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		<title>PARTAGE NOIR</title>
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		<title>Malatesta : &#171; Volont&#233;, r&#233;volution et libert&#233; &#187;</title>
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		<dc:date>2024-05-31T09:15:00Z</dc:date>
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		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Nico Berti </dc:creator>


		<dc:subject>Errico Malatesta</dc:subject>
		<dc:subject>&lt;i&gt;Itin&#233;raire - Une vie, une pens&#233;e&lt;/i&gt;</dc:subject>

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&lt;p&gt;A premi&#232;re vue il semble que Malatesta n'ait pas apport&#233; une contribution originale &#224; la pens&#233;e anarchiste. La premi&#232;re impression qu'on a, en lisant ses &#233;crits, est celle d'une &#171; synth&#232;se &#187; et d'une syst&#233;matisation conceptuelle du patrimoine de la pens&#233;e ant&#233;rieure. En somme, grand &#171; syst&#233;matiseur &#187;, grand &#171; synth&#233;tiseur &#187;, grand &#171; divulgateur &#187;, mais non grand penseur ou grand th&#233;oricien. &lt;br class='autobr' /&gt;
L'impression &#8212; &#224; mon avis &#8212; est totalement erron&#233;e. Selon moi, Malatesta, dans cette synth&#232;se, dans (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://www.partage-noir.fr/-malatesta-revue-itineraire-une-vie-une-pensee-no5-6-" rel="directory"&gt;Itin&#233;raire - Une vie, une pens&#233;e n&#176;5/6 : &#171; Malatesta &#187;&lt;/a&gt;

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&lt;a href="https://www.partage-noir.fr/+-errico-malatesta-52-+" rel="tag"&gt;Errico Malatesta&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.partage-noir.fr/+-itineraire-une-vie-une-pensee-+" rel="tag"&gt;&lt;i&gt;Itin&#233;raire - Une vie, une pens&#233;e&lt;/i&gt;&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;img src='https://www.partage-noir.fr/local/cache-vignettes/L150xH75/sans_titre-2llll_copie-6db0f.jpg?1774827401' class='spip_logo spip_logo_right' width='150' height='75' alt=&#034;&#034; /&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;A premi&#232;re vue il semble que Malatesta n'ait pas apport&#233; une contribution originale &#224; la pens&#233;e anarchiste. La premi&#232;re impression qu'on a, en lisant ses &#233;crits, est celle d'une &#171; synth&#232;se &#187; et d'une syst&#233;matisation conceptuelle du patrimoine de la pens&#233;e ant&#233;rieure. En somme, grand &#171; syst&#233;matiseur &#187;, grand &#171; synth&#233;tiseur &#187;, grand &#171; divulgateur &#187;, mais non grand penseur ou grand th&#233;oricien.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'impression &#8212; &#224; mon avis &#8212; est totalement erron&#233;e. Selon moi, Malatesta, dans cette synth&#232;se, dans cette syst&#233;matisation et dans cette divulgation, a peut-&#234;tre donn&#233; &#224; l'anarchisme la contribution la plus importante de toute l'histoire de la pens&#233;e anarchiste. Aujourd'hui encore d&#233;passer le &#171; seuil Malatesta &#187; me semble franchement une entreprise d&#233;sesp&#233;r&#233;e. Je veux dire que sur le plan de la &lt;i&gt;proposition&lt;/i&gt;, de la positivit&#233; de l'anarchisme, il se r&#233;v&#232;le quasiment impossible d'ajouter quelque chose de nouveau &#224; ce que Malatesta avait dit ou m&#234;me seulement &#233;bauch&#233;. Je r&#233;p&#232;te, et que cela soit bien clair, que je suis au niveau de la proposition, c'est-&#224;-dire de l'explication th&#233;orico-pratique qui transforme pour ainsi dire la doctrine du verbe en action. Ce qui signifie que les &lt;i&gt;buts &lt;/i&gt; de l'anarchisme et ce que nous pourrions appeler la &#171; d&#233;ontologie professionnelle &#187; de l'anarchiste, qui actualise ces buts &lt;i&gt;dans &lt;/i&gt; et &lt;i&gt;avec &lt;/i&gt; son action, dans la d&#233;finition conceptuelle globale malatestienne sont encore aujourd'hui difficilement d&#233;passables.