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		<title>PARTAGE NOIR</title>
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		<title>En marge des Lois La&#239;ques [3]</title>
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		<dc:creator>Roger Hagnauer</dc:creator>


		<dc:subject>La R&#233;volution prol&#233;tarienne </dc:subject>
		<dc:subject>Archives Autonomies</dc:subject>

		<description>&lt;p&gt;L'antis&#233;mitisme fut sans doute la motivation ori&#173;ginelle de l'Affaire Dreyfus. Mais celle-ci ne put se prolonger et s'&#233;tendre que parce qu'elle engagea des forces sociales et politiques o&#249; le capitaine juif n'avait gu&#232;re de place.&lt;/p&gt;

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&lt;a href="https://www.partage-noir.fr/+-source-fragments-d-histoire-de-la-gauche-radicale-+" rel="tag"&gt;Archives Autonomies&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;img src='https://www.partage-noir.fr/local/cache-vignettes/L150xH75/dd-2-d0700.jpg?1774933213' class='spip_logo spip_logo_right' width='150' height='75' alt=&#034;&#034; /&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;h3 class=&#034;spip&#034;&gt;Le Socialisme des imb&#233;ciles &lt;/h3&gt;
&lt;p&gt;L'antis&#233;mitisme fut sans doute la motivation ori&#173;ginelle de l'Affaire Dreyfus. Mais celle-ci ne put se prolonger et s'&#233;tendre que parce qu'elle engagea des forces sociales et politiques o&#249; le capitaine juif n'avait gu&#232;re de place. Et le terme de motivation, du point de vue de la psychologie contemporaine, signifie justement un mouvement de tension et de dissociation assez confus en ses causes, car il im&#173;plique des motifs conscients et des mobiles incons&#173;cients, qu'il d&#233;pend plus de l'affectivit&#233; que de l'intelligence. L'antis&#233;mitisme mobilise une cohue au sein de laquelle s'estompent les oppositions de classes et les divergences doctrinales ou id&#233;ologi&#173;ques. Il ne se situa pas toujours &#224; droite. &lt;i&gt;Voltaire&lt;/i&gt;, au XVIII&lt;sup class=&#034;typo_exposants&#034;&gt;e&lt;/sup&gt; si&#232;cle et &lt;i&gt;Michelet&lt;/i&gt;, au XIX&lt;sup class=&#034;typo_exposants&#034;&gt;e&lt;/sup&gt;, us&#232;rent du terme &#171; juif &#187; dans une intention p&#233;jorative. Le Jean Christophe de Romain Rolland fulminait, en son style fougueux, contre les artistes et les esth&#232;tes juifs. Des socialistes... antis&#233;mites r&#233;&#233;dit&#232;rent, en 1898, une brochure sur la &#171; question juive &#187;, &#233;crite en 1847, par Karl Marx qui comptait cependant des rabbins dans son ascendance (il est vrai que son p&#232;re &#233;tait converti au protestantisme). F. Engels qualifiait sans doute l'antis&#233;mitisme de &lt;q style=&#034;font-style: italic;&#034;&gt;socialisme des imb&#233;ciles&lt;/q&gt;. Mais c'est admettre implicitement que l'on peut &#234;tre socialiste, antis&#233;mite et... im&#173;b&#233;cile.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On d&#233;cida &#8211; Karl Marx peut-&#234;tre ? &#8211; que les juifs &#233;taient &#224; l'origine du capitalisme. La puissance insolite des Rothschild qui, sur le plan financier, gouvernaient les places : Francfort, Londres, Paris, Milan et Vienne, a entretenu cette l&#233;gende. En r&#233;alit&#233;, aussi bien au Moyen Age et au d&#233;but des Temps Modernes, qu'au XIX&lt;sup class=&#034;typo_exposants&#034;&gt;e&lt;/sup&gt; si&#232;cle, l'absence des juifs &#8211; ainsi que l'ont d&#233;montr&#233; les historiens Henri Pirenne et Henri See &#8211; n'aurait nullement emp&#234;ch&#233;, ou ralenti, la formation et le d&#233;veloppement des fortunes commerciales, des capitaux industriels et des tr&#233;sors de la finance internationale. L'importance prise par la famille Rothschild tient essentiellement &#224; leur intervention dans la politique des &#201;tats. Ils ont favoris&#233; la victoire de l'Angleterre sur Napol&#233;on, le placement des emprunts fran&#231;ais, le payement de l'indemnit&#233; de guerre impos&#233;e &#224; la France par l'Allemagne en 1871, le financement de grands tra&#173;vaux publics dans les pays europ&#233;ens &#8211; jouant un r&#244;le analogue &#224; celui des Fugger qui assur&#232;rent l'&#233;lection de Charles Quint, empereur d'Allemagne, au XVI&lt;sup class=&#034;typo_exposants&#034;&gt;e&lt;/sup&gt; si&#232;cle. D'autre part, des juifs exclus de la propri&#233;t&#233; fonci&#232;re et f&#233;odale s'adapt&#232;rent plus vite que les autres au maniement de la propri&#233;t&#233; mobili&#232;re, au fonctionnement du syst&#232;me capita&#173;liste. Des usuriers juifs provoqu&#232;rent quelque scan&#173;dale en Alsace, pendant les guerres de la R&#233;volution et de l'Empire. Il fallut en 1808 annuler par d&#233;cret leurs cr&#233;ances sur les paysans alsaciens.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais la R&#233;volution industrielle en Angleterre et en France n&#233;cessita l'investissement de capitaux consid&#233;rables qui provenaient 1&#176;) des b&#233;n&#233;fices commerciaux r&#233;alis&#233;s au XVIII&lt;sup class=&#034;typo_exposants&#034;&gt;e&lt;/sup&gt; si&#232;cle surtout en Grande-Bretagne ; 2&#176;) des capitaux immobilis&#233;s dans l'achat d'offices royaux lib&#233;r&#233;s en France par la suppression de la v&#233;nalit&#233; des charges ; 3&#176;) aussi des profits exorbitants de l'exploitation des pays conquis et vassaux, des dotations des g&#233;n&#233;raux, mar&#233;chaux et grands fonctionnaires, des b&#233;n&#233;fices des fournis&#173;seurs militaires, accumul&#233;s sous l'Empire. Rien de sp&#233;cifiquement juif dans cette gen&#232;se du capita&#173;lisme.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les antis&#233;mites r&#233;actionnaires, parce que Karl Marx &#233;tait juif, attribu&#232;rent aux juifs la cr&#233;ation de l'Internationale &#8211; ce qui est doublement absurde. La formation intellectuelle de Karl Marx s'est accom&#173;plie dans les universit&#233;s allemandes, et sa doctrine m&#251;rit au contact du capitalisme, du chartisme et du travaillisme britanniques. Bertrand Russell attri&#173;bue ses&lt;i&gt; &#171; mauvais c&#244;t&#233;s &#187; &#224; ses origines juives : son autoritarisme, son intol&#233;rance, la malignit&#233; de ses pol&#233;miques. &lt;/i&gt; Au reste, Bertrand Russell en incrimine surtout l'atmosph&#232;re des universit&#233;s allemandes, et les humiliations subies par le jeune &#233;tudiant juif. Quant &#224; la Premi&#232;re Internationale, elle naquit d'une initiative des ouvriers parisiens et londoniens. Rien de sp&#233;cifiquement juif dans la gen&#232;se de l'Internationale ouvri&#232;re.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il est vrai que nous avons d&#233;cel&#233; une sorte d'anti&#173;s&#233;mitisme visc&#233;ral et presque inconscient chez des militants libertaires et syndicalistes r&#233;volutionnaires. C'est qu'ils pouvaient s'irriter de la &#171; savantasserie &#187; outrecuidante et pr&#233;tentieuse de docteurs en marxis&#173;me &#8211; juifs en majorit&#233; &#8211; qui venaient des univer&#173;sit&#233;s allemandes ou de Pologne ou de Russie o&#249; ils avaient grandi dans une atmosph&#232;re de jalousie et de m&#233;pris... m&#233;pris artificiel de fils d'une aristocratie d&#233;cadente et d'une bourgeoisie corrompue par la richesse, qui ne pardonnaient pas &#224; leurs contem&#173;porains juifs des aptitudes intellectuelles, dues &lt;i&gt;non &#224; des caract&#232;res ethniques mais &#224; une vie errante et p&#233;rilleuse&lt;/i&gt;. Ces militants ouvriers r&#233;agissaient comme le Jean Christophe de Romain Rolland.&lt;/p&gt;
&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;div class='spip_document_6264 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_right spip_document_right spip_document_avec_legende' data-legende-len=&#034;62&#034; data-legende-lenx=&#034;x&#034;
&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href='https://www.partage-noir.fr/IMG/jpg/sans_titre-4dd.jpg' class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/jpeg&#034;&gt; &lt;img src='https://www.partage-noir.fr/local/cache-vignettes/L500xH748/sans_titre-4dd-94661.jpg?1774933213' width='500' height='748' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;figcaption class='spip_doc_legende'&gt; &lt;div class='spip_doc_descriptif '&gt;&lt;small&gt;Dessin de Felix Vallotton - &lt;i&gt;Le cri de Paris&lt;/i&gt;, 23 janvier 1898&lt;/small&gt;
&lt;/div&gt; &lt;/figcaption&gt;&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;
&lt;p&gt;Ils furent &#233;videmment et tout naturellement drey&#173;fusistes pour la plupart, non par sympathie pour un officier juif, mais parce que leur bon sens les garan&#173;tissait contre la d&#233;magogie antis&#233;mite, comme elle les avait garantis contre la d&#233;magogie boulangiste. Pierre Monatte, qui fut parmi nous le plus s&#251;r d&#233;fen&#173;seur de l'h&#233;ritage de Fernand Pelloutier, le plus fid&#232;le gardien de l'esprit syndicaliste r&#233;volutionnaire, me confiait, que r&#233;p&#233;titeur dans un coll&#232;ge d'Arras, il y provoqua un petit scandale public en se pro&#173;menant dans les couloirs avec le num&#233;ro de &lt;i&gt;l'Aurore&lt;/i&gt;, portant sur toute la premi&#232;re page, le &#171; J'accuse &#187; d'Emile Zola, manifestation tonitruante du parti dreyfusiste.&lt;/p&gt;
