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		<title>PARTAGE NOIR</title>
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		<title>[06] La politique &amp; la langue anglaise : Des mots sans signification </title>
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		<dc:date>2019-11-19T23:02:00Z</dc:date>
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		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>George Orwell</dc:creator>


		<dc:subject>George Orwell</dc:subject>

		<description>&lt;p&gt;Dans certaines sortes d'&#233;crit, en particulier en critique d'art et en critique litt&#233;raire, il est courant de rencontrer de longs passages qui sont presque enti&#232;rement d&#233;nu&#233;s de sens.&lt;/p&gt;

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&lt;a href="https://www.partage-noir.fr/+-george-orwell-+" rel="tag"&gt;George Orwell&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;img src='https://www.partage-noir.fr/local/cache-vignettes/L150xH75/arton240-c55ca.jpg?1774698012' class='spip_logo spip_logo_right' width='150' height='75' alt=&#034;&#034; /&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;Dans certaines sortes d'&#233;crit, en particulier en critique d'art et en critique litt&#233;raire, il est courant de rencontrer de longs passages qui sont presque enti&#232;rement d&#233;nu&#233;s de sens. Des mots tels que : &lt;i&gt;romantique, valeurs plastiques, humain, mort, sentimental, vitalit&#233; naturelle&lt;/i&gt;, comme ils sont utilis&#233;s par la critique d'art, n'ont strictement aucune signification, en ce sens que non seulement ils ne d&#233;signent rien de pr&#233;cis, mais aussi que le lecteur ne s'attend presque jamais &#224; ce qu'ils signifient quelque chose. Quand un critique &#233;crit : &lt;q style=&#034;font-style: italic;&#034;&gt;La caract&#233;ristique saillante de l'&#339;uvre de M. X est son caract&#232;re vivant&lt;/q&gt;, tandis qu'un autre &#233;crit : &lt;q style=&#034;font-style: italic;&#034;&gt;La chose qui frappe imm&#233;diatement dans l'&#339;uvre de M. X est une particuli&#232;re absence de vie&lt;/q&gt; le lecteur accepte ces points de vue comme de simples diff&#233;rences d'opinion. S'il s'agissait de mots tels que noir ou blanc, au lieu des mots de jargon vivant et absence de vie, il verrait aussit&#244;t que la langue a &#233;t&#233; utilis&#233;e de fa&#231;on impropre. Beaucoup de mots politiques sont de ce genre. Le mot fascisme n'a maintenant aucune signification, sauf dans la mesure o&#249; il signifie quelque chose de non d&#233;sirable. Les mots : &lt;i&gt;d&#233;mocratie&lt;/i&gt;, &lt;i&gt;socialisme&lt;/i&gt;, &lt;i&gt;libert&#233;&lt;/i&gt;, &lt;i&gt;patriotique&lt;/i&gt;, &lt;i&gt;r&#233;aliste&lt;/i&gt;, &lt;i&gt;justice&lt;/i&gt; ont chacun divers sens qui se contredisent. Dans le cas du mot d&#233;mocratie, non seulement il n'y a aucune d&#233;finition sur laquelle tout le monde s'accorde, mais la tentative d'en cr&#233;er une rencontre des r&#233;sistances de tous les c&#244;t&#233;s. On admet presque universellement que quand on parle d'un pays &#171; d&#233;mocratique &#187;, c'est un compliment ; par cons&#233;quent les d&#233;fenseurs de n'importe quel r&#233;gime proclament que c'est une d&#233;mocratie et se sentiraient contraints de cesser d'utiliser ce mot s'il avait un sens pr&#233;cis. Les mots de ce genre sont souvent utilis&#233;s d'une fa&#231;on sciemment malhonn&#234;te. C'est-&#224;-dire que la personne qui les utilise a sa propre d&#233;finition, mais laisse son auditeur penser qu'il veut dire quelque chose de tout &#224; fait diff&#233;rent. Les affirmations telles que &lt;q style=&#034;font-style: italic;&#034;&gt;Le Mar&#233;chal P&#233;tain &#233;tait un vrai patriote&lt;/q&gt;, &lt;q style=&#034;font-style: italic;&#034;&gt;La presse sovi&#233;tique est la plus libre du monde&lt;/q&gt;, &lt;q style=&#034;font-style: italic;&#034;&gt;L'Eglise catholique est oppos&#233;e &#224; la pers&#233;cution&lt;/q&gt; sont presque toujours prononc&#233;es dans l'intention de tromper. D'autres mots sont utilis&#233;s dans des sens tr&#232;s divers, la plupart du temps plus ou moins malhonn&#234;tement : &lt;i&gt;classe&lt;/i&gt;, &lt;i&gt;totalitaire&lt;/i&gt;, &lt;i&gt;science&lt;/i&gt;, &lt;i&gt;progressiste&lt;/i&gt;, &lt;i&gt;r&#233;actionnaire&lt;/i&gt;, &lt;i&gt;bourgeois&lt;/i&gt;, &lt;i&gt;&#233;galit&#233;&lt;/i&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Maintenant que j'ai donn&#233; ce catalogue de filouteries et de perversions, laissez-moi donner un autre exemple de la sorte d'&#233;crits auxquels elles ont conduit. C'est par nature un exemple imaginaire. Je vais traduire en anglais de la pire esp&#232;ce un passage &#233;crit en bon anglais. Voici un vers connu de&lt;i&gt; l'Eccl&#233;siaste&lt;/i&gt; :&lt;/p&gt;
&lt;blockquote class=&#034;spip&#034;&gt;
&lt;p&gt;
Je me retournai et vis que sous le soleil la course ne va pas au plus rapide, ni la bataille au plus puissant, ni m&#234;me le pain au plus sage, pas plus que les richesses ne vont aux gens de grande compr&#233;hension, ni les faveurs aux hommes habiles ; mais l'occasion peut s'offrir &#224; tous.&lt;/p&gt;
&lt;/blockquote&gt;
&lt;p&gt;Voici en anglais moderne :&lt;/p&gt;
&lt;blockquote class=&#034;spip&#034;&gt;
&lt;p&gt;
Des consid&#233;rations objectives sur des ph&#233;nom&#232;nes contemporains am&#232;nent &#224; la conclusion que le succ&#232;s ou l'&#233;chec dans des activit&#233;s concurrentielles ne r&#233;v&#232;lent aucune tendance &#224; l'existence d'un rapport avec les capacit&#233;s inn&#233;es ; mais qu'un &#233;l&#233;ment &#233;norme d'impr&#233;visibilit&#233; doit invariablement &#234;tre pris en consid&#233;ration.&lt;/p&gt;
&lt;/blockquote&gt;
&lt;p&gt; Ceci est une parodie, mais elle n'est pas grossi&#232;re. L'exemple n&#176;3 contient divers morceaux de la m&#234;me eau. On voit que je n'ai pas fait une traduction compl&#232;te. Le d&#233;but et la fin de la phrase suivent la signification originale d'assez pr&#232;s, mais au milieu les illustrations concr&#232;tes &#8212; course, bataille, pain &#8212; se dissolvent dans une expression vague : &lt;q style=&#034;font-style: italic;&#034;&gt;le succ&#232;s ou l'&#233;chec dans des activit&#233;s de comp&#233;tition&lt;/q&gt;. Il le fallait, car aucun &#233;crivain moderne du genre dont je parle &#8212; c'est-&#224;-dire capable d'utiliser des expressions telles que &lt;q style=&#034;font-style: italic;&#034;&gt;des consid&#233;rations objectives sur des ph&#233;nom&#232;nes contemporains&lt;/q&gt; &#8212; ne classerait ses pens&#233;es de cette fa&#231;on pr&#233;cise et d&#233;taill&#233;e. La tendance g&#233;n&#233;rale de la prose moderne est &#224; l'oppos&#233; du concret. Maintenant analysez ces deux phrases d'un peu plus pr&#232;s. La premi&#232;re contient 49 mots mais seulement 60 syllabes, et tous ces mots proviennent de la vie courante. La seconde contient 38 mots et 90 syllabes : 18 de ces mots sont d'origine latine, et un de racine grecque&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb1&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Tout cela dans l'original anglais, bien entendu.