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pour arriver &#224; cela Malatesta a s&#233;par&#233; les fins de l'anarchisme de sa science analytique. En d'autres termes il a d&#251; d&#233;montrer que la validit&#233; universelle de l'anarchisme ne d&#233;pend pas de la compr&#233;hension et de la consid&#233;ration historique du pr&#233;sent, pour lesquelles, une fois d&#233;termin&#233;es les forces et les significations de celles-ci dans ce pr&#233;sent, le futur se d&#233;termine comme globale d&#233;duction du pass&#233; ; mais d&#233;pend, au contraire, de la valeur universelle de l'anarchisme m&#234;me. Essayons de nous expliquer... Les th&#233;oriciens anarchistes pr&#233;c&#233;dents (Godwin, Proudhon, Bakounine) ou contemporains de Malatesta (Kropotkine, Merlino) avaient tous cherch&#233; &#224; donner qui plus, qui moins, un fondement th&#233;orique &#224; l'anarchisme. C'est-&#224;-dire qu'ils voulaient donner une explication et une justification de la validit&#233; objective de celle-ci. Qui en cherchant les fondements dans la raison (Godwin), qui dans les lois de la soci&#233;t&#233; (Proudhon), qui directement dans le d&#233;terminisme naturaliste (Kropotkine). Des th&#233;ories consacr&#233;es &#224; expliquer la validit&#233; de l'anarchisme sur la base d'une analyse et d'une d&#233;duction pour le futur. Par exemple : si tous les hommes ont comme &#233;l&#233;ment commun le plus important la raison (Godwin), nous fondons sur celle-ci, sur son explication universelle, la validit&#233; de la proposition d'une soci&#233;t&#233; d'hommes libres et &#233;gaux. Ou, si tous les biens &#233;conomiques et mat&#233;riels de la civilisation sont dus &#224; la combinaison de l'ensemble conjugu&#233; des individus en soci&#233;t&#233;, pour qui rien n'arrive sinon comme produit d'une force collective et d'un &#234;tre collectif (Proudhon), nous fondons sur la reconnaissance et sur l'explication de cette &#171; v&#233;rit&#233; &#187; la valeur du socialisme. Enfin &#8212; mais la liste pourrait continuer longtemps &#8212; puisque toute &#233;volution humaine (qui est ind&#233;finiment progressive) a pu se constituer gr&#226;ce &#224; la pratique g&#233;n&#233;rale et constante des lois naturelles de l'appui mutuel (Kropotkine), nous trouvons cette science capable de nous rendre conscients de ces m&#234;mes lois pour baser sur elles l'organisation de la soci&#233;t&#233; harmonique dans la libert&#233; de tous.&lt;/p&gt;
&lt;h3 class=&#034;spip&#034;&gt;Jugements de fait, jugements de valeur &lt;/h3&gt;
&lt;p&gt;Or cet ensemble, auquel on pourrait ajouter la th&#233;orie de Bakounine de l'&#233;quivalence entre l'analyse des classes dues &#224; la division du travail et la recomposition de celles-ci &#224; travers la r&#233;volution, n'est pas fondu et synth&#233;tis&#233; par Malatesta dans un cadre conceptuel unique qui, &#233;cartant les parties caduques de chaque th&#233;orie, pr&#233;sente la &#171; somme &#187; de la pens&#233;e anarchiste. Rien de tout cela de sa part. On peut dire, au contraire, que pour Malatesta le probl&#232;me est, dans un certain sens, tout &#224; l'oppos&#233; : comment donner un fondement &#224; l'anarchisme &#8212; qui dans ce cas devra &#234;tre vraiment universel &#8212; sans le renfermer dans les mailles d'un syst&#232;me ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pour lui, la voie est unique : d&#233;gager et rendre autonomes les fins de celui-ci, par n'importe quelle d&#233;duction qui veuille &#234;tre n&#233;cessaire, univoque, objective et d&#233;finitive avec le pr&#233;sent. La d&#233;duction, affirme-t-il, est d&#233;j&#224; implicite dans les choses et il y aura toujours la fa&#231;on la plus ad&#233;quate pour l'expliciter tant que de telles choses ne se r&#233;soudront pas dans l'ordre anarchiste. Or, puisque la d&#233;duction