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	<title>PARTAGE NOIR</title>
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		<title>PARTAGE NOIR</title>
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		<title>Ao&#251;t 1914 : Le suicide de l'Internationale</title>
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		<dc:creator>Fran&#231;ois Roux</dc:creator>


		<dc:subject>Archives Autonomies</dc:subject>
		<dc:subject>&lt;i&gt;Gavroche - Revue d'histoire populaire&lt;/i&gt;</dc:subject>

		<description>&lt;p&gt;Conscients de l'imminence d'une guerre de grande ampleur, les diff&#233;rents mouvements ouvriers europ&#233;ens r&#233;unis dans la Deuxi&#232;me Internationale, r&#233;solument pacifistes, furent pourtant incapables, non seulement d'emp&#234;cher la Premi&#232;re Guerre mondiale, mais m&#234;me de s'y opposer.&lt;/p&gt;

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&lt;a href="https://www.partage-noir.fr/+-source-fragments-d-histoire-de-la-gauche-radicale-+" rel="tag"&gt;Archives Autonomies&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.partage-noir.fr/+-gavroche-revue-d-histoire-populaire-+" rel="tag"&gt;&lt;i&gt;Gavroche - Revue d'histoire populaire&lt;/i&gt;&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;img src='https://www.partage-noir.fr/local/cache-vignettes/L150xH84/arton1242-19a61.jpg?1774751062' class='spip_logo spip_logo_right' width='150' height='84' alt=&#034;&#034; /&gt;
		&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;Conscients de l'imminence d'une guerre de grande ampleur, les diff&#233;rents mouvements ouvriers europ&#233;ens r&#233;unis dans la Deuxi&#232;me Internationale, r&#233;solument pacifistes, furent pourtant incapables, non seulement d'emp&#234;cher la Premi&#232;re Guerre mondiale, mais m&#234;me de s'y opposer.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;La Premi&#232;re Guerre mondiale demeure jusqu'&#224; aujourd'hui l'&#233;v&#233;nement g&#233;opolitique majeur de l'histoire moderne. Elle a provoqu&#233; la disparition de trois empires s&#233;culaires (russe, turc, austro-hongrois), la ruine des pays bellig&#233;rants d'Europe occidentale (Allemagne, France, Royaume-Uni, Italie, Belgique), et la d&#233;vastation de l'Europe de l'Est&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb1&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;La Serbie, par exemple, aurait perdu 37 % de ses mobilis&#233;s !&#034; id=&#034;nh1&#034;&gt;1&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;. Les gouvernements europ&#233;ens avaient pens&#233; r&#233;gler la question du leadership entre les puissances maritimes et coloniales qu'&#233;taient la France et le Royaume-Uni d'une part, et l'Allemagne, puissance continentale montante, d'autre part. Mais une fois le dernier obus tir&#233;, c'est toute la hi&#233;rarchie mondiale qui apparut boulevers&#233;e : la guerre avait propuls&#233; les &#201;tats-Unis au rang de premi&#232;re puissance &#233;conomique et militaire, tandis que les empires coloniaux amor&#231;aient un d&#233;clin irr&#233;versible et qu'&#233;mergeait l'Empire du soleil levant. Dans le sillage du conflit apparurent les fascismes et, au terme d'une guerre civile de trois ans, l'immense &#201;tat sovi&#233;tique dont la destin&#233;e fut ensuite au c&#339;ur de tous les conflits &#224; travers la plan&#232;te pendant trois g&#233;n&#233;rations. Enfin la &#171; Grande guerre &#187; a engendr&#233; le second conflit mondial, vingt ans plus tard.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais la conflagration de 1914-1918 n'a pas seulement dynamit&#233; l'ordre international au prix de 10 millions de morts. Elle a aussi bris&#233; un r&#234;ve, celui des militants internationalistes du d&#233;but du XX&lt;sup class=&#034;typo_exposants&#034;&gt;e&lt;/sup&gt; si&#232;cle : voir les exploit&#233;s de tous les pays s'unir pour imposer la paix, d&#233;sarmer les &#201;tats et aboutir &#224; une transformation sociale radicale.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les partis socialistes membres de l'Internationale reconstitu&#233;e en 1889 partageaient un m&#234;me projet politique, du moins dans les textes. En 1896, au congr&#232;s de Londres, ils s'&#233;taient fix&#233; pour but de transformer &lt;q style=&#034;font-style: italic;&#034;&gt;l'ordre capitaliste de propri&#233;t&#233; et de production en un ordre socialiste de production et de propri&#233;t&#233;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;R&#233;solution du Congr&#232;s de Londres en 1896. Cit&#233; par Wolfgang Abendroth, (&#8230;)&#034; id=&#034;nh2&#034;&gt;2&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt; [...]&lt;/q&gt;. Sur le choix des moyens, l'Internationale s'&#233;tait d&#233;finitivement rang&#233;e &#224; l'avis d&#233;fendu vingt-cinq ans plus t&#244;t par Marx contre Bakounine. Les organisations adh&#233;rentes, concluait la r&#233;solution prise &#224; Londres, &lt;q style=&#034;font-style: italic;&#034;&gt;doivent admettre la participation &#224; la l&#233;gislation et au travail parlementaire. Les anarchistes sont donc exclus&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb3&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Ibid.&#034; id=&#034;nh3&#034;&gt;3&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;.&lt;/q&gt; Obtenir de l'&#201;tat une l&#233;gislation sociale et acc&#233;der au pouvoir par la voie &#233;lectorale devint la ligne de conduite du mouvement ouvrier dans tous les pays, &#224; l'exception notable de l'Espagne et de quelques poches de r&#233;sistance, principalement en France, en Italie et aux Pays-Bas&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb4&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Pour ne mentionner que les plus importantes. Ailleurs (&#201;tats-Unis, Su&#232;de, (&#8230;)&#034; id=&#034;nh4&#034;&gt;4&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Moins de quinze ans apr&#232;s la fondation de la Deuxi&#232;me Internationale, la strat&#233;gie de prise du pouvoir par les urnes semblait sur le point de r&#233;ussir. En Allemagne, l&#224; o&#249; Karl Marx avait pr&#233;dit que se d&#233;ciderait la victoire de la classe ouvri&#232;re, le parti social-d&#233;mocrate allemand (SPD) avec plus d'un million de membres, quatre fois plus d'&#233;lecteurs (34 % des suffrages exprim&#233;s), 110 d&#233;put&#233;s au Reichstag et deux millions et demi de salari&#233;s adh&#233;rents aux syndicats sociaux-d&#233;mocrates (ADGB), pouvait &#234;tre consid&#233;r&#233; comme la premi&#232;re force politique du pays. Dans tous les autres pays d'Europe occidentale, la mont&#233;e en puissance des partis socialistes l&#233;galistes et internationalistes paraissait irr&#233;sistible.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais la menace d'un conflit g&#233;n&#233;ralis&#233; grandissait en m&#234;me temps : armes et munitions s'accumulaient dans les arsenaux tandis que les alliances militaires contraignantes enserraient peu &#224; peu tous les &#201;tats dans un r&#233;seau inextricable d'engagements guerriers.&lt;/p&gt;
&lt;h3 class=&#034;spip&#034;&gt;L'INTERNATIONALE CONFUSE &lt;/h3&gt;
&lt;p&gt;La strat&#233;gie &#224; appliquer pour faire barrage &#224; la guerre devint rapidement un sujet central des congr&#232;s de la Deuxi&#232;me Internationale.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En 1914, la majorit&#233; des opinions publiques ne voulait pas la guerre. La perspective d'un affrontement entre le mouvement ouvrier internationalement organis&#233; et les gouvernements des &#201;tats bellicistes aurait donc pu &#234;tre consid&#233;r&#233;e par les leaders de l'Internationale comme une occasion id&#233;ale de parvenir &#224; leurs fins. La gr&#232;ve g&#233;n&#233;rale internationale pouvait non seulement emp&#234;cher la mobilisation, mais peut-&#234;tre provoquer le grand basculement vers cette transformation sociale &#224; laquelle tous les partis socialistes pr&#233;tendaient aspirer.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pour cela il fallait commencer par prendre le risque de l'ill&#233;galit&#233; et de la confrontation violente avec les forces &#233;tatiques.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Comme tous les programmes du mouvement ouvrier europ&#233;en depuis 1848, celui de la Deuxi&#232;me Internationale reprenait &#224; son compte la derni&#232;re phrase du Manifeste communiste : &lt;q style=&#034;font-style: italic;&#034;&gt;Prol&#233;taires de tous les pays, unissez-vous !&lt;/q&gt; En th&#233;orie cela supposait que la solidarit&#233; de classe prenait le pas sur la solidarit&#233; nationale. La guerre entre &#201;tats repr&#233;sentait par cons&#233;quent le mal absolu pour le mouvement ouvrier et l'Internationale, sous peine de se renier, avait le devoir de s'y opposer de toutes ses forces.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le probl&#232;me de la lutte contre la guerre fut abord&#233; concr&#232;tement pour la premi&#232;re fois en 1907, au congr&#232;s de Stuttgart. La d&#233;l&#233;gation fran&#231;aise, soutenue par Rosa Luxemburg, proposa, en cas de mobilisation, d'appeler &#224; la gr&#232;ve g&#233;n&#233;rale et &#224; l'insurrection. Devant l'opposition des repr&#233;sentants du SPD allemand, qui parlaient de &lt;q style=&#034;font-style: italic;&#034;&gt;pieuse utopie&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb5&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Pierre Miguel, La Grande guerre, Fayard, Paris, 1983, p. 83.&#034; id=&#034;nh5&#034;&gt;5&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;/q&gt;, le congr&#232;s chargea L&#233;nine, Martov et Rosa Luxemburg de r&#233;diger une r&#233;solution consensuelle. La motion vot&#233;e resta floue sur l'essentiel : les classes ouvri&#232;res et leurs repr&#233;sentants, disait-elle, devaient &lt;q style=&#034;font-style: italic;&#034;&gt;tout mettre en &#339;uvre pour emp&#234;cher, par les moyens qui leur para&#238;tront les plus efficaces, que la guerre n'&#233;clate&lt;/q&gt;. Mais quels moyens ? Ceux-ci, poursuivait le texte, &lt;q style=&#034;font-style: italic;&#034;&gt;varient naturellement selon l'acuit&#233; de la lutte des classes et la situation politique g&#233;n&#233;rale&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb6&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Wolfgang Abendroth, op. cit., p. 72.&#034; id=&#034;nh6&#034;&gt;6&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;/q&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le d&#233;bat reprit aux congr&#232;s de Copenhague (1910) puis de B&#226;le (1912), sans que soit arr&#234;t&#233;e une position plus pr&#233;cise&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb7&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Pendant ce temps, les incidents guerriers se multiplient : crise d'Agadir en (&#8230;)&#034; id=&#034;nh7&#034;&gt;7&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#192; la veille de la guerre, l'Internationale se trouvait donc toujours incapable de proposer un mot d'ordre clair &#224; ses millions de militants.&lt;/p&gt;
&lt;h3 class=&#034;spip&#034;&gt;LA GR&#200;VE G&#201;N&#201;RALE CONDITIONNELLE &lt;/h3&gt;
&lt;p&gt;La petite fraction libertaire du mouvement ouvrier fran&#231;ais conservait en 1914 quelques bastions, notamment syndicaux. La CGT, encore fortement marqu&#233;e par le syndicalisme r&#233;volutionnaire, avait elle aussi r&#233;fl&#233;chi &#224; la fa&#231;on de s'opposer &#224; la guerre, et opt&#233; depuis 1908 pour la &#171; gr&#232;ve g&#233;n&#233;rale r&#233;volutionnaire &#187;. Les f&#233;d&#233;rations les plus influenc&#233;es par l'anarcho-syndicalisme envisageaient m&#234;me ouvertement des actions de sabotage des voies ferr&#233;es&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb8&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Pierre Miguel, Ibid.&#034; id=&#034;nh8&#034;&gt;8&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais la CGT ne disposait pas de forces suffisantes pour s'engager seule dans la bataille. De plus, sa r&#233;solution de 1908 comportait une dangereuse restriction. La gr&#232;ve g&#233;n&#233;rale n'&#233;tait envisag&#233;e que &lt;q style=&#034;font-style: italic;&#034;&gt;du point de vue international&lt;/q&gt;, ce qui excluait pour un mouvement national de se lancer unilat&#233;ralement dans l'action avec l'espoir d'y entra&#238;ner les autres. Cette position revenait en outre &#224; laisser reposer toutes les responsabilit&#233;s sur les organisations ouvri&#232;res du pays le premier touch&#233; par l'ordre de mobilisation, et &#224; s'en remettre &#224; leur d&#233;termination pour affronter la r&#233;pression. Qu'elles plient devant le danger et tous les ralliements aux &#171; Unions sacr&#233;es &#187; nationales se trouveraient instantan&#233;ment l&#233;gitim&#233;s.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;D&#232;s les premiers jours du mois de juillet 1914, il parut &#233;vident que la politique autrichienne vis-&#224;-vis de la Serbie menait &#224; l'affrontement et que les Empires centraux d&#233;clareraient la guerre les premiers. Les partis et les syndicats ouvriers autrichien et allemand allaient donc se retrouver en premi&#232;re ligne. Cinq semaines s'&#233;coul&#232;rent entre l'attentat de Sarajevo et l'ordre de mobilisation g&#233;n&#233;rale, ce qui aurait laiss&#233; le temps &#224; l'Internationale d'organiser la riposte. Elle n'en fit rien.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Que le mouvement ouvrier allemand f&#251;t le premier &#224; devoir choisir entre la gr&#232;ve et la guerre aurait pu sembler rassurant. Non seulement le SPD, totalement h&#233;g&#233;monique au sein de la gauche, repr&#233;sentait plus du tiers des suffrages exprim&#233;s lors des derni&#232;res consultations &#233;lectorales &#8212; et l'immense majorit&#233; des votes de la classe ouvri&#232;re &#8212;, mais la puissance de son organisation en faisait un v&#233;ritable contre-pouvoir institutionnel : dans chaque grande ville allemande le parti &#233;ditait un journal et g&#233;rait, directement ou par l'interm&#233;diaire des syndicats, des coop&#233;ratives de consommation, des associations sportives, culturelles, ainsi que de multiples caisses d'entraide et des structures sociales de toutes sortes. Si la gr&#232;ve pouvait r&#233;ussir quelque part, il semblait que ce f&#251;t en Allemagne.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Personne n'aurait pourtant d&#251; s'y tromper. Si la social-d&#233;mocratie allemande n'avait jamais voulu envisager de recourir &#224; la gr&#232;ve g&#233;n&#233;rale, c'est qu'elle en &#233;tait incapable, et depuis longtemps. Bien que le SPD ait r&#233;guli&#232;rement condamn&#233; le r&#233;formisme dans ses congr&#232;s, sa strat&#233;gie &#233;lectoraliste l'avait naturellement amen&#233;, de m&#234;me que les syndicats allemands, &#224; s'ins&#233;rer dans le syst&#232;me &#233;conomique et politique du Reich. Une bureaucratie pl&#233;thorique d'&#233;lus et de permanents salari&#233;s dont l'objectif n'&#233;tait plus d&#233;sormais de transformer la soci&#233;t&#233;, mais plut&#244;t de g&#233;rer au mieux leur rente de situation, faisait carri&#232;re dans le Parti et dans ses organisations. Ainsi, lors des grandes gr&#232;ves des mineurs, en 1889 et 1905, non seulement les syndicats avaient &#233;t&#233; compl&#232;tement d&#233;pass&#233;s par le mouvement revendicatif, apr&#232;s avoir &#233;t&#233; exclus de son d&#233;clenchement, mais ils s'&#233;taient m&#234;me employ&#233;s de toutes leurs forces &#224; le freiner. Au total, la social-d&#233;mocratie avait obtenu depuis vingt ans des am&#233;liorations consid&#233;rables pour la classe ouvri&#232;re allemande, et pour son propre appareil des privil&#232;ges substantiels, mais elle s'&#233;tait par l&#224; m&#234;me ind&#233;fectiblement li&#233;e au syst&#232;me capitaliste. Elle regardait &#224; pr&#233;sent toute perspective de bouleversement de l'ordre &#233;tabli comme une menace contre ses int&#233;r&#234;ts. La revanche posthume de Bakounine avait un go&#251;t amer.&lt;/p&gt;
&lt;h3 class=&#034;spip&#034;&gt;VOTE UNANIME &lt;/h3&gt;
&lt;p&gt;Tandis que des manifestations pacifistes parcouraient les rues des villes d'Allemagne et d'Autriche, le gouvernement allemand tint &#224; s'assurer que les socialistes ne lui feraient pas d&#233;faut au moment crucial. Depuis des semaines, la propagande imp&#233;riale martelait que la Triple Entente, en encerclant le Reich, s'appr&#234;tait &#224; l'an&#233;antir ; que les hordes slaves d&#233;ferleraient bient&#244;t sur la plaine germanique ; que la France revancharde ne r&#234;vait que de reprendre l'Alsace-Lorraine&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb9&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;La loi portant le service militaire &#224; trois ans en France, vot&#233;e le 7 ao&#251;t (&#8230;)&#034; id=&#034;nh9&#034;&gt;9&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt; ; que l'Angleterre n'aurait de cesse qu'elle ne soit d&#233;barrass&#233;e de la concurrence &#233;conomique de l'Allemagne... C'&#233;tait donc une guerre d&#233;fensive que l'Empire des Hohenzollern s'appr&#234;tait &#224; d&#233;clencher&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb10&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Thomas Mann lui-m&#234;me justifiera la guerre d'agression pr&#233;ventive.&#034; id=&#034;nh10&#034;&gt;10&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;. Une guerre pour la survie du peuple allemand. Seuls des tra&#238;tres pouvaient imaginer de s'y opposer.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'appareil social-d&#233;mocrate ne demandait qu'&#224; se laisser convaincre. Le 29 juillet, le chancelier Bethmann-Hollweg rencontra le dirigeant socialiste S&#252;dekum qui l'assura qu'il n'y aurait pas de gr&#232;ve g&#233;n&#233;rale. Le 31 juillet, la majorit&#233; du groupe parlementaire &#233;tait r&#233;solue &#224; voter les cr&#233;dits militaires. Le 1&lt;sup class=&#034;typo_exposants&#034;&gt;er&lt;/sup&gt; ao&#251;t, le gouvernement allemand (comme le gouvernement fran&#231;ais) d&#233;cr&#233;ta la mobilisation g&#233;n&#233;rale. Or, chacun le savait, la mobilisation c'&#233;tait la guerre, car la r&#233;quisition des infrastructures et de l'ensemble des moyens humains et mat&#233;riels d'un pays interdisait tout retour en arri&#232;re. Le lendemain, les syndicats donn&#232;rent l'ordre de cesser les gr&#232;ves qui avaient malgr&#233; tout &#233;clat&#233; de fa&#231;on spontan&#233;e &#224; travers l'Allemagne. Le 3 ao&#251;t, le Reich d&#233;clarait la guerre &#224; la France (il l'avait d&#233;clar&#233;e &#224; la Russie l'avant-veille) et les d&#233;put&#233;s du SPD d&#233;cidaient de se rallier au gouvernement par 78 voix contre 14. La gauche du Parti rentra dans le rang le jour suivant, l'ensemble des parlementaires sociaux-d&#233;mocrates rejoignant ainsi la droite pour voter &#224; l'unanimit&#233; les cr&#233;dits de guerre&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb11&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Karl Liebknecht sera n&#233;anmoins le premier parlementaire europ&#233;en &#224; s'&#233;lever (&#8230;)&#034; id=&#034;nh11&#034;&gt;11&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;h3 class=&#034;spip&#034;&gt;LE MOD&#200;LE ALLEMAND &lt;/h3&gt;
&lt;p&gt;En France aussi les manifestations pacifistes s'&#233;taient multipli&#233;es &#224; la fin du mois de juillet. Les gendarmes avaient charg&#233; la foule dans plusieurs villes et la tension montait de jour en jour. Mais la capitulation imm&#233;diate de la social-d&#233;mocratie allemande prit totalement au d&#233;pourvu les socialistes fran&#231;ais, les pla&#231;ant de surcro&#238;t dans une situation intenable. Deux semaines plus t&#244;t, le 16 juillet, Jean Jaur&#232;s avait fait adopter par le congr&#232;s extraordinaire de la SFIO, contre Jules Guesde, une motion pr&#233;conisant &lt;q style=&#034;font-style: italic;&#034;&gt;la gr&#232;ve g&#233;n&#233;rale ouvri&#232;re simultan&#233;ment et internationalement organis&#233;e&lt;/q&gt;. Peine perdue, puisque le parti allemand se soumettait. Apprenant le 31 juillet que les socialistes allemands allaient voter les cr&#233;dits de guerre, Jaur&#232;s renon&#231;a &#224; la gr&#232;ve et la CGT approuva sa position. Le leader socialiste commen&#231;a aussit&#244;t &#224; r&#233;diger un appel &#224; manifester pour la paix, &#224; para&#238;tre dans &lt;i&gt;L'Humanit&#233;&lt;/i&gt; du lendemain. &lt;q style=&#034;font-style: italic;&#034;&gt;Manifester, c'est bien, mais que faut-il faire si on nous ordonne de rejoindre les casernes ?&lt;/q&gt; demandaient les militants. Jaur&#232;s n'eut pas &#224; r&#233;pondre. Le soir m&#234;me il &#233;tait assassin&#233;. Deux jours plus tard la Section fran&#231;aise de l'Internationale ouvri&#232;re, consid&#233;rant que la patrie, attaqu&#233;e, se trouvait en &#233;tat de l&#233;gitime d&#233;fense, se rallia &#224; la guerre. La CGT lui embo&#238;ta le pas le 3 ao&#251;t alors que les troupes allemandes entraient en Belgique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il n'y eut ni r&#233;volte, ni insurrections : tout juste quelques manifestations dans le nord de la France, et un petit maquis d'insoumis libertaires dans la r&#233;gion de Saint-&#201;tienne qui tiendront quelques jours avant que les gendarmes ne les capturent&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb12&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Jean-Jacques Becker, cit&#233; par Pierre Miguel : La grande guerre. op. cit. p. 24.&#034; id=&#034;nh12&#034;&gt;12&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;. Le gouvernement attendait 300 000 d&#233;fections, on en compta 30 000 &#224; peine, des asociaux pour la plupart. L'anarchiste Louis Lecoin, qui avait appel&#233; &#224; tuer les officiers lors de la mobilisation&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb13&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Jean Maitron, Le mouvement anarchiste en France, Tome I, Librairie Fran&#231;ois (&#8230;)&#034; id=&#034;nh13&#034;&gt;13&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt; purgeait une peine de cinq ans de prison depuis novembre 1912. Une poign&#233;e de militants pacifistes s'enfuit en Angleterre, en Suisse ou en Espagne. Aucun train ne d&#233;railla.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La Deuxi&#232;me Internationale s'&#233;tait dissoute entre-temps sans que personne ne s'en &#233;meuve. L'internationalisme surv&#233;cut de fa&#231;on inattendue &#224; la trahison des organisations du mouvement ouvrier&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb14&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Les partis socialistes allemand et fran&#231;ais ne revinrent jamais sur leur (&#8230;)&#034; id=&#034;nh14&#034;&gt;14&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;. Dans les tranch&#233;es, de part et d'autre des premi&#232;res lignes, bien plus souvent que l'histoire officielle n'a voulu le reconna&#238;tre, les soldats fraternis&#232;rent. Ces hommes n'&#233;taient pas des militants politiques, des intellectuels, ni m&#234;me des ouvriers, mais presque toujours de simples paysans que l'absurdit&#233; de la guerre avait fini par convaincre que leurs vrais ennemis n'&#233;taient pas en face d'eux, mais derri&#232;re eux.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cet antipatriotisme des sans-grades, que des t&#233;moins comme Raymond Escholier&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb15&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Raymond Escholier, Le sel de la terre, Malf&#232;re, Paris, 1926.&#034; id=&#034;nh15&#034;&gt;15&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt; ou Jean Norton Cru&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb16&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Jean-Norton Cru, T&#233;moins. Essai d'analyse et de critique des souvenirs de (&#8230;)&#034; id=&#034;nh16&#034;&gt;16&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt; ont si bien d&#233;crit, disparut apr&#232;s la &#171; victoire &#187; sous le grand voile pudique que vainqueurs et vaincus jet&#232;rent pr&#233;cipitamment sur le combat douteux qui s'&#233;tait livr&#233; dans les tranch&#233;es entre soldats et officiers. &#192; partir de 1923, les partis socialistes et les partis communistes se livr&#232;rent une lutte sans merci. L'Internationale ouvri&#232;re socialiste rassemblant les partis r&#233;formistes n'avait plus d'Internationale que le nom, la social-d&#233;mocratie limitant d&#233;sormais ses ambitions &#224; la bonne gestion du capitalisme. Quant &#224; l'Internationale communiste, vite cantonn&#233;e &#224; la d&#233;fense du &lt;q style=&#034;font-style: italic;&#034;&gt;socialisme dans un seul pays&lt;/q&gt;, elle s'illustra par une justification inconditionnelle des crimes du r&#233;gime stalinien et par la pers&#233;cution acharn&#233;e de ses d&#233;nonciateurs.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Jamais une organisation internationale de masse pla&#231;ant la solidarit&#233; des opprim&#233;s au-dessus des int&#233;r&#234;ts nationaux ne fut reconstitu&#233;e.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;hr /&gt;
		&lt;div class='rss_notes'&gt;&lt;div id=&#034;nb1&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh1&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 1&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;1&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;La Serbie, par exemple, aurait perdu 37 % de ses mobilis&#233;s !&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;2&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;R&#233;solution du Congr&#232;s de Londres en 1896. Cit&#233; par Wolfgang Abendroth, &lt;i&gt;Histoire du mouvement ouvrier en Europe&lt;/i&gt;, [Librairie Fran&#231;ois Maspero, 1967] &#201;ditions La D&#233;couverte &amp; Syros, Paris, 2002, p. 56.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb3&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh3&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 3&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;3&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;Ibid.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb4&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh4&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 4&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;4&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;Pour ne mentionner que les plus importantes. Ailleurs (&#201;tats-Unis, Su&#232;de, pays d'&#233;migration espagnole...) les id&#233;es anti-autoritaires eurent parfois une influence profonde sur le mouvement ouvrier, mais nulle part, sauf en Espagne (et en Am&#233;rique latine jusqu'&#224; la fin des ann&#233;es 20), le mouvement libertaire ne parvint &#224; constituer des organisations de masse.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb5&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh5&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 5&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;5&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;Pierre Miguel, &lt;i&gt;La Grande guerre&lt;/i&gt;, Fayard, Paris, 1983, p. 83.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb6&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh6&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 6&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;6&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;Wolfgang Abendroth, op. cit., p. 72.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb7&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh7&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 7&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;7&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;Pendant ce temps, les incidents guerriers se multiplient : crise d'Agadir en 1911, guerre dans les Balkans en 1912.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb8&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh8&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 8&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;8&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;Pierre Miguel, Ibid.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb9&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh9&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 9&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;9&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;La loi portant le service militaire &#224; trois ans en France, vot&#233;e le 7 ao&#251;t 1913 apr&#232;s une longue campagne hostile de la gauche, visait &#224; r&#233;tablir l'&#233;quilibre entre les effectifs des arm&#233;es d'active allemande (sup&#233;rieurs de 168 000 hommes) et fran&#231;aise.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb10&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh10&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 10&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;10&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;Thomas Mann lui-m&#234;me justifiera la &lt;q style=&#034;font-style: italic;&#034;&gt;guerre d'agression pr&#233;ventive&lt;/q&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb11&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh11&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 11&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;11&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;Karl Liebknecht sera n&#233;anmoins le premier parlementaire europ&#233;en &#224; s'&#233;lever ouvertement contre la poursuite de la guerre dans sa d&#233;claration au Reichstag contre le vote des cr&#233;dits de guerre le 2 d&#233;cembre 1914.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb12&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh12&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 12&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;12&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;Jean-Jacques Becker, cit&#233; par Pierre Miguel : &lt;i&gt;La grande guerre&lt;/i&gt;. op. cit. p. 24.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb13&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh13&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 13&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;13&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;Jean Maitron, &lt;i&gt;Le mouvement anarchiste en France&lt;/i&gt;, Tome I, Librairie Fran&#231;ois Masp&#233;ro, Paris, 1975,p. 375.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb14&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh14&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 14&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;14&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;Les partis socialistes allemand et fran&#231;ais ne revinrent jamais sur leur position : en septembre 1915 &#224; Zimmerwald, pr&#232;s de Berne, une conf&#233;rence pour la paix rassembla des d&#233;l&#233;gu&#233;s de plusieurs pays &#224; l'appel des partis socialistes suisse et italien. Ni la SFIO ni le SPD, solidaires de leurs gouvernements respectifs, n'envoy&#232;rent de repr&#233;sentants. La CGT mandata une d&#233;l&#233;gation, emmen&#233;e par Alphonse Merrheim et Albert Bourderon pour d&#233;fendre le principe d'une &lt;q style=&#034;font-style: italic;&#034;&gt;paix blanche&lt;/q&gt;. Une seconde conf&#233;rence se r&#233;unit l'ann&#233;e suivante &#224; Kienthal, en pleine bataille de Verdun. Cette fois, trois d&#233;put&#233;s socialistes fran&#231;ais &#233;taient pr&#233;sents, mais sans l'aval de leur parti.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb15&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh15&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 15&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;15&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;Raymond Escholier, &lt;i&gt;Le sel de la terre&lt;/i&gt;, Malf&#232;re, Paris, 1926.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb16&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh16&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 16&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;16&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;Jean-Norton Cru, &lt;i&gt;T&#233;moins&lt;/i&gt;. Essai d'analyse et de critique des souvenirs de combattants &#233;dit&#233;s en France de 1915 &#224; 1928, Paris, Les Etincelles, 1929. R&#233;&#233;d. Presses Universitaires de Nancy, 1993.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		
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		<title>Les libertaires en 1914 : Quand les anarchistes partirent &#224; la guerre </title>
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		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Fran&#231;ois Roux</dc:creator>


		<dc:subject>&lt;i&gt;Gavroche - Revue d'histoire populaire&lt;/i&gt;</dc:subject>
		<dc:subject>Archives Autonomies</dc:subject>

		<description>&lt;p&gt;Apr&#232;s avoir montr&#233; comment la Deuxi&#232;me Internationale fut incapable de tenter quoi que ce soit pour emp&#234;cher la &#171; Grande guerre &#187; (&lt;a href=&#034;https://www.partage-noir.fr/-gavroche-no161-juillet-aout-septembre-2006-&#034;&gt;&lt;i&gt;Gavroche&lt;/i&gt; n&#176; 147&lt;/a&gt;), il aurait &#233;t&#233; injuste de ne pas souligner que les anarchistes n'oppos&#232;rent pas plus de r&#233;sistance &#224; la catastrophe annonc&#233;e que leurs fr&#232;res ennemis sociaux-d&#233;mocrates.&lt;/p&gt;

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&lt;a href="https://www.partage-noir.fr/-gavroche-no149-janvier-fevrier-mars-2007-" rel="directory"&gt;Gavroche n&#176;149 - Janvier-F&#233;vrier-Mars 2007&lt;/a&gt;

