans_titre-5-4.png' class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/png&#034;&gt; &lt;img src='https://www.partage-noir.fr/local/cache-vignettes/L150xH212/sans_titre-5-4-9a2d3-ff0e3.png?1774705323' width='150' height='212' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;figcaption class='spip_doc_legende'&gt; &lt;div class='spip_doc_descriptif '&gt;&lt;small&gt;L'&#233;difice du Arbeiter Ring, vers 1940. [Archives de la Biblioth&#232;que publique juive de Montr&#233;al, PR1050_0003, Fonds 1050]&lt;/small&gt;
&lt;/div&gt; &lt;/figcaption&gt;&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;
&lt;p&gt;&#192; en croire plusieurs observateurs de l'&#233;poque, l'anarchisme a le vent en poupe dans la communaut&#233; juive montr&#233;alaise, d'autant plus que celle-ci se d&#233;veloppe rapidement gr&#226;ce &#224; l'afflux constant de r&#233;fugi&#233;s fuyant les pogroms qui se multiplient apr&#232;s l'&#233;chec de la r&#233;volution de 1905 en Russie. Signe des temps, une seconde librairie &#171; ra&#173;dicale &#187; ouvre ses portes sur le boulevard S&#173;aint-Laurent. Contrairement &#224; celle de Hershman, celle-ci distribue exclusivement de la litt&#233;ra&#173;ture r&#233;volutionnaire. La cr&#233;ation en 1906 d'une branche montr&#233;alaise de l'Arbayter Ring (le cercle des travailleurs) t&#233;moigne &#233;galement du d&#233;veloppement des id&#233;es rad&#173;icales &#224; Montr&#233;al. L'Arbayter Ring est une organisation &#171; fraternelle &#187; proche des id&#233;es anarchistes qui sert de p&#244;le de r&#233;f&#233;rence cul&#173;turel en faisant la promotion du yiddish aupr&#232;s des ouvriers. Selon Israel Medresh, &lt;q style=&#034;font-style: italic;&#034;&gt;les immigrants qui arriv&#232;rent &#224; Montr&#233;al apr&#232;s 1905 rencontr&#232;rent, au sein de ce cercle, des juifs qui s'&#233;taient engag&#233;s en Russie dans des mouvements insurrec&#173;tionnels contre le tsar et qui avaient lutt&#233; sur les barricades de Minsk, de Vilnius et dans d'autres villes de la Zone de r&#233;sidence juive (...). Plusieurs avaient purg&#233; des peines dans les prisons tsaristes ou avaient &#233;t&#233; d&#233;port&#233;s vers la Sib&#233;rie, d'o&#249; ils s'&#233;taient enfuis pour finalement aboutir &#224; Montr&#233;al&lt;/q&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb5-6&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Medresh, Israel, op. cit. , p. 72&#034; id=&#034;nh5-6&#034;&gt;6&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;De tous les courants socialistes actifs dans la communaut&#233; juive (qui compte alors plus de 10 000 personnes), &lt;q style=&#034;font-style: italic;&#034;&gt;les anarchistes en particulier formaient un groupe plus important sur le plan num&#233;rique et avaient &#233;t&#233; les premiers &#224; s'organiser en mettant sur pied, &#224; Montr&#233;al, une cellule appel&#233;e Frayhayt (libert&#233;). &#192; Toronto, ils avaient sus&#173;cit&#233; l'apparition d'un groupement connu sous le nom de Royter Kraytz (le cercle rouge), et &#224; Winnipeg, Fraye Gezelshaft (soci&#233;t&#233; libre). Au cours des premi&#232;res ann&#233;es de leur exis&#173;tence, ces associations anarchistes &#233;taient beaucoup plus vigoureuses que leurs &#233;qui&#173;valents socialistes&lt;/q&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb5-7&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Belkin, Simon (1956-1999), Le mouvement ouvrier juif au Canada, 1904-1920, (&#8230;)&#034; id=&#034;nh5-7&#034;&gt;7&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;. L'historien Ivan Akumovik atteste lui aussi de cette pr&#233;sence au Qu&#233;bec : &lt;q style=&#034;font-style: italic;&#034;&gt;&#192; Montr&#233;al, Toronto et Winnipeg, il existait aussi de petits groupes d'anarchistes, qui d&#233;non&#231;aient &#224; la fois les socialistes et les employeurs, dans leur com&#173;bat pour une soci&#233;t&#233; sans &#233;tat, sans classe et sans argent&lt;/q&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb5-8&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Akumovik, Ivan (1975), The Communist Party in Canada : A History, Toronto, (&#8230;)&#034; id=&#034;nh5-8&#034;&gt;8&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;. Contrairement &#224; d'autres courants socialistes pr&#233;sent dans la commu&#173;naut&#233; juive, les anarchistes sont ouverte&#173;ment ath&#233;es et anti-nationalistes, ce qui ne manque pas de cr&#233;er des conflits avec les divers groupes sionistes. Un militant du d&#233;but du si&#232;cle, Jacob Salomon, d&#233;crit les activit&#233;s politiques de ces diff&#233;rents groupes : &lt;q style=&#034;font-style: italic;&#034;&gt;plusieurs factions militantes se disputaient fermement le terrain. Elles inondaient les rues habit&#233;es par les Juifs de leurs d&#233;pli&#173;ants, de leurs brochures et de leurs p&#233;riodiques, autant les anarchistes que les socialistes, les bundistes et tous les autres. Les invitations &#224; des conf&#233;rences et &#224; des d&#233;bats publics gratuits attiraient un grand nombre de gens&lt;/q&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb5-9&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Belkin, Simon, op. cit. , p. 95. Les bundistes dont parle Belkin sont des (&#8230;)&#034; id=&#034;nh5-9&#034;&gt;9&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;h3 class=&#034;spip&#034;&gt;Emma Goldman &#224; Montr&#233;al &lt;/h3&gt;
&lt;p&gt;Au mois de f&#233;vrier 1908, la militante anarchiste Emma Goldman (1 869-1 940) prononce une s&#233;rie de conf&#233;rences &#224; Montr&#233;al dans le cadre d'une tourn&#233;e &#224; tra&#173;vers le Canada&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb5-10&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Il s'agit du premier voyage &#224; Montr&#233;al pour Emma Goldman. Celle-ci aura (&#8230;)&#034; id=&#034;nh5-10&#034;&gt;10&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;. Sa venue soul&#232;ve quelques remous dans les journaux de la M&#233;tropole : un chroniqueur de &lt;i&gt;La Presse &lt;/i&gt; va m&#234;me juger bon de dissocier les classes laborieuses canadienne-fran&#231;aises des id&#233;es ch&#232;res &#224; l'anarchiste d'origine russe. Emma Goldman est accueillie par un groupe anarchiste nouvellement form&#233;, l'Arbeiter Freund (l'ami des travailleurs)&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb5-11&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Arbeiter Freund est &#233;galement le nom d'un journal &#233;dit&#233; par Rudolf Rocker &#224; (&#8230;)&#034; id=&#034;nh5-11&#034;&gt;11&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;. Profitant de la pr&#233;sence de Goldman, Arbeiter Freund tente d'effectuer un rapprochement avec les francophones et les anglophones en organ&#173;isant un meeting en anglais. Voici comment Goldman d&#233;crit son premier passage &#224; Montr&#233;al dans les pages du bulletin anar&#173;chiste new-yorkais&lt;i&gt; Mother Earth&lt;/i&gt; :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;q&gt;Montreal, the city of the dark ages, priest&#173;craft and churches, proved unusually wide awake this time. Two packed Jewish meet&#173;ings. But then, Jewish meetings are allways packed -with men, women, infants, and baby-carriages. The herding instinct of my race has aided its survival, despite ail the horrors it was made to endure. Besides, what would becomes of progress were it not for the Jews ? (...) Weil, weither it is acceptable or not, the Jewish Anarchists are acquainting Americans with Anarchism, especially since they have learned to realize that it is the English-speaking public that needs awaken&#173;ing. Their sleep being almost death-like, it requires more energy, more constant and systematic efforts. Such efforts the &#034;Arbeiter Freund&#034; group of Montreal has certainly brought into play wh en it arranged the English meeting Sunday, Feb. 15th. No won&#173;der it was a great success especially from an educational stand point. The same newspa&#173;pers that gave a fair interview with myself, together with other papers, hastened to sound the alarm of horror. A meeting on sun&#173;day, in superstition-ridden Montreal, and attended by Canadians ! Canadians, who were so bold-faced as to publicly declare themselves in sympathy with the lecture on &#034;The Relation of Trade Unions to Anarchism&#034;, and even a vote of thanks to the speaker ! Unheard of ! Of course it is the fault of those foreign Anarchists ; if it were not of those creatures Canada would continue to be dull and pious and stupid. But as it is, some light may enter benighted Canada, and that's more than the average newspaper editor can stand&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb5-12&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Goldman, Emma (1908), &#171; The Joys of Touring &#187; in Mother Earth, vol.3, no. 3&#034; id=&#034;nh5-12&#034;&gt;12&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;. &lt;/q&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les conf&#233;rences en anglais pronon&#173;c&#233;es par E. Goldman se d&#233;rouleront &#224; la Bourse du Travail, l'&#233;difice des syndicats internationaux &#224; Montr&#233;al. Le bulletin &lt;i&gt;Mother Earth &lt;/i&gt; nous apprend que ces rencontres publiques auront permis d'amasser la somme de 74$ pour le financement de son journal (qui alors co&#251;te &#224; peine 5 cents). C'est &#224; nouveau dans les pages de Mother Earth qu'est annonc&#233;e l'adh&#233;sion du groupe Arbeiter Freund &#224; la F&#233;d&#233;ration anarchiste de New-York, dont le rayonnement d&#233;passe largement les limites de cette ville pour inclure des collectifs un peu partout dans le nord-est am&#233;ricain.&lt;/p&gt;
&lt;h3 class=&#034;spip&#034;&gt;Un marxiste libertaire : Albert Saint-Martin&lt;/h3&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;div class='spip_document_4320 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_left spip_document_left spip_document_avec_legende' data-legende-len=&#034;21&#034; data-legende-lenx=&#034;&#034;
&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href='https://www.partage-noir.fr/IMG/jpg/albert_saint-martin_1905.jpg' class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/jpeg&#034;&gt; &lt;img src='https://www.partage-noir.fr/local/cache-vignettes/L150xH185/albert_saint-martin_1905-5c2fe-199c7.jpg?1774705323' width='150' height='185' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;figcaption class='spip_doc_legende'&gt; &lt;div class='spip_doc_descriptif '&gt;&lt;small&gt;Albert Saint-Martin &lt;/small&gt;
&lt;/div&gt; &lt;/figcaption&gt;&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;
&lt;p&gt;D'apr&#232;s l'auteur Claude Larivi&#232;re, c'est le militant socialiste canadien-fran&#231;ais Albert Saint-Martin qui aurait lou&#233; la Bourse du Travail pour les conf&#233;rences d'Emma Goldman &#224; Montr&#233;al. Membre influent de la section francophone du Parti Socialiste du Canada (PSC), Albert Saint-Martin (1865-1947) est un personnage-cl&#233; de l'histoire des id&#233;es r&#233;volutionnaires au Qu&#233;bec. L'originalit&#233; de ses positions m&#233;rite qu'on s'attarde quelque peu sur ses activit&#233;s. Sans &#234;tre anarchiste, Saint-Martin a su d&#233;velopper tout au long de sa vie une pratique politique &#224; la crois&#233;e du socialisme, du conseillisme et de l'anarchisme.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pendant la p&#233;riode qui nous int&#233;resse (1900-1910), Saint-Martin fait la diffusion de l'esp&#233;ranto, une langue universelle en laquelle de nombreux libertaires fondent beaucoup d'espoir. Dans l'esprit de ses propagateurs, l'esp&#233;ranto doit permettre aux prol&#233;taires de tous les pays d'harmoniser leurs int&#233;r&#234;ts par l'usage d'une nouvelle langue commune. C'est ainsi que Saint-Martin participe en 1902 &#224; la cr&#233;ation d'une revue publi&#233;e dans cette langue, intitul&#233;e &lt;i&gt;La Lumo&lt;/i&gt; (La Lune) : &lt;q style=&#034;font-style: italic;&#034;&gt; &lt;span style=&#034;font-style:normal;&#034;&gt;La Lumo&lt;/span&gt; enseigne une langue. Elle r&#233;pand aussi un id&#233;al : l'unit&#233; fraternelle des peuples et des races ; la lutte commune pour l'intelligence et la science. &lt;/q&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb5-13&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Beaulieu, Andr&#233; et al. (1984), La presse qu&#233;b&#233;coise des origines &#224; nos (&#8230;)&#034; id=&#034;nh5-13&#034;&gt;13&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;. Trois ans plus tard, Saint-Martin participe &#224; l'ouverture du premier club esp&#233;ranto &#224; Montr&#233;al. Ce dernier vit alors dans une &#171; commune socialiste &#187; dans le quartier Maisonneuve en compagnie des membres de sa famille et de quelques militants francophones avec lesquels il va cr&#233;er deux coop&#233;ratives d'alimentation au centre-ville. Aux yeux des autres socialistes, Saint-Martin est un militant &#171; diff&#233;rent &#187; alors que pour d'autres, il est tout simplement &#171; original &#187;. Sa trajectoire l'am&#232;nera &#224; militer d'abord au Parti Ouvrier (travailliste) d'o&#249; il sera expuls&#233; en 1907 &#224; cause de son affiliation au Parti Socialiste du Canada (PSC), une organisation que certains qualifient de libertaire (pour sa critique anti-capitaliste, anti-r&#233;formiste et anti-&#233;tatique)&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb5-14&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Gambone, Larry (1995), The Impossiblists, Red Lion Press, p. 3&#034; id=&#034;nh5-14&#034;&gt;14&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;. Pour ces raisons, le PSC refuse d'adh&#233;rer &#224; la Deuxi&#232;me Internationale et demeure tr&#232;s critique &#224; l'&#233;gard des trade-unions. Nous reviendrons plus en d&#233;tail sur le PSC et les activit&#233;s d'Albert Saint-Martin dans notre prochain num&#233;ro, d'autant plus qu'avant 1911 (l'ann&#233;e d'une scission importante avec son aile social-d&#233;mocrate), cette organisation politique semble s'int&#233;resser davantage &#224; la propagande &#233;lectorale qu'&#224; l'action directe.&lt;/p&gt;