change avec les choses m&#234;mes, il est inutile et n&#233;faste de &lt;i&gt;faire d&#233;pendre les buts de l'anarchisme de ce changement&lt;/i&gt;. Les buts ne peuvent pas &#234;tre d&#233;duits d'un pr&#233;sent en continuelle mutation, ni ne peuvent &#234;tre tir&#233;s de sa propre et pure n&#233;gation. Pour donner un fondement vraiment universel &#224; l'anarchisme, il faut au contraire r&#233;fl&#233;chir sur ce qui motive l'anarchisme m&#234;me. On d&#233;couvrira ainsi que la motivation, ou l'ensemble des motivations, n'est pas plus due &#224; une d&#233;duction, mais &#224; une aspiration. En d'autres termes, on d&#233;couvrira que les buts de l'anarchisme sont tous constitu&#233;s par des valeurs. Il en d&#233;coule logiquement que l'anarchisme n'est pas fond&#233; sur un &lt;i&gt;&#234;tre&lt;/i&gt;, mais sur un&lt;i&gt; vouloir &#234;tre&lt;/i&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ceci est le point central de toute la r&#233;flexion malatestienne. Ici r&#233;side son extraordinaire modernit&#233;, c'est-&#224;-dire dans le fait d'avoir compris que les jugements de fait ne peuvent absolument pas co&#239;ncider avec les jugements de valeur. Tout cela est en profonde concordance avec les acquisitions de toute la pens&#233;e &#233;pist&#233;mologique contemporaine, qui &#233;tablit une nette d&#233;marcation entre lesdites sciences normatives et lesdites sciences descriptives. Les premi&#232;res appartiennent &#224; la sph&#232;re des valeurs, c'est-&#224;-dire du &lt;i&gt;devoir &lt;/i&gt; ou du &lt;i&gt;vouloir &#234;tre&lt;/i&gt;, les secondes au contraire appartiennent &#224; la sph&#232;re de la r&#233;alit&#233; factuelle, c'est-&#224;-dire de l'&#234;tre. En d'autres termes les premi&#232;res sont subjectives, les secondes objectives. Entre elles il y a dans un certain sens une diff&#233;rence logique, parce qu'on ne peut obtenir une d&#233;duction de directives et de valeurs des descriptions et pr&#233;visions. Je m'explique : la pr&#233;vision qui r&#233;alise la soci&#233;t&#233; d'hommes libres et &#233;gaux &lt;i&gt;ne comporte pas&lt;/i&gt; la valeur de celle-ci et la directive de chercher &#224; l'atteindre. Ainsi la libert&#233;, l'&#233;galit&#233;, la solidarit&#233; &#8212; ce qui revient &#224; dire les valeurs constitutives de l'anarchisme &#8212; ne sont pas des propositions subordonn&#233;es une fois pour toute &#224; des explications scientifiques mais &#224; des justifications &#233;thiques de l'agir humain tourn&#233; vers le futur.&lt;/p&gt;
&lt;h3 class=&#034;spip&#034;&gt;L'&#171; exaltation historique &#187; de l'anarchisme &lt;/h3&gt;
&lt;p&gt;L'importance assign&#233;e au &lt;i&gt;vouloir &#234;tre&lt;/i&gt; plut&#244;t qu'&#224; l'&#234;tre, c'est-&#224;-dire &#224; l'aspiration plut&#244;t qu'&#224; la d&#233;duction ou &#224; la n&#233;gation, est l'indice le plus &#233;vident de l'exaltation historique de l'anarchisme en tant que pur anarchisme. Malatesta exprime de la mani&#232;re la plus accomplie cette exaltation. C'est lui, plus que n'importe qui d'autre, qui fait de l'anarchisme ou, pour mieux dire, qui am&#232;ne l'anarchisme &#224; se diff&#233;rencier de n'importe quelle autre doctrine socialiste, communiste ou r&#233;volutionnaire, et &#224; se constituer en sp&#233;cifique et distincte doctrine. C'est lui qui fait de l'id&#233;e anarchiste une doctrine en soi, en supprimant tous les &#233;l&#233;ments impurs et contradictoires. C'est lui qui donne un accomplissement ind&#233;passable &#224; la fa&#231;on de voir, &#224; la fa&#231;on d'&#234;tre, &#224; la fa&#231;on de sentir anarchistes, en donnant aussi &#224; l'anarchisme une logique propre. En fait cet ensemble d'op&#233;rations qui se d&#233;nouent avec l'&#233;volution historique du mouvement anarchiste co&#239;ncident en grande partie avec la p&#233;riode des soixante ann&#233;es malatestiennes : 1872-1932.