/ 
&lt;a href="https://www.partage-noir.fr/+-gavroche-revue-d-histoire-populaire-+" rel="tag"&gt;&lt;i&gt;Gavroche - Revue d'histoire populaire&lt;/i&gt;&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.partage-noir.fr/+-source-fragments-d-histoire-de-la-gauche-radicale-+" rel="tag"&gt;Archives Autonomies&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;img src='https://www.partage-noir.fr/local/cache-vignettes/L150xH84/arton1243-2d897.jpg?1774801254' class='spip_logo spip_logo_right' width='150' height='84' alt=&#034;&#034; /&gt;
		&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;Apr&#232;s avoir montr&#233; comment la Deuxi&#232;me Internationale fut incapable de tenter quoi que ce soit pour emp&#234;cher la &#171; Grande guerre &#187; (&lt;a href=&#034;https://www.partage-noir.fr/-gavroche-no161-juillet-aout-septembre-2006-&#034;&gt;&lt;i&gt;Gavroche&lt;/i&gt; n&#176; 147&lt;/a&gt;), il aurait &#233;t&#233; injuste de ne pas souligner que les anarchistes n'oppos&#232;rent pas plus de r&#233;sistance &#224; la catastrophe annonc&#233;e que leurs fr&#232;res ennemis sociaux-d&#233;mocrates.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;Les anarchistes &#233;tant par d&#233;finition difficiles &#224; comptabiliser, peut-on n&#233;anmoins &#233;valuer le nombre des h&#233;ritiers de Bakounine &#224; la veille de la &#171; Grande guerre &#187;, et leur capacit&#233; &#224; influencer le cours des &#233;v&#233;nements ?&lt;/p&gt;
&lt;h3 class=&#034;spip&#034;&gt;L'ANARCHISME, COMBIEN DE DIVISONS ? &lt;/h3&gt;
&lt;p&gt;Une enqu&#234;te de police dat&#233;e de mai 1914&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2-1&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Jean Maitron, Le mouvement anarchiste en France, tome I, des origines &#224; (&#8230;)&#034; id=&#034;nh2-1&#034;&gt;1&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt; d&#233;comptait en tout et pour tout 613 militants actifs, dont 282 membres de la F&#233;d&#233;ration communiste anarchiste r&#233;volutionnaire, prolongement de la FCA, l'organisation nationale constitu&#233;e en 1911. Une autre estimation, tr&#232;s approximative, peut &#234;tre obtenue en additionnant les ventes des hebdomadaires anarchistes (&lt;i&gt;Les Temps nouveaux, Le Libertaire, L'anarchie&lt;/i&gt;) en activit&#233; avant la guerre, soit 13 000 &#224; 14 000 exemplaires&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2-2&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Environ 5 000 exemplaires vendus pour Les Temps nouveaux, autant pour Le (&#8230;)&#034; id=&#034;nh2-2&#034;&gt;2&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;. En extrapolant, on pourrait situer &#224; une quarantaine de milliers le nombre des proches sympathisants, sachant qu'un m&#234;me journal &#233;tait souvent lu par plusieurs personnes, mais que quelques-uns devaient acheter plusieurs journaux&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2-3&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Quelques ann&#233;es plus t&#244;t, en 1896, Augustin Hamon, observateur des (&#8230;)&#034; id=&#034;nh2-3&#034;&gt;3&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;. Si l'on s'en tient strictement aux chiffres, la mouvance anti-&#233;tatique du mouvement ouvrier ne pesait donc pas lourd en face de l'organisation marxiste. Avec les 90 000 adh&#233;rents, 1 400 000 &#233;lecteurs et 101 d&#233;put&#233;s de la Section fran&#231;aise de l'Internationale Ouvri&#232;re (SFIO), la social-d&#233;mocratie semblait en voie de r&#233;ussir son pari de conqu&#233;rir bient&#244;t le pouvoir par les urnes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le tableau &#233;tait en r&#233;alit&#233; moins contrast&#233; et de nombreuses passerelles allaient de l'anarchisme aux organisations de masse du mouvement ouvrier.&lt;/p&gt;
&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;div class='spip_document_1706 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_right spip_document_right spip_document_avec_legende' data-legende-len=&#034;15&#034; data-legende-lenx=&#034;&#034;
&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='https://www.partage-noir.fr/local/cache-vignettes/L150xH200/herve_gustave_portrait-fd21d-6a220-b9fdc.png?1774762115' width='150' height='200' alt='' /&gt;
&lt;figcaption class='spip_doc_legende'&gt; &lt;div class='spip_doc_descriptif '&gt;&lt;small&gt;Gustave Herv&#233;&lt;/small&gt;
&lt;/div&gt; &lt;/figcaption&gt;&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;
&lt;p&gt;Gustave Herv&#233;, par exemple, membre de la SFIO et qui n'avait jamais appartenu &#224; aucun groupe libertaire, d&#233;fendait dans son journal &lt;i&gt;La Guerre sociale&lt;/i&gt; des th&#232;ses antipatriotiques et antimilitaristes radicales. D'autres adh&#233;rents de la SFIO provenaient quant &#224; eux directement de l'anarchisme comme Eug&#232;ne Vigo &#8212; dit Miguel Almereyda&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2-4&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Figure marquante du mouvement anarchiste au tournant du si&#232;cle, secr&#233;taire (&#8230;)&#034; id=&#034;nh2-4&#034;&gt;4&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt; &#8212;, ou L&#233;on Werth, tous les deux ayant rejoint le parti de Jean Jaur&#232;s en 1912, par souci d'efficacit&#233;. Mais c'est principalement de la jeune Conf&#233;d&#233;ration G&#233;n&#233;rale du Travail, alors en plein essor&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2-5&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;130 000 adh&#233;rents revendiqu&#233;s en 1902, 400 000 en 1910, 600 000 &#224; la veille (&#8230;)&#034; id=&#034;nh2-5&#034;&gt;5&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;, que le courant anti-&#233;tatique et anti-autoritaire tirait son influence. L'adh&#233;sion, &#224; la CGT embryonnaire, de la F&#233;d&#233;ration des bourses du travail, dont l'anarchiste Fernand Pelloutier fut le secr&#233;taire g&#233;n&#233;ral et l'&#226;me de 1895 jusqu'&#224; sa mort en 1901, lui avait donn&#233; l'impulsion d&#233;cisive pour devenir le syndicat r&#233;volutionnaire de masse du mouvement ouvrier fran&#231;ais. Trois de ses quatre premiers dirigeants, Pouget, Delesalle, Yvetot, &#233;taient de formation libertaire, Victor Griffuelhes venant du blanquisme. Ils pensaient que le syndicalisme r&#233;volutionnaire avait int&#233;gr&#233; le meilleur de l'anarchisme, et qu'il &#233;tait &#224; pr&#233;sent la seule voie menant &#224; la r&#233;volution sociale, la &lt;q style=&#034;font-style: italic;&#034;&gt;propagande par le fait&lt;/q&gt; ayant &#233;chou&#233;. Et s'il est vrai qu'apr&#232;s le congr&#232;s et la Charte d'Amiens (1906)&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2-6&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Lire &#201;mile Pouget, 1906, le congr&#232;s syndicaliste d'Amiens, pr&#233;sentation et (&#8230;)&#034; id=&#034;nh2-6&#034;&gt;6&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt; la tendance &lt;q style=&#034;font-style: italic;&#034;&gt;syndicaliste r&#233;volutionnaire&lt;/q&gt; dominante prit ses distances par rapport &lt;q style=&#034;font-style: italic;&#034;&gt;aux partis et aux sectes&lt;/q&gt;, la CGT, &#224; la veille de la guerre, restait fortement marqu&#233;e par ses origines libertaires : la Charte d'Amiens pr&#244;nait la gr&#232;ve g&#233;n&#233;rale comme arme d&#233;cisive pour obtenir &lt;q style=&#034;font-style: italic;&#034;&gt;l'expropriation capitaliste&lt;/q&gt; et la suppression du patronat, et elle fixait pour mission au syndicat, non seulement d'organiser la r&#233;sistance et la revendication, mais surtout de se pr&#233;parer &#224; constituer pour l'avenir, &lt;q style=&#034;font-style: italic;&#034;&gt;le groupement de production et de r&#233;partition, base de la r&#233;organisation sociale&lt;/q&gt;. Le secr&#233;taire g&#233;n&#233;ral de la CGT en 1914, L&#233;on Jouhaux, qui avait &#233;t&#233; &#233;lu en 1909 comme candidat des &lt;q style=&#034;font-style: italic;&#034;&gt;r&#233;volutionnaires&lt;/q&gt;, venait tout droit du mouvement anarchiste, ainsi que Pierre Monatte, l'animateur du journal &lt;i&gt;La Vie ouvri&#232;re&lt;/i&gt;. Lors du congr&#232;s anarchiste d'Amsterdam de 1907. Monatte, r&#233;pondant &#224; Errico Malatesta qui reprochait aux libertaires de la CGT de consid&#233;rer le syndicalisme comme une finalit&#233; et non comme un simple moyen, avait d&#233;fendu le principe de &lt;q style=&#034;font-style: italic;&#034;&gt;l'ind&#233;pendance politique du syndicat&lt;/q&gt; et appel&#233; les anarchistes &#224; entrer dans la nouvelle organisation du mouvement ouvrier pour y renforcer le courant r&#233;volutionnaire.&lt;/p&gt;
&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;div class='spip_document_1709 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_left spip_document_left spip_document_avec_legende' data-legende-len=&#034;20&#034; data-legende-lenx=&#034;&#034;
&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='https://www.partage-noir.fr/local/cache-vignettes/L150xH257/601428f4854d2_griffuelhes-1906-5176128-63443-7fb77.jpg?1774762115' width='150' height='257' alt='' /&gt;
&lt;figcaption class='spip_doc_legende'&gt; &lt;div class='spip_doc_descriptif '&gt;&lt;small&gt;Victor Griffuelhes&lt;/small&gt;
&lt;/div&gt; &lt;/figcaption&gt;&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;
&lt;p&gt;En 1914, le sang n'avait pas encore coul&#233; entre les familles du mouvement ouvrier. Elles pouvaient se croire en accord quant au but, sinon sur la strat&#233;gie : la Deuxi&#232;me Internationale proposait toujours &lt;q style=&#034;font-style: italic;&#034;&gt;la transformation de l'ordre capitaliste de propri&#233;t&#233; et de production en un ordre socialiste de production et de propri&#233;t&#233;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2-7&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;R&#233;solution du Congr&#232;s de Londres de la Deuxi&#232;me Internationale en 1896, (&#8230;)&#034; id=&#034;nh2-7&#034;&gt;7&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;/q&gt;, mais par la voie parlementaire. Entre les anarchistes et les marxistes, d'importants courants sp&#233;cifiquement fran&#231;ais, l'allemanisme et le blanquisme&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2-8&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Du nom de leurs fondateurs, Jean Allemane et Auguste Blanqui.&#034; id=&#034;nh2-8&#034;&gt;8&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;, puisaient dans la tradition jacobine et communarde. Les militants de toutes ces organisations se disaient socialistes, h&#233;ritiers des Sans-culottes, de Proudhon et des insurg&#233;s de la Commune. Victor Griffuelhes, le secr&#233;taire g&#233;n&#233;ral de la CGT de 1902 &#224; 1909, qui voulait la prot&#233;ger des r&#233;formistes autant que des &lt;q style=&#034;font-style: italic;&#034;&gt;braillards&lt;/q&gt;, personnifiait la synth&#232;se des diff&#233;rentes tendances de la gauche r&#233;volutionnaire fran&#231;aise.&lt;/p&gt;
&lt;h3 class=&#034;spip&#034;&gt;DES PAROLES... &lt;/h3&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;div class='spip_document_1707 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_right spip_document_right spip_document_avec_legende' data-legende-len=&#034;18&#034; data-legende-lenx=&#034;&#034;
&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='https://www.partage-noir.fr/local/cache-vignettes/L150xH169/eugene_vigo-7e3b7-ff1f5.jpg?1774694273' width='150' height='169' alt='' /&gt;
&lt;figcaption class='spip_doc_legende'&gt; &lt;div class='spip_doc_descriptif '&gt;&lt;small&gt;Miguel Almereyda&lt;/small&gt;
&lt;/div&gt; &lt;/figcaption&gt;&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;
&lt;p&gt;Les affrontements &#233;taient nombreux et meurtriers en ce d&#233;but de si&#232;cle entre la classe ouvri&#232;re et la troupe. Les anarchistes, pour qui l'arm&#233;e &#233;tait l'ennemi naturel du peuple, avaient impuls&#233; en 1904 la cr&#233;ation de l'Association Internationale Antimilitariste (AIA) o&#249; se c&#244;toyaient Miguel Almereyda, Georges Yvetot et Gustave Herv&#233;. L'AIA avait alors deux pr&#233;occupations : la guerre sociale et la guerre internationale. Une affiche de 1905 proclamait : &lt;q style=&#034;font-style: italic;&#034;&gt;Quand on vous commandera de d&#233;charger vos fusils sur vos fr&#232;res de mis&#232;re [...] vous tirerez sur les soudards galonn&#233;s qui osent vous donner de pareils ordres&lt;/q&gt; et, plus loin : &lt;q style=&#034;font-style: italic;&#034;&gt;Quand on vous enverra &#224; la fronti&#232;re [...] &#224; l'ordre de mobilisation vous r&#233;pondrez par la gr&#232;ve imm&#233;diate et par l'insurrection...&lt;/q&gt;. Elle valut trois &#224; quatre ans de prison aux responsables de l'association. L'affiche fut reproduite l'ann&#233;e suivante en janvier, puis en f&#233;vrier avec 3 000 signatures, mais l'AIA &#233;tait &#233;puis&#233;e et ses animateurs sous les verrous.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le risque de conflit avec l'Allemagne grandissant, les organisations anarchistes en vinrent &#224; envisager des dispositions plus pr&#233;cises contre l'entr&#233;e en guerre. Lors de son premier congr&#232;s, le 4 juin 1911, la FCA prit la r&#233;solution de saboter les voies ferr&#233;es et d'arr&#234;ter les repr&#233;sentants de l'&#201;tat au premier jour de l'appel sous les drapeaux. L'ann&#233;e suivante, son secr&#233;taire g&#233;n&#233;ral, Louis Lecoin, proposa, pour emp&#234;cher la mobilisation, que dix &lt;q style=&#034;font-style: italic;&#034;&gt;camarades conscients&lt;/q&gt; par r&#233;giment abattent chacun un officier, d&#233;claration qui lui co&#251;ta une condamnation &#224; cinq ann&#233;es de prison.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ces menaces, prof&#233;r&#233;es par quelques militants environn&#233;s de mouchards, ne troublaient gu&#232;re le ministre de l'Int&#233;rieur. Plus inqui&#233;tante aurait pu &#234;tre la brochure rouge de 36 pages dont des centaines d'exemplaires furent saisis dans diff&#233;rentes villes de France au d&#233;but de l'ann&#233;e 1914. Ce document, intitul&#233; &#171; En cas de guerre &#187;, avait &#233;t&#233; r&#233;dig&#233; par des anarchistes de la CGT. Tir&#233; &#224; 2 000 exemplaires, il circulait depuis avril 1913 entre les syndicats et les groupes d'extr&#234;me gauche. La premi&#232;re partie rappelait les th&#232;ses anarchistes, la seconde appelait &#224; la gr&#232;ve g&#233;n&#233;rale insurrectionnelle en cas de mobilisation, et la troisi&#232;me, beaucoup plus pratique, expliquait, croquis &#224; l'appui, comment &lt;q style=&#034;font-style: italic;&#034;&gt;saboter la guerre&lt;/q&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cependant, m&#234;me si certains des auteurs de ce manuel de sabotage occupaient des responsabilit&#233;s dans la CGT, il s'en fallait de beaucoup pour que la Conf&#233;d&#233;ration &#233;pouse ces th&#232;ses jusqu'au-boutistes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En fait, toutes les composantes du mouvement ouvrier s'&#233;taient heurt&#233;es &#224; la m&#234;me difficult&#233; : d&#233;clencher la gr&#232;ve pour emp&#234;cher son propre pays d'agresser ses voisins, soit ; mais que faire lorsqu'il est attaqu&#233; ?&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2-9&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;En 1894, Fernand Pelloutier avait &#233;crit au g&#233;n&#233;ral Yung : Si par exemple (&#8230;)&#034; id=&#034;nh2-9&#034;&gt;9&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt; Tous continuaient &#224; raisonner d'un point de vue national plut&#244;t qu'en termes de lutte des classes. L'insurrection patriotique de la Commune de Paris et de la guerre des francs-tireurs contre l'invasion prussienne restait la r&#233;f&#233;rence r&#233;volutionnaire, et la germanophobie un sentiment tr&#232;s partag&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La Deuxi&#232;me Internationale avait adopt&#233; en 1907 le principe d'une gr&#232;ve g&#233;n&#233;rale simultan&#233;e qu'elle savait parfaitement irr&#233;aliste, puisque le SPD allemand n'envisageait pas de sortir de la l&#233;galit&#233;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2-10&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Voir l'article &#171; Ao&#251;t 1914 : Le suicide de l'Internationale &#187;, Gavroche n&#176;147.&#034; id=&#034;nh2-10&#034;&gt;10&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La CGT avait fait preuve de la m&#234;me irr&#233;solution lors de son congr&#232;s de Marseille, en octobre 1908, en appelant &#224; la &lt;q style=&#034;font-style: italic;&#034;&gt;gr&#232;ve g&#233;n&#233;rale r&#233;volutionnaire [...] du point de vue international&lt;/q&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;div class='spip_document_1661 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_left spip_document_left spip_document_avec_legende descriptif' data-legende-len=&#034;12&#034; data-legende-lenx=&#034;&#034;
&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='https://www.partage-noir.fr/local/cache-vignettes/L150xH203/kropotkin-c540a-92b89.jpg?1774762115' width='150' height='203' alt='' /&gt;
&lt;figcaption class='spip_doc_legende'&gt; &lt;div class='spip_doc_descriptif '&gt;&lt;small&gt;Kropotkine &lt;/small&gt;
&lt;/div&gt; &lt;/figcaption&gt;&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;
&lt;p&gt;Mais les militants anarchistes eux-m&#234;mes, malgr&#233; les d&#233;clarations enflamm&#233;es de leurs porte-parole les plus en vue, &#233;taient loin d'&#234;tre unanimes sur la conduite &#224; tenir. Pierre Kropotkine, de passage &#224; Paris en novembre 1905, avait provoqu&#233; un v&#233;ritable toll&#233; en affirmant dans &lt;i&gt;Les Temps nouveaux&lt;/i&gt; : &lt;q style=&#034;font-style: italic;&#034;&gt;Si la France &#233;tait envahie par les Allemands, je regretterais une chose : c'est qu'avec mes soixante ans pass&#233;s, je n'aurais probablement pas la force de la d&#233;fendre... Non pas comme soldat de la bourgeoisie, bien entendu, mais comme soldat de la r&#233;volution, dans les l&#233;gions franches de r&#233;volutionnaires, pareilles &#224; celles des garibaldiens et des francs-tireurs de 1871 [...] Un nouvel &#233;crasement de la France serait un malheur pour la civilisation. [...] C'est parce que j'ai v&#233;cu la r&#233;volution sociale et intellectuelle des trente derni&#232;res ann&#233;es que je pense que les antimilitaristes de toute nation devraient d&#233;fendre chaque pays envahi par un &#201;tat militaire et trop faible pour se d&#233;fendre lui-m&#234;me ; mais surtout la France, quand elle sera envahie par une coalition de puissances bourgeoises qui ha&#239;ssent surtout dans le peuple fran&#231;ais son r&#244;le d'avant-garde de la r&#233;volution sociale...&lt;/q&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Malgr&#233; la temp&#234;te de protestations qu'elle avait suscit&#233;e, la position du vieux leader russe devait rassembler la quasi-totalit&#233; des libertaires fran&#231;ais &#224; l'instant de v&#233;rit&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;h3 class=&#034;spip&#034;&gt;... AUX ACTES &lt;/h3&gt;
&lt;p&gt;Comme on pouvait s'y attendre, l'engrenage guerrier ne laissa aucune chance &#224; une r&#233;sistance si peu d&#233;termin&#233;e.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le 29 juillet 1914, l'Autriche-Hongrie et la Serbie &#233;tant en guerre depuis la veille et tandis que la Russie commen&#231;ait &#224; mobiliser, les parlementaires socialistes allemands accept&#232;rent de voter les cr&#233;dits militaires. Plus rien ne pouvait, d&#232;s lors, emp&#234;cher la conflagration.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le 3 ao&#251;t, l'Allemagne d&#233;clarait la guerre &#224; la France et envahissait la Belgique neutre. Le sentiment qui submergea la plupart des Fran&#231;ais, celui d'&#234;tre attaqu&#233; par un ennemi sans scrupule, &#233;tait bien celui d&#233;crit par Kropotkine. Il n'y eut pour ainsi dire aucune manifestation d'opposition, aucun acte de sabotage, et encore moins d'assassinat d'officier.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'entr&#233;e en guerre suscita les revirements les plus spectaculaires, non seulement celui de l'ensemble des dirigeants socialistes, mais &#233;galement de la plupart des anarchistes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Du c&#244;t&#233; des leaders d'opinion, Gustave Herv&#233;, qui signait il y a peu ses articles &lt;q style=&#034;font-style: italic;&#034;&gt;Un sans-patrie&lt;/q&gt;, s'&#233;tait bien assagi depuis sa derni&#232;re sortie de prison, deux ans auparavant. Le d&#233;clenchement du conflit le transforma en ultra-nationaliste, partisan acharn&#233; de l'Union sacr&#233;e et de la guerre totale. Miguel Almereyda, son ex-camarade &#224; l'AIA, &#224; &lt;i&gt;La Guerre sociale&lt;/i&gt;, et animateur depuis novembre 1913 du &lt;i&gt;Bonnet rouge&lt;/i&gt; qui promettait de tout mettre &#224; feu et &#224; sang au premier coup de clairon, &#233;crivit le 3 ao&#251;t sous le titre, &#171; Notre guerre &#187; : &lt;q style=&#034;font-style: italic;&#034;&gt;La guerre actuelle est une guerre sainte [...] Notre cause, c'est la cause de l'ind&#233;pendance des peuples, c'est la cause de la libert&#233;, celle pour laquelle nos p&#232;res allaient au combat et mouraient en chantant...&lt;/q&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Presque tous les journalistes mobilisables des &lt;i&gt;Temps nouveaux&lt;/i&gt; et du &lt;i&gt;Libertaire &lt;/i&gt; rejoignirent les casernes qu'ils appelaient &#224; br&#251;ler quelques jours auparavant&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2-11&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Par exemple Charles Desplanques, ouvrier coiffeur, collaborateur de Jean (&#8230;)&#034; id=&#034;nh2-11&#034;&gt;11&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;div class='spip_document_389 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_right spip_document_right spip_document_avec_legende' data-legende-len=&#034;12&#034; data-legende-lenx=&#034;&#034;
&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='https://www.partage-noir.fr/local/cache-vignettes/L150xH213/louis_lecoin-8dfbf-8523d.jpg?1774725564' width='150' height='213' alt='' /&gt;
&lt;figcaption class='spip_doc_legende'&gt; &lt;div class='spip_doc_descriptif '&gt;descriptif
&lt;/div&gt; &lt;/figcaption&gt;&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;
&lt;p&gt;Parmi les militants de la FCA, Louis Lecoin et Pierre Ruff&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2-12&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Correcteur d'imprimerie, compagnon de lutte de Louis Lecoin, collaborateur (&#8230;)&#034; id=&#034;nh2-12&#034;&gt;12&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt; &#233;taient en prison depuis 1913 pour leurs appels &#224; saboter la guerre ; Henry Combes&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2-13&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;&#201;galement collaborateur du Libertaire et membre de la FCA &#8212; dont il devint (&#8230;)&#034; id=&#034;nh2-13&#034;&gt;13&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;, sur le point d'&#234;tre arr&#234;t&#233;, s'&#233;tait enfui en Angleterre, de m&#234;me qu'&#201;douard Boudot&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2-14&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;R&#233;fugi&#233; en Angleterre avec Henry Combes, &#201;douard Boudot signa comme lui le (&#8230;)&#034; id=&#034;nh2-14&#034;&gt;14&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les destins des trois principaux r&#233;dacteurs de la fameuse &#171; brochure rouge &#187;, tous inscrits au &#171; carnet B &#187;, se s&#233;par&#232;rent &#224; jamais lors de la mobilisation : si Jacques Long&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2-15&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Jacques Long, ou Jacklon, colporteur, proche du Libertaire et de (&#8230;)&#034; id=&#034;nh2-15&#034;&gt;15&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt; s'enfuit en Espagne, &#201;douard Sen&#233;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2-16&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Militant anarchiste et syndicaliste, collaborateur au Libertaire, aux Temps (&#8230;)&#034; id=&#034;nh2-16&#034;&gt;16&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt; et Eug&#232;ne Jacquemin&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2-17&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Ouvrier forgeron, membre de la FCA et de la CGT, Eug&#232;ne Jakmin, dit (&#8230;)&#034; id=&#034;nh2-17&#034;&gt;17&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt; se ralli&#232;rent &#224; l'Union sacr&#233;e. Car de nombreux militants en vue, non contents d'endosser l'uniforme sans barguigner, revendiqu&#232;rent leur engagement dans le camp belliciste au nom de la guerre r&#233;volutionnaire. Ainsi Charles Albert&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2-18&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Collaborateur des Temps nouveaux, Charles Albert s'&#233;tait violemment oppos&#233; &#224; (&#8230;)&#034; id=&#034;nh2-18&#034;&gt;18&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt; et Charles Malato&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2-19&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;N&#233; en 1857, d&#233;port&#233; en Nouvelle-Cal&#233;donie avec son p&#232;re apr&#232;s la Commune, (&#8230;)&#034; id=&#034;nh2-19&#034;&gt;19&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;, journalistes aux &lt;i&gt;Temps nouveaux&lt;/i&gt;, le premier promettant aux ouvriers qu'ils allaient &lt;q style=&#034;font-style: italic;&#034;&gt;combattre pour la r&#233;volution&lt;/q&gt;, le second que les soldats alli&#233;s apporteraient la libert&#233; aux peuples d'Europe &lt;q style=&#034;font-style: italic;&#034;&gt;&#224; la pointe des ba&#239;onnettes&lt;/q&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Autre r&#233;dacteur des &lt;i&gt;Temps nouveaux&lt;/i&gt;, Henri Gauche&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2-20&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Henri Gauche, journaliste aux Temps nouveaux et auteur de &#171; L'Immoralit&#233; du (&#8230;)&#034; id=&#034;nh2-20&#034;&gt;20&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt; s'engagea volontairement, et un intellectuel comme L&#233;on Werth, qui allait, deux ans plus tard, t&#233;moigner sur l'horreur des tranch&#233;es dans l'admirable &lt;i&gt;Clavel soldat&lt;/i&gt;, demanda &#224; partir au front comme simple soldat, lorsqu'il fut mobilis&#233; en ao&#251;t 14.&lt;/p&gt;
&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;div class='spip_document_1708 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_left spip_document_left spip_document_avec_legende' data-legende-len=&#034;14&#034; data-legende-lenx=&#034;&#034;
&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='https://www.partage-noir.fr/local/cache-vignettes/L150xH232/jouhaux-6aafa-3add6.jpg?1774762115' width='150' height='232' alt='' /&gt;
&lt;figcaption class='spip_doc_legende'&gt; &lt;div class='spip_doc_descriptif '&gt;&lt;small&gt;L&#233;on Jouhaux&lt;/small&gt;
&lt;/div&gt; &lt;/figcaption&gt;&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;
&lt;p&gt;La CGT avait suivi le parti socialiste comme son ombre. L&#233;on Jouhaux, en r&#233;alit&#233; fascin&#233; depuis longtemps par la puissance des syndicats r&#233;formistes d'Angleterre et d'Allemagne, avait pris exemple sur les &#171; bonzes &#187; allemands et accept&#233; la guerre plut&#244;t que de risquer son organisation dans une aventure ill&#233;galiste. Le 1&lt;sup class=&#034;typo_exposants&#034;&gt;er&lt;/sup&gt; ao&#251;t, il n'eut aucun mal &#224; obtenir l'unanimit&#233; contre la gr&#232;ve g&#233;n&#233;rale au Comit&#233; conf&#233;d&#233;ral de la CGT.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;q style=&#034;font-style: italic;&#034;&gt;Tout s'&#233;tait effondr&#233; sous mes pas, &lt;span style=&#034;font-style:normal;&#034;&gt;raconte Pierre Monatte dans ses souvenirs.&lt;/span&gt; [...] Stup&#233;faction devant l'explosion de chauvinisme au sein de la classe ouvri&#232;re. Plus encore devant le d&#233;raillement de tant de militants syndicalistes et anarchistes, de presque tous les socialistes. Le socialisme venait-il d'&#234;tre tu&#233; ? La guerre avait-elle balay&#233; l'esprit de classe, notre esp&#233;rance en l'&#233;mancipation des travailleurs de tous les pays ? [...] Difficile de ne pas croire que nos id&#233;es d'hier n'&#233;taient plus que de lamentables ruines&lt;/q&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Une gr&#232;ve g&#233;n&#233;rale aurait-elle eu des chances de r&#233;ussir ? Bien peu, dans l'&#233;tat d'impr&#233;paration o&#249; se trouvaient les organisations ouvri&#232;res. Aurait-elle pu entra&#238;ner les ouvriers allemands ? Impossible &#224; dire, mais le renoncement sans combat devant ce qui allait se r&#233;v&#233;ler la pire trag&#233;die jamais v&#233;cue par les peuples d'Europe brisa irr&#233;m&#233;diablement et l'Internationale, et le syndicalisme r&#233;volutionnaire.&lt;/p&gt;
&lt;h3 class=&#034;spip&#034;&gt;L'ANARCHISME AU P&#201;RIL DE LA PATRIE &lt;/h3&gt;
&lt;p&gt;S'ils &#233;taient tomb&#233;s de haut, les anarchistes, du moins certains d'entre eux, furent les premiers &#224; se relever.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;S&#233;bastien Faure lan&#231;a la premi&#232;re proclamation publique contre la guerre en d&#233;cembre 1914, en m&#234;me temps que Pierre Monatte d&#233;missionnait du Comit&#233; conf&#233;d&#233;ral de la CGT qu'il accusait de s'&#234;tre &lt;q style=&#034;font-style: italic;&#034;&gt;d&#233;shonor&#233;e&lt;/q&gt; en refusant de participer &#224; une conf&#233;rence socialiste internationale pour la paix, organis&#233;e par les partis scandinaves&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2-21&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Lire Pierre Monatte, &#171; Pourquoi je d&#233;missionne du comit&#233; conf&#233;d&#233;ral &#187;, (&#8230;)&#034; id=&#034;nh2-21&#034;&gt;21&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;. L'ann&#233;e suivante, les emprisonn&#233;s, les exil&#233;s, et des personnalit&#233;s de tous pays comme Emma Goldman et Errico Malatesta r&#233;clamaient &#224; leur tour l'arr&#234;t des hostilit&#233;s. Lecoin et Ruff, &#224; peine sortis de prison, partaient dans les rues de Paris distribuer des tracts contre la guerre, et retournaient aussit&#244;t derri&#232;re les barreaux. Pour courageuses qu'elles fussent, ces actions n'&#233;taient que des piq&#251;res d'&#233;pingle port&#233;es au Moloch d&#233;cha&#238;n&#233;. Pendant ce temps, dans la boue des tranch&#233;es, combien de militants internationalistes pleuraient de rage avec L&#233;on Werth ? &lt;q style=&#034;font-style: italic;&#034;&gt;Si j'ai pr&#233;tendu faire la guerre pour imposer la paix, c'est parce qu'on m'a tromp&#233;... peut-&#234;tre parce que j'ai bien voulu m'&#234;tre tromp&#233;, parce que cela m'&#233;pargnait la r&#233;volte ou la d&#233;sertion qui obligent &#224; des actes difficiles... Je n'ai pas cru que les &#233;lus socialistes pouvaient mentir ou &#234;tre dupes si compl&#232;tement. Je croyais que les socialistes ministres avaient eu, &#224; accepter d'&#234;tre ministres, un scrupule au moins &#233;gal &#224; mon scrupule d'accepter le risque de tuer ou de mourir. Sans quoi, quelles fripouilles seraient-ils ?... J'ai cru leurs scrupules lev&#233;s par la plus ind&#233;niable certitude... Quelles raisons avions-nous de ne point nous exposer &#224; notre propre mort, quand ils en trouvaient d'assez bonnes pour accepter la responsabilit&#233; de nous engager &#224; mourir ? Et maintenant, on voit par les journaux qu'en Allemagne comme en France, en France comme en Allemagne, le peuple est r&#233;duit &#224; l'ob&#233;issance par le moyen des m&#234;mes dogmes, des m&#234;mes sophismes, des m&#234;mes arguments interchangeables, des m&#234;mes abstractions inconsistantes, de la m&#234;me rh&#233;torique qui personnifie les nations...&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2-22&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Werth L&#233;on, Clavel soldat, Paris, &#201;ditions Viviane Hamy, 1993, p. 120.] La (&#8230;)&#034; id=&#034;nh2-22&#034;&gt;22&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;, Marc Pierrot&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2-23&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Militant anarchiste et syndicaliste, le &#171; docteur Pierrot &#187; collaborait aux (&#8230;)&#034; id=&#034;nh2-23&#034;&gt;23&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt; et de plusieurs autres r&#233;dacteurs des &lt;i&gt;Temps nouveaux&lt;/i&gt;, affirmait que la poursuite de la guerre &#233;tait n&#233;cessaire pour d&#233;fendre la justice et le droit.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La ranc&#339;ur tourna en haine. En mars 1918, Charles Malato parlait de &lt;q style=&#034;font-style: italic;&#034;&gt;coller au mur&lt;/q&gt; les pacifistes. Un an plus tard, l'&#233;ditorial du premier num&#233;ro du &lt;i&gt;Libertaire&lt;/i&gt;, nouveau autoris&#233; &#224; para&#238;tre, pr&#233;tendait r&#233;duire le d&#233;sastre du mouvement anarchiste &#224; la faillite de quelques-uns :&lt;q style=&#034;font-style: italic;&#034;&gt;Si nous avons sujet de m&#233;diter, ce n'est pas sur la fragilit&#233; de nos doctrines, de notre id&#233;al, mais bien sur le manque de conscience, sur la l&#226;chet&#233;, sur l'aberration dont ont fait preuve certains individus qui ne peuvent pr&#233;tendre &#224; eux seuls personnifier l'anarchie&lt;/q&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La querelle ne cessa que bien des ann&#233;es plus tard, avec la mort des protagonistes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans la CGT, les opposants &#224; la guerre rest&#232;rent minoritaires tout au long du conflit. Parmi les grands anciens, Delesalle continua de soutenir la position de L&#233;on Jouhaux, Victor Griffuelhes &#8212; germanophobe endurci &#8212; pr&#233;tendit refuser &#224; la fois le vote des cr&#233;dits de guerre et la paix de compromis, Georges Yvetot et &#201;mile Pouget se tinrent &#224; l'&#233;cart des d&#233;bats, le premier participant &#224; des actions en faveur des orphelins de guerre, et le second &#233;crivant des feuilletons patriotiques pour &lt;i&gt;L'Humanit&#233;&lt;/i&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La r&#233;sistance de S&#233;bastien Faure, Louis Lecoin, et de militants toujours plus nombreux &#224; reconna&#238;tre s'&#234;tre tromp&#233;s sauva l'honneur du mouvement libertaire, mais elle servit surtout d'&#233;pouvantail au gouvernement et aux chefs militaires. Puisque l'Union sacr&#233;e incluait le parti socialiste et que le &lt;q style=&#034;font-style: italic;&#034;&gt;consentement patriotique&lt;/q&gt; des combattants &#224; leur sacrifice ne pouvait faire l'ombre d'un doute, la r&#233;sistance des soldats, les mutineries, les fraternisations, les gr&#232;ves de la guerre, trouv&#232;rent leur explication officielle dans l'action pernicieuse de myst&#233;rieux anarchistes. En r&#233;alit&#233;, la propagande pacifiste ne touchait pas les poilus de l'infanterie combattante, et on n'en trouve quasiment aucune trace dans leurs &#233;crits. &#192; partir de 1915, une fois les ouvriers renvoy&#233;s &#224; l'arri&#232;re pour travailler dans les usines d'armement, les mines, ou pour servir dans les armes moins expos&#233;es, ce sont les paysans qui fournirent 80 % des effectifs de la &#171; biffe &#187; (l'infanterie) et l'essentiel des pertes. Abandonn&#233;s dans l'enfer des tranch&#233;es, ignor&#233;s du reste de la soci&#233;t&#233;, r&#233;volt&#233;s lorsqu'ils traversaient les grandes villes o&#249; les riches embusqu&#233;s couraient &#224; leurs plaisirs, incapables de faire partager leur souffrance aux civils abus&#233;s par le bourrage de cr&#226;nes, r&#233;prim&#233;s par les soldats des autres armes quand ils se rebellaient, ceux-l&#224; n'avaient pas eu besoin de grandes th&#233;ories pour comprendre que la patrie des g&#233;n&#233;raux et des marchands de canons &#233;tait leur ennemi mortel.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;hr /&gt;
		&lt;div class='rss_notes'&gt;&lt;div id=&#034;nb2-1&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2-1&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-1&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;1&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;Jean Maitron, &lt;i&gt;Le mouvement anarchiste en France&lt;/i&gt;, tome I, des origines &#224; 1914, Paris, Gallimard, collection Tel, p. 453.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2-2&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2-2&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-2&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;2&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;Environ 5 000 exemplaires vendus pour&lt;i&gt; Les Temps nouveaux&lt;/i&gt;, autant pour &lt;i&gt;Le Libertaire&lt;/i&gt;, et 3 500 pour &lt;i&gt;L'anarchie&lt;/i&gt;. Le premier, fond&#233; par Jean Grave, pr&#244;nait l'entr&#233;e des anarchistes dans le syndicalisme, le troisi&#232;me, anim&#233; par Libertad, exprimait les th&#232;ses des individualistes anti-syndicalistes, et le second, cr&#233;&#233; et dirig&#233; par S&#233;bastien Faure, restait ouvert aux deux opinions.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2-3&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2-3&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-3&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;3&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;
&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;div class='spip_document_1705 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_right spip_document_right'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='https://www.partage-noir.fr/local/cache-vignettes/L50xH78/hamon_augustin-85d35.jpg?1774762115' width='50' height='78' alt='' /&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;
&lt;p&gt;Quelques ann&#233;es plus t&#244;t, en 1896, Augustin Hamon, observateur des mouvements sociaux, estimait les anarchistes fran&#231;ais entre soixante mille et cent mille, ce qui semble tr&#232;s exag&#233;r&#233;. Augustin Hamon,&lt;i&gt; Le Socialisme et le congr&#232;s de Londres&lt;/i&gt;, Biblioth&#232;que sociologique, n&#176;11, Paris, 1897, p. 16.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2-4&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2-4&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-4&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;4&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;Figure marquante du mouvement anarchiste au tournant du si&#232;cle, secr&#233;taire de r&#233;daction du &lt;i&gt;Libertaire&lt;/i&gt;, membre de l'AIA, condamn&#233; &#224; plusieurs reprises pour ses activit&#233;s subversives, Miguel Almereyda &#233;tait entr&#233; &#224; la SFIO en d&#233;cembre 1912, avant de fonder &lt;i&gt;Le Bonnet rouge &lt;/i&gt; un an plus tard et d'y faire campagne pour les radicaux Joseph Caillaux et Louis Malvy en 1914. Au d&#233;but de la guerre,&lt;i&gt; Le Bonnet rouge&lt;/i&gt; re&#231;ut d'importantes subventions de Louis Malvy, alors ministre de l'Int&#233;rieur, pour faire la propagande de l'Union sacr&#233;e. En 1916, lorsque Almereyda, redevenu pacifiste, le fit changer d'orientation, le minist&#232;re de l'Int&#233;rieur coupa les vivres au &lt;i&gt;Bonnet rouge&lt;/i&gt;, pour enfin l'interdire en juillet 1917. Sur ces entrefaites, Almereyda fut arr&#234;t&#233;, accus&#233; d'espionnage, et mourut quelques jours plus tard en prison dans des conditions suspectes. Eug&#232;ne Vigo &#233;tait le p&#232;re du cin&#233;aste de&lt;i&gt; Z&#233;ro de conduite&lt;/i&gt;, Jean Vigo.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2-5&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2-5&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-5&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;5&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;130 000 adh&#233;rents revendiqu&#233;s en 1902, 400 000 en 1910, 600 000 &#224; la veille de la guerre.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2-6&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2-6&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-6&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;6&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;Lire &#201;mile Pouget,&lt;i&gt; 1906, le congr&#232;s syndicaliste d'Amiens&lt;/i&gt;, pr&#233;sentation et notes de Miguel Chueca, Paris, Ed. CNT-RP, 2006.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2-7&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2-7&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-7&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;7&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;R&#233;solution du Congr&#232;s de Londres de la Deuxi&#232;me Internationale en 1896, cit&#233;e par Wolfgang Abendroth. &lt;i&gt;Histoire du mouvement ouvrier en Europe&lt;/i&gt;, Paris, La D&#233;couverte, 2002, p. 56.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2-8&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2-8&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-8&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;8&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;Du nom de leurs fondateurs, Jean Allemane et Auguste Blanqui.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2-9&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2-9&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-9&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;9&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;En 1894, Fernand Pelloutier avait &#233;crit au g&#233;n&#233;ral Yung : &lt;q style=&#034;font-style: italic;&#034;&gt;Si par exemple l'empereur d'Allemagne se jetait sur la France, soyez persuad&#233; que les anti-patriotes marcheraient vaillamment contre lui. Mais pourquoi ? Par haine des Germains ? Non pas. Pour notre propre s&#251;ret&#233;, voil&#224; tout, pour la sauvegarde de nos existences, de nos libert&#233;s et de nos droits&lt;/q&gt;. Fernand et Maurice Pelloutier,&lt;i&gt; Lettre sur la guerre&lt;/i&gt;, Nantes, 1919, p. 10.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2-10&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2-10&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-10&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;10&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;Voir l'article &lt;a href=&#034;https://www.partage-noir.fr/aout-1914-le-suicide-de-l-internationale&#034;&gt;&#171; Ao&#251;t 1914 : Le suicide de l'Internationale &#187;&lt;/a&gt;, &lt;i&gt;Gavroche &lt;/i&gt; n&#176;147.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2-11&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2-11&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-11&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;11&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;Par exemple Charles Desplanques, ouvrier coiffeur, collaborateur de Jean Grave aux &lt;i&gt;Temps nouveaux&lt;/i&gt;, qui avait &#233;t&#233; condamn&#233; en 1905 &#224; 1 an de prison et 100 F d'amende pour avoir sign&#233; l'affiche de l'AIA appelant &#224; l'insurrection en cas de guerre. En 1908, au cours du d&#233;bat houleux qui opposa les anarchistes pour savoir s'il fallait appeler &#224; la d&#233;sertion, Desplanques s'&#233;tait prononc&#233; &lt;q style=&#034;font-style: italic;&#034;&gt;contre tout conseil de d&#233;sertion&lt;/q&gt; mais non &lt;q style=&#034;font-style: italic;&#034;&gt;contre la d&#233;sertion&lt;/q&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2-12&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2-12&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-12&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;12&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;Correcteur d'imprimerie, compagnon de lutte de Louis Lecoin, collaborateur du &lt;i&gt;Libertaire &lt;/i&gt; et membre de la FCA, puis de l'Union anarchiste, condamn&#233; pour propagande anarchiste et antimilitariste en 1907, 1912, 1916, 1917, 1930, Pierre Ruff fut arr&#234;t&#233; une derni&#232;re fois le 24 ao&#251;t 1942 et mourut en d&#233;portation.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2-13&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2-13&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-13&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;13&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;&#201;galement collaborateur du Libertaire et membre de la FCA &#8212; dont il devint secr&#233;taire par int&#233;rim avec &#201;douard Boudot en 1912 lors de l'incarc&#233;ration de Louis Lecoin, syndicaliste, Henry Combes s'enfuit en Angleterre &#224; la mobilisation. Condamn&#233; par d&#233;faut &#224; 5 ans de prison, il signa le manifeste de f&#233;vrier 1915 contre l'Union sacr&#233;e et mourut &#224; Londres en 1925.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2-14&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2-14&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-14&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;14&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;R&#233;fugi&#233; en Angleterre avec Henry Combes, &#201;douard Boudot signa comme lui le manifeste contre l'Union sacr&#233;e et fut condamn&#233; pour insoumission.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2-15&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2-15&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-15&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;15&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;Jacques Long, ou Jacklon, colporteur, proche du &lt;i&gt;Libertaire &lt;/i&gt; et de &lt;i&gt;L'anarchie&lt;/i&gt;, membre de la FCA, s'enfuit en Espagne en 1914. Expuls&#233; en 1919, menac&#233; d'&#234;tre livr&#233; &#224; la France &#8212; o&#249; il &#233;tait sous le coup d'une condamnation &#224; la d&#233;tention en forteresse &#8212; il se suicida le 20 juillet 1921.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2-16&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2-16&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-16&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;16&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;Militant anarchiste et syndicaliste, collaborateur au &lt;i&gt;Libertaire&lt;/i&gt;, aux &lt;i&gt;Temps nouveaux&lt;/i&gt;, &#224; &lt;i&gt;La Vie ouvri&#232;re&lt;/i&gt; et &#224; &lt;i&gt;La Voix du peuple&lt;/i&gt;, plusieurs fois condamn&#233; avant la guerre, &#201;douard Sen&#233; fut mobilis&#233; en 1914 et se rallia &#224; l'Union sacr&#233;e.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2-17&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2-17&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-17&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;17&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;Ouvrier forgeron, membre de la FCA et de la CGT, Eug&#232;ne Jakmin, dit Jacquemin, fut l'objet de nombreuses condamnations pour ses activit&#233;s anarchistes avant 1914. R&#233;dacteur avec Jacques Long et &#201;douard Sen&#233; de la &#171; brochure rouge &#187; appelant &#224; saboter la guerre, il rejoignit n&#233;anmoins son r&#233;giment &#224; la mobilisation et &#233;crivit &#224; L&#233;on Jouhaux pour lui apporter son soutien. Tr&#232;s actif dans la CGT et la lutte syndicale apr&#232;s la guerre, il rejoignit la SFIO juste avant sa mort, en 1930.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2-18&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2-18&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-18&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;18&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;Collaborateur des &lt;i&gt;Temps nouveaux&lt;/i&gt;, Charles Albert s'&#233;tait violemment oppos&#233; &#224; Kropotkine en 1905 lors du d&#233;bat sur la conduite &#224; tenir en cas de guerre.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2-19&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2-19&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-19&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;19&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;N&#233; en 1857, d&#233;port&#233; en Nouvelle-Cal&#233;donie avec son p&#232;re apr&#232;s la Commune, membre du groupe &#171; L'Avant-garde &#187; autour de 1892 avec Pierre Kropotkine, Errico Malatesta et Louise Michel, Charles Malato &#233;tait en 1914 un &#233;crivain prolixe et l'un des piliers des&lt;i&gt; Temps nouveaux&lt;/i&gt;. Il se rallia &#224; l'Union sacr&#233;e, signa le &#171; manifeste des seize &#187; et fut incorpor&#233; en 1918, sur sa demande, alors qu'il avait soixante ans. Il poursuivit apr&#232;s la guerre sa collaboration aux &lt;i&gt;Temps nouveaux &lt;/i&gt; et mourut en 1938.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2-20&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2-20&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-20&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;20&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;Henri Gauche, journaliste aux &lt;i&gt;Temps nouveaux&lt;/i&gt; et auteur de &#171; L'Immoralit&#233; du mariage &#187;, s'engagea d&#232;s les premiers jours de la guerre alors qu'il &#233;tait &#226;g&#233; de quarante-quatre ans. Deux ans plus tard, dans une lettre &#224; Andr&#233; Girard, autre collaborateur des&lt;i&gt; Temps nouveaux&lt;/i&gt;, mais hostile &#224; l'Union sacr&#233;e, il reconnut &lt;q style=&#034;font-style: italic;&#034;&gt;s'&#234;tre tromp&#233;&lt;/q&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2-21&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2-21&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-21&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;21&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;Lire Pierre Monatte, &#171; Pourquoi je d&#233;missionne du comit&#233; conf&#233;d&#233;ral &#187;, &lt;i&gt;Agone&lt;/i&gt;, n&#176; 35/36, 2006, p. 273-277. Ce m&#234;me num&#233;ro reproduit &#233;galement le texte de Pierre Chardon, &#171; Les anarchistes et la guerre : deux attitudes &#187; (1915), dans un ensemble d'articles consacr&#233; &#224; &#171; la r&#233;sistance obscure &#224; la guerre de trente ans du capitalisme mondial &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2-22&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2-22&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-22&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;22&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;Werth L&#233;on, &lt;i&gt;Clavel soldat&lt;/i&gt;, Paris, &#201;ditions Viviane Hamy, 1993, p. 120.]&lt;/q&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La propagande pacifiste anim&#233;e par les libertaires et la minorit&#233; du parti socialiste prit de l'ampleur au fur et &#224; mesure que le conflit s'&#233;ternisait, jusqu'&#224; ce que la r&#233;pression organis&#233;e par Clemenceau la r&#233;duise au silence &#224; coups de proc&#232;s et d'emprisonnements.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les partisans anarchistes de l'Union sacr&#233;e &#233;taient rest&#233;s, comme Kropotkine, camp&#233;s sur leurs positions. Le 14 mars 1916, le &#171; Manifeste des seize &#187;, qui r&#233;unit une centaine de signatures dont celles de Jean Grave, Charles Malato, Paul Reclus [[Comme son fr&#232;re &#201;lis&#233;e, Paul Reclus &#233;tait un scientifique de renom et un anarchiste actif. Dix ans apr&#232;s la guerre, dans la revue Plus loin, Paul Reclus expliqua son ralliement et celui de la majorit&#233; des anarchistes &#224; l'Union sacr&#233;e par la pr&#233;dominance du sentiment patriotique sur l'id&#233;al social dans la g&#233;n&#233;ration des militants qui avaient v&#233;cu l'&#233;poque de la Commune. De fait, outre l'opposition entre l'&#233;quipe des &lt;i&gt;Temps Nouveaux&lt;/i&gt;, pour l'Union sacr&#233;e, et celle du &lt;i&gt;Libertaire&lt;/i&gt;, plut&#244;t pacifiste, on constate que les militants de plus de quarante ans penchaient tr&#232;s majoritairement vers le courant patriotique, alors que les r&#233;fractaires &#233;taient surtout des jeunes.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2-23&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2-23&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-23&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;23&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;Militant anarchiste et syndicaliste, le &#171; docteur Pierrot &#187; collaborait aux &lt;i&gt;Temps nouveaux&lt;/i&gt; lorsqu'il fut mobilis&#233; en ao&#251;t 1914. Il signa le &#171; Manifeste des seize &#187; avec Jean Grave et Pierre Kropotkine. Apr&#232;s la guerre il fonda la revue&lt;i&gt; Plus loin&lt;/i&gt; qui poursuivit ses activit&#233;s jusqu'en 1939. Au d&#233;but de la guerre d'Espagne il rejoignit l'association SIA (Solidarit&#233; Internationale Antifasciste) cr&#233;&#233;e par Louis Lecoin.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		
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		<title>Marius Jacob : le r&#233;volt&#233; &#224; vie (1879-1954)</title>
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		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Fran&#231;ois Roux</dc:creator>