&lt;h3 class=&#034;spip&#034;&gt;Des anarchistes francophones ?&lt;/h3&gt;
&lt;p&gt;Si les informations sur les milieux anarchistes juifs sont relativement &#171; nombreuses &#187;, il n'en va pas de m&#234;me pour les autres groupes linguistiques. Pourtant, certaines pistes nous permettent de penser qu'il y a bel et bien eu des groupes anarchistes ou libertaires francophones &#224; Montr&#233;al au tout d&#233;but du XX&lt;sup class=&#034;typo_exposants&#034;&gt;e&lt;/sup&gt; si&#232;cle. Dans l'un de ses nombreux articles sur l'extr&#234;me-gauche au Qu&#233;bec, le journaliste Jacques Benoit rapporte l'envoi au journal &lt;i&gt;La Presse&lt;/i&gt; d'une lettre sign&#233;e par le Groupe anarchiste de Montr&#233;al en 1905, suivi quelques ann&#233;es plus tard par la cr&#233;ation du cercle Alpha Omega, proche des id&#233;es socialistes libertaires. Benoit cite le journal catholique &lt;i&gt;La V&#233;rit&#233;&lt;/i&gt;, qui d&#233;crit le cercle Alpha Omega comme un groupe de &lt;q style=&#034;font-style: italic;&#034;&gt;socialistes &#224; allures d'anarchistes, de r&#233;volutionnaires et de toute une bande de sectaires enrag&#233;s&lt;/q&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb5-15&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Benoit, Jacques (1982), &#171; Les anarchistes au Qu&#233;bec, une influence diffuse &#187; (&#8230;)&#034; id=&#034;nh5-15&#034;&gt;15&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;. D'autre part, l'&#233;diteur montr&#233;alais Dimitri Roussopoulos indique que &lt;q style=&#034;font-style: italic;&#034;&gt;des t&#233;moignages nous signalent la pr&#233;sence des travailleurs canadiens-fran&#231;ais, avant la Premi&#232;re Guerre mondiale, arborant le drapeau noir des anarchistes lors des manifestations du premier mai&lt;/q&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb5-16&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Roussopoulos, Dimitri (1980), &#171; L'apr&#232;s-r&#233;f&#233;rendum... une perspective (&#8230;)&#034; id=&#034;nh5-16&#034;&gt;16&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;, sans toutefois donner plus de pr&#233;cisions. Quoi qu'il en soit, d'autres sources viennent confirmer la pr&#233;sence d'anarchistes lors des toutes premi&#232;res manifestations c&#233;l&#233;brant la Journ&#233;e internationale des travailleurs &#224; Montr&#233;al.&lt;/p&gt;
&lt;h3 class=&#034;spip&#034;&gt;Les manifestations du 1&lt;sup class=&#034;typo_exposants&#034;&gt;er&lt;/sup&gt; Mai &lt;/h3&gt;
&lt;p&gt;D'apr&#232;s Israel Medresh, &lt;q style=&#034;font-style: italic;&#034;&gt;les radicaux aujourd'hui plus &#226;g&#233;s racontent que l'organisation des d&#233;fil&#233;s du 1&lt;sup class=&#034;typo_exposants&#034;&gt;er&lt;/sup&gt; mai &#224; Montr&#233;al relevait des anarchistes&lt;/q&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb5-17&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Medresh, Israel,op. cit. , p. 85&#034; id=&#034;nh5-17&#034;&gt;17&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;. Cette affirmation m&#233;rite quelques nuances. En effet, c'est &#224; l'initiative de membres du Mutual Aid Group et du Parti socialiste du Canada que se d&#233;roule en 1906 la premi&#232;re manifestation du 1&lt;sup class=&#034;typo_exposants&#034;&gt;er&lt;/sup&gt; mai &#224; Montr&#233;al. Celle-ci faillit ne pas avoir lieu, les ouvriers d'origine juive craignant que leurs camarades francophones et anglophones ne se d&#233;sistent &#224; la derni&#232;re minute en les laissant manifester seuls dans les rues de Montr&#233;al. C'est finalement Jack Dorman qui servit de m&#233;diateur entre les diff&#233;rents groupes linguistiques, permettant &#224; chacun d'eux de compter sur l'appui des autres. &#192; en juger par le compte-rendu publi&#233; par le journal &lt;i&gt;La Patrie&lt;/i&gt;, cette premi&#232;re manifestation fut couronn&#233;e de succ&#232;s : &lt;q style=&#034;font-style: italic;&#034;&gt;la manifestation socialiste a &#233;t&#233; imposante et par le nombre de manifestants et par l'enthousiasme qui n'a cess&#233; de r&#233;gner dans les rangs de la longue procession qui a d&#233;fil&#233; par les rues Sainte-Catherine, Saint-Denis, Craig et Saint-Laurent&lt;/q&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb5-18&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;La manifestation socialiste in La Patrie, 2 mai 1906, p. 142 Larivi&#232;re, (&#8230;)&#034; id=&#034;nh5-18&#034;&gt;18&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;. D'apr&#232;s les journaux, entre 500 et 1 000 personnes de toutes &#171; nationalit&#233;s &#187; confondues (Italiens, Roumains, Juifs, Irlandais et Canadien-fran&#231;ais) se sont d'abord r&#233;unies vers 19h00 &#224; la Salle Empire avant de se diriger vers le Champ de Mars accompagn&#233;es par une fanfare. Au nombre des manifestants, on retrouve les ouvriers de la Bargain Clothing Co. qui se sont mis en gr&#232;ve le matin m&#234;me apr&#232;s que leur patron ait refus&#233; de leur accorder cong&#233; pour le 1&lt;sup class=&#034;typo_exposants&#034;&gt;er&lt;/sup&gt; mai et de r&#233;duire leurs heures de travail&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb5-19&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Larivi&#232;re, Claude (1975), Le 1er mai, f&#234;te internationale des travailleurs, (&#8230;)&#034; id=&#034;nh5-19&#034;&gt;19&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;. Sur le trajet, les manifestants s'arr&#234;tent sur la rue Saint-Denis devant l'Universit&#233; Laval et crient &#171; Vive l'Anarchie ! &#187; et &#171; &#192; bas la calotte ! &#187;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb5-20&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;La manifestation socialiste in La Patrie, 2 mai 1906, p. 1&#034; id=&#034;nh5-20&#034;&gt;20&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;, ce qui ne manque pas de susciter la controverse parmi les bourgeois et les &#233;tudiants qui observent la sc&#232;ne. &#192; leur arriv&#233;e au Champ de Mars, Jack Dorman prend la parole pour d&#233;noncer &lt;q style=&#034;font-style: italic;&#034;&gt;le pouvoir des despotes&lt;/q&gt;, tout en pr&#233;disant &lt;q style=&#034;font-style: italic;&#034;&gt;le triomphe du socialisme dans tout l'univers&lt;/q&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb5-21&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Groupe de chercheurs de l'Universit&#233; du Qu&#233;bec &#224; Montr&#233;al sur l'histoire des (&#8230;)&#034; id=&#034;nh5-21&#034;&gt;21&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;. Il encourage les participants &#224; manifester leur solidarit&#233; avec trois membres de la Western Federation of Miners accus&#233;s du meurtre du gouverneur de l'Idaho. Une qu&#234;te s'organise s&#233;ance tenante parmi les manifestants et rapporte la somme de 8 $ !&lt;/p&gt;
&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;div class='spip_document_4324 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href='https://www.partage-noir.fr/IMG/jpg/sans_titre-2-17.jpg' class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/jpeg&#034;&gt; &lt;img src='https://www.partage-noir.fr/local/cache-vignettes/L500xH356/sans_titre-2-17-2a6f6.jpg?1774744160' width='500' height='356' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;
&lt;p&gt;Cette premi&#232;re c&#233;l&#233;bration du 1&lt;sup class=&#034;typo_exposants&#034;&gt;er&lt;/sup&gt; mai marque le d&#233;but d'une tradition &#224; Montr&#233;al ; &#224; chaque ann&#233;e, ils seront des centaines, voire des milliers, &#224; d&#233;filer dans les rues de la M&#233;tropole malgr&#233; la r&#233;pression qui s'abat progressivement sur eux. En effet, la police s'int&#233;resse de plus en plus aux milieux anarchistes et socialistes montr&#233;alais et cherche &#224; faire interdire toute manifestation du 1&lt;sup class=&#034;typo_exposants&#034;&gt;er&lt;/sup&gt; mai par le conseil de Ville. Dans une lettre pastorale largement diffus&#233;e dans les quotidiens du 29 avril 1907, Monseigneur Bruch&#233;si condamne &#224; son tour les manifestations socialistes tenues &#224; l'occasion de la F&#234;te internationale des travailleurs. L'&#233;v&#234;que de Montr&#233;al &#233;crit :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;q&gt;Des hommes qui se proclament socialistes, non contents d'affirmer par la parole ou par la plume des principes subversifs de l'ordre &#233;tabli, ont fait l'ann&#233;e derni&#232;re (...) une d&#233;monstration dont notre population garde un tr&#232;s p&#233;nible souvenir. Ils ont parad&#233;, drapeau rouge en t&#234;te, et de leurs rangs sont parties des injures &#224; l'endroit de l'&#201;glise et de la religion. (...) Nous observerons surtout qu'il y avait l&#224; l'affirmation de doctrines fausses, dangereuses et formellement condamn&#233;es par l'&#201;glise, comme par la raison et l'exp&#233;rience des si&#232;cles. En effet, le droit de propri&#233;t&#233; priv&#233;e est l'une des bases sur lesquelles la soci&#233;t&#233; repose. Or c'est pr&#233;cis&#233;ment ce droit de propri&#233;t&#233; priv&#233;e que le socialisme combat. Bien plus, il veut montrer dans la propri&#233;t&#233; la cause de toutes les injustices et de tous les crimes, et par l&#224; souffle au c&#339;ur des masses des sentiments d'envie, de haine et de vengeance capables d'engendrer les plus d&#233;plorables d&#233;sordres. Gr&#226;ce &#224; Dieu les partisans de ces funestes utopies ne sont pas encore nombreux parmi nous, mais ils s'efforcent par tous les moyens de faire &#233;cole et d'attirer &#224; eux les ouvriers. C'est notre devoir de les d&#233;noncer et de mettre le peuple en garde contre leurs enseignements et contre le z&#232;le qu'ils d&#233;ploient pour faire des recrues. (...) Mais aller dans les rues, &#224; la suite de ce drapeau reconnu aujourd'hui partout comme le triste symbole des id&#233;es r&#233;volutionnaires et anarchiques, s'insurger contre ce qui garantit l'ordre et la paix publics, d&#233;clarer la guerre aux d&#233;cisions augustes et aux sages directions de l'&#201;glise, semer sur le chemin ou dans des r&#233;unions tumultueuses, des germes de discordes et de troubles, cela n'est pas chr&#233;tien, cela n'est pas patriotique, cela n'est pas canadien, et avant que le mal ne devienne trop grave nous voulons faire tous nos efforts pour le conjurer. Que tous les amis de l'ordre pr&#234;tent leur concours.&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb5-22&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;&#192; ce sujet : Portis, Larry (1985), IWW et syndicalisme r&#233;volutionnaire aux (&#8230;)&#034; id=&#034;nh5-22&#034;&gt;22&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt; &lt;/q&gt;&lt;/p&gt;
&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;div class='spip_document_4322 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_right spip_document_right'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href='https://www.partage-noir.fr/IMG/jpg/sans_titre-3-11.jpg' class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/jpeg&#034;&gt; &lt;img src='https://www.partage-noir.fr/local/cache-vignettes/L150xH157/sans_titre-3-11-6f07b-26ca2.jpg?1774705323' width='150' height='157' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;
&lt;p&gt;L'invitation du clerg&#233; sera entendue par les &#233;tudiants de l'Universit&#233; Laval. Ceux-ci iront par dizaines attaquer les manifestants r&#233;unis au Champ de Mars le premier mai 1907 avant que le rassemblement ne soit finalement dispers&#233; par les charges r&#233;p&#233;t&#233;es de policiers &#224; cheval. Le m&#234;me sc&#233;nario se reproduira pendant plusieurs ann&#233;es sans pour autant freiner l'ardeur des militants socialistes et anarchistes qui poursuivent n&#233;anmoins leurs activit&#233;s.&lt;/p&gt;
&lt;h3 class=&#034;spip&#034;&gt;Syndicalisme et lutte de classe&lt;/h3&gt;