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Or, la constitution de l'anarchisme comme pur anarchisme, si elle met d'un c&#244;t&#233; en &#233;vidence la n&#233;cessit&#233; de cette cr&#233;ation sp&#233;cifique comme moyen primaire pour faire avancer l'&#233;mancipation humaine, d'autre part elle comporte la r&#233;elle s&#233;paration pratique entre ce moyen et la tendance g&#233;n&#233;rale, mais aussi compl&#232;tement g&#233;n&#233;rique de l'&#233;mancipation populaire. S'ouvre ainsi un probl&#232;me difficilement r&#233;solvable. L'anarchisme doit se maintenir comme mouvement id&#233;ologique sp&#233;cifique, mais ne peut absolument pas perdre le contact avec l'action populaire. Il doit rester r&#233;volutionnaire sans devenir sectaire, continuer &#224; &#234;tre insurrectionnaliste sans se renfermer dans un attentisme paralysant, maintenir l'int&#233;grit&#233; de la doctrine sans se r&#233;duire &#224; la r&#233;p&#233;titivit&#233; st&#233;r&#233;otyp&#233;e de la propagande en tant que fin en soi.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Comment r&#233;soudre ces probl&#232;mes ? Comment faire pour que l'anarchisme soit dans l'histoire, mais en m&#234;me temps &lt;i&gt;contre &lt;/i&gt; l'histoire ? Comment &#234;tre le m&#233;diateur avec le processus &#233;volutif du mouvement ouvrier et socialiste sans le suivre et le seconder dans ses tendances les plus renonciatrices ?&lt;/p&gt;
&lt;h3 class=&#034;spip&#034;&gt;Anarchisme et anarchie &lt;/h3&gt;
&lt;p&gt;La r&#233;ponse que Malatesta donne est vraiment d&#233;duite de la distinction entre jugements de fait et jugements de valeur que nous avons vue plus haut : si les buts de l'anarchisme d&#233;passent chaque d&#233;duction univoquement n&#233;cessaire et objective avec le pr&#233;sent, il faut op&#233;rer par force une distinction pratique et th&#233;orique entre anarchisme et anarchie. Le premier joue le r&#244;le de m&#233;diateur dans l'histoire, acqu&#233;rant tous les jugements de fait que cette histoire produit dans son continuel changement, la seconde se maintient contre l'histoire parce que le processus historique ne peut jamais co&#239;ncider avec les jugements de valeur que l'anarchie exprime.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Malatesta ouvre ainsi une substantielle distinction &#233;pist&#233;mologique entre anarchie et anarchisme. La premi&#232;re constitue l'id&#233;al, le but jamais compl&#232;tement atteint de la libert&#233; et de l'&#233;galit&#233;, et pour cela l'ensemble des motifs qui sont &#224; la base de la conduite anarchiste ; le second au contraire constitue l'ensemble th&#233;orico-pratique de la traduction de ces valeurs et de ces motifs dans le processus historique et, en tant que tel, sert d'interm&#233;diaire dynamique entre la d&#233;duction changeante et relative du pr&#233;sent et les objectifs universels du futur. L'anarchisme peut donc utiliser et faire sien n'importe quel instrument de compr&#233;hension de l'existant (si cela sert pour le futur vers lequel on tend), tandis que l'anarchie n'a pas besoin, pour subsister, d'&#234;tre justifi&#233;e par quelque explication.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Par cette op&#233;ration Malatesta soustrait l'anarchisme &#224; toute caducit&#233; historique, non parce qu'il le place seulement sur un plan purement &#233;thique et moral, mais parce qu'il projette ses buts, c'est-&#224;-dire ses valeurs, au-del&#224; de la contingence et du changement. En somme, la d&#233;duction est n&#233;cessaire pour contextualiser l'anarchisme dans le processus historique, parce qu'il en d&#233;termine les forces et les tendances en actes, mais non pour donner une explication et une justification de l'anarchie, c'est-&#224;-dire des motifs ultimes qui font subsister l'anarchisme. La distinction entre anarchisme et anarchie explique tout le dessein strat&#233;gique et tactique de Malatesta. Pensons, par exemple, &#224; sa