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	<title>PARTAGE NOIR</title>
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		<title>PARTAGE NOIR</title>
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		<title>Les &#233;lections - Manifestation de la souverainet&#233; populaire ?</title>
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		<dc:date>2024-03-14T23:05:00Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>P.J. Vidal</dc:creator>


		<dc:subject>Volont&#233; Anarchiste</dc:subject>
		<dc:subject>Archives Autonomies</dc:subject>

		<description>
&lt;p&gt;On nous demande de voter ?... C'est oublier que le Parlement est un masque, et que le pouvoir r&#233;el, dans la soci&#233;t&#233; actuelle, r&#233;side on ne sait o&#249;, incroyablement incontr&#244;lable et secret.
&lt;br class='autobr' /&gt;
(C. Radcliffe : &#171; Anarchy &#187;, n&#176; 37, 1964.) &lt;br class='autobr' /&gt;
Les anarchistes ne voteront pas, une fois de plus, aux prochaines &#233;lections. Ils feront un effort de propagande pour expliquer qu'il ne sert &#224; rien de voter. C'est l&#224;, quoi qu'il paraisse, non une r&#233;action sentimentale (&#171; la soci&#233;t&#233; n'est pas pure, les (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://www.partage-noir.fr/-03-les-anarchistes-et-les-elections-" rel="directory"&gt;03 - Les Anarchistes et les &#233;lections&lt;/a&gt;

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&lt;a href="https://www.partage-noir.fr/+-volonte-anarchiste-302-+" rel="tag"&gt;Volont&#233; Anarchiste&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.partage-noir.fr/+-source-fragments-d-histoire-de-la-gauche-radicale-+" rel="tag"&gt;Archives Autonomies&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;img src='https://www.partage-noir.fr/local/cache-vignettes/L150xH94/image_1177296_20220611_ob_c8320a_affiche-fa-ceci-nest-pas-la-democratie-36934.jpg?1774726750' class='spip_logo spip_logo_right' width='150' height='94' alt=&#034;&#034; /&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;div class=&#034;spip spip-block-right&#034; style=&#034;text-align:right;&#034;&gt;&lt;q style=&#034;font-style: italic;&#034;&gt;On nous demande de voter ?... C'est oublier que le Parlement est un masque, et que le pouvoir r&#233;el, dans la soci&#233;t&#233; actuelle, r&#233;side on ne sait o&#249;, incroyablement incontr&#244;lable et secret&lt;/q&gt;.&lt;br class='autobr' /&gt;
&lt;i&gt;(C. Radcliffe : &#171; Anarchy &#187;, n&#176; 37, 1964.)&lt;/i&gt;&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Les anarchistes ne voteront pas, une fois de plus, aux prochaines &#233;lections. Ils feront un effort de propagande pour expliquer qu'il ne sert &#224; rien de voter. C'est l&#224;, quoi qu'il paraisse, non une r&#233;action sentimentale (&#171; la soci&#233;t&#233; n'est pas pure, les anarchistes ne voudraient pas se m&#234;ler &#224; elle &#187;), mais une attitude r&#233;fl&#233;chie, et depuis longtemps pes&#233;e.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La r&#233;examiner n'est peut-&#234;tre pas inutile, aussi bien pour v&#233;rifier qu'elle est toujours raisonnable, que pour expliquer nettement pourquoi nous ne votons pas dans le syst&#232;me &#233;tatique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pour mieux comprendre la position des anarchistes en mati&#232;re d'&#233;lections pr&#233;sidentielles ou parlementaires, il faut comprendre quelle est, bri&#232;vement r&#233;sum&#233;e, leur vue de la soci&#233;t&#233; actuelle. Celle-ci est organis&#233;e selon le sch&#233;ma gouvernants-gouvern&#233;s : ceux qui commandent et ceux qui ob&#233;issent. La fiction d&#233;mocratique n'y est introduite que par le biais du vote qui l&#233;gitime la pl&#233;nitude du pouvoir qu'exercent les gouvernants par l'entremise de l'&#201;tat : la souverainet&#233; (la situation est encore plus nette aujourd'hui, l'Assembl&#233;e n'a plus de pouvoir, les centres de direction sont ailleurs, et la l&#233;gitimation, qui en est dissoci&#233;e, porte sur un seul homme. Le probl&#232;me n'en reste pas moins exactement le m&#234;me).&lt;/p&gt;
&lt;h3 class=&#034;spip&#034;&gt;LA SOUVERAINET&#201;&lt;/h3&gt;
&lt;div class=&#034;spip spip-block-right&#034; style=&#034;text-align:right;&#034;&gt;&lt;q style=&#034;font-style: italic;&#034;&gt;L'imp&#244;t est de tous les temps. Le service militaire a commenc&#233; avec le bulletin de vote. Vous qui savez ce que &#171; citoyen &#187; veut dire, vous qui savez que &lt;q style=&#034;font-style: italic;&#034;&gt;soldat&lt;/q&gt; et &lt;q style=&#034;font-style: italic;&#034;&gt;&#233;lecteur&lt;/q&gt; sont les deux &lt;q style=&#034;font-style: italic;&#034;&gt;moments&lt;/q&gt; de souverainet&#233; du citoyen dans une libre R&#233;publique, vous &#234;tes les bienvenus &#224; la pr&#233;paration militaire parachutiste&lt;/q&gt;.&lt;br class='autobr' /&gt;
&lt;i&gt;(Affichette militaire au fort de Vincennes, 1958.)&lt;/i&gt;&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Quelle est donc cette souverainet&#233; du ciyoyen ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;q style=&#034;font-style: italic;&#034;&gt;Cette souverainet&#233; est la propre seigneurie de l'&#201;tat... Or elle consiste en &lt;span style=&#034;font-style:normal;&#034;&gt;puissance absolue&lt;/span&gt;, c'est-&#224;-dire parfaite et enti&#232;re de tout point... Et comme la couronne ne peut &#234;tre si son cercle n'est entier, aussi &lt;span style=&#034;font-style:normal;&#034;&gt;la souverainet&#233; n'est point si quelque chose y fait d&#233;faut.&lt;/span&gt;&lt;/q&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ainsi parlait, en 1666, Loyseau, l&#233;giste subtil et serviteur fid&#232;le de la monarchie. La souverainet&#233; dont il parle, c'est celle du roi de France. Mais la souverainet&#233; qu'il d&#233;finit, c'est toujours celle de l'&#171; &#201;tat fran&#231;ais &#187;. La couronne a chang&#233; de t&#234;te.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'&#201;tat est souverain, c'est-&#224;-dire, en clair, les quelques individus qui &#171; repr&#233;sentent &#187; au sommet l'&#201;tat, qui parfois, disent-ils, &#171; l'incarnent &#187;, ont la puissance absolue &#8212; c'est-&#224;-dire, en clair, le monopole et l'usage exclusif de la force arm&#233;e &#8212; police, force militaire. Voil&#224; comment, par quelques mots, &#201;tat, souverainet&#233;, se trouve justifi&#233;e l'oppression par la minorit&#233;. Mais cette justification ne suffisait pas &#224; rassurer tout le monde, et les juristes vont inventer cette farce illogique : souverainet&#233;... du peuple.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;q style=&#034;font-style: italic;&#034;&gt;C'est que le prince estime bon a force de loi... puisque le peuple lui conf&#232;re et met en lui sa souverainet&#233; et sa puissance&lt;/q&gt;&lt;i&gt; (Digeste)&lt;/i&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Au III&lt;sup class=&#034;typo_exposants&#034;&gt;e&lt;/sup&gt; si&#232;cle de notre &#232;re, la fiction &#233;tait d&#233;j&#224; invent&#233;e. Une classe, la bourgeoisie, allait la reprendre &#224; son compte et b&#226;tir dessus sa fortune.