&lt;h3 class=&#034;spip&#034;&gt;Paternalisme chr&#233;tien et r&#233;actions cl&#233;ricales &lt;/h3&gt;
&lt;p&gt;L'antis&#233;mitisme avait-il atteint le corps enseignant primaire ? C'est peu probable. Il semble au contraire qu'il ait quelque peu alt&#233;r&#233; la foi patriotique, jaco&#173;bine et revancharde des humbles ex&#233;cutants des lois la&#239;ques. Les jeunes instituteurs, &#224; qui on venait d'imposer l'obligation militaire, &#224; leur sortie de l'Ecole Normale, ayant souffert de la grossi&#232;re stupi&#173;dit&#233; des sous-officiers, devaient ressentir comme un outrage &#224; leurs convictions r&#233;publicaines, l'esprit de clan d'officiers sup&#233;rieurs et g&#233;n&#233;raux capables de justifier, par des mensonges et des falsifications, la condamnation et la d&#233;gradation d'un officier ind&#233;&#173;sirable.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ils ignoraient sans doute les sentiments inavoua&#173;bles motiv&#233;s par de sordides rivalit&#233;s, car jusqu'en 1939, le nombre d'instituteurs d'origine juive fut presque n&#233;gligeable, alors qu'en 1894, on comptait d&#233;j&#224; de nombreux professeurs du secondaire et du sup&#233;rieur, pas mal d'avocats et de m&#233;decins appar&#173;tenant &#224; la race d&#233;test&#233;e. L'universit&#233;, d'ailleurs, dans sa grande majorit&#233; s'engagea dans le rassem&#173;blement dreyfusiste. Les outrances de l'antis&#233;mitis&#173;me, comme les monstrueuses op&#233;rations de l'hitl&#233;&#173;risme, en Allemagne de 1933 &#224; 1939, en France de 1940 &#224; 1944, furent jug&#233;es &#171; impensables &#187; par pres&#173;que tous les universitaires, &#224; l'exception de quelques intellectuels... en uniforme.&lt;/p&gt;
&lt;h3 class=&#034;spip&#034;&gt;Paternalisme chr&#233;tien &lt;/h3&gt;
&lt;p&gt;L'Affaire Dreyfus pouvait se produire dans une p&#233;riode de. stabilit&#233;. En tous temps, une erreur judi&#173;ciaire est possible. Mais souvent, elle ne touche que l'entourage imm&#233;diat de la victime. Elle peut m&#234;me s'accomplir et se perp&#233;tuer dans le silence de l'indif&#173;f&#233;rence ou de la contrainte. Elle prend place, dans les r&#233;gimes autoritaires ou totalitaires, dans la bana&#173;lit&#233; quotidienne de l'arbitraire syst&#233;matique. Lors&#173;que r&#232;gne une libert&#233; relative, il suffit que la victime ou le pr&#233;sum&#233; coupable soit socialement ou politi&#173;quement repr&#233;sentatif pour qu'une campagne natio&#173;nale s'engage pour ou contre le h&#233;ros de l'aventure.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais l'Affaire Dreyfus &#233;tonne par l'intensit&#233; et la dur&#233;e des d&#233;marches et des agitations. Il para&#238;t normal que l'on ait oppos&#233; le Droit &#224; l'arbitraire, l'impartialit&#233; &#233;quitable au parti pris injuste, la v&#233;rit&#233; aux &#171; mensonges triomphants qui passent &#187;. Mais c'est l&#224; une attitude intellectuelle qui ne touche gu&#232;re le grand public. Il fallait donc que les juges de Dreyfus agissent comme l'apprenti sorcier dont un geste banal lib&#232;re des forces explosives compri&#173;m&#233;es sur un espace minuscule. Ce ne fut pas une v&#233;ritable R&#233;volution, car il aurait fallu une volont&#233; consciente de changement. Mais ce fut une crise, une rupture d'&#233;quilibre, la d&#233;monstration &#233;clatante de l'&#233;ternel conflit entre l'ordre et le mouvement. Ce ne fut pas une R&#233;volution, mais une contre-r&#233;volu&#173;tion, au moins &#224; l'origine. Ce furent les r&#233;actionnai&#173;res &#8211; au sens plein du terme &#8211; qui prirent l'initia&#173;tive des op&#233;rations.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il est symptomatique que l'Affaire ait &#233;clat&#233; en 1894, alors que le 1&lt;sup class=&#034;typo_exposants&#034;&gt;er&lt;/sup&gt; d&#233;cembre 1893, le minist&#232;re Casimir P&#233;rier constitu&#233; sous le signe de &#171; l'esprit nouveau &#187;..., &lt;i&gt;entendait mettre fin &#224; la grande offen&#173;sive la&#239;que et profiter du &#171; Ralliement &#187; &#224; la R&#233;pu&#173;blique conservatrice, ordonn&#233;e par le Pape L&#233;on XIII dans son encyclique du 16 f&#233;vrier 1892. &lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Auparavant, l'encyclique &#171; Rerunz novarum &#187; du 15 mai 1891 avait condamn&#233; en termes &#233;nergiques les abus du capitalisme triomphant. Que les grands industriels catholiques aient ignor&#233; ou m&#233;pris&#233; cet appel &#224; leur conscience chr&#233;tienne, que les &#233;v&#234;ques n'aient gu&#232;re favoris&#233; la diffusion des th&#232;mes pon&#173;tificaux, cela t&#233;moignait de leur &#171; immobilisme &#187;... de leur volont&#233; de r&#233;sister aux revendications ouvri&#232;res, que la sollicitude de L&#233;on XIII pouvait encourager.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En fait, la d&#233;nonciation des mis&#232;res ouvri&#232;res au nom de la charit&#233; chr&#233;tienne, le ralliement &#224; la R&#233;publique (voulue par la majorit&#233; du peuple fran&#173;&#231;ais), le groupement des travailleurs sous le patro&#173;nage de l'Eglise, c'&#233;tait l'application d'une politique pr&#233;voyante qui n'avait pas d'autre but que de pr&#233;&#173;venir &lt;i&gt;les effets de l'organisation syndicale sur le terrain de classe et du d&#233;veloppement de l'enseigne&#173;ment populaire engag&#233; par les lois la&#239;ques de Jules Ferry. &lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le syndicalisme chr&#233;tien a conquis aujourd'hui droit de cit&#233;. La Conf&#233;d&#233;ration fran&#231;aise des Tra&#173;vailleurs (C.F.D.T.) se s&#233;parant de la Conf&#233;d&#233;ration fran&#231;aise des Travailleurs chr&#233;tiens (C.F.T.C.) recon&#173;na&#238;t la n&#233;cessit&#233; de la lutte des classes et son action d&#233;passe souvent par sa vigueur et sa clart&#233; celle de la C.G.T.-F.O., m&#234;me celle de la C.G.T. colonis&#233;e par les communistes. Le syndicat g&#233;n&#233;ral de l'Education nationale qui fut &#224; la pointe de 1a C.F.D.T. a d&#233;fendu l'Ecole la&#239;que, la d&#233;mocratisation de l'enseignement avec une remarquable constance &#8211; et n'a plus rien de commun avec les d&#233;fenseurs d'un corporatisme sordide que nous combattions &#226;prement avant la derni&#232;re guerre.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Et d&#233;j&#224; dans les derni&#232;res ann&#233;es du XIX&lt;sup class=&#034;typo_exposants&#034;&gt;e&lt;/sup&gt; si&#232;cle des travaill&#233;urs chr&#233;tiens retrouvaient leurs cama&#173;rades syndicalistes dans la revendication et la gr&#232;ve. Le groupement &#224; cette &#233;poque, sous le signe du paternalisme chr&#233;tien, ne fut gu&#232;re appr&#233;ci&#233; par la classe ouvri&#232;re, assez indiff&#233;rente &#224; l'&#233;gard .de l'Egli&#173;se, m&#234;me ceux de ses membres qui se soumettaient aux pratiques du culte.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est que les intentions des promoteurs, dont l'esprit de charit&#233; valait par sa sinc&#233;rit&#233;, ne s'opposaient pas aux vieilles traditions de l'Eglise. Albert de Mun, le pr&#233;dicateur le plus &#233;loquent de l'appel au peuple, au nom du Saint-P&#232;re, s'&#233;levait contre &lt;q style=&#034;font-style: italic;&#034;&gt;le socialisme, n&#233;gation de l'autorit&#233; de Dieu, autant que contre le lib&#233;ralisme capitaliste&lt;/q&gt;. Il souhaitait &lt;q style=&#034;font-style: italic;&#034;&gt;le retour aux corporations de l'Ancien R&#233;gime, unissant les ma&#238;tres et les compagnons&lt;/q&gt;. Pr&#233;sident de la conf&#233;rence de Saint-Vincent-de-Paul, il fl&#233;tris&#173;sait les doctrines qui &lt;q style=&#034;font-style: italic;&#034;&gt;flattent les ouvriers dans leurs passions et leur orgueil, consommaient la ruine de la Patrie et du Monde. Il fallait sauver le peuple et h&#226;ter le r&#232;gne de Dieu dans l'atelier r&#233;g&#233;n&#233;r&#233;.&lt;/q&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans un ouvrage assez objectif, &#233;crit en 1932 par E. Barbier : &lt;i&gt;Histoire du capitalisme lib&#233;ral et du capitalisme social&lt;/i&gt;, on lit une appr&#233;ciation s&#233;v&#232;re et exacte sur le recrutement des premiers syndicats chr&#233;tiens o&#249; l'on rencontrait : &lt;q style=&#034;font-style: italic;&#034;&gt;des attard&#233;s de l'industrie, des cancres de l'usine, braves gens au demeurant et d'une pi&#233;t&#233; ext&#233;rieure suffisante... ou des employ&#233;s des librairies cl&#233;ricales, des bedeaux en rupture de hallebarde, des sacristains retrait&#233;s, des concierges des communaut&#233;s, des gar&#231;ons de bureaux des annexes...&lt;/q&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Casimir P&#233;rier qui, en 1894, apr&#232;s l'assassinat de Sadi Carnot, fut &#233;lu Pr&#233;sident de la R&#233;publique, incarnait&lt;i&gt; l'esprit nouveau&lt;/i&gt;, s'affirmant sans doute par r&#233;action contre les attentats anarchistes. Rappelons qu'il d&#251;t d&#233;missionner au bout de six mois, compro&#173;mis par ses liens avec le grand capitalisme industriel.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
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		<title>En marge des Lois La&#239;ques [2]</title>
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		<dc:creator>Roger Hagnauer</dc:creator>