		<dc:subject>&lt;i&gt;Gavroche - Revue d'histoire populaire&lt;/i&gt;</dc:subject>
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		<dc:subject>Marius Jacob</dc:subject>

		<description>
&lt;p&gt;En cette derni&#232;re ann&#233;e du dix-neuvi&#232;me si&#232;cle, les temps sont durs aux pauvres : on se l&#232;ve chaque matin sans savoir si on mangera le soir. Lorsque toutes les ressources sont &#233;puis&#233;es, on s'en va mettre &#171; au clou &#187; la bague de mariage ou les derniers meubles. &lt;br class='autobr' /&gt;
Entr&#233;e en sc&#232;ne &lt;br class='autobr' /&gt;
Un fiacre s'arr&#234;te devant le mont-de-pi&#233;t&#233; de Marseille et un commissaire de police en descend, ceint dune &#233;charpe tricolore et flanque de deux agents. Les trois hommes p&#233;n&#232;trent dans l'&#233;tablissement, et l'officier (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://www.partage-noir.fr/-gavroche-no137-septembre-octobre-2004-" rel="directory"&gt;Gavroche n&#176;137 - Septembre-Octobre 2004&lt;/a&gt;

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&lt;a href="https://www.partage-noir.fr/+-gavroche-revue-d-histoire-populaire-+" rel="tag"&gt;&lt;i&gt;Gavroche - Revue d'histoire populaire&lt;/i&gt;&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.partage-noir.fr/+-source-fragments-d-histoire-de-la-gauche-radicale-+" rel="tag"&gt;Archives Autonomies&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.partage-noir.fr/+-marius-jacob-+" rel="tag"&gt;Marius Jacob&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;img src='https://www.partage-noir.fr/local/cache-vignettes/L150xH84/sans_titre-4_copie-24d50.png?1774715879' class='spip_logo spip_logo_right' width='150' height='84' alt=&#034;&#034; /&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;En cette derni&#232;re ann&#233;e du dix-neuvi&#232;me si&#232;cle, les temps sont durs aux pauvres : on se l&#232;ve chaque matin sans savoir si on mangera le soir. Lorsque toutes les ressources sont &#233;puis&#233;es, on s'en va mettre &#171; au clou &#187; la bague de mariage ou les derniers meubles.&lt;/p&gt;
&lt;h3 class=&#034;spip&#034;&gt;Entr&#233;e en sc&#232;ne &lt;/h3&gt;
&lt;p&gt;Un fiacre s'arr&#234;te devant le mont-de-pi&#233;t&#233; de Marseille et un commissaire de police en descend, ceint dune &#233;charpe tricolore et flanque de deux agents. Les trois hommes p&#233;n&#232;trent dans l'&#233;tablissement, et l'officier brandit un mandat de perquisition sous le nez du directeur affol&#233; :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;q style=&#034;font-style: italic;&#034;&gt;Vous avez ici une montre vol&#233;e lors d'un cambriolage au cours duquel quatre personnes ont &#233;t&#233; assassin&#233;es. Vous &#234;tes accus&#233; de complicit&#233;.&lt;/q&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les trois policiers se font remettre tous les bijoux, lingots et objets d'art, dont ils dressent m&#233;ticuleusement l'inventaire et qu'ils enferment dans des boites soigneusement scell&#233;es. L'op&#233;ration dure plusieurs heures. Le directeur et son adjoint sont ensuite menott&#233;s.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;q style=&#034;font-style: italic;&#034;&gt;Vous allez &#234;tre pr&#233;sent&#233;s au procureur de la R&#233;publique.&lt;/q&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;A cette heure tardive, le Palais de Justice est ferme depuis longtemps au public. Les policiers doivent agiter vigoureusement la sonnette pour que le concierge finisse par ouvrir.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;q style=&#034;font-style: italic;&#034;&gt;Monsieur le procureur nous attend&lt;/q&gt;, annonce le commissaire en p&#233;n&#233;trant sous la voute, suivi de son escorte.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La petite troupe grimpe le grand escalier et arrive devant le bureau du procureur. Au passage, le commissaire h&#232;le deux gardiens de la paix :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;q style=&#034;font-style: italic;&#034;&gt;Restez ici, vous autres, et gardez-moi ces lascars ! Nous revenons dans cinq minutes.&lt;/q&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Deux heures plus tard, ne voyant pas revenir le commissaire, ni sortir le procureur, le concierge se d&#233;cide a p&#233;n&#233;trer dans le bureau, &#224; la porte duquel se morfondent toujours gardiens et prisonniers. Il n'y a personne. Le procureur &#233;tant injoignable, le concierge appelle un juge d'instruction, qui fait aussit&#244;t d&#233;livrer un mandat d'arr&#234;t pour que les deux pr&#233;venus soient conduits au d&#233;p&#244;t.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le pot-aux-roses n'est d&#233;couvert que le lendemain : le tr&#233;sor du mont-de-pi&#233;t&#233;, d'une valeur de cinq cent mille francs de l'&#233;poque, a &#233;t&#233; d&#233;valis&#233; &#224; l'issue d'une incroyable mystification.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La date du vol n'a pas &#233;t&#233; choisie par hasard : le 1&lt;sup class=&#034;typo_exposants&#034;&gt;er&lt;/sup&gt; avril 1899. L'exploit fait rire la France enti&#232;re.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais qui est ce voleur intr&#233;pide ? Ars&#232;ne Lupin ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Non : Ars&#232;ne Lupin est un personnage de fiction. Le voleur, bien reel, s'appelle Alexandre Marius Jacob : c'est un anarchiste de vingt ans. A la t&#234;te de sa bande, les &#171; Travailleurs de la nuit &#187;, il vole aux riches pour redistribuer aux pauvres. L'affaire du mont-de-pi&#233;t&#233; de Marseille signe son entr&#233;e dans l'Histoire.&lt;/p&gt;
&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;div class='spip_document_5278 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center spip_document_avec_legende' data-legende-len=&#034;150&#034; data-legende-lenx=&#034;xxx&#034;
&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href='https://www.partage-noir.fr/IMG/jpg/album_of_paris_crime_scenes_-_attributed_to_alphonse_bertillon__dp263712.jpg' class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/jpeg&#034;&gt; &lt;img src='https://www.partage-noir.fr/local/cache-vignettes/L500xH378/album_of_paris_crime_scenes_-_attributed_to_alphonse_bertillon__dp263712-acc98.jpg?1774879607' width='500' height='378' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;figcaption class='spip_doc_legende'&gt; &lt;div class='spip_doc_descriptif '&gt;&lt;small&gt;Membres de la Bande des travailleurs de la nuit. Portraits anthropom&#233;triques de Marie Jacob, Rose Roux, Boyer, Elme et Alexandre Marius Jacob, 1903.&lt;/small&gt;
&lt;/div&gt; &lt;/figcaption&gt;&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;h3 class=&#034;spip&#034;&gt;Prologue &lt;/h3&gt;
&lt;p&gt;Alexandre Marius Jacob est n&#233; &#224; Marseille, d'une famille de prol&#233;taires, le 29 septembre 1879.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pour &#233;chapper &#224; la mis&#232;re, il s'embarque sur un navire marchand, &#224; douze ans. A bord, il d&#233;couvre l'enfer qu'est la vie d'un mousse : maltrait&#233;, humili&#233;, il est battu parce qu'il ne veut pas c&#233;der aux avances des vieux marins.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;A Sydney, il fausse compagnie &#224; l'&#233;quipage et s'embauche sur une baleini&#232;re, qui est en r&#233;alit&#233; un bateau n&#233;grier. II s'enfuit &#224; la premi&#232;re occasion et reprend du service sur des b&#226;timents moins naus&#233;abonds.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pendant que les marins s'enivrent, une fois leur quart termin&#233;, il &#233;tudie inlassablement des livres de navigation et d'hydrographie. Marius Jacob a seize ans quand il retrouve Marseille. On le d&#233;barque sur une civi&#232;re, paralys&#233; par les fi&#232;vres.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Une fois retap&#233;, il quitte le foyer maternel et cherche a gagner sa vie. Il va de place en place. Engag&#233; comme apprenti dans une imprimerie, il d&#233;couvre le mouvement libertaire, alors tr&#232;s enracin&#233; chez les typographes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Nous sommes en 1895. La bourgeoise n'en finit pas de prendre sa revanche depuis la terreur que lui a inspir&#233;e la Commune. Le mouvement ouvrier a &#233;t&#233; saign&#233; &#224; blanc par la r&#233;pression, et il ne redresse la t&#234;te que depuis quelques ann&#233;es. Deux tendances s'affrontent. D'un cote, les socialistes l&#233;galistes qui veulent conqu&#233;rir l'&#201;tat par les &#233;lections. De l'autre, les anarchistes, inspir&#233;s par Proudhon et Bakounine, galvanis&#233;s par S&#233;bastien Faure et par Louise Michel qui vient de rentrer d'exil. Ceux-l&#224; disent que la justice sociale ne se discute pas : elle se prend, et tout de suite. De 1890 a 1895, c'est &#224; coup de bombes que les anarchistes ont tent&#233; de renverser l'ordre &#233;tabli a travers toute l'Europe : magistrats, policiers, politiciens et rois tombent sous leurs coups. La r&#233;pression est terrible : des dizaines de militants sont guillotin&#233;s, pendus, garrott&#233;s, en fonction des coutumes locales. En France, les libertaires sont traqu&#233;s, pass&#233;s &#224; tabac, emprisonn&#233;s, souvent sans proc&#232;s... Les t&#234;tes de Ravachol, de Vaillant, de Henry, de Caserio roulent dans la sciure.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Entre la voie l&#233;galiste et l'action directe, Marius Jacob l'insoumis n'h&#233;site pas. II se lance &#224; corps perdu dans la cause anarchiste. Sillonnant infatigablement la France et l'Espagne, va d'un cercle libertaire a l'autre, pr&#234;chant la &#171; propagande par le fait &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La police le suit &#224; la trace. Un agent provocateur lui procure des explosifs, puis le d&#233;nonce. Il est condamn&#233; &#224; six mois de prison. A sa sortie il cherche du travail. Lorsqu'il trouve une place, son employeur est pr&#233;venu de ses ant&#233;c&#233;dents, et il perd son travail. Il a dix-sept ans. Dans les reunions, ses appels sont de plus en plus violents : &lt;q style=&#034;font-style: italic;&#034;&gt;Puisque les bombes font peur au peuple, volons les bourgeois, et redistribuons l'argent aux pauvres !&lt;/q&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;II devient vite connu. Son enthousiasme et sa violence &#233;lectrisent les auditoires. Lorsque les policiers font irruption pour disperser l'assistance, des bagarres sanglantes &#233;clatent.&lt;/p&gt;
&lt;h3 class=&#034;spip&#034;&gt;Acte I : les Travailleurs de la nuit &lt;/h3&gt;
&lt;p&gt;Marius Jacob n'est pas homme &#224; se contenter de discours. Au cours de l'ann&#233;e 1899 &#8212; il a 20 ans &#8212;, il recrute &#171; les Travailleurs de la nuit &#187;. Le territoire fran&#231;ais est d&#233;coupe en zones, et la bande est organis&#233;e en &#171; brigades &#187; qui op&#232;rent les cambriolages, appel&#233;s &#171; reprises individuelles &#187; ou &#171; r&#233;cup&#233;rations &#187;. Celles-ci sont minutieusement pr&#233;par&#233;es par tout un r&#233;seau d'&#171; &#233;claireurs &#187; et de &#171; prospecteurs &#187;. Les techniques utilis&#233;es par Jacob feront ensuite le bonheur des romanciers : il change d'apparence, parfois plusieurs fois par jour, tant&#244;t d&#233;guis&#233; en femme, tant&#244;t en mendiant ou en militaire. Un jour que les policiers arrivent en courant sur les lieux d'un cambriolage, ils croisent un marin qui porte un grand sac et leur lance un vigoureux &lt;q style=&#034;font-style: italic;&#034;&gt;salut !&lt;/q&gt;... Ils reconnaitront Jacob plus tard &#224; son proc&#232;s. Pour p&#233;n&#233;trer dans les maisons les mieux gard&#233;es, il fait appel &#224; des acrobates de cirque, experts pour escalader les facades et descendre par les conduits de chemin&#233;es. Il innove aussi dans la technique du guet : plut&#244;t que de poster un homme devant le lieu du cambriolage, au risque de le faire rep&#233;rer, il introduit un crapaud dans la conduite d'&#233;vacuation qui donne sur le caniveau. Le crapaud se met a chanter. S'il s'arr&#234;te, c'est que quelqu'un approche, et les &#171; Travailleurs de la nuit &#187; interrompent aussit&#244;t leur travail. Provocateur, il laisse souvent un billet a ses victimes : &lt;q style=&#034;font-style: italic;&#034;&gt;je ne prends pas ces bijoux : ils sont faux&lt;/q&gt; ou encore : &lt;q style=&#034;font-style: italic;&#034;&gt;je reviendrai lorsque vos meubles seront authentiques&lt;/q&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pris une premi&#232;re fois, il simule la folie. Intern&#233; &#224; l'asile d'ali&#233;n&#233;s de Mont-Perrin, il s'en &#233;vade avec un infirmier qui rejoint les &#171; Travailleurs de la nuit &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les &#171; couvertures &#187; de Jacob sont bien dans le style du personnage : il tient une quincaillerie, qui lui permet de se faire livrer tous les model&#233;s de coffres-forts, dont il devient un sp&#233;cialiste hors pair. Il se paye &#233;galement le luxe d'&#234;tre r&#233;mun&#233;r&#233; par la c&#233;l&#232;bre compagnie d'assurances Lloyds, comme expert en mati&#232;re de vols. On retrouvera plus tard cette appr&#233;ciation flatteuse et involontairement comique dans son dossier &#224; Londres : &lt;q style=&#034;font-style: italic;&#034;&gt;c'est un homme habile, comp&#233;tent et nourri par l'exp&#233;rience...&lt;/q&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais ce qui fait de Marius Jacob un voleur &#224; nul autre pareil, c'est l'instauration de &#171; la part du pauvre &#187; : dix pour cent des larcins sont revers&#233;s aux caisses de solidarit&#233; des anarchistes pour la propagande et pour soutenir les families des militants emprisonnes. &lt;q style=&#034;font-style: italic;&#034;&gt;J'allais voter le c&#339;ur paisible et la conscience aussi &#224; l'aise que si j'allais accomplir une &#339;uvre charitable&lt;/q&gt;, dira-t-il plus tard a son proc&#232;s.&lt;/p&gt;
&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;div class='spip_document_5279 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_right spip_document_right spip_document_avec_legende' data-legende-len=&#034;74&#034; data-legende-lenx=&#034;xx&#034;
&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href='https://www.partage-noir.fr/IMG/jpg/le_petit_journal_-_27_octobre_1901_-_audacieux_cambrioleurs.jpg' class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/jpeg&#034;&gt; &lt;img src='https://www.partage-noir.fr/local/cache-vignettes/L150xH217/le_petit_journal_-_27_octobre_1901_-_audacieux_cambrioleurs-7ab4f-d87a3.jpg?1774716240' width='150' height='217' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;figcaption class='spip_doc_legende'&gt; &lt;div class='spip_doc_descriptif '&gt;&lt;small&gt;&#171; Audacieux cambrioleurs &#187;,&lt;i&gt; Le Petit Journal&lt;/i&gt;, 27 octobre 1901.&lt;/small&gt;
&lt;/div&gt; &lt;/figcaption&gt;&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;
&lt;p&gt;Quatre ans durant, les insaisissables &#171; Travailleurs de la nuit &#187; vont tenir la France en haleine au rythme d'un cambriolage par semaine (on en attribuera 106 directement &#224; Jacob). La police est sur les dents. Les montants des &#171; r&#233;cup&#233;rations &#187; atteignent des sommes faramineuses : un million et demi de francs or rue Quincampoix, le 5 octobre 1901 : c'est le plus gros fric-frac jamais r&#233;alise. Un an plus tard, 600 000 francs rue Jasmin, chez un banquier. Jacob et ses hommes r&#233;servent d'ailleurs leurs visites aux &#171; parasites sociaux &#187; : pr&#234;tres, militaires, banquiers, juges, et ne s'attaquent jamais a ceux dont ils jugent la profession utile : m&#233;decins, architectes, &#233;crivains, etc. Les vols se succ&#232;dent, toujours plus audacieux, toujours sans violence, et sans que la police ne parvienne jamais &#224; arr&#234;ter coupable ni complice. Marius Jacob &#233;chappe parfois de peu aux policiers, au prix de courses-poursuites vertigineuses et gr&#226;ce &#224; un sang-froid &#224; toute &#233;preuve.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Malgr&#233; ses succ&#232;s et les sommes consid&#233;rables tir&#233;es de ses butins &#8212; on estime a 5 millions le total des &#171; r&#233;cup&#233;rations &#187; &#8212;, Marius Jacob n'a pas chang&#233; le moins du monde sa fa&#231;on de vivre. II est avant tout un militant libertaire : on ne boit pas en sa pr&#233;sence, on ne fume pas. Il vit chichement avec sa compagne et sa vieille m&#232;re, dans un petit logement pr&#232;s de la place de la Contrescarpe.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais tous les &#171; Travailleurs de la nuit &#187; n'ont pas gard&#233; intact leur id&#233;al. Certains rechignent d&#233;sormais &#224; laisser &#171; la part du pauvre &#187;, d'autres voleraient bien de leurs propres ailes. Dans le m&#234;me temps, la police, ridiculis&#233;e, exasp&#233;r&#233;e, fait de l'arrestation des anarchistes-cambrioleurs sa priorit&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est &#224; Abbeville, le 21 avril 1903, que l'aventure se termine, apr&#232;s un coup manqu&#233;. Marius Jacob et une partie de la bande passent en proc&#232;s deux ans plus tard, &#224; Amiens. L'instruction n'a pas &#233;t&#233; facile, car le principal inculp&#233; prend tout sur lui et refuse de dire le moindre mot sur ses complices. En prison, il entreprend de convaincre les gardiens que &#171; la propri&#233;t&#233;, c'est le vol &#187;. Juges et policiers ont bien l'intention de faire le proc&#232;s d'un bandit, et surtout pas d'un militant. C'est compter sans le principal int&#233;resse, bien d&#233;cid&#233; &#224; se servir du tribunal comme d'une tribune politique. Le ton est donn&#233; d&#232;s l'interrogatoire :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;q style=&#034;font-style: italic;&#034;&gt;Alexandre. Marius Jacob, levez-vous ! &lt;br class='autobr' /&gt;
&#8211; Non, vous &#234;tes bien assis, vous ! &lt;br class='autobr' /&gt;
&#8211; Vous &#234;tes ici pour &#234;tre jug&#233;. Vous devez vous conformer aux usages, temp&#234;te le juge. &lt;br class='autobr' /&gt;
&#8211; Votre justice est une mascarade. J'aurai des &#233;gards envers vous quand vous en aurez pour les travailleurs.&lt;/q&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Toute la presse est dans le pr&#233;toire. Parmi les journalistes, un certain Maurice Leblanc, qui va quelques mois plus tard, le personnage d'Ars&#232;ne Lupin. Dehors, les militants anarchistes acclament Jacob &#224; chacune de ses apparitions et chantent &lt;i&gt;L'Internationale&lt;/i&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;D&#232;s la troisi&#232;me audience, Jacob lit devant le tribunal &#233;berlu&#233; une declaration en forme de profession de foi :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;q style=&#034;font-style: italic;&#034;&gt;Je suis un anarchiste non-violent, dit-il, un r&#233;volt&#233; vivant de ses cambriolages. Ne reconnaissant a personne le droit de me juger, je n'implore ni pardon, ni indulgence. Je ne sollicite pas ceux que je hais et que je m&#233;prise [...] Le droit de vivre ne se mendie pas, il se prend. Le vol, c'est la restitution, la reprise de possession. Plut&#244;t que de mendier ce &#224; quoi j'ai droit, je pr&#233;f&#232;re faire la guerre aux riches en attaquant leurs biens. Certes, je con&#231;ois que vous auriez jug&#233; meilleur que je me soumette &#224; vos lois. Alors vous ne m'appelleriez pas bandit cynique, mais honn&#234;te ouvrier. Les pr&#234;tres promettent un paradis &#224; leurs dupes. Vous &#234;tes moins abstraits, vous leur accordez la m&#233;daille du travail. Je me livre au vol sans aucun scrupule. Je n'accepte pas votre pr&#233;tendue morale qui pr&#244;ne le respect de la propri&#233;t&#233; comme une vertu, alors qu'il n'y a pas de pires voleurs que les propri&#233;taires. Estimez-vous heureux que ce pr&#233;jug&#233; ait pris racine dans le peuple. Mais prenez-y garde, tout n'a qu'un temps. Certes moi aussi je r&#233;prouve le fait par lequel un homme s'empare violemment et avec ruse du fruit du labeur d'autrui. Mais c'est pr&#233;cis&#233;ment pour cela que j'ai fait la guerre aux riches, voleurs du bien des pauvres...&lt;/q&gt;. Il termine ainsi : &lt;q style=&#034;font-style: italic;&#034;&gt;anarchiste r&#233;volutionnaire, j'ai fait ma r&#233;volution. Vienne l'anarchie ! &lt;/q&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Un tel aplomb venant d'un homme que l'on avait cru brise par deux ann&#233;es de claustration sid&#232;re les magistrats et enthousiasme les militants du drapeau noir qui font de Jacob leur h&#233;ros et dont ils distribuent la proclamation &#224; travers toute la France.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Marius sait aussi mettre les rieurs de son c&#244;t&#233;. A un rentier qui se lamente sur ses titres, il lance : &lt;q style=&#034;font-style: italic;&#034;&gt;ils ne valaient rien. Vos voleurs ne sont pas comme moi, eux sont toujours en libert&#233;. Sans doute portent-ils la L&#233;gion d'Honneur !&lt;/q&gt; et &#224; un autre qui pleure son argenterie : &lt;q style=&#034;font-style: italic;&#034;&gt;si vos couverts avaient &#233;t&#233; en fer-blanc, vous les auriez toujours ! Le proc&#232;s devient impossible &#224; maitriser : galvanis&#233;s par l'exemple de Jacob, les autres inculp&#233;s se l&#232;vent &#224; tout propos, injurient les magistrats, entonnent &lt;i&gt;La Carmagnole&lt;/i&gt; et &lt;i&gt;L'Internationale&lt;/i&gt;. M&#234;me la presse bourgeoise est &#233;branl&#233;e :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;q style=&#034;font-style: italic;&#034;&gt;Ce n'est pas la soci&#233;t&#233;, repr&#233;sent&#233;e par les magistrats et les jur&#233;s, qui juge Jacob, chef des voleurs, constate le r&#233;dacteur de &lt;span style=&#034;font-style:normal;&#034;&gt;L'Aurore&lt;/span&gt;, c'est le chef des voleurs, Jacob, qui fait le proc&#232;s de la soci&#233;t&#233;. En v&#233;rit&#233;, il conduit l'affaire, il est tout le temps en sc&#232;ne, il pr&#233;side, il juge !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'opinion publique commence &#224; regarder les &#171; Travailleurs de la nuit &#187; d'un autre &#339;il : le pr&#233;sident du tribunal re&#231;oit alors du minist&#232;re l'instruction formelle d'abr&#233;ger les d&#233;bats. Apr&#232;s l'expulsion d&#233;finitive des inculp&#233;s, le proc&#232;s est exp&#233;di&#233; en quelques jours, et la sentence tombe le 22 mars 1905 : Marius Jacob, qui n'a jamais tu&#233;, ni m&#234;me bless&#233; personne, est condamn&#233; aux travaux forces &#224; perp&#233;tuit&#233;. Quatre autres des &#171; Travailleurs de la nuit &#187; sont &#233;galement condamn&#233;s au bagne, avec des peines suffisamment longues pour entra&#238;ner l'obligation de r&#233;sider en Guyane jusqu'&#224; leur mort.&lt;/p&gt;
&lt;h3 class=&#034;spip&#034;&gt;Acte II : le voyage au bout de la nuit &lt;/h3&gt;
&lt;p&gt;On sait, depuis les articles d'Albert Londres, ce qu'etaient les bagnes de Guyane : des camps d'extermination, ou la dur&#233;e de vie moyenne avoisinait les cinq ans. Depouill&#233;s de tout, livr&#233;s sans aucun recours possible au sadisme des gardiens, soumis aux pires tortures pour la moindre vell&#233;ite de r&#233;sistance, cern&#233;s par la jungle et par la mer infest&#233;e de requins, en proie aux fi&#232;vres et aux parasites, les bagnards abandonnaient vite tout espoir de retrouver un jour l'humanit&#233; et se laissaient submerger par le vice, la folie et la mort.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Marius Jacob va rester 23 ans en enfer : jamais il ne renoncera, ni &#224; l'espoir, ni &#224; ses convictions.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Lorsqu'il arrive &#224; Cayenne, Jacob est pr&#233;c&#233;d&#233; de sa r&#233;putation : &lt;q style=&#034;font-style: italic;&#034;&gt;un anarchiste de la pire esp&#232;ce&lt;/q&gt;, dit le dossier. Il est imm&#233;diatement vers&#233; dans la troisi&#232;me cat&#233;gorie de forcats, les plus durement trait&#233;s. Sur ordre, les surveillants s'emploient &#224; le provoquer, &#224; le pousser a l'irr&#233;parable, ce qui permettrait de le tuer, en toute l&#233;galite : on crache dans sa soupe, on l'humilie, on le maltraite. Rien n'y fait.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Vis-a-vis des autres bagnards, Marius Jacob impose imm&#233;diatement sa force morale, et jamais il ne d&#233;viera d'un pouce de sa ligne de conduite : il se tient &#224; l'&#233;cart des &#171; mariages &#187;, du jeu, des trafics en tout genre. Des que l'occasion lui en est donn&#233;e, il prend contact avec les autres libertaires, nombreux au bagne. Ensemble, ils organisent la propagande, et s'opposent &#8212; y compris par le meurtre &#8212; &#224; la loi du plus fort qui r&#232;gne entre for&#231;ats, prot&#233;geant les faibles, ch&#226;tiant les brutes et les indicateurs. &lt;q style=&#034;font-style: italic;&#034;&gt;Ce sont les anarchistes qui tiennent ici le haut du pav&#233;&lt;/q&gt; observe, amer, le commandant de la colonie.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Lire le recit des vingt-trois ann&#233;es de bagne de Marius Jacob, c'est mesurer l'incroyable capacit&#233; de r&#233;sistance, morale et physique, dont peut faire preuve un &#234;tre humain.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dix-huit fois, Jacob tentera de s'&#233;vader, en vain. Chaque evasion manqu&#233;e est suivie de ch&#226;timents : privations, bastonnade et &#171; encellulement &#187;. L'encellulement, c'est l'enfermement, les fers aux pieds, dans un puits de six m&#232;tres carr&#233;s, dont on ne sort qu'une heure par jour, pour la &#171; promenade &#187;. La nourriture est infecte, les journ&#233;es torrides, les nuits glaciales dans les trous puants, et les bagnards punis n'ont droit &#224; aucun soin. Quelques mois de ce r&#233;gime, et c'est la mort, ou la folie. Des sa premi&#232;re condamnation pour &#233;vasion, en 1907, Marius Jacob &#233;cope de trois ans d'encellulement, sur l'Ile Saint-Joseph. Il en sortira vivant.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En 1911, pour une autre tentative, il est condamn&#233; &#224; deux nouvelles ann&#233;es de cachot, dont il sort moribond. Sur 23 ann&#233;es de bagne, il en passera 12 en cellule, dont 9 les fers aux pieds.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Vingt-trois ans vont s'&#233;couler ainsi, d'&#233;vasions en repr&#233;sailles impitoyables, sans que jamais Marius ne renonce, ni &#224; sa dignite, ni &#224; la libert&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pendant que sa vieille m&#232;re &#233;pargne sou &#224; sou pour lui envoyer des livres et bombarde les minist&#232;res de demandes de grace, Jacob devient, petit &#224; petit, un personnage connu de toute la Guyane p&#233;nitentiaire. A force de tenacit&#233;, il est parvenu &#224; se constituer une v&#233;ritable biblioth&#232;que de droit, et il entreprend de combattre l'administration p&#233;nitentiaire, &#171; la Tentiaire &#187;, sur le terrain judiciaire : soutenu par ses compagnons anarchistes, il r&#233;dige r&#233;clamation sur r&#233;clamation (mais sans jamais user des formules de soumission et de flatterie en usage dans la prose judiciaire), pour les bagnards l&#233;preux, contre les brimades et les mauvais traitements, pour d&#233;noncer la corruption organis&#233;e par les surveillants, etc. En 1920, apr&#232;s une nouvelle &#171; belle &#187; manqu&#233;e et un eni&#232;me s&#233;jour au cachot, dont il a cru ne jamais sortir vivant, il c&#232;de enfin aux suppliques de sa m&#232;re et accepte d'envoyer pour lui-m&#234;me une demande de gr&#226;ce... qui est rejet&#233;e.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Entre 1921 et 1923, il tente encore six fois la belle.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En 1922, avec les autres anarchistes, il pr&#233;pare un soul&#232;vement g&#233;n&#233;ral des bagnards, qui doivent prendre d'assaut deux bateaux, et mettre ensuite le cap sur le Br&#233;sil. Le plan est &#233;vent&#233; et les libertaires dispers&#233;s aux quatre coins de la colonie.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Enfin, &#224; partir de 1923, l'opinion publique, alert&#233;e par les articles d'Albert Londres, commence &#224; r&#233;aliser la vraie nature du bagne. Les journalistes se succ&#232;dent en Guyane. On exhume les d&#233;nonciations de l'enfer p&#233;nitentiaire que quelques m&#233;decins et pr&#234;tres courageux avaient adress&#233;es aux autorit&#233;s de la m&#233;tropole, lors de leur passage dans la colonie.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On se souvient &#233;galement de Marius Jacob. Devenu une sorte de m&#233;diateur entre les for&#231;ats et la &#171; Tentiaire &#187;, l'intraitable prisonnier obtient, peu &#224; peu, la diminution des iniquit&#233;s les plus criantes : des surveillants sont bl&#226;m&#233;s, certains sanctionn&#233;s... Mais l'embellie n'a qu'un temps : l'administration exige qu'il renie ses camarades et son id&#233;al. Comme il refuse, on lui retire toutes ses pr&#233;rogatives et il retourne &#224; l'anonymat du bagne.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cependant, en m&#233;tropole, des voix de plus en plus nombreuses demandent son &#233;largissement. Sa peine est ramen&#233;e &#224; 5 ans, puis &#224; 2 ans, mais la libert&#233; conditionnelle lui est d&#233;ni&#233;e parce qu'il refuse d'&#234;tre un mouchard de l'administration p&#233;nitentiaire. Il purgera donc sa peine en prison jusqu'au dernier jour, le 30 d&#233;cembre 1928.&lt;/p&gt;
&lt;h3 class=&#034;spip&#034;&gt;Acte III : l'increvable anarchiste &lt;/h3&gt;
&lt;p&gt;Alors, Jacob : mat&#233; ? fini ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;D&#232;s les premiers jours de janvier 1929, un homme au visage burin&#233; se pr&#233;sente &#224; May Picqueray, dans les locaux du journal &lt;i&gt;Le Libertaire&lt;/i&gt; : Jacob retrouve sa famille, qui aussit&#244;t l'accueille et l'entoure. Louis Lecoin, directeur du &lt;i&gt;Libertaire&lt;/i&gt;, devient son mentor. Lecoin est un homme de la trempe de Jacob : condamn&#233; &#224; 5 ans en 1913 pour avoir appel&#233; &#224; tuer les officiers d&#232;s la d&#233;claration de guerre, il est &#224; nouveau incarc&#233;r&#233; &#224; chaque sortie de prison car, sit&#244;t dehors, son premier geste est de d&#233;chirer son ordre de mobilisation. Lorsque Jacob rejoint l'&#233;quipe du &lt;i&gt;Libertaire&lt;/i&gt;, deux combats mobilisent le journal : la d&#233;fense des objecteurs de conscience et la r&#233;habilitation de Sacco et Vanzetti. La cause des deux anarchistes ex&#233;cut&#233;s en 1927 aux &#201;tats-Unis est tr&#232;s populaire et rassemble bien au-del&#224; du mouvement libertaire : Jacob prend la parole dans les meetings devant des milliers de personnes qui se l&#232;vent &#224; son arriv&#233;e et entonnent &lt;i&gt;L'Internationale&lt;/i&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;div class='spip_document_4760 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_left spip_document_left spip_document_avec_legende' data-legende-len=&#034;26&#034; data-legende-lenx=&#034;&#034;
&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href='https://www.partage-noir.fr/IMG/jpg/durruti-ascaso-jover.jpg' class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/jpeg&#034;&gt; &lt;img src='https://www.partage-noir.fr/local/cache-vignettes/L150xH218/durruti-ascaso-jover-10295-6611b.jpg?1774716240' width='150' height='218' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;figcaption class='spip_doc_legende'&gt; &lt;div class='spip_doc_descriptif '&gt;&lt;small&gt;Durruti, Ascaso et Jover&lt;/small&gt;
&lt;/div&gt; &lt;/figcaption&gt;&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;
&lt;p&gt;Dans les ann&#233;es trente, &#224; plusieurs reprises, l'&#233;quipe du &lt;i&gt;Libertaire &lt;/i&gt; et Jacob mobilisent l'opinion pour emp&#234;cher l'extradition vers l'Espagne de Durruti et de ses compagnons anarchistes, promis au garrot.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Et Jacob retrouve bient&#244;t l'Espagne sur sa route : d&#232;s l'&#233;t&#233; 36, il est &#224; Barcelone, o&#249; flottent partout les drapeaux noir et rouge de la CNT, le grand syndicat domin&#233; par les anarchistes, qui compte un million et demi d'adh&#233;rents quand les communistes staliniens sont &#224; peine 60 000 : pour une fois, l'anarchie a une chance de vaincre. Conscient qu'il sera plus utile en France qu'en Espagne, Marius rentre tr&#232;s vite &#224; Paris et fonde avec Lecoin le SIA (Secours international anarchiste), qui est alors le rassemblement d'aide aux r&#233;publicains le plus actif. Revenu &#224; Madrid &#224; l'automne, il accompagne Durruti sur le front d'Aragon, o&#249; il peut constater le d&#233;nuement et le manque d'armes des colonnes libertaires. Jacob retourne donc &#224; nouveau en France et se d&#233;m&#232;ne pour trouver des armes &#224; envoyer aux combattants de la CNT. Lorsqu'il parvient &#224; ses fins, il est trop tard : en Espagne, le vent a tourn&#233;. Durruti est mort sur le front de Madrid, les &#171; conseillers &#187; sovi&#233;tiques contr&#244;lent tous les approvisionnements en armes &#8212; dont ils excluent les libertaires &#8212;, et les staliniens s'appr&#234;tent &#224; d&#233;manteler les collectivit&#233;s paysannes, &#224; reprendre en main les usines autog&#233;r&#233;es et &#224; dissoudre les milices populaires. Jacob retourne alors &#224; l'action humanitaire.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La d&#233;faite de l'Espagne r&#233;publicaine laisse Jacob d&#233;sempar&#233;, comme l'ensemble du mouvement libertaire.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il accomplit avec Lecoin son dernier acte militant en 1939, en diffusant et affichant sur les murs de Paris le tract &#171; Paix imm&#233;diate &#187;, au lendemain de la d&#233;claration de guerre. Puis il part avec sa vieille m&#232;re s'installer dans l'Indre, comme marchand ambulant en bonneterie.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En 1948, il rencontre Jean Maitron, l'auteur du fameux &lt;i&gt;Dictionnaire biographique du mouvement ouvrier fran&#231;ais&lt;/i&gt;, et tire pour lui les le&#231;ons de son exp&#233;rience : &lt;q style=&#034;font-style: italic;&#034;&gt;Je ne crois pas que l'ill&#233;galisme puisse affranchir l'individu dans la soci&#233;t&#233; pr&#233;sente [...] Au fond, l'ill&#233;galisme consid&#233;r&#233; comme un acte de r&#233;volte est plut&#244;t affaire de temp&#233;rament que de doctrine. C'est pourquoi il ne peut &#234;tre d'aucun effet &#233;ducatif sur l'ensemble des masses laborieuses. J'entends d'un bon effet &#233;ducatif...&lt;/q&gt;. La m&#234;me ann&#233;e, il &#233;crit ses &lt;i&gt;Souvenirs d'un demi-si&#232;cle&lt;/i&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;div class='spip_document_5285 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href='https://www.partage-noir.fr/IMG/png/sans_titre-5-5.png' class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/png&#034;&gt; &lt;img src='https://www.partage-noir.fr/local/cache-vignettes/L500xH281/sans_titre-5-5-96d82.png?1774879607' width='500' height='281' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;h3 class=&#034;spip&#034;&gt;&#201;pilogue &lt;/h3&gt;
&lt;p&gt;Le corps bris&#233; par les s&#233;quelles du bagne, Marius Jacob ne veut pas conna&#238;tre la d&#233;ch&#233;ance finale : il se suicide en 1954 apr&#232;s avoir euthanasi&#233; son chien aveugle, Negro, pour lui &#233;viter l'abandon. Quelques amis suivent le cercueil, couvert d'un drapeau noir et rouge, comme le souhaitait Jacob. Dans la presse, seul un entrefilet du &lt;i&gt;Canard Encha&#238;n&#233;&lt;/i&gt; t&#233;moigne que l'homme qui vient de mourir fut une figure singuli&#232;re du mouvement social.&lt;/p&gt;
&lt;h3 class=&#034;spip&#034;&gt;Morale &lt;/h3&gt;
&lt;p&gt;L'histoire officielle a fait de Ravachol et de Bonnot les symboles-repoussoirs de l'anarchie. Elle s'est bien gard&#233;e de laisser une place &#224; Marius Jacob, absent des livres scolaires, bien s&#251;r, mais &#233;galement de la plupart des dictionnaires, tandis que sa contre-fa&#231;on litt&#233;raire, Ars&#232;ne Lupin, b&#233;n&#233;ficie d'une renomm&#233;e internationale.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Bandit anti-social pour les uns, h&#233;ros de la classe ouvri&#232;re pour les autres, cet homme est d&#233;cid&#233;ment irr&#233;cup&#233;rable, aussi bien mort que vif.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class="hyperlien"&gt;Voir en ligne : &lt;a href="http://www.atelierdecreationlibertaire.com/alexandre-jacob/" class="spip_out"&gt;Alexandre Jacob, l'honn&#234;te cambrioleur - Un blog de l'Atelier de cr&#233;ation libertaire&lt;/a&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_ps'&gt;&lt;p&gt;Cet article emprunte largement &#224; l'excellent livre de William Caruchet, &lt;i&gt;Marius-Jacob l'anarchiste cambrioleur&lt;/i&gt;, Editions S&#233;guier, Paris 1993, ainsi qu'aux ouvrages d'Alain Sergent, &lt;i&gt;Un anarchiste de la Belle Epoque, Alexandre Jacob&lt;/i&gt;, Seuil, 1950, et de Bernard Thomas, &lt;i&gt;Les vies d'Alexandre Jacob 1879-1954&lt;/i&gt;, Fayard, 1998. Lire aussi : &lt;i&gt;Alexandre Marius Jacob&lt;/i&gt;, Ecrits vol. I &amp; II, L'Insomniaque. 1995 (r&#233;&#233;dition augment&#233;e &#224; para&#238;tre en 2004).&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
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<item xml:lang="fr">
		<title>Georg Elser (1903-1945) - Un homme seul contre le nazisme </title>
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		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Fran&#231;ois Roux</dc:creator>