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est le peuple qui a la souverainet&#233; ! Mais il ne la garde pas, il la d&#233;l&#232;gue. Les princes qui nous gouvernent renoncent &#224; ne tenir leur pouvoir que de Dieu. Ils ne le tiennent plus que du peuple. En fait, le peuple n'a jamais la mat&#233;rialit&#233; de la souverainet&#233;. Il n'a pas de moyen de l'exercer, ne serait-ce qu'un moment et en partie. Il n'a pas de moyen d'en contr&#244;ler l'exercice.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cet exercice, confi&#233; aux mains d'un seul homme, ou d'une petite minorit&#233; (d&#233;put&#233;s de la constituante de 89, minist&#232;re anglais, pr&#233;sident de la R&#233;publique en France, etc.), ne cesse jamais, n'est jamais remis aux mains des &#171; citoyens &#187;. On n'attend d'eux qu'une seule chose, qu'ils fassent le geste magique, qu'ils d&#233;l&#232;guent... quelque chose qu'ils n'ont jamais eu : la puissance absolue.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Berneri faisait d'ailleurs remarquer la parent&#233; de conception entre le &#171; peuple souverain &#187; du jacobinisme et l'&#233;quivoque formule de la &#171; dictature du prol&#233;tariat &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;q style=&#034;font-style: italic;&#034;&gt;Quel que soit le jacobinisme, il est destin&#233; &#224; faire d&#233;vier la r&#233;volution sociale. Et quand elle d&#233;vie, l'ombre d'un Bonaparte se profile&lt;/q&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le prol&#233;tariat a exerc&#233; sa &#171; dictature &#187; de la m&#234;me fa&#231;on que le peuple, il l'a d&#233;l&#233;gu&#233;e, et elle n'a jamais plus &#233;t&#233; sienne.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans un cas comme dans l'autre, c'est la m&#234;me construction. Le pouvoir absolu est confi&#233; &lt;i&gt;en bloc&lt;/i&gt; &#224; une minorit&#233;, pour une p&#233;riode ind&#233;termin&#233;e, par la collectivit&#233;. Et ensuite, cette minorit&#233;, d'en haut, impose &#224; la collectivit&#233; un ordre social, met en place des organisations interm&#233;diaires qui ne d&#233;pendent que du sommet, que la collectivit&#233; ne peut contr&#244;ler. Certes, on peut &#233;lire son maire en France, mais une fois &#233;lu, il doit ob&#233;ir au pr&#233;fet pour ce qui est de la l&#233;gislation, au ministre des Finances pour ce qui est des moyens. C'est toujours l'accaparement, le contr&#244;le des organismes interm&#233;diaires par ceux qui exercent la souverainet&#233;. Ce qui pla&#238;t au souverain, c'est d'avoir devant lui des individus isol&#233;s.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La &#171; souverainet&#233; du peuple &#187;, ou &#171; dictature du prol&#233;tariat &#187;, n'est pas un m&#233;canisme social logique mais une fiction juridique. La &#171; d&#233;l&#233;gation &#187; populaire ou prol&#233;tarienne fut invent&#233;e pour justifier une forme de pouvoir (souverainet&#233; royale, dictature, tyrannie) qui existait bien avant cette justification. Il ne s'agit l&#224; que d'une adaptation.&lt;/p&gt;
&lt;center&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;tt&gt;&lt;picto|nom=asterisk&gt;&lt;/tt&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;/center&gt;
&lt;p&gt; &lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il nous faut voir maintenant le syst&#232;me &#233;lectoral en tant que &lt;i&gt;m&#233;canisme juridique&lt;/i&gt;. Et ensuite essayer de le replacer dans son contexte g&#233;n&#233;ral pour voir plus nettement son r&#244;le et sa port&#233;e.&lt;/p&gt;
&lt;h3 class=&#034;spip&#034;&gt;LES M&#201;CANISMES JURIDIQUES :&lt;/h3&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;L'op&#233;ration des &#233;lections consiste &#224; donner, par un vote, un mandat. &lt;/i&gt; Il y a, en r&#233;alit&#233;, deux m&#233;canismes qu'il faut distinguer :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;1) &lt;i&gt;Le vote : &lt;/i&gt; Selon le Larousse, le vote est un suffrage, un v&#339;u &#233;nonc&#233; par chacune des personnes appel&#233;es &#224; &#233;mettre un avis.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le mot d&#233;signe donc un proc&#233;d&#233; technique, et un proc&#233;d&#233; technique susceptible de bien des formes. Aussi les anarchistes ne sont- ils g&#233;n&#233;ralement pas oppos&#233;s au vote-proc&#233;d&#233; technique en tant que tel, au vote indicatif, qui n'a des cons&#233;quences obligatoires que pour ceux qui le veulent bien.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Plus exactement, ce n'est pas au vote que les anarchistes en ont, c'est au mandat, &#224; la duperie monumentale que repr&#233;sente, dans la soci&#233;t&#233; actuelle, la pseudo-d&#233;l&#233;gation par le &#171; peuple &#187; de sa pr&#233;tendue &#171; souverainet&#233; &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Voter en soi n'a rien, aux yeux d'un anarchiste, de &#171; r&#233;pr&#233;hensible &#187;. Emettre un avis sur un bulletin de vote, quoi de plus normal. Mais dans les &#233;lections, le vote ne sert pas &#224; &#233;mettre un avis, il sert &#224; conf&#233;rer un mandat.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;2) &lt;i&gt;Le mandat :&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;q style=&#034;font-style: italic;&#034;&gt;Le mandat ou procuration est un acte par lequel une personne donne &#224; une autre le pouvoir de faire quelque chose pour le mandant, en son nom&lt;/q&gt;. (Code civil, art. 1984).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;D&#233;l&#233;guer des pouvoirs, c'est donner un mandat. Et le terme se retrouve dans deux domaines : mandat civil du &lt;i&gt;droit priv&#233;&lt;/i&gt;, et mandat parlementaire, pr&#233;sidentiel, etc, du &lt;i&gt;droit public&lt;/i&gt;. Il y a longtemps que la bourgeoisie conna&#238;t le mandat civil, priv&#233;, h&#233;rit&#233; du Droit romain. Mais c'est seulement au XVIII&lt;sup class=&#034;typo_exposants&#034;&gt;e&lt;/sup&gt; si&#232;cle qu'appara&#238;t cette notion de mandat public, de mandat parlementaire. Or, si l'on compare mandat priv&#233; et mandat public, on s'aper&#231;oit vite qu'ils sont tr&#232;s dissemblables ; ou, pour parler plus nettement, le &#171; bourgeois &#187; n'a pas du tout la m&#234;me conception de la d&#233;l&#233;gation du pouvoir selon qu'il s'agit de faire faire des affaires en son nom par un interm&#233;diaire (mandat civil), ou de faire g&#233;rer l'&#201;tat (mandat public). Comparons ces deux mandats :&lt;/p&gt;
&lt;table class=&#034;table spip&#034;&gt;
&lt;tbody&gt;
&lt;tr class='row_odd odd'&gt;
&lt;td&gt;MANDAT CIVIL&lt;/td&gt;
&lt;td&gt; &lt;/td&gt;