plus importante implication : le rapport avec le mouvement ouvrier. Le mouvement anarchiste doit rester un mouvement sp&#233;cifique parce que sa sp&#233;cificit&#233; est n&#233;cessaire au maintien des buts de l'anarchisme (les valeurs constitu&#233;es par l'ensemble qui porte le nom d'anarchie), mais les anarchistes peuvent &#8212; ou mieux doivent &#8212; jouer le r&#244;le de m&#233;diateurs avec les organisations du mouvement ouvrier et populaire. Ils constituent la pr&#233;sence vivante de l'&#233;mancipation humaine dans l'action historique de l'&#233;mancipation populaire. Les mutations, les progr&#232;s et les reculs que celle-ci entra&#238;ne ne &#171; compromettent &#187; pas l'action r&#233;volutionnaire de l'anarchisme parce que si celui-ci se conjugue &#224; toutes les vicissitudes historiques populaires, il maintient et confirme n&#233;anmoins &#224; chaque instant la valeur de l'&#233;mancipation int&#233;grale. Le mouvement anarchiste ne se constitue pas en avant-garde r&#233;volutionnaire de l'action historique de l'&#233;mancipation populaire, mais en irr&#233;ductible pr&#233;sence r&#233;volutionnaire de l'&#233;mancipation humaine &#224; l'int&#233;rieur d'une telle action. Ainsi la poursuite sp&#233;cifique des fins anarchistes ne fait jamais violence au niveau historique atteint par les masses populaires.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le m&#234;me discours peut se faire pour ce qui concerne la composition des forces &#224; l'int&#233;rieur du mouvement anarchiste sp&#233;cifique. On sait que Malatesta &#233;tait pour l'organisation communiste de la soci&#233;t&#233; et pour la tendance &#171; organisatrice &#187; de l'anarchisme, mais cela ne l'a jamais emp&#234;ch&#233; de confirmer la relativit&#233; et la contingence de ces m&#234;mes conceptions. Comme &lt;i&gt;toutes &lt;/i&gt; les th&#233;ories et les hypoth&#232;ses, celles-ci ne pouvaient avoir de valeur qu'au cas o&#249; elles auraient &#233;t&#233; soumises &#224; l'exp&#233;rience concr&#232;te. Le pluralisme, la conviction radicale de la relativit&#233; de chaque tendance, la conscience du rapport tout libertaire et &#233;galitaire entre les propositions et leur confirmation pratique, d&#233;finissent la conception malatestienne comme une conception &#233;quilibr&#233;e, complexe et multiforme, comme une conception pourrait-on dire authentiquement anarchiste.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Donc, m&#234;me ici, nous avons un &#171; sch&#233;ma &#187; semblable : l'anarchisme peut &#234;tre le m&#233;diateur entre plusieurs tendances, peut se multiplier et cro&#238;tre sur plusieurs exp&#233;riences parce que celles-ci ne nient pas par &lt;i&gt;d&#233;finition &lt;/i&gt; les autres. Celles-ci, en ce qui concerne les buts qu'elles poursuivent et expriment (les valeurs de l'anarchie) sont dans un certain sens des jugements de fait qui peuvent changer selon les d&#233;mentis et les confirmations, d&#233;mentis et confirmations qui peuvent se constituer seulement &#224; la lumi&#232;re de l'opposition avec les jugements de valeur qu'elles-m&#234;mes disent poursuivre.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'exemple du rapport entre mouvement anarchiste et mouvement ouvrier et l'exemple du rapport entre les diverses forces agissant &#224; l'int&#233;rieur de l'anarchisme nous sugg&#232;rent d'autres analogies. Avec la distinction entre anarchisme et anarchie, on peut en fait d&#233;passer aussi la vieille question du rapport r&#233;volutionnaire. Si l'histoire avec son changement produit d'autres forces sociales &#233;mergentes, scellant le d&#233;clin de la pr&#233;sum&#233;e centralit&#233; de la classe ouvri&#232;re, l'anarchisme pourra tr&#232;s bien reconna&#238;tre ces nouveaux faits et s'en faire un jugement (justement jugement de fait) sans porter atteinte &#224; ses jugements de valeur. Diverses situations sociales, &#233;conomiques et politiques mettent dans le contexte l'agir anarchiste mais non ses buts qui sont ceux d'amener, dans cette contextualisation, des valeurs universelles.&lt;/p&gt;