		<dc:subject>Archives Autonomies</dc:subject>
		<dc:subject>&lt;i&gt;Gavroche - Revue d'histoire populaire&lt;/i&gt;</dc:subject>
		<dc:subject>Allemagne</dc:subject>

		<description>&lt;p&gt;Le 8 novembre 1939, une bombe explose au B&#252;rgerbra&#252;keller, une brasserie de Munich, une dizaine de minutes apr&#232;s le d&#233;part d'Hitler. On retrouve vite Georg Elser, l'auteur de cet attentat manqu&#233;, on l'oublie vite aussi. Le parcours de cet ouvrier anonyme qui a agi seul est pourtant singulier.&lt;/p&gt;

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&lt;a href="https://www.partage-noir.fr/-gavroche-no146-avril-mai-juin-2006-" rel="directory"&gt;Gavroche n&#176;146 - Avril-mai-juin 2006&lt;/a&gt;

/ 
&lt;a href="https://www.partage-noir.fr/+-source-fragments-d-histoire-de-la-gauche-radicale-+" rel="tag"&gt;Archives Autonomies&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.partage-noir.fr/+-gavroche-revue-d-histoire-populaire-+" rel="tag"&gt;&lt;i&gt;Gavroche - Revue d'histoire populaire&lt;/i&gt;&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.partage-noir.fr/+-allemagne-79-+" rel="tag"&gt;Allemagne&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;img src='https://www.partage-noir.fr/local/cache-vignettes/L150xH84/arton1352-f1055.jpg?1774704105' class='spip_logo spip_logo_right' width='150' height='84' alt=&#034;&#034; /&gt;
		&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;Le 8 novembre 1939, une bombe explose au B&#252;rgerbra&#252;keller, une brasserie de Munich, une dizaine de minutes apr&#232;s le d&#233;part d'Hitler. On retrouve vite Georg Elser, l'auteur de cet attentat manqu&#233;, on l'oublie vite aussi. Le parcours de cet ouvrier anonyme qui a agi seul est pourtant singulier.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;Il y eut, entre 1933 et 1945, une douzaine de tentatives d'attentats contre Hitler. Deux bombes seulement explos&#232;rent, ratant de peu leur cible, la premi&#232;re le 8 novembre 1939 &#224; Munich, la seconde au quartier g&#233;n&#233;ral du F&#252;hrer, la &lt;i&gt;Wolfsschanze&lt;/i&gt;, le 20 juillet 1944. Tous les Allemands ont appris &#224; l'&#233;cole que l'auteur de l'attentat du 20 juillet &#233;tait le comte Claus von Stauffenberg, devenu apr&#232;s la guerre un h&#233;ros national en RFA, mais combien savent que la bombe qui manqua tuer le dictateur nazi en 1939 &#233;tait l'&#339;uvre de Johann Georg Elser, un simple ouvrier ayant agi seul et dont le nom aurait totalement disparu de la m&#233;moire collective si un lot d'archives de la Gestapo, retrouv&#233; par hasard dans les ann&#233;es 70, ne l'avait sauv&#233; de l'oubli ?&lt;/p&gt;
&lt;h3 class=&#034;spip&#034;&gt;LA VIE BANALE DE GEORG ELSER &lt;/h3&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;div class='spip_document_2054 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_left spip_document_left spip_document_avec_legende' data-legende-len=&#034;13&#034; data-legende-lenx=&#034;&#034;
&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='https://www.partage-noir.fr/local/cache-vignettes/L150xH209/2021_09_17_fuhrung_georg_elser-12d2f-b2ca4.jpg?1774714822' width='150' height='209' alt='' /&gt;
&lt;figcaption class='spip_doc_legende'&gt; &lt;div class='spip_doc_descriptif '&gt;&lt;small&gt;Georg Elser&lt;/small&gt;
&lt;/div&gt; &lt;/figcaption&gt;&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;
&lt;p&gt;N&#233; &#224; Hermaringen dans le Wurtemberg le 4 janvier 1903, fils d'un marchand de bois propri&#233;taire de quelques hectares de for&#234;t et demeurant &#224; K&#246;nigsbr&#246;nn, Georg quitte l'&#233;cole en 1917 et trouve une place d'apprenti tourneur dans une fonderie locale. Apr&#232;s la guerre, son p&#232;re, devenu alcoolique, doit vendre son affaire et ses parcelles pour &#233;ponger ses dettes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le jeune homme quitte la fonderie au bout de deux ans pour des raisons de sant&#233; et entre en apprentissage chez un menuisier. Il passe son certificat de ma&#238;trise en tant qu'&#233;b&#233;niste en 1922 et obtient les meilleures notes de sa classe.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;D&#233;crit comme sociable mais peu expansif, Georg se passionne pour le travail des m&#233;taux et du bois. Il &#233;quipe un atelier, dans la cave de la maison familiale, o&#249; il r&#233;pare des serrures, des meubles et des m&#233;canismes d'horlogerie.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En 1925 il quitte K&#246;nigsbr&#246;nn et va se faire embaucher dans les usines d'aviation Dornier, puis &#224; Constance, dans une fabrique d'horlogerie. Il y travaille par intermittence durant sept ans jusqu'&#224; ce que, l'entreprise ayant fait faillite, il connaisse le ch&#244;mage durant quelques mois avant de retrouver du travail aupr&#232;s des nouveaux propri&#233;taires. Comme de nombreux jeunes hommes de sa g&#233;n&#233;ration, il est touch&#233; par la grande crise &#233;conomique qui rend son existence pr&#233;caire. Nous sommes en 1932, &#224; la veille de l'arriv&#233;e au pouvoir du Parti national-socialiste.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans ses moments de loisirs, Georg joue de la cithare dans une association de danse folklorique. On ne lui conna&#238;t pas d'ami intime, mais de nombreuses conqu&#234;tes f&#233;minines. &#192; l'une d'elles il fait un enfant, qu'il reconna&#238;t.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le jeune ouvrier horloger aura travers&#233; la grande d&#233;pression sans trop de difficult&#233;s, travaillant tant&#244;t autour du lac de Constance, tant&#244;t &#224; K&#246;nigsbr&#246;nn. En p&#233;riode de ch&#244;mage, il trouve &#224; &#233;changer le vivre et le couvert (agr&#233;ment&#233;s parfois des faveurs de la logeuse) chez des particuliers.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il manifeste apparemment peu d'int&#233;r&#234;t pour la politique. En 1920, adolescent, il avait adh&#233;r&#233; au Syndicat des travailleurs du bois. Comme une bonne partie des ouvriers allemands, il vote communiste jusqu'en 1933. De 1928 &#224; 1930 il prend sa carte au R&#246;ter Frontk&#228;mpferbund, un groupe satellite du Parti communiste (KPD), mais sa participation se borne &#224; payer sa cotisation, acheter son insigne (mais pas l'uniforme) et assister &#224; trois ou quatre r&#233;unions en deux ans. Il ne remplit aucune fonction particuli&#232;re dans le groupe. De son engagement, il dira plus tard aux policiers : &lt;q style=&#034;font-style: italic;&#034;&gt;Je ne me suis jamais int&#233;ress&#233; au programme du KPD. Dans les r&#233;unions il n'&#233;tait question que d'augmentation de salaires, de l'am&#233;lioration des logements sociaux par le gouvernement et de choses de ce genre. Que ce f&#251;t eux qui formulassent ces demandes suffisait &#224; m'orienter du c&#244;t&#233; communiste.&lt;/q&gt; Doit-on le croire ou cherche-t-il surtout &#224; n'impliquer personne ? Toujours est-il que Georg ne s'investit gu&#232;re dans l'action militante.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il est beaucoup plus assidu au groupe de danse folklorique. &#192; partir de 1933, il cesse tout contact avec la politique mais devient membre d'un club de cithare et prend des le&#231;ons de contrebasse. Fin 1936, Georg Elser est embauch&#233; comme ouvrier non qualifi&#233; dans une usine d'armement &#224; Heidenheim. Il monte rapidement en grade pour parvenir &#224; un poste de responsable des exp&#233;ditions au cours de l'ann&#233;e 1938. C'est &#224; cette &#233;poque, alors que jamais sa vie n'a paru aussi stable, tranquille, anonyme, que Georg Elser d&#233;cide de tuer Adolf Hitler.&lt;/p&gt;
&lt;h3 class=&#034;spip&#034;&gt;L'ATTENTAT DU B&#220;RGERBRA&#220;KELLER &lt;/h3&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;div class='spip_document_2055 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href='https://www.partage-noir.fr/IMG/jpg/elser4-edit-xlarge.jpg' class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/jpeg&#034;&gt; &lt;img src='https://www.partage-noir.fr/local/cache-vignettes/L500xH282/elser4-edit-xlarge-2dcbc.jpg?1774731505' width='500' height='282' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;
&lt;p&gt;Le r&#233;cit que nous avons du cheminement qui mena Georg Elser du non-engagement &#224; la tentative d'assassinat du dictateur nazi nous vient des archives de la Gestapo. Rien, m&#234;me la torture, ne put amener l'ouvrier devenu contrema&#238;tre &#224; reconna&#238;tre d'autres mobiles que des consid&#233;rations fort simples et fort ordinaires, certainement partag&#233;es par des millions d'Allemands &#224; la m&#234;me &#233;poque.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La premi&#232;re et principale raison invoqu&#233;e par Elser pour expliquer son geste est la certitude qu'Hitler conduit le pays &#224; la guerre. Apr&#232;s les accords de Munich, il lui semble in&#233;vitable que les succ&#232;s de la politique agressive de l'Allemagne la conduiront &#224; formuler d'autres exigences et que l'aboutissement de cette surench&#232;re ne peut &#234;tre qu'un nouveau conflit arm&#233;. Ce point de vue, largement partag&#233; par l'opinion europ&#233;enne de l'&#233;poque, l'est aussi par bon nombre d'Allemands, qu'ils s'en r&#233;jouissent ou s'en d&#233;sesp&#232;rent. Les autres griefs d'Elser contre le r&#233;gime nazi et son chef ne sont pas plus originaux : les salaires trop bas (car contrairement &#224; une l&#233;gende tenace le niveau de vie des ouvriers de l'industrie en 1938 est toujours inf&#233;rieur &#224; ce qu'il &#233;tait en 1929), et l'emprise de l'&#201;tat nazi sur la vie priv&#233;e des citoyens. Dans les proc&#232;s-verbaux de ses interrogatoires, Georg Elser affirme avoir &#233;t&#233; persuad&#233; que &lt;q style=&#034;font-style: italic;&#034;&gt;les ouvriers &#233;taient exasp&#233;r&#233;s contre le gouvernement&lt;/q&gt; et qu'il fallait &lt;q style=&#034;font-style: italic;&#034;&gt;faire quelque chose&lt;/q&gt;. Il dit en avoir souvent discut&#233; avec d'autres, des coll&#232;gues, des inconnus rencontr&#233;s dans les trains ou les restaurants, qui partageaient ses id&#233;es. Par contre il ne peut donner aucun nom et soutient n'avoir jamais parl&#233; &#224; personne de ses projets.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Georg Elser n'est pas un fou, ni un exalt&#233; ; il n'est m&#234;me pas d'un caract&#232;re enthousiaste. Une fois sa d&#233;cision prise il va proc&#233;der comme l'ouvrier horloger qu'il est, avec m&#233;thode et pr&#233;cision. Il con&#231;oit un plan, puis l'ex&#233;cute m&#233;ticuleusement jusqu'au bout.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#192; l'automne 1938, sa d&#233;cision prise, Elser commence &#224; d&#233;rober des explosifs par petites quantit&#233;s &#224; l'usine d'armement (il en d&#233;tournera 250 paquets en un an). Il choisit le lieu de l'attentat : ce sera le B&#252;rgerbra&#252;keller, la brasserie munichoise o&#249; Hitler vient chaque ann&#233;e, les 8 et 9 novembre, pour c&#233;l&#233;brer l'anniversaire de la tentative de putsch du NSDAP en 1923. Georg se rend &#224; Munich le 8 novembre, inspecte la salle, observe les mesures de s&#233;curit&#233;, assiste &#224; l'arriv&#233;e d'Hitler devant le restaurant puis reprend le train pour K&#246;nigsbr&#246;nn.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#192; partir de mars 1939, peu apr&#232;s l'entr&#233;e des troupes allemandes en Boh&#232;me et en Moravie, Georg Elser d&#233;missionne de son emploi pour se consacrer exclusivement &#224; son projet. Il se rend &#224; nouveau &#224; Munich, prend des mesures et des photographies du pilier de la brasserie dans lequel il a r&#233;solu de placer une bombe &#224; retardement, tente sans succ&#232;s de se faire embaucher au B&#252;rgerbra&#252;. Retourn&#233; chez ses parents, il travaille encore quelque temps comme carrier, ce qui lui permet d'augmenter son stock d'explosifs, puis cesse d&#233;finitivement toute activit&#233; autre que la pr&#233;paration de l'attentat.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;D&#232;s ao&#251;t, il s'&#233;tablit &#224; Munich. Pour expliquer l'atelier qu'il a install&#233; dans sa chambre, il raconte &#224; son logeur qu'il travaille &#224; une invention dont il s'appr&#234;te &#224; d&#233;poser le brevet.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Georg Elser se fond ais&#233;ment dans la foule. Son apparence, ses mani&#232;res, son comportement parfaitement ordinaire n'attirent pas l'attention. Son pass&#233; sans relief le met &#224; l'abri des soup&#231;ons. Discret mais de temp&#233;rament sociable, serviable m&#234;me, il sait qu'il doit accomplir seul son dessein et ne se confier &#224; personne. Rien ne pourrait le trahir, sauf sa volont&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Du 5 ao&#251;t au 6 novembre 1939, Georg Elser d&#238;ne tous les soirs au B&#252;rgerbra&#252;. &#192; l'heure de la cl&#244;ture il se cache dans un r&#233;duit, attendant que tous les employ&#233;s soient partis et aient boucl&#233; les portes. Il se met ensuite au travail pendant quatre heures, puis retourne dans sa cachette avant l'arriv&#233;e de l'&#233;quipe du matin et s'&#233;clipse &#224; l'arriv&#233;e des premiers clients. En trois mois il creuse dans le pilier de ciment un trou assez grand pour loger sa machine infernale, &#233;vacuant chaque matin les d&#233;bris dans un sac et nettoyant les abords du pilier afin de ne laisser aucune trace. &#192; force de travailler &#224; genoux, il d&#233;veloppe des plaies ouvertes qui l'obligent &#224; consulter un m&#233;decin, mais finalement, le 6 novembre aux premi&#232;res heures du jour, Georg Elser referme une derni&#232;re fois sur la bombe le panneau de bois enrobant le pilier qu'il d&#233;montait chaque soir et remettait en place chaque matin. Le panneau est doubl&#233; d'aluminium, pour qu'un clou plant&#233; l&#224; ne risque pas d'endommager le m&#233;canisme d'horlogerie, et aussi de li&#232;ge, pour &#233;touffer le tic-tac de l'horlogerie. Les conteneurs d'explosifs sont reli&#233;s &#224; deux pendules dont les aiguilles enroulent le fil d'acier qui d&#233;clenchera le triple d&#233;tonateur. L'explosion doit se produire le 8 novembre &#224; 21 h 20.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Georg Elser &#233;tait un tr&#232;s bon ouvrier, mais pas un terroriste professionnel. S'il l'avait &#233;t&#233;, il aurait lu chaque jour les journaux, et aurait appris qu'Hitler avait annul&#233; sa participation &#224; la comm&#233;moration du putsch manqu&#233;. Elser aurait alors stopp&#233; son travail et serait rentr&#233; &#224; K&#246;nigsbr&#246;nn. Mais il n'en sut rien, et ne sut pas non plus qu'Hitler s'&#233;tait ravis&#233; quelque temps plus tard.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le 6 novembre, Georg quitte Munich pour se rendre chez sa s&#339;ur &#224; Stuttgart. Il lui emprunte un peu d'argent pour prendre le train jusqu'en Suisse. Le lendemain, au lieu de filer tout droit vers la fronti&#232;re, il ne peut s'emp&#234;cher de revenir se faire enfermer au B&#252;rgerbra&#252; pour v&#233;rifier une derni&#232;re fois le fonctionnement de son dispositif. Tout &#233;tant en ordre, il part pour Constance le 8.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le train qui emportait le poseur de bombe vers la Suisse arriva en gare de Constance &#224; 20 h 45. Georg se dirigea &#224; pied vers la fronti&#232;re en passant par les petites rues. Deux douaniers qui surveillaient leur portion de territoire depuis la fen&#234;tre d'une &#233;cole tout en &#233;coutant la retransmission du discours d'Hitler l'intercept&#232;rent. Comme son passeport &#233;tait p&#233;rim&#233;, les fonctionnaires d&#233;cid&#232;rent de le fouiller. Dans ses bagages ils trouv&#232;rent des vis et des boulons, une carte postale du B&#252;rgerbra&#252;keller, les adresses des usines d'armement dans lesquelles il avait travaill&#233;, et aussi l'insigne du &lt;i&gt;R&#246;ter Frontk&#228;mpferbund&lt;/i&gt;, frapp&#233; de la faucille et du marteau. Soup&#231;onnant un d&#233;serteur ou un espion, les douaniers l'emmen&#232;rent au poste de police. &lt;q style=&#034;font-style: italic;&#034;&gt;Je m'en suis voulu d'avoir manqu&#233; de prudence&lt;/q&gt;, regrettera Georg apr&#232;s son arrestation.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#192; Munich, Hitler qui avait d&#233;cid&#233; d'&#233;courter sa visite et termin&#233; son discours &#224; 21 h 07 se rendait &#224; la gare lorsque la bombe explosa, &#224; 21 h 20 comme pr&#233;vu, tuant une serveuse, six membres de la &#171; vieille garde &#187; nazie, et blessant une soixantaine de personnes dont l'une devait mourir peu apr&#232;s.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Lorsque, vers minuit, la radio annon&#231;a l'attentat du B&#252;rgerbra&#252;keller et le bouclage des fronti&#232;res, les policiers se souvinrent de la carte postale.&lt;/p&gt;
&lt;h3 class=&#034;spip&#034;&gt;DE MUNICH &#192; DACHAU &lt;/h3&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;div class='spip_document_2056 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href='https://www.partage-noir.fr/IMG/jpg/elser.jpg' class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/jpeg&#034;&gt; &lt;img src='https://www.partage-noir.fr/local/cache-vignettes/L500xH289/elser-bdf1b.jpg?1774847341' width='500' height='289' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;
&lt;p&gt;Transf&#233;r&#233; &#224; Munich, Georg Elser niait farouchement toute participation &#224; l'attentat. Le 13 novembre, le chef de la Gestapo pr&#233;sidant la commission d'enqu&#234;te prit les choses en main. Il &#233;couta les experts, apprit que la bombe avait &#233;t&#233; mont&#233;e au ras du plancher, retourna &#224; la prison, fit amener Elser et regarda les plaies de ses genoux. Au bout de quatorze heures d'interrogatoire muscl&#233;, le suspect, apr&#232;s avoir demand&#233; quel ch&#226;timent encourait le responsable de l'attentat, avoua.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les nazis refusaient d'imaginer qu'un simple ouvrier allemand ait pu, seul, mener &#224; bien un attentat contre le F&#252;hrer du Reich. Tortur&#233;, confront&#233; aux membres de sa famille eux-m&#234;mes pers&#233;cut&#233;s (la Gestapo avait retir&#233; &#224; sa s&#339;ur Maria son fils Franz pour le confier &#224; un &#233;tablissement de r&#233;&#233;ducation), Georg Elser tint bon, refusant d'associer &#224; son acte quelque groupe ou personne que ce f&#251;t. Il avait agi par conviction personnelle et sans aucune aide. Lui qui se souvenait avec une pr&#233;cision infaillible des noms et des adresses de tous les ateliers qui l'avaient employ&#233; se trouvait incapable de se rappeler des membres du &lt;i&gt;R&#246;ter Frontk&#228;mpferbund&lt;/i&gt;. Un seul patronyme lui revint : c'&#233;tait celui d'un camarade mort en 1930.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Quelles &#233;taient ses motivations ? Depuis l'arriv&#233;e au pouvoir des nationaux-socialistes, d&#233;clara-t-il, les salaires des ouvriers avaient baiss&#233; ; de plus les travailleurs ne pouvaient plus changer d'emploi librement et leurs enfants &#233;taient enr&#244;l&#233;s de force dans les Hitler Jugend&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb3-1&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;&#192; partir de 1936, l'inscription dans les Jeunesses hitl&#233;riennes est (&#8230;)&#034; id=&#034;nh3-1&#034;&gt;1&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;. &#192; partir de 1938, tout le monde dans les milieux ouvriers avait la conviction que les chefs nazis menaient le pays &#224; la guerre par leur politique d'annexions. Aussi, apr&#232;s avoir bien r&#233;fl&#233;chi, Georg Elser &#233;tait parvenu &#224; la conclusion que pour changer la situation, le seul moyen &#233;tait d'&#233;liminer le r&#233;gime au pouvoir, c'est-&#224;-dire Hitler, Goering et Goebbels. [...] Ces gens-l&#224; mis hors d'&#233;tat de nuire, ils seraient remplac&#233;s par des hommes plus mod&#233;r&#233;s, qui ne formuleraient pas d'exigences territoriales et auraient &#224; c&#339;ur d'am&#233;liorer le sort de l'ouvrier.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Avait-il pens&#233; &#224; ce qu'il risquait ? &lt;q style=&#034;font-style: italic;&#034;&gt;S'ils me prennent, il me faudra subir moi-m&#234;me le ch&#226;timent&lt;/q&gt; s'&#233;tait-il dit.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;dame&gt;Si l'attentat a &#233;chou&#233;, c'est en raison de circonstances qu'Elser ne pouvait ni pr&#233;voir ni emp&#234;cher. A treize minutes pr&#232;s, son acte individuel aurait chang&#233; le cours de l'Histoire. &lt;/dame&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Regrettait-il son acte, demand&#232;rent les gestapistes, tout en projetant &#224; l'horloger du Wurtemberg le film des fun&#233;railles des victimes de l'attentat ? &lt;q style=&#034;font-style: italic;&#034;&gt;J'ai chang&#233; d'avis&lt;/q&gt; r&#233;pondit Elser (ici il faut se souvenir que les coups pleuvent sur le prisonnier, qui se cramponne &#224; l'essentiel : n'impliquer personne). &lt;q style=&#034;font-style: italic;&#034;&gt;Je suis convaincu que mon plan aurait abouti si j'avais con&#231;u les choses correctement. Comme il n'a pas abouti, je crois qu'il ne pouvait pas aboutir et que mon point de vue &#233;tait erron&#233;.&lt;/q&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'Allemagne venait d'entrer en guerre contre la France et l'Angleterre : les journaux allemands firent donc de l'ouvrier r&#233;sistant un agent anglais. Hitler, qui pensait clore la guerre &#224; l'Ouest par un proc&#232;s des dirigeants britanniques &#224; Londres, garda Elser pour y servir de t&#233;moin, et le fit enfermer dans le camp de concentration pour &#171; prisonniers de marque &#187; de Sachsenhausen.&lt;/p&gt;
&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;div class='spip_document_2053 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center spip_document_avec_legende' data-legende-len=&#034;110&#034; data-legende-lenx=&#034;xx&#034;
&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href='https://www.partage-noir.fr/IMG/jpg/pli03799.jpg' class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/jpeg&#034;&gt; &lt;img src='https://www.partage-noir.fr/local/cache-vignettes/L500xH358/pli03799-27c62.jpg?1774847341' width='500' height='358' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;figcaption class='spip_doc_legende'&gt; &lt;div class='spip_doc_descriptif '&gt;&lt;small&gt;Affiche de propagande nazie &#224; propos la tentative d'assassinat sur Hitler dans le B&#252;rgerbr&#228;ukeller de Munich&lt;/small&gt;
&lt;/div&gt; &lt;/figcaption&gt;&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;
&lt;p&gt;Lorsqu'il devint &#233;vident que le proc&#232;s de Londres n'aurait jamais lieu, Georg Elser perdit tout int&#233;r&#234;t pour les dirigeants du Reich. Transf&#233;r&#233; &#224; Dachau en 1944, il y fut assassin&#233; sur ordre de Himmler le 9 avril 1945, en m&#234;me temps que d'autres r&#233;sistants, &#224; quelques jours de la lib&#233;ration du camp et de la fin de la guerre. &#192; la veille de succomber, les chefs nazis avaient fait de l'&#233;limination des r&#233;sistants d&#233;port&#233;s une priorit&#233; absolue.&lt;/p&gt;
&lt;h3 class=&#034;spip&#034;&gt;LA DESTIN&#201;E POSTHUME D'UN R&#201;SISTANT &lt;/h3&gt;
&lt;p&gt;Georg Elser ne militait dans aucun parti politique. Il n'&#233;tait pas membre d'une &#201;glise ou d'un groupe quelconque. Il n'&#233;tait pas juif. Rien dans son existence ant&#233;rieure &#224; 1938 ne permet de le qualifier d'asocial ou de marginal. Il ne s'agit &#233;videmment pas d'un d&#233;s&#233;quilibr&#233;, d'un inconscient, d'un suicidaire. Aucun mobile d'ordre priv&#233; ou personnel ne permet non plus d'expliquer son acte.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Elser agit seul, mais il n'est pas un solitaire. Il n'adh&#232;re &#224; aucun parti, mais son comportement n'est pas neutre pour autant : les interrogatoires de ses proches montrent qu'&#224; partir de 1933 et de la prise de pouvoir par les nazis, il refuse de saluer la Swastika et quitte la salle sur le champ s'il se trouve dans un lieu o&#249; l'on diffuse un discours d'Hitler (ce comportement, s'il t&#233;moigne d'un courage peu commun, car il pouvait le conduire tout droit en camp de concentration et &#224; la mort, prouve &#233;galement que Georg Elser ne pouvait en aucune mani&#232;re &#234;tre un conspirateur membre d'un r&#233;seau ou d'une organisation structur&#233;e). Une fois sa d&#233;cision prise, il d&#233;ploie dans la pr&#233;paration de l'attentat les comp&#233;tences professionnelles d'un ouvrier qualifi&#233; habitu&#233; au travail de pr&#233;cision : organisation, m&#233;thode, sens pratique, minutie... Il se sert instinctivement de ses moyens naturels, la sociabilit&#233; et l'apparence ordinaires, pour se fondre dans la foule et passer inaper&#231;u.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le plus &#233;tonnant, qui a contribu&#233; largement &#224; ce que la qualit&#233; de r&#233;sistant ne lui ait &#233;t&#233; reconnue que tr&#232;s tardivement, c'est la volont&#233; quasiment surhumaine dont fit preuve ce combattant atypique. Seul, entour&#233; d'ennemis, sans le soutien moral que l'on puise dans l'appartenance &#224; un groupe, sans espoir de reconnaissance, sans aucun confident pour le soutenir dans les p&#233;riodes de doute, il a men&#233; son projet pendant une ann&#233;e enti&#232;re sans jamais d&#233;vier de son objectif, surmontant tous les obstacles pour terminer ses pr&#233;paratifs exactement au jour J. L'explosion s'est produite comme pr&#233;vu et si l'attentat a &#233;chou&#233;, c'est en raison de circonstances qu'Elser ne pouvait ni pr&#233;voir ni emp&#234;cher. &#192; treize minutes pr&#232;s, son acte individuel aurait chang&#233; le cours de l'Histoire.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Apr&#232;s son arrestation, sans illusion sur le sort qui l'attendait, sans rien &#224; d&#233;fendre que son propre honneur, o&#249; trouva-t-il les ressources morales pour refuser de prononcer les phrases qui, &#224; d&#233;faut de le sauver, auraient abr&#233;g&#233; ses souffrances ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Apr&#232;s la guerre, la RDA stalinienne c&#233;l&#233;bra la r&#233;sistance communiste &#224; l'exclusion de toutes les autres. Dans la RFA, d&#233;nazifi&#233;e seulement en apparence, l'opinion publique continuait &#224; consid&#233;rer les r&#233;sistants comme des tra&#238;tres, mais la r&#233;int&#233;gration de l'Allemagne dans le concert des nations et la r&#233;habilitation du peuple allemand passaient par une reconnaissance et une valorisation historique des mouvements d'opposition. Les discours officiels et les livres d'histoire firent une large place &#224; la soi-disant r&#233;sistance des &#201;glises, aux figures embl&#233;matiques de Sophie et Hans Sch&#246;ll&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb3-2&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Jeunes &#233;tudiants chr&#233;tiens membres du groupe &#171; La Rose Blanche &#187;, d&#233;capit&#233;s (&#8230;)&#034; id=&#034;nh3-2&#034;&gt;2&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;, et surtout aux militaires. L'attentat du comte von Stauffenberg fut longtemps pr&#233;sent&#233; comme le seul fait notoire de r&#233;sistance au nazisme. L'action des partis de gauche &#233;tait purement et simplement occult&#233;e. Il fallut attendre la r&#233;unification de l'Allemagne pour que se dessine un panorama plus &#233;quitable des mouvements d'opposition et de r&#233;sistance.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Comme il n'&#233;tait d'aucune ob&#233;dience, Georg Elser ne fut r&#233;clam&#233; par personne. Bien plus, les survivants et les analystes de la r&#233;sistance, &#224; l'instar des chefs de la Gestapo, ne voulurent pas croire qu'un simple ouvrier ait pu seul imaginer et commettre un attentat contre le F&#252;hrer tout puissant. La seule explication qui parut plausible aux historiens fut que Georg Elser avait &#233;t&#233; manipul&#233; par les nazis, et certains opposants, tel le pasteur Niem&#246;ller, lui-m&#234;me survivant du camp de Sachsenhausen, donn&#232;rent cr&#233;dit &#224; cette calomnie. Toutes les demandes d'indemnisation d&#233;pos&#233;es par la famille d'Elser pour les pers&#233;cutions subies pendant la guerre furent rejet&#233;es jusqu'en 1958, date &#224; laquelle le beau-fr&#232;re de Georg obtint 113 marks pour les trois mois qu'il avait pass&#233;s en prison &#224; la suite de l'attentat. En 1970, l'association des Victimes du r&#233;gime nazi (VVN) reconnut enfin Georg Elser pour un des siens, apr&#232;s qu'un chercheur e&#251;t retrouv&#233; dans les archives de la Gestapo le proc&#232;s verbal des interrogatoires du &#171; poseur de bombe &#187;, et vingt-sept ans pass&#232;rent encore avant qu'en 1997 le M&#233;morial de la r&#233;sistance allemande rende justice &#224; l'horloger de K&#246;nigsbr&#246;nn en organisant une exposition rappelant sa vie et sa r&#233;sistance h&#233;ro&#239;que.&lt;/p&gt;
&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;div class='spip_document_2057 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_right spip_document_right'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='https://www.partage-noir.fr/local/cache-vignettes/L150xH147/georg_elser-briefmarke-d8fbe-7a7a9.jpg?1774816193' width='150' height='147' alt='' /&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;
&lt;p&gt;Pourquoi Georg Elser ? Pourquoi cet homme r&#233;sista-t-il alors que des millions d'autres se soumettaient ? Georg ne correspondait &#224; aucun des st&#233;r&#233;otypes du sympathisant nazi : trop jeune pour avoir fait la guerre, trop vieux pour les feux de camp des jeunesses national-socialistes ; ni ch&#244;meur, ni bourgeois &#233;pargnant, il &#233;tait un ouvrier qualifi&#233;, la cat&#233;gorie sociale la moins pollu&#233;e par le national-socialisme. C&#233;libataire, sans attaches, sans patrimoine, il avait moins &#224; perdre que d'autres... hors la vie. &#201;videmment, aucune de ces qualit&#233;s ni toutes celles-ci r&#233;unies ne peuvent expliquer en quoi que ce soit pourquoi et comment Georg Elser fut capable de ne rien c&#233;der quand tous entraient dans la compromission et que la majorit&#233; glissait vers la collaboration active.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est peut-&#234;tre ici que se trouve une partie de la r&#233;ponse. Georg n'a jamais mis le doigt dans l'engrenage. Son opposition n'est pas intellectuelle, elle est morale. Il ne transige pas ; ouvrier, syndiqu&#233;, pacifiste, le nazisme est pour lui un ennemi, instinctivement. Adolescent, il a grandi dans une soci&#233;t&#233; ravag&#233;e par la guerre et elle est rest&#233;e pour lui la catastrophe par excellence. L'arriv&#233;e au pouvoir d'Hitler ne modifie pas son comportement d'homme libre. Quel que soit le risque, il ne peut pas saluer le drapeau &#224; la croix gamm&#233;e ni &#233;couter les discours haineux du F&#252;hrer. Georg Elser aurait pu se faire arr&#234;ter pour cette conduite insolente. Il ne l'a pas &#233;t&#233;, et cela montre au moins que certains espaces d'expression publique pouvaient encore exister apr&#232;s l'arriv&#233;e au pouvoir des nazis. Lorsque la menace de guerre se pr&#233;cise, Georg analyse que le seul moyen de s'en sortir est de tuer Hitler. Ce raisonnement, beaucoup le font sans doute parmi les Allemands de 1938, mais aucun ne passera &#224; l'acte, car tous sont d&#233;j&#224; entr&#233;s dans une spirale de soumission d'o&#249; l'on ne revient pas.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Celui qui, plus que tout autre Allemand, m&#233;ritait le qualificatif de r&#233;sistant, subit un demi-si&#232;cle d'ostracisme avant de se voir lav&#233; de la calomnie. Aujourd'hui encore son nom est &#224; peine cit&#233; dans des ouvrages qui pr&#233;tendent faire l'inventaire des &lt;q style=&#034;font-style: italic;&#034;&gt;oppositions et des r&#233;sistances&lt;/q&gt; au nazisme&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb3-3&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Dans l'ouvrage collectif d'historiens allemands et fran&#231;ais intitul&#233; Des (&#8230;)&#034; id=&#034;nh3-3&#034;&gt;3&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;. Ceci montre &#224; quel point la destin&#233;e de cet homme ordinaire a &#233;t&#233; et reste difficile &#224; comprendre pour les autres hommes ordinaires. Des personnages hors du commun tels que Louise Michel ou Marius Jacob ont fait de leur vie un monument de r&#233;volte et de courage. L'ouvrier du Wurtemberg n'est pas ni r&#233;volt&#233;, ni h&#233;ro&#239;que. En cela, chacun de nous peut s'identifier &#224; lui. Mais ce simple citoyen, &#224; sa fa&#231;on, a lui aussi repouss&#233; les limites connues de la volont&#233; humaine, et son geste nous renvoie implacablement &#224; cette douloureuse question : qui d'entre nous aurait eu le courage de Georg Elser, h&#233;ros oubli&#233; de la classe ouvri&#232;re ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; &lt;/p&gt;
&lt;div class=&#034;texteencadre-spip spip&#034;&gt;&lt;strong&gt;Bibliographie : &lt;/strong&gt; &lt;br class='autobr' /&gt;
Badia, Gilbert, &lt;i&gt;Ces Allemands qui ont affront&#233; Hitler&lt;/i&gt;, &#201;ditions de l'Atelier, Paris, 2000. &lt;br class='autobr' /&gt;
Levisse-Touze, Christine &amp; Martens, Stefan (dir.), &lt;i&gt;Des Allemands contre le nazisme, Oppositions et r&#233;sistances 1933-1945&lt;/i&gt;, Actes du colloque franco-allemand organis&#233; &#224; Paris du 27 au 29 mai 1996, Albin Michel, Paris, 1997. &lt;br class='autobr' /&gt;
Sandoz, G&#233;rard, &lt;i&gt;Ces Allemands qui ont d&#233;fi&#233; Hitler, Histoire de la R&#233;sistance allemande&lt;/i&gt;, Pygmalion, Paris, 1995. &lt;br class='autobr' /&gt;
Stern, J-P, &lt;i&gt;Hitler, le F&#252;hrer et le peuple&lt;/i&gt;, Flammarion, Paris, 1985. &lt;br class='autobr' /&gt;
&lt;i&gt;Un attentat contre Hitler. Proc&#232;s verbaux des interrogatoires de Georg Elser&lt;/i&gt;, traduction et pr&#233;sentation de B&#233;n&#233;dicte Savoy, pr&#233;face de Gilles Perrault, Solin-Actes Sud, Arles, 1998. &lt;br class='autobr' /&gt;
Une autre version de cet article est parue dans la revue &lt;i&gt;Courant Alternatif&lt;/i&gt; n&#176; 150, mai 2005. &lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;hr /&gt;
		&lt;div class='rss_notes'&gt;&lt;div id=&#034;nb3-1&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh3-1&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 3-1&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;1&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;&#192; partir de 1936, l'inscription dans les Jeunesses hitl&#233;riennes est obligatoire pour les enfants entre 10 ans et 18 ans.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb3-2&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh3-2&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 3-2&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;2&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;Jeunes &#233;tudiants chr&#233;tiens membres du groupe &#171; La Rose Blanche &#187;, d&#233;capit&#233;s en f&#233;vrier 1943.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb3-3&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh3-3&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 3-3&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;3&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;Dans l'ouvrage collectif d'historiens allemands et fran&#231;ais intitul&#233; &lt;i&gt;Des Allemands contre le nazisme, Oppositions et r&#233;sistances 1933-1945&lt;/i&gt; (380 pages) paru en 1997, l'action de Georg Elser a droit en tout et pour tout &#224; trois lignes, dans une note &#224; la fin du livre...&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		
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	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>Les &#171; Pirates &#187; contre Hitler : la r&#233;sistance des jeunes Allemands &#224; l'ombre de La Rose blanche </title>
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		<dc:creator>Fran&#231;ois Roux</dc:creator>