&#034; id=&#034;nh1&#034;&gt;1&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;. La premi&#232;re phrase contient 6 images frappantes et une seule tournure qui retienne l'attention (&lt;q style=&#034;font-style: italic;&#034;&gt;l'occasion peut s'offrir&lt;/q&gt;) qui pourrait &#234;tre qualifi&#233;e de vague. La seconde ne contient pas une seule tournure qui retienne l'attention ou qui soit vivante, et malgr&#233; ses 90 syllabes elle ne donne qu'une version abr&#233;g&#233;e du contenu de la premi&#232;re phrase. Il ne fait aucun doute que c'est le style de la deuxi&#232;me phrase qui gagne du terrain dans l'anglais moderne. Je ne veux pas exag&#233;rer. Cette sorte d'&#233;crit n'est pas encore universel, et des affleurements de simplicit&#233; peuvent appara&#238;tre ici ou l&#224; dans les pages les plus mal &#233;crites. Ceci dit, si on vous demandait (et le suis dans le m&#234;me cas) d'&#233;crire quelques lignes sur l'incertitude de la fortune, vous &#233;cririez probablement quelque chose de beaucoup plus proche de ma phrase imaginaire que de celle tir&#233;e de l'&lt;i&gt;Eccl&#233;siaste&lt;/i&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Comme j'ai essay&#233; de le montrer, le style moderne dans ce qu'il y a de pire ne consiste pas &#224; choisir des mots pour leur sens, ni &#224; inventer des images pour rendre plus clair le sens. Il consiste &#224; assembler de longues tirades de mots qui ont d&#233;j&#224; &#233;t&#233; ordonn&#233;s par quelqu'un d'autre, et &#224; rendre le r&#233;sultat pr&#233;sentable par des trucs de charlatan. Ce qui est attirant dans cette fa&#231;on d'&#233;crire, c'est sa facilit&#233;. Il est plus facile &#8212; et m&#234;me plus rapide, une fois que vous avez pris le pli de dire &lt;q style=&#034;font-style: italic;&#034;&gt;mon avis ce n'est pas une hypoth&#232;se injustifiable que de croire...&lt;/q&gt; que de dire &lt;q style=&#034;font-style: italic;&#034;&gt;Je pense que...&lt;/q&gt;. Si vous utilisez des expressions toutes faites, non seulement vous n'avez plus besoin de chercher des mois convenables, mais vous pouvez m&#234;me ne plus vous pr&#233;occuper du rythme de vos phrases : ces expressions &#233;tant en g&#233;n&#233;ral agenc&#233;es pour &#234;tre plus ou moins euphoniques. Quand vous composez &#224; la h&#226;te &#8212; quand vous dictez &#224; un st&#233;nographe par exemple, ou quand vous faites un discours public &#8212; il est tout naturel de tomber dans un style latinis&#233;, pr&#233;tentieux. Des scies telles que : &lt;i&gt;une consid&#233;ration que nous ferions bien de garder &#224; l'esprit&lt;/i&gt;, &lt;i&gt;une conclusion &#224; laquelle chacun d'entre nous donnerait son assentiment&lt;/i&gt; &#233;pargneront &#224; maintes phrases de finir en queue de poisson. En ayant recours &#224; des m&#233;taphores, des images et des idiotismes us&#233;s jusqu'&#224; la corde, on s'&#233;pargne beaucoup d'effort intellectuel ; en contrepartie, on laisse le sens dans la vague, pour le lecteur mais aussi pour soi-m&#234;me. C'est cela le r&#233;sultat des m&#233;taphores m&#234;l&#233;es. Le seul but d'une m&#233;taphore est de faire surgir une image visuelle. Quand ces images font d&#233;faut &#8212;&lt;i&gt;comme dans l'hydre fasciste a entonn&#233; son chant du cygne&lt;/i&gt; (...) &#8212; on peut &#234;tre certain que l'&#233;crivain n'a pas en t&#234;te une image des objets dont il parle ; autrement dit, il ne pense pas vraiment. Regardez encore une fois les exemples que j'ai donn&#233;s au d&#233;but de cet essai. Le Professeur Laski (n&#176;1) utilise cinq n&#233;gations en 53 mots. L'une est superflue, elle rend m&#234;me le passage absurde ; par dessus le march&#233; il y a confusion entre &lt;i&gt;alien &lt;/i&gt; (&#233;tranger, contraire) et &lt;i&gt;akin &lt;/i&gt; (voisin), d'o&#249; un nouveau non-sens ; enfin, quelques gaucheries accroissent le flou de l'ensemble. Le Professeur Hogben jette par dessus les moulins une batterie qui peut &#233;crire des prescriptions, et tout en d&#233;sapprouvant l'expression populaire &lt;i&gt;put up with&lt;/i&gt; (encaisser, supporter) il ne se donne pas la peine de v&#233;rifier la signification de &lt;i&gt;egregious &lt;/i&gt; dans le dictionnaire. Le texte n&#176;3, si on adopte une attitude peu cl&#233;mente n'a simplement aucun sens : on pourrait probablement deviner ce que l'auteur a voulu dire en lisant tout l'article dont il est extrait. Dans le texte n&#176;4, l'auteur sait plus ou moins ce qu'il veut dire, mais une accumulation de tournures us&#233;es fait obstruction. Dans le texte n&#176;5, les mots et le sens se sont presque fauss&#233; compagnie. Les gens qui &#233;crivent de cette fa&#231;on ont d'ordinaire un but qui les tient &#224; c&#339;ur &#8212; ils d&#233;testent une chose et veulent exprimer leur solidarit&#233; avec une autre niais ils ne s'int&#233;ressent pas au d&#233;tail de ce qu'ils disent. Un auteur scrupuleux, &#224; chaque phrase qu'il &#233;crit, se posera au moins quatre questions :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8226; Qu'est-ce que j'essaie de dire ? &lt;br class='autobr' /&gt;
&#8226; Quels mots vont me permettre de l'exprimer &lt;br class='autobr' /&gt;
&#8226; Quelle image, quelle expression toute faite le rendra plus clair ? &lt;br class='autobr' /&gt;
&#8226; Cette image est-elle assez vivante pour avoir un effet ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Et il s'en posera encore probablement deux autres :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8226; Pourrais-je &#233;crire cela de fa&#231;on plus concise ? &lt;br class='autobr' /&gt;
&#8226; Ai-je dit quelque chose dont la laideur pourrait &#234;tre &#233;vit&#233;e ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais vous n'&#234;tes pas oblig&#233; de vous donner toute cette peine. Vous pouvez l'esquiver en ouvrant simplement votre esprit et en laissant les expressions toutes faites s'y rassembler. Elles construiront les phrases pour vous &#8212; elles penseront m&#234;me pour vous jusqu'&#224; un certain point &#8212; et au besoin elles r&#233;ussiront &#224; vous rendre l'important service de voiler partiellement ce que vous voulez dire, pour les autres et pour vous-m&#234;mes. C'est &#224; ce point que le lien entre la politique et la d&#233;gradation de la langue devient clair.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;A notre &#233;poque il est &#233;vident que les &#233;crits politiques sont de mauvais &#233;crits. Quand ce n'est pas vrai, il se trouve d'ordinaire que l'&#233;crivain est une sorte de rebelle, exprimant ses propres opinions et non une ligne de parti. L'orthodoxie, de quelque couleur qu'elle soit, semble exiger un style sans vie, imitatif. Les dialectes politiques qu'on peut trouver dans les brochures, les &#233;ditoriaux, les manifestes, les Livres Blancs, et les discours des sous-secr&#233;taires, diff&#232;rent bien s&#251;r beaucoup d'un parti &#224; l'autre, mais ils sont tous semblables en ceci qu'on n'y trouve presque jamais un tour de langage vivant, original. Lorsqu'on observe quelque t&#226;cheron fatigu&#233; sur son estrade et qui va r&#233;p&#233;tant les phrases famili&#232;res &#8212; &lt;i&gt;atrocit&#233;s bestiales, talon de fer, tyrannie sanglante, peuples libres du monde, se tenir coude &#224; coude&lt;/i&gt; &#8212; on a souvent le sentiment curieux qu'on ne voit pas l&#224; un &#234;tre humain vivant, mais une sorte de mannequin : un sentiment qui devient parfois plus fort lorsque la lumi&#232;re se refl&#232;te dans les lunettes de l'orateur, les transformant en disques &#233;tincelants derri&#232;re lesquels il semble n'y avoir pas d'yeux. Cette remarque n'est m&#234;me pas fantaisiste. Un orateur qui a recours &#224; ce type de phras&#233;ologie a jusqu'&#224; un certain point r&#233;ussi &#224; se transformer en machine. Les bruits appropri&#233;s sortent de son larynx, mais son cerveau n'est pas concern&#233;, alors qu'il le serait s'il devait choisir ses mots par lui-m&#234;me. Si le discours qu'il prononce est un de ceux auxquels il est habitu&#233;, il peut &#234;tre presque inconscient de ce qu'il dit, comme on l'est quand on prononce les r&#233;ponses &#224; l'&#233;glise. Cet &#233;tat r&#233;duit de conscience, bien qu'il ne soit pas indispensable, est en tout cas favorable au conformisme.