&lt;td&gt;MANDAT PARLEMENTAIRE&lt;/td&gt;&lt;/tr&gt;
&lt;tr class='row_even even'&gt;
&lt;td&gt; &lt;br /&gt; &lt;br /&gt;1&#176; Si le mandat est con&#231;u en termes g&#233;n&#233;raux (tous pouvoirs, etc.), il ne comporte que de simples pouvoirs d'&lt;i&gt;administration&lt;/i&gt;, c'est-&#224;-dire de routine.&lt;br class='autobr' /&gt;
Pour les actes graves (vente, etc), il doit &#234;tre expr&#232;s, c'est-&#224;-dire autoriser pr&#233;cis&#233;ment&lt;i&gt; tel ou tel acte&lt;/i&gt;. Et le mandataire ne peut rien faire d'autre que ce qui y est port&#233;.&lt;br /&gt; &lt;br /&gt;2&#176; Tout mandataire, sa gestion finie, rend des comptes &#224; celui qui l'a mandat&#233;.&lt;br /&gt; &lt;br /&gt;3&#176; Le mandataire est responsable des fautes qu'il commet dans sa gestion (et a fortiori de son dol : tromperie).&lt;br /&gt; &lt;br /&gt;4&#176; Le mandant, celui qui a mandat&#233;, peut r&#233;voquer sa procuration quand bon lui semble.&lt;br class='autobr' /&gt;
&lt;div class=&#034;spip spip-block-right&#034; style=&#034;text-align:right;&#034;&gt;(Cf. Code civil, art. 1988, 1989, 1991, 1993, 2004.)&lt;/div&gt;&lt;/td&gt;
&lt;td&gt;&lt;/td&gt;
&lt;td&gt; &lt;br /&gt; &lt;br /&gt;1&#176; Le bulletin de vote est un mandat en blanc. Le candidat n'est en rien tenu par son programme (qu'en fait il n'ex&#233;cute jamais). Mais ce mandat en blanc lui conf&#232;re, nous l'avons vu, les pleins pouvoirs, la souverainet&#233;.&lt;br /&gt; &lt;br /&gt;2&#176; Ceux &#224; qui le &#171; peuple &#187; d&#233;l&#232;gue sa &#171; souverainet&#233; &#187; ne rendent jamais de comptes.&lt;br /&gt; &lt;br /&gt;3&#176; Il n'y a aucun exemple de condamnation d'un dirigeant politique, ni pour ses fautes ni m&#234;me pour son dol av&#233;r&#233;.&lt;br /&gt; &lt;br /&gt;4&#176; Le citoyen ne peut r&#233;voquer sa procuration qu'&#224; des intervalles fix&#233;s, qu'il ne choisit m&#234;me pas puisque ce sont ses &#171; d&#233;l&#233;gu&#233;s &#187; qui d&#233;cident eux-m&#234;mes du moment favorable &#224; leur reconduction.&lt;/td&gt;&lt;/tr&gt;
&lt;/tbody&gt;
&lt;/table&gt;
&lt;p&gt;On voit que dans le mandat priv&#233;, le mandant contr&#244;le &#224; tout moment son mandataire, celui-ci peut logiquement &#234;tre tenu pour son repr&#233;sentant. Par contre, dans le mandat public, le mandant ne contr&#244;le ses mandataires qu'&#224; intervalles plus ou moins &#233;loign&#233;s, et surtout au moment choisi par eux (pensons aux d&#233;coupages &#233;lectoraux, &#224; la tactique &#233;lectorale, aux pressions &#233;conomiques, &#224; la propagande et autres astuces de m&#234;me esp&#232;ce). De plus, le mandataire public est irresponsable, le citoyen contr&#244;le tr&#232;s mal son mandataire, celui-ci n'est pas son repr&#233;sentant.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Comparons ce pseudo-mandat public avec une repr&#233;sentation, par exemple celle du pr&#233;fet, repr&#233;sentant du Pouvoir central dans sa r&#233;gion. Le pr&#233;fet peut &#234;tre r&#233;voqu&#233; &#224; tout instant par d&#233;cret en Conseil des ministres, celui-ci sait tenir en main ses repr&#233;sentants.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Conclusion : Quand la banque Rotschild se choisit un mandataire (comme nagu&#232;re Pompidou), le mandat est &lt;i&gt;strict&lt;/i&gt;. Quand le m&#234;me Pompidou d&#233;l&#232;gue des agents de l'&#171; autorit&#233; &#187;, le mandat est toujours strict. Mais quand le &#171; Peuple &#187; d&#233;l&#232;gue des pouvoirs, qu'&lt;i&gt;il lui est d'ailleurs interdit d'exercer directement, ne serait-ce qu'en partie&lt;/i&gt;, le mandat devient extr&#234;mement souple, pour ne pas dire inexistant. Dans les deux cas pr&#233;c&#233;dents, le mandat est un m&#233;canisme, dans le dernier cas, c'est une fiction&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2-1&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Le m&#234;me Pompidou &#233;tudie les moyens de faire en sorte qu'en cas de gr&#232;ve, le (&#8230;)&#034; id=&#034;nh2-1&#034;&gt;1&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Est-ce &#224; dire que les gouvernements, ou d'une mani&#232;re plus g&#233;n&#233;rale, tous les d&#233;tenteurs de cette fameuse souverainet&#233;, soient incontr&#244;l&#233;s ? (l'id&#233;e selon laquelle le g&#233;n&#233;ral de Gaulle &#171; fait tout ce qu'il veut &#187;). Ce serait avoir une vue bien na&#239;ve de notre monde.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le gouvernement n'est pas assur&#233; par le &#171; peuple &#187;, cette aimable abstraction, mais par une minorit&#233; (une classe) et par des moyens autres que ceux du vote.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le syst&#232;me &#233;lectoral ne peut &#234;tre un moyen technique de choisir des responsables. Il y a pourtant une raison &#224; tout ce gaspillage de temps et d'argent qu'est une campagne &#233;lectorale. Ce qui n'est qu'une bien pauvre fiction juridique, devient, dans la vie, une importante op&#233;ration d'intoxication psychologique. Si le pouvoir de la minorit&#233; dirigeante s'exer&#231;ait sans masque, il deviendrait vite intol&#233;rable pour la plupart des gens. Le pouvoir pr&#233;tend donc s'exercer au nom des gouvern&#233;s eux-m&#234;mes. Encore faut-il, de temps &#224; autre, leur donner l'impression qu'ils &lt;i&gt;participent&lt;/i&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est le conte classique de la f&#233;e qui pr&#234;te sa baguette magique : fais un v&#339;u, etc. Le v&#339;u se retourne d'ailleurs souvent contre celui qui l'a fait, et la baguette magique revient en des mains plus capables. Pendant un jour, le lampiste de base peut avoir l'impression qu'il a le pouvoir. Pendant quelques semaines, tous les hommes politiques, de tous les partis, &#171; r&#233;volutionnaires &#187; ou non, vont essayer de lui faire croire qu'il est important, que son opinion compte. L'op&#233;ration est-elle en g&#233;n&#233;ral r&#233;ussie ? Oui et non : oui, puisque au moins 50 p. 100 des gens votent ; non, parce que les pourcentages d'abstention sont g&#234;nants&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2-2&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Elections cantonales de mars 1964. Pourcentage officiel d'abstention : 43,4% (&#8230;)&#034; id=&#034;nh2-2&#034;&gt;2&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;, et surtout parce que la plupart de ceux qui votent le font sans enthousiasme, &#171; parce qu'il faut bien faire quelque chose &#187;. Pour beaucoup d'entre eux, la vie se charge de les rappeler &#224; la r&#233;alit&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les &#233;lections sont donc pour les anarchistes tout au plus une sorte de vaste socio-drame dirig&#233;, auquel la collectivit&#233; est invit&#233;e &#224; participer, pour mieux retourner ensuite au travail. Mais o&#249; est donc le pouvoir ? Dans les mains d'un groupe social modeste et discret, qui fait tout ce qu'il peut, aussi bien &#224; l'Est qu'&#224; l'Ouest, pour expliquer qu'il n'existe pas.&lt;/p&gt;