		<dc:subject>Allemagne</dc:subject>
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		<dc:subject>&lt;i&gt;Gavroche - Revue d'histoire populaire&lt;/i&gt;</dc:subject>

		<description>&lt;p&gt;Refusant d'adh&#233;rer au national-socialisme de Hitler, une fraction de la jeunesse allemande de la fin des ann&#233;es 1930 se retrouve dans une contre-culture oppos&#233;e au militarisme et &#224; la croix gamm&#233;e. Une jeunesse contestataire r&#233;prim&#233;e s&#233;v&#232;rement par le pouvoir et qui a &#233;t&#233; longtemps la grande oubli&#233;e de l'histoire officielle...&lt;/p&gt;

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&lt;a href="https://www.partage-noir.fr/-gavroche-no166-avril-juin-2011-" rel="directory"&gt;Gavroche n&#176;166 - Avril-Juin 2011&lt;/a&gt;

/ 
&lt;a href="https://www.partage-noir.fr/+-allemagne-79-+" rel="tag"&gt;Allemagne&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.partage-noir.fr/+-source-fragments-d-histoire-de-la-gauche-radicale-+" rel="tag"&gt;Archives Autonomies&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.partage-noir.fr/+-gavroche-revue-d-histoire-populaire-+" rel="tag"&gt;&lt;i&gt;Gavroche - Revue d'histoire populaire&lt;/i&gt;&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;img src='https://www.partage-noir.fr/local/cache-vignettes/L150xH93/arton1026-56904.jpg?1774704156' class='spip_logo spip_logo_right' width='150' height='93' alt=&#034;&#034; /&gt;
		&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;Refusant d'adh&#233;rer au national-socialisme de Hitler, une fraction de la jeunesse allemande de la fin des ann&#233;es 1930 se retrouve dans une contre-culture oppos&#233;e au militarisme et &#224; la croix gamm&#233;e. Une jeunesse contestataire r&#233;prim&#233;e s&#233;v&#232;rement par le pouvoir et qui a &#233;t&#233; longtemps la grande oubli&#233;e de l'histoire officielle...&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;Dans une p&#233;riode r&#233;volutionnaire, les jeunes prennent parti de fa&#231;on plus tranch&#233;e que les adultes et la jeunesse allemande ne se comporta pas autrement face &#224; la &#171; r&#233;volution &#187; national-socialiste.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les jeunes s'engagent plus radicalement par imp&#233;tuosit&#233;, refus du compromis, et parce qu'ils ont moins d'attaches affectives et mat&#233;rielles. Toute la gamme des comportements observ&#233;e chez les adultes sous la dictature nazie &#8212; conformisme, indiff&#233;rence, r&#233;signation, arrivisme... &#8212; se retrouve n&#233;anmoins chez leurs cadets, la diff&#233;rence entre les classes d'&#226;ge tenant &#224; l'engagement aux extr&#234;mes &#8212; nazisme ou r&#233;sistance &#8212; d'une proportion plus importante de jeunes. Enfin, constatation banale, la jeunesse est une valeur &#233;ph&#233;m&#232;re : chaque &#233;poque voit une fraction de la g&#233;n&#233;ration montante se rebeller contre l'autorit&#233; de celles qui la pr&#233;c&#232;dent et le III&lt;sup class=&#034;typo_exposants&#034;&gt;e&lt;/sup&gt; Reich n'&#233;chappa pas &#224; la r&#232;gle.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les images spectaculaires des &lt;i&gt;Hitlerjugend&lt;/i&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb4-1&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Les Jeunesses hitl&#233;riennes. D&#233;sormais JH.&#034; id=&#034;nh4-1&#034;&gt;1&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt; d&#233;filant en rangs serr&#233;s et des gamins blafards d&#233;fendant Berlin assi&#233;g&#233; ont marqu&#233; la m&#233;moire universelle. Ce sont pourtant des jeunes qui r&#233;sist&#232;rent avec la plus grande d&#233;termination &#224; Hitler.&lt;/p&gt;
&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;div class='spip_document_1091 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center spip_document_avec_legende' data-legende-len=&#034;73&#034; data-legende-lenx=&#034;xx&#034;
&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href='https://www.partage-noir.fr/IMG/jpg/gestapo_mug_shots_of_sophie_18_february_1943-no_source-probably_german_federal_archive-hans-tanja-b.-spitzer.jpg' class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/jpeg&#034;&gt; &lt;img src='https://www.partage-noir.fr/local/cache-vignettes/L500xH409/gestapo_mug_shots_of_sophie_18_february_1943-no_source-probably_german_federal_archive-hans-tanja-b.-spitzer-10e3c.jpg?1774847341' width='500' height='409' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;figcaption class='spip_doc_legende'&gt; &lt;div class='spip_doc_descriptif '&gt;&lt;small&gt;Hans et Sophie Scholl (piliers du r&#233;seau &#171; La Rose blanche &#187;)&lt;/small&gt;
&lt;/div&gt; &lt;/figcaption&gt;&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;
&lt;p&gt;&#192; la fin de la guerre, le groupe de La Rose blanche&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb4-2&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Groupe d'&#233;tudiants se r&#233;clamant de diverses confessions chr&#233;tiennes. (&#8230;)&#034; id=&#034;nh4-2&#034;&gt;2&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt; fut intronis&#233; repr&#233;sentant exclusif de la jeunesse r&#233;sistante par l'Allemagne f&#233;d&#233;rale du chancelier Adenauer. Les &#233;tudiants de La Rose blanche r&#233;unissaient toutes les qualit&#233;s pour figurer au panth&#233;on de la RFA naissante &#224; c&#244;t&#233; du comte Claus von Stauffenberg&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb4-3&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;D'abord favorable au r&#233;gime nazi, Claus Schenk von Stauffenberg (1907-1944) (&#8230;)&#034; id=&#034;nh4-3&#034;&gt;3&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt; et de l'&#233;v&#234;que von Galen&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb4-4&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Antis&#233;mite virulent et fervent soutien du IIIe Reich. l'&#233;v&#234;que Clemens (&#8230;)&#034; id=&#034;nh4-4&#034;&gt;4&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;, repr&#233;sentants des &#171; anciennes &#233;lites &#187;. Ils avaient grandi dans une famille telle que la nouvelle r&#233;publique les aimait, bourgeoise, chr&#233;tienne et antinazie. Comme beaucoup d'adolescents de leur g&#233;n&#233;ration, Hans et Sophie Scholl s'&#233;taient inscrits dans les mouvements de jeunesse hitl&#233;riens en 1933. Leur trajectoire, des JH &#224; la guillotine, prouvait que de jeunes Allemands pass&#233;s par l'endoctrinement national-socialiste pouvaient &#234;tre rest&#233;s fid&#232;les aux valeurs humanistes. Le profil politique et social des membres de La Rose blanche, plus le fait qu'ils n'aient jamais recouru &#224; la violence &#8212; bien qu'ils l'aient envisag&#233; et appel&#233; &#224; renverser la dictature &lt;q style=&#034;font-style: italic;&#034;&gt;par les armes&lt;/q&gt; &#8212; les rendaient acceptables par le plus grand nombre. Le courage dont ils firent preuve devant le Tribunal du peuple et face au bourreau for&#231;ait l'admiration. La figure christique de Sophie, son refus de tout compromis, la pla&#231;aient dans la lign&#233;e des grandes h&#233;ro&#239;nes, d'Antigone &#224; Jeanne d'Arc. En outre, le destin des jeunes martyrs absolvait la soci&#233;t&#233; allemande de sa soumission en confirmant que la r&#233;sistance n'avait d'issue que l'&#233;chafaud. Les nombreux groupes de jeunes qui lutt&#232;rent contre le III&lt;sup class=&#034;typo_exposants&#034;&gt;e&lt;/sup&gt; Reich restent encore aujourd'hui dans l'ombre de La Rose blanche. Les jeunes communistes qui s'engag&#232;rent plus t&#244;t et beaucoup plus nombreux que les &#233;tudiants bavarois ont longtemps &#233;t&#233; absents des ouvrages publi&#233;s sur la r&#233;sistance allemande&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb4-5&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Le premier livre publi&#233; sur la r&#233;sistance au nazisme (The German Opposition (&#8230;)&#034; id=&#034;nh4-5&#034;&gt;5&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;, tout comme les groupes qualifi&#233;s de &#171; terroristes &#187;, celui d'Herbert Baum&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb4-6&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Le groupe cr&#233;&#233; en 1933 par le jeune communiste juif Herbert Baum (1921-1942) (&#8230;)&#034; id=&#034;nh4-6&#034;&gt;6&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt; par exemple. Les derniers jeunes qui affront&#232;rent la Gestapo sortaient juste de l'enfance, &#233;taient &#224; peu pr&#232;s vierges de toute culture politique et ont longtemps &#233;t&#233; pr&#233;sent&#233;s comme des d&#233;linquants irresponsables avant d'entrer tardivement dans l'histoire de la r&#233;sistance sous le nom d'&lt;i&gt;Edelweisspiraten&lt;/i&gt; (Pirates &#224; l'Edelweiss).&lt;/p&gt;
&lt;h3 class=&#034;spip&#034;&gt;LE &#171; PARTI DE LA JEUNESSE &#187; &lt;/h3&gt;
&lt;p&gt;Il faut relativiser l'impression d'un ralliement pr&#233;coce et massif de la jeunesse allemande au nazisme qu'ont transmise les observateurs. Avant 1933, les organisations nazies &#233;taient plus audibles et plus visibles que les autres &#224; cause de leur violence et gr&#226;ce aux efforts de Goebbels. Le NSDAP s'intitulait lui-m&#234;me &lt;q style=&#034;font-style: italic;&#034;&gt;parti de la jeunesse&lt;/q&gt;. En r&#233;alit&#233;, les jeunesses socialistes, catholiques, et surtout les &lt;i&gt;B&#252;nde &lt;/i&gt; &#8212; mosa&#239;que de groupes d'inspiration boy-scout en th&#233;orie apolitiques mais teint&#233;s de pacifisme, de traditionalisme, de militarisme, etc., selon les cas &#8212; surclassaient de loin la JH qui ne repr&#233;sentait au printemps 1932 que 1% de l'effectif total des mouvements de jeunesse, soit 108 000 membres contre 10 millions aux organisations r&#233;unies dans le Comit&#233; des associations des jeunesses allemandes du Reich.&lt;/p&gt;
&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;div class='spip_document_1092 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center spip_document_avec_legende' data-legende-len=&#034;97&#034; data-legende-lenx=&#034;xx&#034;
&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href='https://www.partage-noir.fr/IMG/jpg/bundesarchiv_bild_119-5592-14a__gruppe_von_hj-jungen.jpg' class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/jpeg&#034;&gt; &lt;img src='https://www.partage-noir.fr/local/cache-vignettes/L500xH282/bundesarchiv_bild_119-5592-14a__gruppe_von_hj-jungen-8f147.jpg?1774847341' width='500' height='282' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;figcaption class='spip_doc_legende'&gt; &lt;div class='spip_doc_descriptif '&gt;&lt;small&gt;Un groupe de membres des Jeunesses hitl&#233;riennes. Bundesarchiv, Bild 119-5592-14A / CC-BY-SA 3.0&lt;/small&gt;
&lt;/div&gt; &lt;/figcaption&gt;&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;
&lt;p&gt;Les nazis oblig&#232;rent imm&#233;diatement la plupart les organisations de jeunesse &#224; se saborder au profit de la JH. Les Jeunesses catholiques, prot&#233;g&#233;es par le Concordat, ne furent pas tout de suite interdites mais, submerg&#233;es de tracasseries, elles ne fonctionnaient qu'avec difficult&#233;. Baldur von Schirach, ancien leader des &#233;tudiants nationaux-socialistes et &lt;i&gt;Jugendf&#252;hrer &lt;/i&gt; &lt;i&gt;des Deutschen Reiches&lt;/i&gt; (chef de la jeunesse du Reich) re&#231;ut pour mission de transformer la JH en un mouvement d'&#233;ducation politique de la jeunesse sur laquelle elle devait exercer une &lt;q style=&#034;font-style: italic;&#034;&gt;emprise totale&lt;/q&gt;. Dans un premier temps, pour attirer les membres des groupes autonomes dissous qui acceptaient mal l'embrigadement dans un mouvement militaris&#233;, la JH s'inspira des pratiques des &lt;i&gt;B&#252;nde &lt;/i&gt; pour l'organisation des camps, randonn&#233;es, c&#233;l&#233;brations patriotiques et rituels initiatiques.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il est ind&#233;niable que le III&lt;sup class=&#034;typo_exposants&#034;&gt;e&lt;/sup&gt; Reich naissant enthousiasma une grande partie de la jeunesse allemande. La reprise &#233;conomique et la baisse du ch&#244;mage ouvraient un horizon &#224; une g&#233;n&#233;ration qui n'en avait pas. La puissance de la &lt;i&gt;Hitlerjungen&lt;/i&gt;, la consid&#233;ration que lui manifestaient les adultes et la mani&#232;re dont elle imposait ses vues aux enseignants et aux parents produisirent une v&#233;ritable r&#233;volution culturelle dans ce pays confit dans le culte de l'autorit&#233; paternelle. Le bouleversement des crit&#232;res de r&#233;ussite scolaire qui mettait &#224; l'honneur les comp&#233;tences manuelles et sportives r&#233;jouit plus d'un potache. Dans les organisations de jeunesse qui pr&#233;tendaient ne conna&#238;tre &lt;q style=&#034;font-style: italic;&#034;&gt;ni classe, ni caste&lt;/q&gt;, comme l'affirmait von Schirach, l'uniforme cr&#233;ait une apparente &#233;galit&#233;, la hi&#233;rarchie s'&#233;tablissait au travers d'un encha&#238;nement de comp&#233;titions dans lesquelles on apprenait &#224; se surpasser. Tout semblait possible aux fils de la race des seigneurs : les images de propagande qui montraient des adolescents apprenant &#224; piloter des avions touchaient une g&#233;n&#233;ration exalt&#233;e &#224; l'id&#233;e de passer du v&#233;lo aux commandes d'un Messerschmitt. Les enfants, hier r&#233;sign&#233;s au destin gris et morne de leurs parents, se prenaient &#224; r&#234;ver de terres lointaines et d'aventures. Pour bien des jeunes Allemands &#233;touff&#233;s par la famille, l'&#233;cole et l'&#201;glise, la r&#233;volution hitl&#233;rienne signifiait, paradoxalement, une sorte de lib&#233;ration. La &#171; libert&#233; &#187; selon les nazis avait toutes les apparences d'un camp de travail mais n'y a-t-il pas aussi une mani&#232;re de bonheur &#224; se fondre dans la camaraderie des camps ? &lt;q style=&#034;font-style: italic;&#034;&gt;Pendant la journ&#233;e, &lt;span style=&#034;font-style:normal;&#034;&gt;&#233;crit Sebastian Haffner&lt;/span&gt;, on avait jamais le temps de penser, jamais le temps d'&#234;tre un &lt;q style=&#034;font-style: italic;&#034;&gt;moi&lt;/q&gt;. Pendant la journ&#233;e la camaraderie &#233;tait un bonheur. Aucun doute : une esp&#232;ce de bonheur s'&#233;panouit dans ces camps qui est le bonheur de la camaraderie. &lt;span style=&#034;font-style:normal;&#034;&gt;[...]&lt;/span&gt; Partout ils ont transform&#233; les Allemands en camarades, les accoutumant &#224; cette drogue depuis l'&#226;ge le plus mall&#233;able. &lt;span style=&#034;font-style:normal;&#034;&gt;[...]&lt;/span&gt; la camaraderie dispense l'homme de toute responsabilit&#233; pour lui-m&#234;me, devant Dieu et sa conscience. &lt;span style=&#034;font-style:normal;&#034;&gt;[...]&lt;/span&gt; Sa conscience, ce sont ses camarades ; elle l'absout de tout tant qu'il fait ce que font tous les autres&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb4-7&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Sebastian Haffner, Histoire d'un Allemand, Souvenirs 1914-1933 (traduit de (&#8230;)&#034; id=&#034;nh4-7&#034;&gt;7&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans ses discours, Hitler ne manquait jamais de glorifier &#171; sa &#187; jeunesse : &lt;q style=&#034;font-style: italic;&#034;&gt;Coriace comme le cuir, agile comme le l&#233;vrier, dure comme de l'acier de Krupp&lt;/q&gt;. La propagande la c&#233;l&#233;brait &#224; travers des films exaltant sa g&#233;n&#233;rosit&#233; et son sens du sacrifice, tel &lt;i&gt;Le jeune hitl&#233;rien Quex&lt;/i&gt; (1933). Cependant, en d&#233;pit des louanges et des pressions, la JH &#233;tait encore loin de rassembler la majorit&#233; des jeunes Allemands &#224; la fin de l'ann&#233;e 1936, avant d'&#234;tre proclam&#233;e seule jeunesse d'&#201;tat. Au printemps 1939 un tiers des tranches d'&#226;ge concern&#233;es lui &#233;chappait encore, ce qui d&#233;cida les chefs nazis &#224; rendre l'adh&#233;sion obligatoire et &#224; d&#233;cr&#233;ter des sanctions pour les r&#233;fractaires.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En instituant un contr&#244;le permanent sur l'emploi du temps des jeunes, l'embrigadement dans la JH rendait difficile la participation &#224; des groupes ill&#233;gaux. &#192; la veille de la guerre, l'organisation nazie intensifia sa pr&#233;paration militaire et son endoctrinement id&#233;ologique tandis que sa discipline, jusque-l&#224; plut&#244;t laxiste, se raidissait. &#192; la militarisation de la soci&#233;t&#233; en vue de la guerre correspondit la r&#233;quisition syst&#233;matique des jeunes. Astreints aux qu&#234;tes, aux journ&#233;es de travail &#171; volontaire &#187; et &#224; des corv&#233;es de plus en plus fr&#233;quentes, oblig&#233;s de porter l'uniforme, de saluer &#224; tout propos, interdits de la moindre activit&#233; ind&#233;pendante, beaucoup d'entre eux rejetaient en bloc le III&lt;sup class=&#034;typo_exposants&#034;&gt;e&lt;/sup&gt; Reich et son id&#233;al de caserne.&lt;/p&gt;
&lt;h3 class=&#034;spip&#034;&gt;LES PIRATES &#192; L'EDELWEISS&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb4-8&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Lire : Fritz Theilen, Edelweisspiraten, Emons Verlag, K&#246;ln, 2003.&#034; id=&#034;nh4-8&#034;&gt;8&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;/h3&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;div class='spip_document_1093 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href='https://www.partage-noir.fr/IMG/jpg/37015853_1928585530526238_1573285617612095488_n.jpg' class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/jpeg&#034;&gt; &lt;img src='https://www.partage-noir.fr/local/cache-vignettes/L500xH281/37015853_1928585530526238_1573285617612095488_n-3e14e.jpg?1774847341' width='500' height='281' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;
&lt;p&gt;Les nazis ont employ&#233; le terme g&#233;n&#233;rique d'&lt;i&gt;Edelweisspiraten&lt;/i&gt; pour d&#233;signer les adolescents contestataires qui refusaient de se plier aux normes sociales et culturelles du III&lt;sup class=&#034;typo_exposants&#034;&gt;e&lt;/sup&gt; Reich. Avant d'en venir aux Pirates &#224; l'edelweiss pr&#233;cis&#233;ment, il convient de rappeler que le mouvement de contre-culture dont ils &#233;taient l'expression la plus voyante concerna peu ou prou une fraction notable des jeunes urbains, en Allemagne et en Europe. Comme souvent lorsqu'une nouvelle g&#233;n&#233;ration cherche &#224; s'&#233;manciper, cette dissidence se manifestait ext&#233;rieurement par une apparence provocante. Le vocable pittoresque qui d&#233;signait les &lt;i&gt;Edelweisspiraten &lt;/i&gt; provenait d'un de leurs codes vestimentaires : un edelweiss au revers du blouson&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb4-9&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Quand il n'&#233;tait pas l'un de ces insignes que les nazis distribuaient aux (&#8230;)&#034; id=&#034;nh4-9&#034;&gt;9&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;. Cheveux longs, foulard rouge, socquettes blanches et, pour les filles, un maquillage agressif et des v&#234;tements bariol&#233;s, faisaient partie des signes de reconnaissance les plus courants de la jeunesse rebelle.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#192; l'instar de la plupart des mouvements g&#233;n&#233;rationnels contestataires de l'&#233;poque moderne, la musique jouait un r&#244;le f&#233;d&#233;rateur entre les jeunes en qu&#234;te de libert&#233;, qu'elle rassemblait bien au-del&#224; des &#171; bandes &#187; constitu&#233;es. Au temps de Weimar, l'engouement pour la musique am&#233;ricaine &#233;tait limit&#233; aux noctambules des grandes villes. La multiplication des postes de radio voulue par Goebbels favorisa la diffusion du swing et du jazz. D'abord tol&#233;r&#233;s, bien que fustig&#233;s par les id&#233;ologues du NSDAP, les clubs de swing et les concerts de musique &#171; n&#232;gre &#187; furent interdits &#224; partir de 1940. Le hot jazz connut le m&#234;me sort fin 1941, d&#232;s l'entr&#233;e en guerre des &#201;tats-Unis. Cela n'emp&#234;cha pas les groupes ostensiblement non-conformistes et amateurs de musique am&#233;ricaine de prolif&#233;rer &#224; travers l'Europe : &lt;i&gt;Kids &lt;/i&gt; d'Amsterdam et de Copenhague, Zazous de Paris, &lt;i&gt;Schlurfs &lt;/i&gt; (&#171; paresseux &#187;) et &lt;i&gt;Schlurfkatzen &lt;/i&gt; (&#171; chattes paresseuses &#187;) de Vienne, Pot&#225;pki (&#171; plongeurs &#187;) de Prague... Les adolescents allemands amateurs de jazz et de swing &#233;coutaient la BBC et se r&#233;unissaient en cachette pour des nuits de danse &#233;chevel&#233;es. Leur libert&#233; de ton et de m&#339;urs exasp&#233;rait les nazis et les heurts &#233;taient fr&#233;quents avec la JH. La r&#233;pression poussa certains rebelles &#171; apolitiques &#187; vers une prise de conscience politique : ils se saluaient en criant &lt;q style=&#034;font-style: italic;&#034;&gt;Swing Heil !&lt;/q&gt; et affichaient de plus en plus ouvertement leur hostilit&#233; &#224; la dictature. En janvier 1942, Himmler ordonna d'en finir. La Gestapo infiltra les rassemblements de jeunes et arr&#234;ta des milliers d'entre eux : ceux qui en avaient l'&#226;ge partirent sur le front russe et les autres en camp de concentration. Au cours de la guerre, pr&#232;s de 100 000 &#171; swingers &#187; auraient connu les &#233;tablissements disciplinaires r&#233;serv&#233;s &#224; la jeunesse. &lt;q style=&#034;font-style: italic;&#034;&gt;L'ampleur des arrestations montre l'existence d'un milieu clandestin se f&#233;d&#233;rant autour de la musique et c&#233;l&#233;brant &#224; travers elle une soci&#233;t&#233; &#233;chappant &#224; la morale nazie&lt;/q&gt;, note Fabrice d'Almeida&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb4-10&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Fabrice d'Almeida, La vie mondaine sous le nazisme, &#233;ditions Perrin, (&#8230;)&#034; id=&#034;nh4-10&#034;&gt;10&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;div class='spip_document_1094 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href='https://www.partage-noir.fr/IMG/jpg/edelweiss-piraten-group.jpg' class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/jpeg&#034;&gt; &lt;img src='https://www.partage-noir.fr/local/cache-vignettes/L500xH266/edelweiss-piraten-group-9cebe.jpg?1774847341' width='500' height='266' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;
&lt;p&gt;Le vocable &lt;i&gt;Edelweisspiraten &lt;/i&gt; employ&#233; par les nazis recouvrait donc des groupes en r&#233;alit&#233; tr&#232;s divers, depuis les &lt;i&gt;Swing-Kids&lt;/i&gt; issus de la classe moyenne qui se contentaient de braver l'interdiction d'&#233;couter les radios &#233;trang&#232;res pour assouvir leur passion de musique, jusqu'aux bandes de jeunes prol&#233;taires en rupture de ban qu'&#233;taient les authentiques &lt;i&gt;Edelweisspiraten&lt;/i&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le ph&#233;nom&#232;ne des bandes, dites &#171; cliques &#187;, datait des crises de l'apr&#232;s-guerre. Il r&#233;apparut quand l'adh&#233;sion &#224; la JH devint obligatoire et il s'amplifia &#224; mesure que la dictature augmentait son emprise sur la jeunesse. Malgr&#233; la r&#233;pression de plus en plus s&#233;v&#232;re, des milliers de jeunes affichaient leur opposition &#224; l'embrigadement par leurs tenues provocantes et leur comportement insolent. Chaque grande agglom&#233;ration avait ses bandes : &#171; Pirates &#187; &#224; Cologne, &#171; Canailles &#187; &#224; Munich, &#171; Navajos &#187; &#224; Hambourg, &#171; Meutes &#187; &#224; Leipzig, etc. En 1938 et 1939, des dizaines de jeunes des quartiers ouvriers de Leipzig furent tra&#238;n&#233;s devant les tribunaux et condamn&#233;s &#224; la prison ou envoy&#233;s dans des camps de r&#233;&#233;ducation pour avoir d&#233;sert&#233; les organisations hitl&#233;riennes, arrach&#233; des drapeaux nazis, griffonn&#233; &lt;q style=&#034;font-style: italic;&#034;&gt;&#192; bas Hitler !&lt;/q&gt; ou &lt;q style=&#034;font-style: italic;&#034;&gt;Libert&#233; !&lt;/q&gt; sur les murs et fait le coup de poing avec la JH. La contestation juv&#233;nile prit de l'ampleur pendant la guerre, en particulier en Rh&#233;nanie-du-Nord-Westphalie &#8212; le territoire des &#171; Pirates &#187; &#8212;, au point que la Gestapo de Heydrich prit l'affaire en main. Les arrestations se multipli&#232;rent en m&#234;me temps que les sanctions durcissaient. D'abord punis par des mois de travaux durs (&lt;i&gt;Arrest&lt;/i&gt;), les jeunes &#171; asociaux &#187; furent ensuite envoy&#233;s dans des camps de redressement, puis au front dans les bataillons disciplinaires. Les chiffres parlent d'eux-m&#234;mes : 40 000 mineurs condamn&#233;s en 1941 et 50 000 l'ann&#233;e suivante. Des camps de concentration, Moringen pour les gar&#231;ons et Uckermark pour les filles, furent cr&#233;&#233;s sp&#233;cialement pour eux.&lt;/p&gt;
&lt;h3 class=&#034;spip&#034;&gt;LES DERNIERS R&#201;SISTANTS : LA RACAILLE &lt;/h3&gt;
&lt;p&gt;Le mouvement hitl&#233;rien avait pu para&#238;tre une force r&#233;g&#233;n&#233;ratrice et une promesse de lib&#233;ration &#224; beaucoup de jeunes n&#233;s entre 1910 et 1920, aux fils des humili&#233;s de la Grande Guerre, aux &#233;tudiants condamn&#233;s au ch&#244;mage par la crise et aux id&#233;alistes d&#233;go&#251;t&#233;s de la d&#233;mocratie bourgeoise corrompue. Dix ans plus tard, les ex-adolescents de 1933 battent en retraite dans les plaines de Russie. Ne restent &#8212; provisoirement &#8212; &#224; l'arri&#232;re que les moins de 18 ans. Eux n'ont jamais connu les Blinde ni entendu exprimer d'autre &#171; vision du monde &#187; que celle des nazis. Hitler &#233;tait d&#233;j&#224; dictateur quand ils sont entr&#233;s &#224; l'&#233;cole. Il para&#238;t loin le temps o&#249; le national-socialisme pr&#233;tendait r&#233;volutionner le vieux monde en lib&#233;rant la jeunesse. Une d&#233;cennie de nazisme a produit une soci&#233;t&#233; couleur Feldgrau, repli&#233;e sur elle-m&#234;me, bard&#233;e d'interdits et de restrictions. Le III&lt;sup class=&#034;typo_exposants&#034;&gt;e&lt;/sup&gt; Reich, incarn&#233; &#224; son sommet par un vieillard hypocondriaque, l'est &#224; la base par des &#171; planqu&#233;s &#187; unanimement m&#233;pris&#233;s. Les adolescents de 1943 avaient vibr&#233;, enfants, aux victoires de la &lt;i&gt;Wehrmacht&lt;/i&gt;. Depuis, le pays s'est couvert de ruines. Les deuils s'abattent autour d'eux. Ils per&#231;oivent l'angoisse montante des adultes face &#224; la catastrophe in&#233;luctable qui approche. Ils les entendent chuchoter contre le &lt;q style=&#034;font-style: italic;&#034;&gt;vampire&lt;/q&gt;. Pour qui sait &#233;couter, le nazisme a fait son temps : seront-ils les derniers sacrifi&#233;s de cette cause perdue ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La r&#233;sistance des &lt;i&gt;Edelweisspiraten &lt;/i&gt; prit un caract&#232;re offensif apr&#232;s Stalingrad. Les rapports du &lt;i&gt;Sicherheitsdienst &lt;/i&gt; (SD, &#171; Service de la s&#233;curit&#233; &#187; de la SS) signal&#232;rent alors &#224; plusieurs reprises &lt;q style=&#034;font-style: italic;&#034;&gt;un fort mouvement de contestation &#224; l'&#233;gard du parti et d'autres aspects du r&#233;gime chez les jeunes et les &#233;coliers&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb4-11&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Cit&#233; par lan Kershaw, Qu'est-ce que le nazisme ? Probl&#232;mes et perspectives (&#8230;)&#034; id=&#034;nh4-11&#034;&gt;11&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;/q&gt;. Orphelins de guerre, jeunes r&#233;fugi&#233;s coup&#233;s de leur famille, adolescents vivant dans la rue pour &#233;chapper &#224; la promiscuit&#233; des logements surpeupl&#233;s &#233;pargn&#233;s par les bombardements, le nombre des mineurs livr&#233;s &#224; eux-m&#234;mes augmentait en fl&#232;che. Parall&#232;lement, dans le pays vid&#233; de ses hommes adultes et tout entier mobilis&#233; par la guerre, la d&#233;sorganisation croissante de la soci&#233;t&#233; civile favorisait le d&#233;veloppement d'une marginalit&#233; structur&#233;e &#233;chappant au contr&#244;le social.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les jeunes r&#233;fractaires s'enhardirent &#224; mesure que la foi en la victoire s'&#233;tiolait chez les partisans de Hitler. Ils arboraient l'&#233;toile jaune, couvraient les murs de leurs quartiers de slogans hostiles au dictateur et attaquaient les membres de la JH. Des Juifs qui survivaient dans la clandestinit&#233; re&#231;urent leur aide. Selon la Gestapo, les &lt;i&gt;Edelweisspiraten &lt;/i&gt; comptaient vingt-huit groupes d'une trentaine de membres chacun pour la seule Rh&#233;nanie. Un nouveau camp pour les moins de vingt ans s'ouvrit &#224; Neuwied, pr&#232;s de Coblence. Cette opposition persistante et virulente, venant de jeunes qui n'h&#233;sitaient pas &#224; s'en prendre violemment aux repr&#233;sentants du pouvoir, inqui&#233;tait au plus haut point les chefs de la police. Ils craignaient que les adolescents rebelles fassent un jour cause commune avec d'autres ennemis du Reich, les survivants des anciens partis et surtout les millions de travailleurs d&#233;port&#233;s. Leur crainte &#233;tait fond&#233;e. Les Pirates qui pratiquaient entre eux une solidarit&#233; active pour survivre et &#233;chapper &#224; la police &#233;taient naturellement port&#233;s &#224; l'&#233;tendre &#224; toutes les victimes de la r&#233;pression. Des liens se nou&#232;rent entre des groupes de jeunes et des travailleurs &#233;trangers, notamment russes, ainsi qu'avec des cellules communistes clandestines. &#192; la fin de l'&#233;t&#233; 1944, &#224; l'approche des Alli&#233;s, la conjonction de ces r&#233;sistances plongea plusieurs villes d'Allemagne dans une situation pr&#233;-insurrectionnelle.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Au d&#233;but du mois de septembre, la perc&#233;e des Anglo-Am&#233;ricains sur la fronti&#232;re occidentale d&#233;clencha une v&#233;ritable panique dans la population civile &#233;vacu&#233;e de la r&#233;gion d'Aix-la-Chapelle et une augmentation brusque des signes pr&#233;curseurs de la d&#233;sint&#233;gration de l'ann&#233;e allemande. Les d&#233;serteurs afflu&#232;rent &#224; Cologne. Dans la ville en partie vid&#233;e de ses habitants depuis le bombardement de mars 1942, des milliers de jeunes prol&#233;taires occupaient des immeubles en ruines et subsistaient en pillant les entrep&#244;ts et les trains de ravitaillement dont ils revendaient les cargaisons au march&#233; noir. Ils attaquaient r&#233;guli&#232;rement les locaux, les v&#233;hicules et les membres des organisations nazies qui n'osaient plus p&#233;n&#233;trer dans les quartiers qu'ils avaient investis. Des centaines de travailleurs &#233;trangers en cavale avaient rejoint les &lt;i&gt;Piraten &lt;/i&gt; et les clandestins de la r&#233;sistance communiste. Des &#233;quipes composites diffusaient des tracts appelant &#224; la d&#233;sertion. Comptant sur l'avanc&#233;e rapide des Am&#233;ricains, des petits groupes de partisans pass&#232;rent &#224; l'offensive. Ils investirent des d&#233;p&#244;ts de la &lt;i&gt;Wehrmacht &lt;/i&gt; pour se procurer des armes, puis se lanc&#232;rent dans la gu&#233;rilla contre les militants nazis et les forces de l'ordre. La Gestapo leur attribua vingt-neuf assassinats, dont celui de son chef local. Elle &#233;valuait les &lt;i&gt;Edelweisspiraten &lt;/i&gt; &#224; 3 000&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb4-12&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;L'ancien Pirate Jean J&#252;lich parle de 6 000 Pirates &#224; Cologne (Jean J&#252;lich, (&#8230;)&#034; id=&#034;nh4-12&#034;&gt;12&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;, dont 500 combattants. Un d&#233;serteur de 23 ans, Hans Steinbr&#252;ck, surnomm&#233; Hans la Bombe, avait constitu&#233; un commando avec une quinzaine de Pirates et des r&#233;fractaires de toutes origines. Hans et ses compagnons &#233;taient mal arm&#233;s mais ils s'&#233;taient procur&#233; des explosifs en abondance. Apprenant qu'ils projetaient de les utiliser pour des attentats, les nazis r&#233;solurent d'&#233;touffer ce foyer insurrectionnel avant qu'il ne contamine d'autres villes car des groupes sortaient de l'ombre &#224; Dortmund. D&#252;sseldorf, et m&#234;me Berlin. Le ralentissement soudain de l'avanc&#233;e anglo-am&#233;ricaine leur laissa le r&#233;pit n&#233;cessaire pour agir.&lt;/p&gt;
&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;div class='spip_document_1090 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_left spip_document_left spip_document_avec_legende' data-legende-len=&#034;17&#034; data-legende-lenx=&#034;&#034;
&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='https://www.partage-noir.fr/local/cache-vignettes/L200xH265/schwa0045-107c2.jpg?1774706155' width='200' height='265' alt='' /&gt;
&lt;figcaption class='spip_doc_legende'&gt; &lt;div class='spip_doc_descriptif '&gt;&lt;small&gt;G&#252;nter Schwarz.&lt;/small&gt;
&lt;/div&gt; &lt;/figcaption&gt;&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;
&lt;p&gt;Dans les premiers jours du mois de novembre, le commando K&#252;tter mis sur pied par la Gestapo et appuy&#233; par des unit&#233;s de la &lt;i&gt;Wehrmacht&lt;/i&gt;, cerna et investit le quartier ouvrier d'Ehrenfeld o&#249; &#233;tait bas&#233; le gros des partisans. La bataille dura une journ&#233;e enti&#232;re. Quelques combattants parvinrent &#224; rompre l'encerclement les armes &#224; la main mais beaucoup furent tu&#233;s. La police arr&#234;ta 200 personnes. Le 10 novembre 1944, treize r&#233;sistants dont 6 Pirates &#224; l'edelweiss furent pendus en public sans jugement. Parmi eux se trouvaient Hans la Bombe ainsi que Bartholoma&#252;s Schink, 16 ans, Johann M&#252;ller et G&#252;nter Schwarz, tous deux 15 ans.&lt;/p&gt;
&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;div class='spip_document_1096 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_right spip_document_right spip_document_avec_legende' data-legende-len=&#034;15&#034; data-legende-lenx=&#034;&#034;
&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='https://www.partage-noir.fr/local/cache-vignettes/L200xH352/mucki0041_am_gleis2-e2735.jpg?1774706155' width='200' height='352' alt='' /&gt;
&lt;figcaption class='spip_doc_legende'&gt; &lt;div class='spip_doc_descriptif '&gt;&lt;small&gt;Gertrud Koch.&lt;/small&gt;
&lt;/div&gt; &lt;/figcaption&gt;&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;
&lt;p&gt;Des &lt;i&gt;B&#252;nde &lt;/i&gt; aux Pirates de Cologne, Jean J&#252;lich a toujours &#233;t&#233; rebelle &#224; l'ordre nazi : &lt;q style=&#034;font-style: italic;&#034;&gt;Mon p&#232;re &#233;tait au KPD, le Parti communiste interdit : il a &#233;t&#233; arr&#234;t&#233; d&#232;s 1933 et enferm&#233; dans un camp de concentration. Je suis rest&#233; avec ma m&#232;re et mes deux s&#339;urs. D&#232;s l'&#226;ge de six ou sept ans, je me suis retrouv&#233; en quelque sorte dans le mouvement clandestin. Comme d'autres &#8212; par exemple Gertrud Koch&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb4-13&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Lire : Gertrud Koch, Edelweiss. Meine Jugend als Widerstandsk&#228;mpferin, (&#8230;)&#034; id=&#034;nh4-13&#034;&gt;13&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;/q&gt; o&#249; la Gestapo enfermait les &lt;i&gt;Edelweisspiraten &lt;/i&gt; et les r&#233;fractaires de toutes nationalit&#233;s pris dans les ruines de Cologne : &lt;q style=&#034;font-style: italic;&#034;&gt;Nous avons mont&#233; un commando pour attaquer la prison et d&#233;livrer les prisonniers. De mani&#232;re g&#233;n&#233;rale, nous autres les Pirates, nous attaquions les Jeunesses hitl&#233;riennes &#8212; les Pimpfe&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb4-14&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Les Pimpf formaient la classe d'&#226;ge la plus jeune des JH, d&#232;s l'&#226;ge de six ans.&#034; id=&#034;nh4-14&#034;&gt;14&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;, comme on les surnommait &#8212; et les adultes du mouvement nazi. Avec nous il y avait des r&#233;fugi&#233;s russes et de jeunes d&#233;serteurs de la &lt;i&gt;Wehrmacht&lt;/i&gt;. &#192; cette &#233;poque, la Gestapo a mis sur pied un groupe sp&#233;cial pour traquer les Pirates de Cologne. C'est comme cela qu'&#224; treize ans j'ai &#233;t&#233; arr&#234;t&#233; &#224; mon tour&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb4-15&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Cit&#233; par Roger Faligot, La Rose et l'Edelweiss. Ces ados qui combattaient (&#8230;)&#034; id=&#034;nh4-15&#034;&gt;15&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;.&lt;/q&gt;&lt;/p&gt;
&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;div class='spip_document_1095 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_left spip_document_left spip_document_avec_legende' data-legende-len=&#034;14&#034; data-legende-lenx=&#034;&#034;
&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='https://www.partage-noir.fr/local/cache-vignettes/L200xH331/csm_10363_02fe9159a9-7f87d.jpg?1774706155' width='200' height='331' alt='' /&gt;
&lt;figcaption class='spip_doc_legende'&gt; &lt;div class='spip_doc_descriptif '&gt;&lt;small&gt;Jean J&#252;lich.&lt;/small&gt;
&lt;/div&gt; &lt;/figcaption&gt;&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;
&lt;p&gt;La Fondation du m&#233;morial de la Shoah de Yad Vashem admit d&#232;s 1984 parmi les &#171; Justes &#187; certains des groupes d'adolescents que la Gestapo avait surnomm&#233; les &lt;i&gt;Edelweisspiraten &lt;/i&gt; et dont l'Allemagne post-nazie persista pendant soixante ans &#224; qualifier les activit&#233;s de &#171; criminelles &#187;, avant de reconna&#238;tre leur r&#233;sistance. Cet acharnement dans l'ostracisme s'explique facilement : comment les contemporains de Hitler auraient-ils pu admettre que des jeunes &#171; voyous &#187; vivant de rapines et de qui la police nazie les prot&#233;geait soient trait&#233;s en h&#233;ros tandis qu'eux-m&#234;mes s'estimaient injustement consid&#233;r&#233;s &#224; titre collectif comme complices de crimes monstrueux ?&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class="hyperlien"&gt;Voir en ligne : &lt;a href="https://archivesautonomies.org/spip.php?article299" class="spip_out"&gt;Cet article de Fran&#231;ois Roux est extrait du &lt;i&gt;Gavroche&lt;/i&gt; n&#176;166 - Avril-Juin 2011. Tous les num&#233;ros de cette revue (1981-2011) sont sur le site Fragments d'Histoire de la gauche radicale.&lt;/a&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;hr /&gt;
		&lt;div class='rss_notes'&gt;&lt;div id=&#034;nb4-1&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh4-1&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 4-1&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;1&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;Les Jeunesses hitl&#233;riennes. D&#233;sormais JH.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb4-2&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh4-2&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 4-2&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;2&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;Groupe d'&#233;tudiants se r&#233;clamant de diverses confessions chr&#233;tiennes. Principalement bas&#233;e &#224; Munich, La Rose blanche diffusa des tracts antinazis en 1942-1943 avant de tomber dans les filets de la Gestapo. Au total, seize personnes appartenant &#224; ce r&#233;seau furent ex&#233;cut&#233;es. Lire : &lt;i&gt;Hans et Sophie Scholl, &lt;/i&gt; &lt;i&gt;Lettres et carnets&lt;/i&gt;, traduit de l'allemand par Pierre-Emmanuel Dauzat, Tallandier, 2008.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb4-3&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh4-3&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 4-3&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;3&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;D'abord favorable au r&#233;gime nazi, Claus Schenk von Stauffenberg (1907-1944) ne rejoignit les rangs de la conspiration national-conservatrice qu'apr&#232;s Stalingrad, &#224; l'&#233;t&#233; 1943. Le 20 juillet 1944 il posa la bombe qui manqua tuer Hitler puis gagna Berlin et prit la t&#234;te de la tentative de putsch. Captur&#233;, il fut fusill&#233; dans la nuit.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb4-4&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh4-4&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 4-4&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;4&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;Antis&#233;mite virulent et fervent soutien du III&lt;sup class=&#034;typo_exposants&#034;&gt;e&lt;/sup&gt; Reich. l'&#233;v&#234;que Clemens August von Galen (1878-1946) s'adressa publiquement &#224; Hitler au cours de l'&#233;t&#233; 1941 pour obtenir l'arr&#234;t des attaques contre l'&#201;glise catholique et la fin des assassinats de malades dits &#171; incurables &#187;, tout en approuvant haut et fort l'invasion de l'URSS.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb4-5&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh4-5&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 4-5&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;5&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;Le premier livre publi&#233; sur la r&#233;sistance au nazisme (&lt;i&gt;The German Opposition to Hitler&lt;/i&gt;, Henry Regnery, Chicago) fut &#233;crit en 1962 par Hans Rothfels, un historien qui avait &#233;t&#233; oblig&#233; de quitter l'Allemagne en 1935 &#224; cause de ses origines juives. Hans Rothfels passe totalement sous silence la r&#233;sistance communiste. Le refus de consid&#233;rer les partisans de la dictature stalinienne comme des r&#233;sistants &#224; la dictature nazie domina l'historiographie allemande jusqu'en 1968.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb4-6&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh4-6&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 4-6&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;6&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;Le groupe cr&#233;&#233; en 1933 par le jeune communiste juif Herbert Baum (1921-1942) afin de structurer la r&#233;sistance au sein des organisations de la jeunesse juive est remarquable par sa long&#233;vit&#233;. Plusieurs fois d&#233;truit et reconstitu&#233;, il tomba d&#233;finitivement en mai 1942 apr&#232;s l'attaque de l'exposition Das Sowjet-Paradies (Le paradis sovi&#233;tique) organis&#233;e au Lustgarten de Berlin. Herbert Baum mourut sous la torture. Quatorze gar&#231;ons et onze filles furent condamn&#233;s &#224; mort.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb4-7&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh4-7&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 4-7&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;7&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;Sebastian Haffner, &lt;i&gt;Histoire d'un Allemand, Souvenirs 1914-1933&lt;/i&gt; (traduit de l'allemand par Brigitte H&#233;bert), Actes Sud. Coll. &#171; Un endroit o&#249; aller &#187;, 2002, p. 416-420.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb4-8&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh4-8&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 4-8&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;8&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;Lire : Fritz Theilen, &lt;i&gt;Edelweisspiraten&lt;/i&gt;, Emons Verlag, K&#246;ln, 2003.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb4-9&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh4-9&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 4-9&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;9&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;Quand il n'&#233;tait pas l'un de ces insignes que les nazis distribuaient aux donateurs lors des collectes de rue, l'edelweiss pouvait &#234;tre dessin&#233; avec des t&#234;tes d'&#233;pingles.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb4-10&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh4-10&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 4-10&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;10&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;Fabrice d'Almeida,&lt;i&gt; La vie mondaine sous le nazisme&lt;/i&gt;, &#233;ditions Perrin, collection tempus, 2008, p. 378.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb4-11&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh4-11&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 4-11&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;11&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;Cit&#233; par lan Kershaw, &lt;i&gt;Qu'est-ce que le nazisme ? Probl&#232;mes et perspectives d'interpr&#233;tation&lt;/i&gt;, traduit de l'anglais par Jacqueline Camaud, Gallimard, Folio histoire, 2005, p. 477.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb4-12&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh4-12&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 4-12&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;12&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;L'ancien Pirate Jean J&#252;lich parle de 6 000 Pirates &#224; Cologne (Jean J&#252;lich, Kohldampf. &lt;i&gt;Knast und Kamelle : Ein Edelwei&#223;pirate erz&#228;hlt von seinem Leben&lt;/i&gt;, Kiepenheuer &amp; Witsch, 2003).&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb4-13&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh4-13&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 4-13&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;13&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;Lire : &lt;i&gt;Gertrud Koch, Edelweiss. Meine Jugend als Widerstandsk&#228;mpferin&lt;/i&gt;, Rowohlt, Reinbek. 2006.], qui dirigera les Pirates au centre de Cologne mais plus &#226;g&#233;e que moi&#8212; j'&#233;tais dans la jeunesse conf&#233;d&#233;r&#233;e (B&#252;ndische Jugend), officiellement dissoute par les nazis. Dans les ann&#233;es qui ont suivi, ce qui me plaisait c'&#233;tait de jouer de la guitare, d'&#233;crire des chansons. Nous nous retrouvions dans des ruines de vieux ch&#226;teaux comme &#224; Waderlinden. Et puis, il y avait des filles... Malgr&#233; l'histoire de mon p&#232;re, je ne faisais pas de politique au sens partisan. C'&#233;tait tr&#232;s romantique tout &#231;a. Nous ne voulions pas porter l'uniforme de la Hitlerjugend. In&#233;vitablement, une jeunesse libre, &#231;a ne plaisait pas aux nazis. Nous nous sommes engag&#233;s dans la lutte contre Hitler. Avec mes copains Heinz Wunderlich et Willi Colling, je suis entr&#233; chez les Pirates gr&#226;ce &#224; mon camarade de classe, Ferdinand Steingass, plus tard prisonnier de la Gestapo avec moi.&lt;/q&gt; &#192; l'automne 1944, Jean participe &#224; l'attaque de la &#171; maison EL-DE [[La maison EL-DE (en allemand : EL-DE-Haus) &#233;tait une prison de la Gestapo situ&#233;e dans le centre-ville Nord de Cologne. L'appellation EL-DE lui vient des initiales du commer&#231;ant colognais Leopold Dahmen (L.D.) qui l'avait fait construire. Elle abrite aujourd'hui un centre documentaire sur le nazisme.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb4-14&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh4-14&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 4-14&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;14&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;Les &lt;i&gt;Pimpf &lt;/i&gt; formaient la classe d'&#226;ge la plus jeune des JH, d&#232;s l'&#226;ge de six ans.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb4-15&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh4-15&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 4-15&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;15&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;Cit&#233; par Roger Faligot, &lt;i&gt;La Rose et l'Edelweiss&lt;/i&gt;&lt;i&gt;. Ces ados qui combattaient sous le nazisme&lt;/i&gt;, 1933-1945, La D&#233;couverte, 2009, p. 195-196.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		
		</content:encoded>