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;A notre &#233;poque, les discours et les &#233;crits politiques sont pour l'essentiel une d&#233;fense de l'ind&#233;fendable. Des &#233;v&#233;nements tels que la continuation de la domination britannique en Inde, les purges et les d&#233;portations en Russie, le lancement d'une bombe atomique sur le Japon, peuvent bien s&#251;r &#234;tre d&#233;fendus, mais seulement par des arguments que la plupart des gens ne peuvent reprendre &#224; leur compte et qui ne s'inscrivent pas dans les buts profess&#233;s par les partis politiques. Ainsi le langage politique consiste-t-il pour une grande pari en euph&#233;mismes, p&#233;titions de principe et pure confusion. Des villages sans d&#233;fenses sont bombard&#233;s par l'aviation, les habitants sont chass&#233;s vers la campagne, le b&#233;tail est pass&#233; &#224; la mitrailleuse, les maisons sont incendi&#233;es par des balles incendiaires : on appelle cela &lt;i&gt;pacification&lt;/i&gt;. Des millions de paysans se font voler leur ferme et sont jet&#233;s sur les routes avec pour seul viatique ce qu'ils peuvent porter : on appelle &#231;a &lt;i&gt;transfert de population&lt;/i&gt;, ou &lt;i&gt;rectification de fronti&#232;re&lt;/i&gt;. Des gens sont emprisonn&#233;s pour des ann&#233;es, sans jugement, au abattus d'une balle dans la nuque, ou envoy&#233;s mourir de scorbut dans les camps de b&#251;cherons de l'Arctique : on appelle &#231;a &lt;i&gt;&#233;limination des &#233;l&#233;ments suspects&lt;/i&gt;. Une telle phras&#233;ologie est n&#233;cessaire si l'on veut nommer les choses pour susciter les images qui leur correspondent. Prenez par exemple un professeur anglais qui vit &#224; l'aise et qui d&#233;fend le totalitarisme russe. Il ne peut pas dire d'un trait : &lt;q style=&#034;font-style: italic;&#034;&gt;Je crois qu'il faut tuer ses adversaires toutes les fois qu'on peut en tirer un r&#233;sultat profitable.&lt;/q&gt; Par cons&#233;quent, il dira sans doute quelque chose de ce genre &lt;q style=&#034;font-style: italic;&#034;&gt;Tout en conc&#233;dant volontiers que le r&#233;gime sovi&#233;tique affiche certains traits que les humanistes sont enclins &#224; d&#233;plorer, nous devons, je pense, reconna&#238;tre qu'une certaine restriction du droit de l'opposition politique est un corollaire in&#233;vitable des p&#233;riodes de transition, et que les rigueurs avec lesquelles le peuple russe a &#233;t&#233; confront&#233; ont &#233;t&#233; amplement justifi&#233;es dans la sph&#232;re des r&#233;alisations concr&#232;tes.&lt;/q&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le style enfl&#233; est en soi une sorte d'euph&#233;misme. Une masse de mots d'origine latine tombe sur les faits comme une neige l&#233;g&#232;re, brouillant les contours et couvrant tous tes d&#233;tails. Le grand ennemi du langage clair c'est l'insinc&#233;rit&#233;. Quand il y a un foss&#233; entre les buts r&#233;els et les buts d&#233;clar&#233;s, on a recours presque instinctivement &#224; des mots interminables et &#224; des clich&#233;s, comme une seiche qui projette son nuage d'encre. Aujourd'hui, il n'y a plus moyen de &#171; rester hors de la politique &#187;. Toutes les questions sont politiques et la politique elle-m&#234;me est une masse de mensonges, d'&#233;chappatoires, de folie, de haine et de schizophr&#233;nie. Quand l'atmosph&#232;re g&#233;n&#233;rale est mauvaise, le langage doit souffrir. Il est probable &#8212; c'est une hypoth&#232;se que je ne peux v&#233;rifier par moi-m&#234;me &#8212; que langues allemande, russe et italienne se sont toutes d&#233;grad&#233;es dans les dix ou quinze derni&#232;res ann&#233;es, par suite de la dictature.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais si la pens&#233;e corrompt le langage, le langage peut aussi corrompre la pens&#233;e. Un mauvais usage peut se r&#233;pandre par tradition et par imitation, m&#234;me parmi des gens qui devraient savoir mieux faire et qui le savent. Le langage dont je parle est d'une certaine mani&#232;re tr&#232;s pratique. Des expressions telles que : &lt;i&gt;une hypoth&#232;se plausible, laisse beaucoup &#224; d&#233;sirer, ne servirait au but utile, une consid&#233;ration que nous devrions garder &#224; l'esprit &lt;/i&gt; sont une tentation continuelle, un tube d'aspirine qui se trouve en permanence &#224; port&#233;e de la main. Relisez cet essai et vous trouverez certainement que j'ai commis &#224; de nombreuses reprises les fautes que je d&#233;nonce. Par le courrier de ce matin j'ai re&#231;u une brochure traitant de la situation en Allemagne. L'auteur me dit qu'il &lt;q style=&#034;font-style: italic;&#034;&gt;s'est senti forc&#233;&lt;/q&gt; de l'&#233;crire. Je l'ouvre par hasard, et voici &#224; peu pr&#232;s la premi&#232;re phrase que je vois : &lt;q style=&#034;font-style: italic;&#034;&gt;&lt;span style=&#034;font-style:normal;&#034;&gt;[les Alli&#233;s]&lt;/span&gt; ont une occasion non seulement de r&#233;aliser une transformation radicale de la structure politique et sociale de l'Allemagne de fa&#231;on &#224; &#233;viter une r&#233;action nationaliste en Allemagne m&#234;me, mais aussi de fonder les bases d'une Europe coop&#233;rative et unifi&#233;e.&lt;/q&gt; Vous voyez, il &lt;q style=&#034;font-style: italic;&#034;&gt;se sent forc&#233;&lt;/q&gt; d'&#233;crire &#8212; il pense probablement qu'il a quelque chose de nouveau &#224; dire &#8212; et pourtant ses mots, &#224; la mani&#232;re de chevaux de cavalerie ob&#233;issant au clairon, s'assemblent automatiquement selon de mornes sch&#233;mas familiers. Cette invasion de l'esprit par des phrases toutes faites (&lt;q style=&#034;font-style: italic;&#034;&gt;r&#233;ussir une transformation radicale&lt;/q&gt;, &lt;q style=&#034;font-style: italic;&#034;&gt;jeter les bases&lt;/q&gt;) ne peut &#234;tre pr&#233;venue qui si l'on est constamment sur ses gardes ; chaque expression de ce genre anesth&#233;sie une partie du cerveau.