&lt;p&gt;Un peu partout &#224; travers le monde, une pratique syndicale r&#233;volutionnaire prend de l'ampleur d&#232;s la fin du XIX&lt;sup class=&#034;typo_exposants&#034;&gt;e&lt;/sup&gt; si&#232;cle. Le mouvement ouvrier devient alors l'un des terrains de lutte privil&#233;gi&#233;s pour les anarchistes, qui s'efforcent de cr&#233;er des syndicats combatifs et revendicateurs. Le principal objectif de ces organisations n'est pas d'obtenir telle ou telle r&#233;forme, mais bien de paver la voie &#224; une r&#233;volution sociale par l'expropriation de la propri&#233;t&#233; priv&#233;e et la r&#233;organisation compl&#232;te de la production. La visite au Qu&#233;bec d'une d&#233;l&#233;gation ouvri&#232;re fran&#231;aise en 1904 marque un tournant pour de nombreux militants syndicaux qui s'int&#233;ressent de plus en plus pr&#232;s &#224; la perspective r&#233;volutionnaire. L'un des rares t&#233;moignages relatant cet &#233;v&#233;nement provient d'Alfred Charpentier, un &#171; pionnier &#187; du syndicalisme catholique au Qu&#233;bec. Dans un article paru dans les ann&#233;es 1950, Charpentier d&#233;crit en d&#233;tails la conf&#233;rence organis&#233;e &#224; Montr&#233;al en 1904 par un petit groupe de d&#233;l&#233;gu&#233;s de la Conf&#233;d&#233;ration G&#233;n&#233;rale du Travail (CGT) en route vers les &#201;tats-Unis. La CGT est alors une puissante organisation dans laquelle les anarchistes sont tr&#232;s pr&#233;sents, notamment &#224; travers leur participation &#224; la F&#233;d&#233;ration des Bourses du Travail. Devant un auditoire de 300 personnes compos&#233; de syndicalistes, de socialistes et de francs-ma&#231;ons (dixit le tr&#232;s catholique Charpentier), les d&#233;l&#233;gu&#233;s de la CGT exposeront les divers moyens d'action directe (sabotage, gr&#232;ve sur le tas, occupation d'usines, etc.) employ&#233;s par les travailleurs fran&#231;ais afin de pr&#233;parer la gr&#232;ve g&#233;n&#233;rale expropriatrice, ce grand chambardement permettant &#224; la classe ouvri&#232;re de se d&#233;barrasser du capitalisme en ouvrant la voie au socialisme. &#192; en croire Charpentier, cette rencontre laissa une forte impression aux participants montr&#233;alais.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'ann&#233;e suivante, une premi&#232;re organisation syndicaliste r&#233;volutionnaire voit le jour en Am&#233;rique du Nord : il s'agit des Industrial Workers of the World (IWW). Le 27 juin au 8 juillet 1905, 200 d&#233;l&#233;gu&#233;s repr&#233;sentant plus de 35 000 travailleurs des &#201;tats-Unis et du Canada se r&#233;unissent &#224; Chicago afin de proc&#233;der &#224; sa cr&#233;ation. La plus grosse organisation &#224; adh&#233;rer au nouveau syndicat est sans aucun doute la Western Federation of Miners, qui compte alors 27.000 membres. C'est &#224; ce congr&#232;s qu'est adopt&#233; le pr&#233;ambule d&#233;finissant les objectifs du syndicalisme industriel, pr&#233;ambule qui sera modifi&#233; en 1908 pour &#233;liminer toute r&#233;f&#233;rence &#224; la lutte &#171; politique &#187; (associ&#233;e aux partis et &#224; l'&#233;lectoralisme) pour y substituer une action exclusivement &#171; &#233;conomique &#187;. Les militants de l'IWW &lt;q style=&#034;font-style: italic;&#034;&gt;d&#233;non&#231;aient avec v&#233;h&#233;mence le syndicalisme de m&#233;tier, d'affaires, de collaboration de classes, lui opposaient la conception d'un syndicalisme d'industrie, de solidarit&#233; ouvri&#232;re, de lutte de classes&lt;/q&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb5-23&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Gu&#233;rin, Daniel (1970), Le mouvement ouvrier aux &#201;tats-Unis 1867-1967, Ed. (&#8230;)&#034; id=&#034;nh5-23&#034;&gt;23&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;. Les anarchistes am&#233;ricains seront nombreux &#224; appuyer les efforts de l'IWW : il en sera de m&#234;me au Canada tout au long de son histoire.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le d&#233;veloppement de l'IWW &#224; Montr&#233;al commence en 1905. Parmi les personnes pr&#233;sentes au congr&#232;s de fondation &#224; Chicago, on compte au moins deux Montr&#233;alais, W.T. Leach et Richard Kerrigan. Ils sont mandat&#233;s par la Bakers' and Confectioners' Union No. 48 afin de se joindre au nouveau mouvement. Kerrigan repr&#233;sente &#233;galement deux autres groupes au congr&#232;s de fondation de l'IWW, la F&#233;d&#233;ration des cordonniers du Canada et la Wage Earners Union, sans toutefois n'avoir aucun mandat pr&#233;cis &#224; d&#233;fendre&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb5-24&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;&#192; ce sujet : The founding convention of the I.W.W. (1969), Merit Publishers, (&#8230;)&#034; id=&#034;nh5-24&#034;&gt;24&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;. Certains des premiers militants de l'IWW (tel Richard Kerrigan) ont &#233;galement fait partie des Chevaliers du Travail (Knights of Labor), l'anc&#234;tre du syndicalisme de combat en Am&#233;rique du Nord. Mais contrairement &#224; cette organisation, l'IWW est clairement anticapitaliste et fait l'apologie d'un moyen d'action alors tout nouveau pour les travailleurs qu&#233;b&#233;cois : la gr&#232;ve g&#233;n&#233;rale illimit&#233;e. Au cours des ann&#233;es &#224; venir, le mouvement ouvrier aura maintes fois l'occasion de le mettre en pratique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'historien H.A. Logan est plus pr&#233;cis quant au membership de ces nouveaux syndicats : &lt;q style=&#034;font-style: italic;&#034;&gt;The real beginnings in Canada were associated with the influx in 1906 of Polish and Russian Jews as they fled from Europe after the failure of the Russian Revolution of 1905-1906. These were the days of agressive organization activities of the IWW and many of these immigrants, some of whom had already been active in underground union activities in Europe, were drawn into an IWW garment workers' local in Montreal and a mixed local consisting of steel, wood, rubber and clothing workers in Toronto&lt;/q&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb5-25&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Logan, H.A. (1948), Trade Unions in Canada, MacMillan Co. of Canada, (&#8230;)&#034; id=&#034;nh5-25&#034;&gt;25&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;. Apr&#232;s avoir r&#233;ussi &#224; cr&#233;er une section regroupant les cloakmakers, l'IWW tenta au m&#234;me moment de syndicaliser les tailleurs du v&#234;tement masculin, deux secteurs manufacturiers o&#249; les anarchistes sont alors tr&#232;s pr&#233;sents&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb5-26&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Belkin, Simon, op. cit. , p. 69. Au d&#233;but du XXe si&#232;cle, on d&#233;signait sous (&#8230;)&#034; id=&#034;nh5-26&#034;&gt;26&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;. Cette d&#233;marche eut lieu pendant la crise &#233;conomique de 1907, mais la pr&#233;sence de l'IWW fut tout de suite combattue par divers syndicats de m&#233;tiers qui finirent par avoir le dessus au cours des ann&#233;es suivantes. En 1912, l'IWW avait &#224; toute fin pratique disparu dans l'industrie du v&#234;tement &#224; Montr&#233;al.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Bien qu'assez influente dans l'Ouest canadien et le nord de l'Ontario, l'IWW ne conna&#238;t pas au Qu&#233;bec de d&#233;veloppement important. Sa progression sera entrav&#233;e par de nombreux conflits avec des syndicats &#171; internationaux &#187; (c'est-&#224;-dire am&#233;ricains), mais &#233;galement par l'apparition en 1908 des premiers syndicats catholiques. Ceux-ci deviendront rapidement tr&#232;s influents aupr&#232;s des travailleurs de langue fran&#231;aise, tant et si bien qu'il restera tr&#232;s peu d'espace pour favoriser l'&#233;closion d'une conscience de classe autonome et r&#233;volutionnaire au sein de la classe ouvri&#232;re. Pourtant, des foyers d'incendie apparaissent ici et l&#224;, port&#233;s par les conflits sociaux qui frappent continuellement l'ensemble des soci&#233;t&#233;s capitalistes.&lt;/p&gt;
&lt;h3 class=&#034;spip&#034;&gt;La r&#233;volte des p&#234;cheurs&lt;/h3&gt;
&lt;p&gt;Si nous avons essentiellement parl&#233; de la situation pr&#233;valant &#224; Montr&#233;al, d'autres r&#233;gions du Qu&#233;bec ont &#233;galement connu d'importantes batailles sur le front de la lutte des classes. L'un des &#233;pisodes les plus importants s'est d&#233;roul&#233; &#224; l'automne 1909 sur la c&#244;te gasp&#233;sienne, dans le village de Rivi&#232;re-au-Renard&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb5-27&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Toutes les informations sur cette r&#233;volte provienne d'un livre de Jacques (&#8230;)&#034; id=&#034;nh5-27&#034;&gt;27&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;. Il oppose plusieurs centaines de familles vivant de la p&#234;che aux monopoles qui contr&#244;lent cette industrie. Depuis pr&#232;s de 200 ans, un syst&#232;me d'exploitation particuli&#232;rement vicieux s'est mis en place dans toute la p&#233;ninsule. Initi&#233;e par le marchand jersiais Charles Robin, l'arnaque est fort simple : des compagnies offrent aux p&#234;cheurs de s'approvisionner &#224; cr&#233;dit dans leurs magasins pendant l'hiver. En &#233;change, les p&#234;cheurs s'engagent &#224; vendre toutes leurs prises &#224; ces compagnies l'automne venu, et ce au prix fix&#233; par les marchands une fois la saison de p&#234;che termin&#233;e. Ann&#233;e apr&#232;s ann&#233;e, le prix du quintal de poisson chute, entra&#238;nant les p&#234;cheurs dans la spirale de l'endettement&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb5-28&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Un quintal &#233;gale &#224; 112 livres de poisson s&#233;ch&#233;, c'est-&#224;-dire vid&#233; de son (&#8230;)&#034; id=&#034;nh5-28&#034;&gt;28&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;. &#192; d&#233;faut de pouvoir payer leurs dettes &#224; l'automne, celles-ci sont report&#233;es l'ann&#233;e suivante &#224; la solde des familles. Mais dans bien des cas, les marchands envoient des huissiers pour saisir les rares biens des fautifs qui se retrouvent alors sans rien du tout pour passer l'hiver.&lt;/p&gt;
&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;div class='spip_document_4325 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center spip_document_avec_legende' data-legende-len=&#034;33&#034; data-legende-lenx=&#034;x&#034;
&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href='https://www.partage-noir.fr/IMG/png/riviere-au-renard__saint_martin__1899__eugene_rouillard_.png' class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/png&#034;&gt; &lt;img src='https://www.partage-noir.fr/local/cache-vignettes/L500xH243/riviere-au-renard__saint_martin__1899__eugene_rouillard_-2fe29.png?1774744160' width='500' height='243' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;figcaption class='spip_doc_legende'&gt; &lt;div class='spip_doc_descriptif '&gt;&lt;small&gt;Le village de Rivi&#232;re-au-Renard&lt;/small&gt;
&lt;/div&gt; &lt;/figcaption&gt;&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;
&lt;p&gt;Au mois de septembre 1909, cette situation devient tout simplement intol&#233;rable pour la majorit&#233; des p&#234;cheurs. Ceux-ci apprennent avec col&#232;re que les compagnies ont d&#233;cid&#233; de fixer le prix du quintal de morue &#224; 3,50$, 50 cents de moins que l'ann&#233;e pr&#233;c&#233;dente. Et dire que 10 ans auparavant, le prix &#233;tait de 6$ ! Il n'en faut pas plus pour d&#233;clencher une v&#233;ritable r&#233;volte dans plusieurs petits villages c&#244;tiers. Le 4 septembre, une centaine de p&#234;cheurs rendent une visite aux agents des trois compagnies qui ont des comptoirs &#224; Rivi&#232;re-au-Renard. Leurs revendications sont simples : les p&#234;cheurs exigent que le prix du quintal soit fix&#233; &#224; 4$ et qu'aucune saisie ne soit effectu&#233;e pendant l'hiver. Leur survie et celle de leurs familles en d&#233;pend. Cet ultimatum ne fait pas plier les marchands ; toutefois, la d&#233;termination des manifestants leur font craindre le pire. Les p&#234;cheurs laissent aux compagnies un d&#233;lai de 48 heures pour donner une r&#233;ponse favorable &#224; leurs revendications : &lt;q style=&#034;font-style: italic;&#034;&gt;si c'est non, dit l'un d'eux, on va revenir et on va vous sortir de la paroisse, tous, comme des chiens ! On va ouvrir vos magasins et on va placer quelqu'un d'autre dedans, &#224; votre place, une fois qu'on se sera servis nous-m&#234;mes.&lt;/q&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb5-29&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Keable, Jacques (1996), La r&#233;volte des p&#234;cheurs, Lanct&#244;t &#201;diteur, p. 83&#034; id=&#034;nh5-29&#034;&gt;29&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;. Les marchands prennent les menaces tr&#232;s au s&#233;rieux : le soir m&#234;me, ils t&#233;l&#233;graphient au d&#233;put&#233; de Gasp&#233;, M&lt;sup class=&#034;typo_exposants&#034;&gt;e&lt;/sup&gt; Adolphe Lemieux, pour obtenir l'aide du gouvernement f&#233;d&#233;ral. Celui-ci d&#233;cide d'envoyer le lendemain deux bateaux de la marine pour r&#233;tablir l'ordre. En l'absence de chemin de fer et de routes praticables, la mer est le seul moyen de rejoindre rapidement la pointe de la Gasp&#233;sie. Cet isolement relatif laisse aux r&#233;volt&#233;s une certaine marge de man&#339;uvre qu'ils et elles sauront mettre &#224; profit.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le 6 septembre au matin, l'ultimatum prend fin. Par centaines, les p&#234;cheurs retournent &#224; Rivi&#232;re-au-Renard avec la ferme intention de reprendre leur d&#251;. Certains cadres de la compagnie Fruing tentent de prendre la fuite : ils sont stopp&#233;s par des barricades &#233;rig&#233;es sur la route. Refusant de donner raison aux revendications des p&#234;cheurs, ils sont copieusement ross&#233;s par les travailleurs en col&#232;re, qui sont maintenant plus de 400. Ceux-ci font maintenant la tourn&#233;e des marchands &#224; la recherche des responsables patronaux. Voyant approcher la foule de son &#233;tablissement, l'un des cadres de la compagnie Hyman, Philip Romeril, tire &#224; plusieurs reprises sur les &#171; &#233;meutiers &#187; et blesse l'un d'eux &#224; la jambe. Il est ensuite fait prisonnier par les autres p&#234;cheurs. Ces derniers s'en servent comme monnaie d'&#233;change pour d&#233;sarmer d'autres employ&#233;s de Hyman qui pointent des carabines sur eux. Les p&#234;cheurs arrachent aux patrons qu'ils ont s&#233;questr&#233;s un engagement &#233;crit donnant satisfaction &#224; leurs revendications initiales. En moins de trois heures, ce &lt;q style=&#034;font-style: italic;&#034;&gt;mouvement anarchique&lt;/q&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb5-30&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Ibid, p. 91&#034; id=&#034;nh5-30&#034;&gt;30&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt; a obtenu une victoire rapide et inattendue. Les p&#234;cheurs croient avoir d&#233;fait la minorit&#233; de poss&#233;dants qui les exploitent depuis si longtemps.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les marchands n'ont &#233;videmment pas dit leur dernier mot : le lendemain, ils portent plainte contre quarante p&#234;cheurs. Le sh&#233;rif (!) de Gasp&#233; les accuse d'avoir particip&#233; &#224; un &lt;q style=&#034;font-style: italic;&#034;&gt;rassemblement tumultueux entravant ill&#233;galement le commerce de la morue et le cours normal des affaires&lt;/q&gt;. En outre, ces p&#234;cheurs sont accus&#233;s d'avoir assailli, battu et tent&#233; d'assassiner une dizaine de cadres et de patrons, en plus de s'&#234;tre attaqu&#233; &#224; la propri&#233;t&#233; des compagnies Fruing et Hyman. C'est la panique chez les &#233;lites locales : tous les jours, de nouvelles rumeurs laissent entendre que les p&#234;cheurs vont s'attaquer aux &#233;tablissements commerciaux de l'Anse-au-Griffon et de Grande-Grave. Les militaires accourus &#224; Gasp&#233; pour r&#233;tablir la loi et l'ordre envoient un t&#233;l&#233;gramme &#224; Ottawa le 9 septembre : &lt;q style=&#034;font-style: italic;&#034;&gt;Les marchands de Rivi&#232;re-au-Renard sont maintenant &#224; Gasp&#233; pour leur s&#233;curit&#233;, &#233;tant donn&#233; que les &#233;meutiers d&#233;fient le clerg&#233;, le maire et toutes les autorit&#233;s et qu'ils ont d&#233;cid&#233; d'assumer eux-m&#234;mes la loi. Seule une importante force arm&#233;e peut r&#233;tablir la paix&lt;/q&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb5-31&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Ibid, p. 108&#034; id=&#034;nh5-31&#034;&gt;31&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;. La r&#233;action de la classe dominante ne se fera pas attendre. Le 11 septembre, deux croiseurs de la marine canadienne jettent l'ancre devant Rivi&#232;re-au-Renard : 40 soldats d&#233;barquent &#224; terre les armes &#224; la main et proc&#232;dent &#224; une vingtaine d'arrestations. Trois jours plus tard, une autre op&#233;ration militaire effectu&#233;e pendant la nuit permettra d'arr&#234;ter quatre autres p&#234;cheurs. Ils seront tous envoy&#233;s &#224; Perc&#233; et jug&#233;s manu militari les 16 et 17 septembre. &#192; la suite de ce proc&#232;s exp&#233;ditif, 22 des 24 accus&#233;s sont trouv&#233;s coupables d'&#233;meute, de l&#233;sions corporelles et de blessures graves ; cinq d'entre eux sont condamn&#233;s &#224; des peines de prison de 8 &#224; 11 mois et incarc&#233;r&#233;s sur le champ. Quant aux promesses &#233;crites faites aux p&#234;cheurs, elles restent &#233;videmment lettre morte. Une autre r&#233;volte spontan&#233;e vient de se terminer : l'exploitation, froide et meurtri&#232;re, peut &#224; nouveau reprendre son cours.&lt;/p&gt;