&lt;h3 class=&#034;spip&#034;&gt;LE GOUVERNEMENT DU PEUPLE&lt;/h3&gt;
&lt;p&gt;La France est divis&#233;e en 3 800 communes, 89 d&#233;partements, 23 ressorts de l&#233;gions de gendarmerie, 17 r&#233;gions de police judiciaire, 9 r&#233;gions de groupements de C.R.S., 9 r&#233;gions militaires, 9 ressorts de &#171; super-pr&#233;fets &#187;. Et tout en haut de cette pyramide veille le ministre de l'Int&#233;rieur.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Tous les fils du &#171; gouvernement des hommes &#187; (et pas simplement la police) sont rassembl&#233;s dans ses mains, tandis que son puissant coll&#232;gue, le ministre des Finances, s'occupe des grandes lignes de I'&#171; administration des choses &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Voici quelle est l'organisation du minist&#232;re de l'Int&#233;rieur :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;Premier niveau. &lt;/i&gt; &#8212; Le ministre et son cabinet : secr&#233;tariat + services adjoints (courrier, chiffre, transmissions, protection civile et service &#171; int&#233;rieur &#187;).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;Deuxi&#232;me niveau. &lt;/i&gt; &#8212; Six directions : 1&#176; Finances et contentieux. 2&#176; Personnel et mat&#233;riel de police. 3&#176; R&#233;glementation. 4&#176; Affaires d&#233;partementales et communales (tutelle des collectivit&#233;s locales). 5&#176; Personnel et affaires politiques (administre le &lt;i&gt;corps pr&#233;fectoral&lt;/i&gt;, tient &#224; jour les dossiers, propose l'avancement, &#171; pr&#233;pare les &#233;lections &#187;)&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2-3&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Waline : Trait&#233; de Droit administratif, page 265.&#034; id=&#034;nh2-3&#034;&gt;3&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;. 6&#176; La direction g&#233;n&#233;rale : la plus importante, se subdivise elle-m&#234;me en quatre directions : a) personnel et mat&#233;riel ; b) police judiciaire (rue des Saussaies) ; c) renseignements g&#233;n&#233;raux (police politique) ; d) surveillance du territoire (contre-espionnage).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;Troisi&#232;me niveau.&lt;/i&gt; &#8212; Les &lt;i&gt;igames &lt;/i&gt; (super-pr&#233;fets) : prennent tous les pouvoirs du ministre &lt;q style=&#034;font-style: italic;&#034;&gt;en cas de troubles, gr&#232;ve g&#233;n&#233;rale par exemple&lt;/q&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2-4&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Idem, page 269. Pour tous renseignements, se reporter &#224; ce livre.&#034; id=&#034;nh2-4&#034;&gt;4&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;Quatri&#232;me niveau.&lt;/i&gt; &#8212; Les pr&#233;fets &#171; d&#233;positaires dans les d&#233;partements de l'autorit&#233; de l'&#201;tat &#187;. Pour le d&#233;partement de la Seine et les 193 communes suburbaines : deux pr&#233;fectures : 1) de la Seine ; 2) de Police : se subdivise en trois services : a) police municipale ; b) renseignements g&#233;n&#233;raux (&#233;trangers, contre-espionnage, mouvements factieux) ; c) police judiciaire (Quai des Orf&#232;vres : quatre brigades : finances, de la voie publique, volante, &#171; mondaine &#187;).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le ministre exerce sur tous les fonctionnaires de son administration le pouvoir hi&#233;rarchique le plus total. Tous les fonctionnaires d&#233;pendent de son minist&#232;re, &#224; tous les niveaux et &#224; tous moments sont r&#233;vocables sans motivation de la d&#233;cision.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Recrutement : concours &#224; l'Ecole nationale d'Administration avec affectation &#224; la sortie au minist&#232;re de l'Int&#233;rieur. Mais le gouvernement peut toujours refuser une candidature ou recruter &#224; l'ext&#233;rieur.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce n'est qu'au &lt;i&gt;cinqui&#232;me niveau&lt;/i&gt; qu'interviennent des &#233;lections (sauf &#224; Paris o&#249; les maires ne sont pas &#233;lus, mais nomm&#233;s).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le maire et le conseil municipal : le conseil municipal est &#233;lu par les habitants de la commune en principe tous les six ans (le pr&#233;fet fixe la date des &#233;lections). Il n'est pas permanent (quatre sessions, mais possibilit&#233;s de sessions extraordinaires). Le gouvernement peut dissoudre le conseil municipal (d&#233;cret en conseil des ministres) sans donner de motifs. Le pr&#233;fet peut prononcer la &#171; d&#233;mission d'office &#187; d'un conseiller, notamment en cas de refus d'accomplir une fonction prescrite par la loi.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pouvoirs du conseil municipal : vote du budget, cr&#233;ation de &lt;i&gt;services municipaux&lt;/i&gt;. Cette attribution pouvait offrir des possibilit&#233;s, et &#224; la fin du XIX&lt;sup class=&#034;typo_exposants&#034;&gt;e&lt;/sup&gt; si&#232;cle, un courant de &#171; socialisme municipal &#187; entra&#238;ne certaines communes &#224; cr&#233;er, sous ce pr&#233;texte, des boulangeries municipales, des boucheries municipales, des pharmacies municipales, etc. La r&#233;action fut d'abord brutale (1901, interdiction par le conseil d'&#201;tat) puis plus nuanc&#233;e : autorisation de principe, mais seulement en cas de carence des entreprises priv&#233;es (loi de 1926 et de 1955) et surtout avec l'organisation suivante, en cas de gestion directe, de R&#233;gie, par la municipalit&#233; (c'est-&#224;-dire le seul cas o&#249; on pourrait parler de tendances &#171; collectivistes &#187;) ; le service sera administr&#233; par un conseil d'exploitation : un quart des membres nomm&#233; par le pr&#233;fet, un quart par le maire, directeur nomm&#233; &lt;i&gt;par le maire avec l'agr&#233;ment du pr&#233;fet&lt;/i&gt;, le reste des membres peut &#234;tre nomm&#233; par le conseil municipal.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le maire est &#233;lu par le conseil municipal. Il est plac&#233; &lt;q style=&#034;font-style: italic;&#034;&gt;sous l'autorit&#233;&lt;/q&gt; du pr&#233;fet pour : la tenue de l'&#233;tat civil, la r&#233;vision des listes &#233;lectorales, la collaboration avec la police. Dans tous les cas, il peut &#234;tre suspendu pour un mois par le pr&#233;fet (sans motifs d&#233;clar&#233;s), trois mois par le minist&#232;re de l'Int&#233;rieur (idem) et m&#234;me r&#233;voqu&#233; par d&#233;cret motiv&#233; (le conseil d'&#201;tat admet comme motivation les injures &#171; grossi&#232;res &#187; &#224; l'&#233;gard d'un ministre).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pouvoirs du maire ? Il pr&#233;pare le budget (les recettes ordinaires en tant que &#171; repr&#233;sentant du conseil municipal &#187;, insuffisantes la plupart du temps, sont fix&#233;es, mais libres : les emprunts sont autoris&#233;s par le gouvernement. Parmi les d&#233;penses, certaines sont obligatoires, d'autres interdites. Toutes celles qui restent sont libres). Le maire a l'entier pouvoir du plan d'alignement des voies de la commune, les reconnaissances de dettes communales, les proc&#232;s communaux.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il reste toutefois, en tant que repr&#233;sentant du conseil municipal, plac&#233; sous &#171; la surveillance &#187; du pr&#233;fet. Il est tenu de se conformer aux lois et aux r&#232;glements en vigueur.&lt;/p&gt;