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;J'ai dit plus haut que la d&#233;cadence de notre langue est probablement curable. Ceux qui le nient utiliseraient comme argument, s'ils produisaient vraiment un argument, que le langage ne fait que refl&#233;ter les conditions sociales existantes, et que nous ne pouvons influencer son d&#233;veloppement par un rafistolage de mots ou de constructions. Ceci est peut-&#234;tre vrai du ton, de l'esprit g&#233;n&#233;ral d'une langue, mais ce n'est pas vrai du d&#233;tail. Des mots et des expressions idiots ont souvent disparu, non par une &#233;volution lente, mais gr&#226;ce &#224; l'action consciente d'une minorit&#233;. Deux exemples r&#233;cents : &lt;i&gt;explorer chaque voie&lt;/i&gt; et &lt;i&gt;ne n&#233;gliger aucun aspect &lt;/i&gt; qui ont &#233;t&#233; tu&#233;s par les railleries de quelques journalistes. Il existe une longue liste de m&#233;taphores suspectes dont on pourrait ainsi se d&#233;barrasser s'il y avait assez de gens qui s'int&#233;ressent &#224; la question ; on devrait aussi pouvoir tourner en d&#233;rision la forme &lt;i&gt;non-in-&lt;/i&gt;, r&#233;duire la fr&#233;quence des racines latines et grecques dans les phrases ordinaires, expulser les tournures &#233;trang&#232;res et les mots scientifiques &#233;gar&#233;s ; de fa&#231;on g&#233;n&#233;rale, rendre le style pr&#233;tentieux d&#233;mod&#233;. Mais ce ne sont que des question mineures. La d&#233;fense de la langue anglaise implique bien davantage, et peut-&#234;tre veut-il mieux commencer par dire ce qu'elle n'implique pas.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pour commencer, &#231;a n'a rien &#224; voir avec le go&#251;t de l'archa&#239;sme, de la sauvegarde des mots et des tournures d&#233;pass&#233;es, ni avec l'&#233;tablissement d'un &#171; anglais standard &#187; dont il ne faudrait jamais d&#233;vier. Au contraire il s'agit notamment de mettre au rebut tout mot ou tournure qui n'est plus utile. Cela n'a rien &#224; voir avec une grammaire et une syntaxe correctes, qui n'ont gu&#232;re d'importance tant qu'on rend le sens clair, ni avec le refus des am&#233;ricanismes, ni avec la recherche de ce que l'on appelle &lt;q style=&#034;font-style: italic;&#034;&gt;un bon style de prosateur&lt;/q&gt;. D'autre part, il ne s'agit pas de faire dans la simplicit&#233; truqu&#233;e, ni d'essayer de rendre l'anglais &#233;crit semblable &#224; l'anglais parl&#233;. Cela n'implique pas davantage de toujours pr&#233;f&#233;rer les mots saxons aux mots latins, bien qu'il s'agisse d'utiliser les mots les moins nombreux et les plus courts qui correspondent au sens. Ce qui est avant tout n&#233;cessaire, c'est de laisser le sens choisir les mots, et pas contraire. En prose, la pire des choses qu'on puisse faire avec les mots, c'est de les laisser vous mener. Quand on pense &#224; un objet concret on pense sans mots, et si on veut d&#233;crire la chose qu'on a visualis&#233;e, on cherche jusqu'&#224; trouver les mots qui semblent le mieux convenir. Quand on pense &#224; quelque chose d'abstrait on est enclin &#224; utiliser des mots d&#232;s le d&#233;part, et, &#224; moins de faire un effort conscient, le dialecte du moment interviendra et fera le travail pour vous, brouillant ou m&#234;me changeant ce que vous voulez dire. Sans doute vaut-il mieux &#233;viter les mots courants (abstraits) aussi longtemps que possible et rendre aussi clair que possible ce qu'on veut dire, &#224; travers des images et des sensations. Ensuite, on peut choisir &#8212; et pas simplement accepter &#8212; les expressions qui couvriront au mieux le sens, et puis revenir dessus et appr&#233;hender l'impression que ces mots feront sur quelqu'un d'autre. Ce dernier effort de r&#233;flexion &#233;limine toutes les images us&#233;es ou m&#234;l&#233;es, toutes les tournures pr&#233;fabriqu&#233;es, les r&#233;p&#233;titions inutiles, et de mani&#232;re g&#233;n&#233;rale le flou et les trucs de charlatan. Mais il arrive souvent qu'on ait des doutes sur l'effet d'un mot ou d'une expression, et l'on a besoin de r&#232;gles sur lesquelles s'appuyer quand l'instinct fait d&#233;faut. Je pense que les r&#232;gles suivantes couvrent la plupart des cas :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;1. Ne jamais utiliser une m&#233;taphore, une comparaison ou une figure du discours qu'on a l'habitude de voir imprim&#233;e. &lt;br class='autobr' /&gt;
2. Ne pas utiliser un mot long quand un court suffit. &lt;br class='autobr' /&gt;
3. S'il est possible d'&#233;liminer un mot sans toucher au sens, toujours le supprimer. &lt;br class='autobr' /&gt;
4. Ne jamais utiliser le passif quand on peut utiliser l'actif. &lt;br class='autobr' /&gt;
5. Ne jamais utiliser une expression &#233;trang&#232;re, un mot scientifique ou un terme de jargon si on peut trouver un &#233;quivalent dans l'anglais de tous les jours. &lt;br class='autobr' /&gt;
6. Ne pas tenir compte de ces r&#232;gles d&#232;s qu'on risque de dire quelque chose de barbare.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ces r&#232;gles semblent &#233;l&#233;mentaires et elles le sont, mais elles demandent un profond changement d'attitude chez ceux qui ont pris l'habitude d'&#233;crire dans le style aujourd'hui &#224; la mode. On peut respecter toutes ces r&#232;gles et n&#233;anmoins &#233;crire du mauvais anglais, mais on ne peut rien &#233;crire dans le genre des cinq exemples cit&#233;s au d&#233;but de l'article.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Je n'ai pas consid&#233;r&#233; la langue dans son usage litt&#233;raire, mais simplement comme instrument qui permet d'exprimer la pens&#233;e au lieu de l'obscurcir, voire l'interdire. Stuart Chase et d'autres en sont presque venus &#224; dire que les mots abstraits n'ont aucun sens, et cela leur a servi de pr&#233;texte pour d&#233;fendre une sorte de qui&#233;tisme politique. Puisque vous ne savez pas ce qu'est le fascisme, comment pouvez-vous pr&#233;tendre lutter contre ? On ne doit pas avaler de telles absurdit&#233;s, mais on devrait reconna&#238;tre que le chaos politique actuel est li&#233; &#224; la d&#233;gradation de la langue, et qu'on peut probablement y apporter quelque rem&#232;de en partant des mots. Si vous simplifiez votre anglais, vous voil&#224; lib&#233;r&#233; des pires imb&#233;cillit&#233;s de l'orthodoxie. Vous ne pouvez alors parler aucun des dialectes requis, et quand vous prof&#233;rerez une stupidit&#233;, celle-ci sera &#233;vidente m&#234;me pour vous. Le langage politique &#8212; et avec quelques variantes, cela concerne tous les partis politiques, des Conservateurs aux Anarchistes &#8212; est destin&#233; &#224; rendre les mensonges cr&#233;dibles et les meurtres respectables, &#224; donner une apparence de solidit&#233; &#224; ce qui n'est que du vent. On ne peut changer tout cela en un instant, mais on peut au moins changer ses propres habitudes, et de temps &#224; autre on peut m&#234;me, Si la raillerie est suffisamment farte, jeter telle tournure &#233;cul&#233;e et inutile &#8212; &lt;i&gt;botte de sept lieues, talon d'Achille,&lt;/i&gt; (...), &lt;i&gt;creuset&lt;/i&gt;, (...),&lt;i&gt; v&#233;ritable enfer,&lt;/i&gt; etc. &#224; la poubelle car c'est l&#224; qu'elle est le mieux.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;hr /&gt;
		&lt;div class='rss_notes'&gt;&lt;div id=&#034;nb1&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh1&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 1&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;1&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;Tout cela dans l'original anglais, bien entendu.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		
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		<title>[05] La politique &amp; la langue anglaise : Un style pr&#233;tentieux </title>
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		<dc:subject>George Orwell</dc:subject>