		<dc:subject>Archives Autonomies</dc:subject>

		<description>&lt;p&gt;Certes, aujourd'hui, l'Affaire n'excite plus que la curiosit&#233; d'historiens professionnels ou amateurs. La trag&#233;die de l'extermination des Juifs par les nazis, l'existence d'un Etat isra&#233;lien suffisamment redou&#173;table ont quelque peu modifi&#233; les donn&#233;es du pro&#173;bl&#232;me juif. Il reste &#224; interpr&#233;ter objectivement les bouleversements provoqu&#233;s par l'affaire et ses pro&#173;longements politiques.&lt;/p&gt;

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&lt;a href="https://www.partage-noir.fr/-la-revolution-proletarienne-no666-juin-1981-" rel="directory"&gt;La R&#233;volution Prol&#233;tarienne N&#176;666 &#8211; Juin 1981&lt;/a&gt;

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&lt;a href="https://www.partage-noir.fr/+-source-fragments-d-histoire-de-la-gauche-radicale-+" rel="tag"&gt;Archives Autonomies&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;img src='https://www.partage-noir.fr/local/cache-vignettes/L150xH84/sans_titre-3-19-b3a04.jpg?1774861274' class='spip_logo spip_logo_right' width='150' height='84' alt=&#034;&#034; /&gt;
		&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;On excusera le d&#233;sordre de ces notes dans les&#173;quelles nous avons tent&#233; de placer l'application des lois la&#239;ques dans leur contexte historique.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;h3 class=&#034;spip&#034;&gt;Responsabilit&#233;s de la presse dans l'Affaire Dreyfus &lt;/h3&gt;
&lt;p&gt;Certes, aujourd'hui, l'Affaire n'excite plus que la curiosit&#233; d'historiens professionnels ou amateurs. La trag&#233;die de l'extermination des Juifs par les nazis, l'existence d'un &#201;tat isra&#233;lien suffisamment redou&#173;table ont quelque peu modifi&#233; les donn&#233;es du pro&#173;bl&#232;me juif. Il reste &#224; interpr&#233;ter objectivement les bouleversements provoqu&#233;s par l'affaire et ses pro&#173;longements politiques.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L&#224; encore, la chronologie peut nous &#233;clairer. C'est la fin en triste fait divers de l'aventure boulangiste : le g&#233;n&#233;ral &#171; Revanche &#187; se suicida le 30 septembre 1891, &#224; Bruxelles, sur la tombe de son &#233;g&#233;rie : Madame de Bonnemain. C'est aussi la liquidation du scandale de Panama. En 1888, la Compagnie avait d&#233;pos&#233; son bilan et l'on apprenait, en juin 1892, que la presse avait touch&#233; &lt;i&gt;24 millions&lt;/i&gt;, soit environ &lt;i&gt;1 milliard 152 millions de francs 1981 ou 115 mil&#173;liards 200 millions d'anciens francs&lt;/i&gt; &#8211; et cela dans une seule distribution.&lt;i&gt; Le Gaulois&lt;/i&gt;, &lt;i&gt;le Temps&lt;/i&gt;, et &lt;i&gt;le Figaro &lt;/i&gt; en t&#234;te de ce palmar&#232;s de la corruption. On n'avait pas oubli&#233; le scandale de l'&lt;i&gt;Union G&#233;n&#233;rale&lt;/i&gt;, grande banque d'affaires comptant dans son conseil les plus grands noms de l'aristocratie l&#233;gitimiste et catholique qui, fond&#233;e en 1878 pour enlever aux Rothschild leur pouvoir discr&#233;tionnaire &#224; la Bourse, avait ferm&#233; ses guichets en 1882. L'antis&#233;mitisme s'alimentait de la haine des grands serviteurs du tr&#244;ne et de l'autel aux app&#233;tits contrari&#233;s, et des &#233;pargnants que leur enthousiasme pour la bonne cause avait ruin&#233;s et humili&#233;s. Il fallait se venger des juifs rendus responsables de cette faillite.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La grande presse se roulait dans les plis du dra&#173;peau tricolore pour se nettoyer de la boue de Pana&#173;ma. La trahison d'un capitaine juif !... on ne pouvait trouver de formule publicitaire plus all&#233;chante. Patrice Boussel impute &#224; la presse toute la respon&#173;sabilit&#233; de la &#171; fabrication &#187; de l'Affaire. Il est difficile de croire &#224; une sorte de g&#233;n&#233;ration spon&#173;tan&#233;e. Mais on demeure confondu par la richesse de l'imagination feuilletonesque. Il semble impossible que nos p&#232;res et grands-p&#232;res aient pu supporter des affabulations aussi grossi&#232;res et aussi grotesques, des mensonges aussi pu&#233;rils, des calomnies aussi &#233;videntes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On a parl&#233; de la bonne foi des journalistes abus&#233;s, clamant leur haine du &#171; tra&#238;tre &#187; Dreyfus. Mais, lorsque &lt;i&gt;le Figaro&lt;/i&gt; publia, le 28 novembre 1897, des lettres du commandant Esterhazy&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb1&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Le commandant Esterhazy a avou&#233; &#234;tre l'auteur du fameux bordereau, pi&#232;ce (&#8230;)&#034; id=&#034;nh1&#034;&gt;1&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;, contenant des phrases aussi r&#233;v&#233;latrices que celles-ci : &lt;q style=&#034;font-style: italic;&#034;&gt;Je suis absolument convaincu que ce peuple (le peuple fran&#173;&#231;ais) ne vaut pas la cartouche pour le tuer... si on venait me dire que je serais tu&#233; demain comme capitaine des uhlans en sabrant des Fran&#231;ais, je serais certainement parfaitement heureux. Je ne ferais pas de mal &#224; un chien mais je ferais tuer cent mille Fran&#231;ais avec plaisir... Comme tout cela ferait triste figure dans un rouge soleil de bataille, dans Paris pris d'assaut et livr&#233; au pillage de cent mille soldats ivres...&lt;/q&gt;. La presse patriote, ne pou&#173;vant douter de l'authenticit&#233; de ces lettres (dont &lt;i&gt;le Figaro &lt;/i&gt; publia le lendemain la reproduction photo&#173;graphique &#8211; ce qui prouva d'ailleurs l'identit&#233; de l'&#233;criture du commandant et de celle du fameux bordereau imput&#233; &#224; Dreyfus) jugea cette publication attristante pour les amis de Dreyfus, car &lt;q style=&#034;font-style: italic;&#034;&gt;ils doivent &#234;tre aux abois... pour publier ces lettres &#233;crites par le commandant &#224; une heure d'exasp&#233;ration.&lt;/q&gt;. Et lorsque celui qui regrettait de ne pas &#234;tre &lt;q style=&#034;font-style: italic;&#034;&gt;capitaine des uhlans&lt;/q&gt; fut acquitt&#233; par un conseil de guerre, h&#226;tivement constitu&#233;, ce fut accueilli par les d&#233;li&#173;rantes acclamations d'un public &#233;difi&#233; par la presse... patriote&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;C'est ce scandaleux acquittement qui poussa Emile Zola &#224; composer le fameux (&#8230;)&#034; id=&#034;nh2&#034;&gt;2&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Une telle aberration de l'opinion publique n'est &#233;videmment pas invraisemblable aujourd'hui. Elle reste cependant exceptionnelle. Ce que l'on a appel&#233; &#171; le bourrage de cr&#226;nes &#187;, pratiqu&#233; par la presse pendant la guerre de 1914-1918 n'a pas d&#233;pass&#233; ce niveau. Et on peut se f&#233;liciter que, si faibles qu'elles soient, des minorit&#233;s aient pu se faire entendre aussi bien au d&#233;but de l'Affaire Dreyfus que pendant la Grande Guerre, malgr&#233; la censure. Les images de la presse sous des r&#233;gimes totalitaires suffisent pour justifier une distinction qualitative plus que quan&#173;titative. M&#234;me, sous l'occupation, la presse autoris&#233;e parce que pro-hitl&#233;rienne, n'a jamais atteint la per&#173;fection dans l'ignominie de la presse allemande apr&#232;s la synchronisation nazie et de la presse sovi&#233;tique pendant les proc&#232;s de Moscou.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Et pendant la crise de l'Affaire Dreyfus, les vio&#173;lences de la &lt;i&gt;Libre Parole&lt;/i&gt; d'Edouard Drumont, de &lt;i&gt;L'Intransigeant &lt;/i&gt; d'Henry Rochefort &#233;veill&#232;rent tout naturellement le doute chez des esprits libres, et les outrances caricaturales de la presse cl&#233;ricale r&#233;veil&#173;l&#232;rent la vigilance des libres penseurs.&lt;/p&gt;
&lt;h3 class=&#034;spip&#034;&gt;Les premiers dreyfusistes &lt;/h3&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;div class='spip_document_6257 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center spip_document_avec_legende' data-legende-len=&#034;76&#034; data-legende-lenx=&#034;xx&#034;
&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href='https://www.partage-noir.fr/IMG/jpg/sans_titre-1-32.jpg' class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/jpeg&#034;&gt; &lt;img src='https://www.partage-noir.fr/local/cache-vignettes/L500xH372/sans_titre-1-32-b0312.jpg?1774861274' width='500' height='372' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;figcaption class='spip_doc_legende'&gt; &lt;div class='spip_doc_descriptif '&gt;&lt;small&gt;Ao&#251;t 1899 - Jean Jaur&#232;s et Bernard Lazare lors du proc&#232;s Dreyfus &#224; Rennes.&lt;/small&gt;
&lt;/div&gt; &lt;/figcaption&gt;&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;
&lt;p&gt;Au d&#233;but, deux des hommes politiques fran&#231;ais qui incarn&#232;rent la bataille pour la r&#233;vision du pro&#173;c&#232;s Dreyfus, &lt;i&gt;Georges Clemenceau&lt;/i&gt; et &lt;i&gt;Jean Jaur&#232;s&lt;/i&gt; ne doutaient pas de la culpabilit&#233; du capitaine. Il n'est peut-&#234;tre pas inutile de souligner que celui qui prit l'initiative de la premi&#232;re manifestation dreyfusiste : Bernard Lazare, avait profess&#233; des &lt;i&gt;opinions anar&#173;chistes&lt;/i&gt;... ce qui sans doute le rendait ind&#233;pendant &#224; l'&#233;gard des partis et des entreprises &#233;lectorales. Juif alsacien, libre-penseur &#8211; dont Charles P&#233;guy (pas encore d&#233;voy&#233; par la fr&#233;n&#233;sie nationaliste) tra&#231;a, en de fort belles pages, une haute et noble figure &#8211; il s'orienta apr&#232;s l'Affaire vers une sorte de sionisme explicable et d&#233;concertant &#224; la fois. Sa brochure publi&#233;e &#224; Bruxelles en 1895 : &lt;i&gt;Une erreur judiciaire &#8211; La v&#233;rit&#233; sur l'affaire Dreyfus&lt;/i&gt; avait s&#233;duit des universitaires honn&#234;tes par la rigueur de sa d&#233;mons&#173;tration. (Notons en passant qu'&#233;crivain et po&#232;te, Bernard Lazare appartenait &#224; l'&#233;cole symboliste, dite aussi d&#233;cadente qui ne s'accordait gu&#232;re avec le naturalisme d'Emile Zola).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il n'est peut-&#234;tre pas inutile non plus de rappeler qu'&lt;i&gt;Alfred Dreyfus&lt;/i&gt;, comme &lt;i&gt;Scheurer-Kestner&lt;/i&gt;, vice&#173;pr&#233;sident du S&#233;nat, l'un des premier dreyfusistes (d'ailleurs protestant) &#233;taient &#233;galement Alsaciens. Or, qu'ils soient juifs, protestants, catholiques ou ath&#233;es, les Alsaciens n&#233;s avant 1870, qui avaient opt&#233; pour la France en 1871, manifestaient presque tous un patriotisme intransigeant, ombrageux et revan&#173;chard. Je puis incidemment invoquer un t&#233;moignage familial. Mon grand-p&#232;re maternel, soldat de l'Em&#173;pire pendant sept ans, m&#233;daill&#233; de la campagne du Mexique, engag&#233; volontaire en 1871, jugeait sacril&#232;ge la moindre plaisanterie antimilitariste. Mon grand-&#173;p&#232;re paternel avait perdu deux de ses fils en pleine jeunesse. En ao&#251;t 1914 (lors de la stupide offensive alsacienne d&#233;clench&#233;e pendant que les troupes alle&#173;mandes s'engageaient massivement vers Charleroi), il d&#233;clarait : &lt;q style=&#034;font-style: italic;&#034;&gt;Pourquoi faut-il que Ferdinand et Lucien&lt;span style=&#034;font-style:normal;&#034;&gt; (ses deux fils) &lt;/span&gt;soient morts. Ils seraient entr&#233;s les premiers dans Mulhouse.&lt;/q&gt; J'ajoute que l'option pour la France ne les avait pas enrichis. Le premier, porteur de journaux, &#224; 70 ans, mourut de congestion un matin de 1910. Le second, qui avait d&#251; se loger avec ses six enfants dans un taudis de la rue Oberkampf, ne quitta l'atelier que pour sur&#173;vivre, paralys&#233;, pendant pr&#232;s de dix ans.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les anarchistes et les marxistes demeur&#232;rent d'abord &#8211; et tout naturellement &#8211; des spectateurs ironiques de cette m&#234;l&#233;e. Un capitaine &#8211; m&#234;me juif &#8211; li&#233; &#224; des capitalistes, aurait trahi la France capitaliste et militariste. Quelle rigolade ! &lt;q style=&#034;font-style: italic;&#034;&gt;Le youpin Dreyfus, galonnard, patriote jusqu'au bout des orteils, gratte-papier au Minist&#232;re de la Guerre, ma&#173;quignonnait des secrets de polichinelle, qu'on garde pr&#233;cieusement dans cette sale bo&#238;te...&lt;/q&gt; (&lt;i&gt;La Sociale&lt;/i&gt; des 20-27 septembre 1896).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;Les Temps Nouveaux&lt;/i&gt;, revue anarchiste, reconnais&#173;sait qu'il n'est &lt;q style=&#034;font-style: italic;&#034;&gt;rien de plus r&#233;pugnant qu'un tra&#238;tre et son acte&lt;/q&gt;. &lt;q style=&#034;font-style: italic;&#034;&gt;Mais il est plaisant de voir les simagr&#233;es de tous ces fantoches se ruant avec achar&#173;nement sur Dreyfus, dont le seul tort est de s'&#234;tre laiss&#233; prendre.&lt;/q&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;La Petite R&#233;publique&lt;/i&gt;, dans laquelle Jaur&#232;s devait publier plus tard une s&#233;rie d'articles dreyfusistes sous le titre &#171; Les Preuves &#187;, ouvrait ses colonnes &#224; l'avocat Alexandre Zeva&#232;s, socialiste, guesdiste, d&#233;&#173;fenseur en 1918 de l'assassin de Jaur&#232;s, puis bio&#173;graphe du tribun socialiste &#8211; qui se d&#233;shonora une premi&#232;re fois en insultant, le 10 novembre 1896, Bernard Lazare : &lt;q style=&#034;font-style: italic;&#034;&gt;ce distingu&#233; repr&#233;sentant du high life anarchiste, l'un des plus fid&#232;les admirateurs de Sa Majest&#233; Rothschild vient de publier en Belgique une brochure tapageuse... nouvelle man&#339;uvre dans la campagne sournoise engag&#233;e par les journaux de la finance et de la juiverie pour faire douter l'opi&#173;nion de la culpabilit&#233; du tra&#238;tre.&lt;/q&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;Le P&#232;re Peinard&lt;/i&gt;, journal r&#233;dig&#233; par Emile Pouget, l'un des r&#233;dacteurs de la Charte d'Amiens de 1906 (charte de la C.G.T.), anarchiste et syndi&#173;caliste, &#233;crivait encore, le 21-28 novembre 1897 : &lt;q style=&#034;font-style: italic;&#034;&gt; ... qu'il soit innocent ou coupable, je m'en tam&#173;ponne le coquillard ! j'ai beau reluquer sur toutes les coutures, je ne trouve en lui que l'officier.&lt;/q&gt;&lt;/p&gt;
&lt;div class=&#034;spip spip-block-right&#034; style=&#034;text-align:right;&#034;&gt;&lt;strong&gt;R. H.&lt;/strong&gt;&lt;br class='autobr' /&gt;
&lt;i&gt;(&#224; suivre)&lt;/i&gt;&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;hr /&gt;
		&lt;div class='rss_notes'&gt;&lt;div id=&#034;nb1&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh1&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 1&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;1&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;Le commandant Esterhazy a avou&#233; &#234;tre l'auteur du fameux bordereau, pi&#232;ce essentielle de l'accusation contre Dreyfus. Les m&#233;moires posthumes de l'attach&#233; militaire allemand de l'&#233;poque, Schwartkopen &#8211; publi&#233;es apr&#232;s la guerre de 1914-1918 &#8211; ne laissent aucun doute sur son r&#244;le d'espion au service de l'Allemagne.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;2&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;C'est ce scandaleux acquittement qui poussa Emile Zola &#224; composer le fameux &#171; J'accuse &#187;, publi&#233; sur toute la premi&#232;re page de &lt;i&gt;l'Aurore&lt;/i&gt;, le journal de Clemenceau.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		
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	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>En marge des Lois La&#239;ques [1]</title>
		<link>https://www.partage-noir.fr/en-marge-des-lois-laiques-1</link>
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		<dc:date>2026-03-28T23:30:00Z</dc:date>
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		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Roger Hagnauer</dc:creator>


		<dc:subject>Archives Autonomies</dc:subject>

		<description>&lt;p&gt;Une constatation historique essentielle, c'est que l'enseignement des masses populaires et la forma&#173;tion des &#233;lites ont suivi deux processus nettement diff&#233;rents et qui ne sont m&#234;me pas parall&#232;les. Les join&#173;dre, les confondre jusqu'&#224; un certain niveau, ce fut l'id&#233;e force de ceux qui ont milit&#233; &#8211; particuli&#232;rement pendant l'entre-deux guerres de 1918 &#224; 1919 &#8211; pour la R&#233;novation de l'Enseignement et la d&#233;mocratisa&#173;tion de l'Universit&#233;.&lt;/p&gt;