&lt;h3 class=&#034;spip&#034;&gt;LA CLASSE DIRIGEANTE&lt;/h3&gt;
&lt;p&gt;Les classes dirigeantes pass&#233;es ayant &#233;t&#233; bien &#233;tudi&#233;es (ce sont toujours les classes dirigeantes pass&#233;es qui sont &#233;tudi&#233;es), il n'est pas difficile d'en donner une d&#233;finition : la classe dirigeante est un groupe social minoritaire qui s'est empar&#233; de la direction du reste du milieu social en contr&#244;lant l'organisation politique de ce milieu (elle d&#233;tient des postes de &#171; commandement &#187;, et notamment le monopole de la force arm&#233;e) et l'organisation &#233;conomique (soit directement : patron, soit indirectement : &#201;tat-patron). La cons&#233;quence et le signe infaillible de sa pr&#233;dominance sociale est sa richesse ; si l'&#171; &#233;lite &#187; dirigeante n'est pas riche en arrivant au pouvoir, elle ne tarde jamais &#224; le devenir (par richesse, il faut entendre naturellement niveau de vie : peu importe que celui qui dispose d'un palais n'en soit pas &#171; propri&#233;taire &#187;, du moment qu'il sait qu'il pourra s'en servir tant qu'il le d&#233;sire). Enfin, ce groupe social, cette classe, tend automatiquement &#224; la continuit&#233;, c'est-&#224;-dire &#224; l'h&#233;r&#233;dit&#233; du niveau social ; et, corr&#233;lativement, elle est &#224; peu pr&#232;s ferm&#233;e &#224; tout intrus d'un niveau social &#171; inf&#233;rieur &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cette d&#233;finition un peu longue une fois pos&#233;e, nous pouvons nous demander s'il y a vraiment, oui ou non, une classe dirigeante actuellement. Et nous rencontrons d'abord &lt;i&gt;trois arguments&lt;/i&gt; qui nous d&#233;montrent qu'il n'y a plus &#171; &#224; proprement parler &#187; de classe dirigeante :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;1&#176; &lt;q style=&#034;font-style: italic;&#034;&gt;Les industries cl&#233;s sont nationalis&#233;es, ou en voie de l'&#234;tre. Les grandes entreprises elles-m&#234;mes sont int&#233;gr&#233;es dans le plan national. Il n'y a donc plus que des salari&#233;s, la &lt;q style=&#034;font-style: italic;&#034;&gt;plus-value&lt;/q&gt; tend &#224; dispara&#238;tre sauf dans le petit commerce, la petite industrie, tenus pour n&#233;gligeables.&lt;/q&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;q style=&#034;font-style: italic;&#034;&gt;L'argument joue encore plus dans le cas de la Russie o&#249; tout est pratiquement nationalis&#233; (et non collectivis&#233; comme on le dit &#224; tort)&lt;/q&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cette premi&#232;re objection doit, &#224; notre avis, &#234;tre &#233;cart&#233;e imm&#233;diatement. Elle confond en effet la &lt;i&gt;mani&#232;re &lt;/i&gt; dont une classe s'approprie &#224; la fois le pouvoir et un niveau de vie tr&#232;s sup&#233;rieur (les deux sont toujours li&#233;s) avec l'existence de cette classe. Or, le mode d'appropriation juridique du pouvoir et de la richesse importe peu en fait. La haute bourgeoisie du XIX&lt;sup class=&#034;typo_exposants&#034;&gt;e&lt;/sup&gt; si&#232;cle d&#233;tenait le pouvoir parce qu'elle &#233;tait individuellement propri&#233;taire des moyens de production, et qu'elle percevait la plus-value. Mais les anc&#234;tres de cette bourgeoisie dans les si&#232;cles pr&#233;c&#233;dents n'avaient conquis cette position que par l'accaparement des charges publiques. Avant elle, la haute noblesse f&#233;odale tirait sa richesse de l'exercice des pouvoirs publics.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cette rapide remont&#233;e dans les si&#232;cles, pour superficielle qu'elle soit, aide &#224; comprendre que l'exploitation de la soci&#233;t&#233; par une classe peut prendre bien d'autres formes que celles de la propri&#233;t&#233; priv&#233;e du code civil et de la plus-value au sens strictement marxiste du terme.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;D'ailleurs, que le capitalisme ait chang&#233;, c'est l&#224; une &#233;vidence, encore convient-il de bien noter que la r&#233;gression de la petite et moyenne entreprise au profit des trusts &#224; caract&#232;re monopoliste n'en a pas pour autant d&#233;sagr&#233;g&#233; la classe bourgeoise, bien au contraire, elle a plut&#244;t renforc&#233; la solidarit&#233; soumise des petits actionnaires avec les &#171; gros &#187;, en m&#234;me temps qu'elle a accru la puissance de ceux-ci et notamment au niveau politique, en consommant la r&#233;conciliation du capitalisme industriel avec le capitalisme bancaire.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;2&#176; Les diff&#233;rences de niveau de vie (si importantes puisqu'elles forment la mentalit&#233; du groupe social, et ses raisons d'agir) se seraient att&#233;nu&#233;es. Il n'y aurait plus de foss&#233;s entre groupes sociaux, on passerait d'un niveau de revenu &#224; un autre par d'insensibles transitions. C'est l'image d'une pente douce, avec le man&#339;uvre portugais &#224; un bout et le pr&#233;sident-directeur de P&#233;chiney &#224; l'autre. Il y a bien une petite diff&#233;rence, mais le dimanche ils portent le m&#234;me complet... ce genre d'exemple simplet est fr&#233;quent dans certains milieux.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;3&#176; De toute fa&#231;on, l'in&#233;galit&#233; encore existante dans les niveaux sociaux serait le strict reflet de la &#171; valeur individuelle &#187; de chacun. La preuve en serait que si, par exemple, le fils du man&#339;uvre portugais, devenu fran&#231;ais bien entendu, a les &#171; capacit&#233;s intellectuelles &#187;, il pourra s'&#233;lever dans l'&#233;chelle sociale et, qui sait, devenir pr&#233;sident-directeur de, disons Saint-Gobain, pour varier.