		<description>&lt;p&gt;Des mots tels que : &lt;i&gt;ph&#233;nom&#232;ne, &#233;l&#233;ment, individu, objectif, cat&#233;gorique, efficace, r&#233;el, de base, primaire, promouvoir, constituer, exploiter, utiliser, &#233;liminer, liquider &lt;/i&gt; sont utilis&#233;s pour habille certains &#233;nonc&#233;s et donner un air d'impartialit&#233; scientifique &#224; des jugements partisans.&lt;/p&gt;

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&lt;a href="https://www.partage-noir.fr/-la-politique-la-langue-anglaise-george-orwell-" rel="directory"&gt;La politique &amp; la langue anglaise (George Orwell)&lt;/a&gt;

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&lt;a href="https://www.partage-noir.fr/+-george-orwell-+" rel="tag"&gt;George Orwell&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;img src='https://www.partage-noir.fr/local/cache-vignettes/L150xH75/arton239-8a9fc.jpg?1774698012' class='spip_logo spip_logo_right' width='150' height='75' alt=&#034;&#034; /&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;Des mots tels que : &lt;i&gt;ph&#233;nom&#232;ne, &#233;l&#233;ment, individu, objectif, cat&#233;gorique, efficace, r&#233;el, de base, primaire, promouvoir, constituer, exploiter, utiliser, &#233;liminer, liquider &lt;/i&gt; sont utilis&#233;s pour habiller certains &#233;nonc&#233;s et donner un air d'impartialit&#233; scientifique &#224; des jugements partisans. Des adjectifs tels que : (...) &lt;i&gt;&#233;pique, historique, triomphant, surann&#233;, in&#233;vitable, inexorable, v&#233;ritable&lt;/i&gt; servent &#224; donner un air digne aux processus sordides de la politique internationale, tandis que le style qui vise &#224; glorifier la guerre a d'ordinaire recours &#224; une coloration archa&#239;que, ses mots caract&#233;ristiques &#233;tant : &lt;i&gt;royaume, tr&#244;ne, char, bras arm&#233;, trident, sabre, bouclier, banni&#232;re&lt;/i&gt;, (...), &lt;i&gt;clairon&lt;/i&gt;. Des mots et des expression &#233;trangers tels que &lt;i&gt;cul-de-sac, Ancien R&#233;gime, deus ex machina, mutatis mutandis, statu quo, gleichschaltung, weltanschauung&lt;/i&gt; sont utilis&#233;s pour se donner un air de culture et d'&#233;l&#233;gance. Hormis les abr&#233;viations utiles (&lt;i&gt;i.e., e.g., etc.&lt;/i&gt;) il n'y a pas besoin de ces centaines d'expressions d'origine &#233;trang&#232;re qui sont devenues courantes dans l'anglais d'aujourd'hui. Les mauvais &#233;crivains, en particulier les scientifiques, les hommes politiques et les sociologues sont presque toujours hant&#233;s par l'id&#233;e que les mots latins ou grecs sont meilleurs que leurs correspondants saxons, et des mots superflus comme : &lt;i&gt;expedite, ameliorate, predict, extraneous, deracinated, clandestine, subaqueous&lt;/i&gt;, et des centaines d'autres dominent de plus en plus leurs correspondants anglo-saxons.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Une illustration int&#233;ressante les noms anglais de fleurs, qui avaient cours encore tout r&#233;cemment, sont aujourd'hui supplant&#233;s par des termes grecs, napdragon devenant &lt;i&gt;antirrhinum&lt;/i&gt;, &lt;i&gt;forget-me-not&lt;/i&gt; devenant &lt;i&gt;myosotis&lt;/i&gt;, etc. Il est difficile de trouver une raison pratique &#224; ce changement de mode : il est probablement d&#251; &#224; un d&#233;tournement instinctif devant les mots les plus proches, et &#224; un sentiment vague qui attribue au mot grec une saleur scientifique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le jargon particulier au style marxiste (&lt;i&gt;hy&#232;ne, bourreau, cannibale, petit-bourgeois, ces aristocrates, laquais, larbin, chien enrag&#233;, garde-blanc&lt;/i&gt;, etc.) consiste largement en expressions traduites du russe, de l'allemand ou du fran&#231;ais ; mais la fa&#231;on habituelle de forger un nouveau mot est d'utiliser une racine grecque ou latine, avec l'affixe appropri&#233; et, si n&#233;cessaire, le suffise -iser. Il est souvent plus facile de fabriquer de tels mots (&lt;i&gt;d&#233;localiser, impermissible, extraconjugal, non-fragmentaire&lt;/i&gt;) que de trouver les mots anglais correspondant &#224; sa pens&#233;e. En g&#233;n&#233;ral, le r&#233;sultat est un accroissement du laisser-aller et de l'impr&#233;cision.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
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		<title>[04] La politique &amp; la langue anglaise : Op&#233;rateurs ou fausses expressions verbales </title>
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		<dc:subject>George Orwell</dc:subject>