&lt;h3 class=&#034;spip&#034;&gt;Conclusion&lt;/h3&gt;
&lt;p&gt;La p&#233;riode historique que nous venons de survoler se r&#233;v&#232;le tr&#232;s f&#233;conde pour les id&#233;es anarchistes et libertaires, m&#234;me si les francophones semblent quelque peu en retrait par rapport &#224; ces d&#233;veloppements. L'immigration europ&#233;enne, combin&#233;e aux &#233;changes bilat&#233;raux entre le Qu&#233;bec et les &#201;tats-Unis, favorisent l'&#233;closion d'exp&#233;riences nouvelles, notamment au sein du mouvement ouvrier o&#249; le marxisme reste une id&#233;ologie encore peu connue. L'absence de parti communiste rend la t&#226;che des anarchistes beaucoup plus facile, d'autant qu'on retrouve au sein du Parti Socialiste des militants assez proches des id&#233;es libertaires et anarcho-syndicalistes&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb5-32&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;McCormack, A. Ross (1977), Reformers, Rebels, and Revolutionaries : The (&#8230;)&#034; id=&#034;nh5-32&#034;&gt;32&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;. Cette tendance commencera &#224; s'inverser entre 1910 et 1920, tout particuli&#232;rement apr&#232;s la r&#233;volution d'octobre et le triomphe des th&#232;ses l&#233;ninistes. L'entr&#233;e en guerre du Canada aux c&#244;t&#233;s de la France et de la Grande-Bretagne compliquera grandement le travail des militants par l'adoption de lois r&#233;pressives qui permettront d'interdire bon nombre d'organisations r&#233;volutionnaires partout en Am&#233;rique du Nord. Paradoxalement, c'est au cours de cette p&#233;riode que seront cr&#233;&#233;s des liens durables entre anarchistes fran&#231;ais et qu&#233;b&#233;cois.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;hr /&gt;
		&lt;div class='rss_notes'&gt;&lt;div id=&#034;nb5-1&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh5-1&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 5-1&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;1&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;Ce groupe diffuse le 3 septembre 1894 un manifeste r&#233;dig&#233; en fran&#231;ais &#224; l'occasion de la F&#234;te du travail, qui r&#233;unit chaque ann&#233;e des milliers de personnes dans les rues de Montr&#233;al. L'ann&#233;e suiv&#173;ante, Daniel de Leon vient &#224; Montr&#233;al au d&#233;but du mois de mars &#224; l'occasion d'une tourn&#233;e de conf&#233;rences &#224; travers le Canada.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb5-2&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh5-2&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 5-2&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;2&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;Voir &#224; ce sujet la premi&#232;re partie de ce dossier dans &lt;i&gt;Ruptures&lt;/i&gt;, no.1, automne 2001, pp. 21-24&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb5-3&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh5-3&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 5-3&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;3&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;Medresh, Israel (1997),&lt;i&gt; Le Montr&#233;al juif d'autrefois&lt;/i&gt;, &#233;ditions du Septemtrion, p. 83&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb5-4&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh5-4&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 5-4&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;4&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;Ibid, p. 83&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb5-5&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh5-5&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 5-5&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;5&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;Rome, David (1986), &#171; The Jewish Times &#187; in &lt;i&gt;The Immigration Story 1&lt;/i&gt;, Canadian Jewish Congress p.31-33&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb5-6&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh5-6&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 5-6&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;6&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;Medresh, Israel, op. cit. , p. 72&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb5-7&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh5-7&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 5-7&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;7&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;Belkin, Simon (1956-1999), &lt;i&gt;Le mouvement ouvrier juif au Canada, 1904-1920&lt;/i&gt;, &#201;ditions du Septentrion, Sillery, p. 92&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb5-8&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh5-8&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 5-8&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;8&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;Akumovik, Ivan (1975), &lt;i&gt;The Communist Party in Canada : A History, Toronto&lt;/i&gt;, McClelland and Stewart Limited, p. 3&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb5-9&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh5-9&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 5-9&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;9&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;Belkin, Simon, op. cit. , p. 95. Les bundistes dont parle Belkin sont des membres du Yiddish Arbeit Bund (L'Union des ouvriers juifs de Pologne, de Lituanie et de Russie), cr&#233;&#233; en 1897. Mouvement r&#233;volutionnaire luttant &#224; la fois sur le terrain politique et culturel contre l'exploitation des ouvriers et le racisme dont ils sont victimes, mais &#233;galement pour l'&#233;galit&#233; sociale et le rayonnement de la culture yiddish.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb5-10&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh5-10&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 5-10&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;10&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;Il s'agit du premier voyage &#224; Montr&#233;al pour Emma Goldman. Celle-ci aura toutefois l'occasion de s&#233;journer au Qu&#233;bec &#224; de tr&#232;s nombreuses reprises au cours des ann&#233;es suivantes, comme nous le verrons dans le prochain num&#233;ro. (&lt;i&gt;Ruptures &lt;/i&gt; n&#176;3)&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb5-11&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh5-11&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 5-11&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;11&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;i&gt;Arbeiter Freund&lt;/i&gt; est &#233;galement le nom d'un journal &#233;dit&#233; par Rudolf Rocker &#224; Londres &#224; la m&#234;me &#233;poque.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb5-12&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh5-12&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 5-12&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;12&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;Goldman, Emma (1908), &#171; The Joys of Touring &#187; in &lt;i&gt;Mother Earth&lt;/i&gt;, vol.3, no. 3&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb5-13&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh5-13&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 5-13&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;13&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;Beaulieu, Andr&#233; et al. (1984), &lt;i&gt;La presse qu&#233;b&#233;coise des origines &#224; nos jours, tome quatri&#232;me, 1890-1905&lt;/i&gt;, p. 149. D&#232;s 1901, il existait &#224; Montr&#233;al une autre revue en esp&#233;ranto intitul&#233;e L'esp&#233;rantiste canadien.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb5-14&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh5-14&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 5-14&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;14&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;Gambone, Larry (1995), &lt;i&gt;The Impossiblists&lt;/i&gt;, Red Lion Press, p. 3&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb5-15&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh5-15&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 5-15&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;15&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;Benoit, Jacques (1982), &#171; Les anarchistes au Qu&#233;bec, une influence diffuse &#187; in &lt;i&gt;La Presse&lt;/i&gt;, 3 mai, p. A2&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb5-16&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh5-16&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 5-16&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;16&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;Roussopoulos, Dimitri (1980), &#171; L'apr&#232;s-r&#233;f&#233;rendum... une perspective anarchiste &#187; in &lt;i&gt;L'impasse &lt;/i&gt; (sous la direction de Nicole Laurin-Frenette et de Jean-Fran&#231;ois L&#233;onard), Ed. Nouvelle Optique, p. 105&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb5-17&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh5-17&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 5-17&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;17&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;Medresh, Israel,op. cit. , p. 85&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb5-18&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh5-18&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 5-18&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;18&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;La manifestation socialiste in &lt;i&gt;La Patrie&lt;/i&gt;, 2 mai 1906, p. 142 Larivi&#232;re, Claude (1979), &lt;i&gt;Albert Saint-Martin, militant d'avant-garde (1865-1947)&lt;/i&gt;, &#201;ditions coop&#233;ratives Albert Saint-Martin, p. 75&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb5-19&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh5-19&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 5-19&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;19&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;Larivi&#232;re, Claude (1975), &lt;i&gt;Le 1&lt;sup class=&#034;typo_exposants&#034;&gt;er&lt;/sup&gt; mai, f&#234;te internationale des travailleurs&lt;/i&gt;, &#201;ditions coop&#233;ratives Albert Saint-Martin, p. 28&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb5-20&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh5-20&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 5-20&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;20&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;La manifestation socialiste in &lt;i&gt;La Patrie&lt;/i&gt;, 2 mai 1906, p. 1&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb5-21&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh5-21&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 5-21&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;21&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;Groupe de chercheurs de l'Universit&#233; du Qu&#233;bec &#224; Montr&#233;al sur l'histoire des travailleurs qu&#233;b&#233;cois, &lt;i&gt;L'action politique des ouvriers qu&#233;b&#233;cois&lt;/i&gt; (recueil de documents), p. 59-60&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb5-22&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh5-22&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 5-22&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;22&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;&#192; ce sujet : Portis, Larry (1985),&lt;i&gt; IWW et syndicalisme r&#233;volutionnaire aux &#201;tats-Unis&lt;/i&gt;, Spartacus, pp. 138-140. On y retrouve la traduction fran&#231;aise de ces deux pr&#233;ambules.