&lt;h3 class=&#034;spip&#034;&gt;Anarchisme &#171; sens commun &#187; &lt;/h3&gt;
&lt;p&gt;Qu'on fasse attention : dans tout cela il n'y a absolument rien d'id&#233;aliste, sinon dans la signification toute g&#233;n&#233;rique de la poursuite de l'id&#233;al. Il y a au contraire quelque chose d'autre. Il y a la gigantesque tentative de transformer l'anarchisme sur la base r&#233;elle de l'aspiration humaine vers la libert&#233;, l'&#233;galit&#233;, le bien-&#234;tre, la solidarit&#233;, etc., d'une id&#233;ologie politique sp&#233;cifique &#224; une fa&#231;on de sentir universelle et de penser humaine ; de souder, en d'autres termes, la logique et la fa&#231;on d'&#234;tre d'un mouvement particulier &#224; la logique et &#224; la fa&#231;on d'&#234;tre g&#233;n&#233;rale. Et pour cela, de souder l'id&#233;ologie anarchiste qui poursuit les id&#233;aux de la libert&#233; et de l'&#233;galit&#233; au &#171; sens commun &#187; que la majorit&#233; des hommes a de la m&#234;me libert&#233; et de la m&#234;me &#233;galit&#233;. Voil&#224; la grande tentative : souder l'id&#233;ologie anarchiste au &#171; sens commun &#187;. Mais de quelle fa&#231;on ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Selon Malatesta, les grands id&#233;aux de l'&#233;mancipation humaine ne sont pas seulement le patrimoine th&#233;orique d'une petite minorit&#233;. Dans une certaine mesure, ils ont m&#234;me &#233;t&#233; re&#231;us par la grande majorit&#233; de la population. Pour les r&#233;volutionnaires le probl&#232;me n'est pas celui de fa&#231;onner p&#233;dagogiquement la population &#8212; op&#233;ration d&#233;licieusement autoritaire &#8212;, mais d'&lt;i&gt;incliner&lt;/i&gt;, d'&lt;i&gt;adapter&lt;/i&gt;, de &lt;i&gt;diriger &lt;/i&gt; l'id&#233;ologie sp&#233;cifique dans la fa&#231;on de sentir et de voir de cette population. Il s'agit de trouver les points communs avec la logique populaire, dans le but d'expliciter la valeur libertaire que cette m&#234;me logique populaire sous-tend. L'anarchisme devient ainsi universel sentiment humain, sans perdre aucun caract&#232;re r&#233;volutionnaire sp&#233;cifique. Celui-ci en effet n'est pas d&#233;lay&#233; dans une sorte de doctrine humanitaire g&#233;n&#233;rale. Sa pr&#233;gnance &#233;mancipatrice reste enti&#232;re en ce que celle-ci est conform&#233;e &#224; la mentalit&#233; et aux aspirations des masses opprim&#233;es seulement pour ce que repr&#233;sentent de valeur libertaire cette mentalit&#233; et ces aspirations.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;De l&#224; la pr&#233;&#233;minence assign&#233;e au facteur propagande et &#224; la forme que cette propagande doit assumer. C'est de cette fa&#231;on que na&#238;t l'extraordinaire langage malatestien, lequel constitue peut-&#234;tre l'expression la plus claire de cette tentative de donner &#224; l'anarchisme la signification universelle de communication et de reconnaissance de la conception humaine. Il s'agit peut-&#234;tre de l'effort le plus grand qui ait &#233;t&#233; accompli par un quelconque penseur r&#233;volutionnaire au si&#232;cle dernier. Mais la tentative n'est pas celle de lire toute la r&#233;alit&#233; avec les yeux de l'id&#233;ologie politique, de faire du pan-politicisme, pour voir dans le &#171; sens commun &#187; la confirmation de l'hypoth&#232;se id&#233;ologique, mais de faire exactement le contraire. Il s'agit de faire d&#233;couvrir &#224; l'id&#233;ologie elle-m&#234;me la &lt;i&gt;valeur &lt;/i&gt; &#8212; non l'identification &#8212; libertaire, stratifi&#233;e dans les plis contradictoires de la conscience populaire. Malatesta d&#233;passe ainsi toute la culture populiste du r&#233;volutionnarisme et, en m&#234;me temps, tout l'&#233;litisme &#171; aristocratique &#187; que ce m&#234;me r&#233;volutionnarisme maintenait dans d'autres directions.&lt;/p&gt;