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'argumentation toute enti&#232;re se r&#233;sume alors ainsi : il manque, de nos jours, deux caract&#232;res essentiels pour faire une classe dirigeante : la diff&#233;rence tr&#232;s nette de niveau de vie, autrement dit la coupure sociale (argument 2), et l'h&#233;r&#233;dit&#233; (argument 3). Cette argumentation para&#238;t tr&#232;s d&#233;mentie par ce que nous pouvons savoir de la r&#233;alit&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;h3 class=&#034;spip&#034;&gt;LA COUPURE SOCIALE&lt;/h3&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;La pyramide des revenus&lt;/i&gt; (I.N.S.E.E.). &#8212; Etablie par l'Institut national de la Statistique (le seul organisme s&#233;rieux actuellement, et de plus d'&#201;tat), cette pyramide r&#233;v&#233;latrice a peu attir&#233; l'attention de la presse. A notre connaissance, elle n'a &#233;t&#233; publi&#233;e que par&lt;i&gt; France Observateur&lt;/i&gt; et &lt;i&gt;Tribune Socialiste&lt;/i&gt; (troisi&#232;me semaine d'octobre 1964). Elle m&#233;ritait pourtant plus d'int&#233;r&#234;t&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2-5&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;L'I.N.S.E.E. a dress&#233; son graphique &#224; partir d'une enqu&#234;te portant sur 20 (&#8230;)&#034; id=&#034;nh2-5&#034;&gt;5&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;. Ce document nous enseigne entre autres :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;1&#176; Que la hi&#233;rarchie des revenus est &#233;norme dans notre pays, puisque pr&#232;s d'un million de vieux, &#233;conomiquement faibles, ne disposent que de 6 000 francs par mois, alors qu'&#224; l'autre extr&#233;mit&#233; de la pyramide, plus de 500 familles ont un revenu de 5 &#224; 6 millions par mois chacune (150 000 disposent de plus de 312 000 francs par mois, 14 000 de plus de 625 000 francs, 3 000 de plus de 3 millions, et quelques dizaines de 10 &#224; 20 millions par mois).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;La hi&#233;rarchie des revenus en France va donc de 1 &#224; 2 000 ou 3 000&lt;/i&gt;. Encore cette disparit&#233; de revenus serait-elle beaucoup plus forte si les classes privil&#233;gi&#233;es ne dissimulaient pas au fisc une partie importante de leurs revenus, soit que la loi les y autorise (revenus d'emprunts d'&#201;tat, int&#233;r&#234;ts de pr&#234;ts aux soci&#233;t&#233;s d'investissement, certains b&#233;n&#233;fices dans la vente d'appartements, avantages en nature offerts &#224; leurs dirigeants par les grandes soci&#233;t&#233;s : chauffeurs, auto, villa, chasse, domestique, yachts), soit qu'elles fraudent purement et simplement (commer&#231;ants, professions lib&#233;rales...). Les revenus r&#233;els de ces groupes sociaux favoris&#233;s sont manifestement sup&#233;rieurs &#224; ceux que le fisc a recens&#233;s dans la pyramide ci-dessus.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;2&#176; Comme nous l'avons rappel&#233; bien des fois, la grande masse des m&#233;nages fran&#231;ais n'a encore qu'un revenu extr&#234;mement bas, puisque 45% disposent de moins de 62 500 &#224; 100 000 francs par mois. Au total, trois m&#233;nages sur quatre ont moins de 100 000 francs par mois pour vivre.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cela n'est pas pour surprendre, puisque les statistiques du minist&#232;re du Travail &#233;tablissent que 65 p. 100 des ouvriers et des employ&#233;s gagnent encore moins que 55 000 anciens francs par mois et que les salaires moyens pour ces deux cat&#233;gories &#8212; qui constituent les 7/8 des salari&#233;s du commerce et de l'industrie &#8212; sont d'environ :&lt;/p&gt;
&lt;table class=&#034;table spip&#034;&gt;
&lt;tbody&gt;
&lt;tr class='row_odd odd'&gt;
&lt;td&gt;&lt;/td&gt;
&lt;td&gt;Hommes&lt;/td&gt;
&lt;td&gt;Femmes&lt;/td&gt;&lt;/tr&gt;
&lt;tr class='row_even even'&gt;
&lt;td&gt;Ouvriers&lt;/td&gt;
&lt;td&gt;58 000&lt;/td&gt;
&lt;td&gt;38 000&lt;/td&gt;&lt;/tr&gt;
&lt;tr class='row_odd odd'&gt;
&lt;td&gt;Employ&#233;s&lt;/td&gt;
&lt;td&gt;68 000&lt;/td&gt;
&lt;td&gt;52 000&lt;/td&gt;&lt;/tr&gt;
&lt;/tbody&gt;
&lt;/table&gt;
&lt;p&gt;Pour ce qui est de l'&lt;i&gt;h&#233;r&#233;dit&#233;&lt;/i&gt;, la documentation se fait plus rare, on pourra cependant prendre une connaissance assez pr&#233;cise du r&#244;le politique et &#233;conomique que jouent les dynasties financi&#232;res et industrielles, en compulsant les num&#233;ros du &lt;i&gt;Crapouillot &lt;/i&gt; : &#171; les gros &#187; et &#171; les 200 familles &#187;... et aussi &#171; les ma&#238;tres de l'U.N.R. &#187; et &#171; la r&#233;publique des Rotschild &#187;. Mais l'id&#233;e qui nous int&#233;resse ici est celle de la &#171; promotion sociale &#187; : la promotion des individus de valeur serait une r&#233;alit&#233;, du fait que l'universit&#233; est ouverte &#224; tous.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les statistiques r&#233;cemment publi&#233;es dans un ouvrage au titre significatif&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2-6&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;&#171; Les H&#233;ritiers &#187;. Les &#233;tudiants et la culture. 1964, Ed. de Minuit.&#034; id=&#034;nh2-6&#034;&gt;6&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt; par les sociologues Passeron et Bourdieu, nous montrent que l'universit&#233; compte 0,6 p. cent de fils de salari&#233;s agricoles, 0,9 p. 100 de fils du personnel de service, 6,4 p. 100 de fils d'ouvriers et 7,9 p. cent d'employ&#233;s (de bureaux et de commerce). Contre 28 p. 100 de fils de cadres sup&#233;rieurs et de membres de professions lib&#233;rales, 17,7 p. cent de fils de patrons de l'industrie et du commerce, 17,8 p. cent de fils de cadres moyens et 7 p. cent de fils de rentiers sans profession. Ces pourcentages d&#233;j&#224; r&#233;v&#233;lateurs quant &#224; l'&#233;galitarisme de l'enseignement fran&#231;ais, deviennent probants si l'on en d&#233;duit le nombre d'&#233;tudiants pour 1 000 personnes actives de la cat&#233;gorie d'origine ; ce nombre part de 1,4 pour les salari&#233;s agricoles, 1,7 pour le personnel de service, 1,9 pour les ouvriers, passe &#224; 6,8 pour les employ&#233;s, pour aboutir ensuite &#224; 106,8 pour les industriels et 168 pour les professions lib&#233;rales.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Aux obstacles &#233;conomiques, &#233;vidents, s'ajoutent les obstacles culturels, peut-&#234;tre moins apparents mais tout aussi efficaces (cf. titre de l'ouvrage cit&#233;) et qui ont notamment pour effet, d'une part le retard et le pi&#233;tinement des &#171; classes d&#233;favoris&#233;es &#187; qui, s'il n'est pas absolument r&#233;dhibitoire quant &#224; l'obtention des &#171; places &#187; s'accompagne d'autre part d'une rel&#233;gation des &#171; classes inf&#233;rieures &#187; dans certaines disciplines : 7,2 p. 100 et 8,6 p. 100 de fils d'ouvriers en lettres et en sciences (pour devenir : professeurs, techniciens, cadres moyens et subalternes...) contre 4,8 p. 100 en droit, 3,1 p. 100 et 2,2 p. 100 en pharmacie, alors que les fils des cadres sup&#233;rieurs et professions lib&#233;rales, par exemple, sont 27,1 p. 100 en droit, 34 p. 100 en m&#233;decine, 44,2 p. 100 en pharmacie, contre 27,6 p. 100 et 25,1 p. 100 en sciences et en lettres. L'in&#233;galit&#233; est encore plus nette pour ce qui est des grandes &#233;coles, p&#233;pini&#232;res des futurs cadres sup&#233;rieurs, administrateurs publics et priv&#233;s. Prenons