		
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		<title>Marinus et Georg : comment r&#233;sister au nazisme ? </title>
		<link>https://www.partage-noir.fr/marinus-et-georg-comment-resister-au-nazisme</link>
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		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Fran&#231;ois Roux</dc:creator>


		<dc:subject>Allemagne</dc:subject>
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		<dc:subject>&lt;i&gt;Gavroche - Revue d'histoire populaire&lt;/i&gt;</dc:subject>
		<dc:subject>Helmut R&#252;diger</dc:subject>

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&lt;p&gt;Jusqu'au putsch manqu&#233; du 20 juillet 1944, les tentatives les plus abouties contre le r&#233;gime de Hitler ont &#233;t&#233; deux actes personnels l'incendie du Reichstag et l'attentat de la brasserie B&#252;rgerbra&#252;keller. &lt;br class='autobr' /&gt; Pendant plus d'un demi-si&#232;cle Marinus Van der Lubbe (1909-1934) et Georg Elser (1903-1945) ont &#233;t&#233; pr&#233;sent&#233;s par les historiens comme des agents hitl&#233;riens. La preuve est faite aujour&#173;d'hui qu'ils ont r&#233;sist&#233; au nazisme au prix de leur vie. Pourtant, la plupart des livres scolaires, des (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://www.partage-noir.fr/+-source-fragments-d-histoire-de-la-gauche-radicale-+" rel="tag"&gt;Archives Autonomies&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.partage-noir.fr/+-gavroche-revue-d-histoire-populaire-+" rel="tag"&gt;&lt;i&gt;Gavroche - Revue d'histoire populaire&lt;/i&gt;&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.partage-noir.fr/+-helmut-rudiger-419-+" rel="tag"&gt;Helmut R&#252;diger&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;img src='https://www.partage-noir.fr/local/cache-vignettes/L150xH84/sans_titre-2vvv-1ed6f.png?1774702919' class='spip_logo spip_logo_right' width='150' height='84' alt=&#034;&#034; /&gt;
		&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;Jusqu'au putsch manqu&#233; du 20 juillet 1944, les tentatives les plus abouties contre le r&#233;gime de Hitler ont &#233;t&#233; deux actes personnels l'incendie du Reichstag et l'attentat de la brasserie &lt;i&gt;B&#252;rgerbra&#252;keller. &lt;/i&gt;&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;Pendant plus d'un demi-si&#232;cle Marinus Van der Lubbe (1909-1934) et Georg Elser (1903-1945) ont &#233;t&#233; pr&#233;sent&#233;s par les historiens comme des agents hitl&#233;riens. La preuve est faite aujour&#173;d'hui qu'ils ont r&#233;sist&#233; au nazisme au prix de leur vie. Pourtant, la plupart des livres scolaires, des dictionnaires et des encyclop&#233;dies persistent &#224; affirmer que les deux combattants solitaires ont &#233;t&#233; manipul&#233;s, l'incendie du Reichstag comme l'atten&#173;tat de la brasserie munichoise &lt;i&gt;B&#252;rgerbra&#252;keller &lt;/i&gt; ayant objectivement servi les desseins de Hitler&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb5-1&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Sur les circonstances de l'incendie du Reichstag et son historiographie, (&#8230;)&#034; id=&#034;nh5-1&#034;&gt;1&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;. L'incompr&#233;hension rencontr&#233;e par ces deux actes de r&#233;sistance et leur r&#233;cup&#233;ration par le r&#233;gime national-socialiste illustrent l'extr&#234;me difficult&#233; de la lutte contre une dictature totalitaire.&lt;/p&gt;
&lt;h3 class=&#034;spip&#034;&gt;L'INCENDIE DU REICHSTAG &lt;/h3&gt;
&lt;p&gt;Un mois apr&#232;s que les conservateurs allemands eurent install&#233; Hitler &#224; la Chancellerie en d&#233;pit de son &#233;chec &#233;lectoral de novembre 1932, le Reichstag br&#251;lait. Le jour m&#234;me (le 27 f&#233;vrier 1933), un jeune militant du KPD (&lt;i&gt;Kommunistische Partei Deutschlands&lt;/i&gt; ; Parti communiste allemand) trans&#173;mit la nouvelle dans une lettre &#224; son correspondant fran&#231;ais, Daniel Gu&#233;rin&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb5-2&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Daniel Gu&#233;rin, Sur le fascisme I, La peste brune, &#171; petite collection (&#8230;)&#034; id=&#034;nh5-2&#034;&gt;2&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;. Sous sa plume, la provoca&#173;tion ne faisait pas l'ombre d'un doute : &lt;q style=&#034;font-style: italic;&#034;&gt;J'aimerais voir l'idiot qui a incendi&#233; le Reichstag en croyant agir dans l'int&#233;r&#234;t du prol&#233;tariat !&lt;/q&gt; s'exclamait-il. Puis, pr&#233;voyant la terreur de masse qui allait se d&#233;cha&#238;ner quelques heures plus tard, il concluait sobrement : &lt;q style=&#034;font-style: italic;&#034;&gt;Cette lettre sera probablement la der&#173;ni&#232;re &lt;span style=&#034;font-style:normal;&#034;&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb5-3&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Ibid., p. 52.&#034; id=&#034;nh5-3&#034;&gt;3&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;/span&gt;.&lt;/q&gt; D&#233;j&#224; la radio de Goebbels annon&#231;ait la ver&#173;sion officielle de la culpabilit&#233; des &#171; bolcheviks &#187;...&lt;/p&gt;
&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;div class='spip_document_5122 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_right spip_document_right spip_document_avec_legende' data-legende-len=&#034;47&#034; data-legende-lenx=&#034;x&#034;
&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href='https://www.partage-noir.fr/IMG/jpg/reichstagsbrand.jpg' class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/jpeg&#034;&gt; &lt;img src='https://www.partage-noir.fr/local/cache-vignettes/L150xH185/reichstagsbrand-32524-2af99.jpg?1774714822' width='150' height='185' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;figcaption class='spip_doc_legende'&gt; &lt;div class='spip_doc_descriptif '&gt;&lt;small&gt;Le Reichstag en flammes &lt;br&gt;le 27 f&#233;vrier 1933.&lt;/small&gt;
&lt;/div&gt; &lt;/figcaption&gt;&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;
&lt;p&gt;Les militants du KPD qui connaissaient l'&#233;tat de faiblesse de leur parti et son incapacit&#233; &#224; orchestrer un soul&#232;vement furent les seuls &#224; ne pas croire &#224; un attentat communiste. Sur le moment, cette explica&#173;tion parut logique &#224; la plupart des Allemands, y compris aux chefs nazis, totalement paniqu&#233;s ce soir-l&#224; aux dires des t&#233;moins et des policiers pr&#233;&#173;sents devant le Reichstag. Persuad&#233;s que le KPD ne se laisserait pas abattre sans r&#233;sistance, les nou&#173;veaux ma&#238;tres de l'Allemagne se pr&#233;paraient depuis leur arriv&#233;e au pouvoir &#224; une insurrection. Le 31 janvier, au lendemain de l'intronisation de Hitler, le journal intime de Goebbels relate une conf&#233;rence consacr&#233;e &#224; &lt;q style=&#034;font-style: italic;&#034;&gt;jeter les grandes lignes de la lutte arm&#233;e contre la terreur rouge&lt;/q&gt; d&#232;s que se manifesteraient &lt;q style=&#034;font-style: italic;&#034;&gt;les tentatives de r&#233;volution bolchevique&lt;/q&gt;. Le soir du 27 f&#233;vrier 1933, le ministre de la Propagande nota que l'incendie constituait &lt;q style=&#034;font-style: italic;&#034;&gt;l'ultime tentative &lt;span style=&#034;font-style:normal;&#034;&gt;[des communistes]&lt;/span&gt; pour semer la confusion par le feu et la terreur afin de s'emparer du pouvoir &#224; la faveur de la panique g&#233;n&#233;rale &lt;span style=&#034;font-style:normal;&#034;&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb5-4&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;27 f&#233;vrier 1933.&#034; id=&#034;nh5-4&#034;&gt;4&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;/span&gt;&lt;/q&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;div class='spip_document_5123 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_left spip_document_left spip_document_avec_legende' data-legende-len=&#034;94&#034; data-legende-lenx=&#034;xx&#034;
&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='https://www.partage-noir.fr/local/cache-vignettes/L150xH233/marinusvanderlubbe1-2-d90d3-c4013.jpg?1774714822' width='150' height='233' alt='' /&gt;
&lt;figcaption class='spip_doc_legende'&gt; &lt;div class='spip_doc_descriptif '&gt;&lt;small&gt;Photographie d'identit&#233; judiciaire de Marinus van der Lubbe prise peu apr&#232;s son arrestation.&lt;/small&gt;
&lt;/div&gt; &lt;/figcaption&gt;&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;
&lt;p&gt;Interpell&#233; dans le b&#226;timent en flammes, le mili&#173;tant internationaliste hollandais Marinus Van der Lubbe avait imm&#233;diatement revendiqu&#233; son acte et les enqu&#234;teurs firent part &#224; G&#246;ring de leur convic&#173;tion qu'ils tenaient l&#224; le seul coupable. C'est alors que les nazis, rassur&#233;s, d&#233;cid&#232;rent de pr&#233;senter l'embrasement du Reichstag comme le signal d'une insurrection de &#171; l'Arm&#233;e rouge &#187; dont le KPD les mena&#231;ait depuis des mois.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Quelques ann&#233;es plus tard l'opposant Sebastian Haffner revint sur les r&#233;actions de l'opinion au lendemain de l'incendie : &lt;q style=&#034;font-style: italic;&#034;&gt;l'aspect le plus int&#233;&#173;ressant de l'incendie du Reichstag fut peut-&#234;tre que tout le monde, ou presque, admit la th&#232;se de la culpabilit&#233; communiste. M&#234;me les sceptiques trouvaient au moins que ce n'&#233;tait pas tout &#224; fait impossible. C'&#233;tait la faute des communistes eux-m&#234;mes. Au cours des derni&#232;res ann&#233;es, leur parti &#233;tait devenu de plus en plus puissant, ils n'avaient cess&#233; de brandir leur &lt;q style=&#034;font-style: italic;&#034;&gt;d&#233;termination&lt;/q&gt;, et en fait personne ne les croyait capables de se laisser interdire et exterminer sans d&#233;fense. Durant tout le mois de f&#233;vrier on avait louch&#233; sur la gauche, attendant la riposte des commu&#173;nistes. &lt;span style=&#034;font-style:normal;&#034;&gt;[...]&lt;/span&gt; Le mythe nazi du putsch communiste d&#233;jou&#233; tomba sur un terrain de cr&#233;dulit&#233; pr&#233;par&#233; par les communistes eux-m&#234;mes. Qui pouvait savoir qu'il n'y avait rien derri&#232;re leurs poings brandis &lt;span style=&#034;font-style:normal;&#034;&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb5-5&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Sebastian Haffner, Histoire d'un Allemand. Souvenirs 1914-1933, Actes Sud, (&#8230;)&#034; id=&#034;nh5-5&#034;&gt;5&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;/span&gt; ?&lt;/q&gt;&lt;/p&gt;
&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;div class='spip_document_5124 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_right spip_document_right spip_document_avec_legende' data-legende-len=&#034;17&#034; data-legende-lenx=&#034;&#034;
&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href='https://www.partage-noir.fr/IMG/jpg/antonpannekoek1908.jpg' class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/jpeg&#034;&gt; &lt;img src='https://www.partage-noir.fr/local/cache-vignettes/L150xH210/antonpannekoek1908-d59a1-0a6b1.jpg?1774714822' width='150' height='210' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;figcaption class='spip_doc_legende'&gt; &lt;div class='spip_doc_descriptif '&gt;&lt;small&gt;Anton Pannekoek&lt;/small&gt;
&lt;/div&gt; &lt;/figcaption&gt;&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;
&lt;p&gt;Quant &#224; Marinus, une fois arr&#234;t&#233;, &lt;q style=&#034;font-style: italic;&#034;&gt;il lui fallut reconna&#238;tre, lui qui n'avait pas abandonn&#233; la cause, que la cause l'avait abandonn&#233; &lt;span style=&#034;font-style:normal;&#034;&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb5-6&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Georg K. Glaser, Secret et violence. Chronique des ann&#233;es rouge et brun (&#8230;)&#034; id=&#034;nh5-6&#034;&gt;6&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;/span&gt;&lt;/q&gt;. Pendant le proc&#232;s de Leipzig o&#249; il comparut &#224; l'automne 1933 en m&#234;me temps que plusieurs dirigeants communistes, le jeune homme qui avait &#233;t&#233; maltrait&#233;, sans doute drogu&#233;, et qui souf&#173;frait d'une quasi-c&#233;cit&#233;, parut totalement &#224; la d&#233;rive. Entour&#233; d'ennemis, trait&#233; de provocateur nazi par les communistes et de provocateur com&#173;muniste par les nazis, il avait cependant trouv&#233; quelques d&#233;fenseurs hors d'Allemagne, dans la mouvance &#171; conseilliste &#187; et chez les libertaires. Son comit&#233; de soutien aux Pays-Bas, anim&#233; par des militants connus et respect&#233;s tel que Jan Appel et Anton Pannekoek, ainsi que le Comit&#233; International Van der Lubbe &#224; Paris diffusaient ses &#233;crits qui r&#233;v&#233;laient un jeune homme &lt;q style=&#034;font-style: italic;&#034;&gt;intelli&#173;gent et solitaire, sans attache avec aucun groupe politique mais anim&#233; d'un sens aigu de l'injustice face &#224; la mis&#232;re de la classe ouvri&#232;re dans le sys&#173;t&#232;me capitaliste &lt;span style=&#034;font-style:normal;&#034;&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb5-7&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Ian Kershaw, Hitler, t. I : 1889-1936, Flammarion 2001, p. 648.&#034; id=&#034;nh5-7&#034;&gt;7&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;/span&gt;&lt;/q&gt;. Ces quelques voix avaient le plus grand mal &#224; se faire entendre, y compris au sein du mouvement anarchiste. Andr&#233; Prudhommeaux, d&#233;fenseur passionn&#233; de Marinus, dut cesser sa collaboration au &lt;i&gt;Libertaire &lt;/i&gt; qui d&#233;non&#231;ait l'incendiaire du Reichstag comme &lt;q style=&#034;font-style: italic;&#034;&gt;un agent d'Hitler&lt;span style=&#034;font-style:normal;&#034;&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb5-8&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Cf. la s&#233;rie d'articles d'Andr&#233; Prudhommeaux, &#171; L'ordre r&#232;gne en Alle&#173;magne. (&#8230;)&#034; id=&#034;nh5-8&#034;&gt;8&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;/span&gt;&lt;/q&gt;. Pendant ce temps, le Komintern, soucieux de faire oublier sa strat&#233;gie suicidaire au moment de l'ascension &#233;lectorale du parti national-socialiste et l'&#233;crasement sans combat du KPD apr&#232;s l'arriv&#233;e au pouvoir de Hitler, organisait la diffusion du &lt;i&gt;Livre brun sur l'incendie du Reichstag et la terreur hitl&#233;rienne &lt;/i&gt; publi&#233; sous la direction de Willy M&#252;nzenberg. Cet ouvrage traduit en quinze langues et tir&#233; &#224; un million d'exemplaires, truff&#233; de calomnies et de documents aussi faux que ceux produits par les nazis &#224; Leipzig, accusait Marinus d'&#234;tre un agent hitl&#233;rien et, entre autres affabulations, d'avoir &#233;t&#233; l'amant de G&#246;ring... Le &#171; contre-proc&#232;s du Reichstag &#187; organis&#233; &#224; Londres en septembre 1933, avant m&#234;me que le &lt;i&gt;Reichsgericht &lt;/i&gt; ouvre le sien, pr&#233;senta les mensonges du &lt;i&gt;Livre brun &lt;/i&gt; comme des faits av&#233;r&#233;s. Ses d&#233;bats et son verdict furent retranscrits par les journaux du monde entier. Face au rouleau compresseur de la propagande du Komintern, quel impact pouvait avoir le &lt;i&gt;Livre rouge&lt;/i&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb5-9&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Roodboek Van der Lubbe en de Rijksdagbrand [Livre rouge sur Van der Lubbe et (&#8230;)&#034; id=&#034;nh5-9&#034;&gt;9&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt; publi&#233; le 21 septembre par les amis de Marinus ? La conclusion de Daniel Gu&#233;rin &#224; son recueil d'articles sur l'Allemagne de 1933 exprimait bien le sentiment g&#233;n&#233;ral &#224; gauche : &lt;q style=&#034;font-style: italic;&#034;&gt;Tout s'&#233;claire. Les assassins de Karl et de Rosa, les incendiaires du Reichstag, telle est l'engeance &#224; laquelle recourt la bourgeoisie aux abois pour prolonger sa domination &lt;span style=&#034;font-style:normal;&#034;&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb5-10&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Daniel Gu&#233;rin, op. cit., p. 126.&#034; id=&#034;nh5-10&#034;&gt;10&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;/span&gt;.&lt;/q&gt;&lt;/p&gt;
&lt;div class=&#034;texteencadre-spip spip&#034;&gt; &lt;strong&gt;Calomniez, calomniez, il en restera toujours quelque chose... &lt;/strong&gt; &lt;br clear=&#034;all&#034;&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;div class='spip_document_5125 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_left spip_document_left spip_document_avec_legende' data-legende-len=&#034;16&#034; data-legende-lenx=&#034;&#034;
&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='https://www.partage-noir.fr/local/cache-vignettes/L150xH160/csm_15637a_1e102499f4-dcb5a-4655b.jpg?1774714822' width='150' height='160' alt='' /&gt;
&lt;figcaption class='spip_doc_legende'&gt; &lt;div class='spip_doc_descriptif '&gt;&lt;small&gt;Helmut R&#252;diger&lt;/small&gt;
&lt;/div&gt; &lt;/figcaption&gt;&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;
&lt;p&gt;La th&#232;se mensong&#232;re du &lt;i&gt;Livre brun &lt;/i&gt; influen&#231;a durablement les antifascistes, bien au-del&#224; des staliniens. Rudolf Rocker, militant anarchiste allemand r&#233;fugi&#233; aux &#201;tats-Unis apr&#232;s 1933, la reprit &#224; son compte dix ans plus tard dans ses &lt;i&gt;M&#233;moires&lt;/i&gt;. Daniel Gu&#233;rin ne rectifia pas non plus son juge&#173;ment dans les r&#233;&#233;ditions successives de ses articles en 1945 et en 1965. Helmut R&#252;digerfut l'un des rares internationa&#173;listes &#224; reconna&#238;tre publiquement s'&#234;tre tromp&#233; sur Marinus. (cf., lettres envoy&#233;es &#224; Andr&#233; Prudhommeaux le 30/10 et le 14/11/1959, cit&#233;es dans Nico Jassies, &lt;i&gt;op. cit&lt;/i&gt;.)&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Le proc&#232;s de Leipzig ayant d&#233;montr&#233; que ni le KPD ni le Komintern n'avaient &#224; voir avec l'incendie, la th&#232;se d'une machination nazie sem&#173;blait en effet s'imposer. Un solide faisceau de pr&#233;&#173;somptions accr&#233;ditait l'id&#233;e que le feu aurait &#233;t&#233; mis par les hitl&#233;riens eux-m&#234;mes, avec ou sans le concours de Van der Lubbe : l'incendie tombait trop bien ; les d&#233;crets pris la nuit m&#234;me et le lende&#173;main avaient manifestement &#233;t&#233; pr&#233;par&#233;s &#224; l'avance et G&#246;ring, dont la r&#233;sidence se trouvait reli&#233;e au Reichstag par un souterrain, se serait vant&#233; d'avoir organis&#233; lui-m&#234;me l'attentat&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb5-11&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Dans son livre, Le Troisi&#232;me Reich, des origines &#224; la chute, Stock, I 962, (&#8230;)&#034; id=&#034;nh5-11&#034;&gt;11&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;. Enfin et surtout, comment imaginer qu'un &#233;tranger de vingt-quatre ans qui ne semblait pas en pleine pos&#173;session de ses facult&#233;s intellectuelles ait pu, sans complicit&#233;s, d&#233;jouer la vigilance des sentinelles, p&#233;n&#233;trer par effraction dans le b&#226;timent et mettre le feu &#224; un &#233;difice aussi vaste en quelques minutes&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb5-12&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;L'enqu&#234;te de Fritz Tobias (Der Reichstagbrand, Rastatt, Grote, 1962) a (&#8230;)&#034; id=&#034;nh5-12&#034;&gt;12&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt; ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le journaliste et historien am&#233;ricain William L. Shirer qui r&#233;sida &#224; Berlin de 1934 &#224; la fin 1940 concluait, vingt-cinq ans plus tard, &#224; la &lt;q style=&#034;font-style: italic;&#034;&gt;quasi-certitude&lt;/q&gt; de la culpabilit&#233; des nazis. &lt;q style=&#034;font-style: italic;&#034;&gt;Un com&#173;muniste hollandais &#224; demi idiot, un maniaque incendiaire, Marinus Van der Lubbe&lt;/q&gt; avait &#233;t&#233; leur &lt;q style=&#034;font-style: italic;&#034;&gt;dupe&lt;/q&gt;, &#233;crivit-il. &lt;q style=&#034;font-style: italic;&#034;&gt;La co&#239;ncidence qui veut que les nazis aient trouv&#233; un communiste pyro&#173;mane pr&#234;t &#224; faire exactement ce qu'eux-m&#234;mes avaient d&#233;cid&#233; d'entreprendre peut para&#238;tre incroyable, mais les preuves ne manquent pourtant pas &#224; l'appui de cette th&#232;se. &lt;span style=&#034;font-style:normal;&#034;&gt;[...]&lt;/span&gt; c'&#233;taient des troupes d'assaut qui &#8211; &#224; son insu naturellement &#8211; devaient faire le plus gros du travail. Il fut m&#234;me &#233;tabli au proc&#232;s qui eut lieu par la suite &#224; Leipzig que le d&#233;bile mental hollandais ne poss&#233;dait pas les moyens de mettre si rapidement le feu &#224; un b&#226;timent aussi vaste &lt;span style=&#034;font-style:normal;&#034;&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb5-13&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;William L. Shirer, op. cit.,p. 213.&#034; id=&#034;nh5-13&#034;&gt;13&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;/span&gt;&lt;/q&gt; Ce point de vue fut par&#173;tag&#233; &#224; l'issue du proc&#232;s de Leipzig par presque tous les antinazis.&lt;/p&gt;
&lt;div class=&#034;texteencadre-spip spip&#034;&gt;&lt;strong&gt;Un &#171; Gruppe V. d. Lubbe &#187; sur le front d'Aragon &lt;/strong&gt; &lt;br&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;div class='spip_document_4765 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_right spip_document_right spip_document_avec_legende' data-legende-len=&#034;20&#034; data-legende-lenx=&#034;&#034;
&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='https://www.partage-noir.fr/local/cache-vignettes/L150xH158/sans_titre-1-25-130b4-21b37.jpg?1774714822' width='150' height='158' alt='' /&gt;
&lt;figcaption class='spip_doc_legende'&gt; &lt;div class='spip_doc_descriptif '&gt;&lt;small&gt;Andr&#233; Prudhommeaux &lt;/small&gt;
&lt;/div&gt; &lt;/figcaption&gt;&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;
&lt;p&gt;Accouru en Espagne en 1936, Andr&#233; Prudhommeaux tenta de cr&#233;er un &#171; Groupe Marinus Van der Lubbe &#187; au sein de la FAI, mais le Gruppe DAS (Deutsche Anarcho-Syndikalisten&lt;/i&gt; s'y opposa. Les Gim&#233;nologues me signalent n&#233;anmoins un courrier interne au DAS mentionnant un &#171; Gruppe V. d. Lubbe &#187; sur le front d'Aragon en 1937 (IISG archives FAI, 1 page II des lettres au camarade Michel 2-2-37). En 1959, dans un &#233;change de lettres avec l'anarcho-syndicaliste Helmut Rudiger, Andr&#233; Prudhommeaux observait : &lt;q style=&#034;font-style: italic;&#034;&gt;En Espagne, la ligne de d&#233;marcation entre anarchistes partisans ou adversaires de Marinus passait par les m&#234;mes hommes que le militarisme et l'antimilitarisme, le gouvernementalisme et l'anti-&#233;tatisme&lt;/q&gt; (cit&#233; dans Nico Jassies,&lt;i&gt; op. cit.&lt;/i&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;div class='spip_document_5126 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_left spip_document_left spip_document_avec_legende' data-legende-len=&#034;19&#034; data-legende-lenx=&#034;&#034;
&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='https://www.partage-noir.fr/local/cache-vignettes/L150xH220/willymunzenberg2-ceb88-994fb.jpg?1774714822' width='150' height='220' alt='' /&gt;
&lt;figcaption class='spip_doc_legende'&gt; &lt;div class='spip_doc_descriptif '&gt;&lt;small&gt;Willi M&#252;nzenberg.&lt;/small&gt;
&lt;/div&gt; &lt;/figcaption&gt;&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;
&lt;p&gt;Dans &lt;i&gt;Hi&#233;roglyphes&lt;/i&gt;, Arthur Koestler, pourtant on ne peut plus au fait des manipulations staliniennes, persiste dans les mensonges du&lt;i&gt; Livre brun&lt;/i&gt; &#224; la r&#233;daction duquel il avait particip&#233; vingt ans plus t&#244;t. Il brosse le portrait d'un Marinus &lt;q style=&#034;font-style: italic;&#034;&gt;psycho&#173;pathe&lt;/q&gt;, &lt;q style=&#034;font-style: italic;&#034;&gt;menteur&lt;/q&gt;, &lt;q style=&#034;font-style: italic;&#034;&gt;maladivement avide de gloire&lt;/q&gt;, manipul&#233; par &lt;q style=&#034;font-style: italic;&#034;&gt;des amis homosexuels&lt;/q&gt; et symbole &lt;q style=&#034;font-style: italic;&#034;&gt;de la g&#233;n&#233;ration d&#233;sax&#233;e d'entre deux guerres &lt;span style=&#034;font-style:normal;&#034;&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb5-14&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Arthur Koestler, Hi&#233;&#173;roglyphes 2, Calmann-L&#233;vy, 1955, p. 61 et sq.&#034; id=&#034;nh5-14&#034;&gt;14&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;/span&gt;&lt;/q&gt;. Koestler reprend sans pr&#233;caution la biographie de Marinus fabriqu&#233;e de toutes pi&#232;ces par le Komintern, en particulier l'histoire de ses &lt;q style=&#034;font-style: italic;&#034;&gt;relations avec les milieux homosexuels qui gravi&#173;taient autour du capitaine Roehm&lt;/q&gt;. L'auteur du&lt;i&gt; Z&#233;ro et l'infini &lt;/i&gt; que la presse stalinienne avait si souvent tra&#238;n&#233; dans la boue retrouve, pour d&#233;crire Marinus, les m&#234;mes termes que les journaux communistes (et nazis) de l'&#233;poque : &lt;q style=&#034;font-style: italic;&#034;&gt;Lubbe, une apparition affreuse, moiti&#233; homme, moiti&#233; b&#234;te. La salive coulait de sa bouche et la morve de son nez, sur le plancher. &lt;span style=&#034;font-style:normal;&#034;&gt;[...]&lt;/span&gt; Debout, Lubbe laissait pendre ses mains et penchait le menton sur sa poitrine, tel un chimpanz&#233;.&lt;/q&gt; L'ancien collaborateur de Willy M&#252;nzenberg reconna&#238;t pourtant que la composi&#173;tion du &lt;i&gt;Livre brun&lt;/i&gt; reposait sur &lt;q style=&#034;font-style: italic;&#034;&gt;des informations fragmentaires, des d&#233;ductions, des suppositions et du bluff. La seule certitude que nous poss&#233;dions &#233;tait que des nazis &#233;taient parvenus &#224; incendier le parlement&lt;/q&gt;, mais il ne lui vint pas &#224; l'id&#233;e que Marinus ait pu, comme lui-m&#234;me et tant de r&#233;volu&#173;tionnaires, &#234;tre victime du fascisme rouge.&lt;/p&gt;
&lt;h3 class=&#034;spip&#034;&gt;LA BOMBE DE LA BRASSERIE B&#220;RGERBRA&#220;KELLER &lt;/h3&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;div class='spip_document_5127 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_right spip_document_right spip_document_avec_legende' data-legende-len=&#034;13&#034; data-legende-lenx=&#034;&#034;
&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='https://www.partage-noir.fr/local/cache-vignettes/L150xH292/csm_elser_36023x_ff65ebe7bb-386f9-7bc63.jpg?1774714822' width='150' height='292' alt='' /&gt;
&lt;figcaption class='spip_doc_legende'&gt; &lt;div class='spip_doc_descriptif '&gt;&lt;small&gt;Georg Elser&lt;/small&gt;
&lt;/div&gt; &lt;/figcaption&gt;&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;
&lt;p&gt;Le contexte dans lequel &#233;clata la bombe fabri&#173;qu&#233;e par Georg Elser, le 8 novembre 1939 &#224; Munich, &#233;tait tout diff&#233;rent. Les hitl&#233;riens tenaient le pouvoir depuis presque 7 ans et aucune opposi&#173;tion ne se manifestait plus. Le Reich &#233;tait en guerre avec la France et l'Angleterre depuis l'invasion de la Pologne. Derri&#232;re la fa&#231;ade de l'unanimisme obligatoire, de nombreux sujets de m&#233;contente&#173;ment agitaient les Allemands : la peur d'un deuxi&#232;me conflit mondial, les difficult&#233;s &#233;cono&#173;miques aggrav&#233;es par le blocus, l'exasp&#233;ration contre la corruption des &lt;q style=&#034;font-style: italic;&#034;&gt;faisans dor&#233;s&lt;/q&gt; du NSDAP, sans compter la militarisation de la soci&#233;t&#233; qui s'&#233;tait renforc&#233;e depuis la mobilisa&#173;tion&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb5-15&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Les journaux intimes et les r&#233;cits des t&#233;moins alle&#173;mands (Ruth (&#8230;)&#034; id=&#034;nh5-15&#034;&gt;15&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;. Mais comment r&#233;sister ? Les &#201;glises et l'arm&#233;e, seules institutions &#224; avoir &#233;chapp&#233; &#224; la nazification, soutenaient le r&#233;gime. L'&#233;tat de guerre avait provoqu&#233; le renforcement des moyens et des pouvoirs de la police. La d&#233;lation et la tor&#173;ture institutionnalis&#233;es rendaient presque impos&#173;sible l'organisation d'une r&#233;sistance collective, sans m&#234;me parler d'une insurrection. Rien ne sem&#173;blait en mesure de d&#233;stabiliser le pouvoir nazi, sinon la disparition de Hitler.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Nombreux devaient &#234;tre les Allemands parvenus &#224; cette conclusion. Cependant, qui, hormis les militaires, aurait eu les moyens de commettre un attentat contre le dictateur ? Lorsqu'ils apprirent qu'une bombe avait manqu&#233; le F&#252;hrer &#224; quelques minutes pr&#232;s dans la &lt;i&gt;B&#252;rgerbra&#252;keller&lt;/i&gt;, la pre&#173;mi&#232;re r&#233;action des antinazis fut de penser &#224; une nouvelle manipulation.&lt;/p&gt;
&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;div class='spip_document_5128 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_left spip_document_left spip_document_avec_legende' data-legende-len=&#034;81&#034; data-legende-lenx=&#034;xx&#034;
&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='https://www.partage-noir.fr/local/cache-vignettes/L150xH201/12-530378-3d6fc-5e059.jpg?1774714822' width='150' height='201' alt='' /&gt;
&lt;figcaption class='spip_doc_legende'&gt; &lt;div class='spip_doc_descriptif '&gt;&lt;small&gt;Georg Elser. Photo prise pendant les interrogatoires du 19 au 23 novembre 1939.&lt;/small&gt;
&lt;/div&gt; &lt;/figcaption&gt;&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;
&lt;p&gt;Georg Elser avait &#233;t&#233; arr&#234;t&#233; le soir m&#234;me en ten&#173;tant de franchir la fronti&#232;re suisse. Soumis &#224; un interrogatoire muscl&#233;, il avait affirm&#233; avoir fabri&#173;qu&#233; et pos&#233; la bombe sans aucune complicit&#233;. Les chefs nazis ne pouvaient croire que le menuisier souabe ait pu agir seul. Pourtant ils devaient rapi&#173;dement donner &#224; l'opinion publique des explica&#173;tions sur cette explosion qui avait fait sept morts et soixante-trois bless&#233;s parmi les membres du parti. Le lendemain, le journal fond&#233; par Hitler, le &lt;i&gt;V&#246;lkischer Beobachter&lt;/i&gt;, fut le seul &#224; parler de l'attentat. Il annon&#231;a que les services secrets anglais avaient tent&#233; d'assassiner le F&#252;hrer sur ordre de Chamberlain. Pour corroborer cette th&#232;se, Himmler avait envoy&#233; aussit&#244;t un commando de gestapistes en Hollande pour enlever deux agents de l'Intelligence Service qu'il pr&#233;senta comme les commanditaires de l'attentat ex&#233;cut&#233; par Elser.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La mise en cause de l'Angleterre visait deux objectifs : souder le pays derri&#232;re Hitler &#8211; car le F&#252;hrer restait bien plus populaire que son r&#233;gime et beaucoup d'Allemands redoutaient un chaos total s'il venait &#224; dispara&#238;tre en pleine guerre &#8211; et assimiler les opposants &#224; des tra&#238;tres pr&#234;ts &#224; s'allier &#224; l'ennemi pour poser des bombes en Allemagne. &lt;q style=&#034;font-style: italic;&#034;&gt;La tentative d'assassinat va sans nul doute dur&#173;cir l'opinion publique derri&#232;re Hitler et exciter la haine contre l'Angleterre, &lt;span style=&#034;font-style:normal;&#034;&gt;&#233;crivit William Shirer dans son &lt;span style=&#034;font-style:normal;&#034;&gt;Journal&lt;/span&gt; le soir du 8 novembre.&lt;/span&gt; La plu&#173;part d'entre nous pensent que cela ressemble &#233;trangement &#224; un autre incendie du Reichstag &lt;span style=&#034;font-style:normal;&#034;&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb5-16&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;William L. Shirer, op. cit., p. 695.&#034; id=&#034;nh5-16&#034;&gt;16&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;/span&gt;.&lt;/q&gt;&lt;/p&gt;
&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;div class='spip_document_5129 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_right spip_document_right spip_document_avec_legende' data-legende-len=&#034;24&#034; data-legende-lenx=&#034;&#034;
&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='https://www.partage-noir.fr/local/cache-vignettes/L150xH211/ruth_andreas-friedrich_low_resolution-26ca0-2fe94.jpg?1774714822' width='150' height='211' alt='' /&gt;
&lt;figcaption class='spip_doc_legende'&gt; &lt;div class='spip_doc_descriptif '&gt;&lt;small&gt;Ruth Andreas-Friedrich&lt;/small&gt;
&lt;/div&gt; &lt;/figcaption&gt;&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;
&lt;p&gt;M&#234;me r&#233;action dans le journal intime de Ruth Andreas-Friedrich, une journaliste allemande engag&#233;e dans les r&#233;seaux d'aide aux Juifs : &lt;q style=&#034;font-style: italic;&#034;&gt;On a mont&#233; de toutes pi&#232;ces un nouvel incendie du Reichstag. &lt;span style=&#034;font-style:normal;&#034;&gt;[...]&lt;/span&gt; &#201;trange r&#233;p&#233;tition d'un m&#234;me comportement chez les deux coupables. Van der Lubbe, alors qu'il vient de mettre le feu au Reichstag et que les flammes roussissent d&#233;j&#224; sa veste, glisse sa carte de membre du Parti commu&#173;niste dans la poche de son pantalon. Soucieux de ce qu'on n'ait aucune peine &#224; la trouver, au cas &#233;ventuel o&#249; on l'arr&#234;terait. Elser fait la m&#234;me chose avec le plan de son attentat. &lt;span style=&#034;font-style:normal;&#034;&gt;[...]&lt;/span&gt;&lt;/q&gt; Ruth retranscrit plus loin les interrogations de ses amis : &lt;q style=&#034;font-style: italic;&#034;&gt;Si au moins il existait cet Elser ! &lt;span style=&#034;font-style:normal;&#034;&gt;[...]&lt;/span&gt; Mais il suffit d'une photo pour apaiser le peuple &lt;span style=&#034;font-style:normal;&#034;&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb5-17&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Ruth Andreas-Friedrich, A Berlin sous les nazis. Une Allemande contre (&#8230;)&#034; id=&#034;nh5-17&#034;&gt;17&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;/span&gt;. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pour &#233;tablir le parall&#232;le entre les deux affaires, Henri Berjar, un Fran&#231;ais qui vivait alors clandestinement &#224; Berlin, appliquait l'adage : cherchez &#224; qui profite le crime ! &lt;q style=&#034;font-style: italic;&#034;&gt;Goebbels et Himmler, instigateurs de la mise en sc&#232;ne, avaient r&#233;ussi un coup de ma&#238;tre : en un &#233;clair l'opinion publique se dressa contre les Alli&#233;s, qui avaient voulu tuer le F&#252;hrer. L'attentat de Munich ressemblait singuli&#232;rement &#224; l'incendie du Reichstag, qui fut l'&#339;uvre du pyromane G&#246;ring. Ce fut alors le pr&#233;texte pour d&#233;clencher une action de grande envergure contre les communistes, socialistes et syndicalistes allemands, qui furent arr&#234;t&#233;s, envoy&#233;s dans les camps ou fusill&#233;s &lt;span style=&#034;font-style:normal;&#034;&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb5-18&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Henri Berjar, Dans la gueule du loup. L'odyss&#233;e d'un r&#233;sistant fran&#231;ais &#224; (&#8230;)&#034; id=&#034;nh5-18&#034;&gt;18&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;/span&gt;.&lt;/q&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Outre les rumeurs, les adversaires du r&#233;gime ne disposaient pour leur information que de la propa&#173;gande de Goebbels et de celle des Alli&#233;s. L'ex&#173;-ambassadeur Ulrich von Hassel, conservateur anti&#173;nazi, ne croyait pas, lui non plus, &#224; un faux attentat : &lt;q style=&#034;font-style: italic;&#034;&gt;On chuchote &#233;videmment qu'il s'agit l&#224; d'un deuxi&#232;me &lt;q style=&#034;font-style: italic;&#034;&gt;incendie du Reichstag&lt;/q&gt;, donc d'un coup mont&#233; pour attiser la col&#232;re contre l'Angleterre. Je ne le crois pas, bien que les communiqu&#233;s de la Gestapo rendent la supposition plausible. Il me semble que le plus vraisemblable est une action communiste ou d'&#233;l&#233;ments m&#233;contents du parti &lt;span style=&#034;font-style:normal;&#034;&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb5-19&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Ulrich von Hassel, Journal d'un conjur&#233;, 1938-1944. L'insurrection de la (&#8230;)&#034; id=&#034;nh5-19&#034;&gt;19&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;/span&gt;&lt;/q&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;div class='spip_document_5130 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_left spip_document_left spip_document_avec_legende' data-legende-len=&#034;15&#034; data-legende-lenx=&#034;&#034;
&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='https://www.partage-noir.fr/local/cache-vignettes/L150xH205/helmut_hirsch-e51b9-6df24.jpg?1774714822' width='150' height='205' alt='' /&gt;
&lt;figcaption class='spip_doc_legende'&gt; &lt;div class='spip_doc_descriptif '&gt;&lt;small&gt;Helmut Hirsch&lt;/small&gt;
&lt;/div&gt; &lt;/figcaption&gt;&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;
&lt;p&gt;La premi&#232;re hypoth&#232;se est typique des fantasmes des opposants de la droite conservatrice. La seconde pouvait para&#238;tre plausible et s&#233;duisante &#224; ces m&#234;mes opposants : des attentats avaient &#233;t&#233; perp&#233;tr&#233;s apr&#232;s l'&#233;puration sanglante de l'&#233;t&#233; 1934 par de myst&#233;rieux &#171; vengeurs de R&#246;hm &#187; et Otto, le rescap&#233; des deux fr&#232;res Strasser&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb5-20&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Otto Strasse, avait &#233;t&#233; exclu du parti nazi en mai 1930 pour d&#233;viationnisme (&#8230;)&#034; id=&#034;nh5-20&#034;&gt;20&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;, avait &#233;t&#233; impliqu&#233; dans la tentative de l'&#233;tudiant juif Helmut Hirsch&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb5-21&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Helmut Hirsch fut condamn&#233; &#224; mort et ex&#233;cut&#233; le 4 juin 1937.&#034; id=&#034;nh5-21&#034;&gt;21&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt; pour assassiner Hitler &#224; Nuremberg le 4 juillet I 936. Or les conservateurs s'accrochaient &#224; l'id&#233;e que les antagonismes entre chefs nazis pourraient un jour d&#233;boucher sur une lutte ouverte entre les &#171; durs &#187; (Himmler, Goebbels) et les &#171; mod&#233;r&#233;s &#187; du r&#233;gime (dont le chef de file aurait &#233;t&#233; G&#246;ring). Ils esp&#233;raient que l'arm&#233;e se d&#233;cide&#173;rait &#224; intervenir au c&#244;t&#233; des seconds, soit pour imposer un national-socialisme &#171; raisonnable &#187;, soit pour restaurer la monarchie.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;William Shirer s'&#233;tait &#233;galement pos&#233; la question d'une guerre entre les clans au pouvoir. Il rappor&#173;tait cette confidence d'un ami allemand : &lt;q style=&#034;font-style: italic;&#034;&gt;Maintenant je suis certain que c'est Himmler qui a install&#233; cette bombe &lt;span style=&#034;font-style:normal;&#034;&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb5-22&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;William L. Shirer, Berlin Diary, le 21 novembre 1939.&#034; id=&#034;nh5-22&#034;&gt;22&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;/span&gt;&lt;/q&gt;. Mais s'agissait-il d'une mise en sc&#232;ne ou d'un v&#233;ritable attentat ? Helmuth Groscurth, autre opposant conservateur, membre du contre-espionnage, donc en principe bien inform&#233;, penchait pour une vraie tentative d'assas&#173;sinat : &lt;q style=&#034;font-style: italic;&#034;&gt;9.11.1939. Attentat de Munich : cercle sup&#173;pos&#233; des auteurs, &#233;ventuellement le d&#233;nomm&#233; &lt;q style=&#034;font-style: italic;&#034;&gt;cercle des pigeons voyageurs&lt;/q&gt; (anciens membres du parti d&#233;&#231;us), ou bien la Gestapo elle-m&#234;me, peut-&#234;tre en liaison avec G&#246;ring. le F&#252;hrer a &#233;t&#233; pr&#233;venu &#224; temps et a quitt&#233; la brasserie &lt;span style=&#034;font-style:normal;&#034;&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb5-23&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Cit&#233; par H&#233;l&#232;ne Camarade, &#201;critures de la R&#233;sistance. Le journal intime sous (&#8230;)&#034; id=&#034;nh5-23&#034;&gt;23&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;/span&gt;.&lt;/q&gt;&lt;/p&gt;