&lt;h3 class=&#034;spip&#034;&gt;Volont&#233;, r&#233;volution, libert&#233; &lt;/h3&gt;
&lt;p&gt;La plus grande force de l'histoire humaine est la volont&#233; humaine : c'est la conception la plus profonde, la plus enracin&#233;e et la plus raisonn&#233;e de toute la pens&#233;e malatestienne. La r&#233;volution n'est rien d'autre que l'expression d&#233;miurgiquement la plus accomplie de cette volont&#233;, sa plus convaincante confirmation. Cependant le bin&#244;me volont&#233;-r&#233;volution, que l'on peut traduire comme volont&#233; r&#233;volutionnaire &#8212; m&#234;me si elle perd une partie de sa pr&#233;gnance &#171; prom&#233;th&#233;enne &#187; &#8212;, ne doit absolument pas &#234;tre entendu comme volont&#233; d'imposer ou comme volont&#233; de purification paling&#233;n&#233;sique. C'est vrai que Malatesta intitule son quotidien &lt;i&gt;Umanit&#224; Nova&lt;/i&gt;, mais il n'y a en lui aucune volont&#233; de faire l'&#171; homme nouveau &#187;, aucune volont&#233; d'imposer son mod&#232;le anthropologique. Malatesta n'a pas de mod&#232;le anthropologique &#224; proposer : comme tous les anarchistes, Malatesta entend la &lt;i&gt;r&#233;volution comme lib&#233;ration&lt;/i&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La valeur assign&#233;e par Malatesta &#224; la volont&#233; r&#233;volutionnaire d&#233;pend au contraire du fait qu'il y a en lui la pleine compr&#233;hension de la valeur toute culturelle du projet anarchiste. La &#171; soci&#233;t&#233; future &#187; se r&#233;alisera dans la mesure o&#249; une nouvelle culture fond&#233;e sur le principe constitutif de la libert&#233; s'opposera et vaincra la vieille culture fond&#233;e sur le principe constitutif de l'autorit&#233;. Multiples, pour ne pas dire infinis, peuvent &#234;tre les mod&#232;les sociaux fond&#233;s sur le principe de la libert&#233;. L'important est la volont&#233; de r&#233;aliser constitutivement ce principe. Le reste est compl&#232;tement secondaire, et contingent. Pour qu'advienne cependant le passage de l'un &#224; l'autre principe, pour qu'on passe en somme de l'autorit&#233; &#224; la libert&#233;, une &#171; rupture r&#233;volutionnaire &#187; est n&#233;cessaire. En ce sens la r&#233;volution n'est plus seulement pure insurrection violente qui tend &#224; r&#233;aliser &lt;i&gt;tout &lt;/i&gt; et &lt;i&gt;tout de suite&lt;/i&gt;, mais avant tout fait psychologique traumatique, volont&#233;, justement, de rompre avec le pr&#233;sent et avec ses principes informateurs.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'id&#233;e qui r&#232;gle la r&#233;volution peut se conjuguer avec l'id&#233;e constitutive de la r&#233;volution elle-m&#234;me : la r&#233;volution est n&#233;cessaire mais sa r&#233;alisation peut &#234;tre fond&#233;e sur un projet gradualiste. Celui-ci r&#233;alise la r&#233;volution dans la mesure o&#249; l'id&#233;e de libert&#233;, d'&#233;galit&#233; et de solidarit&#233; se fait g&#233;n&#233;rale, se fait &#171; sens commun &#187;. Comme inspiration reste donc la volont&#233; r&#233;volutionnaire. Donc volont&#233;, r&#233;volution, libert&#233;, o&#249; il est clair que pour arriver au dernier terme il faut partir du premier en passant par le second. Sans volont&#233; de faire la r&#233;volution il n'y a pas de rupture r&#233;volutionnaire, sans rupture r&#233;volutionnaire il n'y a pas de libert&#233;. Malatesta a &#233;t&#233; l'exemple vivant de ce trin&#244;me. Malatesta a &#233;t&#233; un tr&#232;s grand.&lt;/p&gt;
&lt;div class=&#034;spip spip-block-right&#034; style=&#034;text-align:right;&#034;&gt;&lt;strong&gt;(traduit de &lt;i&gt; A Rivista Anarchica&lt;/i&gt;, avril 1982, par Mich&#232;le Martini)&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		
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