		<description>&lt;p&gt;Ceux-ci &#233;pargnent la peine de trouver les verbes et les substantifs appropri&#233;s, et en m&#234;me temps truffent chaque phrase de syllabes superflues qui lui donnent une apparence de sym&#233;trie.&lt;/p&gt;

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&lt;a href="https://www.partage-noir.fr/-la-politique-la-langue-anglaise-george-orwell-" rel="directory"&gt;La politique &amp; la langue anglaise (George Orwell)&lt;/a&gt;

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		</description>


 <content:encoded>&lt;img src='https://www.partage-noir.fr/local/cache-vignettes/L150xH75/arton238-dc1ad.jpg?1774698012' class='spip_logo spip_logo_right' width='150' height='75' alt=&#034;&#034; /&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;Ceux-ci &#233;pargnent la peine de trouver les verbes et les substantifs appropri&#233;s, et en m&#234;me temps truffent chaque phrase de syllabes superflues qui lui donnent une apparence de sym&#233;trie. Voici quelques expressions caract&#233;ristiques : &lt;i&gt;rendre inop&#233;rant, militer contre, &#234;tre au contact avec, &#234;tre sujet &#224;, &lt;/i&gt; (...), &lt;i&gt;donner des raisons de, avoir pour effet de, jouer un r&#244;le d&#233;terminant dans, se faire sentir, prendre effet, montrer une tendance &#224;, servir le but&lt;/i&gt;, etc., etc. La note dominante est l'&#233;limination des verbes simples. Au lieu d'&#234;tre un seul mot (&lt;i&gt;briser, arr&#234;ter, g&#226;cher, r&#233;parer, tomber&lt;/i&gt;), le verbe devient une tournure complexe, compos&#233; d'un substantif ou d'un adjectif, adjoint &#224; quelque verbe de sens tr&#232;s g&#233;n&#233;ral : &lt;i&gt;s'av&#233;rer, servir, former, jouer, rendre&lt;/i&gt;. De plus, on pr&#233;f&#232;re partout o&#249; c'est possible la voix passive &#224; la voix active, les constructions &#224; base de substantifs aux g&#233;rondifs (&lt;i&gt;par l'examen de&lt;/i&gt;, au lieu de :&lt;i&gt; en examinant&lt;/i&gt;).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'encha&#238;nement des verbes est encore bris&#233; par l'utilisation des &lt;i&gt;-iser&lt;/i&gt; et des &lt;i&gt;d&#233;-&lt;/i&gt;, et les &#233;nonc&#233;s les plus banals re&#231;oivent une apparence de profondeur au moyen de la forme non in-. De simples conjonctions ou pr&#233;positions sont remplac&#233;es par des expressions telles que : &lt;i&gt;eu &#233;gard &#224;, le fait que, &#224; force de, en vue de, dans l'int&#233;r&#234;t de, dans l'hypoth&#232;se o&#249;&lt;/i&gt; ; et les fins de phrase sont sauv&#233;es de la platitude par des lieux communs du genre : &lt;i&gt;grandement d&#233;sir&#233;, ne peut &#234;tre n&#233;glig&#233;, un d&#233;veloppement attendu dans le proche avenir, digne d'attention, men&#233; &#224; une conclusion satisfaisante, &lt;/i&gt; etc.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
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		<title>[03] La politique &amp; la langue anglaise : Les m&#233;taphores fig&#233;es</title>
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		<dc:creator>George Orwell</dc:creator>