&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;div class='spip_document_2054 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_right spip_document_right spip_document_avec_legende' data-legende-len=&#034;13&#034; data-legende-lenx=&#034;&#034;
&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='https://www.partage-noir.fr/local/cache-vignettes/L150xH209/2021_09_17_fuhrung_georg_elser-12d2f-b2ca4.jpg?1774714822' width='150' height='209' alt='' /&gt;
&lt;figcaption class='spip_doc_legende'&gt; &lt;div class='spip_doc_descriptif '&gt;&lt;small&gt;Georg Elser&lt;/small&gt;
&lt;/div&gt; &lt;/figcaption&gt;&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;
&lt;p&gt;Malgr&#233; les tortures, Georg Elser avait maintenu sa version des faits et les enqu&#234;teurs de la Gestapo commen&#231;aient &#224; croire qu'il avait effectivement agi seul, mais il n'&#233;tait &#233;videmment pas question d'accr&#233;diter l'id&#233;e qu'un simple ouvrier pouvait avoir &#233;t&#233; &#224; deux doigts de tuer le F&#252;hrer tout puis&#173;sant. Le 21 novembre, les nazis affin&#232;rent leur sc&#233;&#173;nario et accus&#232;rent Otto Strasser&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb5-24&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Otto Strasser fut expuls&#233; de Suisse &#224; la suite de cette accusation.&#034; id=&#034;nh5-24&#034;&gt;24&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt; d'avoir organis&#233; l'attentat pour le compte des Anglais. Elser, dont le nom apparaissait pour la premi&#232;re fois, aurait d&#233;pos&#233; la bombe. Comme pour l'affaire du Reichstag, le complot invent&#233; de toutes pi&#232;ces brouitla parfaitement les cartes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;M&#233;fiant et d&#233;pit&#233;, Ulrich von Hassel se contenta d'&#233;num&#233;rer dans son journal les &#233;l&#233;ments de l'imbroglio tels qu'il les percevait : l'auteur de l'attentat, &lt;q style=&#034;font-style: italic;&#034;&gt;un homme qui avoue avec une &#233;ton&#173;nante facilit&#233;, et dont le comportement est en plu&#173;sieurs points &#233;nigmatique&lt;/q&gt; ; et ses instigateurs d&#233;sign&#233;s, &lt;q style=&#034;font-style: italic;&#034;&gt;Otto Strasser et le Secret Service&lt;/q&gt;. &lt;q style=&#034;font-style: italic;&#034;&gt;La radio anglaise nie tout, &#233;videmment &lt;span style=&#034;font-style:normal;&#034;&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb5-25&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Ulrich von Hassel, op. cit., p. 106-107.&#034; id=&#034;nh5-25&#034;&gt;25&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;/span&gt;&lt;/q&gt;, ajoutait-t-il.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Un an plus t&#244;t, un autre attentat avait servi de pr&#233;texte &#224; Goebbels pour d&#233;clencher le pogrome de la Nuit de cristal&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb5-26&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Le 7 novembre 1938 &#224; l'ambassade d' Allemagne &#224; Paris, un Juif polonais de (&#8230;)&#034; id=&#034;nh5-26&#034;&gt;26&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;. Les Juifs rest&#233;s en Allemagne virent donc naturellement dans la bombe de la &lt;i&gt;B&#252;rgerbra&#252;keller &lt;/i&gt; une nouvelle menace. &lt;q style=&#034;font-style: italic;&#034;&gt;Dans la nuit qui fait suite &#224; l'annonce de l'attentat (nous connaissons les coupables : l'Angleterre, et derri&#232;re elle la juiverie internatio&#173;nale), je m'attends &#224; des arrestations, des interne&#173;ments en camp de concentration, voire &#224; des fusillades &lt;span style=&#034;font-style:normal;&#034;&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb5-27&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Cit&#233; par H&#233;l&#232;ne Camarade, op. cit., p. 345. Journaliste et &#233;crivain, Victor (&#8230;)&#034; id=&#034;nh5-27&#034;&gt;27&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;/span&gt;&lt;/q&gt; &#233;crivit Victor Klemperer le 12 novembre, dans son journal. Le m&#234;me jour, Walter Tausk nota dans le sien : &lt;q style=&#034;font-style: italic;&#034;&gt;Le peuple s'interrogeait un peu partout : &lt;q style=&#034;font-style: italic;&#034;&gt;Que doit-on mettre en sc&#232;ne le 9.11 ? Il doit bien arriver de nouveau quelque chose. Ce jour-l&#224; ne pourra pas se passer sans un coup d'&#233;clat. Mais on ne pourra rien faire aux Juifs, car on leur a d&#233;j&#224; r&#233;gl&#233; leur compte l'ann&#233;e derni&#232;re &lt;span style=&#034;font-style:normal;&#034;&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb5-28&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Cit&#233; par H&#233;l&#232;ne Camarade, op. cit., p. 345. Walter Tausk, &#233;crivain juif de (&#8230;)&#034; id=&#034;nh5-28&#034;&gt;28&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;/span&gt;&lt;/q&gt;.&lt;/q&gt;&lt;/p&gt;
&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;div class='spip_document_5133 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_left spip_document_left spip_document_avec_legende' data-legende-len=&#034;13&#034; data-legende-lenx=&#034;&#034;
&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href='https://www.partage-noir.fr/IMG/jpg/downloadimage.jpg' class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/jpeg&#034;&gt; &lt;img src='https://www.partage-noir.fr/local/cache-vignettes/L150xH220/downloadimage-8a6d4-c0a17.jpg?1774714822' width='150' height='220' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;figcaption class='spip_doc_legende'&gt; &lt;div class='spip_doc_descriptif '&gt;&lt;small&gt;Fritz Kolbe&lt;/small&gt;
&lt;/div&gt; &lt;/figcaption&gt;&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;
&lt;p&gt;Une fois que la propagande nazie e&#251;t sem&#233; la confusion, plus aucun diariste ne soutint la bonne hypoth&#232;se, celle d'un homme seul, habile et d&#233;ter&#173;min&#233;. L'id&#233;e qu'il ait pu agir en solitaire d&#233;routait. C'&#233;tait pourtant la condition pour mener &#224; bien une telle entreprise. La d&#233;termination de Georg Elser inspira un autre r&#233;sistant isol&#233;, Fritz Kolbe. Apr&#232;s avoir d'abord cru &#224; une mise en sc&#232;ne orchestr&#233;e par Himmler, il s'&#233;tait interrog&#233; : &lt;q style=&#034;font-style: italic;&#034;&gt;D'un autre c&#244;t&#233;, si les SS sont vraiment les auteurs de ce vrai&#173;-faux attentat, comment expliquer qu'Hitler ait pris le risque de se placer aupr&#232;s d'un m&#233;canisme en marche, qui aurait pu d&#233;clencher l'explosion quelques minutes trop t&#244;t ? Et si Georg Elser avait agi seul, comme il le pr&#233;tend &lt;span style=&#034;font-style:normal;&#034;&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb5-29&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Lucas Delattre, Fritz Kolbe, un espion au c&#339;ur du IIIe Reich, Deno&#235;l, 2003, (&#8230;)&#034; id=&#034;nh5-29&#034;&gt;29&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;/span&gt; ? &lt;/q&gt;&lt;/p&gt;
&lt;h3 class=&#034;spip&#034;&gt;LE JUGEMENT FRELAT&#201; DE L'HISTOIRE &lt;/h3&gt;
&lt;p&gt;&#192; l'instar de son camarade hollandais, le menui&#173;sier souabe continue d'&#234;tre pr&#233;sent&#233; comme un presque demeur&#233; &lt;q style=&#034;font-style: italic;&#034;&gt;obtus &lt;span style=&#034;font-style:normal;&#034;&gt;[et]&lt;/span&gt; born&#233; &lt;span style=&#034;font-style:normal;&#034;&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb5-30&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;William L. Shirer ajoute : pas aussi idiot que Marinus Van der lubbe (op. (&#8230;)&#034; id=&#034;nh5-30&#034;&gt;30&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;/span&gt;&lt;/q&gt; dont le courage n'aurait &#233;t&#233; que de l'inconscience et la t&#233;nacit&#233; de l'ent&#234;tement. En somme, l'h&#233;ro&#239;sme de Marinus et Georg ne pourrait s'expliquer que par leur manque de discernement.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La volont&#233; plus ou moins consciente de rabaisser ces hommes qui sont all&#233;s au bout de leur engage&#173;ment s'explique par le profond malaise que suscit&#232;&#173;rent leurs actions dans les partis et organisations antinazis d'alors, et qu'ils continuent de provoquer chez leurs h&#233;ritiers. Le geste d&#233;sesp&#233;r&#233; de Marinus renvoyait toute la gauche allemande &#224; ses responsa&#173;bilit&#233;s dans l'accession de Hitler au pouvoir et &#224; sa reddition sans combat apr&#232;s des ann&#233;es de procla&#173;mations belliqueuses. Et si les communistes s'acharn&#232;rent particuli&#232;rement &#224; salir sa m&#233;moire, c'&#233;tait pour mieux faire oublier que la strat&#233;gie absurde du &#171; social-fascisme&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb5-31&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Sur instruction de Staline, le KPD renvoyait dos &#224; dos nazis et socialistes (&#8230;)&#034; id=&#034;nh5-31&#034;&gt;31&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt; &#187; impos&#233;e par Staline avait jou&#233; un r&#244;le d&#233;terminant dans la vic&#173;toire des nazis contre qui le KPD avait &#233;t&#233; inca&#173;pable de mobiliser les travailleurs. Le Komintern voulait accr&#233;diter l'id&#233;e que le parti communiste allemand, avant-garde du prol&#233;tariat le plus puis&#173;sant d'Europe, avait &#233;t&#233; emp&#234;ch&#233; de combattre par le &#171; coup de poignard dans le dos &#187; de l'incendie du Reichstag. D'ailleurs, le coup avait &#233;t&#233; port&#233; par un dissident communiste, c'est-&#224;-dire, dans la logique stalinienne, par un &#171; complice objectif &#187; des nazis.&lt;/p&gt;
&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;div class='spip_document_2055 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href='https://www.partage-noir.fr/IMG/jpg/elser4-edit-xlarge.jpg' class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/jpeg&#034;&gt; &lt;img src='https://www.partage-noir.fr/local/cache-vignettes/L500xH282/elser4-edit-xlarge-2dcbc.jpg?1774731505' width='500' height='282' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;
&lt;p&gt;Quant &#224; l'attentat de Georg, r&#233;alis&#233; avec une audace et une habilet&#233; inou&#239;es sit&#244;t la guerre d&#233;cla&#173;r&#233;e, il tranchait cruellement avec les tergiversa&#173;tions des g&#233;n&#233;raux allemands qui ne s'&#233;taient d&#233;ci&#173;d&#233;s &#224; agir qu'apr&#232;s six ann&#233;es de complots avort&#233;s et qui n'avaient pas &#233;t&#233; capables de faire mieux &#224; eux tous, malgr&#233; leur science militaire, malgr&#233; leurs armes, qu'un simple ouvrier menuisier.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Compar&#233; &#224; l'attentat manqu&#233; du 20 juillet 1944, celui de la &lt;i&gt;B&#252;rgerbra&#252;keller &lt;/i&gt; n'occupe qu'une toute petite place dans la plupart des livres consa&#173;cr&#233;s &#224; la r&#233;sistance antinazie. Au moins est-il reconnu comme un acte de r&#233;sistance, ce qui n'est jamais le cas de l'incendie du Reichstag. Pourquoi ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'argument le plus souvent invoqu&#233; consiste &#224; pr&#233;tendre qu'en d&#233;finitive, Marinus a exauc&#233; les souhaits des nazis, quand on ne le rend pas directe&#173;ment responsable de l'interdiction du KPD, de la terreur et de l'instauration de la dictature. Ce rai&#173;sonnement pourrait s'appliquer &#224; tout acte de r&#233;sis&#173;tance contre un pouvoir en situation de force, car il entra&#238;ne fatalement des repr&#233;sailles d'une violence sup&#233;rieure &#224; la sienne. Faut-il alors en conclure que r&#233;sister &#224; plus fort que soi est non seulement inutile, mais n&#233;faste ? Ce fut la position implicite de la social-d&#233;mocratie, avant et apr&#232;s la prise du pouvoir par Hitler. Pourtant, les m&#234;mes auteurs qui reprochent aux socialistes d'avoir laiss&#233; d&#233;truire leurs puissantes organisations sans esquisser un geste de d&#233;fense traitent le militant conseilliste hollandais avec le plus grand m&#233;pris.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'affaire du Reichstag illustre la perversit&#233; de l'attitude l&#233;galiste face &#224; un ennemi qui se moque de la l&#233;galit&#233;. Hitler avait-il besoin que le parlement br&#251;le pour interdire le KPD et &#233;tablir sa dic&#173;tature ? Poser la question, c'est y r&#233;pondre. Hitler n'a eu besoin d'aucun pr&#233;texte pour interdire tous les autres partis, y compris ses &#171; alli&#233;s &#187; de droite. Il tombe sous le sens que l'&#233;crasement des com&#173;munistes faisait partie des plans nazis. Les hitl&#233;&#173;riens &#233;taient moins des strat&#232;ges agissant d'apr&#232;s des plans m&#251;rement r&#233;fl&#233;chis que des hommes d'action capables d'improviser en fonction des &#233;v&#233;nements : incendie ou pas, ils auraient vite r&#233;alis&#233; l'incapacit&#233; dans laquelle le KPD se trou&#173;vait d'engager la lutte arm&#233;e, et ils seraient pass&#233;s &#224; l'attaque. Quand on consid&#232;re l'acharnement avec lequel ils ont men&#233; &#224; bien leurs projets les plus odieux, il faut &#234;tre bien malhonn&#234;te pour en rendre Marinus peu ou prou responsable.&lt;/p&gt;
&lt;div class=&#034;texteencadre-spip spip&#034;&gt; &lt;strong&gt;Marinus et Georg dans des livres r&#233;cents consacr&#233;s &#224; la r&#233;sistance allemande au nazisme &lt;/strong&gt; &lt;br class='autobr' /&gt;
Dans l'ouvrage collectif d'historiens intitul&#233; &lt;i&gt;Des Allemands contre le nazisme, Oppositions et r&#233;sistances 1933-1945&lt;/i&gt; (Actes du colloque franco-allemand organis&#233; &#224; Paris du 27 au 29 mai 1996 publi&#233;s sous la direction de Christine Levisse-Touz&#233; et Stefan Martens. Albin Michel, 1997), l'atten&#173;tat de Georg Elser occupe moins d'une page sur 382. Barbara Koehn (La r&#233;sistance allemande contre Hitler, 1939-1945, PUF, 2003), ne cite pas Marinus Van der Lubbe en tant que r&#233;sistant, elle consacre trois lignes &#224; Georg Elser, 38 pages &#224; la r&#233;sistance des ouvriers, 48 &#224; la pseudo-r&#233;sis&#173;tance des &#201;glises, et 150 &#224; celle des conservateurs, envi&#173;sag&#233;e sous tous les angles. &lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Marinus ne doutait pas que les nazis une fois au pouvoir r&#233;aliseraient les &#171; proph&#233;ties &#187; tr&#232;s explicites de &lt;i&gt;Mein Kampf&lt;/i&gt;. Si le mouve&#173;ment ouvrier laissait aux hitl&#233;riens le temps d'investir l'appareil d'&#201;tat, la r&#233;sistance devien&#173;drait impossible. Il fallait agir imm&#233;diatement. En r&#233;volutionnaire cons&#233;quent, persuad&#233; que les lea&#173;ders des organisations de la gauche allemande seraient arriv&#233;s &#224; la m&#234;me conclusion, il partit donc en Allemagne pour se battre d&#232;s la nomina&#173;tion de Hitler &#224; la Chancellerie. Lorsqu'il arriva &#224; Berlin, l'ambiance r&#233;sign&#233;e des quartiers ouvriers le d&#233;sesp&#233;ra. Il tenta en vain d'ameuter la foule. Que pouvait-il faire d'autre, sinon mettre le feu au Reichstag o&#249; si&#233;geaient ces d&#233;put&#233;s conservateurs qui venaient de donner le pouvoir &#224; Hitler contre la volont&#233; de la majorit&#233; des Allemands&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb5-32&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Le 31 juillet 1932, &#224; son apog&#233;e dans des &#233;lec&#173;tions libres, le NSDAP (&#8230;)&#034; id=&#034;nh5-32&#034;&gt;32&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt; ? S'il y avait eu dans l'Allemagne de f&#233;vrier 1933 quelques milliers de r&#233;sistants aussi d&#233;termin&#233;s, l'histoire aurait peut-&#234;tre pris un cours diff&#233;rent. En tout cas, les antinazis n'auraient pas &#233;t&#233; vaincus sans combattre.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le geste de Marinus fit d&#233;bat parmi ses amis conseillistes hollandais. Dans un article intitul&#233; &#171; L'acte personnel &#187;, Anton Pannekoek &#233;crivit en mars 1933 : &lt;q style=&#034;font-style: italic;&#034;&gt;M&#234;me si un tel acte touchait et affai&#173;blissait effectivement la bourgeoisie, la seule cons&#233;quence en serait de d&#233;velopper chez les ouvriers la conviction que seuls de tels actes indi&#173;viduels peuvent les lib&#233;rer. &lt;span style=&#034;font-style:normal;&#034;&gt;[...]&lt;/span&gt; Cela les &#233;loigne&#173;rait de l'action autonome en tant que classe &lt;span style=&#034;font-style:normal;&#034;&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb5-33&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Le 31 juillet 1932, &#224; son apog&#233;e dans des &#233;lec&#173;tions libres, le NSDAP (&#8230;)&#034; id=&#034;nh5-33&#034;&gt;33&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;/span&gt;.&lt;/q&gt; Six ans plus tard, alors que les ouvriers ne r&#233;sis&#173;taient plus que par l'absent&#233;isme au travail&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb5-34&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Voir l'article de Tim Masan (Gavroche n&#176; 149).&#034; id=&#034;nh5-34&#034;&gt;34&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;, aurait-il dit la m&#234;me chose de l'attentat de Georg Elser s'il avait r&#233;ussi ?&lt;/p&gt;
&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;div class='spip_document_5135 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center spip_document_avec_legende' data-legende-len=&#034;33&#034; data-legende-lenx=&#034;x&#034;
&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href='https://www.partage-noir.fr/IMG/png/sans_titre-4-10.png' class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/png&#034;&gt; &lt;img src='https://www.partage-noir.fr/local/cache-vignettes/L500xH214/sans_titre-4-10-bdb91.png?1774731505' width='500' height='214' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;figcaption class='spip_doc_legende'&gt; &lt;div class='spip_doc_descriptif '&gt;&lt;small&gt;Proc&#232;s de Marinus Van der Lubbe &lt;/small&gt;
&lt;/div&gt; &lt;/figcaption&gt;&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;
&lt;p&gt;Que Marinus ait cru, ou non, que son geste pou&#173;vait donner le signal du soul&#232;vement, il devait l'accomplir, &lt;q style=&#034;font-style: italic;&#034;&gt;pour l'honneur de la classe ouvri&#232;re&lt;/q&gt; ainsi qu'il le d&#233;clara apr&#232;s son arresta&#173;tion. &#192; l'autre extr&#233;mit&#233; du spectre politique, onze ans plus tard, les leaders de la conjuration du 20 juillet suivirent le m&#234;me raisonnement : s'aper&#173;cevant au tout dernier moment que certains des chefs militaires sur lesquels ils avaient cru pouvoir compter faisaient une fois de plus d&#233;fection et que leur entreprise courait &#224; l'&#233;chec, ils maintinrent malgr&#233; tout leur action afin qu'on ne puisse pas dire que toute l'arm&#233;e avait suivi Hitler jusqu'au bout sans se rebeller. Leur geste, dont ils ont eux aussi revendiqu&#233; la valeur morale, n'eut aucun effet concret et ne pr&#233;cipita en rien la chute du nazisme ; il provoqua par contre l'ex&#233;cution de tous ceux qui avaient eu connaissance du complot et de centaines d'antinazis d&#233;j&#224; d&#233;port&#233;s. Les m&#234;mes qui accusent Marinus d'avoir commis un acte &#171; inutile &#187; ayant entra&#238;n&#233; une r&#233;pression f&#233;roce ne le reprochent jamais aux hommes du 20 juillet : ils exaltent le sursaut courageux d'offi&#173;ciers et d'hommes politiques qui avaient &#233;t&#233; long&#173;temps pro nazis et dont la plupart ne sont pass&#233;s &#224; la r&#233;sistance active qu'une fois le Reich militaire&#173;ment battu, mais n'ont pas un mot d'admiration pour le jeune &#233;tranger qui s'&#233;tait insurg&#233; d&#232;s le pre&#173;mier jour et le paya de sa vie.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Jamais aucune dictature totalitaire n'a &#233;t&#233; ren&#173;vers&#233;e de l 'int&#233;rieur. Une fois que le mouvement totalitaire a pris le contr&#244;le de l'appareil d'&#201;tat, de l'arm&#233;e et de la police, le peuple d&#233;sarm&#233; se retrouve dans l'incapacit&#233; de s'organiser pour r&#233;sister efficacement. Marinus Van der Lubbe l'avait compris. Puisque les partis et les syndicats ouvriers renon&#231;aient &#224; la gr&#232;ve g&#233;n&#233;rale, il ne res&#173;tait plus qu'un espoir : d&#233;clencher l'insurrection populaire par un geste spectaculaire.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'histoire a donn&#233; raison au jeune militant r&#233;volu&#173;tionnaire contre les strat&#232;ges de tous les partis : les militaires et les conservateurs qui avaient hiss&#233; Hitler au sommet de l'&#201;tat en croyant qu'ils s'en d&#233;barrasseraient quand ils le voudraient, les sociaux-d&#233;mocrates qui esp&#233;raient composer avec le nouveau pouvoir et les communistes qui pr&#233;ten&#173;daient voir dans la dictature nationale-socialiste &lt;q style=&#034;font-style: italic;&#034;&gt;l'ultime &#233;tape de la d&#233;composition du capitalisme avant le triomphe de la r&#233;volution prol&#233;tarienne&lt;/q&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Comment pourraient-ils le lui pardonner ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;small&gt;&lt;i&gt;Merci &#224; Charles Jacquier pour sa relecture et ses conseils. &lt;/i&gt; &lt;/small&gt;&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;hr /&gt;
		&lt;div class='rss_notes'&gt;&lt;div id=&#034;nb5-1&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh5-1&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 5-1&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;1&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;Sur les circonstances de l'incendie du Reichstag et son historiographie, lire les articles de Jean-Jacques Gandini (&lt;i&gt;Gavroche &lt;/i&gt; n&#176; 131) et Jean-Luc Debry (&lt;i&gt;Gavro&#173;che &lt;/i&gt; n&#176; 150) ainsi que le bel article de Paul Sarton, &#171; Marinus van der Lubbe ou le mythe dans l'histoire &#187; publi&#233; dans &lt;i&gt;La R&#233;volution prol&#233;tarienne&lt;/i&gt; (n&#176; 437, mars 1959) et repris dans &lt;i&gt;Agone&lt;/i&gt;, n&#176;25, 2001, p. 171-195. Pour une connaissance plus approfondie de Marinus Van der Lubbe : Nico Jassies, &lt;i&gt;Marinus Van der Lubbe et l'incendie du Reichstag&lt;/i&gt;, &#233;ditions antisociales, 2004 ; Yves Pag&#232;s et Charles Reeve, &lt;i&gt;Marinus Van der Lubbe. Carnets de route de l'incendiaire du Reichstag&lt;/i&gt;, Verticale, 2003. Sur Georg Elser, voir le n&#176;146 de &lt;i&gt;Gavroche&lt;/i&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb5-2&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh5-2&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 5-2&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;2&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;Daniel Gu&#233;rin, &lt;i&gt;Sur le fascisme I, La peste brune&lt;/i&gt;, &#171; petite collection Maspero &#187;, 1965. Les extraits cit&#233;s sont tir&#233;s du chapitre : &#171; Avant la catastrophe &#187; (1932).&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb5-3&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh5-3&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 5-3&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;3&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;i&gt;Ibid&lt;/i&gt;., p. 52.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb5-4&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh5-4&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 5-4&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;4&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;27 f&#233;vrier 1933.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb5-5&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh5-5&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 5-5&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;5&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;Sebastian Haffner, &lt;i&gt;Histoire d'un Allemand. Souvenirs 1914-1933&lt;/i&gt;, Actes Sud, 2002, p. 181-182. Exil&#233; en 1938, Haffner &#233;crivit son livre &#224; la veille de la guerre mais celui-ci ne fut publi&#233; qu'en 2000. Le texte de 1939 annon&#231;ait les &#233;v&#233;nements &#224; venir, et notamment la Shoah, avec une telle clairvoyance que l'on crut &#224; une superche&#173;rie. Les tests scientifiques r&#233;alis&#233;s sur le manuscrit ont d&#233;montr&#233; son authenticit&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb5-6&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh5-6&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 5-6&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;6&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;Georg K. Glaser, &lt;i&gt;Secret et violence. Chronique des ann&#233;es rouge et brun (1920- 1945)&lt;/i&gt;, Agone, 2005, p. 20.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb5-7&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh5-7&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 5-7&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;7&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;i&gt;Ian Kershaw, Hitler, t. I : 1889-1936&lt;/i&gt;, Flammarion 2001, p. 648.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb5-8&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh5-8&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 5-8&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;8&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;Cf. la s&#233;rie d'articles d'Andr&#233; Prudhommeaux, &#171; L'ordre r&#232;gne en Alle&#173;magne. Le bilan de douze ans de &#034;bolchevisation&#034; du prol&#233;&#173;tariat allemand &#187;, en mars-avril 1933, interrompue &#224; ce motif. Ils ont &#233;t&#233; repris dans &lt;i&gt;Agone&lt;/i&gt;, n&#176; 35/36, 2006, p. 283-297.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb5-9&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh5-9&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 5-9&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;9&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;i&gt;Roodboek Van der Lubbe en de Rijksdagbrand&lt;/i&gt; [Livre rouge sur Van der Lubbe et l'incendie du Reichstag], publi&#233; par le Comit&#233; international Van der Lubbe, Amsterdam, 1933.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb5-10&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh5-10&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 5-10&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;10&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;Daniel Gu&#233;rin, &lt;i&gt;op. cit.&lt;/i&gt;, p. 126.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb5-11&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh5-11&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 5-11&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;11&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;Dans son livre, &lt;i&gt;Le Troisi&#232;me Reich, des origines &#224; la chute&lt;/i&gt;, Stock, I 962, William L. Shirer cite, entre autres &#171; preuves &#187; de la cul&#173;pabilit&#233; de Goring, la d&#233;posi&#173;tion du chef de la Gestapo, Rudolf Diels, au proc&#232;s de Nuremberg. Il oublie de dire que le tribunal ne retint fina&#173;lement pas ce chef d' accusa&#173;tion contre G&#246;ring.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb5-12&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh5-12&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 5-12&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;12&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;L'enqu&#234;te de Fritz Tobias (&lt;i&gt;Der Reichstagbrand&lt;/i&gt;, Rastatt, Grote, 1962) a mon&#173;tr&#233; que le feu allum&#233; par Marinus en bas des immen&#173;ses rideaux verticaux du Reichstag avait &#233;t&#233; attis&#233; par un effet &#171; de chemin&#233;e &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb5-13&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh5-13&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 5-13&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;13&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;William L. Shirer, &lt;i&gt;op. cit.&lt;/i&gt;,p. 213.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb5-14&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh5-14&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 5-14&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;14&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;Arthur Koestler, &lt;i&gt;Hi&#233;&#173;roglyphes 2&lt;/i&gt;, Calmann-L&#233;vy, 1955, p. 61 et sq.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb5-15&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh5-15&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 5-15&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;15&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;Les journaux intimes et les r&#233;cits des t&#233;moins alle&#173;mands (Ruth Andreas&#173;-Friedrich, Ulrich von Hassel, voir &lt;i&gt;infra&lt;/i&gt;) ou &#233;trangers (William Shirer, Henri Berjar, voir &lt;i&gt;infra&lt;/i&gt;) t&#233;moignent du pessimisme des Allemands durant l'hiver 1939-1940. Pour une vue d'ensemble, lire : Jan Kershaw, &lt;i&gt;L'opinion allemande sous le nazisme.&lt;/i&gt; &lt;i&gt;Bavi&#232;re 1933-1945&lt;/i&gt;, CNRS &#233;ditions, 2002.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb5-16&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh5-16&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 5-16&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;16&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;William L. Shirer, &lt;i&gt;op. cit.&lt;/i&gt;, p. 695.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb5-17&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh5-17&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 5-17&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;17&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;Ruth Andreas-Friedrich, &lt;i&gt;A Berlin sous les nazis. Une Allemande contre Hitler&lt;/i&gt;, Flammarion, 1966, p. 61-62.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb5-18&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh5-18&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 5-18&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;18&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;i&gt;Henri Berjar, Dans la gueule du loup. L'odyss&#233;e d'un r&#233;sistant fran&#231;ais &#224; Berlin pendant la Seconde Guerre mondiale&lt;/i&gt;, Olivier Orban, 1980, p. 20-21.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb5-19&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh5-19&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 5-19&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;19&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;Ulrich von Hassel, &lt;i&gt;Journal d'un conjur&#233;, 1938-1944. L'insurrection de la conscience&lt;/i&gt;, Berlin, 1996, p. 104. Membre de la conju&#173;ration du 20 juillet 1944, il fut ex&#233;cut&#233; le 8 ao&#251;t.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb5-20&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh5-20&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 5-20&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;20&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;Otto Strasse, avait &#233;t&#233; exclu du parti nazi en mai 1930 pour d&#233;viationnisme &#171; national-bolchevik &#187;. Son fr&#232;re Gregor, longtemps rival de Hitler, avait quitt&#233; le NSPAD peu avant la prise du pouvoir et avait &#233;t&#233; assassin&#233; par les SS le 30 juin 1934 pendant la Nuit des longs couteaux.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb5-21&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh5-21&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 5-21&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;21&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;Helmut Hirsch fut condamn&#233; &#224; mort et ex&#233;cut&#233; le 4 juin 1937.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb5-22&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh5-22&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 5-22&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;22&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;William L. Shirer, &lt;i&gt;Berlin Diary&lt;/i&gt;, le 21 novembre 1939.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb5-23&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh5-23&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 5-23&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;23&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;Cit&#233; par H&#233;l&#232;ne Camarade, &lt;i&gt;&#201;critures de la R&#233;sistance. Le journal intime sous le troisi&#232;me Reich&lt;/i&gt;, Presses universitaires du Mirail, 2007, p. 346. Officier proche de l'amiral Canaris et du g&#233;n&#233;ral Halder, Helmuth Groscurth fut fait prisonnier &#224; Stalingrad et mourut en captivit&#233; en 1943.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb5-24&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh5-24&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 5-24&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;24&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;Otto Strasser fut expuls&#233; de Suisse &#224; la suite de cette accusation.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb5-25&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh5-25&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 5-25&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;25&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;Ulrich von Hassel, &lt;i&gt;op. cit.&lt;/i&gt;, p. 106-107.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb5-26&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh5-26&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 5-26&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;26&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;Le 7 novembre 1938 &#224; l'ambassade d' Allemagne &#224; Paris, un Juif polonais de 17 ans, Herschel Grynspan, avait abattu le secr&#233;taire de l&#233;gation Ernst von Rath.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb5-27&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh5-27&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 5-27&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;27&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;Cit&#233; par H&#233;l&#232;ne Camarade, &lt;i&gt;op. cit.&lt;/i&gt;, p. 345. Journaliste et &#233;crivain, Victor Klemperer (1881-1960) tint son journal intime de 1918 &#224; 1958. Apr&#232;s la guerre, il v&#233;cut et enseigna en RDA o&#249; il fut &#233;galement d&#233;put&#233;. Il a publi&#233; une &#233;tude sur le lan&#173;gage nazi qui a fait date : &lt;i&gt;LTI, la langue du Troisi&#232;me Reich. Carnets d'un philo&#173;logue&lt;/i&gt;, [1947], Albin Michel, 1996.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb5-28&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh5-28&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 5-28&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;28&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;Cit&#233; par H&#233;l&#232;ne Camarade, &lt;i&gt;op. cit.&lt;/i&gt;, p. 345. Walter Tausk, &#233;crivain juif de religion bouddhiste, fut d&#233;port&#233; en Pologne avec toute sa famille en 1941 et disparut en 1942.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb5-29&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh5-29&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 5-29&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;29&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;Lucas Delattre, &lt;i&gt;Fritz Kolbe, un espion au c&#339;ur du III&lt;sup class=&#034;typo_exposants&#034;&gt;e&lt;/sup&gt; Reich&lt;/i&gt;, Deno&#235;l, 2003, p. 50. Fonctionnaire au minis&#173;t&#232;re des Affaires &#233;trang&#232;res, Fritz Kolbe renseigna les Alli&#233;s par antinazisme et fut consid&#233;r&#233; comme un tra&#238;tre &lt;br class='autobr' /&gt;
apr&#232;s la guerre.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb5-30&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh5-30&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 5-30&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;30&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;William L. Shirer ajoute : &lt;q style=&#034;font-style: italic;&#034;&gt;pas aussi idiot que Marinus Van der lubbe&lt;/q&gt; (&lt;i&gt;op. cit&lt;/i&gt;., p. 697).&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb5-31&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh5-31&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 5-31&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;31&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;Sur instruction de Staline, le KPD renvoyait dos &#224; dos nazis et socialistes en refusant toute alliance avec le SPD.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb5-32&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh5-32&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 5-32&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;32&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;Le 31 juillet 1932, &#224; son apog&#233;e dans des &#233;lec&#173;tions libres, le NSDAP totalisa 31,45 % des voix des inscrits et 37 ,4 % des suf&#173;frages exprim&#233;s.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb5-33&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh5-33&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 5-33&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;33&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;Le 31 juillet 1932, &#224; son apog&#233;e dans des &#233;lec&#173;tions libres, le NSDAP totalisa 31,45 % des voix des inscrits et 37,4 % des suf&#173;frages exprim&#233;s. p. 61-65.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb5-34&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh5-34&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 5-34&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;34&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;Voir l'article de Tim Masan (&lt;i&gt;Gavroche &lt;/i&gt; n&#176; 149).&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		
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	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>La &#171; sanglante semaine &#187; de Lyon </title>
		<link>https://www.partage-noir.fr/la-sanglante-semaine-de-lyon</link>
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		<dc:date>2022-06-30T22:05:00Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Fran&#231;ois Roux</dc:creator>