les &#233;coles les plus renomm&#233;es pour leurs d&#233;bouch&#233;s : Polytechnique compte dans ses effectifs 2 p. 100 de fils d'ouvriers contre 13 p. 100 de fils de patrons de l'industrie et du commerce et 57 p. 100 de fils des professions lib&#233;rales et cadres sup&#233;rieurs ; les &#233;coles normales sup&#233;rieures de la rue d'Ulm (gar&#231;ons) et de S&#232;vres (filles) d&#233;nombrent 3 p. 100 de fils d'ouvriers contre 51 p. 100 de fils de cadres sup&#233;rieurs et professions lib&#233;rales, et 9 p. 100 de fils de patrons de l'industrie et du commerce. Arrivons-en, pour terminer ces &#233;num&#233;rations fastidieuses, au sanctuaire de la haute bourgeoisie qu'est l'Institut d'Etudes Politiques (Sciences-P&#244; pour ceux qui connaissent !) et qui pr&#233;pare &#224; &#171; ma tr&#232;s fid&#232;le &#187; Ecole nationale d'Administration (pr&#233;fets, sous-pr&#233;fets, diplomates, secr&#233;taires de cabinet, conseil d'&#201;tat, minist&#232;re des Finances...) : on y trouve 2 p. 100 de fils d'ouvriers (33,8 p. 100 de la population active) contre 19 p. 100 de fils de patrons de l'industrie et du commerce (12 p. 100 de la population active).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ainsi donc si pour un fils de prol&#233;taire les chances d'acc&#233;der au poste de cadre moyen sont minimes, celles d'acc&#233;der &#224; celui de cadre sup&#233;rieur ou plus g&#233;n&#233;ralement de dirigeant sont purement symboliques, tant il est vrai que :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;q style=&#034;font-style: italic;&#034;&gt;Les classes privil&#233;gi&#233;es trouvent dans l'id&#233;ologie (de la s&#233;lection par le talent) une l&#233;gitimation de leurs privil&#232;ges culturels qui sont ainsi transmu&#233;s d'h&#233;ritage social en gr&#226;ce individuelle ou en m&#233;rite personnel. &lt;/q&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;q style=&#034;font-style: italic;&#034;&gt;Ainsi masqu&#233;, le &#171; racisme de classe &#187; peut s'afficher sans jamais appara&#238;tre&lt;/q&gt;. &lt;br class='autobr' /&gt;&lt;/p&gt;
&lt;div class=&#034;spip spip-block-right&#034; style=&#034;text-align:right;&#034;&gt;(Op. cit.)&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Telle est, nous semble-t-il, la juste r&#233;ponse &#224; l'argument n&#176; 3.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il reste cependant, et c'est l&#224; pr&#233;cis&#233;ment notre propos, une voie d'acc&#232;s vers un niveau plus &#233;lev&#233; de l'ordre social pour les ambitions prol&#233;tariennes individuelles, c'est la voie politique et surtout parlementaire (on pourrait envisager dans cette optique un parlementarisme syndical). L'histoire de la social-d&#233;mocratie allemande et des partis communistes fran&#231;ais et italien (entre autres...) est bien faite pour inciter l'arrivisme, ou du moins pour le catalyser ; les &#171; repr&#233;sentants &#187; &#233;lus, des partis soi-disant prol&#233;tariens, et m&#234;me &#171; r&#233;volutionnaires &#187;, savent se montrer collectivement de bons gardiens du syst&#232;me d&#232;s lors que, d&#233;put&#233;s, il leur assure largement le n&#233;cessaire et le superflu, et satisfait leur volont&#233; de puissance (en 1936 : &lt;q style=&#034;font-style: italic;&#034;&gt;Il faut savoir finir une gr&#232;ve&lt;/q&gt;), ce sont m&#234;me de bons g&#233;rants du capitalisme &#224; qui l'on peut faire confiance dans les heures graves (en 45 : &lt;q style=&#034;font-style: italic;&#034;&gt;Produire d'abord, revendiquer ensuite&lt;/q&gt;. &lt;q style=&#034;font-style: italic;&#034;&gt;La gr&#232;ve, c'est l'arme des trusts&lt;/q&gt;). Mais individuellement aussi les politiciens du prol&#233;tariat peuvent se faire appr&#233;cier comme &#233;ventuels administrateurs de soci&#233;t&#233;s (priv&#233;es), plus couramment encore ils peuvent &#234;tre tout simplement v&#233;naux. Ce sont l&#224; les seuls modes de &#171; promotion sociale &#187; du prol&#233;tariat, le second terme de l'alternative &#233;tant la destruction de cet ordre social hi&#233;rarchis&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;center&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;tt&gt;&lt;picto|nom=asterisk&gt;&lt;/tt&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;/center&gt;
&lt;p&gt; &lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il pourrait y avoir une certaine confusion entre &lt;i&gt;notre attitude antiparlementaire et celle des id&#233;ologies totalitaires&lt;/i&gt; (elles deviennent parlementaristes quand elles peuvent organiser la terreur polici&#232;re). Si nous sommes antiparlementaristes, c'est parce que nous reprochons au parlementarisme son &lt;i&gt;manque de d&#233;mocratie&lt;/i&gt; (dans le sens &#171; pouvoir du peuple &#187;), tandis que les th&#233;ories totalitaires lui reprochent un &lt;i&gt;exc&#232;s de d&#233;mocratie&lt;/i&gt;. Les uns et les autres consid&#232;rent que le r&#233;gime &#233;lectoral et parlementaire, tout en gardant les apparences d'un &#171; vox populi &#187;, n'est pas une vraie expression de la voix du peuple. Nous consid&#233;rons que cela provient de deux faits : le d&#233;put&#233; et le pouvoir l&#233;gislatif sont un paravent au vrai pouvoir, celui de la classe dominante qui utilise les fa&#231;ades pseudo-populaires pour toujours imposer ses d&#233;cisions ; par le truchement du vote, on continue de tenir et de perp&#233;tuer les vieux sentiments, les vieilles habitudes et les symboles de repr&#233;sentation, de soumission, d'abdication, de centralisation, d'irresponsabilit&#233;, d'immaturit&#233; des masses en les emp&#234;chant de s'occuper effectivement et directement des probl&#232;mes de leur propre vie en tant que producteurs, consommateurs et citoyens.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les th&#233;ories autoritaires, encore plus les th&#233;ories totalitaires, par contre, refusent toute participation populaire, m&#234;me la fiction du parlementarisme, en d&#233;cr&#233;tant que la masse n'a qu'un devoir &#8212; se soumettre, ob&#233;ir, ex&#233;cuter les directives venues d'en haut, soit d'un chef providentiel et omniscient, soit d'une oligarchie, parti, mouvement, arm&#233;e.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'attitude antiparlementaire classique nous semble insuffisante. La plupart des &#233;lecteurs sont d'accord sur le c&#244;t&#233; ridicule et impuissant de la pratique &#233;lectoraliste, mais &lt;i&gt;ils continuent tout de m&#234;me &#224; voter&lt;/i&gt;, parce qu'ils ne voient pas d'autre possibilit&#233;. La propagande antiparlementaire purement n&#233;gative ne suffit pas, il faut en m&#234;me temps proposer quelque chose d'autre. Cet &#171; autre chose &#187; peut se situer sur deux plans : un plan &lt;i&gt;lointain&lt;/i&gt; &#8212; le changement du r&#233;gime par un autre, plus juste, plus humain, vraiment d&#233;mocratique ; un plan &lt;i&gt;quotidien&lt;/i&gt; &#8212; l'encouragement et la participation en tant qu'individu (dans certains cas m&#234;me, en tant que groupe ou f&#233;d&#233;ration), &#224; l'activit&#233; sociale quotidienne, surtout celle o&#249; l'emprise &#233;tatique est la moins forte, pour pouvoir susciter, encourager les initiatives, les aspirations, les besoins venant de la base, c'est-&#224;-dire de vastes couches du peuple.