		<dc:subject>George Orwell</dc:subject>

		<description>&lt;p&gt;Une m&#233;taphore nouvelle soutient la pens&#233;e en &#233;voquant une image visuelle, tandis qu'une m&#233;taphore qui est &#171; morte &#187; (par exemple iron resolution, fermet&#233; d'acier) a en fait r&#233;gress&#233; jusqu'&#224; devenir une expression ordinaire si bien qu'en g&#233;n&#233;ral on peut l'utiliser sans diminuer la vivacit&#233; du style.&lt;/p&gt;

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		</description>


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		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;Une m&#233;taphore nouvelle soutient la pens&#233;e en &#233;voquant une image visuelle, tandis qu'une m&#233;taphore qui est &#171; morte &#187; (par exemple&lt;i&gt; iron resolution&lt;/i&gt;, fermet&#233; d'acier) a en fait r&#233;gress&#233; jusqu'&#224; devenir une expression ordinaire si bien qu'en g&#233;n&#233;ral on peut l'utiliser sans diminuer la vivacit&#233; du style. Mais entre ces deux groupes il y a un immense r&#233;servoir de m&#233;taphores us&#233;es jusqu'&#224; la corde qui ont perdu tout pouvoir &#233;vocateur et qui ne servent qu'&#224; s'&#233;pargner la peine de trouver des tournures par soi-m&#234;me. Quelques exemples : &lt;i&gt;se tenir au coude &#224; coude, placer entre les mains de, p&#234;cher en eaux troubles, &#224; l'ordre du jour, talon d'Achille, chant du cygne&lt;/i&gt;, etc. Pour beaucoup d'entre elles, leur utilisateur ignore le sens d'origine (...), et des m&#233;taphores incompatibles sont fr&#233;quemment m&#234;l&#233;es, indice certain que l'auteur se moque de ce qu'il dit. Quelques m&#233;taphores courantes aujourd'hui ont &#233;t&#233; d&#233;tourn&#233;es de leur sens d'origine, sans que leurs utilisateurs s'en doutent le moins du monde. Par exemple&lt;i&gt; toe the line&lt;/i&gt; [s'aligner] est parfois orthographi&#233; &lt;i&gt;tow the line&lt;/i&gt; [remorquer la ligne !].&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Autre exemple : le marteau et l'enclume, aujourd'hui utilis&#233; pour dire que l'enclume est en position d&#233;favorable. Dans la vie courante, c'est presque toujours l'enclume qui brise le marteau, jamais l'inverse : un &#233;crivain qui prendrait le temps de r&#233;fl&#233;chir &#224; ce qu'il dit s'en apercevrait, et se garderait de pervertir l'expression d'origine.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
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		<title>[02] La politique et la langue anglaise (1946)</title>
		<link>https://www.partage-noir.fr/02-la-politique-et-la-langue-anglaise-1946</link>
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		<dc:date>2019-11-15T23:02:00Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>George Orwell</dc:creator>


		<dc:subject>George Orwell</dc:subject>

		<description>
&lt;p&gt;Presque tous ceux que la question int&#233;resse admettent que la langue anglaise est sur une mauvaise pente, mais on dit en g&#233;n&#233;ral qu'on n'y peut rien changer. L'argumentation est que notre civilisation est d&#233;cadente, et que notre langue doit n&#233;cessairement participer de l'effondrement g&#233;n&#233;ral. &lt;br class='autobr' /&gt;
Toute lutte contre les abus de langage tiendrait par cons&#233;quent de l'archa&#239;sme sentimental, qui fait pr&#233;f&#233;rer les bougies &#224; la lumi&#232;re &#233;lectrique ou les fiacres aux avions. Derri&#232;re cela se cache (&#8230;)&lt;/p&gt;