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb5-23&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh5-23&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 5-23&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;23&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;Gu&#233;rin, Daniel (1970), &lt;i&gt;Le mouvement ouvrier aux &#201;tats-Unis 1867-1967&lt;/i&gt;, Ed. Fran&#231;ois Maspero, p. 36&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb5-24&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh5-24&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 5-24&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;24&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;&#192; ce sujet :&lt;i&gt; The founding convention of the I.W.W. (1969)&lt;/i&gt;, Merit Publishers, New-York, 616 p.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb5-25&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh5-25&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 5-25&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;25&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;Logan, H.A. (1948), &lt;i&gt;Trade Unions in Canada&lt;/i&gt;, MacMillan Co. of Canada, Toronto, p. 211&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb5-26&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh5-26&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 5-26&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;26&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;Belkin, Simon, op. cit. , p. 69. Au d&#233;but du XX&lt;sup class=&#034;typo_exposants&#034;&gt;e&lt;/sup&gt; si&#232;cle, on d&#233;signait sous le nom de cloakmakers l'ensemble des travailleurs de l'industrie du v&#234;tement f&#233;minin. Un cloak est un v&#234;tement ample sans manche port&#233; &#224; cette &#233;poque par les femmes.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb5-27&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh5-27&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 5-27&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;27&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;Toutes les informations sur cette r&#233;volte provienne d'un livre de Jacques Keable, &lt;i&gt;La r&#233;volte des p&#234;cheurs &lt;/i&gt; aux &#233;ditions Lanct&#244;t.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb5-28&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh5-28&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 5-28&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;28&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;Un quintal &#233;gale &#224; 112 livres de poisson s&#233;ch&#233;, c'est-&#224;-dire vid&#233; de son eau, de ses visc&#232;res, etc.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb5-29&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh5-29&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 5-29&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;29&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;Keable, Jacques (1996), &lt;i&gt;La r&#233;volte des p&#234;cheurs&lt;/i&gt;, Lanct&#244;t &#201;diteur, p. 83&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb5-30&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh5-30&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 5-30&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;30&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;Ibid, p. 91&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb5-31&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh5-31&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 5-31&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;31&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;Ibid, p. 108&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb5-32&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh5-32&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 5-32&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;32&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;McCormack, A. Ross (1977), &lt;i&gt;Reformers, Rebels, and Revolutionaries : The Western Canadian Radical Movement&lt;/i&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		
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		<title>Sur les traces de l'anarchisme au Qu&#233;bec - 1. Aux origines : le 19e si&#232;cle</title>
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		<dc:date>2023-11-09T23:30:00Z</dc:date>
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		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Michel Nestor </dc:creator>


		<dc:subject>Qu&#233;bec</dc:subject>
		<dc:subject>Internet Archive</dc:subject>

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&lt;p&gt;Cela fait maintenant plus de 100 ans que les id&#233;es anarchistes ont libre cours au Qu&#233;bec. Depuis la cr&#233;ation des premiers syndicats ouvriers combatifs au 19&lt;sup class=&#034;typo_exposants&#034;&gt;e&lt;/sup&gt; si&#232;cle jusqu'aux r&#233;centes mobilisations contre le Sommet des Am&#233;riques, l'influence libertaire s'est exprim&#233;e de nombreuses fa&#231;ons. Une multitude de journaux, d'interventions publiques, de gr&#232;ves g&#233;n&#233;rales, d'oeuvres artistiques, d'initiatives sociales et d'alterna&#173;tives radicales t&#233;moignent de cet engagement au quotidien. Malgr&#233; la (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://www.partage-noir.fr/-ruptures-no1-automne-2001-" rel="directory"&gt;Ruptures n&#176;1 - automne 2001&lt;/a&gt;

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&lt;a href="https://www.partage-noir.fr/+-quebec-+" rel="tag"&gt;Qu&#233;bec&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.partage-noir.fr/+-internet-archive-+" rel="tag"&gt;Internet Archive&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;img src='https://www.partage-noir.fr/local/cache-vignettes/L150xH84/sans_titre-2-2-2944c.png?1774702791' class='spip_logo spip_logo_right' width='150' height='84' alt=&#034;&#034; /&gt;
		&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;Cela fait maintenant plus de 100 ans que les id&#233;es anarchistes ont libre cours au Qu&#233;bec. Depuis la cr&#233;ation des premiers syndicats ouvriers combatifs au 19&lt;sup class=&#034;typo_exposants&#034;&gt;e&lt;/sup&gt; si&#232;cle jusqu'aux r&#233;centes mobilisations contre le Sommet des Am&#233;riques, l'influence libertaire s'est exprim&#233;e de nombreuses fa&#231;ons. Une multitude de journaux, d'interventions publiques, de gr&#232;ves g&#233;n&#233;rales, d'&#339;uvres artistiques, d'initiatives sociales et d'alterna&#173;tives radicales t&#233;moignent de cet engagement au quotidien. Malgr&#233; la richesse et la diversit&#233; de ces pratiques, on ne peut parler d'une v&#233;ritable tradition anarchiste au Qu&#233;bec : tout au plus retrouve-t-on au fil du temps une mouvance aux contours et aux contenus &#233;clat&#233;s, partag&#233;e en de multiples tendances parfois contradictoires. Il ne faut pas en conclure pour autant que l'anarchisme n'a aucune racine au Qu&#233;bec, bien au contraire. D'ailleurs, la renaissance de l'anarchisme comme courant d'id&#233;e et d'action au cours des cinq derni&#232;res ann&#233;es a raviv&#233; l'int&#233;r&#234;t de plusieurs pour cette histoire encore m&#233;connue. Voici le premier d'une s&#233;rie d'articles retra&#231;ant les origines de l'an&#173;archisme au Qu&#233;bec.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;h3 class=&#034;spip&#034;&gt;Les pr&#233;curseurs &lt;/h3&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;div class='spip_document_4300 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_left spip_document_left spip_document_avec_legende' data-legende-len=&#034;14&#034; data-legende-lenx=&#034;&#034;
&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='https://www.partage-noir.fr/local/cache-vignettes/L150xH188/arthurbuies-9a690-511ed.png?1774739444' width='150' height='188' alt='' /&gt;
&lt;figcaption class='spip_doc_legende'&gt; &lt;div class='spip_doc_descriptif '&gt;&lt;small&gt;Arthur Buies&lt;/small&gt;
&lt;/div&gt; &lt;/figcaption&gt;&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;
&lt;p&gt;Le 19&lt;sup class=&#034;typo_exposants&#034;&gt;e&lt;/sup&gt; si&#232;cle a vu l'&#233;mergence de l'an&#173;archisme comme courant id&#233;ologique organis&#233; autour de la pens&#233;e de Pierre&#173;-Joseph Proudhon, Michel Bakounine et Pierre Kropotkine, pour n'en nommer que quelques-uns. Au Qu&#233;bec, ce sont davan&#173;tage les r&#233;volutions de 1837 (au Canada), 1848 (Palerme, Naples, Milan, Venise, Paris, Vienne, Berlin...) et de 1871 (Paris) qui ont servi de mod&#232;les aux premiers li&#173;bertaires canadiens-fran&#231;ais. Certains d'en&#173;tre eux sont davantage des humanistes ra&#173;dicaux que des anarchistes. C'est notam&#173;ment le cas d'Arthur Buies (1840-1901), un libre-penseur anticl&#233;rical et r&#233;volution&#173;naire qui participa &#224; l'insurrection r&#233;publi&#173;caine dirig&#233;e par Garibaldi&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb6-1&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Giuseppe Garibaldi (1807-1882) luttait contre l'autorit&#233; du Pape et des (&#8230;)&#034; id=&#034;nh6-1&#034;&gt;1&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt; lors de son s&#233;jour en Europe de 1859 &#224; 1862. A son retour, Buies cherche &#224; diffuser ses id&#233;es par le biais d'un journal populaire et satyrique s'attaquant &#224; l'emprise du clerg&#233; sur la soci&#233;t&#233; canadienne-fran&#231;aise. Au mois de septembre 1868, il publie le pre&#173;mier num&#233;ro de &lt;i&gt;La Lanterne&lt;/i&gt;, un bulletin de 16 pages pleines de &#171; propos r&#233;volutionnaires &#187; et de &#171; chroniques scandaleuses &#187;. Pourfendant l'autorit&#233; du clerg&#233;, Buies s'attaque &#224; l'atrophie des consciences dans une soci&#233;t&#233; peu r&#233;ceptive &#224; ses id&#233;es : &lt;q style=&#034;font-style: italic;&#034;&gt;l'entre en guerre avec toutes les stupi&#173;dit&#233;s, toutes les hypocrisies, toutes les infamies&lt;/q&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb6-2&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Gagnon, Marcel A., (1964), La Lanterne d'Arthur Buies, Ed. de l'Homme, (&#8230;)&#034; id=&#034;nh6-2&#034;&gt;2&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;. Il y proclame avec force son id&#233;al de libert&#233; : &lt;q style=&#034;font-style: italic;&#034;&gt;la r&#233;publique, ou la li&#173;bert&#233;, n'est pas aujourd'hui ce que les peuples pensaient autrefois. La libert&#233; mo&#173;derne est ins&#233;parable de la fraternit&#233;. On ne la veut pas seulement pour un peuple, mais pour tous les peuples. On veut effa&#173;cer les fronti&#232;res, et voir tous les hommes unis dans la recherche du bien commun. Voyez ces associations d'ouvriers qui se rencontrent sur un point donn&#233; de l'Europe, mais qui viennent de tous les pays &#224; la fois. Ces ouvriers d&#233;clarent qu'ils sont fr&#232;res, et que les gouvernements ne les forceront pas &#224; se battre les uns contre les autres. Voyez ces congr&#232;s pacifiques qui se tiennent &#224; Gen&#232;ve. C'est le premier pas vers la fusion des races et l'harmonie des droits populaires&lt;/q&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb6-3&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Ibid, p. 71-72. Buies fait peut-&#234;tre r&#233;f&#233;rence au premier congr&#232;s de (&#8230;)&#034; id=&#034;nh6-3&#034;&gt;3&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;
&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;div class='spip_document_4301 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_right spip_document_right'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href='https://www.partage-noir.fr/IMG/png/163178_0017-1.png' class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/png&#034;&gt; &lt;img src='https://www.partage-noir.fr/local/cache-vignettes/L150xH246/163178_0017-1-ff371-3f618.png?1774739444' width='150' height='246' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;
&lt;p&gt;L'humanisme radical de Buies va de pair avec une &#233;ducation libre, fond&#233;e sur la Raison et d&#233;barrass&#233;e des dogmes religieux. Ainsi seulement sera-t-il possi&#173;ble d'envisager une r&#233;elle &#233;galit&#233; sociale et &#233;conomique : &lt;q style=&#034;font-style: italic;&#034;&gt;il faut pour cela que l'ins&#173;truction soit libre, qu'elle soit dirig&#233;e par des hommes qui veulent faire d'autres hommes et non par une caste ambitieuse qui ne cherche qu'&#224; faire des esclaves afin de leur commander&lt;/q&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb6-4&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Ibid, p. 97&#034; id=&#034;nh6-4&#034;&gt;4&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;. &lt;i&gt;La Lanterne &lt;/i&gt; para&#238;tra r&#233;guli&#232;rement pendant six mois avant d'&#234;tre interdit de vente par le clerg&#233;. Buies n'est pas le seul &#224; &#234;tre vis&#233; par les autorit&#233;s religieuses : quelques ann&#233;es plus t&#244;t, un pr&#234;tre saisit chez un libraire de Montr&#233;al plus de 1 500 volumes mis &#224; l'in&#173;dex par l'Eglise catholique et les br&#251;le sur la place publique&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb6-5&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Rioux, Marcel (1987), La Question du Qu&#233;bec, Ed. de l'Hexagone, p. 90&#034; id=&#034;nh6-5&#034;&gt;5&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;. Les seuls alli&#233;s objectifs de Buies semblent se trouver du c&#244;t&#233; de l'Institut canadien de Qu&#233;bec. L'Institut canadien est anim&#233; par quelques esprits progressistes mal&#173;heureusement coup&#233;s du reste de la popu&#173;lation. Cet isolement s'explique sans doute par la f&#233;roce r&#233;pression dirig&#233;e contre eux par le clerg&#233;, mais &#233;gale&#173;ment par leur proximit&#233; id&#233;ologique avec le lib&#233;ralisme politique, alors tr&#232;s pr&#233;sent en Europe et aux &#201;tats-&#173;Unis mais de plus en plus &#233;loign&#233; du mouvement ouvrier et davantage encore des id&#233;es socialistes.&lt;/p&gt;
&lt;h3 class=&#034;spip&#034;&gt;L'influence de la Commune &lt;/h3&gt;