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 <content:encoded>&lt;img src='https://www.partage-noir.fr/local/cache-vignettes/L150xH84/sans_titre-1-recupere-a5ed8.jpg?1774743383' class='spip_logo spip_logo_right' width='150' height='84' alt=&#034;&#034; /&gt;
		&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;Une constatation historique essentielle, c'est que l'enseignement des masses populaires et la forma&#173;tion des &#233;lites ont suivi deux processus nettement diff&#233;rents et qui ne sont m&#234;me pas parall&#232;les. Les join&#173;dre, les confondre jusqu'&#224; un certain niveau, ce fut l'id&#233;e force de ceux qui ont milit&#233; &#8211; particuli&#232;rement pendant l'entre-deux guerres de 1918 &#224; 1919 &#8211; pour la &lt;i&gt;R&#233;novation de l'Enseignement&lt;/i&gt; et &lt;i&gt;la d&#233;mocratisa&#173;tion de l'Universit&#233;. &lt;/i&gt;&lt;br class='autobr' /&gt;
L'Histoire de l'Enseignement populaire prouve que celui-ci a toujours &#233;t&#233; soumis &#224; des n&#233;cessit&#233;s politiques. Le d&#233;veloppement de la soci&#233;t&#233; industrielle et capitaliste impose &#171; l'alphab&#233;tisation &#187; de la classe ouvri&#232;re (v&#233;rit&#233; historique qui se v&#233;rifie encore aujourd'hui dans les pays en voie de d&#233;veloppement). &lt;br class='autobr' /&gt;
Mais en France, l'introduction des lois la&#239;ques doit &#234;tre interpr&#233;t&#233;e du point de vue de la volont&#233; des r&#233;publicains opportunistes et radicaux et m&#234;me d'une fraction des anciens orl&#233;anistes, de vaincre l'Eglise catholique, non parce que chr&#233;tienne mais parce que catholique au sens originel du terme, c'est-&#224;-dire ultramontaine, donc plac&#233;e au-dessus des &#201;tats, soumise au Pape... souverain &#233;tranger. Les &#233;glises : luth&#233;&#173;riennes en Allemagne, anglicane en Grande-Bretagne, orthodoxe en Russie tzariste sont nationales, sou&#173;mises &#224; l'&#201;tat national, au souverain national. La bataille la&#239;que fut beaucoup plus violente et sanglante dans les pays latins (on sait qu'en Italie, l'Ecole subit encore les effets des accords de Latran, conclus par Mussolini et le Pape, maintenus dans la Constitution en 1946, gr&#226;ce au vote des communistes). Qu'on ait envisag&#233; en France la formation d'une &#233;glise chr&#233;tienne nationale... &#224; coloration calviniste... ce qui tendrait &#224; le prouver, c'est l'influence des protestants dans le personnel politique de la Sainte R&#233;publi&#173;que ! &lt;br class='autobr' /&gt;
Le caract&#232;re politique de l'Ecole primaire, gratuite, la&#239;que, obligatoire est encore attest&#233; par un r&#233;gime qui, jusqu'en 1945, soumettait &#8211; seuls parmi les enseignants &#8211; les instituteurs et institutrices &#224; l'autorit&#233; du Pr&#233;fet et non &#224; celle de l'inspecteur d'Acad&#233;mie qui restait soumis au repr&#233;sentant du gou&#173;vernement central. &lt;br class='autobr' /&gt;
Mais ce qui pour nous reste singuli&#232;rement &#233;difiant, c'est que l'instruction gratuite et obligatoire, r&#233;clam&#233;e par toutes les organisations ouvri&#232;res et socialistes, figurait dans le programme de la Premi&#232;re Internationale et fut, pendant sa courte existence, l'une des premi&#232;res r&#233;alisations de la Commune de Paris qui imposa naturellement la la&#239;cit&#233;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb1&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Extraits d'un manuscrit qui devait para&#238;tre : De l'Ecole &#224; la Bourse du travail.&#034; id=&#034;nh1&#034;&gt;1&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;h3 class=&#034;spip&#034;&gt;SOUS L'ORDRE MORAL ! &lt;/h3&gt;
&lt;p&gt;Historiquement, l'Assembl&#233;e Versaillaise de 1871 &#224; 1875 usurpa le pouvoir constituant, &#224; la faveur d'une imposture &#171; pacifiste &#187; et de la f&#233;roce r&#233;pres&#173;sion de la Commune. Les ruraux avaient vot&#233; en majorit&#233; contre le jusqu'auboutisme gambettiste et le jacobinisme parisien. D&#232;s ses d&#233;buts &#224; Bordeaux, l'Assembl&#233;e excluait Garibaldi et provoquait la d&#233;&#173;mission de Victor Hugo. A Versailles, elle utilisa Thiers dans l'&#233;crasement pr&#233;m&#233;dit&#233; de la classe ou&#173;vri&#232;re parisienne et le chassa lorsqu'il pr&#233;tendit prolonger son &#171; omnipotence &#187; provisoirement accor&#173;d&#233;e, et se poser en &#171; protecteur &#187; d'une R&#233;publique conservatrice.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il n'&#233;tait plus question des r&#233;volutionnaires ou des socialistes, massacr&#233;s, d&#233;port&#233;s... ou neutralis&#233;s lors de la sanglante r&#233;pression de la Commune. La peur des classes dirigeantes se traduisait par la pers&#233;cution de tous les r&#233;publicains fid&#232;les. Et catho&#173;liques ou voltairiens, les Versaillais se r&#233;jouissaient de spectaculaires et massives d&#233;monstrations popu&#173;laires, lors des p&#232;lerinages de Lourdes, de la Salette, de Paray le Monial, en 1873, et souriaient d'apai&#173;sante b&#233;atitude en entendant le &#171; vrai chant natio&#173;nal &#187; (sic) &lt;q style=&#034;font-style: italic;&#034;&gt;Sauvez la France, par votre Sacr&#233;-C&#339;ur...&lt;/q&gt;, rempla&#231;ant &lt;q style=&#034;font-style: italic;&#034;&gt;la hideuse Marseillaise&lt;/q&gt; (resic !).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Malheureusement, le salut se localisa dans le temps et les lieux. Le Sacr&#233;-C&#339;ur de J&#233;sus saigna en vain... Les provocations de l'ultramontanisme sous l'infail&#173;libilit&#233; du Pontife de Rome proclam&#233;e en 1870, quelques semaines avant la prise de Rome par les troupes du Roi d'Italie, eurent comme premier effet de rassembler tous les R&#233;publicains et pas mal d'orl&#233;a&#173;nistes sous le signe d'un &lt;i&gt;nationalisme gallican&lt;/i&gt; et &lt;i&gt;anticl&#233;rical&lt;/i&gt;. La majorit&#233; versaillaise d&#233;j&#224; grignot&#233;e et d&#233;valoris&#233;e par des &#233;lections partielles et les &#233;lections cantonales s'effondra lors des &#233;lections g&#233;n&#233;&#173;rales de 1876. A une faible majorit&#233; conservatrice au S&#233;nat (149 contre 130) s'opposa une nette majorit&#233; r&#233;publicaine &#224; la Chambre des D&#233;put&#233;s (360 contre 170). Celle-ci s'affirma nettement en invitant, par 304 voix contre 116, le gouvernement &lt;i&gt;&#224; r&#233;primer les me&#173;n&#233;es ultramontaines. &lt;/i&gt; C'&#233;tait le 4 mai 1877. Le 16 mai 1877, Mac Mahon renvoya le minist&#232;re mod&#233;r&#233;ment r&#233;publicain de Jules Simon et obtint du S&#233;nat la dissolution de la Chambre des D&#233;put&#233;s.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Sous &#171; l'ordre moral &#187; de 1873 &#224; 1876, sous &lt;i&gt;le r&#233;gime dit du Seize mai an 1877&lt;/i&gt;, le gouvernement s'employa syst&#233;matique &#224; chasser les r&#233;publicains de toutes les administrations. Cependant, malgr&#233; une pression officielle, pire que sous l'Empire, les R&#233;pu&#173;blicains ne perdirent que 36 si&#232;ges, lors du renouvellement de la Chambre des D&#233;put&#233;s. Des orl&#233;a&#173;nistes lib&#233;raux, inquiets des progr&#232;s bonapartistes et des pr&#233;tentions cl&#233;ricales, s'employ&#232;rent, au S&#233;&#173;nat, &#224; &#233;viter une seconde dissolution. La Chambre ayant refus&#233; tout rapport avec le minist&#232;re form&#233; par Mac Mahon, celui-ci, que Gambetta avait menac&#233; du fameux dilemme : &lt;i&gt;se soumettre ou se d&#233;mettre&lt;/i&gt;, en r&#233;alisa successivement les deux termes : sa soumission en 1878, sa d&#233;mission en 1879. La R&#233;publi&#173;que triomphait.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais cette victoire au sommet ne correspondait pas &#224; une base solidement acquise. Les paysans d&#233;pendaient encore &#233;conomiquement des grands propri&#233;taires, et politiquement des pr&#234;tres, sauf dans les r&#233;gions de vignobles et de cultures mara&#238;ch&#232;res o&#249; les petits propri&#233;taires, peu religieux, &#233;taient &#233;conomiquement et politiquement ind&#233;pendants... sur&#173;tout dans l'Est, les plaines du Sud-Est, les vall&#233;es du Sud-Ouest, les versants ouest et nord du Massif Central, le Val-de-Loire et une partie de la r&#233;gion parisienne.&lt;/p&gt;
&lt;h3 class=&#034;spip&#034;&gt;LES CHEFS LA&#207;QUES D&#201;PASS&#201;S PAR LES EX&#201;CUTANTS DE LEUR POLITIQUE &lt;/h3&gt;
&lt;p&gt;Il ne serait pas sans int&#233;r&#234;t de situer ainsi g&#233;ogra&#173;phiquement les origines du syndicalisme universi&#173;taire. Car la grande propri&#233;t&#233; fonci&#232;re, le grand pa&#173;tronat, les hauts fonctionnaires demeuraient li&#233;s &#224; l'Eglise et aux cadres de l'Arm&#233;e. Pour &#233;tablir le nouveau r&#233;gime, pour vaincre l'ultramontanisme, pour utiliser la centralisation bureaucratique au profit de la nouvelle classe dirigeante (celle du capi&#173;talisme financier et industriel), pour consolider l'&#201;tat national auquel la d&#233;mocratie politique apporta l'adh&#233;sion des classes moyennes, il fallait imposer les lois la&#239;ques et jeter, sur toutes les r&#233;gions, les instituteurs, &lt;q style=&#034;font-style: italic;&#034;&gt;hussards noirs de la R&#233;publique&lt;/q&gt;, dans la bataille contre le cl&#233;ricalisme et la R&#233;action. Seulement, comme toujours, on peut d'en haut d&#233;&#173;clencher le mouvement, mais on ne peut longtemps ma&#238;triser son rythme et le bloquer lorsque les pre&#173;miers objectifs strictement limit&#233;s ont &#233;t&#233; atteints. Lanc&#233;s dans la lutte anticl&#233;ricale et r&#233;publicaine par les gouvernements &#171; opportunistes &#187;, les instituteurs, par la vitesse acquise, allaient dans leur majorit&#233; s'orienter vers le radicalisme &#8211; et le d&#233;passer lors&#173;que les radicaux furent &#224; leur tour install&#233;s au pouvoir.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;D&#232;s 1890, les grands bourgeois conservateurs, for&#173;tement secou&#233;s par la renaissance d'un socialisme r&#233;volutionnaire et par le &#171; coup de gong &#187; des attentats anarchistes, d&#233;sirent vivement une r&#233;con&#173;ciliation avec les catholiques ralli&#233;s dans leur majo&#173;rit&#233; &#224; la R&#233;publique. En 1892, on entend les premi&#232;&#173;res bombes de &#171; la propagande par le fait &#187;. Et le journal catholique &lt;q style=&#034;font-style: italic;&#034;&gt;La Concorde&lt;/q&gt; &#233;crit, le 24 avril 1892 : &lt;q style=&#034;font-style: italic;&#034;&gt;Donnez-nous des g&#233;n&#233;rations d'ath&#233;es, et les anarchistes praticiens de la propagande par le fait deviendront vite l&#233;gion. L'explosif plus effroya&#173;ble que celui invent&#233; par Ravachol, c'est l'Ecole sans Dieu&lt;/q&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Lorsque la lutte reprit au d&#233;but du XX&lt;sup class=&#034;typo_exposants&#034;&gt;e&lt;/sup&gt; si&#232;cle, contre les instituteurs la&#239;ques, les cl&#233;ricaux all&#232;rent beaucoup plus loin et rendirent responsables les &#171; satyres dipl&#244;m&#233;s de la R&#233;publique &#187; (sic !) de tous les vols, crimes, attentats aux m&#339;urs commis sur tout le territoire.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Aux grandes man&#339;uvres de 1905, un coup de fusil tir&#233; contre un colonel, manquant son but, blesse un soldat. Impossible de d&#233;couvrir le coupable. Ce n'&#233;tait pourtant pas difficile. M. Renauld dans le catholique &#171; Soleil &#187; n'h&#233;site pas : &lt;q style=&#034;font-style: italic;&#034;&gt;Les instituteurs doivent &#234;tre satisfaits ; leurs &#233;l&#232;ves sont complets ; ils fusillent les officiers&lt;/q&gt;. Et il pr&#233;voit le jour &lt;q style=&#034;font-style: italic;&#034;&gt;o&#249; les instituteurs seront l'objet de l'universel d&#233;go&#251;t et o&#249; chacun leur jettera des pierres et m&#234;me des ordures au visage&lt;/q&gt;. L'Ecole sans Dieu fabriquant des anarchistes devient naturellement &lt;q style=&#034;font-style: italic;&#034;&gt;l'Ecole sans Patrie&lt;/q&gt; qui apprend &#224; fusiller les officiers.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce qui cependant explique beaucoup mieux que ces d&#233;lirantes diatribes, l'&#233;volution du personnel enseignant primaire vers le radicalisme, puis vers le socialisme, c'est que l'&#233;cole la&#239;que, en d&#233;livrant paysans et ouvriers de &lt;q style=&#034;font-style: italic;&#034;&gt;l'opium du peuple&lt;/q&gt;, abou&#173;tit n&#233;cessairement &#224; la contestation des pouvoirs &#233;tablis.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est Jaur&#232;s qui, dans son discours du 21 novembre 1893, a exprim&#233; la logique interne d'un mouve&#173;ment universel, en des phrases magnifiques, sou&#173;vent reproduites :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;q style=&#034;font-style: italic;&#034;&gt;Vous avez interrompu la vieille chanson qui ber&#231;ait la mis&#232;re humaine et la mis&#232;re humaine s'est r&#233;veill&#233;e avec des cris. C'est vous qui avez &#233;lev&#233; la temp&#233;rature r&#233;volutionnaire du prol&#233;tariat et si vous vous &#233;pouvantez aujourd'hui, c'est devant votre &#339;uvre. C'est parce que vous sentez vous-m&#234;mes que le mouvement socialiste sort de toutes nos institu&#173;tions que vous &#234;tes accul&#233;s aujourd'hui pour le com&#173;battre &#224; une &#339;uvre r&#233;trograde&lt;/q&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;h3 class=&#034;spip&#034;&gt;L'OBLIGATION MILITAIRE &lt;/h3&gt;