		<dc:subject>&lt;i&gt;Gavroche - Revue d'histoire populaire&lt;/i&gt;</dc:subject>
		<dc:subject>Archives Autonomies</dc:subject>

		<description>&lt;p&gt;Marx et Engels, commentant l'insurrection des quartiers ouvriers de Paris en juin 1848, &#233;crivirent qu'ils ne voyaient de mouvement comparable dans le pass&#233; que &#171; la guerre des esclaves &#224; Rome (Spartacus) et l'insurrection lyonnaise de 1834 &#187;.&lt;/p&gt;

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&lt;a href="https://www.partage-noir.fr/-gavroche-no134-mars-avril-2004-" rel="directory"&gt;Gavroche n&#176;134 - Mars-Avril 2004&lt;/a&gt;

/ 
&lt;a href="https://www.partage-noir.fr/+-gavroche-revue-d-histoire-populaire-+" rel="tag"&gt;&lt;i&gt;Gavroche - Revue d'histoire populaire&lt;/i&gt;&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.partage-noir.fr/+-source-fragments-d-histoire-de-la-gauche-radicale-+" rel="tag"&gt;Archives Autonomies&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;img src='https://www.partage-noir.fr/local/cache-vignettes/L150xH84/arton1120-5a993.jpg?1774838467' class='spip_logo spip_logo_right' width='150' height='84' alt=&#034;&#034; /&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;Marx et Engels, commentant l'insurrection des quartiers ouvriers de Paris en juin 1848, &#233;crivirent qu'ils ne voyaient de mouvement comparable dans le pass&#233; que &lt;q style=&#034;font-style: italic;&#034;&gt;la guerre des esclaves &#224; Rome (Spartacus) et l'insurrection lyonnaise de 1834&lt;/q&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb6-1&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Nouvelle Gazette Rh&#233;nane, 28 juin 1848.&#034; id=&#034;nh6-1&#034;&gt;1&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pour les deux th&#233;oriciens de la lutte des classes comme pour tous les autres penseurs socialistes de l'&#233;poque (Proudhon, Blanqui, Consid&#233;rant, etc.), les deux insurrections lyonnaises, &#224; vingt-huit mois d'intervalle (les &#171; Trois Glorieuses prol&#233;tariennes &#187; de novembre 1831, puis la &#171; Sanglante semaine &#187; d'avril 1834), marquaient l'irruption du prol&#233;tariat sur la sc&#232;ne politique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En juillet 1830, trois jours d'&#233;meute, les &#171; Trois Glorieuses &#187; de Paris, avaient chass&#233; le r&#233;gime archa&#239;que de Charles X. &#192; Lyon comme &#224; Paris, les bourgeois avaient d&#251; faire appel aux &#171; blouses &#187;, aux ouvriers : pour construire les barricades, il fallait des mains calleuses.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Quelques mois plus tard, Louis-Philippe et le banquier Laffitte, install&#233;s au pouvoir, les belles promesses et les grands discours sont bien oubli&#233;s : le peuple a toujours faim. La moindre avanc&#233;e du ch&#244;mage jette imm&#233;diatement &#224; la rue des masses de travailleurs sans protection sociale et sans &#233;conomies. Or, d&#232;s 1831, le ch&#244;mage repart &#224; la hausse.&lt;/p&gt;
&lt;h3 class=&#034;spip&#034;&gt;Les journ&#233;es de novembre 1831 &lt;/h3&gt;
&lt;p&gt;C'est &#224; Lyon que, pour la premi&#232;re fois dans l'histoire moderne. le prol&#233;tariat va s'affronter &#224; la bourgeoisie.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pourquoi &#224; Lyon ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La deuxi&#232;me agglom&#233;ration de France compte alors 180 000 habitants. &#192; la diff&#233;rence de Paris, dont les industries diverses permettent au peuple de passer d'un emploi &#224; l'autre lorsqu'un secteur est en crise, plus de la moiti&#233; des habitants de Lyon et des communes alentour vivent du tissage de la soie. La crise qui frappe cette industrie &#224; la fin de l'ann&#233;e 1831 ne laisse donc aucune chance aux Canuts d'&#233;chapper &#224; la mis&#232;re. Or, tout ce peuple de tisseurs, de d&#233;videuses, d'ourdisseuses, de liseurs, de plieurs, de teinturiers, etc., que l'on a appel&#233;s par d&#233;rision &#171; Canuts &#187; (du nom de la bobine de fil, la canette), a d&#233;j&#224; compris, plus t&#244;t qu'ailleurs &#224; cause de l'industrialisation avanc&#233;e du secteur de la soie, que l'antagonisme entre le capital et le travail est irr&#233;ductible. Accul&#233;s par la faim, les Canuts vont exprimer dans leur r&#233;volte une conscience de classe inconnue jusqu'alors.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les ouvriers de la soie forment en effet un ensemble particuli&#232;rement homog&#232;ne : les chefs d'ateliers, propri&#233;taires de deux &#224; six m&#233;tiers en moyenne, et leurs compagnons, v&#233;ritables prol&#233;taires, sont solidaires face aux &#171; fabricants &#187; qui ne fabriquent rien du tout et se contentent de fournir la mati&#232;re premi&#232;re et le dessin des commandes. La ville est d'ailleurs coup&#233;e en deux : les riches habitent la presqu'&#238;le et la plaine des Broteaux, les pauvres s'entassent sur le plateau et sur les pentes de la Croix-Rousse, et au pied de la colline de Fourvi&#232;re. Les journ&#233;es sont de quinze, voire dix-huit heures. Le travail de la soie s'effectue dans des positions p&#233;nibles, qui provoquent des malformations et des maladies professionnelles ; la tuberculose fait des ravages, surtout parmi les jeunes filles. &lt;q style=&#034;font-style: italic;&#034;&gt;C'&#233;tait piti&#233;, &lt;span style=&#034;font-style:normal;&#034;&gt;raconte un fabricant t&#233;moin des premi&#232;res manifestations&lt;/span&gt;, de voir les joues creuses, les teints h&#226;ves, la complexion malingre et r&#233;tr&#233;cie de la plupart de ces malheureux l'&#233;nergie semblait devoir fuir des corps aussi faibles, aussi peu d&#233;velopp&#233;s mais ces individus &#233;taient r&#233;unis, ils &#233;taient organis&#233;s, ils formaient un corps compact et les masses ont conscience de leur force&lt;/q&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En 1828 est fond&#233;e &#224; Lyon l'Association mutuelliste pour &#171; la r&#233;sistance &#224; l'oppression &#187;, sorte de franc-ma&#231;onnerie ouvri&#232;re, premi&#232;re &#233;bauche d'un syndicat ouvrier, qui va fournir les cadres du mouvement revendicatif des Canuts.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Au d&#233;but de l'automne 1831, les Canuts entreprennent de s'organiser ouvertement en vue d'un affrontement avec les fabricants. Ils r&#233;clament une augmentation des salaires. Le 24 puis le 25 octobre, tandis que des n&#233;gociations se poursuivent entre repr&#233;sentants des fabricants et d&#233;l&#233;gu&#233;s ouvriers, des cort&#232;ges de plusieurs milliers de chefs d'ateliers et de compagnons traversent Lyon pour converger place Bellecour. Ils marchent en silence et sans armes. Organis&#233;s en sections, centuries, d&#233;curies, men&#233;s par des chefs &#233;lus, leur organisation et leur discipline quasi militaire impressionnent les autorit&#233;s civiles, qui poussent les fabricants &#224; la n&#233;gociation.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le tarif r&#233;clam&#233; par les Canuts, est adopt&#233; le 25 octobre par les fabricants, apr&#232;s quatre heures de d&#233;lib&#233;ration : on fait la f&#234;te sur les pentes de la Croix-Rousse.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais le 17 novembre, alors que le nouveau tarif n'est toujours pas entr&#233; en vigueur, une lettre du ministre du Commerce vient donner raison aux fabricants qui refusent de l'appliquer. Les quartiers ouvriers entrent en &#233;bullition.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le lendemain. une revue de la garde nationale a lieu place Bellecour ; les gardes ouvriers r&#233;pondent par des menaces aux gardes bourgeois qui se moquent de leurs uniformes de pauvres.&lt;/p&gt;
&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;div class='spip_document_1443 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href='https://www.partage-noir.fr/IMG/jpg/sans_titre-8.jpg' class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/jpeg&#034;&gt; &lt;img src='https://www.partage-noir.fr/local/cache-vignettes/L500xH356/sans_titre-8-c954f.jpg?1774879609' width='500' height='356' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;
&lt;p&gt;Le 21 novembre, &#224; l'heure o&#249; s'ouvrent les ateliers, les &#233;missaires des chefs de section parcourent les traboules de la Croix-Rousse en appelant &#224; cesser le travail. Un groupe d'ouvriers se retrouve nez &#224; nez avec un d&#233;tachement de gardes nationaux compos&#233; de fabricants et de commis. Des coups de feu &#233;clatent : plusieurs ouvriers tombent. Les autres remontent vers le plateau en appelant aux armes. La colline se couvre de barricades. Sur l'une d'elles flotte le drapeau noir, en signe de deuil, avec cette devise : &lt;q style=&#034;font-style: italic;&#034;&gt;Vivre en travaillant ou mourir en combattant&lt;/q&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les colonnes militaires qui tentent de monter la pente sont bombard&#233;es de tuiles, de moellons et de meubles ; des unit&#233;s isol&#233;es sont d&#233;sarm&#233;es par des hommes arm&#233;s de b&#226;tons et de pierres. Comme les lignards ren&#226;clent &#224; fusiller le peuple, on fait ouvrir leurs rangs pour laisser tirer la garde nationale.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le 22 novembre au matin, les gardes nationaux bourgeois se sont d&#233;band&#233;s, alors que les combattants de la Croix-Rousse ont re&#231;u des renforts venus de Vaise et de la Guillotti&#232;re. Les Canuts sont maintenant arm&#233;s de fusils pris aux soldats. Une colonne qui tente de monter &#224; l'assaut de la Croix-Rousse par la c&#244;te des carm&#233;lites est contrainte de capituler. Des ouvriers de tous les quartiers et de tous les m&#233;tiers rejoignent &#224; pr&#233;sent l'&#233;meute. Avant le soir, toute la ville est aux mains du peuple.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les militaires ont perdu plus de 100 hommes, et comptent pr&#232;s de 300 bless&#233;s. Du c&#244;t&#233; des &#233;meutiers, les pertes sont estim&#233;es &#224; 70 morts, et le double de bless&#233;s.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les autorit&#233;s civiles et militaires ayant pris la fuite (&#224; l'exception du Pr&#233;fet, claquemur&#233; dans sa pr&#233;fecture), Lyon va rester pendant une semaine &#8212; du 23 au 29 novembre &#8212; au pouvoir des Canuts. Les chefs des ouvriers en soie, des mutuellistes dont l'objectif est de faire appliquer le tarif et qui sont organis&#233;s au sein de l'Association des Volontaires du Rh&#244;ne, s'installent &#224; la mairie, se constituent en &#171; &#233;tat-major &#187;, et s'efforcent de garder le contr&#244;le de la situation. Leur premier soin est de contenir le lumpenprol&#233;tariat, cette &lt;q style=&#034;font-style: italic;&#034;&gt;vermine passive, la lie des plus basses couches de la vieille soci&#233;t&#233;&lt;/q&gt; commente Marx, dans son analyse du soul&#232;vement lyonnais. Et Engels de rench&#233;rir : &lt;q style=&#034;font-style: italic;&#034;&gt;tout chef ouvrier qui emploie ces vagabonds comme d&#233;fenseurs ou qui s'appuie sur eux prouve qu'il n'est qu'un tra&#238;tre au mouvement&lt;/q&gt;. La garde nationale est convoqu&#233;e &#171; sans uniforme &#187; et la consigne est donn&#233;e : on br&#251;le les h&#244;tels particuliers des fabricants les plus honnis, mais on ne pille pas ; quelques voleurs pris sur le fait sont pass&#233;s par les armes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les mutuellistes se m&#233;fient &#233;galement des r&#233;volutionnaires et des r&#233;publicains sociaux, qui r&#233;clament qu'on arme le prol&#233;tariat, que la ville soit administr&#233;e par un &#171; conseil d'ouvriers &#233;lus et que le mouvement soit &#233;tendu. Pendant plusieurs jours, radicaux et mutuellistes se disputent l'H&#244;tel de Ville.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le 27 novembre, le mouvement faiblit. Les r&#233;publicains sociaux n'ont pas r&#233;ussi &#224; entra&#238;ner le peuple derri&#232;re eux, et les chefs mutuellistes, qui n'ont jamais rompu le dialogue avec le pr&#233;fet, pensent enfin tenir leur tarif. En gage de bonne volont&#233;, le roi Louis-Philippe, dont l'avarice est pourtant proverbiale, annonce une commande de 640 000 francs. Deux repr&#233;sentants des Canuts partent pour Paris.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Tout rentre dans l'ordre d&#232;s les premiers jours de d&#233;cembre : les Canuts reprennent le travail, et le duc d'Orl&#233;ans entre dans Lyon &#224; c&#244;t&#233; du mar&#233;chal Soult, dont l'arm&#233;e investit la ville. Les ouvriers les plus compromis et les &#233;trangers s'enfuient, mais le pouvoir a choisi, provisoirement, l'apaisement : au terme de plusieurs proc&#232;s, deux ouvriers seulement, dont l'auteur de la devise &lt;q style=&#034;font-style: italic;&#034;&gt;Vivre en travaillant ou mourir en combattant&lt;/q&gt; sont condamn&#233;s &#224; de l&#233;g&#232;res peines de prison.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais que reste-t-il aux Canuts de leurs revendications ? Quasiment rien : aucune des promesses ne sera tenue. La strat&#233;gie de l'apolitisme a conduit &#224; un &#233;chec total. Cependant, la prise d'une grande ville par le peuple, ne serait-ce qu'une semaine, sans que le pouvoir ose se livrer &#224; des repr&#233;sailles tant sont fortes les organisations ouvri&#232;res, va avoir un impact immense sur tout le mouvement progressiste de l'&#233;poque.&lt;/p&gt;
&lt;h3 class=&#034;spip&#034;&gt;Organisation du mouvement ouvrier &lt;/h3&gt;
&lt;p&gt;Les chefs du mutualisme ont compris leur erreur et vont se radicaliser. La ville des Canuts devient le creuset du mouvement ouvrier.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les saint-simoniens voient en Lyon la J&#233;rusalem nouvelle. Leur guide spirituel, le P&#232;re Enfantin, pr&#244;ne une doctrine sociale qui imagine la soci&#233;t&#233; comme une vaste association bas&#233;e sur la solidarit&#233;. Il envoie des &#171; ap&#244;tres &#187; en mission dans la ville de la soie, qui traversent les faubourgs en chantant et vont s'embaucher dans les ateliers, &#224; 40 sous par jour, pour pr&#234;cher aux prol&#233;taires la religion nouvelle. Cette &#233;trange &#171; &#201;glise &#187; qui a emprunt&#233; au christianisme ses rites et sa terminologie, et dont les membres portent un habit boutonn&#233; par derri&#232;re, mani&#232;re d'exercer leur solidarit&#233;, est alors tr&#232;s influente : pacifistes, tr&#232;s actifs et organis&#233;s, les missionnaires saint-simoniens restent influents &#224; Lyon jusqu'au d&#233;but de 1833, lorsque le mouvement ouvrier se radicalise brusquement.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Comme les saint-simoniens, les militants progressistes de ce d&#233;but de l'&#232;re industrielle se comparent souvent dans leurs &#233;crits aux premiers chr&#233;tiens pers&#233;cut&#233;s, et, de fait, leurs organisations ont de nombreux traits communs avec la secte chr&#233;tienne du temps de N&#233;ron : l'organisation hi&#233;rarchis&#233;e, secr&#232;te, les rituels, le discours proph&#233;tique, l'id&#233;alisme. On a vu que les disciples du P&#232;re Enfantin fonctionnaient comme une &#233;glise et proph&#233;tisaient la cit&#233; id&#233;ale ; les fouri&#233;ristes, &#233;galement, croient dans l'av&#232;nement proche de la cit&#233; id&#233;ale, gr&#226;ce &#224; l'organisation phalanst&#233;rienne. Les rites de la Charbonnerie renaissante ressemblent eux beaucoup &#224; ceux des francs-ma&#231;ons, et l'organisation secr&#232;te des Carbonari inspirera bient&#244;t Blanqui ou Bakounine, mais d&#233;j&#224; les soci&#233;t&#233;s secr&#232;tes sont nombreuses : les &#171; Prol&#233;taires &#187;, les &#171; Ind&#233;pendants philanthropes &#187;, la &#171; Soci&#233;t&#233; du progr&#232;s &#187;, etc. Les mutuellistes enfin, de loin les plus nombreux &#224; Lyon, organisent leurs cadres en &#171; loges &#187; semi-clandestines, et se disent la &#171; Franc-ma&#231;onnerie ouvri&#232;re &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Tout ce mouvement id&#233;aliste o&#249; le terme de &#171; socialisme &#187; vient de faire son apparition, est fortement impr&#233;gn&#233; de religion, et Fran&#231;ois de Lamennais (le &#171; Babeuf en chasuble &#187; siffle la presse catholique) apportera son soutien aux inculp&#233;s de la Sanglante semaine. Les &#233;l&#233;ments les plus radicaux du mouvement se r&#233;clament de Gracchus Babeuf et des &#201;gaux.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Une conviction est commune &#224; ces militants : tous imaginent qu'une soci&#233;t&#233; juste est &#224; port&#233;e de main.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La presse joue un r&#244;le majeur dans les &#233;v&#233;nements lyonnais : les saint-simoniens diffusent leur utopie mystique dans leurs journaux, &lt;i&gt;Le Producteur&lt;/i&gt;, jusqu'en 1826, puis &lt;i&gt;Le Globe&lt;/i&gt; ;&lt;i&gt; L'Echo de la Fabrique&lt;/i&gt;, organe des mutuellistes. se veut le journal de la caste prol&#233;taire. &#192; l'image des chefs Canuts, il se radicalise apr&#232;s 1831. N&#233; &#224; la veille des Trois Glorieuses r&#233;publicaines, il sera toujours au c&#339;ur du mouvement et dispara&#238;tra avec lui, en mai 1834, apr&#232;s avoir proclam&#233;, quinze ans avant Marx : &lt;q style=&#034;font-style: italic;&#034;&gt;Prol&#233;taires de tous &#233;tats&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb6-2&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;lci dans le sens de &#171; m&#233;tier &#187;.&#034; id=&#034;nh6-2&#034;&gt;2&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;, unissez-vous !&lt;/q&gt; &lt;i&gt;La Glaneuse&lt;/i&gt; joue &#233;galement un r&#244;le important. Seul ce journal a os&#233; diffuser l'appel des r&#233;volutionnaires en novembre 1831 : c'est le cauchemar des autorit&#233;s royales, qui n'auront de cesse de le faire dispara&#238;tre, &#224; la veille de la Sanglante semaine. Il y a encore&lt;i&gt; Le Phalanst&#232;re&lt;/i&gt;, de Fourier, et &lt;i&gt;Le Pr&#233;curseur&lt;/i&gt;, journal des r&#233;publicains mod&#233;r&#233;s.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pendant les vingt-huit mois qui s&#233;parent la fin du premier acte de la r&#233;volte des Canuts de la Sanglante semaine, le mouvement ouvrier s'organise et se politise, s'affirmant ouvertement r&#233;publicain. Le pouvoir royal sent le danger et d&#233;cide d'en finir avant que les id&#233;es factieuses n'aient essaim&#233;. Le pi&#232;ge dans lequel vont tomber les r&#233;publicains de Lyon sera le m&#234;me que Thiers tendra aux communards.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;R&#233;solus &#224; provoquer un affrontement d&#233;cisif avec les Canuts encore isol&#233;s, les repr&#233;sentants de Louis-Philippe guettent l'occasion d'engager les hostilit&#233;s.&lt;/p&gt;
&lt;h3 class=&#034;spip&#034;&gt;Avril 1834 : la Sanglante semaine &lt;/h3&gt;
&lt;p&gt;Le 12 f&#233;vrier 1834, les Canuts votent la gr&#232;ve pour protester contre la baisse des salaires. Le 13, ils manifestent. Le 14, la gr&#232;ve est totale. Mais le 19 f&#233;vrier, les fabricants font des concessions, et les ouvriers reprennent le m&#233;tier.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les meneurs de la &#171; coalition &#187; de f&#233;vrier sont inculp&#233;s et passent en jugement le 5 avril. Les troupes convergent vers la ville. Des incidents &#233;clatent aux alentours du tribunal, mais les soldats fraternisent avec la foule et le calme revient vite. Les chefs mutuellistes, confiants dans les sympathies des soldats pour le peuple, se sentent en position de force et lancent un mot d'ordre de gr&#232;ve g&#233;n&#233;rale pour le jour du verdict, le 9 avril.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le 8, trois colonnes de l'arm&#233;e investissent les faubourgs de Lyon. Le lendemain, la foule est compacte autour du Palais de justice ; des orateurs, mont&#233;s sur des bornes, haranguent la foule, mais il n'y a pas de violences. Deux canons tirent alors &#224; blanc, provoquant un d&#233;but de panique. Dans la confusion, un homme fait feu sur les gendarmes, qui r&#233;pliquent et le tuent. Les ouvriers prennent les papiers du mort, qui s'av&#232;re &#234;tre un agent de police, nomm&#233; Faivre. D'autres policiers en civil, m&#234;l&#233;s aux manifestants, ont tir&#233; sur la troupe, qui fusille la foule. On crie : &#171; Aux armes ! &#187; Des barricades s'&#233;l&#232;vent dans la h&#226;te, aussit&#244;t canonn&#233;es. Les fuyards se r&#233;fugient dans les maisons o&#249; les soldats les poursuivent, tuant tout sur leur passage.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La r&#233;sistance s'organise dans les quartiers populaires, parcourus de ruelles &#233;troites, faciles &#224; obstruer, de passages couverts escaladant les pentes de la Croix-Rousse, les fameuses traboules. L&#224;, les insurg&#233;s sont sur leur terrain : des fen&#234;tres, des barricades, partent des coups de feu. Deux canons sont pris et tirent sur le quartier-g&#233;n&#233;ral de l'arm&#233;e &#233;tabli place Bellecour. La Guilloti&#232;re se soul&#232;ve &#224; son tour. Les soldats n'avancent pas.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le drapeau noir flotte sur Fourvi&#232;re, sur l'Antiquaille, sur Saint-Mizier. Le drapeau rouge appara&#238;t sur l'&#233;glise Saint-Polycarpe, et c'est l&#224; que meurt vraiment Gavroche : un gamin de dix ans est all&#233; planter le drapeau au sommet de l'&#233;glise. Une salve abat l'embl&#232;me ; il remonte et accroche un pantalon de soldat garance en guise d'oriflamme ; une salve le foudroie &#224; la descente.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les combattants r&#233;volutionnaires ne sont pas nombreux : 3 000 au total, mais rarement plus d'un millier &#224; la fois, dont la moiti&#233; seulement est arm&#233;e, &#224; cause des d&#233;sarmements de 1831. C'est un mouvement politique, r&#233;publicain. qui veut renverser l'ordre &#233;tabli, mais ce n'est plus un mouvement de masse.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#192; la diff&#233;rence de 1831, il n'y a pas de commandement unifi&#233; des &#233;meutiers.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;D&#232;s le d&#233;but de l'affrontement, les insurg&#233;s lyonnais tentent d'&#233;tablir le contact avec l'ext&#233;rieur. Le mouvement ne restera pas sans &#233;cho : des troubles &#233;clatent dans de nombreuses villes de province et &#224; Paris, o&#249; l'&#233;meute est &#233;cras&#233;e apr&#232;s deux jours de combat. Le massacre de la rue Transnonain, de Daumier, aurait pu illustrer de nombreuses sc&#232;nes de l'insurrection lyonnaise.&lt;/p&gt;
&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;div class='spip_document_1442 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center spip_document_avec_legende' data-legende-len=&#034;51&#034; data-legende-lenx=&#034;x&#034;
&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href='https://www.partage-noir.fr/IMG/jpg/rue_transnonain__le_15_avril_1834.jpg' class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/jpeg&#034;&gt; &lt;img src='https://www.partage-noir.fr/local/cache-vignettes/L500xH349/rue_transnonain__le_15_avril_1834-c3897.jpg?1774879610' width='500' height='349' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;figcaption class='spip_doc_legende'&gt; &lt;div class='spip_doc_descriptif '&gt;&lt;small&gt;Massacre de la rue Transnonain par Honor&#233; Daumier&lt;/small&gt;
&lt;/div&gt; &lt;/figcaption&gt;&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;
&lt;p&gt;La lutte est bien trop in&#233;gale. Les soldats, exasp&#233;r&#233;s par la tactique de harc&#232;lement des Canuts, ne font pas de quartier. Apr&#232;s six jours de combats acharn&#233;s, les derniers r&#233;sistants se dispersent en haut de la Croix-Rousse. On estime &#224; deux cents le nombre des morts civils, dont la plus grande partie n'&#233;tait pas combattante.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les proc&#232;s de 1835 condamn&#232;rent plus lourdement les &#171; politiques &#187; que les syndicalistes. Monsieur Thiers avait dit : &lt;q style=&#034;font-style: italic;&#034;&gt;Il n'est pas sage de faire le proc&#232;s &#224; une classe enti&#232;re&lt;/q&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; &lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;Ceux qui veulent en savoir plus liront le livre de Fernand Rude, &lt;i&gt;Les r&#233;voltes des Canuts, 1831-1834&lt;/i&gt; (&#201;ditions La D&#233;couverte, Paris. 2001), dont cet article s'inspire largement. &lt;/i&gt;&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;hr /&gt;
		&lt;div class='rss_notes'&gt;&lt;div id=&#034;nb6-1&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh6-1&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 6-1&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;1&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;i&gt;Nouvelle Gazette Rh&#233;nane&lt;/i&gt;, 28 juin 1848.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb6-2&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh6-2&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 6-2&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;2&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;lci dans le sens de &#171; m&#233;tier &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		
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