&lt;p&gt;Paradoxalement, c'est gr&#226;ce &#224; la Commune de Paris (1871) si l'anar&#173;chisme pose son pied au Qu&#233;bec. Face &#224; l'arriv&#233;e imminente des troupes prussiennes et l'incapacit&#233; du gouvernement fran&#231;ais &#224; assumer la d&#233;fense de Paris, le peuple s'arme, prend le contr&#244;le de la Ville et proclame ses lois r&#233;volutionnaires en rupture avec l'&#201;tat. Apr&#232;s un si&#232;ge de plusieurs semaines, la r&#233;volte est dure&#173;ment r&#233;prim&#233;e par l'arm&#233;e r&#233;guli&#232;re fran&#231;aise&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb6-6&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Qui n'a pas h&#233;sit&#233; &#224; s'allier aux Prussiens pour mater l'insurrection.&#034; id=&#034;nh6-6&#034;&gt;6&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt; : 30 000 communards sont fusill&#233;s par les contre-r&#233;volutionnaires et un nombre &#233;gal prend le chemin de l'exil ou du bagne. La r&#233;action du clerg&#233; cana&#173;dien-fran&#231;ais &#224; cette r&#233;volution (avort&#233;e) est foudroyante. Monseigneur Raymond &#233;crit : &lt;q style=&#034;font-style: italic;&#034;&gt;La capitale de la France, centre de ces iniquit&#233;s et de ces immondices, ne m'appara&#238;t plus que comme une terre souill&#233;e, ainsi que celle de Babylone ou de Sodome, et comme telle appelant la vengeance du ciel&lt;/q&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb6-7&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Rioux, Marcel, ibid, p. 92&#034; id=&#034;nh6-7&#034;&gt;7&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;. D&#232;s lors, la panique s'empare des cur&#233;s canadiens-&#173;fran&#231;ais : et si des communards venaient s'&#233;tablir ici ? Une campagne ouvertement x&#233;nophobe est orchestr&#233;e &#224; travers la province de Qu&#233;bec. Les autorit&#233;s religieuses mettent en garde l'opinion publique : &lt;q style=&#034;font-style: italic;&#034;&gt;Le plus grand malheur qui peut arriver au Canada serait de tomber dans la possession de ces r&#233;volutionnaires. Dans la conjoncture pr&#233;sente, le gouvernement n'est pas le seul int&#233;ress&#233; &#224; &#233;loigner les Fran&#231;ais de cette province... mais tout fid&#232;le sujet, tout vrai patriote, tout bon catholique qui d&#233;sire conserver sa religion, ses libert&#233;s, ses lois, sa morale, y est parti&#173;culi&#232;rement et personnellement int&#233;ress&#233;&lt;/q&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb6-8&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Voir &#224; ce sujet Les communaut&#233;s cul&#173;turelles au Qu&#233;bec (1985), sous la (&#8230;)&#034; id=&#034;nh6-8&#034;&gt;8&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;. Malheureusement pour les cur&#233;s (et heureusement pour nous !), le spectre de l'anarchisme se mat&#233;rialise bient&#244;t sous leurs yeux, prenant la forme d'une mar&#233;e humaine difficile &#224; endiguer.&lt;/p&gt;
&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;div class='spip_document_4303 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_left spip_document_left spip_document_avec_legende' data-legende-len=&#034;37&#034; data-legende-lenx=&#034;x&#034;
&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='https://www.partage-noir.fr/local/cache-vignettes/L150xH203/alphonse_humbert-2de05-5eaf0.jpg?1774739444' width='150' height='203' alt='' /&gt;
&lt;figcaption class='spip_doc_legende'&gt; &lt;div class='spip_doc_descriptif '&gt;&lt;small&gt;Alphonse Humbert &lt;br&gt;(dit d'Abrigeon)&lt;/small&gt;
&lt;/div&gt; &lt;/figcaption&gt;&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;
&lt;p&gt;En 1871 et 1872, entre 1 000 et 3 000 communards s'exilent au Canada, la plu&#173;part &#224; Montr&#233;al. Ceux-ci constituent &lt;q style=&#034;font-style: italic;&#034;&gt;une soci&#233;t&#233; bruyante qui doit m&#234;me &#234;tre dis&#173;pers&#233;e par la police lors d'une manifesta&#173;tion&lt;/q&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb6-9&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Savard, Pierre (1970), Le consulat g&#233;n&#233;ral de France &#224; Qu&#233;bec et &#224; Montr&#233;al (&#8230;)&#034; id=&#034;nh6-9&#034;&gt;9&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;. Le consul de France &#224; Montr&#233;al les d&#233;crit comme &lt;q style=&#034;font-style: italic;&#034;&gt;des socialistes, des ivrognes&lt;/q&gt;, &lt;q style=&#034;font-style: italic;&#034;&gt;des gens d&#233;class&#233;s et des r&#233;frac&#173;taires &#224; la loi militaire&lt;/q&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb6-10&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Ibid, p. 93&#034; id=&#034;nh6-10&#034;&gt;10&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;. On trouve parmi eux un ancien r&#233;dacteur du journal &lt;i&gt;le P&#232;re Duchesne&lt;/i&gt;, Alphonse Humbert (dit d'Abrigeon). Selon le consul, celui-ci attaque &lt;q style=&#034;font-style: italic;&#034;&gt;les principes sur lesquels repose l'ordre social dans tout pays civilis&#233;&lt;/q&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb6-11&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Ibid, p. 93&#034; id=&#034;nh6-11&#034;&gt;11&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;. Humbert, condamn&#233; aux travaux forc&#233;s pour avoir incit&#233; le peuple &#224; la r&#233;volte dans les pages de son journal, reviendra en France en 1879, profitant de l'amnistie qui est accord&#233;e aux communards. Entre-temps, il prononce en 1874 une con&#173;f&#233;rence &#224; l'Institut canadien de Qu&#233;bec sur les mis&#232;res rencontr&#233;es par les immi&#173;grants fran&#231;ais au Canada. Ces derniers ont la vie dure : la crise &#233;conomique fait rage et le ch&#244;mage massif plonge la plu&#173;part des exil&#233;s fran&#231;ais dans la mis&#232;re. La pr&#233;sence &#224; Montr&#233;al d'un millier d'anciens soldats et d'officiers de la Commune oblige le consulat fran&#231;ais &#224; mettre sur pied en 1876 une soci&#233;t&#233; de bienfaisance pour venir en aide aux nouveaux immi&#173;grants arrivant de France. Les diplomates fran&#231;ais craignent que les &lt;q style=&#034;font-style: italic;&#034;&gt;tendances anar&#173;chiques&lt;/q&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb6-12&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Ibid, p. 94&#034; id=&#034;nh6-12&#034;&gt;12&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt; et l'anticl&#233;ricalisme des communards en exil d&#233;teignent non seule&#173;ment sur leurs compatriotes fra&#238;chement arriv&#233;s, mais &#233;galement sur les travailleurs canadiens.&lt;/p&gt;
&lt;h3 class=&#034;spip&#034;&gt;La r&#233;volte gronde &lt;/h3&gt;
&lt;p&gt;Aux yeux des r&#233;actionnaires canadiens&#173;-fran&#231;ais, la Commune symbolise le mal r&#233;volutionnaire et socialiste. Il en va de m&#234;me pour les associations ouvri&#232;res qu'une loi promulgu&#233;e par le gouverne&#173;ment f&#233;d&#233;ral rend l&#233;gales en 1872. Le journal &lt;i&gt;le Nouveau Monde&lt;/i&gt; (ultramon&#173;tain, c'est-&#224;-dire ultra-cl&#233;rical) pr&#233;dit les r&#233;sultats d'une telle mesure : &lt;q style=&#034;font-style: italic;&#034;&gt;Sir John A. MacDonald veut introduire au Canada une loi en vigueur en Angleterre... Mais la loi anglaise a &#233;t&#233; sanctionn&#233;e le 29 juin 1871, elle n'a donc pas encore &#233;t&#233; en posi&#173;tion de donner sa mesure et d'annoncer les r&#233;sultats qu'elle produira infailliblement. Pourquoi se h&#226;ter quand nous savons ce que cette l&#233;gislation a produit en France. (...) N'avons-nous pas vu l'Association Internationale des Travailleurs diriger les mouvements r&#233;volutionnaires, &#233;tablir la commune &#224; Paris et &#224; Lyon. C'est en 1864 que les Chambres fran&#231;aises l&#233;galis&#232;rent les coalitions et c'est en 1871 que l'Internationale est devenue ma&#238;tresse de Paris et qu'elle fit trembler la France&lt;/q&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb6-13&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Desrosiers, Richard et H&#233;roux, Denis (1973), Le travailleur qu&#233;b&#233;cois et le (&#8230;)&#034; id=&#034;nh6-13&#034;&gt;13&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;. En fait, ce n'est pas la pr&#233;sence des communards ou la l&#233;galisation des syndi&#173;cats qui entra&#238;neront des troubles dans la province de Qu&#233;bec, mais bien une grave crise &#233;conomique, comparable &#224; celle de 1929. Entre 1873 et 1878, les conflits ouvriers se multiplient aux quatre coins de la province au fur et &#224; mesure que le ch&#244;&#173;mage et la mis&#232;re prennent de l'ampleur. Les travailleurs se tournent vers l'action directe pour avoir gain de cause. La spon&#173;tan&#233;it&#233; et la radicalit&#233; des r&#233;voltes ouvri&#232;res vont de pair avec un durcisse&#173;ment de la lutte des classes.&lt;/p&gt;
&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;div class='spip_document_4304 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center spip_document_avec_legende' data-legende-len=&#034;41&#034; data-legende-lenx=&#034;x&#034;
&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href='https://www.partage-noir.fr/IMG/png/sans_titre-3-17.png' class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/png&#034;&gt; &lt;img src='https://www.partage-noir.fr/local/cache-vignettes/L500xH340/sans_titre-3-17-fa081.png?1774744161' width='500' height='340' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;figcaption class='spip_doc_legende'&gt; &lt;div class='spip_doc_descriptif '&gt;&lt;small&gt;La gr&#232;ve des ouvriers du canal Lachine.&lt;/small&gt;
&lt;/div&gt; &lt;/figcaption&gt;&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;
&lt;p&gt;Le 17 septembre 1877, des journaliers employ&#233;s &#224; l'agrandissement du canal Lachine pr&#232;s de Montr&#233;al quittent le tra&#173;vail. Le motif : &lt;q style=&#034;font-style: italic;&#034;&gt;les 300 employ&#233;s de la Davis et C&lt;sup class=&#034;typo_exposants&#034;&gt;ie&lt;/sup&gt; affirment avoir &#233;t&#233; employ&#233;s pour 90 cents par jour et n'en recevoir que 80&lt;/q&gt;. Ainsi, &lt;q style=&#034;font-style: italic;&#034;&gt;la gr&#232;ve se r&#233;pand dans les autres sections du canal, certains confr&#232;res devant parfois &#234;tre convaincus par la force, c'est-&#224;-dire &#224; coups de cailloux ; tous les travaux se trouvent paralys&#233;s. (...) les gr&#233;vistes attaquent le bureau de la Davis et C&lt;sup class=&#034;typo_exposants&#034;&gt;ie&lt;/sup&gt; ; plusieurs coups de feu sont &#233;chang&#233;s et deux hommes sont bless&#233;s. Des d&#233;tachements de la police de la ville et une cinquantaine d'hommes de la mi&#173;lice doivent demeurer en permanence sur les lieux pour maintenir l'ordre&lt;/q&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb6-14&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Ibid, p. 38-39&#034; id=&#034;nh6-14&#034;&gt;14&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;. Cette gr&#232;ve se r&#232;gle finalement au d&#233;but de janvier 1878, pour mieux reprendre sur d'autres chantiers de construction ailleurs en province.&lt;/p&gt;
&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;div class='spip_document_4305 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center spip_document_avec_legende' data-legende-len=&#034;84&#034; data-legende-lenx=&#034;xx&#034;
&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href='https://www.partage-noir.fr/IMG/jpg/proclamationjuin1878.jpg' class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/jpeg&#034;&gt; &lt;img src='https://www.partage-noir.fr/local/cache-vignettes/L500xH360/proclamationjuin1878-9f12d.jpg?1774744161' width='500' height='360' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;figcaption class='spip_doc_legende'&gt; &lt;div class='spip_doc_descriptif '&gt;&lt;small&gt;Proclamation du 13 juin 1878 visant &#224; mettre fin aux &#233;meutes qui perturbent Qu&#233;bec &lt;/small&gt;
&lt;/div&gt; &lt;/figcaption&gt;&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;
&lt;/small&gt;
&lt;p&gt;De nouvelles &#233;meutes ouvri&#232;res &#233;clatent &#224; Qu&#233;bec au mois de juin 1878 : &lt;q style=&#034;font-style: italic;&#034;&gt;plus de 500 employ&#233;s sur les chantiers de cons&#173;truction du gouvernement, d&#233;braient, exigeant un salaire de 1,00$ par jour au lieu de 50 et 60 cents qui leur sont allou&#233;s &#224; la suite d'une baisse de salaire ; ils marchent sur le parlement de Qu&#233;bec, paradant dans les rues de la ville en arbo&#173;rant le drapeau rouge et exigeant de voir le Premier ministre, M. Joly. Ce dernier affirme ne rien pouvoir faire pour eux puisque ce sont des entrepreneurs qui paient les ouvriers, mais il leur promet pourtant une hausse de 20 cents par jour, ce que les gr&#233;vistes refusent, r&#233;solus de ne pas accepter moins de 1,00$. Des troubles &#233;clatent alors en diff&#233;rents endroits de la ville : des gr&#233;vistes enfoncent des portes d'usines, envahissent les ateliers du chemin de fer de la Rive Nord, commet&#173;tent des d&#233;g&#226;ts &#224; la fabrique d'allumettes Par&#233;, sur la rivi&#232;re Saint-Charles. Le 12 juin, plusieurs centaines d'entre eux se rendent chez un entrepreneur en cons&#173;truction, M. Peters, pour le forcer &#224; signer un document promettant 1,00$ par jour ; sur son refus, on saccage les bureaux de l'&#233;tablissement. Quelques-uns partent ensuite piller l'entrep&#244;t de farine Renaud, rue Saint-Paul. Des soldats accourus sans armes pour assurer l'ordre, doivent se replier ; ils reviennent arm&#233;s, et apr&#232;s la lecture du Riot Act tirent sur la foule. Un des &#233;meutiers est atteint mortellement&lt;/q&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb6-15&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Ibid, p. 38-39&#034; id=&#034;nh6-15&#034;&gt;15&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;. Il s'agit d'&#201;douard Beaudoire, un ouvrier d'origine fran&#231;aise que des rap&#173;ports militaires d&#233;crivent comme un socialiste ayant particip&#233; &#224; la Commune de Paris. &lt;q style=&#034;font-style: italic;&#034;&gt;Le soir, des manifestations rassemblent trois &#224; quatre mille hommes et des discours incendiaires sont pronon&#173;c&#233;s ; un groupe va m&#234;me jusqu'&#224; lib&#233;rer un gr&#233;viste &#224; la prison de Qu&#233;bec&lt;/q&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb6-16&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Ibid, p. 38-39&#034; id=&#034;nh6-16&#034;&gt;16&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;. Le lendemain, l'arriv&#233;e massive de troupes venues de Montr&#233;al parvient &#224; r&#233;tablir l'ordre : d&#232;s le 14 juin, certains ouvriers retournent au travail. Ainsi se termine une autre r&#233;volte enflamm&#233;e...&lt;/p&gt;