&lt;p&gt;Cette id&#233;e, force du jaur&#233;sisme que le socialisme est naturellement engendr&#233; par la D&#233;mocratie &#8211; discutable sans doute et que les marxistes n'accep&#173;tent pas sans r&#233;serves (quoique Marx ait expliqu&#233; la r&#233;volution permanente par les insuffisances de la R&#233;volution de 1789) &#233;claire sans nul doute l'&#233;volution politique du personnel enseignant primaire. Ajou&#173;tons que les lois militaires de 1889 et de 1892, en imposant le service militaire &#224; tous les enseignants, en les obligeant &#224; subir le Droit commun, en leur supprimant un privil&#232;ge qui les alignait sur les clercs de l'Eglise, ont sans doute contribu&#233; &#224; les int&#233;grer dans la population laborieuse, et aussi &#224; d&#233;velopper chez un grand nombre d'entre eux, l'anti&#173;militarisme spontan&#233; des paysans et ouvriers.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dire cela, ce n'est pas minimiser la vocation sociale de l'instituteur. Mais en instituant l'enseignement gratuit, la&#239;que et obligatoire, les hommes d'&#201;tat opportunistes semblaient conf&#233;rer au plus humble desservant de l'Universit&#233;, une sorte de cl&#233;ricature la&#239;que, pour ne pas dire de sacerdoce. Et cela pou&#173;vait contribuer &#224; l'&#233;tablissement de ce culte patrio&#173;tique s'opposant au cl&#233;ricalisme, ultramontain et cosmopolite par d&#233;finition. Mais le pr&#234;tre du clerg&#233; s&#233;culier b&#233;nit, au nom de l'Eglise, des c&#233;r&#233;monies familiales, mondaines et nationales dans lesquelles il ne peut figurer comme acteur &#8211; le mariage et le bapt&#234;me &#8211; par exemple, alors qu'il n'a pas droit &#224; une &#233;pouse et &#224; des enfants. Restant au port, l'&#233;v&#234;&#173;que b&#233;nit le vaisseau qui prend le large. Et celui qui invoque le Dieu des Arm&#233;es pour assurer la victoire de son souverain ne saurait prendre place dans l'arm&#233;e qu'il veut victorieuse. On se place &#224; un autre point de vue lorsqu'on figure dans la masse des ex&#233;cutants. Et en &#233;coutant les ordres, contre-ordres, menaces, injures de l'adjudant Flick, on ne distin&#173;gue plus l'autel du culte patriotique sous le sac et les godillots du soldat.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; &lt;/p&gt;
&lt;center&gt;&lt;i class=&#034;fa-asterisk fas&#034;&gt;&lt;/i&gt;&lt;/center&gt;
&lt;p&gt; &lt;/p&gt;
&lt;h3 class=&#034;spip&#034;&gt;LA CRISE DE L'AFFAIRE DREYFUS &lt;/h3&gt;
&lt;p&gt;L'&#233;volution du personnel enseignant demeur&#233;, dans sa grande majorit&#233;, fid&#232;le aux id&#233;es &#171; anticl&#233;&#173;ricales &#187; de Jules Ferry et de Paul Bert, aurait suivi un cours normal, d'un rythme lent, si une grande crise politique n'avait d&#233;truit l'&#233;quilibre des forces, divis&#233; le peuple fran&#231;ais en deux partis irr&#233;ducti&#173;bles, discr&#233;dit&#233; l'Arm&#233;e et la Justice, ruin&#233; le pres&#173;tige des gouvernants et des l&#233;gislateurs, engag&#233; l'Eglise dans une bataille dont l'issue sera l'aboli&#173;tion du Concordat et la s&#233;paration de l'Eglise et de l'&#201;tat.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il s'agit de l'affaire Dreyfus qui &#233;clata en 1894, ne fut close juridiquement qu'en 1906, fournit jusqu'en 1914 un crit&#232;re de classement politique et aujour&#173;d'hui encore provoque des explications, des interpr&#233;tations contradictoires et m&#234;me des pol&#233;miques. Pendant la guerre 1914-1918, dans une &#233;cole primaire sup&#233;rieure parisienne (r&#233;serv&#233;e &#224; des enfants de la petite bourgeoisie et des classes moyennes) un jeune &#233;l&#232;ve ayant annonc&#233; que son p&#232;re officier &#233;tait sous les ordres du lieutenant-colonel Dreyfus, ce fut un cri d'indignation presque unanime parmi ses cama&#173;rades. Au proc&#232;s d'H&#233;l&#232;ne Brion &#8211; institutrice f&#233;mi&#173;niste, pacifiste, syndicaliste, secr&#233;taire de la F&#233;d&#233;&#173;ration des Syndicats d'instituteurs, traduite devant le Conseil de Guerre en 1917, sous l'inculpation de &lt;i&gt;haute trahison&lt;/i&gt;, puis de &lt;i&gt;d&#233;faitisme &lt;/i&gt; &#8211; l'avocat Oscar Bloch, ayant insinu&#233; que peut-&#234;tre des pi&#232;ces du dossier n'avaient pas &#233;t&#233; soumises &#224; la D&#233;fense, s'attira cette d&#233;n&#233;gation &#8211; courageuse &#8211; du colo&#173;nel pr&#233;sidant le Conseil de Guerre : &lt;q style=&#034;font-style: italic;&#034;&gt;Nous ne som&#173;mes pas les juges de l'Affaire Dreyfus&lt;/q&gt;. Il y a quel&#173;ques ann&#233;es, un magazine historique &#8211; dirig&#233; par le fils de Roland Garros, h&#233;ro&#239;que pionnier de l'avia&#173;tion &#8211; osait, entre autres affabulations ahurissan&#173;tes, reprendre une explication rocambolesque de l'Affaire... Notons encore le succ&#232;s de l'&#233;mission de t&#233;l&#233;vision consacr&#233;e &#224; Emile Zola ou plut&#244;t au r&#244;le de celui-ci dans l'Affaire Dreyfus.&lt;/p&gt;
&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;div class='spip_document_6253 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center spip_document_avec_legende' data-legende-len=&#034;52&#034; data-legende-lenx=&#034;x&#034;
&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href='https://www.partage-noir.fr/IMG/jpg/helene_brion__15232341588___cropped_-2.jpg' class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/jpeg&#034;&gt; &lt;img src='https://www.partage-noir.fr/local/cache-vignettes/L500xH327/helene_brion__15232341588___cropped_-2-1eb9a.jpg?1774743383' width='500' height='327' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;figcaption class='spip_doc_legende'&gt; &lt;div class='spip_doc_descriptif '&gt;&lt;small&gt;H&#233;l&#232;ne Brion devant le Conseil de guerre, en 1918.&lt;/small&gt;
&lt;/div&gt; &lt;/figcaption&gt;&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;
&lt;p&gt;Ainsi, apr&#232;s de nombreuses r&#233;volutions, apr&#232;s l'&#233;pop&#233;e sanglante de la Commune, apr&#232;s les guerres et les bouleversement du XX&lt;sup class=&#034;typo_exposants&#034;&gt;e&lt;/sup&gt; si&#232;cle, il est encore possible d'&#233;voquer l'Affaire Dreyfus sans profiter des s&#233;ductions de la d&#233;couverte et de l'insolite. Et transmis par quatre g&#233;n&#233;rations successives, le nom de Dreyfus symbolise encore l'antis&#233;mitisme d'un c&#244;t&#233;, la D&#233;mocratie, l'anticl&#233;ricalisme et m&#234;me l'antimilitarisme de l'autre.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Nous n'avons pas l'intention de reprendre le d&#233;bat sur l'affaire elle-m&#234;me. Si l'on veut en conna&#238;tre l'essentiel, nous recommandons l'ouvrage de la col&#173;lection Kiosque &lt;q style=&#034;font-style: italic;&#034;&gt;l'Affaire Dreyfus et la presse&lt;/q&gt; de Patrice Boussel. Une monstrueuse erreur judiciaire, un infernal parti-pris de la part des accusateurs, une fabrication officielle de faux, la solidarit&#233; par-del&#224; la tombe entre les artisans de la falsification, les r&#233;alisateurs conscients de la monstruosit&#233; juridique &#8211; et les d&#233;fenseurs distingu&#233;s et honorables de l'Arm&#233;e et de l'Eglise (sans parler de l'ent&#234;tement gros&#173;si&#232;rement stupide d'hommes d'&#201;tat). En face de cela ; la t&#233;nacit&#233; de quelques isol&#233;s, puis l'ampleur du mouvement d&#233;bordant les objectifs pr&#233;cis des promoteurs et finalement noyant dans la &lt;i&gt;masse dreyfusarde&lt;/i&gt;&lt;i&gt;, l'&#233;lite dreyfusiste&lt;/i&gt; (on peut lire ou relire pour com&#173;prendre ce drame d'une g&#233;n&#233;ration l'admirable livre de Roger Martin du Gard : &lt;i&gt;Jean Barois&lt;/i&gt;). Tout cela reste du domaine d'une r&#233;alit&#233; dramatique d&#233;pas&#173;sant la fiction romanesque. On sait aujourd'hui que le Capitaine Dreyfus fut arbitrairement choisi, que d'ailleurs il n'a jamais accept&#233; d'&#234;tre &lt;q style=&#034;font-style: italic;&#034;&gt;le symbole de la justice&lt;/q&gt; (&lt;i&gt;ce Dreyfus&lt;/i&gt;-l&#224;, &#233;crivait-il en 1935, &#224; Victor Basch, pr&#233;sident de la Ligue des Droits de l'Homme, &lt;i&gt;c'est vous autres qui l'avez cr&#233;&#233;, ce n'est pas moi&lt;/i&gt;) &#8211; que l'ignoble ruffian Esterhazzy a &#233;t&#233; formellement signal&#233; comme tra&#238;tre &#224; la France par Schwartzkopen attach&#233; militaire allemand dans &lt;q style=&#034;font-style: italic;&#034;&gt;Ses m&#233;moires posthumes&lt;/q&gt; &#8211; que dans ses pro&#173;pres m&#233;moires, l'ambassadeur Pal&#233;ologue d&#233;nonce, sans le nommer, un g&#233;n&#233;ral vendu &#224; l'Allemagne &#8211; que le colonel Henry fut un faussaire criminel que l'on suspecta m&#234;me d'avoir &#233;t&#233; complice de tra&#238;tres &#8211; que le g&#233;n&#233;ral Mercier, ministre de la guerre en 1894 dont, au d&#233;but de l'Affaire, Henri Rochefort l'ancien Communard devenu boulangiste, f&#233;rocement antidreyfusiste, nationaliste tapageur) d&#233;non&#231;ait l'in&#173;curie, la b&#234;tise et la mauvaise foi, accus&#233; ensuite formellement par Emile Zola &lt;q style=&#034;font-style: italic;&#034;&gt;de s'&#234;tre rendu com&#173;plice, tout au moins par faiblesse d'esprit, d'une des plus grandes iniquit&#233;s du si&#232;cle&lt;/q&gt;, c&#233;da au chan&#173;tage des antis&#233;mites... parce qu'il avait peur ou parce qu'il craignait des r&#233;v&#233;lations d&#233;shonorantes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le lieutenant colonel Henry, apr&#232;s avoir avou&#233; sa falsification se suicida le 31 ao&#251;t 1898. Or, &#224; une souscription ouverte en 1899, dans la &lt;i&gt;Libre Parole&lt;/i&gt;, pour permettre &#224; la veuve du faussaire de poursui&#173;vre en justice les accusateurs de son mari, particip&#232;&#173;rent des &#233;crivains comme&lt;i&gt; Fran&#231;ois Copp&#233;e, Pierre Louys, Paul Val&#233;ry... Paul L&#233;autaud &lt;/i&gt; avait offert 20 F &#224; la condition que l'on porte sur la liste la mention : &#171; POUR l'ordre, CONTRE la justice et la v&#233;rit&#233; &#187;. On supprima la deuxi&#232;me motivation et il protesta vai&#173;nement. Sur la liste de souscription, on a lu : &lt;q style=&#034;font-style: italic;&#034;&gt;Un cur&#233; de campagne qui fait des v&#339;ux pour l'extermi&#173;nation des deux ennemis de la France : le juif et le franc-ma&#231;on...&lt;/q&gt; &#8211; &lt;q style=&#034;font-style: italic;&#034;&gt;L'abb&#233; Cras, ex-lieutenant, pour une descente de lit en peau de youpins, afin de la pi&#233;tiner matin et soir&lt;/q&gt; &#8211; &lt;q style=&#034;font-style: italic;&#034;&gt;Un capitaine de l'Est qui fait des th&#233;ories morales sur le youpin &#224; ses hommes et engage ses camarades &#224; en faire autant...&lt;/q&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les hitl&#233;riens sont all&#233;s beaucoup plus loin et beaucoup plus efficacement dans l'activit&#233; antis&#233;&#173;mite... ils n'ont pas d&#233;pass&#233; un tel cr&#233;tinisme dans l'abjection... C'&#233;tait en 1899. En 1900, Mercier qui disait quelques mois auparavant : &lt;q style=&#034;font-style: italic;&#034;&gt;dans cette affaire, il y a s&#251;rement un coupable... c'est lui ou c'est moi&lt;/q&gt; fut &#233;lu s&#233;nateur de la Loire-Inf&#233;rieure et mourut en 1921, grand officier de la L&#233;gion d'Honneur.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En 1931, le Th&#233;&#226;tre de !'Ambigu dut interrompre les repr&#233;sentations d'une pi&#232;ce de deux auteurs allemands : &lt;i&gt;l'Affaire Dreyfus&lt;/i&gt;, traduite par Jacques Ri&#173;chepin, qui avaient provoqu&#233; de violentes bagarres entre les camelots du Roy d'Action Fran&#231;aise et des groupes de d&#233;fense r&#233;publicaine et socialiste.&lt;/p&gt;
&lt;div class=&#034;spip spip-block-right&#034; style=&#034;text-align:right;&#034;&gt;&lt;strong&gt;R. H.&lt;/strong&gt;&lt;br class='autobr' /&gt;
&lt;i&gt;(&#224; suivre)&lt;/i&gt;&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;hr /&gt;
		&lt;div class='rss_notes'&gt;&lt;div id=&#034;nb1&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh1&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 1&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;1&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;Extraits d'un manuscrit qui devait para&#238;tre : &lt;i&gt;De l'Ecole &#224; la Bourse du travail.&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		
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		<title>Marthe Pichorel -1878-1968</title>
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		<dc:creator>Roger Hagnauer</dc:creator>