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		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;Presque tous ceux que la question int&#233;resse admettent que la langue anglaise est sur une mauvaise pente, mais on dit en g&#233;n&#233;ral qu'on n'y peut rien changer. L'argumentation est que notre civilisation est d&#233;cadente, et que notre langue doit n&#233;cessairement participer de l'effondrement g&#233;n&#233;ral.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Toute lutte contre les abus de langage tiendrait par cons&#233;quent de l'archa&#239;sme sentimental, qui fait pr&#233;f&#233;rer les bougies &#224; la lumi&#232;re &#233;lectrique ou les fiacres aux avions. Derri&#232;re cela se cache l'id&#233;e &#224; demi consciente que le langage serait plut&#244;t un organisme biologique qu'un instrument que nous fa&#231;onnerions en fonction de nos besoins.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il est vrai que le d&#233;clin d'une langue doit avoir en fin de compte des causes politiques et &#233;conomiques il ne peut pas &#234;tre simplement d&#251; &#224; l'influence n&#233;faste de tel ou tel &#233;crivain. Mais un effet peut devenir une cause, renfor&#231;ant la cause premi&#232;re et ainsi de suite. Un homme peut se mettre &#224; boire parce qu'il se sent un rat&#233;, et ensuite d&#233;gringoler compl&#232;tement parce qu'il boit. C'est quelque chose de ce genre qui se produit pour la langue anglaise. Elle devient laide et impr&#233;cise parce que notre pens&#233;e est idiote, mais le d&#233;braill&#233; de notre langue nous fait plus facilement penser de fa&#231;on imb&#233;cile. Or, le processus est r&#233;versible l'anglais moderne, particuli&#232;rement l'anglais &#233;crit, est rempli de mauvaises habitudes qui se r&#233;pandent par imitation et qui peuvent &#234;tre &#233;vit&#233;es &#224; condition de vouloir s'en donner la peine. Si l'on se d&#233;barrasse de ces habitudes on peut penser plus clairement, et penser clairement est un premier pas vers une r&#233;g&#233;n&#233;ration politique : le combat contre le mauvais anglais n'est donc pas frivole, et il ne doit pas rester une pr&#233;occupation de professionnels. J'y reviendrai bient&#244;t et j'esp&#232;re qu'alors le sens de ce que j'ai dit ici sera devenu plus clair. En attendent, voici cinq sp&#233;cimens de l'anglais tel qu'on l'&#233;crit d&#233;sormais couramment.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ces cinq passages n'ont pas &#233;t&#233; choisis parce qu'ils seraient particuli&#232;rement mauvais &#8212; j'aurais pu en citer de bien pires &#8212; mais parce qu'ils illustrent divers vices de l'esprit dont nous souffrons aujourd'hui. Leur niveau se situe un peu au-dessous de la moyenne, mais ce sont des exemples assez repr&#233;sentatifs. Je les num&#233;rote pour pouvoir m'y r&#233;f&#233;rer par la suite.&lt;/p&gt;
&lt;blockquote class=&#034;spip&#034;&gt;
&lt;p&gt;1. Je ne suis en fait pas s&#251;r qu'il soit vrai de dire que Milton, qui d'abord avait sembl&#233; n'&#234;tre pas tr&#232;s diff&#233;rent d'un Shelley du XVII&lt;sup class=&#034;typo_exposants&#034;&gt;e&lt;/sup&gt; si&#232;cle, ne soit pas devenu, par une exp&#233;rience de plus en plus am&#232;re au fil des ans, plus contraire (&#233;trang&#232;re [sic]) au fondateur de cette secte j&#233;suite que rien ne pouvait l'amener &#224; tol&#233;rer.&lt;/p&gt;
&lt;/blockquote&gt;
&lt;p&gt;Professeur Harold Laski (essai tir&#233; de &lt;i&gt;Freedom of Expression&lt;/i&gt;)&lt;/p&gt;
&lt;blockquote class=&#034;spip&#034;&gt;
&lt;p&gt;2. Above all we cannot play ducks and drakes with a native battery of idioms which prescribes such egregious collocations of vocables as the Basic &lt;i&gt;put up with&lt;/i&gt; for &lt;i&gt;tolerate &lt;/i&gt; or &lt;i&gt;put at a loss&lt;/i&gt; for &lt;i&gt;bewilder&lt;/i&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;/blockquote&gt;
&lt;p&gt;P&lt;sup class=&#034;typo_exposants&#034;&gt;r&lt;/sup&gt; Lancelot Hogben (&lt;i&gt;Interglossa&lt;/i&gt;)&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2-1&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Texte litt&#233;ralement intraduisible, que nous laissons pour ceux qui (&#8230;)&#034; id=&#034;nh2-1&#034;&gt;1&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;
&lt;blockquote class=&#034;spip&#034;&gt;
&lt;p&gt;3. D'un c&#244;t&#233; nous avons la personnalit&#233; libre : par d&#233;finition, elle n'est pas n&#233;vrotique, car elle ne conna&#238;t ni conflit, ni r&#234;ve. Ses d&#233;sirs sont tels, qu'ils sont transparents, car ils sont exactement ce que les approbations institutionnelles mettent en avant de la conscience ; un autre sch&#233;ma institutionnel changerait leur nombre et leur intensit&#233; ; il y a peu de choses en eux qui soit naturel, irr&#233;ductible ou culturellement dangereux. Mais, &lt;i&gt;de l'autre c&#244;t&#233;&lt;/i&gt;, le lien social lui-m&#234;me n'est rien que la r&#233;flexion mutuelle de ces int&#233;grit&#233;s auto-rassur&#233;es. Rem&#233;morez-vous la d&#233;finition de l'amour. N'est-ce pas la figure m&#234;me d'une abstraction ? O&#249; y a-t-il une place dans ce hall de miroirs pour une quelconque personnalit&#233; ou fraternit&#233; ?&lt;/p&gt;
&lt;/blockquote&gt; &lt;p&gt;Essai sur la psychologie in &lt;i&gt;Politics &lt;/i&gt; (New-York)&lt;/p&gt;
&lt;blockquote class=&#034;spip&#034;&gt;
&lt;p&gt;4. Tous les &#171; gens bien &#187; des clubs de gentlemen et tous les capitaines fascistes forcen&#233;s, unis par la haine du socialisme et l'horreur bestiale de la mar&#233;e montante du mouvement des masses r&#233;volutionnaires, ont recouru &#224; des actes de provocation, des incendies volontaires et insens&#233;s, des l&#233;gendes moyen&#226;geuses de puits empoisonn&#233;s, pour l&#233;gitimer la destruction des organisations ouvri&#232;res et chauffer la petite-bourgeoisie agit&#233;e jusqu'&#224; une ferveur chauvine au nom du combat contre la voie r&#233;volutionnaire de sortie de la crise.&lt;/p&gt;
&lt;/blockquote&gt; &lt;p&gt;(brochure communiste)&lt;/p&gt;
&lt;blockquote class=&#034;spip&#034;&gt;
&lt;p&gt;5. Si un esprit nouveau doit &#234;tre infus&#233; dans ce vieux pays, il y a une r&#233;forme &#233;pineuse et tr&#232;s discut&#233;e qui doit &#234;tre abord&#233;e, c'est l'humanisation et la galvanisation de la BBC. L&#224;, timidit&#233; veut dire corruption et atrophie de l'&#226;me. Le c&#339;ur de la Grande-Bretagne peut &#234;tre sain et son battement fort, mais le rugissement du lion britannique est aujourd'hui semblable &#224; celui de Bottom du &lt;i&gt;Songe d'une nuit d'&#233;t&#233;&lt;/i&gt; de Shakespeare, &#8212; aussi aimable que celui de n'importe quelle colombe. Une Grande-Bretagne virile et nouvelle ne peut continuer ind&#233;finiment &#224; &#234;tre diffam&#233;e aux yeux ou plut&#244;t aux oreilles du monde par les langueurs caduques de Langham Palace, qui se font effront&#233;ment passer pour &#171; l'anglais standard &#187;. Quand la &lt;i&gt;Voice of Britain&lt;/i&gt; est entendue &#224; neuf heures, il serait beaucoup mieux et infiniment moins grostesque d'entendre les &#171; h &#187; honn&#234;tement l&#226;ch&#233;s que l'actuel braiement scolaire plein d'enflure, de suffisance et d'inhibition de la part de vierges miaulantes, timides et irr&#233;prochables.&lt;/p&gt;
&lt;/blockquote&gt;
&lt;p&gt;(lettre parue dans &lt;i&gt;Tribune&lt;/i&gt;)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Chacun de ces passages a des d&#233;fauts qui lui sont propres, mais hormis la m&#234;me laideur &#233;vitable, deux caract&#233;ristiques leur sont communes. La premi&#232;re est la banalit&#233; de l'imagerie ; l'autre est le manque de pr&#233;cision. Ou bien l'auteur veut dire quelque chose et n'arrive pas &#224; l'exprimer, ou bien il dit par inadvertance quelque chose d'autre, ou encore il est pour ainsi dire indiff&#233;rent au fait que ses mots aient un sens ou non. Ce m&#233;lange de flou et de pure incomp&#233;tence est le trait le plus marqu&#233; de la prose anglaise moderne, particuli&#232;rement de celle des &#233;crits politiques. Aussit&#244;t que certains th&#232;mes sont expos&#233;s, le concret se m&#234;le &#224; l'abstrait et personne ne semble plus capable d'&#233;viter les tournures rebattues : la prose consiste de moins en moins en mots choisis pour leur sens et de plus en plus en tournures assembl&#233;es &#224; la mani&#232;re des sections d'un immeuble pr&#233;fabriqu&#233;. Voici une liste, avec notes et exemples, de divers trucs qui permettent ordinairement au prosateur d'esquiver le travail de composition.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;hr /&gt;
		&lt;div class='rss_notes'&gt;&lt;div id=&#034;nb2-1&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2-1&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-1&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;1&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;Texte litt&#233;ralement intraduisible, que nous laissons pour ceux qui comprennent l'anglais.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		
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