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;L'organisation libertaire de la vie sociale &lt;/i&gt; n'est que l'expression de la d&#233;mocratisation pouss&#233;e et effect ive : une multitude d'organisations locales le plus autonome possible (donc le plus responsable et le plus &#171; adulte &#187;) r&#233;unies par agglom&#233;ration, par r&#233;gion, par unit&#233; territoriale, r&#233;unies aussi par affinit&#233; et similitude d'int&#233;r&#234;t et de travail, sur la base d'entraide, de f&#233;d&#233;ralisme, d'autogestion.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'&#233;limination des secteurs de distribution artificielle (comme aujourd'hui tel produit vendu 5 ou 8 fois plus cher au consommateur qu'il n'est achet&#233; au producteur) abaissera les co&#251;ts de production. La concentration des industries, horizontalement et verticalement, supprimera la concurrence et permettra de diversifier, d'adapter l'offre &#224; la demande. Le nivellement, la r&#233;duction des diff&#233;rences de salaires &#233;vitera les in&#233;galit&#233;s sociales cr&#233;&#233;es dans les r&#233;gimes actuels capitalistes et communistes &#224; des fins d&#233;magogiques et r&#233;pressives (&#171; diviser pour r&#233;gner &#187;).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il est &#224; remarquer que ces trois mesures : suppression des secteurs parasitaires, de la concurrence et &#233;galisation des salaires, en m&#234;me temps que la cr&#233;ation de conseils ou comit&#233;s ouvriers ou paysans, sont les ph&#233;nom&#232;nes qui apparaissent dans tout mouvement historique o&#249; les masses ont une part importante. La Russie de 1917-21, les mouvements spartakistes allemands de 1919-20, les occupa-tions d'usines en Italie en 1920, l'Espagne en 1936, la Hongrie en 1956, l'Alg&#233;rie en 1962, pour ne prendre que les exemples les plus caract&#233;ristiques, ont appliqu&#233; ces m&#233;thodes. Il ne s'agit pas par cons&#233;quent d'une vue th&#233;orique. Et il est aussi int&#233;ressant de signaler que c'est en Espagne, o&#249; l'anarchisme &#233;tait le plus puissant et le plus organis&#233;, que la participation des travailleurs &#224; la gestion de la soci&#233;t&#233; a &#233;t&#233; la plus pouss&#233;e.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les conceptions anarchistes de gestion ne sont pas sp&#233;cifiques au mouvement anarchiste, elles sont une n&#233;cessit&#233; dans une soci&#233;t&#233; dont les besoins et les contradictions ont cr&#233;&#233; les chambres &#224; gaz et les bombes nucl&#233;aires.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;hr /&gt;
		&lt;div class='rss_notes'&gt;&lt;div id=&#034;nb2-1&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2-1&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-1&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;1&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;Le m&#234;me Pompidou &#233;tudie les moyens de faire en sorte qu'en cas de gr&#232;ve, le contr&#244;le de l'E.D.F. demeure aux mains de sa direction, qui en est &#171; gestionnaire et d&#233;positaire au nom du propri&#233;taire, l'&#201;tat , et ne tombe pas, f&#251;t-ce pour quelques heures, au seul pouvoir d'un comit&#233; de gr&#232;ve sans mandat et sans responsabilit&#233; &#187; (&lt;i&gt;Le Monde&lt;/i&gt;, 24-12-1964).&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2-2&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2-2&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-2&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;2&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;Elections cantonales de mars 1964. Pourcentage officiel d'abstention : 43,4% (&lt;i&gt;Le Monde&lt;/i&gt;, 11 mars 1964). Si l'on tient compte du fait que, d'apr&#232;s une &#233;tude de &lt;i&gt;L'Express&lt;/i&gt; (10-62), sur 30 267 900 Fran&#231;ais en &#226;ge de voter, 2 267 900 n'ont pas pris la peine de se faire inscrire, on comprend pourquoi le nombre des &#171; abstentionnistes &#187;, au sens large du mot, inqui&#232;te tant les &#171; pousse au vote &#187; de droite et de gauche.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2-3&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2-3&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-3&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;3&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;Waline : &lt;i&gt;Trait&#233; de Droit administratif&lt;/i&gt;, page 265.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2-4&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2-4&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-4&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;4&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;Idem, page 269. Pour tous renseignements, se reporter &#224; ce livre.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2-5&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2-5&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-5&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;5&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;L'I.N.S.E.E. a dress&#233; son graphique &#224; partir d'une enqu&#234;te portant sur 20 000 familles-&#233;chantillons. Le revenu retenu est le revenu fiscal. Le revenu r&#233;el d&#233;passe de 10 &#224; 30% le revenu fiscal, principalement dans les cat&#233;gories sociales &#233;lev&#233;es. Aux r&#233;sultats ainsi obtenus, on pourrait ajouter les quelques lignes que consacrait &lt;i&gt;Le Monde&lt;/i&gt; (30-4-62) aux pyramides des salaires et aux d&#233;clarations d'imp&#244;ts (2-2-64). L'image que ces documents nous donnent est celle d'un groupe social dont le niveau de vie n'a rien de commun avec le niveau de vie du plus grand nombre.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2-6&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2-6&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-6&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;6&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;i&gt;&#171; Les H&#233;ritiers &#187;. Les &#233;tudiants et la culture. &lt;/i&gt; 1964, Ed. de Minuit.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_ps'&gt;&lt;p&gt;P.J. Vidal &#171; Les &#233;lections - Manifestation de la souverainet&#233; populaire ? &#187;,&lt;i&gt; Noir et Rouge&lt;/i&gt; n&#176;29, mars 1965 ; repris dans &lt;i&gt;Les anarchistes et les &#233;lections&lt;/i&gt;, Volont&#233; anarchiste n&#176;3, 1978&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
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