		<dc:subject>Marthe Pichorel</dc:subject>

		<description>&lt;p&gt;Marthe Pichorel est morte en novem&#173;bre 1968. Il n'est peut-&#234;tre pas trop tard pour &#233;voquer ici une figure originale et un destin hors s&#233;rie. Et m&#234;me si notre retard est anormal, il l'est moins que la d&#233;sinvolture avec laquelle on a enterr&#233; le souvenir d'une militante syndicaliste qui a incarn&#233; pendant plus de soixante ans le f&#233;minisme universi&#173;taire.&lt;/p&gt;

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		</description>


 <content:encoded>&lt;img src='https://www.partage-noir.fr/local/cache-vignettes/L150xH84/pichorel-marthe3_copie-cffef.jpg?1774728290' class='spip_logo spip_logo_right' width='150' height='84' alt=&#034;&#034; /&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;Marthe Pichorel est morte en novem&#173;bre 1968. Il n'est peut-&#234;tre pas trop tard pour &#233;voquer ici une figure originale et un destin hors s&#233;rie. Et m&#234;me si notre retard est anormal, il l'est moins que la d&#233;sinvolture avec laquelle on a enterr&#233; le souvenir d'une militante syndicaliste qui a incarn&#233; pendant plus de soixante ans le f&#233;minisme universi&#173;taire. &lt;i&gt;L'&#201;cole Lib&#233;ratrice&lt;/i&gt; a simplement re&#173;produit l'allocution du secr&#233;taire g&#233;n&#233;ral du Syndicat National des Instituteurs aux obs&#232;&#173;ques de Marthe Pichorel, sans mentionner les deux autres oraisons fun&#232;bres : celle de Belliot, au nom de la F&#233;d&#233;ration des Retrait&#233;s, et la mienne&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb1&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;(Rien dans les bulletins d&#233;partementaux de la r&#233;gion parisienne. La (&#8230;)&#034; id=&#034;nh1&#034;&gt;1&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;. Il serait ind&#233;cent de se plaindre, en telle circonstance, d'une blessure d'amour-propre. Mais l'insuffisance de l'allocution de Jean Daubard a doulou&#173;reusement surpris les &#171; vieux &#187; pr&#233;sents, qui furent les compagnons de Marthe Pichorel. Au reste l'orateur officiel confessa son igno&#173;rance &#8211; que sa jeunesse explique mais n'ex&#173;cuse pas &#8211;. Ainsi, le premier repr&#233;sentant d'un puissant syndicat juge inutile d'&#233;tudier le pass&#233; de l'organisation dont il a la charge. Est-ce parti pris ou n&#233;gligence ? En 1967, j'avais cru, dans ma s&#233;nile innocence, que&lt;i&gt; L'&#201;cole Lib&#233;ratrice&lt;/i&gt; serait heureuse de pu&#173;blier un papier sur le centenaire de Fernand Pelloutier, l'animateur de la F&#233;d&#233;ra&#173;tion des Bourses du Travail. On ne jugea m&#234;me pas utile de m'accuser r&#233;ception de mon envoi et de motiver le refus d'insertion...&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce n'est pas d'ailleurs par hasard que j'as&#173;socie au centenaire de Pelloutier, la mort de Marthe Pichorel qui fut presque sa contem&#173;poraine (elle atteignait 91 ans), car le syndicalisme des Instituteurs &#224; sa naissance se r&#233;sumait dans cette conclusion du Mani&#173;feste publi&#233; en 1905 : &lt;q style=&#034;font-style: italic;&#034;&gt;Nous voulons re&#173;joindre les travailleurs dans les Bourses du travail.&lt;/q&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce qui fut exceptionnel chez Marthe Pichorel c'est justement une contradiction constante entre ce que l'on pouvait attendre d'elle et ce qu'elle fit et ce qu'elle fut. Au d&#233;but du si&#232;cle, la grande majorit&#233; des ins&#173;tituteurs et institutrices &#233;tait d'origine po&#173;pulaire, surtout paysanne, aussi ouvri&#232;re. Marthe Pichorel sortait d'une famille bour&#173;geoise (son p&#232;re, commandant de marine, exer&#231;ait de hautes fonctions &#224; la Pr&#233;fecture maritime de Cherbourg). Elle b&#233;n&#233;ficia de l'&#233;ducation de jeunes filles &#171; bien &#233;lev&#233;es &#187;, d'avant 1914, pr&#233;par&#233;es &#224; tenir leur rang dans un monde o&#249; le travail salari&#233; des femmes paraissait une indigne d&#233;ch&#233;ance, et o&#249; le mariage, avec dot (souvent corrig&#233; par la pratique tol&#233;r&#233;e de l'adult&#232;re) s'im&#173;posait comme la seule issue convenable. Par vocation et volont&#233; d'ind&#233;pendance, elle s'engagea dans l'enseignement, mais pas dans ces postes o&#249; l'on est assur&#233; de la s&#233;cu&#173;rit&#233; mat&#233;rielle et du prestige dont jouit dans la bourgeoisie, l'aristocratie cultiv&#233;e et pro&#173;fessorale. Elle s'int&#233;gra dans un personnel victime d'une triple injustice : institutrices n'ayant pas encore obtenu l'&#233;galit&#233; de traite&#173;ment avec les instituteurs &#8211; institutrices d'&#201;coles Maternelles soumises encore aux servitudes tr&#232;s lourdes des &#171; asiles &#187; pour enfants d&#233;sh&#233;rit&#233;s &#8211; suppl&#233;antes de ban&#173;lieue, condamn&#233;es avant leur titularisation, aux emplois pr&#233;caires et provisoires dans des villes &#171; champignons &#187; o&#249; campait une po&#173;pulation dense et souvent mis&#233;rable, priv&#233;e &#224; cette &#233;poque de toutes les commodit&#233;s d'un urbanisme intelligent et pr&#233;voyant. Anomalie encore : titularis&#233;e, directrice d'&#201;cole maternelle, charg&#233;e de responsabi&#173;lit&#233;s nationales dans le syndicat, elle n'ou&#173;blia pas les mis&#232;res qu'elle avait exp&#233;rimen&#173;t&#233;es &#224; ses d&#233;buts et entendit r&#233;soudre les probl&#232;mes ainsi pos&#233;s, satisfaire les revendi&#173;cations dont l'expression &#233;nergiquement af&#173;firm&#233;e lui avait gagn&#233; la confiance de ses camarades.&lt;/p&gt;
&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;div class='spip_document_6191 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_left spip_document_left spip_document_avec_legende' data-legende-len=&#034;17&#034; data-legende-lenx=&#034;&#034;
&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='https://www.partage-noir.fr/local/cache-vignettes/L317xH455/pichorel-marthe2-679f2.jpg?1774698217' width='317' height='455' alt='' /&gt;
&lt;figcaption class='spip_doc_legende'&gt; &lt;div class='spip_doc_descriptif '&gt;&lt;small&gt;Marthe Pichorel &lt;/small&gt;
&lt;/div&gt; &lt;/figcaption&gt;&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;
&lt;p&gt;F&#233;ministe, comptant parmi les fonda&#173;trices de &lt;i&gt;l'Action f&#233;ministe universitaire&lt;/i&gt;, elle n'adopta pas le parti pris &#8211;peut-&#234;tre l&#233;gitime &#8211; de celles qui entendaient, par l'habit, les habitudes, les tendances affec&#173;tives, proscrire toute &#171; f&#233;minit&#233; &#187; et pous&#173;ser au paroxysme la r&#233;volte contre les pr&#233;tentions du &#171; sexe fort &#187;. Son &#233;l&#233;gance, la distinction qu'elle affectait, sans effort apparent, dans son maintien, son compor&#173;tement, son &#233;loquence &#233;quilibr&#233;e et harmo&#173;nieuse paraissaient insolites dans les congr&#232;s, au milieu d'institutrices et d'instituteurs soumis longtemps aux servitudes des nota&#173;bles de terroirs, ou plus tard affectant, lors des escapades loin de leur &#233;cole quotidien&#173;ne, une libert&#233; vestimentaire et oratoire un peu spectaculaire. Ce qui surprenait c'&#233;tait justement qu'elle pouvait, avec une bonne gr&#226;ce souriante, se solidariser pleinement avec les f&#233;ministes les plus intran&#173;sigeantes, formuler les th&#232;ses les plus au&#173;dacieuses, exprimer les jugements et les incitations les plus &#233;nergiques. Certes elle ne ressemblait gu&#232;re &#224; une Louise Michel, survivante de la Commune de 1871, jetant &#224; la face de ses juges : &lt;q style=&#034;font-style: italic;&#034;&gt;Si vous n'&#234;tes pas des l&#226;ches, vous me ferez fusiller&lt;/q&gt;, ... &#224; une Rosa Luxembourg menant les spartakistes de 1919 &#224; l'assaut des citadelles de Berlin. Mais de l'une et de l'autre, elle partageait la sensibilit&#233; et la tendresse... et la volont&#233; sinc&#232;re et d&#233;lib&#233;r&#233;e&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;(La tendresse de Louise Michel &#233;tait bien connue. Celle de Rose Luxembourg (&#8230;)&#034; id=&#034;nh2&#034;&gt;2&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;. Je l'entendais en 1922, fl&#233;trir les antisyndicalistes qui devant l'administration &lt;q style=&#034;font-style: italic;&#034;&gt;se tiennent non plus &#224; genoux, mais &#224; plat ventre&lt;/q&gt;. Je l'avais entendue en 1919, en pleine euphorie de la victoire, se glorifier d'avoir en pleine guerre, appris aux petits orphelins de son &#233;cole... &lt;q style=&#034;font-style: italic;&#034;&gt;que des petits enfants allemands pleuraient aussi leur papa et qu'ils devaient les aimer comme des fr&#232;res&lt;/q&gt;. Je l'entendis en 1928, reprendre &#224; la tribune du Congr&#232;s du S.N., la formule de la &lt;i&gt;gr&#232;ve g&#233;n&#233;rale&lt;/i&gt;, incluse dans la Charte d'Amiens.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En avril 1934, alors que la tentative fasciste du 6 f&#233;vrier avait amen&#233; au pouvoir un gouvernement d'Union Nationale d&#233;cid&#233; &#224; r&#233;primer toute agitation revendicative, le Cartel des Services Publics et la F&#233;d&#233;ration de l'Enseignement lanc&#232;rent, contre les d&#233;crets-lois Doumergue, un ordre de rassem&#173;blement public autour de l'H&#244;tel de Ville de Paris &#8211; interdit et sauvagement dispers&#233; par la police. En grand deuil, ayant perdu son mari quelques jours auparavant, Marthe Pichorel se tenait avec nous, au milieu des manifestants qui tentaient de r&#233;sister aux coups de la flicaille. On vint l'avertir que la Commission f&#233;d&#233;rale se r&#233;unissait dans l'arri&#232;re-salle d'un caf&#233; proche et qu'on l'attendait pour ouvrir la discussion. Elle r&#233;pondit doucement, gentiment : &lt;q style=&#034;font-style: italic;&#034;&gt;J'ai sign&#233; avec les membres du bureau l'appel pour la manifestation. De nombreux camarades ont d&#233;j&#224; &#233;t&#233; arr&#234;t&#233;s. Excusez-moi. Mais je ne vous rejoindrai que lorsqu'il n'y aura plus de manifestants dans la rue.&lt;/q&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En 1934, c'&#233;tait pour elle la derni&#232;re ann&#233;e d'activit&#233; professionnelle. &#201;lue con&#173;seill&#232;re d&#233;partementale par les institutrices de banlieue en 1907, devenue membre du bureau de la F&#233;d&#233;ration des Amicales en 1909, puis du Syndicat National en 1920, seule femme repr&#233;sentante du personnel primaire au Conseil Sup&#233;rieur de l'Instruction Publique, secr&#233;taire corporative du Syndicat National,&lt;i&gt; elle n'avait jamais aban&#173;donn&#233; son poste de directrice d'&#201;cole mater&#173;nelle&lt;/i&gt;, et tout naturellement elle se retira du bureau syndical en prenant sa retraite, se refusant, malgr&#233; de pressantes sollicitations &lt;i&gt;&#224; engager des actions auxquelles elle ne pouvait plus participer.&lt;/i&gt; Mais la retraite ne mit pas fin &#224; son activit&#233; militante. Elle anima longtemps la F&#233;d&#233;ration des Retrait&#233;s, fonda la &lt;i&gt;Coop&#233;rative des Maisons de retrai&#173;t&#233;s &lt;/i&gt; qu'elle pr&#233;sidait, et dirigeait effectivement jusqu'&#224; son entr&#233;e dans la clinique d'o&#249; elle ne devait plus sortir vivante. Premi&#232;re et derni&#232;re interruption dans une vie exclusi&#173;vement consacr&#233;e... aux autres... qui ne fut pas exempte de tourments, d'&#233;preuves phy&#173;siques douloureuses, que l'on d&#233;celait mal, car elle ne se plaignait jamais.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le miracle, c'est justement que cette femme de 91 ans restait tellement efficace que sa succession pose de graves probl&#232;mes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; &lt;/p&gt;
&lt;center&gt;&lt;i class=&#034;fa-asterisk fas&#034;&gt;&lt;/i&gt;&lt;/center&gt;
&lt;p&gt; &lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Tout cela para&#238;tra bien ordinaire, presque banal a nos amis. Les enseignants ne seront gu&#232;re &#233;mus par les r&#233;sultats obtenus pendant plus d'un demi-si&#232;cle d'action corpora&#173;tive. J'ai souvent formuler ce m&#233;pris de l'histoire et ce que les existentialistes appelleraient peut-&#234;tre &lt;q style=&#034;font-style: italic;&#034;&gt; la n&#233;antisation &lt;/q&gt; &lt;i&gt;du pass&#233;&lt;/i&gt;. Et je ne suis pas hostile &lt;i&gt;a priori&lt;/i&gt; a une philosophie qui implique la fatalit&#233; de la libert&#233;, d&#233;terminant un engagement constamment renouvel&#233;. Il est d'autre part incontestable que les vieux nostalgiques du &#171; bon temps &#187; d'autrefois, les &#171; honoraires &#187; opposant leurs exploits &#171; m&#233;morables &#187; aux pr&#233;tentions (?) des jeunes actifs, portent une lourde part de responsabilit&#233; dans la rupture entre g&#233;n&#233;rations, et justifient m&#234;me le d&#233;dain des militants d'aujourd'hui pour... &#171; les tableaux de famille &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais il ne s'agit pas d'opposer le pass&#233; au pr&#233;sent ; au contraire, il convient de lier le pass&#233; au pr&#233;sent dans un mouvement qui engage le futur, de soumettre &lt;i&gt;l'&#234;tre &lt;/i&gt; et &lt;i&gt;l'avant &#233;t&#233; &lt;/i&gt; au &lt;i&gt;devenir&lt;/i&gt;. M&#234;me si l'on veut faire &#171; table rase du pass&#233; &#187;, il convient de conna&#238;tre exactement ce que l'on veut abolir hors de soi et en soi. Il convient aussi d'appr&#233;cier le temps des luttes pass&#233;es et la valeur des succ&#232;s, peut-&#234;tre la permanence de questions provisoirement r&#233;solues.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce qui est justement &#233;difiant dans la vie militante de Marthe Pichorel, c'est que par son action personnelle, par l'effort des &#233;quipes dont elle fut l'une des animatrices, chaque &#233;tape fut close par un succ&#232;s in&#173;contestable : une &#233;num&#233;ration incompl&#232;te suffit pour illustrer ce propos :&lt;/p&gt;
&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;div class='spip_document_6188 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_right spip_document_right spip_document_avec_legende' data-legende-len=&#034;19&#034; data-legende-lenx=&#034;&#034;
&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href='https://www.partage-noir.fr/IMG/png/pauline_kergomard_circa_1900.png' class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/png&#034;&gt; &lt;img src='https://www.partage-noir.fr/local/cache-vignettes/L500xH647/pauline_kergomard_circa_1900-1b1d8.png?1774728291' width='500' height='647' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;figcaption class='spip_doc_legende'&gt; &lt;div class='spip_doc_descriptif '&gt;&lt;small&gt;Pauline Kergomard&lt;/small&gt;
&lt;/div&gt; &lt;/figcaption&gt;&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;