&lt;h3 class=&#034;spip&#034;&gt;Les Chevaliers du Travail &lt;/h3&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;div class='spip_document_4306 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_right spip_document_right'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='https://www.partage-noir.fr/local/cache-vignettes/L469xH449/knights_of_labor_seal-6a8f8-d9e28.gif?1774739444' width='469' height='449' alt='' /&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;
&lt;p&gt;La crise &#233;conomique pass&#233;e, les syndi&#173;cats refont surface au Qu&#233;bec. Une pre&#173;mi&#232;re assembl&#233;e des Chevaliers du Travail (Knights of Labor) voit le jour &#224; Montr&#233;al en 1882 ; rapidement, l'organisation se d&#233;veloppe aux quatre coins de la province, soulevant beaucoup d'&#233;moi chez les pr&#233;lats catholiques. Aux &#201;tats-Unis, son apparition remonte &#224; 1869. Sa cr&#233;ation et son d&#233;veloppement au sud de la fronti&#232;re furent soutenus par de nombreux socia&#173;listes et anarchistes, notamment &#224; Chicago. En 1886, M&lt;sup class=&#034;typo_exposants&#034;&gt;gr&lt;/sup&gt; Tachereau demande &#224; Rome d'intervenir pour inter&#173;dire cette &#171; secte ma&#231;onnique &#187;, pensant ainsi freiner la progression des Chevaliers dans la Belle Province. On reproche &#224; l'or&#173;ganisation sa &#171; neutralit&#233; &#187;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb6-17&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;C'est-&#224;-dire sa la&#239;cit&#233; et l'absence d'au&#173;m&#244;nier pour superviser ses activit&#233;s.&#034; id=&#034;nh6-17&#034;&gt;17&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;, le caract&#232;re secret de ses activit&#233;s, son approche plus combative qu'on associe &#224; la lutte des classes. Quel est donc ce programme sens&#233; amener la r&#233;volution aux portes de Qu&#233;bec et de Montr&#233;al ? Un amalgame de r&#233;formes radicales pour l'&#233;poque (contre le travail des enfants, pour l'instruction publique, pour l'&#233;galit&#233; des hommes et des femmes selon la formule &#171; &#224; travail &#233;gal, salaire &#233;gal &#187;), jumel&#233; &#224; une critique du sys&#173;t&#232;me capitaliste, tout particuli&#232;rement de l'exploitation salariale : &lt;q style=&#034;font-style: italic;&#034;&gt;nous ne croyons pas que l'&#233;mancipation des travailleurs r&#233;side dans l'augmentation des salaires et la r&#233;duction des heures de travail ; nous devons aller beaucoup plus loin que cela, et nous n'y parviendrons que si le r&#233;gime du salariat est aboli&lt;/q&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb6-18&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Rouillard, Jacques (1976), &#171; Le Qu&#233;bec et le congr&#232;s de Berlin 1902 &#187; in (&#8230;)&#034; id=&#034;nh6-18&#034;&gt;18&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Au fil des ans, les Chevaliers du Travail arriveront &#224; rassembler &#224; travers tout le Qu&#233;bec un nombre important d'ouvriers non-sp&#233;cialis&#233;s, d&#233;laiss&#233;s par les syndicats de m&#233;tiers ouvertement corporatistes. D'apr&#232;s l'historien Jacques Rouillard, les Chevaliers du Travail avaient une concep&#173;tion assez large de la classe ouvri&#232;re : &lt;q style=&#034;font-style: italic;&#034;&gt;leur projet visait rien de moins qu'&#224; r&#233;unir l'ensemble des producteurs dans un vaste mouvement pour l'abolition du salariat et le r&#233;tablissement d'une soci&#233;t&#233; nouvelle fond&#233;e sur la coop&#233;ration et la petite pro&#173;pri&#233;t&#233;&lt;/q&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb6-19&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Ibid, p. 72&#034; id=&#034;nh6-19&#034;&gt;19&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;. Fortement d&#233;centralis&#233;es et contr&#244;l&#233;es par leur base, les assembl&#233;es des Chevaliers du Travail regroupaient tous les travailleurs, sans distinction de m&#233;tier, de sexe, de croyance, de couleur ou de nationalit&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;div class='spip_document_4307 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_left spip_document_left spip_document_avec_legende' data-legende-len=&#034;21&#034; data-legende-lenx=&#034;&#034;
&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href='https://www.partage-noir.fr/IMG/jpg/powderly_t_kol.jpg' class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/jpeg&#034;&gt; &lt;img src='https://www.partage-noir.fr/local/cache-vignettes/L150xH224/powderly_t_kol-302df-e7f40.jpg?1774739444' width='150' height='224' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;figcaption class='spip_doc_legende'&gt; &lt;div class='spip_doc_descriptif '&gt;&lt;small&gt;Terence V. Powderly&lt;/small&gt;
&lt;/div&gt; &lt;/figcaption&gt;&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;
&lt;p&gt;Chez les haut-dirigeants des Chevaliers du Travail aux &#201;tats-Unis (dont l'organisa&#173;tion est en compl&#232;te d&#233;g&#233;n&#233;rescence), une certaine inqui&#233;tude commence &#224; se faire sentir : comment continuer &#224; garder le con&#173;tr&#244;le sur cette masse d'ouvriers de plus en plus turbulente, d&#233;fiant ouvertement l'au&#173;torit&#233; du clerg&#233; et du patronat en plus d'enfreindre les r&#232;gles habituelles des &#171; trade-unions &#187; ? Parlant des ouvriers cana&#173;diens-fran&#231;ais, le leader am&#233;ricain des Knights of Labor, Terence V. Powderly, avait l'habitude de dire : &lt;q style=&#034;font-style: italic;&#034;&gt;Il y a tant d'anarchistes au Canada ! Ils [ceux au pou&#173;voir] ont raison de se m&#233;fier. Les Fran&#231;ais sont bien plus difficiles &#224; manier que les autres peuples. Nous avons aussi un certain nombre d'an&#173;archistes aux &#201;tats-Unis, mais ils ne sont pas du genre dangereux. Le tem&#173;p&#233;rament fran&#231;ais est tr&#232;s diff&#233;rent. Massez nos gens sur toute la longueur de Market Street, vous n'aurez rien &#224; redouter. Mais faites la m&#234;me chose avec un nombre &#233;gal de Fran&#231;ais, alors le pire est &#224; craindre&lt;/q&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb6-20&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Lipton, Charles (1976), Histoire du syndicalisme au Canada et au Qu&#233;bec (&#8230;)&#034; id=&#034;nh6-20&#034;&gt;20&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;. Ne nous m&#233;prenons pas : l'or&#173;ganisation des Chevaliers du Travail n'est pas un syndicat r&#233;volutionnaire comme le sera plus tard l'IWW (Industrial Workers of the World, cr&#233;&#233; en 1905). Toutefois, leur projet politique offre de nombreuses ressem&#173;blances avec le mutuellisme d&#233;velopp&#233; par les premiers anarchistes fran&#231;ais, au nombre desquels on retrouve la figure de Pierre-Joseph Proudhon.&lt;/p&gt;
&lt;h3 class=&#034;spip&#034;&gt;La propri&#233;t&#233; c'est le vol &lt;/h3&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;div class='spip_document_4308 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_right spip_document_right spip_document_avec_legende' data-legende-len=&#034;28&#034; data-legende-lenx=&#034;&#034;
&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='https://www.partage-noir.fr/local/cache-vignettes/L150xH243/8026-d0f4c-46f36.jpg?1774739444' width='150' height='243' alt='' /&gt;
&lt;figcaption class='spip_doc_legende'&gt; &lt;div class='spip_doc_descriptif '&gt;&lt;small&gt;Alphonse T&#233;lesphore L&#233;pine&lt;/small&gt;
&lt;/div&gt; &lt;/figcaption&gt;&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;
&lt;p&gt;Les &#233;v&#234;ques du Qu&#233;bec ne r&#233;ussiront pas &#224; emp&#234;cher l'&#233;lection d'un militant des Chevaliers du Travail, Alphonse T&#233;lesphore L&#233;pine, dans le comt&#233; de Montr&#233;al-Est aux &#233;lections de 1888. Si nous mentionnons le nom du premier d&#233;put&#233; ouvrier au Qu&#233;bec, &#233;lu de surcro&#238;t dans le &#171; bastion du prol&#233;tariat mon&#173;tr&#233;alais &#187;, c'est que L&#233;pine est influenc&#233; par l'un des premiers penseurs de l'anar&#173;chisme, Pierre-Joseph Proudhon (1809-1865). Cette filiation lui vaudra les nom&#173;breuses critiques des d&#233;fenseurs acharn&#233;s de l'ordre &#233;tabli. Les slogans anti-L&#233;pine (et anti-anarchistes) se multipli&#232;rent avant son &#233;lection : &lt;q style=&#034;font-style: italic;&#034;&gt;Propri&#233;taires, prenez garde &#224; vous&lt;/q&gt;, &lt;q style=&#034;font-style: italic;&#034;&gt;Songez &#224; la Commune de Paris, aux &#233;meutes de Trafalgar Square et aux bombes de Haymarket &#224; Chicago !&lt;/q&gt;, &lt;q style=&#034;font-style: italic;&#034;&gt;Ces gens-l&#224; veulent abolir les loy&#173;ers&lt;/q&gt;. Pourquoi tant de remue-m&#233;nage autour d'un personnage somme toute pacifique et conciliant ?&lt;/p&gt;
&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;div class='spip_document_4309 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_left spip_document_left'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href='https://www.partage-noir.fr/IMG/jpg/knights_of_labor_declaration.jpg' class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/jpeg&#034;&gt; &lt;img src='https://www.partage-noir.fr/local/cache-vignettes/L150xH200/knights_of_labor_declaration-197dc-c3f23.jpg?1774739444' width='150' height='200' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;
&lt;p&gt;&lt;q style=&#034;font-style: italic;&#034;&gt;Au cours de l'ann&#233;e 1887, L&#233;pine publia une Explication de la d&#233;clara&#173;tion de principe des Chevaliers du Travail, destin&#233;e &#224; mieux faire con&#173;na&#238;tre l'organisation &lt;q style=&#034;font-style: italic;&#034;&gt;aux compatrio&#173;tes de langue fran&#231;aise&lt;/q&gt;. (...) Un pas&#173;sage de la brochure laissait claire&#173;ment entendre &#224; quelle doctrine sociale se rattachaient les premiers penseurs ouvriers qu&#233;b&#233;cois et quels courants id&#233;ologiques les influ&#173;en&#231;aient. Cet article &lt;span style=&#034;font-style:normal;&#034;&gt;[article IV de la d&#233;claration de principe]&lt;/span&gt;, &lt;span style=&#034;font-style:normal;&#034;&gt;&#233;crivait L&#233;pine&lt;/span&gt;, remet en m&#233;moire le mot d'un grand &#233;conomiste fran&#231;ais : La propri&#233;t&#233;, c'est le vol. En &#233;tablissant ce principe, monsieur Proudhon a voulu faire observer que la propri&#233;t&#233; n'avait pu, dans ses ori&#173;gines, s'&#233;tablir et se fonder qu'en empi&#233;&#173;tant sur les droits imprescriptibles du peu&#173;ple, qui seul a le droit de disposer de la terre, son h&#233;ritage naturel...&lt;/q&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb6-21&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;22)	Desrosiers et Heroux, ibid, p. 76&#034; id=&#034;nh6-21&#034;&gt;21&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;D'o&#249; proviennent ces id&#233;es ? Les &#233;changes entre les &#201;tats-Unis et le Qu&#233;bec devenant de plus en plus r&#233;guliers (notam&#173;ment &#224; travers l'&#233;migration de milliers de canadiens-fran&#231;ais vers les villes indus&#173;trielles de la Nouvelle-Angleterre), il n'est pas impossible que les divers courants socialistes libertaires commencent &#224; trou&#173;ver ici un terreau fertile avec la politisa&#173;tion croissante de la classe ouvri&#232;re. On retrouve des traces de cette p&#233;n&#233;tration &#224; travers une publication socialiste r&#233;volu&#173;tionnaire r&#233;alis&#233;e d&#232;s 1885 par des r&#233;fugi&#233;s de la Commune de Paris &#233;tablis en Pennsylvanie (&#201;tats-Unis). Leur journal mensuel &lt;i&gt;La Torpille&lt;/i&gt;) est destin&#233; aux travailleurs de langue fran&#231;aise du Canada et des &#201;tats-Unis. Son contenu est con&#173;sacr&#233; &lt;q style=&#034;font-style: italic;&#034;&gt;&#224; la revendication des droits des tra&#173;vailleurs et &#224; la lutte contre les iniquit&#233;s sociales&lt;/q&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb6-22&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Creagh, Ronald (1986), L'anarchisme aux &#201;tats-Unis, Tome III, p. 1 129&#034; id=&#034;nh6-22&#034;&gt;22&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;, tout en fournissant &lt;q style=&#034;font-style: italic;&#034;&gt;une tr&#232;s int&#233;ressante chronique sur la condi&#173;tion f&#233;minine contemporaine et le mouvement ouvrier&lt;/q&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb6-23&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;24)	Ibid, p. 1 129&#034; id=&#034;nh6-23&#034;&gt;23&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;. Le mensuel changera de nom en 1890 pour devenir &lt;i&gt;Le R&#233;veil des Masses&lt;/i&gt;, adoptant par le fait m&#234;me une tendance anarcho-communiste et sera publi&#233; sous forme de lettres bimestrielles (4 pages) pour toucher plus sp&#233;cifiquement les &#171; Fran&#231;ais du Canada &#187;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb6-24&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Ibid, p. 1 130&#034; id=&#034;nh6-24&#034;&gt;24&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;h3 class=&#034;spip&#034;&gt;Le g&#233;ographe de l'anarchie &lt;/h3&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;div class='spip_document_4311 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_right spip_document_right spip_document_avec_legende' data-legende-len=&#034;34&#034; data-legende-lenx=&#034;x&#034;