&lt;p&gt;1) assimilation des &lt;i&gt;institutrices d'&#233;coles maternelles&lt;/i&gt; aux institutrices primaires, ce qui assura l'efficacit&#233; p&#233;dagogique &#8211; &#224; longue port&#233;e &#8211; de l'&#233;ducation maternelle telle que Pauline Kergomard l'avait con&#231;ue.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;2)&lt;i&gt; &#201;galit&#233; de traitements&lt;/i&gt; entre institu&#173;teurs et institutrices, en vertu d'un principe qui est loin d'&#234;tre appliqu&#233; aujourd'hui dans toutes les administrations et dans toutes les industries de France et d'Europe.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;3) &lt;i&gt;Reclassement des int&#233;rimaires&lt;/i&gt; &#8211; Statut du personnel auxiliaire accordant &#224; celui-ci des garanties encore insuffisantes, mais lui assurant une situation sup&#233;rieure &#224; ceux de toutes les autres administrations.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;4)	&lt;i&gt;Reclassement de la fonction enseignante.&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;5)	&lt;i&gt;P&#233;r&#233;quation des pensions.&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce qui est &#233;difiant encore, ce qui n'est pas banal, c'est justement la dur&#233;e unique peut-&#234;tre d'une activit&#233; aussi pratique en 1968 qu'en 1907.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais ce qui est surtout &#233;difiant pour nous c'est que, engag&#233;e toute sa vie dans l'action corporative, Marthe Pichorel s'est parall&#232;le&#173;ment engag&#233;e dans une action sociale dont des gestes audacieux, insolites, soulign&#232;rent, en des tourments d&#233;cisifs, la constance et l'originalit&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;J'esp&#232;re avoir un jour le loisir de repren&#173;dre l'histoire du Syndicalisme universitaire depuis sa naissance jusqu'&#224; la Deuxi&#232;me Guerre mondiale. En fait, au d&#233;but du si&#232;cle il y eut deux mouvements parall&#232;les entre lesquels des ponts furent jet&#233;s par une &#233;quipe de militants r&#233;alistes et convaincus. L'amicalisme, au lendemain des troubles de l'affaire Dreyfus sortait du conformisme officiel et s'effor&#231;ait vers une d&#233;mocratisation des institutions administratives et universi&#173;taires. Le syndicalisme, qui dans ses vell&#233;it&#233;s de la fin du XIX&lt;sup class=&#034;typo_exposants&#034;&gt;e&lt;/sup&gt; si&#232;cle tendait surtout &#224; inclure le corporatisme dans les cadres de la loi de 1884, subissait apr&#232;s 1902 l'influ&#173;ence d'une CGT &#224; laquelle l'adh&#233;sion de la F&#233;d&#233;ration des Bourses du Travail et l'h&#233;ritage de Fernand Pelloutier conf&#233;&#173;raient son originalit&#233; et sa force de rayon&#173;nement. C'est un an avant la Charte d'Amiens, en 1905, que parut le Manifeste des instituteurs syndicalistes dont l'id&#233;e &#173;force &#233;tait bien la participation des ma&#238;tres d'&#233;cole &#224; la vie des Bourses de Travail. En 1912, &lt;i&gt;au congr&#232;s de Chamb&#233;ry&lt;/i&gt; l'adh&#233;sion au &lt;q style=&#034;font-style: italic;&#034;&gt;Sou du soldat&lt;/q&gt;, qui provoqua une campagne d'une violence inou&#239;e contre les instituteurs antimilitaristes et &lt;q style=&#034;font-style: italic;&#034;&gt;l'&#201;cole sans Dieu, ni patrie&lt;/q&gt;, n'&#233;tait, dans l'esprit de ses promoteurs qu'un geste presque symbo&#173;lique confirmant la haute ambition de 1905. On sait cependant que ce fut le pr&#233;texte &#224; une action gouvernementale et juridique qui atteignit l'organisation et surtout effraya de nombreux syndiqu&#233;s, d&#233;missionnant quel&#173;quefois par t&#233;l&#233;gramme ou pneumatique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Marthe Pichorel avait gagn&#233; en 1907, par son action, la confiance des institutrices qui l'&#233;lurent conseill&#232;re d&#233;partementale de la banlieue parisienne. Elle fut naturellement d&#233;l&#233;gu&#233;e aux congr&#232;s successifs de la F&#233;d&#233;&#173;ration des Amicales, que dirigeaient depuis 1909 des signataires du Manifeste syndicaliste &#8211; en particulier Louis Roussel et Emile Glay. Mais malgr&#233; ses tendances nettement affirm&#233;es, elle n'avait pas encore rejoint le &lt;i&gt;syndicat&lt;/i&gt;. Dans son courrier en 1912, le secr&#233;taire du syndicat de la Seine sous un tas de lettres de d&#233;mission, d&#233;cou&#173;vrait une lettre d'adh&#233;sion. &lt;i&gt;Celle de Marthe Pichorel affirmant d&#233;lib&#233;r&#233;ment sa solidarit&#233; avec les congressistes de Chamb&#233;ry. &lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; &lt;/p&gt;
&lt;center&gt;&lt;i class=&#034;fa-asterisk fas&#034;&gt;&lt;/i&gt;&lt;/center&gt;
&lt;p&gt; &lt;/p&gt;
&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;div class='spip_document_6189 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_left spip_document_left'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href='https://www.partage-noir.fr/IMG/jpg/jean_de_saint-prix.jpg' class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/jpeg&#034;&gt; &lt;img src='https://www.partage-noir.fr/local/cache-vignettes/L500xH777/jean_de_saint-prix-744da.jpg?1774728291' width='500' height='777' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;
&lt;p&gt;On a peut-&#234;tre oubli&#233; la place importante prise d&#232;s 1915, par la &lt;i&gt;F&#233;d&#233;ration des Syn&#173;dicats d'Instituteurs&lt;/i&gt;, dans la minorit&#233; syndicale hostile &#224; la politique d'Union sacr&#233;e. On ignore sans doute que d&#233;j&#224; quelques femmes avaient manifest&#233; leur haine de la guerre et constitu&#233; le premier groupement pacifiste... &#233;videmment clandestin qui se r&#233;unissait dans une &#233;cole de la rue Fondary. Parmi elles : Berthe Duchene, Madame de Saint-Prix (la fille du pr&#233;sident Loubet, la m&#232;re de l'admirable militant libertaire Jean de Saint-Prix mort tuberculeux en 1918), Lara (soci&#233;taire de la Com&#233;die Fran&#231;aise, m&#232;re d'Autant-Lara), S&#233;verine (digne de son ma&#238;tre Jules Vall&#232;s), Nelly Roussel (la grande oratrice libertaire), Marguerite The&#173;venet (qui devint la compagne d'Alfred Rosmer)... et des institutrices : Julia Ber&#173;trand (enferm&#233;e dans un camp de concen&#173;tration, d&#232;s ao&#251;t 1914), Louise Saumoneau qui anima la minorit&#233; zimmervaldienne au sein du Parti Socialiste), Lucie Colliard, Marie Mayoux, Gabrielle Bouet, H&#233;l&#232;ne Brion, No&#233;ly Drous, Henriette Izambart, Marthe Bigot... qui presque toutes furent atteintes pendant et apr&#232;s la guerre par la r&#233;pression. Marthe Pichorel &#233;tait avec elles. Et en 1919, le petit groupe de jeunes paci&#173;fistes que nous avions constitu&#233;, rue Dupetit&#173;-Thouard, faisait appel &#224; Marthe Pichorel, apr&#232;s Marthe Bigot et H&#233;l&#232;ne Brion, celle-ci &#224; peine sortie de prison.&lt;/p&gt;
&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;div class='spip_document_6190 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center spip_document_avec_legende' data-legende-len=&#034;52&#034; data-legende-lenx=&#034;x&#034;
&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href='https://www.partage-noir.fr/IMG/jpg/helene_brion__15232341588___cropped_.jpg' class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/jpeg&#034;&gt; &lt;img src='https://www.partage-noir.fr/local/cache-vignettes/L500xH327/helene_brion__15232341588___cropped_-287c8.jpg?1774728291' width='500' height='327' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;figcaption class='spip_doc_legende'&gt; &lt;div class='spip_doc_descriptif '&gt;&lt;small&gt;H&#233;l&#232;ne Brion devant le Conseil de guerre, en 1918.&lt;/small&gt;
&lt;/div&gt; &lt;/figcaption&gt;&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;
&lt;p&gt;Marthe Pichorel avait adh&#233;r&#233; avant la guerre au parti socialiste, elle se retrouva au parti communiste en 1920 jusqu'&#224; la bolchevisation de 1924. Etait-ce par choix doctrinal ? Je n'en suis pas certain. Elle voulait surtout retrouver dans sa commune les ouvriers r&#233;volutionnaires. Au concierge de son &#233;cole, naturellement affili&#233; au parti poss&#233;dant la municipalit&#233;, un peu g&#234;n&#233; par cette &#171; dame &#187; qu'il pouvait retrouver dans les r&#233;unions de partisans, elle disait en souriant : &lt;q style=&#034;font-style: italic;&#034;&gt;Pour vous, jusqu'&#224; 18 h, je suis la Directrice, &#224; 18 h 05, je ne suis plus que la camarade Pichorel&lt;/q&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; &lt;/p&gt;
&lt;center&gt;&lt;i class=&#034;fa-asterisk fas&#034;&gt;&lt;/i&gt;&lt;/center&gt;
&lt;p&gt; &lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La scission conf&#233;d&#233;rale de 1922 se produisit alors que l'on n'avait pas r&#233;solu le probl&#232;me de la fusion du Syndicat national (prolongement de la F&#233;d&#233;ration des Amica&#173;les) et la vieille F&#233;d&#233;ration de l'Enseigne&#173;ment. Le choix impos&#233; fut en fait assez d&#233;concertant. Le Syndicat national prit place dans la CGT dite r&#233;formiste ; la F&#233;d&#233;ration rallia la CGTU. Mais &#8211; et cela vaudrait une explication plus longue &#8211; par une anomalie paradoxale : Louis Roussel. Mar&#173;the Pichorel, Georges Lapierre, militants repr&#233;sentatifs du Syndicat national, main&#173;tinrent leur adh&#233;sion &#224; la F&#233;d&#233;ration. Nous f&#251;mes quelques-uns &#224; les imiter, r&#233;alisant ainsi l'unit&#233; syndicale... dans notre porte&#173;-cartes. La bolchevisation corrompant le vieux syndicat de la Seine, nous obligea en 1929 &#224; un choix particuli&#232;rement doulou&#173;reux.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En 1930, la scission conf&#233;d&#233;rale prolon&#173;geait ses tristes effets, alors que les s&#233;quelles de la crise catastrophique mondiale, d&#233;cha&#238;&#173;n&#233;e &#224; New York en 1929, atteignaient l'Europe et la France. La vieille CGT dite r&#233;formiste, tr&#232;s faible dans les industries priv&#233;es, s'&#233;tait renforc&#233;e dans les services publics. La CGTU s'affaiblissait chaque jour davantage. Maurice Chambelland prit, approuv&#233; par Pierre Monatte, l'initiative d'un rassemblement de &lt;i&gt;22 manifestants conf&#233;d&#233;r&#233;s, unitaires et autonomes&lt;/i&gt; lan&#231;ant une campagne pour &lt;i&gt;l'Unit&#233; syndicale&lt;/i&gt;. Que Monatte, Chambelland et naturellement tout le noyau de la &lt;i&gt;R&#233;volution Prol&#233;tarienne &lt;/i&gt; (dont j'&#233;tais membre) fussent parmi les premiers signataires, avec les leaders de la minorit&#233; &#171; anarcho-syndicaliste &#187; de la CGTU et quelques militants de la &lt;i&gt;F&#233;d&#233;ra&#173;tion autonome des Fonctionnaires&lt;/i&gt;, c'&#233;tait normal et ne causa aucune surprise. Le &#171; sensationnel &#187;... c'&#233;tait l'adh&#233;sion d'impor&#173;tants militants de la CGT... qui gardait depuis la scission la structure d'une cita&#173;delle dress&#233;e contre les tentatives de noyau&#173;tage communiste. Deux noms significatifs, ceux de Dumoulin et de Digat... sinc&#232;re&#173;ment acquis &#224; l'id&#233;e d'unit&#233;, avec peut-&#234;tre l'arri&#232;re pens&#233;e d'&#233;branler l'autorit&#233; du pesant &#233;tat-major conf&#233;d&#233;ral.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Marthe Pichorel, tr&#232;s simplement, adh&#233;ra d&#232;s sa constitution au fameux Comit&#233; des 22... Elle n'y voyait pas autre chose que le moyen de reconstituer l'unit&#233; ouvri&#232;re. Elle voulait, comme Pierre Monatte et nous, &lt;br class='autobr' /&gt;
&lt;i&gt;l'unit&#233; pour l'unit&#233;. &lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Et c'est peut-&#234;tre en cela qu'elle &#233;tait encore exceptionnelle. En m&#233;ditant sur la longue vie de cette amie, dont l'affection discr&#232;te et d&#233;licate nous fut si pr&#233;cieuse &#224; chaque &#233;preuve qui nous meurtrit, je me demande si une sorte de g&#233;n&#233;reuse na&#239;vet&#233; n'&#233;tait pas sa qualit&#233; dominante. De 1930 &#224; 1968, dans les trag&#233;dies que nous avons v&#233;cues, j'ai toujours rencontr&#233; chez elle, jusqu'&#224; la fin, la m&#234;me &#171; noble candeur &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;div class='spip_document_6192 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_right spip_document_right spip_document_avec_legende' data-legende-len=&#034;17&#034; data-legende-lenx=&#034;&#034;
&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='https://www.partage-noir.fr/local/cache-vignettes/L192xH263/images-9813f.jpg?1774698218' width='192' height='263' alt='' /&gt;
&lt;figcaption class='spip_doc_legende'&gt; &lt;div class='spip_doc_descriptif '&gt;&lt;small&gt;Marthe Pichorel &lt;/small&gt;
&lt;/div&gt; &lt;/figcaption&gt;&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;
&lt;p&gt;Lib&#233;r&#233;e des pr&#233;jug&#233;s de sa classe d'ori&#173;gine, portant le poids de longues et mul&#173;tiples exp&#233;riences, servant de cible, sans que cela troubl&#226;t sa s&#233;r&#233;nit&#233;, aux impr&#233;ca&#173;tions de vieux r&#233;actionnaires, aux injures de pitres professionnels (tel ce lamentable Ren&#233; Benjamin), aux quolibets m&#233;prisables de boulevardiers d&#233;cadents, elle gardait sa confiance dans une humanit&#233; fraternelle, semblait toujours &#233;tonn&#233;e par l'hypocrisie, la fourberie, les sordides d&#233;faillances. C'est cette constante jeunesse de c&#339;ur, qui se traduisait encore, sur son lit de mort, par un sourire aimable que ses souffrances physiques ne d&#233;formaient pas. Et c'&#233;tait peut&#173;-&#234;tre, avant sa disparition, la joie tranquille de quelqu'un qui avait parfaitement rempli ,sa t&#226;che et qui &lt;q style=&#034;font-style: italic;&#034;&gt;sortait de la vie, comme d'un banquet... o&#249; furent convi&#233;s toutes les victimes&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb3&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Ayant rencontr&#233; par hasard Jehan Rictus, alors que le vieux po&#232;te des (&#8230;)&#034; id=&#034;nh3&#034;&gt;3&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;, tous les humbles... et tous leurs amis...&lt;/q&gt; !&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;hr /&gt;
		&lt;div class='rss_notes'&gt;&lt;div id=&#034;nb1&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh1&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 1&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;1&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;(Rien dans les bulletins d&#233;partementaux de la r&#233;gion parisienne. &lt;i&gt;La R&#233;volution prol&#233;tarienne&lt;/i&gt; a publi&#233; le texte presque in-extenso de mon allocution... Seule dans la presse &#224; consacrer un article &#224; Marthe Pichorel&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;2&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;(La tendresse de Louise Michel &#233;tait bien connue. Celle de Rose Luxembourg appara&#238;t, d'une lucide et innocente humanit&#233;, dans ses &#171; Lettres de la Prison &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb3&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh3&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 3&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;3&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;Ayant rencontr&#233; par hasard Jehan Rictus, alors que le vieux po&#232;te des S&lt;i&gt;oliloques du Pauvre&lt;/i&gt;, oubli&#233;, d&#233;sabus&#233;, ayant reni&#233; son anarchisme de jeunesse, se tra&#238;nait vers une fin presque mis&#233;rable, elle lui apporta le r&#233;confort de son amiti&#233;, alors qu 'il demeurait isol&#233;, abandonn&#233; par tous ceux qui avaient mis&#233; sur ses succ&#232;s.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		
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		<title>Pierre Monatte (1881-1960) : un sage qui fut naturellement h&#233;ro&#239;que</title>
		<link>https://www.partage-noir.fr/pierre-monatte-1881-1960-un-sage-qui-fut-naturellement-heroique</link>
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		<dc:date>2022-06-22T22:05:00Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Roger Hagnauer</dc:creator>


		<dc:subject>Pierre Monatte</dc:subject>
		<dc:subject>&lt;i&gt;Le Monde Libertaire&lt;/i&gt;</dc:subject>
		<dc:subject>Archives du Monde libertaire</dc:subject>

		<description>&lt;p&gt;Bachelier, maitre d'internat, d&#233;j&#224; suspect pour ses lectures insolites et ses fr&#233;quentations dangereuses, il vient &#224; Paris, et en 1902 il entre comme correcteur dans un atelier d'imprimerie et adh&#232;re imm&#233;diatement &#224; la F&#233;d&#233;ration du Livre. Jusqu'&#224; sa retraite en 1952, il resta dans son atelier ; jusqu'&#224; sa mort il ajouta chaque ann&#233;e une carte syndicale &#224; la collection ouverte &#224; l'&#226;ge de dix-neuf ans.&lt;/p&gt;

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&lt;a href="https://www.partage-noir.fr/-le-monde-libertaire-no63-octobre-1960-" rel="directory"&gt;Le Monde Libertaire n&#176;63 - Octobre 1960&lt;/a&gt;

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&lt;a href="https://www.partage-noir.fr/+-archives-du-monde-libertaire-+" rel="tag"&gt;Archives du Monde libertaire&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;img src='https://www.partage-noir.fr/local/cache-vignettes/L150xH84/arton1116-c3476.jpg?1774800580' class='spip_logo spip_logo_right' width='150' height='84' alt=&#034;&#034; /&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;Bachelier, maitre d'internat, d&#233;j&#224; suspect pour ses lectures insolites et ses fr&#233;quentations dangereuses, il vient &#224; Paris, et en 1902 il entre comme correcteur dans un atelier d'imprimerie et adh&#232;re imm&#233;diatement &#224; la F&#233;d&#233;ration du Livre. Jusqu'&#224; sa retraite en 1952, il resta dans son atelier ; jusqu'&#224; sa mort il ajouta chaque ann&#233;e une carte syndicale &#224; la collection ouverte &#224; l'&#226;ge de dix-neuf ans.&lt;/p&gt;
&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;div class='spip_document_1422 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_right spip_document_right spip_document_avec_legende' data-legende-len=&#034;16&#034; data-legende-lenx=&#034;&#034;
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&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href='https://www.partage-noir.fr/IMG/jpg/pierre_monatte_ca_1915.jpg' class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/jpeg&#034;&gt; &lt;img src='https://www.partage-noir.fr/local/cache-vignettes/L150xH216/pierre_monatte_ca_1915-4fa20-722a8.jpg?1774730869' width='150' height='216' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;figcaption class='spip_doc_legende'&gt; &lt;div class='spip_doc_descriptif '&gt;&lt;small&gt;Pierre Monatte&lt;/small&gt;
&lt;/div&gt; &lt;/figcaption&gt;&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;
&lt;p&gt;Bien sur, le vieux forgeron auvergnat avait pu croire que son fils Pierre &#233;tait victime de ses mauvaises lectures et fr&#233;quentations (aucun homme, &#224; ma connaissance, ne profitait mieux que Pierre de ce qu'il lisait et de ce qu'il entendait, aucun esprit n'&#233;tait plus r&#233;ceptif que le sien). Mais, par-del&#224; une masse de connaissances acquises, soigneusement enregistr&#233;es, assembl&#233;es et class&#233;es, Pierre gardait le sens ouvrier et paysan, une instruction qui le rendait aussi sensible aux r&#233;actions des forgerons de village qu'&#224; celles des foules ouvri&#232;res parisiennes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Nous avons rencontr&#233; des r&#233;volutionnaires sinc&#232;res, cherchant les aventures par vocation inn&#233;e et s'engageant dans toute bataille insurrectionnelle comme dans une performance sportive. Pierre Monatte &#233;tait aussi peu aventurier et sportif que possible. Son courage physique et moral semblait si naturel et normal qu'on ne lui a jamais laiss&#233; de place sur le palmar&#232;s des actions d'&#233;clat. C'est l'occasion qui fait le h&#233;ros, dit-on quelquefois. C'est-&#224;-dire que la circonstance extraordinaire r&#233;v&#232;le des qualit&#233;s exceptionnelles et insoup&#231;onn&#233;es. Avec Pierre Monatte, rien de pouvait paraitre extraordinaire ou exceptionnel. Selon le t&#233;moignage de Romain Rolland, &lt;q style=&#034;font-style: italic;&#034;&gt; Il &#233;tait de ceux, tr&#232;s rares, qui agissent comme ils parlent, qui parlent comme ils pensent. &lt;/q&gt; L'occasion d'un jour, dans son cas, n'a jamais &#171; fait &#187; le h&#233;ros. Il pensait, parlait, agissait ce jour-l&#224; comme la veille et cela suffisait pour qu'il soit presque seul. Ici, c'est le h&#233;ros de tous les jours&#8230; qui a &#171; fait &#187; l'occasion de se singulariser.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Car, il y eut tout de m&#234;me quelques coupures dans cette continuit&#233;. Collaborateur de &lt;i&gt;Pages libres&lt;/i&gt; et des &lt;i&gt;Temps nouveaux&lt;/i&gt;, il avait particip&#233; au congr&#232;s de la CGT de Bourges (1904) qui d&#233;cida l'historique 1&lt;sup class=&#034;typo_exposants&#034;&gt;er&lt;/sup&gt; Mai 1906 et au non moins historique congr&#232;s d'Amiens (1906) qui vota la Charte du syndicalisme, &#224; laquelle nous demeurons fid&#232;les. Il &#233;tait l'un des derniers survivants du syndicalisme de 1906.&lt;/p&gt;
&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;div class='spip_document_100 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_left spip_document_left spip_document_avec_legende' data-legende-len=&#034;19&#034; data-legende-lenx=&#034;&#034;
&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='https://www.partage-noir.fr/local/cache-vignettes/L150xH230/fritz_brupbacher_2-6dc32-3126e.jpg?1774730869' width='150' height='230' alt='' /&gt;
&lt;figcaption class='spip_doc_legende'&gt; &lt;div class='spip_doc_descriptif '&gt;&lt;small &gt;Fritz Brupbacher.&lt;/small&gt;
&lt;/div&gt; &lt;/figcaption&gt;&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;
&lt;p&gt;Impliqu&#233; dans le fameux complot&#8230; anarcho-bonapartiste (?!) imagin&#233; par Clemenceau, emprisonn&#233; une premi&#232;re fois, il s'exila en Suisse pour &#233;chapper &#224; de nouvelles poursuites et y rencontra celui qu'il influen&#231;a profond&#233;ment, le m&#233;decin de Zurich : Fritz Brupbacher, d&#233;j&#224; h&#233;r&#233;tique dans la social-d&#233;mocratie, plus tard h&#233;r&#233;tique dans le communisme, qui a consacr&#233; &#224; Monatte une de ses premi&#232;res productions et &#224; Jules Vall&#232;s, une de ces derni&#232;res.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La deuxi&#232;me coupure se produisit en 1914. Monatte fut le premier &#224; prendre position contre la politique d'Union Sacr&#233;e &#224; laquelle s'&#233;tait soumise la direction de la CGT. Sa lettre de d&#233;mission du comit&#233; f&#233;d&#233;ral (d&#233;cembre 1914) reste pour nous un v&#233;ritable monument historique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Porte-parole de la minorit&#233; aux congr&#232;s de la CGT, il avait salu&#233; la R&#233;volution russe d'octobre dans laquelle il voyait le prolongement de la Conf&#233;rence internationale de Zimmerwald tenue en 1915. La troisi&#232;me coupure se produisit en 1920 lorsqu'il fut impliqu&#233; dans le grand complot mont&#233; par le gouvernement du bloc national &#224; la suite des gr&#232;ves g&#233;n&#233;ralis&#233;es de cette ann&#233;e-l&#224;. Il sortit de prison, acquitt&#233; avec tous ses &#171; complices &#187; un an plus tard. Il devait alors diriger la page sociale de &lt;i&gt;L'Humanit&#233;&lt;/i&gt;, au lendemain de la scission conf&#233;d&#233;rale consomm&#233;e en 1922. Il quitta cette maison, o&#249; il ne se sentait gu&#232;re &#224; son aise, une premi&#232;re fois, lorsque les politiciens &#224; la Frossard tent&#232;rent de dresser le nouveau parti contre la R&#233;volution russe. Il la quitta d&#233;finitivement en 1924, lorsque &lt;i&gt;L'Humanit&lt;/i&gt;&#233;, le Parti, la CGTU, eurent &#233;t&#233; colonis&#233;s par les agents de Staline.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Et pendant trente-cinq ans sa vie a repris son cours normal. C'est-&#224;-dire qu'il ne sortait de l'atelier que pour consacrer au mouvement ouvrier son intuition presque g&#233;niale, sa vigilance et sa rigoureuse probit&#233;. Il fut l'inspirateur et le guide de tous ceux qui accept&#232;rent de &#171; remonter le courant &#187;&#8230; avec plus ou moins de t&#233;nacit&#233;, jamais autant de constance et de confiance que lui.&lt;/p&gt;
&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;div class='spip_document_1423 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_right spip_document_right'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href='https://www.partage-noir.fr/IMG/jpg/la_revolution_proletarienne___revue_____bpt6k6230761m_9.jpg' class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/jpeg&#034;&gt; &lt;img src='https://www.partage-noir.fr/local/cache-vignettes/L150xH221/la_revolution_proletarienne___revue_____bpt6k6230761m_9-4ea2a-8b3fe.jpg?1774730869' width='150' height='221' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;
&lt;p&gt;Le terme de survivant du syndicalisme de 1906 le d&#233;finit mal. Il ne fut jamais l'homme du mouvement, fid&#232;le sans doute aux formules qui avaient assur&#233; depuis Amiens l'unit&#233; du syndicalisme ouvrier par l'ind&#233;pendance totale et l'espoir r&#233;volutionnaire. En 1914, avant la guerre, il proclamait que l'action par soi-m&#234;me &lt;q style=&#034;font-style: italic;&#034;&gt; la lib&#233;ration des travailleurs par les travailleurs eux-m&#234;mes, r&#233;clamait l'&#233;nergie, la t&#233;nacit&#233;, la foi de la classe ouvri&#232;re en ses destin&#233;es&lt;/q&gt;. Tout cela &#233;tait ruin&#233; par l'id&#233;e d'une r&#233;volution politique qui &lt;q style=&#034;font-style: italic;&#034;&gt;tomberait soudain sur la soci&#233;t&#233; comme un voleur dans la nuit [&#8230;].&lt;/q&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;J'ai d&#233;j&#224; signal&#233; que la doctrine de Pierre Monatte se r&#233;sumait parfaitement dans les titres des deux revues qu'il a fond&#233;es : &lt;i&gt;La Vie ouvri&#232;re&lt;/i&gt; (de 1909 &#224; 1914), &lt;i&gt;La R&#233;volution prol&#233;tarienne &lt;/i&gt; (depuis 1925).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;La Vie ouvri&#232;re&lt;/i&gt;, car c'est elle qui porte l'espoir r&#233;volutionnaire. &lt;i&gt;La R&#233;volution prol&#233;tarienne&lt;/i&gt;, car la r&#233;volution doit &#234;tre faite par et pour les prol&#233;taires. Il n'a jamais &#233;t&#233; question pour lui de soumettre la vie politique &#224; l'id&#233;ologie r&#233;volutionnaire &#8212;ni de d&#233;tacher de la classe ouvri&#232;re une fraction que l'on qualifiera de prol&#233;tariat r&#233;volutionnaire, afin qu'elle se laisse plus facilement encadrer par les professionnels de la r&#233;volution&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pendant l'entre-deux-guerres, pendant la guerre, depuis la Lib&#233;ration, les campagnes que nous avons men&#233;es sous son inspiration morale s'inspir&#232;rent de ce double esprit.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il y eut sans doute l'opposition irr&#233;ductible au stalinisme&#8230; usurpateur, puis &#171; liquidateur &#187; des conqu&#234;tes et des hommes d'octobre 1917, enfin imp&#233;rialisme monstrueux, sanguinaire et r&#233;actionnaire. La lutte pour l'unit&#233; syndicale, l'unit&#233; ouvri&#232;re, l'unit&#233; pour l'unit&#233;, car il faut &#171; refaire &#187; une classe ouvri&#232;re, Monatte fut l'un des premiers &#224; soutenir le mouvement pour l'unit&#233; d'un syndicalisme d&#233;mocratique, lanc&#233; par Lapeyre, Forestier et Pastre.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La lutte contre le colonialisme. &lt;i&gt;La R&#233;volution prol&#233;tarienne &lt;/i&gt; peut s'honorer d'avoir &#233;t&#233; la premi&#232;re &#224; tirer de l'ombre les noms de Nehru, du Vietnam, de Messali-Hadj&#8230; alors que la proscription frappait les pionniers de la lib&#233;ration des peuples colonis&#233;s.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La lutte contre la rationalisation qui avilit l'homme dans l'ouvrier, comme le stalinisme avilit l'homme dans le militant.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Tandis que sous la froide coupole du Colombarium nous attendions dans un silence oppressant que se consum&#226;t le corps de notre vieux guide, je regardais autour de moi les visages pr&#233;sents. Il y avait l&#224; des hommes et des femmes &#224; qui Monatte n'avait pas toujours m&#233;nag&#233; les critiques et les brutales objurgations. Il y avait aussi nombre d'amis libertaires.&lt;/p&gt;
&lt;center&gt; &lt;span style=&#034;font-size:1.2em&#034;&gt; &lt;strong&gt;***&lt;/strong&gt; &lt;/span&gt; &lt;/center&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;div class='spip_document_1424 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_left spip_document_left spip_document_avec_legende' data-legende-len=&#034;16&#034; data-legende-lenx=&#034;&#034;
&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='https://www.partage-noir.fr/local/cache-vignettes/L150xH127/1008934-pierre_monatte-01fea-95bab.jpg?1774730869' width='150' height='127' alt='' /&gt;
&lt;figcaption class='spip_doc_legende'&gt; &lt;div class='spip_doc_descriptif '&gt;&lt;small&gt;Pierre Monatte&lt;/small&gt;
&lt;/div&gt; &lt;/figcaption&gt;&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;
&lt;p&gt;Quoi que l'on ait pu &#233;crire, quoi que l'on ait pu penser au cours des soubresauts de notre mouvement, Monatte n'a jamais reni&#233; ses origines anarchistes. C'est au congr&#232;s d'Amsterdam en 1907, &#224; vingt-cinq ans, que s'opposant au grand Malatesta, il avait d&#233;fini magistralement le syndicalisme r&#233;volutionnaire comme la seule voie ouverte &#224; ceux qui veulent cr&#233;er les institutions ouvri&#232;res au sein de la soci&#233;t&#233; bourgeoise, afin de remplacer et d'abattre l'&#201;tat centralisateur.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais c'est encore plus par la noblesse de son humanit&#233; et de sa morale qu'il a t&#233;moign&#233; de la pr&#233;sence d'&#171; intrus &#187; dans un monde soumis &#224; l'oppression et &#224; l'exploitation &#8212;d'hommes comme lui, qui &#171; n'ont jamais voulu &#234;tre des chefs &#187;, et qui par la dignit&#233; de leur vie ouvri&#232;re, justifient nos espoirs dans une fin digne d'une soci&#233;t&#233; d'hommes libres.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On a compar&#233; Monatte &#224; Jules Vall&#232;s. Par ses origines, sa formation, son style, il m&#233;rite un tel rapprochement.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais, c'est surtout de Fernand Pelloutier qu'il se r&#233;clamait &#8212;de l'homme qui voulut d'abord &#234;tre un organisateur et aussi et surtout un amant passionn&#233; de la culture de soi-m&#234;me.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Alors que tant de &#171; grands hommes &#187; ou vrais ou faux ne cessent de dire&#8230; &#171; Faites-moi confiance ! &#187;&#8230; Pierre Monatte n'a cess&#233; de nous r&#233;p&#233;ter : il faut que les ouvriers reprennent confiance en eux-m&#234;mes !&#8230; Chaque fois que nous lui disions &lt;q style=&#034;font-style: italic;&#034;&gt; tu devrais prendre cela en mains &lt;/q&gt;, il nous r&#233;pondait avec humour : &lt;q style=&#034;font-style: italic;&#034;&gt;Si vous vous preniez un peu par la main !&lt;/q&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Et c'est en cela que ce vieil ouvrier, ce militant &#171; sans galons &#187; ce grand bonhomme qui, pour rester &#171; quelqu'un &#187; n'a jamais voulu &#234;tre quelque chose, fut pour notre g&#233;n&#233;ration, pendant quarante ans, le plus efficace des &#233;ducateurs.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
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