&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href='https://www.partage-noir.fr/IMG/jpg/elisee_reclus__photo_par_nadar__1889.jpg' class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/jpeg&#034;&gt; &lt;img src='https://www.partage-noir.fr/local/cache-vignettes/L150xH212/elisee_reclus__photo_par_nadar__1889-3647c-e6559.jpg?1774695128' width='150' height='212' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;figcaption class='spip_doc_legende'&gt; &lt;div class='spip_doc_descriptif '&gt;&lt;small&gt;&#201;lis&#233;e Reclus, &lt;br&gt;par Nadar, 1889&lt;/small&gt;
&lt;/div&gt; &lt;/figcaption&gt;&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;
&lt;p&gt;Les liens avec l'Europe semblent pour leur part assez restreint. La visite au Qu&#233;bec de l'anarchiste fran&#231;ais &#201;lis&#233;e Reclus en 1889 illustre bien cette situa&#173;tion. Du 6 juin au 4 juillet, Reclus par&#173;cours la province en tant que g&#233;ographe. Il passe par Montr&#233;al, Ottawa, Calumet, le Lac Champlain, Roberval et Qu&#233;bec. Son journal de bord nous offre une &#233;clatante description de la soci&#233;t&#233; qu&#233;b&#233;coise. Reclus confirme dans son r&#233;cit de voyage un certain nombre de faits que nous con&#173;naissons bien : l'omnipr&#233;sence du clerg&#233; dans les affaires publiques, l'idiotie des cur&#233;s qu'il croise sur sa route, le faible degr&#233; d'esprit critique chez les &#171; &#233;lites &#187; locales, la situation quasi coloniale du Canada-fran&#231;ais... Presque par hasard, il rencontrera tout de m&#234;me quelques per&#173;sonnages int&#233;ressants : un r&#233;fugi&#233; de la Commune de Paris vivant &#224; Roberval avec toute sa famille (et qui s'appelle Lalibert&#233; !) ainsi que deux libres-penseurs, l'un anglophone, l'autre francophone. Ce dernier, M. Tremblay, est un socialiste dont Reclus fait la connaissance sur le bateau qui le ram&#232;ne en Europe : &lt;q style=&#034;font-style: italic;&#034;&gt;un Canadien est &#224; mes c&#244;t&#233;s, socialiste comme moi, et &lt;q style=&#034;font-style: italic;&#034;&gt;pour la premi&#232;re fois&lt;q style=&#034;font-style: italic;&#034;&gt;, dit-il, proclamant sa pens&#233;e. Mais si c'est la premi&#232;re fois, ce n'est pas que la r&#233;flexion n'ait &#233;t&#233; longue. Peut-&#234;tre le seul dans son pays, le bon&#173;homme lit, &#233;tudie, recueille et annote les ouvrages socialistes, et il vient en France respirer une bouff&#233;e d'air pur&lt;/q&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb6-25&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Le journal d'&#201;lis&#233;e Reclus peut &#234;tre con&#173;sult&#233; sur le site&#034; id=&#034;nh6-25&#034;&gt;25&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;. C'est somme toute bien peu de monde pour un si grand pays !&lt;/p&gt;
&lt;h3 class=&#034;spip&#034;&gt;En guise de conclusion &lt;/h3&gt;
&lt;p&gt;Quels constats pouvons-nous tirer de ces quelques rep&#232;res historiques ? Dans un premier temps, nous n'avons pas trouv&#233; de courant anarchiste organis&#233; au Qu&#233;bec dans la deuxi&#232;me moiti&#233; du 19&lt;sup class=&#034;typo_exposants&#034;&gt;e&lt;/sup&gt; si&#232;cle. Cette situation tranche avec celle pr&#233;&#173;valant aux &#201;tats-Unis, o&#249; existent &#224; cette &#233;poque de nombreux groupes et journaux anarchistes, toutes tendances confondues (individualiste, syndicaliste r&#233;volution&#173;naire, anarcho-communiste). Par ailleurs, on retrouve quelques traces significatives montrant une certaine diffusion des id&#233;es anarchistes dans les milieux intellectuels et ouvriers apr&#232;s 1871. D'autre part, cette p&#233;riode est jalonn&#233;e de r&#233;voltes ouvri&#232;res et populaires d'inspiration libertaire. Sans n&#233;cessairement &#234;tre l'&#339;uvre d'anarchistes, elles ont certainement une r&#233;sonance famili&#232;re pour les communistes libertaires d'aujourd'hui. Il faudra attendre les pre&#173;mi&#232;res ann&#233;es du 20&lt;sup class=&#034;typo_exposants&#034;&gt;e&lt;/sup&gt; si&#232;cle pour voir appara&#238;tre distinctement au Qu&#233;bec un mouvement anarchiste &#224; part enti&#232;re, principalement concentr&#233; &#224; Montr&#233;al dans les milieux ouvriers juifs et canadien-&#173;fran&#231;ais.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;hr /&gt;
		&lt;div class='rss_notes'&gt;&lt;div id=&#034;nb6-1&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh6-1&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 6-1&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;1&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;Giuseppe Garibaldi (1807-1882) luttait contre l'autorit&#233; du Pape et des monarchistes pour la cr&#233;ation d'une r&#233;publique en Italie.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb6-2&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh6-2&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 6-2&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;2&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;Gagnon, Marcel A., (1964), &lt;i&gt;La Lanterne d'Arthur Buies&lt;/i&gt;, Ed. de l'Homme, Montr&#233;al, p. 8&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb6-3&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh6-3&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 6-3&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;3&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;Ibid, p. 71-72. Buies fait peut-&#234;tre r&#233;f&#233;rence au premier congr&#232;s de l'Association internationale des travailleurs (A.I.T.), qui s'est tenu &#224; Gen&#232;ve en 1866.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb6-4&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh6-4&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 6-4&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;4&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;Ibid, p. 97&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb6-5&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh6-5&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 6-5&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;5&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;Rioux, Marcel (1987), &lt;i&gt;La Question du Qu&#233;bec&lt;/i&gt;, Ed. de l'Hexagone, p. 90&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb6-6&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh6-6&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 6-6&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;6&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;Qui n'a pas h&#233;sit&#233; &#224; s'allier aux Prussiens pour mater l'insurrection.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb6-7&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh6-7&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 6-7&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;7&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;Rioux, Marcel, ibid, p. 92&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb6-8&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh6-8&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 6-8&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;8&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;Voir &#224; ce sujet &lt;i&gt;Les communaut&#233;s cul&#173;turelles au Qu&#233;bec&lt;/i&gt; (1985), sous la direction de Michel Lefebvre et Yuri Oryschuk, aux &#233;ditions Fides.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb6-9&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh6-9&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 6-9&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;9&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;Savard, Pierre (1970), &lt;i&gt;Le consulat g&#233;n&#233;ral de France &#224; Qu&#233;bec et &#224; Montr&#233;al de 1859 &#224; 1914&lt;/i&gt;, Presses de l'Universit&#233; Laval, Qu&#233;bec, p. 93&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb6-10&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh6-10&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 6-10&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;10&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;Ibid, p. 93&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb6-11&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh6-11&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 6-11&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;11&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;Ibid, p. 93&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb6-12&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh6-12&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 6-12&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;12&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;Ibid, p. 94&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb6-13&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh6-13&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 6-13&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;13&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;Desrosiers, Richard et H&#233;roux, Denis (1973), &lt;i&gt;Le travailleur qu&#233;b&#233;cois et le syndical&#173;isme&lt;/i&gt;, Les presses de l'Universit&#233; du Qu&#233;bec, p. 34-35&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb6-14&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh6-14&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 6-14&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;14&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;Ibid, p. 38-39&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb6-15&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh6-15&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 6-15&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;15&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;Ibid, p. 38-39&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb6-16&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh6-16&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 6-16&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;16&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;Ibid, p. 38-39&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb6-17&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh6-17&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 6-17&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;17&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;C'est-&#224;-dire sa la&#239;cit&#233; et l'absence d'au&#173;m&#244;nier pour superviser ses activit&#233;s.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb6-18&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh6-18&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 6-18&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;18&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;Rouillard, Jacques (1976), &#171; Le Qu&#233;bec et le congr&#232;s de Berlin 1902 &#187; in &lt;i&gt;Labour-Le travailleur&lt;/i&gt;, vol 1 n&#176;1, p.72&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb6-19&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh6-19&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 6-19&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;19&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;Ibid, p. 72&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb6-20&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh6-20&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 6-20&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;20&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;Lipton, Charles (1976),&lt;i&gt; Histoire du syndicalisme au Canada et au Qu&#233;bec (1827-1959)&lt;/i&gt;, Parti-Pris, Montr&#233;al, p. 112&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb6-21&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh6-21&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 6-21&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;21&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;22)	Desrosiers et Heroux, ibid, p. 76&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb6-22&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh6-22&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 6-22&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;22&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;Creagh, Ronald (1986), &lt;i&gt;L'anarchisme aux &#201;tats-Unis&lt;/i&gt;, Tome III, p. 1 129&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb6-23&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh6-23&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 6-23&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;23&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;24)	Ibid, p. 1 129&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb6-24&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh6-24&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 6-24&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;24&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;Ibid, p. 1 130&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb6-25&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh6-25&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 6-25&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;25&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;Le journal d'&#201;lis&#233;e Reclus peut &#234;tre con&#173;sult&#233; sur le site &lt;a href=&#034;http://www.gallica.bnffr&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;http://www.gallica.bnffr&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		
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